dimanche 3 mai 2026 · 06h40

dimanche 3 mai 2026 – 06:40 – sur patreon, boris (je commente)

6h42
https://www.patreon.com/posts/156852752
il a encore fallu que je commente :

« tellement juste. peut-être ce qui m’affecte aussi d’ailleurs, et ça semble fatal. souvent je me dis, il faut que je note ce que je fais, que je tienne un journal (mais tu le fais, toi) de ce que je fais.
il y aurait d’un côté la jouissance, et ce que tu recherches dans le travail : ne plus te poser de questions, n’y être que pour le bonheur, le plaisir d’y être, dans l’instant, sa certitude, tu me corriges si c’est mal dit, et ça vaut même quand on travaille dans la langue.
et de l’autre, dès le sortir du travail, l’épreuve de l’Autre, le regard sur soi, la reprise par le jugement, la mesure, le langage. la valeur. le sentiment de ratage : c’est pas ça. « y a quelque chose qui cloche là dedans, j’y retourne immédiatement. » ou : l’envie de tout abandonner.
d’un côté, l’instant, la jouissance (autiste), le plein, de l’autre le désir, le manque, l’épreuve du temps, de l’Autre. les deux fonctionnent dialectiquement, liés et se rejetant.
ou encore, plus simplement :  être tellement dans ce que l’on fait que dès qu’on en sort, on l’oublie. c’est mon cas.
mais nul doute: tu le fais, tu l’as fait. il y en a d’ailleurs la preuve matérielle. et c’est formidable. »

dimanche 3 mai 2026 · 06h43

dimanche 3 mai 2026 – 06:43 – adolescente j’étais réveillée par ma mère qui rangeait la vaisselle

2 499 mots
11–16 minutes

en cours d’écriture

J’abandonne (provisoirement). Je projette de tenter une édition papier qui travaillerait avec les incises, qui ont débordé ce texte de toutes parts et dont je ne sais que faire, toutes parlent du moment dont je voulais parler. Donc, je vois une mise en page à la façon des manuscrits du Moyen-Age. Il faudrait aussi que je travaille à un enregistrement vocal.

06h43. mai 2026. ça faisait longtemps que je n’écrivais plus au matin. l’idée était d’écrire ce qui s’est passé hier, ce que je fais depuis quelques jours maintenant, ce que je fais dans le blog1.

Parler de ce qui m’inquiète, comment depuis plusieurs jours je lis reprends tout janvier 2023, sans aucun espoir — malgré l’effort mis, l’urgence où je suis, la fièvre, l’impatience — d’arriver à l’extraire de ce blog et d’en faire une édition séparée. 

il pleut.

Ecrivant, ce mot de vaisselle ne me vient pas tout de suite, je ne le retrouve pas, je lui substitue celui de couverts, qui fonctionne; je note ceci en bas de page, quand c’est l’un des objets de mon écriture, l’une des causes : le mot qui manque, le mot qui vient à manquer, le mot qui a manqué, l’oubli. dans une première version du texte, j’avais inclu ce manque dans le cours du texte, j’y renonce donc, privilégiant la clarté. le moment de l’écriture m’importe aussi, écrire et que le lecteur soit là, lise avec moi ce que j’écris, ce qui se déroule, ce qui a lieu. Moins pour qu’il y soit, avec moi, que pour écrire l’écriture, pour l’inclure.

un peu plus tôt, à la cuisine, après avoir lancé l’eau chaude pour une Ricoré, j’ai commencé à ranger vaisselle2, ce faisant, ayant commencé par les couverts, je songeais une fois encore à la façon dont adolescente j’étais réveillée par ma mère qui elle-même au matin rangeait la vaisselle — probablement pendant que le café coulait dans le percolateur, la cafetière filtre électrique, le café qu’elle préparait pour tout le monde, quand je ne prépare jamais rien à personne, à une époque où j’avais installé ma chambre dans une pièce à cet étage de la cuisine, à l’exact opposé de sa cuisine, de la cuisine. c’est le genre de chose que je faisais, sans rien demander à personne, j’ai descendu mes affaires d’un étage, de la mansarde où j’étais voisine de mes deux frères, à cette pièce où je ne pense pas que je sois alors restée longtemps, ne fût-ce qu’à cause de ce désagrément de l’entrechoc métallique des couverts au matin.

cet étage était le deuxième de la maison où nous habitions alors à Bruxelles. la chambre investie se trouvait côté rue, adjacente à une grande pièce que nous appelions la pièce du téléphone, parce qu’il y était posé sur un petit bureau mais où se trouvaient encore les bureaux de mes frères ainsi qu’une table où ma mère parfois s’installait pour faire de la couture, elle avait taper à la machine là aussi, la cuisine éclairée d’une immense verrière se trouvait côté jardin, entre les deux, un salon assez sombre par comparaison. cet étage comptait encore deux pièces sans destination fixe, de l’autre côté de la cage d’escalier, l’une qui contint un temps une table de poing pong et le bac (=la litière) du chat, l’autre… celle donc que j’ai un temps investie comme chambre.

je devais avoir quinze, seize ans.

(j’ai découvert avec grand plaisir, l’an dernier, des croquis par mon père de moi dans cette chambre. certains dessins sont pris de l’extérieur de la pièce, depuis la pièce du téléphone, d’autres de l’intérieur même de la chambre. on m’y voit lisant couchée sur mon lit. j’en ai retrouvé quelques photos sur mon téléphone, que je publie ici, elles ne se sont pas de très bonnes qualité.)

et donc aujourd’hui, quand au petit matin il m’arrive de ranger les couverts lavés la veille et laissés à sécher sur le rebord de l’évier, à chaque fois je me demande si je risque de réveiller quelqu’un, et je me souviens du passé.

je me demande si à mon tour je dérange quelqu’un, je me dis qu’il faut que je leur en parle, d’autant que ce bruit des couverts qui se heurtent, qui s’entrechoquent, est assez désagréable et que le sommeil est précieux.

je reviens à la chambre de mon adolescence, celle qui est très haute et très claire, qui donnait sur la rue — avec ses murs verts clairs, ses rideaux en coton-lin beiges cousus par ma mère —, je me souviens que j’y écoutais de la musique.

je me souviens que, me réveillant au matin avec la gueule de bois, il est arrivé que je me lève, traverse les pièces jusqu’à la cuisine, repasse au salon, y verse du whisky dans mon jus d’orange, à défaut de coca, mes parents n’en achetant jamais — parents anti-coca3. je faisais de ces choses, qui passaient inaperçues. je ne suis pas sûre de l’avoir fait très souvent.

j’avais probablement plutôt seize, dix-sept ans.

une chose en entraînant une autre, je me souviens aussi que me réveillant avec la gueule de bois, il est arrivé que je me lève — la haute porte blanche poussée —, que je traverse les pièces jusqu’à la cuisine, le frigo, que je revienne au salon, la grande armoire (1683) (date dite au hasard, à vérifier) qui abritait le bar4 et ajoute du whisky au verre de jus d’orange précédemment versé, jus d’orange à défaut de coca, mes parents n’en achetant jamais, parents anti-coca. je faisais de ces choses, qui passaient inaperçues. je ne suis pas sûre de l’avoir fait très souvent. j’ai le souvenir de ce trajet entre ma chambre et la cuisine et le salon et le retour avec le verre haut aux parois octogonales.

// j’écris je me souviens, je circule dans l’étage, l’éblouissement de ces pièces hautes, les variations de lumière, je revois, je pourrais presque compter les pas. je comprends mal ce que c’est écrire. rien de ceci que j’évoque ici, avec quoi je suis sans distance, ne peut passer à vous. le plancher blond sous mes pas. //

je ne pense pas que ça me soûlait, bizarrement, et je ne sais pas pourquoi je le faisais, dans l’idée de me dessouler, j’imagine, de combattre la gueule de bois. ce devait être mon amie Ilke qui m’avait parlé de ce truc. c’est donc l’époque — charnière, funeste — où j’avais commencé à sortir la nuit en boîte de nuit, en cachette de mes parents, j’attendais que tous soient endormis pour sortir, je revenais au petit matin.

je me souviens de moi qui revenais aux petites heures du matin, montais à la chambre du grenier (non, je me souviens pas être montée à la chambre du deuxième), me changeais là, mettre le pijama, descendre, prendre le petit déjeuner en famille, passer à la salle de bain, remonter, enfiler mon uniforme, faire semblant de m’en aller, sortir et… remonter doucement dans la chambrette sous les toits pour y dormir. ce n’était pas systématique non plus, que je me recouche, mais cela arrivait. tout cela s’était assez mal terminé.

maintenant, il est 6h42, et je vais me faire une deuxième Ricoré. mal aux mains. je tape sur mon téléphone. il fait plus clair. nous pensons en phrases, lorsque nous écrivons à tout le moins. est-il des écritures ou des langues qui ne soient pas organisées en phrases.

  1. L’idée était de parler de ce qui m’inquiète, comment depuis plusieurs jours je lis et relis, comment je retravaille, je reprends tout janvier 2023, sans aucun espoir — malgré l’effort mis, l’urgence où je suis, la fièvre, l’impatience — d’arriver à l’extraire de ce blog et d’en faire une édition séparée. ↩︎
  2. En écrivant, le mot de vaisselle ne me vient pas tout de suite, étonnée, je ne le retrouve pas, je lui substitue alors celui de couverts, qui fonctionne aussi; je tiens à le noter en bas de page, parce que c’est peut-être devenu l’un des objets de mon écriture, l’une des causes : le mot qui manque, le mot qui vient à manquer, le mot qui a manqué, l’oubli. dans une première version du texte, j’avais inclu ce manque dans le cours du texte, j’y renonce, privilégiant la clarté. le moment de l’écriture m’importe aussi, écrire et que le lecteur soit là, lise avec moi ce que j’écris, ce qui se déroule, ce qui a lieu. Moins pour qu’il y soit, avec moi, que pour écrire l’écriture, pour l’inclure. ↩︎
  3. Parents anti-coca. Quels parents sont anti-coca? Est-ce leur catholicisme? « C’est mauvais « — c’est ce qui se disait, pas de ça chez nous, aucune boisson pétillante, sucrée. A la limite un peu de jus d’orange, pour mon père, je crois. ↩︎
  4. J’avais d’abord écrit : la grande armoire gothique, le haut buffet qui abritait (mot qui manque) l’alcool (=pas le mot que je cherchais) (je cherche un mot plus large, qui indique un lieu de recueil des alcools, le bar, ma foi, ce n’était pas le bon mot)… ↩︎

dimanche 3 mai 2026 · 09h10

notes pour une demande d’aide

ça y est, 9h10, cette fois, c’est du sérieux, le jour est là.

je recopie ici un extrait de la Lettre du dimanche de François Bon, celle qui vient juste d’arriver. ça correspond à quelque chose dont je pourrais tout à fait avoir besoin.

#ON S’EN PARLE ? | LES ONE + ONE
faire un point sur vos projets, votre démarche, ouvrir ensemble, feuilleter et fouiller votre manuscrit, ébaucher le book proposal, mais aussi finaliser un dossier de bourse ou résidence, explorer ensemble votre écosystème numérique, parler de vos outils d’écriture et organisation, ou relancer une démarche qui se cherche, vérification commune d’un projet print on demand avant envoi, aucun préalable pour les rendez-vous « One + One »
les one + one | une nouvelle manière de travailler ensemble
déjà merci à celles et ceux qui ont nourri ces échanges, la diversité même des approches et rencontres en fait un formidable espace de travail, plaisir et curiosité pour moi, n’hésitez pas — rappel : pas de réservation directement en ligne, vous m’envoyez un mail et je vous propose dates les plus immédiates, en général d’une semaine sur la suivante, important pour la force de l’échange qu’ils restent — de mon côté — ponctuels et en respiration avec les heures de boulot perso !
un travail commun plus conséquent dans le temps, structuration, développement, mise en pages, jusqu’au book proposal : les accompagnements manuscrits sur 4 mois, « 5×5 », n’hésitez pas à ce qu’on en parle…

je ne sais d’ailleurs plus du tout si je lui avais finalement déjà écrit à ce propos. j’en étais persuadée. je trouve même une copie du mail sur ce site même, dans la rubrique « correspondance/envoyé ». or, je ne trouve ni de réponse de sa part ni de trace dans ma boîte mails de l’envoi effectif de ce mail.

je me serai trompée en le publiant, et l’aurai mis dans la rubrique envoyés, quand je voulais le mettre dans la rubrique non-envoyés. je suis d’ailleurs étonnée d’avoir publié ce mail ou projet de mail, mais je devrais m’étonner de ce que je publie ce nouveau projet. je ne m’étonne pas : ces notes arrivent presque toujours après coup sur le site. rarement au moment de leur écriture (j’écris dans Diarium).

pour le moment, je pensais demander cette aide à quelqu’un d’autre. enfin, j’étais persuadée avoir écrit à FB et n’avoir pas eu de réponse. ça me ressemble tout à fait.

Je jette ici encore quelques notes :

J’ai besoin de quelqu’un qui veuille bien m’aider dans la mise sur pied d’un projet que je caresse depuis (trop) longtemps : celui d’extraire du blog des parties,
soit les posts d’un laps de temps donné (un mois ou 2),
soit les posts d’un sujet (catégorie ou mot-clé du site),
pour en faire de petites éditions maison que je distribuerais à mes amis.
« Petites éditions des jours ».
Avec 2 collections.
Pour lesquelles, y rêvant, deux noms m’étaient venus hier : Transversales et… Monacales, ce qui ne va pas, mais enfin, l’idée de Monades me plaît.

Deux exemples de « sujet » :

  • Titi (mot-clé : Titi est une tante maternelle, dont j’ai beaucoup rêvé, je m’étais demandé si je pourrais en dresser un portrait en m’appuyant de mes rêves)
  • Fracas ou K (mot-clé: k – cette fois, il s’agit d’une lettre – de ce k, à prendre comme 1 signifiant majeur; comment il s’écrit dans mes rêves, comme il les écrit.)

J’ai tout au long de ces années poursuivi tout le temps les mêmes idées. Je ne suis pas dans la littérature. J’en suis même très loin.  Ce que j’aurais pu y mettre d’intérêt, de passion, à l’âge où c’était possible, de l’apprentissage vraiment formateur, je l’ai consacré à la psychanalyse. C’est par elle que j’ai formé mes briques. Donc, je ne suis pas écrivain, j’écris une sorte de journal, passionné du symptôme. Auquel je n’ai jamais voulu faire beaucoup de publicité, entre autres à cause de ce qui s’y dévoile de mes proches.

Or, des années plus tard, il me semble plus facile de réécrire ce que j’ai écrit, de l’écrire depuis l’oubli, avec l’oubli, depuis les traces seules de mes mots, la nécessité moins grande de m’accrocher au réel, la distance prise. Tout s’est un peu éteint. Et je pourrais même envisager de ré-écrire des notes de ce carnet en m’éloignant de la chronologie, voire des faits eux-mêmes. À quoi je réfléchis en ce moment (à la fiction).

Mais, je veux que continue d’exister la version brute. Ses lacunes et ses ennuis. Et je veux continuer de parler depuis une position de non-savoir. Il m’importe de témoigner d’un cheminement, d’errances. C’est une inquiétude depuis de le début. La sensation, le sentiment d’une intelligence différente, d’un fonctionnement différent. Cela n’est pas encore écrit. Mais c’est ce qui s’écrit. J’ai du respect pour ma non-intelligence. Et des craintes par rapport à ce que je constate de sa régression, encore1. Respect et honte mêlés. Mais renoncement, enfin, à faire comme les autres, à devenir qui je ne suis pas.

Donc, je dois trouver le moyen d’avancer dans la dentelle, en équilibre sur ses fils, de sorte qu’à mesure du progrès de la reculée, de la perte, j’aie pu trouver une forme ou l’autre de terrain solide. Que je ne me laisse pas glisser dans les trous — ses ajours. Cela, je ne l’ai pas trouvé. Le blog et ses accumulations pourrait en offrir la matière.
Éventuellement trouver un biais de sociabilité et un corps.
Mais je vais trop loin.
Il faut trouver.
Beckett se réjouissait de la perte, de l’appauvrissement de sa langue, l’âge venant.
C’est ce que j’appelle « trouver ».

Donc m’aider à lancer le truc, à faire ce pas de l’édition papier, à sortir de l’écran.

ça m’est régulièrement arrivé d’essayer, mais je ne tiens pas la route, je lâche le clavier et j’oublie. je passe à autre chose.

oui, je me suis créée dans l’ordinateur et dans la virtualité, et je ne suis pas arrivée à créer une sociabilité au travers des réseaux sociaux. j’avais trop à m’affronter cette part de moi qui ne veut pas de moi. qui ne veut pas de reconnaissance.

il est maintenant 10h27, j’ai pris une douche, F est levé, Jules est sorti chercher Capucine à la gare.

  1. Régression : oui, je vieillis, oui, il y a peut-être la démence ou l’alzheimer. Etc. ↩︎
dimanche 10 mai 2026 · 10h11

dimanche 10 mai 2026 – a week after // les incises et le manque d’un principe d’arrêt

Hippomène et Atalante (v. 1615-1625), de Guido Reni. Dans les Les Métamorphoses d’Ovide, Atalante prend du retard sur Hippomène parce que, curieuse, elle s’attarde à ramasser les pommes d’or qu’il a laissé tomber.
Temps de lecture
7–10 minutes

Une semaine après, j’ouvre l’oeil à 6 heures, et je pense au texte écrit dimanche dernier, il y a une semaine donc et auquel j’ai travaillé hier encore, celui du dimanche 3 mai, presque à la même heure, juste un peu plus tard.

Je l’ai considérablement gonflé jeudi, je crois, à Donn. Sommes rentrés vendredi. Gonflé à partir du court instant où je range la vaisselle, où j’avais rangé quelque couverts ce matin-là. A cet instant revenu où j’ai « cherché ma respiration » (et cet endroit-même si mal écrit et qui donc m’appelle, m’appelle),… S’ensuit une réflexion sur le geste, une emballée, réflexion qui enchaîne lourdement les pensées eues, eues comme seules potentialités, les ramène des limbes où elle flottaient si légères, si distantes. M’enrobant, m’accompagnant doucement. Texte que j’ai encore relire.

Je n’arrive pas toujours à maîtriser les incises. Cette incise, qui devient un texte dans le texte, je lui ai donné alors une toute autre mise en page, en damier, chaque paragraphe dans sa case, 3 carreaux maximum par ligne, c’est un truc très facile à faire maintenant avec WordPress. J’ai changé la police aussi. Ce qui me permettra facilement d’y retourner.

TechTip [ Damier : Il faut et il suffit de lier les paragraphes (ou les images). Les sélectionner, choisir le petit damier, le carré coupé en 4 quarts, qui apparaît. C’est fait. ]

L’idée m’en était venue en réfléchissant à une version papier, un livret, un mince chapbook format A5, j’avais pensé à ça, des marginalia ou des paragraphes de polices différentes, 2 polices.

Une mise en page qui mette en rapport, qui permette de sauter d’une chose à l’autre, qui saisisse par la mise en page ce qui échappe à la linéarité, qui appartient à la superposition, à la disparate. Où l’on puisse ne pas-tout lire. (Tout le contraire hélas de ce que j’écrivais sur le bloc récemment, sur le bloc de texte, mais, oui, il faut pouvoir aller vers le bloc, tout de même, vers la concentration, la lecture, ne pas tout céder à la disparate et à ce qu’elle requière de mise en page, de séduction par la mise en page. or, je me surprends souvent à aimer la mise en page, je ne parle pas de celle du blog, mais d’éditions papier que j’adore prendre en main, consulter, feuilleter.)

J’aime les incises, mais je ne sais alors pas m’arrêter, une remarque en amène un autre, un souvenir en rapporte un autre, j’aime terriblement le vertige des phrases longues, et la phrase devient illisible.

J’avais deux ou trois endroits comme ça, dans ce textes, de phrases devenues illisibles

J’en ai écrit une version ultra-courte (malheureusement effacée, hier, je ne m’en sortais plus, trop de versions ouvertes, et travaillais parallèlement dans plusieurs d’entre elles, me trompant).

(le bruit des couverts → le souvenir de ma mère → le souvenir de la chambre → le souvenir des sorties la nuit ;
est-ce que le bruit des couverts attend le souvenir des sorties la nuit : je ne le crois pas.
est-ce que c’est en trop? le souvenir des sorties est venu à cause du souvenir de la chambre et du whisky.
le bruit des couverts, c’est encore autre chose :
ma mère, oui. la vaisselle, oui. déranger, oui. le bruit : dérangeai-je? est-ce que je dérange, est-ce que je te réveille, est-ce que je t’empêche de dormir.
ma mère qui le faisait sans savoir qu’elle dérangeait.
le souvenir de ma mère, sa présence dans la cuisine. le souvenir rejoint de ma mère, ma présence dans la cuisine. le souvenir de ma mère, la vaisselle.
est-ce que je l’ai suffisamment écrit.
le drame des sorties est amené par l’écriture, le moment de l’écriture.)

Certains paragraphes une fois réduits, s’avéraient plus beaux (je crois), au moins plus lisibles. J’en ai récupéré les incises et les ai placées dessous, à la suite. C’était difficile, à faire. Compliqué. 

Et alors que faire des incises par les mots qui manquent, celles qui cherchent à inscrire le manque du mot dans l’écriture au moment où il advient, quant écrivant je cherche un mot et ne le trouve pas, que je représente en écrivant [mot qui manque], ce que j’ai toujours été tentée de préserver dans le fil de mon écriture, auquel je tiens — sans doute à cause de cette tendance que j’ai à étaler mes handicaps, mais dans mon refus aussi de céder à une écriture savante, dans ce désir de dévoiler les failles, de les aimer, de les donner à aimer. Je décidai donc de les renvoyer dans des notes en bas de page. Je ne trouvais pas d’autres solutions. C’est ce qui m’a amenée à me rendre compte que ce renvoi en bas de page était d’autant plus difficile qu’il était possible que mon écriture ne trouve jamais finalement sa cause que là : dans le mot qui manque et dans l’oubli. (Où l’oubli, le renvoi, retrouvait sa place: dans les dessous.)

Et donc, hier, vers 15 heures, j’ai mis au point, avec l’aide de chatgpt, un système de notes en bas de page sur le côté, de sidenotes, j’ai essayé de le faire le plus vite possible, parce que c’est typiquement le genre de problème technique qui peut alors me prendre trop de temps, et, là, je dois me maîtriser pour ne pas y retourner, chercher à l’améliorer, et, le comble, c’est que j’oublierai que j’ai mis ça au point. Et je trouverai une autre solution.

Mais, ça m’a permis de voir les textes juxtaposés, les 3 incises renvoyées en bas de page, et ça m’a finalement même amenée à en supprimer une, ce que je regrette encore ce matin. 

C’est celle où je décris, au tout début du texte, la façon dont je suis assise pour écrire, et la possibilité, rejetée, de sortir voir le jour venir, ou d’écrire ce que je projetais d’écrire (ce que je ne ferai pas, j’écrirai le bruit des couverts). Paragraphe que je ramènerai peut-être. 

J’ai besoin, écrivais-je encore dans la note en bas de page de l’oubli, de faire exister dans ce que j’écris même le moment de l’écriture, c’est pour moi un ancrage, et cette allusion au corps fait partie de ça. Ecrire l’écriture. et traquer la pensée, sa volatilité, ses éclairs.

Donc, que faire, aujourd’hui ?

j’ai écrit ce texte le 3, à 6h40, alors que je projetais de parler de mes efforts pour retravailler le mois de janvier 2003, ce que je faisais depuis plusieurs jours, à m’en rendre un peu malade, je n’ai pas de principe d’arrêt, c’est un problème. Quand je commence, impossible de m’arrêter. Et l’effort à faire pour arrêter, pour me freiner est terrible. De même que la tension qui s’est installée au cours de ces quelques jours de travail, est un peu inquiétante, difficile à supporter. Est-ce que je suis tentée de travailler jusqu’à avoir fini, sans doute, oui. En tout cas, il y a cette peur de ne pas arriver à finir, et puis il y a le fait que je tiens quelque chose, que je veux saisir mieux encore… et qui se découvre. Et donc, ce matin-là je m’apprêtais à parler de ce janvier 2023, dans lequel je m’étais embarqué par hasard, et je suis sans y prendre garde partie dans l’écriture du court moment où je range les couverts le matin et du bruit que ça fait.

Maintenant, un rien pourrait me dévier de cette note et m’embarquer ailleurs. Et me porter à oublier cette note du 3 mai 2026 – 6h40 , comme j’ai oublié le mois de janvier 23. 

Hier, c’est F qui m’a proposé de l’accompagner pour faire des courses rue des Martyrs et qui est arrivé à me faire arrêter, à m’interrompre, vers 15h45. Il n’est pas rare que je ne m’habille pas avant 16, 17h.

Et à Donn, ce n’est que jeudi que je suis arrivée à sortir au jardin pour y travailler, alors que j’aime tellement ça. Et alors, je me suis énervée sur F. Pas trop peut être. Enfin, il commence à me connaître. C’est la tension de ce que je fais, l’état dans lequel ça me met. Je dois trouver des moyens de m’interrompre, de m’arrêter, de respirer. Ça provoque une sorte de tension crânienne, désagréable (avec les oreilles ou l’intérieur du crâne qui se met à siffler, à bourdonner). Et ça affecte mon humeur. Mes humeurs. Je n’en suis pas fière.

Frédéric, lui, a les moyens de s’interrompre. Il maîtrise. Je ne sais pas ce que je ferais sans lui.

Au tout début que j’ai commencé à écrire ce blog, je parlais de « Mal aux transitions », j’en avais fait une catégorie. Comment passer d’une chose à l’autre.

Pour ma santé mentale, il faut que je  sois à un travail d’écriture. Mais ce travail, j’y suis d’une façon telle, je m’y absorbe tellement, qu’il est affecté d’oubli dès que j’en sors. Je me tends sur le mois de janvier pour le tenir le ramener, le retenir, l’établir, ça me crispe totalement, me met dans un état physique qui devient désagréable, dont je ne me rends pas bien compte, sauf quand j’essaie d’en sortir, et  plutôt que d’écrire le mois, je suis tombée alors dans le gouffre des 2, 3 minutes d’un dimanche matin. Il n’y a pas de transition possible, je n’interromps pas mon geste parce que l’interrompre c’st le rompre, c’est en être expulsée. Et c’est comme ça que je ne finis jamais rien.

Un clou chasse l’autre? m’avait demandé mon premier analyste, avec une pointe d’ironie certaine et de l’agacement. Mais oui, un clou chasse l’autre. Oui, c’est mon mode de fonctionnement.

écrire ceci ce matin, entre 6h08 et 7h11, c’est pour tenter de… 

9h18 : Toujours à cette écriture, je viens de faire cramer la casserole du petit dej que je voulais nettoyer. j’y ai mis de l’eau, je l’ai oubliée sur le feu.

lundi 11 mai 2026 · 05h50

lundi 11 mai 2026 – toute chose écrite est par moi soupçonnée de receler un trésor,

05:50 : Hier, je relis ces Extraits et notes de lecture de l’avant-propos du livre Le discours mélancolique de Marie-Christine Lambotte

Je tombe là-dessus:

Certains de ce qu’elle appelle les « signifiants essentiels de la mélancolie » me sont très familiers, comme par exemple le tout et le rien, le tout ou rien, dont j’ai beaucoup fait état ici. Le destin est de moi une figure moins approchée (si ce n’est peut-être au travers de la lecture du livre d’Imre Kertész, Etre sans destin1, qui m’a tellement frappée), l’avant/l’après n’est pas non plus repéré par moi — cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas —, même si c’est quelque chose que probablement j’espère, j’attends, je convoque, je tente de concevoir, qu’il y ait quelque chose un jour qui puisse faire rupture dans le fleuve morne des jours, de la perpétuelle présence, et qui s’est rarement présenté (…). un événement qui historicise. L’apparent caché, il me semble que je vis tout le temps avec. Si nous parlons de la même chose, elle et moi, Marie-Claude Lambotte et moi-même, l’apparent caché (de l’inconscient) est bien l’objet de ma visée, de mon désir, se trouve derrière toutes les petites réalité de la vie et lui donne tout son prix. Son seul prix. L’insaisissable qui me lie à la vie. (Cela dit, l’ « apparent caché », je ne comprends pas cette nomination, cette appellation et je dois retrouver le livre.) La réalité comme une surface plate : en effet. Où toutes les choses se valent : en effet, depuis le début de l’écriture du blog, j’essaie de trouver ce qui fera qu’une chose vaudra plus qu’une autre. Il y a eu toute cette recherche sur l’indifférence de la pulsion. Il y a ce que mon écriture même révèle, trahit, toute chose est par moi soupçonnée de receler un trésor, cela qui est induit par la psychanalyse, par la supposition de l’inconscient. L’écriture n’est qu’un outil au service du dévoilement de ce trésor. D’où mon trop grand respect pour ce que j’ai écrit, mon incapacité à jeter, à juger de ce que je fais, une confiance trop absolue à ce qui se révèle malgré soit : si cela a été écrit, est-ce qu’il n’y a pas quelque chose à débusquer derrière. Que toutes les choses se valent, pour moi, c’est ça.


08:33 : Je découvre, sur Instagram,

Après, vers 16 heures, je vois que ce texte du 24.01.23 sur lequel je retravaillais récemment, « Tout ce que j’écris, j’y tiens. Hélas », s’explique avec les signifiants essentiels de la mélancolie de Lambotte, et je le modifie.

Après, vers 18h50, j’ai travaillé sur un texte de septembre 2016, où ça parle des lettres

Après, j’ai continué à travailler, jusqu’à 20 heures, mais je n’ai plus rien noté.

Il faut que je trouve une façon de noter ce que je fais, ce que j’abandonne, les points sur lesquels je dois revenir, que je puisse les retrouver facilement. Mais enfin, ça fait longtemps que je dis ça, et…

Modifications du 11 mai

mardi 12 mai 2026 · 08h17

mardi 12 mai 2026 – les lettres et les régimes d’été

05:40… Au boulot…

les lettres

Me suis encore laissée aller hier, à suivre inconsidérément des fils dans le blog et suis tombée sur un écrit de septembre deux-mille…… deux-mille quoi? douze? qui m’a ramenée à une lettre de cet été-là, de la mi-août, dont je dis qu’elle est le seul écrit de cet été, que je me me suis mise à relire, dont je me suis trouvée alors gênée par la façon dont elle était écrite, gênée peut-être en raison de ce qu’elle était restée sans réponse, qu’elle devait comporter en elle-même la racine de ce rejet, au point que j’ai tenté alors de la ré-écrire… pour finalement, je crois, par la dépublier, la passer en privé.

Il est quelque chose de cette lettre ,autour de cette lettre, qui n’est pas écrit.

#todo ramener cette lettre à son état d’origine… #done ! et je l’ai repassée en public. j’ai repris le texte d’origine. et j’ai pu constater que je l’avais déjà retravaillée au moment de le publier sur le blog.
je recopie ici ceci, qui ne se trouvait pas dans la lettre, à l’origine, je le fais pour le jour où je voudrai retracer cet été :

Après, bon, ça a été peut-être un peu décevant, pas aussi rapide qu’espéré, et là, je ne dors toujours pas. Mais, les colères ont disparu ou retombent très facilement. Et puis, je vis à une autre heure, il y a maintenant une heure à laquelle je vis, à laquelle je me rapporte, et ça fait un bien fou. D’abord, ça cadre, ça me dit ce que je dois faire et ne pas faire, ce qui est toujours très reposant, puis ça me mène à faire connaissance avec quelques-uns de mes organes dont je dois dire que j’ignorais jusque là l’emplacement exact dans mon corps. Bon, je ne sache pas, et je n’ai pas vraiment trouvé (sur l’internet), sauf peut-être en qi kong, qu’il existe d’exercice de tai chi particulier pour le foie, mais j’ai l’idée que dans l’ensemble, de toutes façons, le tai chi, ça doit être bon. S’agissant du chi qui me soulève de terre, je m’astreins à me concentrer sur les jambes, à m’ancrer encore davantage.

Cet été qui ne se passait pas du tout en 2012, mais en 2016….

C’est donc en septembre que je parle de cette lettre du mois d’août restée sans réponse et de toutes les lettres restées sans réponse, de la façon dont j’ai écrit des lettres, dont elles ont constitué le (seul) support de ma relation aux autres, le seul lieu d’ailleurs investi par l’écriture. je n’y écris pas que c’est le seul lieu où je sache écrire, mais c’est pourtant ce qui est. C’est un lieu où j’écris des choses que je n’écris nulle part, que je ne ressens nulle part ailleurs.

#todo : Il faut que je revoie les mots-clés (wordpress appelle ça « étiquettes » maintenant) lettre et la lettre : réserver peut-être lettre aux lettres de la correspondance, le corriger d’ailleurs en lettres. Mais, est-ce que ça se noue et comment ? Lettre et lettres? Ou que je les fusionne, et cherche à mieux déterminer ce qui les distingue. Probablement m’empêcher de faire ça maintenant. #done, j’ai fusionné.

août 2016

Le mois d’août est toujours un problème et mérite un catégorie à soi seul, mais enfin, en général il pose de tels problèmes que je n’écris pas. Ce problème s’est néanmoins nettement amélioré avec le temps, à force. Cet été-là, deux mille… seize, donc, je n’ai pas écrit, sinon une seule et unique lettre, mais j’ai tenu un journal d’alimentation. J’étais insomniaque et j’avais découvert que la médecine chinoise attribuait le réveil à 4 heures du matin à…. un problème de foie. J’avais donc décidé de faire un régime spécial et de soigner mon foie, de me « mettre à l’heure chinoise ». J’ai hier retrouvé toutes les notes de ce journal alimentaire, qui comporte le relevé de ce que j’ai mangé et l’heure à laquelle je me suis réveillée. Je ne sais pas à quel moment mon sommeil s’est en fait, enfin amélioré.

#todo : rapatrier ou faire quelque chose avec le journal d’alimentation et cette unique lettre, plus la lettre de septembre. Le régime que j’avais alors fait était assez sévère, je ne m’en souvenais pas. Je m’aperçois que j’avais fait une catégorie spéciale : été 2016, j’avais sans doute eu envie de l’écrire.

#todo : au fond, ce serait à ajouter à une liste des textes que je voudrais extraire du blog, ce mois d’août.

août 2025

L’été dernier, août dernier, et ce n’est pas noté non plus, j’ai commencé le régime anti candida albicans, extrême. J’espérais éliminer ce champignon, cette fois non pas à cause d’insomnies, mais parce que j’avais lu que les personnes atteintes d’alzheimer étaient toutes affectées par la forme invasive de la prolifération de ce champignon (on leur en trouve dans le cerveau). L’alzheimer me fait tellement peur, que je l’ai fait. Ca s’est très bien passé. Faire un régime m’aide. La surveillance en soi, la limitation, la restriction et les limites qu’elles offrent. Cela m’aide quand l’angoisse me guette ou est là.

#todo: Ecrire ce qui s’est passé, je crois que je ne le ferai pas. C’est regrettable. Bien possible qu’il y ait en fait un avant et un après ce régime, cet été.

Je me suis rendue compte hier que nous étions à la veille de l’été prochain.

What else?

Il est 8 heures 15, il faut que j’arrête, que je fasse une pause.

mardi 12 mai 2026 · 15h32

mardi 12 mai 2026 – pas en mon nom (les identifiants perdus)

j’ai perdu mes identifiants sur ce site : https://pasenmonnom4.wordpress.com

j’ai beaucoup de sites dispersés un peu partout, et de nombreux pseudos. celui-ci était créé d’abord pour redémarrer un blog, relancer une pratique d’écriture publiée, sans le poids de celui-ci, de ce blog-ci, je me suis alors embarquée dans les traductions de Hanan Habashi, qui n’a jamais répondu à ma sollicitation, l’accord demandé à cette traduction, qu’elle n’a peut-être pas reçue, mais, je me suis dit qu’elle avait sans doute fort à faire, et que je devais renoncer. ce fut d’un grand intérêt pour moi.

Grande admiration pour son travail.

To untangle is to break–> https://www.instagram.com/p/DWeWl4rjcBc/?img_index=7

to untangle is to break

NOTE DE TRADUCTION / TRADUCTION NOTE

Pour « to break, » j’ai choisi « trancher », en référence au noeud gordien, ce noeud tellement impossible à défaire, le problème tellement impossible à résoudre, qu’il faut recourir à une solution radicale et le trancher. Ici, dénouer un noeud, c’est déjà trancher. C’est rompre, c’est briser. Dénouez une situation difficile, en y mettant la patience et le temps qu’il faut, il s’avérera probablement que la situation de départ s’en trouvera radicalement transformée, sans qu’il y ait eu besoin de trancher. Et que ce qui devait être séparé, le soit. Radicalement. 

For the word « to break », I chose to translate it as « trancher », in reference to the legend and the saying « trancher un noeud gordien », « to cut the Gordian knot ». Sometimes, facing an impossible knot, the only choice is to cut it. However, as I understand it, for Hanan Habashi, to untangle is already as radical as to break. When you untangle an impossible situation using only your fingers, time and patience, the situation at the start is often dramatically transformed. And whatever needed to be separated is indeed separated. 

mercredi 13 mai 2026 · 19h29

mercredi 13 mai 2026 – dummy !! la décision qu’il n’y eut pas

j’ai cherché , j’ai retrouvé  et encore retrouvé autre chose , dont j’ai fait une petite plaquette, brochu re leaflet zine chapbook – le premie r de m a vie enti ère pas peu fi ère , mais si non peu fi ère, voilà – ça fait longtemps que j’en rêvais … maintenant, peaufiner , illustrer , du papier et … envoyer …

le hasard veut que sur la dernière photo on distingue l’urgence et la patience de Jean-Philippe Toussaint — alors que ce texte est né d’une proposition de François Bon, une de ses propositions du mardi. il proposait de partir du jour ou du moment où l’on aurait décidé d’écrire. Toussaint s’en souvient très précisément. il y eut un moment. et force m’a été de reconnaître qu’il n’y eut jamais chez moi de pareille décision. mais je ne pus jamais totalement m’empêcher d’écrire.

je dois dire que c’est certainement la typo du blog wordpress où j’avais écrit ce texte qui m’a poussée à me lancer dans cette confection.

bon, pas le temps d’en dire plus.

samedi 16 mai 2026 · 06h24

sam. 16 mai 26 06:06

réveillée à 6 heures, mal à la tête, sorte de début de migraine. ça fait quelques jours que j’ai un peu mal à la tête, mais là, ça tourne à la migraine oculaire. mal aux dents, aussi, à gauche, en bas (gencives) 

là, j’ai bu beaucoup d’eau… 

ça fait quelques jours aussi que j’ai envie d’un… j’ai oublié le nom, c’était là il y a deux minutes. mais ça contient du blé. pour le petit déjeuner. peu de sucre. c’est anglais. scone. 

hier 

matin ? 

je ne sais plus. ah oui. un post posté sur aquifer Au nom de Sonia

après midi : papiers pour ma mère et relecture du travail de Jules sur les progrès technologiques, sur les apports du numerique et de l’analogique. 

avant-hier ? 

je n’ai pas retravaillé à l’impression papier de La décision. 

je ne sais plus ce que j’ai fait. ça me déplaît. je sais que je m’étais dit que je devais le noter. est-ce que j’ai un moyen de le retrouver ? 

il fait froid à Paris. je dois normalement aller à Bruxelles prochainement. 

lundi 18 mai 2026 · 16h20

le prix à payer (du pas vers l’autre)

lundi 18 mai

il était prévu que j’aille à Bruxelles, je n’arrive pas à prendre un billet, aujourd’hui peut-être. je vais assez mal, c’est relatif. c’est physique et  me demande ce qui le provoque. je dis c’est physique, mais c’est mental. physique et mental.  je ne sais comment en parler. ça fait des jours que je suis sur le bord de la migraine. en ce jour qui s’entrouvre, ça s’aggrave encore. peut-être est-ce d’avoir trop travaillé. que s’est-il passé, que se passe-t-il?

#vaisselle

tout avait pourtant bien commencé, hier, par une vaisselle, me disant qu’il faudrait que toujours je commence le jour de cette façon, toute empreinte de la sérénité que me procurait l’idée de ce possible rendez-vous neutre et quotidien avec moi-même (générosité de l’aube ou capacité que nous avons à nous illusionner). 

#corpsdenuagedesintentions

j’ai ensuite travaillé un peu sur le blog aquifer, des problèmes techniques (auxquels, alors que j’écris ceci, je dois résister de retourner dare-dare). ça m’a pris plus de temps que ce que je n’aurais voulu et j’étais désemparée. je ne savais plus quoi faire. comment revenir à moi, à mes intentions. intentions qui ont cette habitude de rapidement s’éloigner de moi, si je ne les maintiens pas à toutes forces, mais par où les saisir – leur corps de nuage, leur évanescence. aujourd’hui on appelle ça TDAH.

#hasard

au hasard de photos sur lesquelles je tombe sur mon téléphone, je tente de faire un post instagram, j’y renonce.1 dans la foulée et sans réfléchir, je retente un autre post, avec des photos plus récentes. je le poste.

#mqm (l’oubli du nom)

ce sont des photos de Paris, près du square #mqm (#mqm=mot qui manque), alors que je sortais de la maison en fin de journée, et que j’aimais ce que je voyais, que je revois encore, les pas à l’ombre de l’église, la fine verticalité des jeunes arbres, le tranquille réverbère à lanterne hexagonale, le mât à nichoirs, les lignes horizontales dans le mur de l’église, puis les larges marches en plein soleil qui descendent vers la place, les marches de pierre claire, usées, poreuses et satinées, ceux qui s’y étaient assis, touristes ou désoeuvrés, inconnus pour qui je ressentais une profonde sympathie, et que je pris en photo avec mon téléphone, pas tous, et sur la droite et la gauche, les terrasses du square, la luxuriance de ses fleurs exotiques en pleine floraison. arrivée sur la place #mqm, je pris encore quelques photos, le livreur à vélo, au zoom, la brasserie, ses reflets, sa terrasse, ces deux passantes que je croisais traversant, en pleine conversation. puis, j’ai pris la rue (#mqm) déjà sombre qui descend vers le magasin bio (#mqm). peut-être cela faisait-il un jour ou deux que je n’étais plus sortie.  tout ce soleil.

#photosnumériques

(ces photos prises, ces photos numériques prises, la possibilité qui existe depuis l’internet et les blogs et tout ce qui suivit, de les publier. pourquoi est-ce que je ne les publie pas simplement sans me poser de questions. combien de photos non-postées sur instagram. combien de photos cependant prises en cette intention. regarde comment je vis, vois ce que je vois. ce que j’aime et vois.)

#ligneéditoriale

je n’ai plus posté sur insta depuis longtemps. il me semble que cela requérerait au fond quelque chose de l’ordre d’une ligne éditoriale, à quoi me tenir. j’exigerais de moi une ligne quand je ne peux me tenir à rien. quand je ne peux me tenir qu’à rien.

#rien

rien. de nouveau fortement envahie par ça. peut-être parce que sur le point de faire quelque chose. peut-être à cause du chapbook commencé, de cette première, la petite édition papier à laquelle je pense depuis si longtemps. (oui, ça fait longtemps que je me propose d’extraire des textes de ce blog, et d’en faire des petites éditions papier moi-même, que j’enverrais à mes amis. je remettais toujours de m’y mettre, et cette fois, je l’ai fait, dans Affinity publisher, j’ai même été jusqu’à faire une impression maison. je pensais que c’était lancé. et là, ça fait des jours que je réfléchis à une illustration, sans plus vraiment arriver à avancer, après avoir eu trop d’idées.)

#nimportequoi

la ligne éditoriale qu’il me faudrait devrait bien plutôt sciemment travailler à soutenir mon grand n’importe quoi, ma disparate. par où je vais happée.

je vais happée . comment vas-tu ? happée, je vais happée.

#dispute

une fois posté sur insta, je crois que me suis retrouvée au lit après m’être gravement (exagérément) énervée avec F pour un truc qu’il avait dit à propos du post. il l’a liké. il a dit :
— oh, un post. oh, je like. oh, tu as documenté le square #mqm.
ça m’a excessivement énervée.
— non, je dis, c’est pas ce que j’ai fait. j’ai bêtement posté des images que je trouvais bien.
— c’est pas bête, il dit.
— si. mais si, si, c’est bête.
et je m’énerve. non, je n’ai rien voulu documenter. je ne suis pas quelqu’un qui documente. et je sais que c’est bête. est-ce que je ne venais pas de me poser la question du pourquoi ces photos-là, à ce moment-là, je sais que je ne savais pas assez pourquoi je le faisais, ce que je faisais, qu’il fallait juste que je fasse un post, que j’en avais déjà foiré un premier. alors que j’avais juste envie de faire des choses légèrement, facilement. et que juste j’aimais ces photos, j’avais aimé ce moment.

je note ici que quand je vais mal, comme ces jours-ci, dans cette fragilisation soudaine, je… j’ai tendance à en vouloir à F, je lui cherche des noises, je me persuade que… c’est de sa faute. la veille déjà, je pensais à ses jeux vidéo. dès que je vais moins bien, je ne supporte plus de le voir faire des jeux vidéo. je lui en veux de ne pas être dans l’exigence dans laquelle je suis, de ne pas pouvoir discuter avec lui des problèmes auxquels je fais face, et qui peuvent être tellement… ces problèmes d’exigence, où il ne trouve jamais rien d’autre à me dire que «c’est super», quand je suis dans le sentiment profond que c’est mal.

et alors, hier, pour des raisons qui me dépassent, la mince envie de tester, de voir si on ne peut pas s’en sortir par là, je marmonne « ça ne va pas du tout, comment nous vivons. »

#lautisme

et curieusement, il prend la mouche. parce qu’il est costaud, il ne prend pas souvent la mouche, mais parfois, tout d’un coup. et il me demande pourquoi je dis ça, ce qui ne va pas. et je ne veux pas répondre, parce que je me rends compte que je n’ai pas la force de soutenir un argument, parce que je sais que je lui cherche des misères, que je suis injuste, et puis aussi, parce que mon « nous » ne pensait pas qu’à nous, lui et moi, mais à un nous plus large aussi, global, qui s’étendait au monde — qui songeait à la distension des relations, à la perte de la parole. aux activités autistes des uns et des autres, je sais qu’on ne devrait pas dire ça, parler d’autisme à tort et à travers, je veux parler du repli sur soi, de la satisfaction atteinte dans une activité solitaire.

je dis « autiste » pour parler des activités hors communication, apportant une satisfaction suffisante que pour n’avoir pas besoin que d’être communiquée.

j’eus le regret un jour de fâcher une maman d’autiste, ce que je ne savais pas, en parlant de « mon autisme » – qui est pour moi une façon un peu légère de parler de quelque chose qui est cependant assez réel, et pesant, dans ma vie. il faut sans doute que je trouve une autre façon d’en parler. c’est Jacques-Alain Miller que j’avais entendu parler de ça un jour à la radio, il avait parlé de l’autisme de la jouissance, toujours, et de la coupure du reste du monde à laquelle elle procède (une émission sur le symptôme?).

Donc Frédéric est agacé, il insiste, insiste, il veut savoir de quoi je parle

— mais non, je lui dis, non, oublie que j’ai dit ça, non, arrête, d’ailleurs je ne pensais pas qu’à nous, c’est plus large, mais ne parlons pas de ça.

et comme ca arrive parfois avec lui, il ne veut pas lâcher, je me lève, le ton monte.

— dans ce cas je pars, dis-je m’éloignant, dis-je marmonant, je vais au lit, je ne mange pas avec toi, je ne passe pas l’après-midi avec toi…

#honte

j’écris ça, là, et j’ai honte.

#embourbée

je me retrouve dans la chambre à ne pas savoir quoi faire. j’efface le post instagram publié, j’en efface deux autres dans la foulée, pour faire bonne mesure. le texte Isolde. et le post où il y a des photos de moi. je ferme les yeux, et rien. je reste dans le noir. ça dure. F vient, me parle, s’approche de moi, met la main sur moi, à travers la couverture, me parle encore, me demande ce que je veux. me propose un verre d’eau que je refuse. rien, surtout rien. mais il veut absolument m’apporter un verre d’eau, je lui dis que je ne veux pas, je proteste, je lui répète d’arrêter. je ne suis pas d’accord avec son insistance. il s’en va, revient avec un verre d’eau. il dit qu’il va faire à manger, je dis que je ne veux. du temps passe. il repasse, j’ai ma tête sous la couette, à l’abri de la lumière. il s’en va. je me demande comment on peut s’en sortir. je me lève, je ne sais pas ce que je vais dire. un mot à propos de ce qui s’est passé. F joue. je l’apostrophe. ça ne s’arrange pas. je repars. je vais partir et revenir  comme ça quelquefois, je cherche alors à comprendre ce qui se passe, ce qui m’arrive. lui reprochant surtout d’avoir insisté quand je lui demandais d’arrêter. il dit « mais là j’ai arrêté ». oui. 

enfin… finalement, je ressors.  je dis « OK, je vais manger avec toi, et j’ajoute : mais je n’en n’ai aucune envie » (en fait, j’ai faim), il dit que c’est très triste, je dis « alors ne mangeons pas ensemble » et je repars. il dit « mais si, mais si, mangeons », je me résous à revenir. pensant qu’en mangeant, ça s’arrangera peut-être, cette humeur. 

ça, s’est un peu arrangé. il parle. je dis « hm, hm ». et tout d’un coup, voila, je ne peux pas m’empêcher de parler d’un truc, c’est reparti, la conversation, on discute légèrement.

(((au passage, je précise: c’est un progrès. avant, avant, car ça ne date pas d’aujourd’hui, là, c’est quelque chose qui réapparaît, je pouvais bouder durant des heures, des jours mêmes… à traîner dans ces humeurs qui m’assaillent à nouveau…. au moment où « tout allait bien », tout allait mieux.. où quelque chose bouge…)))

#envie

en sortant de table, j’ai envie d’une tartelette au fruits. je ne mange pas de sucre, je n’en mange jamais, plus jamais, depuis des mois, je pense à une pâtisserie qui fait du sans sucre, à Menilmontant. mais il pleut et va pleuvoir toute l’après-midi. il pleut ces jours-ci, il fait « plus froid que la normale de saison ». je ne sais pas ce que je fais alors, F joue. enfin, nous finirons par sortir, chacun son parapluie, c’est une échappée. beauté captée, gigantesque, des troncs d’arbre sous la pluie (et j’ai perdu le chargeur de mon appareil photo), complicités retrouvées, pâtisseries achetées. des légumes au chinois (pour faire bonne mesure).

#voix

nous rentrons. ça reste difficile pour moi. les voix qui me lancent des injures sont de retour. une violence forte contre moi-même. j’ai l’idée de dessiner, mais je ne trouve pas de papier. je veux lire un certain livre, mais je ne le trouve pas non plus. le cherchant, je suis confrontée à mon bordel et c’est éminemment angoissant.

#nonlire

bordel de livres non lus qui s’accumulent dans un coin de la chambre, mêlés à des livres lus, ça me rend folle de rage et de détestation contre moi-même, je vais le dire à F, je dis je ne suis capable de rien, rien que de dépenser de l’argent, de coûter, que je ne lis plus rien… je retourne au tas de livres et de poussières. le fait de ne pas lire, de ne plus lire, de ne plus arriver à lire depuis si longtemps me rend complètement malade, je manipule ces livres achetés, que j’ai espéré lire, auquel j’ai cru et qui me sont tombés des mains, il n’arrive presque plus que je lise, à de rares exceptions près, et c’est une grande raison que j’ai de me haïr, et quand je tombe sur des livres lus, je songe que je ne sais même plus ce qu’il y a dedans. je sais que je suis ramenée au plus proche de ce que je me reproche, je songe que c’est depuis que je connais F que je ne lis plus, et je ne veux pas y songer. je me suis laissée bouffer par les écrans que j’évitais soigneusement avant lui, mais… c’est très difficile de mettre des mots sur ce que je ressens à ces moments-là. je ne trouve pas le livre que je cherche.

#écran

je dis à F: il suffit que je sorte de l’écran et que je veuille faire des choses dans la vie réelle pour que je ne trouve plus rien. j’ai voulu dessiner, pas de papier, je veux lire un livre, je ne le trouve pas. dès que je sors de l’écran, ça se passe mal. 

#texteimprimé

il y avait eu la veille l’effort encore de travailler au texte imprimé, à cette grande première que constitue pour moi la confection d’un petit zine, d’un chapbook, avec son titre finalement peut-être de mauvais augure s’il en est : « La décision d’écrire qu’il n’y eut pas ».

il y avait eu la lecture à haute voix, les enregistrements vocaux de ce texte que je tenais maintenant entre les mains, dont je tournais les pages. je le faisais pour l’entendre, y apporter les dernières corrections, mesurer comment le texte coule, se laisse dire.

surtout il y eut ce qui m’est tombé dessus, dès que je considérai être arrivée au bout, lorsqu’il m’apparu que ce texte était complètement nul. c’était massif, irrévocable. subitement, je me demandais pourquoi j’avais voulu l’imprimer, pourquoi j’en avais fait un tel cas. et l’espoir me quittait de faire quelque chose de bien. je me vidais.

et alors le trac de ne plus du tout savoir comment continuer. j’avais parlé d’une illustration pour le texte, ça m’avait occupée des jours, ça me paraissait maintenant totalement hors de portée. et puis quel papier ? j’avais pensé « papier tout simple ». mais Frédéric parlait de choix de papier. parlait de nombre d’exemplaires. je me mettais à penser à ce que ça allait coûter, à l’argent encore que j’allais dépenser.

j’annonçai alors à F. que pour pouvoir y croire, il fallait avant tout que j’en fasse un deuxième, qu’un ce n’était rien, tant qu’il n’y aurait pas le deuxième.

c’est tout ça, sans doute, qui me rendait tellement malade.

y avoir cru, ne plus y croire. penser que j’étais une fois encore dans un projet en passe d’être abandonné. 

#autismedelajouissance

je reviens sur l’autisme de la jouissance selon Jacques-Alain Miller, je retrouve ceci sur internet, dans sa « Théorie du Partenaire » :

 » Je voudrais, dans le fil qui commence à se tendre à partir de la dimension autistique du symptôme, évoquer la toxicomanie. Pourquoi nous y intéressons-nous ? C’est un mode-de-jouir où l’on se passe apparemment de l’autre, qui serait même fait pour que l’on se passe de l’Autre, et où l’on fait seul. Mettons de côté, sans l’oublier, qu’en un certain sens le corps lui-même c’est l’Autre. Je crois que je fais saisir quelque chose si je dis simplement, si je répète, avec d’autres, que c’est un mode-de-jouir où l’on se passe de l’Autre. La jouissance toxicomane est devenue de ce fait comme emblématique de l’autisme contemporain de la jouissance. »

je note donc qu’il parle d’un mode-de-jouir où l’on fait seul, où l’on fait sans l’Autre, sans le corps.
pourquoi je le note?
d’une part parce que j’essaie de cerner le manque de physicalité sur internet, j’essaie de cerner, raisonner : comment s’y faire, comment s’y faire sans s’en faire, et/ou comment s’adapter;
le manque de physicalité ou la physicalité autre
( j’en vois à qui Internet donne un corps. que ça arrange avec l’image. pas à moi. je n’y arrive pas, pas d’arrangement avec l’image).
et d’autre part, parce que c’est bien dans le passage à l’Autre, au moment de l’effort du passage à l’Autre, que ça dysfonctionne. que ça se met à dysfonctionner.
tant que j’arrive à ne pas me faire lire, c’est supportable.
l’angoisse et ses manifestations physiques, et les graves sautes d’humeur, ne viennent qu’au moment où je fais le pas vers l’Autre.
c’est dans le pas, dans le suspens, que je suis attaquée de toutes parts par les démons de l’angoisse.

je reprends ma lecture :

« J’avais essayé de le résumer par le petit mathème I < a. »

Donc Grand I, de l’Idéal, tributaire, dans la dépendance, la soumission à petit a, à l’objet plus-de-jouir, s’effaçant par rapport à lui.

Grand I est valide — de plein exercice — quand le circuit du mode de jouissance doit passer par l’Autre social, et passe de façon évidente par l’Autre social. »

Et donc, quand je me retrouve attaquée par les démons de l’Idéal sous la figure de l’angoisse, les auspices de l’angoisse : c’est l’Idéal qui me dit : Non pas ça . Halte à toi. Halte à tout. Et qui le dit silencieusement, vicieusement. Sans ouvertement, clairement s’annoncer. Qu’est-ce que tu voudrais qu’il te dise l’Idéal, et d’ailleurs, est-ce qu’il ne te le dit pas? Est-ce qu’il ne te le dit pas, que ça ne vaut rien ce que tu fais? Oui, mais quand il me met dans cet état physique second, désorienté, quand il souffle dans ma tête pour effacer toute possibilité de penser, de décider, de savoir ce qui se passe, c’est vicieux, non? C’est dégueu. Oui, ça passe par l’effaçage. D’où la panique. Et pourquoi ça se retourne contre F? Tu le sais : contre F plutôt que contre toi. Parce qu’il est trop cruel, l’Idéal, et tu préfères détourner ses coups.

C’est, en temps normal, Grand I, le Grand I de l’idéal qui me pousse à écrire, d’ailleurs rien que de parler de lui, tes majuscules reviennent, et c’est… Et si c’était non pas I qui te faisait ces saloperies, mais les démons de a, de petit a, des milliards de petit a… Ha ha. Ca se laisse écrire aussi. Oui, c’est plutôt comme ça que tu vois les choses d’habitude.

(Ici image des petits démons noirs qui emportent Quick (si c’est le petit blond, je ne suis jamais arrivée à retenir, le plus petit, le plus sympathique), et du petit ange qui pleure, avec sa longue robe blanche, ses longues ailes blanches et ses petites mains sur yeux? )

Alors que, aujourd’hui, comme dit Lacan, notre mode de jouissance ne se situe plus désormais que du plus-de-jouir. Ce qui fait sa précarité, parce qu’il n’est plus solidifié, il n’est plus garanti par la collectivisation du mode-de-jouir. Il est particularisé par le plus-de-jouir. Il n’est plus enchâssé, organisé et solidifié par l’Idéal. Notre mode-de-jouir contemporain est fonctionnellement attiré par son statut autiste. (…)

C’est bien pour ça qu’on les voit se reformer, aujourd’hui, les petites communautés, qui le tentent ça, de se réorganiser autour d’un Idéal.

Il y a tout de même une leçon, une morale de la fable politique. Notre point de vue spontané sur le symptôme est évidemment de le considérer comme un dysfonctionnement. Nous disons symptôme lorsqu’il y a quelque chose qui cloche. Mais le dysfonctionnement symptomatique ne se repère en fait que par rapport à l’Idéal. Lorsqu’on cesse de le repérer par rapport à l’Idéal, c’est un fonctionnement. Le dysfonctionnement est un fonctionnement. Cela marche comme ça. Il faut reconnaître que la psychanalyse a fait beaucoup pour la précarité du mode de jouissance contemporain. Elle a en effet fait beaucoup pour que le rapport entre l’Idéal et petit a devienne celui-ci. »

« Lorsqu’on cesse de se repérer par rapport à l’idéal, c’est un fonctionnement « .

Notes en bas de page

  1. des photos du 18 mai au fil des ans. c’est une possibilité qu’offre OneDrive : jour après jour, remonter les années, au fil des photos du jour. j’y ai renoncé, soit que l’une autre appli offrait quelques résistances, soit que ça me paraissait n’avoir pas de sens, et pourquoi aurait-il fallu que ça en ait, c’est instagram, et pourquoi ça n’en aurait pas eu, c’est moi. et pourquoi se poser des questions. ↩︎
jeudi 21 mai 2026 · 16h35

je vais bien, A, merci

je vais bien A, merci. je déborde un peu à nouveau.
j’avais eu un gros creux.
je suis heureuse d’être dans la maison, d’être avec Jules. hier soir j’ai pu le rassurer, il était très inquiet pour sa grand-mère.
je l’avais été à l’annonce de son hospitalisation.
elle est très vieille.
son décès peut survenir d’un moment à l’autre. aujourd’hui, demain, dans un mois. dans des années.
car elle est très solide.
quand je l’ai vue hier, je trouvais qu’elle était tout de même en très mauvais état. mais quand je l’ai vue manger ! son avidité ! j’ai été vraiment rassurée.
deux fois, elle m’a pris la main. on a regardé Quick et Flupke.
j’ai pu expliquer des choses que je trouve très importantes à propos de ça, ma façon de comprendre ça, de voir ça.
j’aime toujours être avec elle, les gens à l’hôpital sont gentils.
Jules est adorable.
Voilà.
je dois un peu me battre contre le trop d’idées…
J’ai décidé de ne plus jamais rien penser de X.
il fait beau.
je vais nettoyer les escaliers ce matin.
je t’embrasse,
V

vendredi 22 mai 2026 · 07h44

sans titre, dans la maison de ma mère

vendredi 22 mai

maintenant, le jour, alors que passe dans la rue le camion de la voirie. le jour et la joie. de mes plus grandes joies : voir. qui est toujours une surprise. et l’être avec ma mère.

hier… après un long moment d’écriture, le mot à A, je veux nettoyer la cage d’escalier de la maison de ma mère, je veux ça et tellement d’autres choses en même temps, mais ça, avec le beau temps qui arrive de toutes parts, les fenêtres à l’avant, à l’arrière, je prépare un seau, un torchon (=une serpillère), en même temps que je mets au four les méchantes brochettes achetées la veille, etc. etc. je passe, pas tout dire. vient le moment de désorientation. comme si souvent quand je suis ici : qu’est-ce que je dois faire, qu’est-ce que j’aurai oublié de faire, qu’est-ce que je dois me mettre à faire, qu’est-ce que je ne fais pas? la tentative de faire une liste. le désagrément du passage à l’improviste de X et comment j’ai dû me dérober à ses bras, le souvenir de ça, anguille. gentillesse de J, mon fils.

marcher vers la clinique, en retard. elle y est arrivée il y a deux jours, pneumonie par inhalation avec inflammation sévère. c’est la deuxième, la première en octobre. je la trouve avec un tuyau de sang qui lui rentre dans le bras, perfusion le mot tranquille. des traces de sang sous le nez. je lui donne et elle aime la pâtisserie achetée, 6 euros, au rez-de-chaussée de l’hôpital, un tiramisu blanc, mais la vue du sang, sa très apparente fatigue m’inquiètent et je dois chercher quelqu’un qui m’explique.
une transfusion d’hémoglobine, un manque de … globules rouges (est-ce possible?)
la doctoresse me dit qu’elle était dénutrie, qu’elle ne pourrait pas guérir. et que ça allait aller mieux, maintenant.
— donc, une semaine d’antibiotiques, et je la renvoie à la maison de retraite.
— et elle, et… sa vie n’est pas en danger?
— elle est très vieille, me répond-elle.
elle est très vieille.
je ne sais pas comment dire ça à mes frères.

je pense qu’il faut être très fort ici, avec elle, à elle.

voilà, il me revient ce que je dois faire, ou pas, acheter un gobelet avec un bec pour qu’elle puisse boire, est-ce ce que je dois faire? seigneur, c’est pas sûr. non, ce n’est pas à ça que je pensais : est-ce qu’il ne faudrait pas écrire, tout de même, à la maison de repos, pour leur dire. dénutrie ! mais ça ne sert à rien. signaler. donc, que faire? ce gobelet? pour les boissons. ou? trouver de l’épaississant? la veille, je n’ai pas pu lui donner à boire. la pneumonie par inhalation est provoquée parce qu’elle avale de travers, et surtout quand elle boit. un très aimable infirmier me trouve de l’épaississant. faut-il que j’en rachète? la discussion à ce propos avec lui est longue mais non concluante. probablement. noter tout ça sur un bout de papier.

je retourne près d’elle. sa tête de travers sur l’oreiller, je m’assieds très près de son visage, mon visage tout proche du sien, que voit-elle, ses yeux, je lui touche le front, la caresse, le front, la joue, sa peau, elle tend ses doigts vers moi, vers mon visage, touche mon nez, c’est comme rigolo. elle “parle” plus que la veille, beaucoup en flamand. et il y a les mots “fille”, “madame”. elle dit Jean-François, elle indique du doigt : Jean-François était là, Jean-François était là, effectivement, était là quand elle est arrivée. je téléphone à JF, je suis émue, à nouveau l’écrivant. elle parle. j’ai l’idée d’appeler Jean-Pierre, qu’il l’entende. je dis Je vais appeler Jean-Pierre, elle fait un air étonnée, tu crois ? mais, Jean-Pierre n’est pas là, je raccroche, lui envoie un message : tout va bien, qu’il ne panique pas à l’idée que j’ai essayé de le joindre. je dis à maman : il n’est pas là. elle m’émeut. la nourriture arrive. elle mange si facilement, si bien ses tartines que je coupe en petits morceaux. elle est comme un oiseau. la boisson, eh bien ça ne passe pas, ça ne marche pas, je n’arrive pas à la lui donner. je sais qu’elle a soif, elle retient la tasse au risque de la faire renverser, je dois l’empêcher de s’en emparer, c’est désagréable, mais je suis plus forte qu’elle et patiente. j’essaie à la cuiller, ça renverse. après le repas, l’infirmier me ramère… un expresso qu’il a bien épaissi.
le monde est merveilleux.
— un expresso?
— j’ai été le chercher à la machine
— vous ne pensez pas que ça va l’empêcher de dormir?
— mais vous me disiez qu’elle n’avait pas bu, qu’elle voulait boire?
— oui, oui. il me tend le gobelet et me dit que je peux le lui donner à la cuillère. je le remercie vivement.

je trouve comment positionner la table pour qu’elle puisse lire Les exploits de Quick et Flupke tranquille, elle regarde, la fatigue revient.
et je cherche dans ma mémoire à trous les titres des morceaux de musique qu’elle aimait bien que nous écoutions à la maison de repos, et je ne retrouve pas. (maintenant, si je re-parcours les messages à JL, je le retrouverai, parce que je lui en avais parlé, je vais faire ça, dans Messenger.)

je vais me faire un café. et cette liste sur papier et chercher le titre du morceau qu’on écoutait, au piano, Beethoven — ou était-ce Mozart. hier, j’ai retrouvé sa symphonie n° 40, mais rien en fait, aucune réaction — dois-je trouver un casque, pour pouvoir le lui mettre sur la tête? — mais aucune réaction. pas de panique. elle me reconnaît. ça reviendra. je reviens près de son visage, les caresses, elle pose la main sur moi, son doigt sur moi, nez, joue, va à mon front, appuie, fait ce geste, ce petit signe de la croix qu’oma — sa mère — nous faisait avant que nous allions nous coucher, au bisou du soir, ce signe appuyé enfoncé dans la peau, tout petit, avec ces mots que je ne comprenais pas et que je transcris comme je les entendais : “Godzin e gebor”*. ma maman dit un ou deux ou trois mots d’une prière, en flamand. je dis ce que je sais, le Wees gegroet Maria, vol van Genade, de Heer is met U, gezegend zijt gij boven alle vrouwen, en gezegend is de vrucht van u lichaam Jezus… elle ferme les yeux.

je reviendrai plus tard, relire. peut-être envoyer à mes frères. ou pas.

je suis dans la maison de ma mère, dans son lit. ma douce alzhei-mère. dans la belle maison de ma mère.

il faut beaucoup boire. les m de mon clavier ne fonctionnent plus. les papiers à réimprimer et à envoyer à la maison de retraite (ou y aller? récupérer un gobelet, l’épaississant, des albums photos, les Quick et Flupke?)

comme elle était hier, quand je l’ai laissée

*est-ce god zijn je geboren, de dieu tu es née?!

vendredi 22 mai 2026 · 14h58

La vieillesse lui allait comme un gant.

Souvent quand je parle,  je crains le trou qui peut s’ouvrir à n’importe quel moment. Je m’apprête à user d’un mot, autour duquel mon récit s’organise, il est là, attend son tour, et soudain le voilà qui s’éloigne, me faisant face, me regardant, le voilà qui recule, s’éloigne vers le soleil couchant, l’horizon, ses lettres se troublent, son panneau s’efface, il n’est plus là. Et il n’est plus là pour longtemps. Il n’est plus là comme s’il n’avait jamais été. J’ai toujours dû avoir affaire avec ça, probablement. Mais il me semble que ça s’aggrave. J’ai l’impression que je ne devrais pas dire ça. Je le vis comme une tare. Je me dis que je devrais trouver le moyen de le vivre à la Beckett. Qui se réjouit de la réduction de son vocabulaire, de la perte, de la vieillesse.

« La vieillesse lui allait comme un gant. Par la décrépitude, il rejoignait ses personnages, les incarnait pour finir. Il considérait la perte de ses moyens comme ouvrant une possibilité nouvelle. Dix ans avant sa mort, déjà vieux, il dit avoir acquis depuis longtemps la conviction que dans le déclin ordinaire réside la meilleure chance de l’écrivain ».

« J’essaie de penser, écrivait-il à Franz Wurm, avec ce qui me reste de tête que c’est le moment enfin, la chance enfin, dans ces restes, avec ces restes, même si penser n’est pas le mot. » Et encore : »Je m’acharne avec la tête qui faiblit, en d’autres mots avec des possibilités accrues. »

C’est dans Un peu profond ruisseau… de C. Millot

Top