i should never have stopped dancing
said she to herself

voyures & vêtures,








les hommes  . les femmes . les enfants

hasard des jours (et toujours ma chambrette) .

20160328_115709

quand j’ai soif , je ne bois pas

l’a-pensée chewing gum
— (modalités lacaniennes

Un blog pour me libérer de la pensée qui a toujours été pour moi lieu de trop de jouissance pour finir par ne plus  tourner qu’en en rond, sur elle-même, cherchant à se mordre la queue.

Les émissions Miller à la radio de  cette semaine, m’ont permis d’entendre jusqu’à quel point la jouissance est solitaire. Eh bien, un des enjeux de ce blog serait pour moi de trouver le moyen de ne plus m’enfermer totalement dans cette jouissance. De m’en séparer, de ne plus faire corps avec elle, en passant mes pensées à l’épreuve de l’autre, du lecteur.

« Dans ma tête ça ne cesse pas de s’écrire ». Je ne cesse, mentalement, de chercher à écrire. Passerais-je à l’écriture, je sortirais de cette nécessité, je sortirais de ce qui ne cesse pas de s’écrire (en ne cessant pas de ne pas s’écrire, puisque ce n’est qu’en pensée que ça s’écrit), j’irais vers ce qui cesse de ne pas s’écrire, vers l’accident, vers la rencontre.

– le ne cesse pas de s’écrire le nécessaire, qui jouit de penser écrire, ne cesse de tourner autour du pot, de tourner autour du rien, du rien qu’il contourne, qu’il élève, pris toujours dans son mouvement,  ressassant, se jouissant.

– le cesse de ne pas s’écrire,  c’est la contingence, c’est la rencontre.  elle parle, rencontre, rend compte, s’affronte à ce qui ne cessera pas de ne pas s’écrire (l’impossible). séparer le corps des lettres, les envoyer dans le monde (il y a le corps qui prend la parole, il y a la voix, et il y a les lettres, qui passent à l’air, à l’extérieur de la tête, que l’autre entend).

– ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire, c’est le réel, l’impossible, le rapport sexuel.

 ( la contingence fait reculer l’horizon de l’impossible.)
 

Il y a un symptôme : ma pensée qui ne cesse…
Il y a une inhibition (lisière du réel) : je n’écris pas ; je ne me confronte pas à ce qu’il ne soit pas possible de tout écrire et qu’il est une chose, par excellence, qui ne s’écrive pas : le rapport sexuel ; quand c’est l’écriture-même de ce rapport qui est à la racine de mon désir d’écrire et qui me pousse à vouloir tout penser, de sorte que je me prouve que le rapport sexuel aussi, à force, un jour, s’écrira.

Ce qui ne cesse pas de s’écrire  rêve que tout puisse s’écrire, qu’à toute chose un signifiant corresponde, qu’il n’y ait rien qui ne puisse être établi. C’est le symptôme de notre temps, l’idéal scientifique,  le fantasme, dont l’entretien assuré par la libido fait jouir. La pensée jouit. Sa constance, son entêtement, sa force, son caractère «malgré soi», mais aussi sa solitude, son silence pointent sa prise dans un processus pulsionnel. 

Aussi croirait-on sentir qu’il y a une différence entre mâcher un chewing gum et ressasser, remâcher des idées. Dans les deux cas, cependant,  quelque chose fonctionne seul, donnant à penser qu’il jouit de son seul fonctionnement. La pensée fonctionne comme une bouche qui mâchonne et ça machine, ça jouit, ça « j’ouis ».

L’autre idée, c’est que si je n’écris pas (inhibition) c’est moins que ce soit moi qui m’en empêche que l’Autre qui ne le veut pas. (si j’en avais la permission tout s’écrirait mais ça ne peut pas car l’Autre ne veut pas.
ainsi, par exemple, pourrait-il vouloir que je fasse la vaisselle (même s’il ne le dit pas).)

Le ne cesse pas de ne pas s’écrire, (…) c’est l’impossible, tel que je le définis de ce qu’il ne puisse en aucun cas s’écrire, et c’est par là que je désigne ce qu’il en est du rapport sexuel – le rapport sexuel ne cesse pas de ne pas s’écrire.
(Jacques Lacan, Encore, p. 87.)

02/05/2005 - 10:36
02/05/2005 – 10:36

la distance à elle

en observation d’elle.

« elle la donne à qui la prend. » 1

il y a un rapprochement que je ne peux pas opérer, entre nous, une distance que je dois maintenir. c’est la distance à elle. je nous maintiens à distance d’elle. en observation d’elle. et je t’observe, te débrouiller avec elle, moi qui n’ait plus le moindre avantage sur toi, tandis que tu conserves celui de n’avoir pas, pour m’atteindre, à traverser mes pensées, elles qui sont seulement le faux mur de moi à elle (où je cherche son esquisse), elles qui seulement matérialisent la perte où je suis de moi, ce moment où ça ne pense plus, qui dès lors, d’ailleurs, ne s’opère pas, se dressant comme un mur entre moi et une distance abolie.

ah bêtises, que tout cela, faux mur ça c’est sûr, mais cet elle, encore, ça ne veut rien dire.

faux mur aussi de mes souvenirs qui me viennent quand. pourquoi est-ce que j’y tiens tant, que je les évoque, ainsi. toutes sortes de souvenirs, dont certains pires. qui me reviennent quand. ça a été quoi, mon adolescence. pourquoi est-ce que j’en reste, à cette marque? non, mes premiers pas dans la sexualité non pas été spécialement drôles, mais franchement, je n’en suis plus là. alors quoi? et celui d’hier, de souvenir, n’était pas spécialement triste, étrange, peut-être, insistant probablement, mais qu’est-ce qui y insiste, que ça veuille continuer à revenir (sur la scène). peut-être seulement, justement, parce que ça fait histoire, ça fait scène, scène pour ce qui aujourd’hui souffrirait d’en manquer. conjectures, conjectures, conjectures. en finir. en finir. en finir. (il y a 15 jours, j’ai repris une analyse.)

Notes:
  1. duras marguerite, je ne sais plus où []

les pensées qui réveilleraient

Semaine dernière avais pensé que si pensées me réveillaient, c’est peut-être qu’elles le voulaient , que je me réveille. Quelques temps déjà que je les incrimine de mes réveils nocturnes – mes pensées ou ce désir de pensée – et que je me demande ce qu’elles viennent faire là, pourquoi elles veulent, persistent.
Et donc, m’étais dit que peut-être c’était simplement ça : elles le veulent, me réveiller, que je le fasse – me lève. (Me lève et travaille).
Je n’obéis pas. Sauf aujourd’hui, voilà

mot d’ordre : travail

Obéisseuse

 

cela dit, si j’en crois ce qui me réveille la nuit, je ne ferais fondamentalement pas la différence entre écrire et n’importe quoi d’autre. et ce qui me réveille la nuit, ça n’est pas tant le désir d’écrire que le travail, que mon travail, celui auquel je travaille trop, qui n’a d’autre raison que de me nourrir et dont je ne suis pas particulièrement fière. celui que je fais à défaut d’arriver à en faire un autre (inhibition). pourtant, c’est lui, qui me réveille. lui, bien plutôt que l’écriture qui sur une échelle de valeur de l’idéal vaudrait pourtant mieux. pourquoi donc ce travail auquel je ne tiens pas, me réveille-t-il, la nuit. ce travail, et aussi, la colère, la rancœur.

pulsion = n’importe quoi. penser à n’importe quoi, à n’importe quel travail (sans la moindre égard à la moindre échelle de valeur ) – donc pas tout à fait n’importe quoi.

exclavagée !

mot d’ordre,  “travaille”. (elles m’en libéreraient, plutôt, de ce mot d’ordre, ces pensées qui si bien m’occupent mais m’y mettent rarement. m’y ramènent, au travail, et m’en empêchent.)

dira-t-on S1 = travail? dira-t-on S1, limite au n’importe quoi? posons, S1, signifiant-premier, signifiant identificatoire, entrave à la pulsion. ou/et qui lui creuse une voie nouvelle, par là, vas-y vas-y, jouis!, souterraine souveraine, boyau par où l’écouler?

pulsion à l’œuvre au cœur de ce qui devient devoir de travail (jouis!). elle y est venue pour que le travail se fasse jouissance. l’alléger de son poids de désir. jouissance de désir à l’intérieur du 

désir même. rester sous l’ordre du S1, rester dans l’a-matière de la parole de la pensée.

gênée ration travailleurs !

or, à certains égards, je revendique ce n’importe quoi. d’où le saurais-je qu’écrire vaudrait mieux que de faire la vaisselle? qu’un travail aie plus ou moins de valeur qu’un autre? d’où je le sais, comment je le saurais, ça je ne peux m’empêcher de le remettre en question.

mes pensées, elles, le savent, qui m’orientent vers n’importe quel travail (m’obligent à y penser, me réveillent, et m’en empêchent).

(aveugle pulsion, sans queue ni tête.) (mes pensées elles, elles le savent, elles savent jouir. avec quoi il faut compter – qu’on ne saurait éliminer – qui jouent sur un autre terrain que celui de la valeur (d’usage).) [ compter avec ce qui ne conte pas]

il y a la mort. elle fait la différence. mais la vaisselle, c’est la vie. il y a la mort, il y a le posthume. bien sûr que non, je ne me réveille pas la nuit à cause des vaisselles que j’ai à faire, encore que. je peux, pourrais, me réveiller et enrager, je l’ai dit, le redis. elles sont deux choses à me réveiller : le travail et la rage.

l’ennui, de ces vaisselles, c’est qu’à les faire, m’y employer, je risque encore de jouer à l’esclave due aux basses besognes – là où les autres, les autres eux sont appelés aux hautes sphères. c’est pourquoi la tâche m’incombe de rendre à la vaisselle sa dignité, si tant est qu’elle en ait jamais eu, et la faire valoir.

à quoi je m’attache mais c’est très difficile.

 

 

 crucifiée au travail pour la gloire d’aucun père (ou d’un père à ressusciter, re-susciter).

(j’ai beau faire, je ressasse.
et c’est pourquoi
j’ai opté pour
le n’importe quoi. n’importe quoi plutôt qu’une chose si sanctifiée, plutôt qu’une cause si sanctifiée, qu’elle en devienne impossible. or, il n’est de cause, réellement, qu’impossible,

 

 

(ha ha aussi parce que je suis bien incapable de rien d’autre que de n’importe quoi, alors quoi? n’importe fillette, le n’importe quoi est une initiation. tu pars de (presque) rien.)

Il exprime tout ce qu’il pense, et jamais ce qu’il sent.

« Il exprime tout ce qu’il pense, et jamais ce qu’il sent ». Cette remarque qui concerne aussi bien la vie du sujet que le déroulement de la cure démontre la valeur de défense des symptômes obsessionnels : il s’agit de pensées faites pour se défendre de ce que l’on pourrait sentir.

[…]

La défense fonctionne à la fois par rétention et par contrainte. On saisit là l’importance du rapport au surmoi dans la névrose obsessionnelle. La pulsion et le surmoi sont deux concepts clés de la névrose obsessionnelle. Mais il y a des échecs de la pensée qui se marquent par le retour du refoulé, ainsi : ce bout de réel de la toux qui vient par le corps. La défense échoue nécessairement, car tout ne peut être traité par la pensée, tout n’est pas maîtrisable.

[…]

Ceci nous donne une indication quant à la voie à suivre dans la cure pour que le sujet s’approprie sa vérité : il ne s’agit pas de rester obnubilé par les remparts qu’il dresse. A propos du sujet obsessionnel, Lacan parle de fortifications à la Vauban. Le sujet se remparde, se pétrifie ; sa stratégie de défense c’est de ne pas être là où l’Autre l’attend. Les demandes de l’Autre sont vécues comme autant de menaces devant lesquelles le sujet fait le mort pour préserver son avoir, pour ne pas risquer sa puissance en l’exposant. Dans le Séminaire V, Lacan dit que la névrose obsessionnelle est une place forte du désir. On s’y défend contre la menace imaginaire de l’autre, et on s’ennuie.

« Une pensée dont l’âme s’embarrasse », Conférence de Philippe de Georges, 25 janvier 2007

lire forme d’inconscience

il a recommencé à neiger. ça ne va pas du tout. rien à voir avec la neige : les vacances sont finies.

/

ce n’est que quand frédéric est là que je peux me sentir quitte de l’obligation de travailler.

l’amour facile en ce moment et cela m’est nouveau. l’amour m’est facile, cela m’est nouveau ( question des préliminaires, d’ailleurs, au passage, tant que j’y suis, balayée. point ne m’en faut. il fallait n’y pas penser.)

nuance,

il faudrait juste qu’il apprenne à s’endormir ma lampe de chevet allumée. phrase qui n’est pas belle.

je l’aime. si seulement il pouvait s’endormir dans ma lumière. essai de phrase belle.

il faudrait juste qu’il apprenne à s’endormir malgré la lumière de ma lampe de  chevet // juste faudrait-il qu’allumée je puisse garder la lumière de ma lampe de chevet // que je n’aie pas à éteindre ma lumière pour qu’il puisse s’endormir // qu’allumée je puisse garder ma lampe de chevet // qu’il puisse s’endormir dans la lumière // ne pourrait-il apprendre à dormir la lumière allumée //  le seul problème c’est qu’il faut toujours que j’éteigne ma lumière quand il veut s’endormir et alors que je n’ai pas du tout envie de dormir //

ces jours-ci le soir quand je me couche, j’ai l’impression qu’une nouvelle journée commence.

voir même que j’aie besoin de lire pour m’endormir //

{ liRe (remembrance) –

après la pensée,

{ liRe

m’a protégée de biendesattouchements.

liRe je peux le vouloir lire est ce quejeveuxqu’onmelaissedonclire et la paix.

lirejepeuxlevouloir lirejepeuxlevouloir lirejepeuxlevouloir.

LiRe, je peux le vouloir.

ah mais laisse-moi liRe

{ Avant c’était plutôt

ah mais laisse-moi penser

LiRe, à vrai dire, m’endort.

LiRe m’endort.

LiRe, m’endort bien.

J’aime, à m’endormir en lisant.

Je ne retiens RIen de ce que je lis.

Ce que je lis glisse sur moi comme l’eau sur le miroir (du moment qu’il ne comporte pas de tache de graisse. Qu’il n’est pas GRAIS S EU X.

L’EAU est détournée de son cours par la graisse, la contourne.

Ma conscience liseuse est lisse et elle est propre. L’essentiel est qu’elle ne retient rien. Mais c’est extrême

ET

ma pensée s’arrête. Or, cela est juste esperluette bon —

tout ce qui arrête la pensée est bon maintenant il faut que j’arrête d’écrire car je ne vais toujours pas arriver à établir ce qui distinguerait une bonne d’une mauvaise pensée.

une bonne pensée une pensée souhaitable une pensée productrice. les bonnes pensées les bonnes idées les bonnes réflexions, et puis les mienneslesmauvaises qui me minentetdont d’ailleurs je ne souffre plus, en fait. (j’ai tant pensé à certaines pensées qu’il m’arrive encore (de penser) qu’elles sont
d’actu.a lité! erreurs, trois fois).

en certaines époques de la vie on peut souffrir il arrive que l’on souffre de mauvaises pensées. que l’on en soit dévoré. dévorée , dévorante / le plus souvent ça fait ruminée , ruminante – c’est LES pensées : CHEWING-GUM.

les mauvaises pensées sont inhibitrices, envahissantes et inhibitrices. (beau ont-elles comporter des hi et des hi : mauvaises elles sont, mauvaises elles sont (comme dirait jules). or et qu’ajouter que dire de l’inhibition? se souvenir qu’elle
vitenlisièreduréel. ce à quoi la production jamais ne saurait prétendre. mots que j’ajoute car
– j’ai du mal à promouvoir la production et démouvoir l’inhi bition.

J’éteins.

//

il a recommencé à neige. tout ce qui a été écrit ci-dessus, après la neige, l’a été il y a quelques jours, quelques soirs.

à la recherche du lien entre la pensée et l’autofiction (véronique s’interroge sur les liens de la pensée, de l’autofiction, du n’importe quoi, de la pulsion, de l’obsession, de l’obsessionalisaion (contemporaine), de l’écriture)

“ […] l’église, les dessins des vitraux, c’était la Bible du pauvre, pour les gens qui savaient pas lire. Pour moi la télé aujourd’hui, c’est le coran du pauvre.

“ je me voyais plutôt avec MacGyver. Un type qui peut te déboucher les chiottes avec une canette de Coca, réparer la télé avec un stylo Bic et te faire un brushing rien qu’avec son souffle. Un vrai couteau suisse humain.

Al Pachino, je suis sûre que personne pouvait lui tirer son goûter. Direct il sort le semi-automatique, il t’explose le pouce, tu peux plus le sucer le soir avant de t’endormir. Terminé.

Kiffe kiffe demain cité dans L’aventure scripturale au coeur de l’autofiction dans Kiffe kiffe demain de Faiza Guène – mémoire de Nadia BOUHADID

19 février

 » Nous avons quand même décidé de pousser l’analyse plus loin et voir ce que pourrait bien donner notre obstination.

 » […] une écriture qui peint généreusement une complicité sincère entre les mots et la pensée de l’écrivaine. […] L’autofiction […] représente justement cette nouvelle forme d’écriture prônant la liberté du langage non pas par manque de maîtrise mais par essence de la pensée. En effet, l’écriture autofictionnelle permet de toucher la profondeur de l’être par son aspect spontané qui met en confiance un inconscient balbutiant. C’est ainsi que cette nouvelle coloration de l’écriture de soi privilégie le retour du psychologisme sur la scène littéraire en France.

la nature pulsionnelle de la pensée


 » J’aime que ça passe le plus directement possible entre ma pensée et la vôtre, que le style n’empêche pas la transfusion.  » – Hervé Guibert dans Le protocole compassionnel


Que faites-vous en ce moment?

véronique
s’interroge sur les liens de la pensée et de l’auto-fiction
véronique mange des cacahouètes fraîches
véronique constate que son beau pull bleu a rétréci
véronique va se faire un café
véronique a l’intention de parcourir ce mémoire sur le livre kiffe, kiffe demain de faiza guene (l’aventure scripturale au coeur de l’autofiction)
véronique pense que la timidité est méprisable
véronique est tentée de définir la pensée comme ce qui ne cesse pas de s’écrire
véronique et l’autofiction photographique/visuelle? (barthes)
véronique s’interroge sur les liens de la pensée, de l’autofiction, du n’importe quoi, de la pulsion, de l’obsession, de l’obsessionalisaion (contemporaine), de l’écriture
véronique mange une tranche de pain grillé et un morceau de comté
véronique pense à la contingence, s’interroge sur la lutte des classes.
véronique mange une deuxième tranche de pain grillé (sans fromage cette fois)
véronique – l’oralité
véronique – n’importe quoi. une chose qui semble due au hasard plutôt qu’à aucun choix raisonné. dites n’importe quoi, parlez au hasard.
véronique fatigue
véronique travaille. devrait éteindre la lampe de chevet dans sa chambre. fatigue.

écriture passée au lit

Je ne sais pas pourquoi mais il me semble que toute ma vie est tournée vers l’écriture. Non pas l’écriture littéraire à  laquelle je ne connais rien,  non pas la littérature,  simplement l’écriture.

Ma vie voudrait se dédier à l’écriture. Ce que ma vie veut,  c’est se dédier à l’écriture. D’ailleurs ma vie est dédiée à l’écriture. Toute ma vie.  Et c’est vraiment contre toute attente. Il ne s’agit d’ailleurs peut-être pas exactement de toute ma vie,  mais peut-être seulement de toutes mes pensées. Mais qui sont tout ce que j’ai.  Cela seulement que j’ai.  Cela seulement qu’il y a,  pour moi,  dans ma vie.  Mes pensées me représentent à moi-même. Et elle sont directement liées à l’écriture. Pas une qui ne le soit.  Mes pensées pour moi se définissent exactement du « ce qui ne cesse pas de s’ecrire »  lacanien.  De la « nécessité » lacanienne. Mais aussi bien de « ce qui ne ce cesse pas de ne pas s’écrire »,  de l’impossible lacanien. Ce que j’arrive à écrire,  c’est ce qui reste après être passé au filtre de « ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire ».  Au crible.  Et ma difficulté est là. Ma souffrance,  ce crible.1

 Au départ,  je me contentais de penser. Au départ même,  mes pensées espéraient dire.  Seulement parler.  Et même parler à quelqu’un.  Après c’est devenu dire à l’analyste. Des heures et des heures de pensées à ce que je dirais à l’analyste.  Au fond,  c’est peut-être ça le problème.  Puis ça s’est transposé à l’écriture. Dans les faits,  avant d’arriver à l’analyse j’écrivais.  Après,  je m’y suis remise. Pendant l’analyse je n’ai plus écris que des lettres. Des lettres à l’analyste, et des lettres aux hommes dont j’étais amoureuse, quand cela m’arrivait.

J’écris actuellement toujours sur mon téléphone (un Samsung Galaxy Note II reçu de F à mon anniversaire et choisi  à cet effet).  C’est,  je crois une question
de discrétion (l’objet est petit; il a beau être le plus gros des smartphones,  il est petit),
de difficultés (l’objet est petit et un petit peu plus inconfortable dans les autres activités qui peuvent s’y faire qu’un ordinateur normal (comme surf, courrier, bref internet)),
et donc de concentration (concentration sur ce tout petit objet lumineux – d’autant que j’aime à écrire dans le noir au réveil au chaud,  silencieusement, au lit) ,
de portabilité (je peux écrire n’importe où,  à n’importe quel moment, ce qui répond aux exigences de mon « ce qui ne cesse pas de s’écrire ») (et je ne ne pense pas que ce soit cette condition de portabilité qui m’ait portée à vouloir écrire à n’importe quel moment,  non non,  le désir était de ça déjà là avant.) (c’est un objet qui répond à cette nécessité, qui est venu répondre à cette nécessité, qui l’a rendue possible – à l’instar des blogs, etc. ; c’est un objet du siècle,  comme disait Miller2,  un objet portable,  comme l’est ma pensée que je transporte toujours avec moi. 3  Pas moins bien sûr que mon corps ( Il y a la des équivalences qui se tracent et qui sont réelles).

Les seules pensées auxquelles j’ai confiance sont les pensées du matin,  du demi-sommeil,  du sortir du sommeil. Cela c’est le meilleur moment de la journée,  le seul,  qui vaille la peine de prolonger.  Le réveil,  la chaleur,  la douceur. C’est pourquoi,  après, en journée,  une fois levée et séparée de cet état,  je dois me battre pour ne pas retourner dormir et retrouver alors le bonheur plein de surprises du réveil – quelles seront alors mes dispositions.  Peut-être que j’exagère. Peut-être pas. Mais j’ai également très tôt rêvé,  dès que je l’ai su,  d’une écriture à la Proust,  une écriture passée au lit. Écrire au réveil permet de garder un lien  à l’inconscient,  permet d’inscrire ce lien.  C’est ce que j’aime,  ce côté disproportionné là. J’aime la disproportion.  Également, j’aime le drame.  Bien sûr la souffrance n’est pas souhaitable,  est très désagréable – mais,  un certain drame,  une certaine mesure de drame offre la petite dose nécessaire d’être certitude d’être de se mouvoir dans ce qui importe,  ce qui compte,  la vie,  la mort,  etc.  Le drame,  ce drame et très dédramatisé, est ce qui apporte sa coloration particulièrement au réveil. Sinon ma vie est très à l’abri d’un drame (quand le drame,  lui,  est toujours là.)

Il faudrait maintenant que je me lève et que je m’habille.  Il faut également que je travaille à un template pour le blog,  de façon à ce que… Et aussi que je trouve le moyen d’écrire au réveil les jours où je dois conduire Jules à l’école. 

 

Rappels:

contingent : ce qui cesse de ne pas s’écrire (Jacques Lacan, Séminaire XX, Encore, p. 132)

jouissance : c’est la substance de la pensée (Ibid, p. 101)

le nécessaire : ce qui ne cesse pas de s’écrire  (Ibid., p. 99)

Notes:
  1. Ma volonté primaire serait de faire en sorte que « ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire » passe à « ce qui cesse de ne pas s’écrire » et qu’il ne reste plus rien que « ce qui ne cesse pas de s’écrire ». []
  2. Dans un article publié je ne sais plus où qui parlait même d’un « divan portable » []
  3. Objet du siècle qui rend possible que « ça ne cesse pas s’écrire », ce qui m’avait conduite à penser que le siècle serait plutôt obsessionnel, que son fantasme se réalise que tout s’écrive. []

malade de pensée / l’impression est toujours forte

Malade de pensée.
Cherche en ce moment à quoi me raccrocher. L’impression que me font mes lectures1  est toujours forte. Mais je ne sais que faire de cette force ni ce qu’elle signifie.
De quoi s’agit-il de quoi s’agit-il ? Que fais-je ? Peut-être cherchai-je seulement à me raccrocher au monde.
S’il me fallait parler / témoigner de ce qui
M’affecte
Torture
Le plus
Il s’agirait probablement de mes pensées
Elles qui me sont le plus familières
Elles qui sont la matière de mon malheur
Lequel ne doit pas être si grand dira-t-on dès lors
C’est que j’y suis enfermée
Et un peu plus de jour en jour
De jouir en jouir
Une forêt de pensées forêt vierge dont j’espère probablement pouvoir extraire l’une ou l’autre liane que je puisse alors tendre à un autre, autre être humain
AUTRE ÊTRE HUMAIN
Et que ferions nous alors une fois que nous serions à deux voire plus la main sur ma liane
Et la liane trahit la pensée trahit la forêt vierge

« Combien de songes, de systèmes de pensée, d’intuitions et de phrases véritablement neuves ont échappé à l’écrit? « 

C’est ce à quoi je pensais ce matin. Les pensées, elle s’abattent sur moi comme des boules de neige
Aucune ne se laisse entendre tout à fait
Toutes sont incomplètes
Me. Bombardent
Alors, cette pensée-là, en particulier, le hasard veut, ou autre chose que le hasard, le fait qu’elle se sustente de la pensée d’un autre, du résidu de la pensée d’un autre, aura voulu que je la saisisse mieux qu’une autre, à cause de son sentiment d’étrangeté ; l’étrangeté me sauve de ma mêmeté, j’aurai pu la saisir, ses mots me seront apparus plus distinctement parce qu’ils étaient d’un autre,
non totalement encore recouverts par la boue des miens, non assimilés, ces mots donc de Jouannais, que je reprenais hier ici, je m’ en suis saisie, j’ai pensé
À cela, que l’écrit est une liane, et ma pensée une forêt vierge, en 3D
Et ce passage de la 3D à la linéarité, c’est le travail justement où un artiste un auteur se distingue.

Évidemment, quiconque rendrait compte de la forêt vierge

Or, il ne s’agit pas non plus uniquement de 3D et de couches successives se superposant
Mais de bombardement de boules de neige et peut-être cette image-là me vient-elle à l’esprit à cause de ce titre d’un film Le bombardement de boulettes géantes, que je n’ai pas vu.

Et j’ai pensé que j’étais malade. Et que s’il y avait quelque chose dont je devais témoigner, peut-être, c’était de cette ma maladie.

Songeant à la 3D et aux couches successives
Me demandant comment
M’est revenu en mémoire cette installation de Bill Viola, regardée au Grand Palais l’année dernière

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Et revoyant ces photos sur Google Images, à Bill Viola, j’ai pensé que celles-ci disaient bien la sensation physique de ces pensées dans ma tête, et de ce qu’elles font à tout mon corps (dont je pourrais aussi bien ne pas sortir) (mais l’écrire vous l’écrire à un TRUMAIN est la luette est la lucarne d’où la lueur touche dans ma cellule) :

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Et celles-ci, pouvaient rendre compte de leur bombardement

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Or ici on voit que pour rendre compte de la pensée, de ma pensée, j’use d’images qui en élimine la matière tout en la lui accordant, car elle est de matière justement défaite, inconnue, cette matière des mots, où les couches seraient constituées de phrases ou de bribes de phrases, non point prises dans la linéarité qui pourtant les caractérise mais dans la planéité d’un voile léger qui en recouvrirait d’autres et seraient recouverts par d’autres, voilà l’image que celle de Viola inventait dans mon esprit pour rendre compte justement de mon état d’esprit, de ces pensées mouvantes, logeant toujours au bord du sens comme au bord du gouffre.

Et au travers de tout cela l’appel de la mort, comme la voix des loups. Mais pourquoi. C’est l’appel, comme celui des sirènes. C’est que le chant est si beau des loups, si terrible. Et que j’aime les choses terribles. Ici, se situe l’aveu. Les choses terribles et terriblement aimables n’ont pas leur place dans le monde extérieur. La pensée seule leur offre logis.
Mais cela ne suffit pas. Il faut connaître l’origine et la matière de ces chants des loups.

Notes:
  1. aussi bien que les conférences que j’écoute, dont je poste les vidéos ici. []

brimborions

Bruxelles 
 
On part tout à l’heure. Qu’allais-je dire. 
 
Il est possible que je me sois éloignée du langage, en tant que support de la pensée, laquelle n’est plus pour moi que ce qui m’empêche de dormir, dont j’ai perdu tout espoir de jamais la coucher sur papier. 
 
Si bien qu’aujourd’hui, il ne m’arrive plus que des brimborions de pensées, comme cette phrase qui s’imposait tout à l’heure : je veux mourir, je veux mourir, je veux mourir… À laquelle j’ai opposé un Je veux vivre fort artificiel à la manière des injonctions que l’on adresse à son corps pour l’entraîner dans un état de relaxation  : Lourd ou Chaud ou encore C’est agréable, ainsi que cela m’est enseigné au cours de Taï Chi. Je ne le fais pas, m’envoyer ce Je veux vivre dans le  corps,  sans en éprouver une sorte de haut-le-coeur, tant cela va chez moi comme à contre-courant, je ne suis pas sûre du tout que cela fonctionne, mais j’ai le vague espoir que cela imprime, aussi simplement que ça, autre chose en moi. Tant il est vrai que ces pensées qui me viennent, ces pensées automatiques, ne me paraissent plus être que des pensées réflexes, dont je me suis déjà dit que je n’avais pas à leur prêter attention, mais qui m’ennuient et dont je ne peux m’empêcher de croire qu’elles expriment quelque chose de fondamental en moi, devenu fondamental, primaire, et qui m’effraie et qui m’attriste. Et que je voudrais ne pas communiquer à mon fils. Or, pour ne pas le lui communiquer, il faut que ça disparaisse. Sinon, ça passera. D’où ces nouvelles injonctions que j’essaie, venues elles de ma conscience, que j’associe, que je mêle à mes exercices de relaxation, de sorte qu’il m’est arrivé de transformer un état fort anxieux en état très agréable. Car il s’agit aussi dans la relaxation et dans la méditation de s’appuyer sur  les endroits du corps douloureux pour aller justement vers le corps, le pénétrer, de même dans les méditations, s’agit-il d’observer ce qui advient, ce qui arrive, l’accident même, cela qui paraît faire obstacle à une unité lisse, à un moi lisse et central, comme au contraire ce qui fait signe du monde et auquel je m’étends alors, nouvellement. Qu’il s’agisse de chants d’oiseaux ou du bruit d’une chasse que l’on tire. Du moins, est-ce ainsi que l’enseigne N et qui me paraît juste. Et, c’est probablement l’un des meilleurs moyens d’ échapper à la répétition et d’accueillir une nouveauté vraiment nouvelle. Et ce « je veux vivre »  peut à l’occasion se marier avec l’un des « C’est agréable, c’est bon » utilisé pour induire, installer, mémoriser l’état de relaxation. 

NUIT

3h56, rengaine qui me vient à l’esprit1   : « Je voudrais me
Je voudrais me
Je voudrais me
Tuer
Je voudrais me
Je voudrais me
Je voudrais me
Tuer »

Qu’opposer à cela ? 

Tenter le mot « Vivre ».

Mais, nous sommes de retour à Paris, le matelas est chaud et mou et je ne sais à quoi m’appuyer, à quel endroit du corps (si ça fait sens de dire cela). 

Je viens dans le salon avec ma couette. Je vais voir si je trouve une meilleure place au sol, mais auparavant j’éteins toutes (tout ce que je peux, ce n’est pas toujours possible)  les veilleuses, toujours allumées et qui brûlent pour rien (hashtag PourRien), ce qui m’insupporte, viscéralement. L’idiotie de ces lumières rouges ou jaunes dont l’industrie veut qu’elles continuent de vriller nos nuits. Mais pourquoi (ne peut-elle pas nous restituer nos nuits noires).  

http://conseils-thermiques.org/contenu/arretez_appareils_en_veille.php

J’écris un mot rapide à A. qui m’a, me semble-t-il, parlé hier2 de séances qu’elle avait faites de « re-programmation du corps »  (je pense à la dé-programmation de ces méchantes petites phrases qui me viennent la nuit, de je ne sais où).  Il me semble qu’A disait qu’il s’agissait de déprogrammer des choses qui avaient été  utiles un moment et que le corps ne pouvait s’empêcher de répéter, cherchait ensuite à répéter, jouissait de répéter. Elle ajoutait qu’il s’agissait d’une théorie. 

2016-08-30 4:12 GMT+02:00 :
Comment s’appelle ce dont tu me parlais hier dans la rue ? L’auto-programmation ? La re-programmation ? Et comment me disais-tu que ça marche ?
C’était super de se revoir
Véronique 

5h15
Cher EL,  Je prends plume et papier pour vous écrire. Peut-être s’agit-il d’un acte magique et mes mots s’inscriront-ils alors délicatement dans votre chair (vous croyez, je l’espère, qu’elle existe), aussi vaudrait-il mieux que vous me lisiez de nuit, tout comme je vous écris.
Lettre abandonnée. 

Rengaine de 5h39 : au secours
au secours
au secours
au secours 
 
05:51 Je vous salue Marie 
05:56 De l’eau
De toute manière, je ne fumerai plus (les cigarettes de ma mère) puisque nous avons quitté Bruxelles. 
06:04 comment dit-on (prononce-t-on)  foie en anglais,  « liver » ? 

 ˈlɪvə(r

« Mais deliver-nous du mal. Amen. »
 
06:49 Couchée dans le canapé fuchsia. Décidément, je ne serai pas arrivée à lancer une relaxation. Chanson dans ma tête…. Seulement l’air, quelques paroles, chanson très chaotique, dont je ne connais ni le titre ni le groupe: …. who you really are
Who
who who
who who
who
 
08:51 réveil. Finalement endormie après entame de relaxation. Vlady, dans mon souvenir, les faisait en commençant depuis le bas du corps, depuis les pieds. Aujourd’hui, N les fait depuis le haut. Mais, peut-être qu’effectivement commencer depuis le visage est plus rapide. Je ne sais même pas si j’ai commencé depuis le visage. Je me disais, il suffit de nommer, nommer les parties du corps. Et en effet, cela suffit. 
 
09:00 Maintenant, j’ai comme le gueule de bois. Je n’ai pas bu hier.  Finalement, je n’ai pas bu à Bruxelles, seulement fumé et trop mangé (restaurants presque tout le temps). 
 
Je n’écris pas le plus important. J’écris ce qui s’écrit et qui est mûr. Ça tombe, ça se détache. Et, puis, j’écris d’abord ce qui guérit, j’écris pour guérir, ce que j’invente, je trouve pour guérir. Et puis,

je suis curieusement (affreusement, dilemnement, corneillement) tiraillée entre le temps pour le langage et le sens, le langage, le sens, la mémoire, et le temps pour ce qui n’en n’est pas,  ce qui y échappe,  ce qui permet d’y échapper. 

 
Aujourd’hui, je voudrais peut-être retourner aux mots, à cause aussi de mon frère que nous venons de revoir à Bruxelles et qui avait logé ici chez nous au début du mois. 
 
Mais, il me semble que j’ai, ces dernières années, perdu une grande partie de ma capacité à penser et à manier la langue. Je me suis vidée, petit à petit et possiblement également à l’aide des médicaments. Je me suis vidée pour n’avoir pas supporté, plus supporté de rester seule avec mes pensées. La jouissance de penser était trop grande pour arriver à m’en départir.  Et l’impératif  de n’en rien lâcher, rien donner, surtout rien,  trop importante.
 
Cette nuit je pensais : Il faut arriver à lâcher le rien pour le manque.
 

Le rien est cet objet qui fait bouchon au manque. On le voit dans cette image que je viens de donner. De la jouissance de pensée fermée sur elle-même dans la tête, bouchée, bouclée, ne laissant surtout rien s’échapper, formant l’objet rien lui-même, qui ne débouche sur rien. Rien est un nom du manque symbolique. Un nom qui appartient au langage.  L’intérêt de penser par le corps ou au départ du corps, c’est d’abord d’étendre les territoires de la pensée consciente et ensuite, surtout, que cela prenne son départ de ce qu’il y a. Qui scelle  l’objet de la jouissance de pensée (l’a-pensée). Le problème de cet objet, de ce recel par le rien, c’est qu’il s’extrait, qu’il tend à s’extraire du monde qui l’environne, à fomenter un monde pur esprit – dans un déni du corps que je ne m’explique plus. Et rien est aussi le nom d’une identification symbolique. Identification au signifiant qui manque au symbolique, au langage, pour le boucher. 

Enfin tout ça est assez imbuvable, pour ne pas dire imbitable.

Un déni du corps que je m’explique pas, disais-je. Peut-être parce qu’il est le lieu de cette jouissance de pensée sans que cette pensée en sache finalement grand chose, inconsciemment. Mais enfin, cette explication paraît un peu grossière. Peut-être parce que le corps est non seulement le siège de la jouissance de pensée mais également de bien d’autres jouissances. Ou parce que le corps a des trous et des besoins et des désirs et une vie qu’il paraît mener de son côté, dans une totale indépendance. 

Or nous pouvons le visiter de l’intérieur, nous pouvons l’apprendre, nous pouvons le ressentir, nous pouvons même lui parler, nous pouvons lui faire du bien, et nous pouvons ressentir le bien qu’il ressent de par  sa seule existence, de par son simple fonctionnement. Nous pouvons le sentir réagir à nos mots. Nous pouvons lui en apprendre de nouveaux mots et tenter de supplanter ceux qui se sont inscrits en nous, inconsciemment, et qui reviennent et pas toujours à notre plus grand  agrément (je pense à mes rengaines suicidaires bien sûr).

Enfin, il ne s’agit ici que d’une tentative de mise en boîte de phénomènes étranges que j’observe par ailleurs. 

Et que le jouissance d’un pur esprit,  la jouissance de pensée, est plutôt celle d’un corps couché, sans mouvement. Sans interaction physique avec le monde extérieur. 

D’où ma méfiance à l’égard des jeux vidéos, à cause du sentiment qu’ils ne relèvent finalement que de jeux de l’esprit. De jeux de l’esprit et de jeux de maîtrise, dont le corps est absenté.

Et je reviens à cette idée que nous vivons dans un monde qui tente à nous défaire du faire, à nous désapprendre le faire. A cette idée du monde ready-made, où notre corps n’a plus rien à faire sinon du sport, histoire de correspondre à une certaine image d’un corps maîtrisé (et dont la jouissance est maîtrisée). Où les liens du corps et du faire ont été effacés, détruits. Où les liens du corps et de la personne qui l’habite sont jours après jour supprimés.  Où ça a de moins en moins de sens d’être physiquement dans le monde, sinon comme image, et de préférence comme image d’un corps jouissant convenablement,  sautant, bondissant, dansant, courant, riant dans une parfaite maîtrise de lui-même –  quand cette maîtrise nous est retirée jour après jour que nous passons dans des bureaux idiots à des travaux idiots.  Ces lieux où nous sommes séparés de nos corps, amenés à tous devenir idiots (parce que c’est ça la jouissance phallique dont parle Lacan, c’est ça la jouissance de l’idiot : celle du manche et du pur esprit, celle du mort). 

Ceci en grande partie inspiré par le film Demain

[Écrit dans la nuit du 29 au 30 août. Et publié le 5 septembre après une nouvelle et longue et pénible nuit d’insomnie.]

 

Notes:
  1. bon d’accord,  fumé hier, 2 cigarettes, me semble-t-il. et puis, je ne sais plus si j’ai déjà parlé de ces rengaines qui me visitent inopinément la nuit, probablement. []
  2. nous étions à Bruxelles []

occupation du crâne

19 décembre, 9h du mat
que des pensées puissent vous tenir éveillé / que des pensées puissent vous éveiller / tout de même / si on y pense. les miennes, c’est n’importe quoi, mes pensées, absolument n’importe quoi, de pensées ça n’a plus que le nom, ça n’est plus que des mots, qui me passent par la tête, des mots, pas même toujours en français, et des fois, même plus des mots, de la musique seulement, avec ou sans paroles, concertos ou ritournelles, musiques une ou mille fois entendues, qui me reviennent. et tout ça sans sens, vide de sens, en quête peut-être de sens, mais a priori vides. c’est-à-dire, détachées. j’ai des pensées détachées, qui ne tiennent à rien. des bribes. la douleur, la façon dont ça impacte sur moi, ça tient à ça. c’est qu’aucune d’entre-elles, à soi seule ne se suffise à elle-même, toutes se donnent comme détachées d’un tout plus grand, qui les dépasse et qui est absent, qui manque. ou tout du moins qui me manque. oui, c’est leur isolement, leur isolation qui m’affecte. à elles, leur nature de bribe pourrait bien leur suffire, si ça se trouve. au moins leur suffire suffisamment que pour causer leur existence, leur venue, leur survenance en mon crâne. c’est de l’habitation de crâne, de l’occupation de crâne, des pensées me squattent, m’occupent et sans m’apporter rien, aucun plaisir connu. du bruit, ce bruit que je suis seule à entendre. et ce foutu crâne comme caisse de résonance.

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