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A ces motivations générales s’ajoute dans notre cas un facteur particulier : c’est que les thèmes d’Athènes et de l’Acropole contiennent en eux-mêmes une allusion à la supériorité des fils. Notre père avait été négociant, il n’avait pas fait d’études secondaires, Athènes ne signifiait pas grand-chose pour lui. Ainsi, ce qui nous empêchait de jouir de notre voyage était un sentiment de piété. Maintenant vous ne vous étonnerez plus que le souvenir de cet incident sur l’Acropole revienne si souvent me hanter depuis que je suis vieux moi-même, que j’ai besoin d’indulgence et que je ne puis plus voyager. |
coincée (l’acropole)
cette absence de nom et la mienne
« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale, et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. Être sans sujet aucun de livre, sans aucune idée de livre, c’est se trouver, se retrouver devant un livre. Un immense vide. Un livre éventuel. Devant rien. Devant comme une écriture vivante et nue, comme terrible, terrible à surmonter.(…) Si je n’avais pas écrit, je serais devenue incurable de l’alcool. C’est un état pratique d’être perdu sans plus pouvoir écrire… (…) Je ne sais pas comment je me suis tirée de ce que l’on peut appeler une crise, comme on dirait crise de nerfs ou crise de lenteur, de dégradation. (…) Quand on sort de soi, tout un livre, on est forcément dans l’état particulier d’une certaine solitude qu’on ne peut partager avec personne. On ne peut rien faire partager. On doit lire seul le livre qu’on a écrit. (…) Écrire, c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait. »
Duras, Écrire, Gall., p.24-27-42-65
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sortir d’une nuit légèrement insomniaque ou j’ai finalement pris un anxiolytique pour m’arrêter de penser et m’endormir, ce qui était peut-être une lâcheté morale.
sur l’oubli du nom, moi, là : https://disparates.org/escapades/apres-coup-descapades-freund-et-benjamin/
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d. : tu fais de cet oubli un symptôme, tu construis un symptôme.
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jusqu’à ce qu’il me soit apparu que je n’ai pas de nom, que le nom est cela que j’attends encore qu’on me donne, qui toujours doit m’être donné, ultimement, comme ces noms de femmes dans les livres de duras leur sont donnés, tantôt par duras même, qui ne cesse de les écrire, et réécrire, prononcer et reprononcer, tant il est vrai que l’écriture de duras est une voix, de les mettre dans la bouche de leur amant qui alors le leur donne, à elles. et comment de ce don-là j’ai rêvé comme s’il pourrait alors atteindre le centre de mon être, de mon corps, comme une flèche. sont-ils, les autres, à ce point séparés de leur nom que je le suis. que faire de ce nom qui ne tient à rien que je n’aime pas que j’avouais autrefois volontiers échanger contre celui d’un homme d’un amour que je rencontrerais, un nouveau nom reçu alors dans le mariage d’un homme et par moi adopté. le nom contient-il une sagesse, ou le lien que je trouverais à nouer avec lui? ou peut-on simplement y renoncer ? quel est donc ce nom perdu comme je pensais hier cette perdue solitude. qu’il n’y a rien entre mon nom et moi, rien, une distance, un désamour, j’essaie seulement, maintenant qu’on est le matin, d’écrire ce qui m’envahissait cette nuit, qui m’apparait me revient maintenant sous des airs artificiels, la certitude, cette nuit était grande. le texte long. le texte dans ma tête pour tenter de dire cette absence de nom et la mienne.
Oubli de certains noms communs, métier et littérature
mer 2 mai 2012
(#oubli J’ai toujours trouvé extraordinaire (sans jamais chercher à en faire plus que ça état) la façon dont le sens de certains mots persiste à m’échapper. Comme celui d’hérésiarque ou de de démiurge. Ou celui de solipsisme et d’idiosyncrasie. Vrai que je n’ai jamais aimé interrompre ma lecture par de fastidieuses consultations du dictionnaire, toujours compté sur le contexte. Or, certains mots résistent. Mais de découvrir leur sens via le dictionnaire ne suffit pas à ce que je les intègre. A moins que ça ne tienne à leur sens. A quelque chose qui me rebute dans leur sens. A moins que ça ne tienne à leur forme. Qui le sait? Qui le saura ? )
#littérature Lis Fictions, de Borges. Un peu à cause de Toussaint Jean-Philippe ( L’urgence et la patience que je viens de finir). Ce sentiment de n’être pas assez proche de la littérature, de n’être pas suffisamment consciente de son existence ( un peu comme si elle n’existait pas) ( tandis que si) ( je venais à la rencontrer) ( alors, plus si affinités…)
Je ne la rencontrerai pas. Il aurait fallu pouvoir en faire un métier. J’aurais probablement aimé ce métier. Or, un métier, est justement ce que je ne suis pas parvenue à avoir. Je pourrais faire le récit de la façon dont j’ai raté mes tentatives d’avoir un métier. Un métier étant cela à quoi vous êtes d’abord identifié, ce qui vous situe socialement, en société. J’ai aimé les livres. Je les ai aimés sans aimer la littérature, sans avoir besoin de la littérature. Ce n’est pas que je n’aime pas la littérature. Je l’aime comme j’aime la vache dans le pré là-bas. Je ne m’en fais pas le reproche. Est-ce possible? Je m’habitue à moi-même. C’est une constatation. Cela ne m’empêche pas d’avoir envie d’écrire un livre…
#mononcle J’ai rêvé de mon oncle, je pense, cette nuit. Il y a quelqu’un sur la liste Escapades qui signe « Loncle ». J’ai bien cru hier que c’était lui qui m’écrivait d’outre-tombe, lui qui pareillement signait ses missives et lui qui a écrit un livre (mais ça n’a rien à voir).
#culture La présence et la voix, ce qui me sépare de la culture. Du désir peut-être aussi. (Mon oncle qui lui, entendait des voix – mais ça n’a pas de rapport.) Je suis en ce moment une très bonne femme de ménage.
– Écrit pendant que tout le monde dort. Il y a quelques jours j’ai cru que j’étais atteinte d’une maladie incurable. Nous avons fait l’amour. Aspirer la vie de son corps.
où vont les mots que j’oublie et qu’y font-ils ?
Je me dois de prévenir le lecteur que je connais mal la langue française. Mon vocabulaire est très limité, pour le peu que j’en ai, je n’ai de cesse de chercher et de perdre mes mots. Dans l’écriture, je me laisse bien plutôt guider par un rythme et des rencontres de sonorités que par le sens. Écrire souvent s’apparentant pour moi à une promenade en forêt, une forêt toujours inconnue puisque je suis citadine, avec les mots comme des arbres parmi lesquels je circule et dont j’ignore les noms. Je vise probablement le sens mais dans sa fuite. Fugacité d’une biche, suspensions momentanées de la lumière prise dans la poussière qu’un rayon un instant déjà oublié révèle. De la littérature, je ne sais pas plus. Quand la lecture d’un livre me submerge, j’en oublie presque aussitôt tout dès que je le referme. Alors même que je suis mordue, marquée à vie, la cicatrice déjà se referme, s’efface. J’habite l’oubli, c’est mon handicap, ma séparation d’avec le monde. Raison possible de ma réclusion.
C’est pourquoi j’essaie ces jours-ci d’imaginer ce qui d’autre que les mots possiblement circulerait entre les êtres humains.
Mais peut-être ne s’agit-il que de ce qui se lie aux mots, là où ce n’est pas le sens; ces lieux où ils nous enchantent, nous tuent, nous minent, nous ensorcellent. Nous marquent physiquement où nous ne savons plus rien de notre corps non plus, quand il s’agit peut-être de lui, du corps, plus qu’en aucun autre lieu.
Je connais en secret, et je ne suis pas la seule, des lieux du corps palpables et invisibles. Ces lieux avec les mots ont-ils encore le moindre lien ?
Bruxelles
Mardi 29 octobre
Revenons de Bruxelles où passé excellent séjour. Vu JF, Ak et enfin JP. Al aussi bien sûr, qui vit maintenant chez ma mère. Et ma mère. Douce, brutale et angoissée, souvent mécontente.
Moi-même, pas eu d’angoisses, même si me réveillais la nuit. Et le matin, ce sentiment que l’Anafranil faisait son effet, que j’étais moins fatiguée. Mais, peut-être juste heureuse d’être là, peut-être juste passé de bonnes soirées.
Pris des photos de vieilles photos de la famille de ma mère. Lu quelques pages d’un journal de mon père.
Je songe à écrire à ma mère pour la soulager de ce qu’il lui semble perdre, la mémoire, les mots. Bien sûr des lumières qui s’éteignent, mais celles qui restent allumées n’en sont-elles pas d’autant plus chères, chéries, à chérir. Ces lumières qui restent, maintenant mises en lumière, ayant à faire des choses qu’elles n’ont jamais eu à faire auparavant, devant inventer. Je parle de la vieillesse, du vieillissement, de l’oubli qui l’accompagne. Pas que de la vieillesse, de la difficulté aussi, de l’angoisse.
Comment lui communiquer ce que je découvre en ce moment. La vérité qu’il y a à chérir ce qui échappe au symbolique – qu’une part de sa cause, inconnue, est là, qu’elle n’est pas méprisable, noble au contraire. Malgré qu’elle doive lui donner ce désagréable sentiment de perte constant. Comment lui apprendre à aimer – consciemment – ce désêtre. Qu’elle à inventer, à trouver, à formaliser ce qui lui permette de l’appréhender, de l’aimer, en ne lui trouvant, inventant seulement que quelques coordonnées symboliques et imaginaires.
Mais si elle te le dit, tu l’entends encore, « Ah, ce n’est pas drôle ce qui m’arrive, je t’assure… », pourquoi ne pas l’écouter, la croire, ce n’est pas drôle, te dit-elle, alors? C’est qu’il te semble que tu pourrais la soulager, c’est que tu cherches à la soulager, c’est que tu aimerais. C’est que tu aimerais utiliser faire usage de ce qu’il te semble avoir récemment appris : d’avoir connaissance des choses où elles n’ont pas de mots n’est pas sans valeur, peut-être par soi-même accepté,
A la condition peut-être d’avoir saisi en soi ce double mouvement : l’attachement à ce qui manque de mot aussi bien que le désir de l’univers où les choses ont un sens, trouvent discours.
non terminée, non envoyée
je réfléchissais à ton inquiétude à propos du fait que tu oublies beaucoup de choses, et de plus en plus.
peut-être est-ce un phénomène que tu pourrais admettre et accueillir.
je ne
peut-être que le nom des choses n’est-il pas tout ce qu’il y a à connaître.
l’oublié
— — ce dont je ne me souviens pas du tout à cause de quoi je suis toujours en dessous de ce que je pourrais faire (bien=réel) —
Rêve du 18 au 19 mai 2014
« Sur une scène. Une scène de l’école – pas celle avec un grand E, la petite, celle des Dames (de Marie) ; non, la plus petite, celle des Filles (de la Sagesse). Je faisais des spectacles là quand j’étais petite, de la danse. J’ai beaucoup rêvé de cette scène, des coulisses, des loges… Mais dans le rêve, il s’agit de théâtre. Je suis la « principale » (comme en danse).
Je suis sur scène, je dois commencer, mais je ne me souviens de rien.
Je commence donc en trichant, en cherchant dans mon texte, un texte qui se trouve là sur le bord de la scène, à la frontière des coulisses, dans un livre épais et coloré, dont la reliure s’est relâchée et des femmes, pardon des feuilles (lapsus calami) se détachent. Je cherche mon texte, je ne le trouve pas vraiment. Je lance des phrases que je lis, sans les comprendre. Elles sont d’ailleurs incompréhensibles, mais ce n’est pas ce qui m’inquiète. Ce qui m’inquiète c’est que je pense que le public n’appréciera pas — ni les autres qui sont sur scène -, que je lise mon texte et que je le fasse mal, sans conviction. Sans retrouver ce que je pouvais faire auparavant.
Jusque-là, on croyait que j’étais une bonne actrice.
Je dois me souvenir d’une scène en particulier. Ou plutôt d’un mouvement, d’une pose (posture) même (en araignée ?) Elle a peut-être quelque chose de sexuel. Je m’en souviens un peu, mais pas suffisamment. Je fais n’importe quoi. Je suis à peu près sûre que ça ne peut pas passer (auprès du public). Anne B. essaie de m’aider. Elle devient ma partenaire, mais rien n’y fait. Je ne me souviens pas de ce que je faisais.
Je quitte la scène principale, j’entraîne Anne dans une arrière-scène. J’abandonne donc les autres, qui comptaient sur moi. À l’arrière, avec Anne, j’essaie des choses. Je suis comme greffée à elle, sur son dos. Je Totalement dépendante d’elle. Je m’inquiète beaucoup de ce que le public va penser. À l’avant, ils se débrouillent, ils inventent quelque chose en se passant de moi.
J’explique alors à quelqu’un qu’il m’est impossible de reproduire une scène que j’ai bien faite, bien jouée, parce que si je l’ai bien jouée, c’est que j’ai cru qu’elle était réelle – qu’il ne s’agissait pas d’une scène de théâtre. Et cela, je ne peux pas le refaire, je ne peux pas refaire ce que j’ai déjà fait parce que c’était bien fait, parce que si je l’ai bien fait, c’est que c’était réel, que ce n’était pas du théâtre. Ce qui est embêtant au théâtre. C’est ce qui me fait perdre toute confiance en moi et me rend ultra-dépendante du regard des autres, seuls à même de juger si je fais bien ou pas1.
Puis, je suis donc de nouveau à l’avant-scène, mais auprès de Laure Naveau, cette fois. Elle fait des choses bien, très bien, avec d’autres psychanalystes. A l’une d’entre elles, dont le prénom serait Christiane, il est demandé de jouer quelque chose, de raconter une certaine histoire. C’est moi, je crois, qui le lui demande. Elle était venue, avait parlé d’une fable, bien connue croyait-elle, et je lui demandais si elle voulait bien la raconter. Elle le fait, très bien. Elle raconte une histoire au départ de petites scènes, de petites loges qui bordent la scène (il a été hier question de loges maçonniques, mais… et j’ai songé à mon père, qui n’avait pas voulu être maçon, et à cet ami, qui lui, oui, mais dans quelle circonstance avais-je alors pensé à ça?), elle passe de l’une à l’autre, comme son récit progresse, chaque loge comme une case de bande dessinée. Ça se termine avec Laure Naveau (et moi). Fin de la pièce.
Applaudissements.
Saluts. Le public veut nous voir de plus près. Nous demande de nous rapprocher. Ce que nous faisons. Il est composé de nombreux psychanalystes de l’École.
Nous retournons dans le public, quittons la scène. J’attends des retours sur ma contre-performance, mais rien. JPD est là. J’espère qu’il va m’ignorer, malheureusement non.
*
Je me suis réveillée en pensant qu’il fallait que je raconte ce rêve à un psychanalyste. Qu’il semble bien qu’il y aie quelque chose que j’aie complètement oublié, que j’essaie de retrouver, sans succès. A cause de quoi, je suis toujours en-deçà de ce que je pourrais faire. Et qui est cause que le lien au texte se perd, et l’incompréhension s’installe. Ne sachant ce qui se perd, ce qui s’est perdu, ce qui serait à retrouver, qui n’était pas du jeu, je suis obligée de me lier à un(e) autre. de trouver à qui m’apparier/m’appareiller.
Donc, c’est curieux. Parce que c’était réel, parce que c’était peut-être sexuel, parce que ça m’aurait donné du plaisir, je l’ai oublié. Et parce que je l’ai oublié – la pose, le mouvement, le geste, la posture – , je ne peux plus rien faire et c’est comme si je n’avais plus de corps, puisque je suis obligée de me greffer à une autre (homosexuelle), un double, je dois passer à l’arrière plan, dans l’ombre.
J’avais lu un texte récemment de Laure Naveau, que je ne suis pas arrivée à retrouver, où elle parlait de thèmes qui avaient également été importants pour moi (péché de la tristesse, Spinoza, Nietzche…) Je m’étais demandée si ce n’était pas plutôt chez elle, comme analyste, que je devais aller, plutôt que de retourner chez MHB. Dommage que je ne retrouve pas ce texte. Laure Naveau est aussi l’épouse de Pierre Naveau, auteur pour moi d’un texte, travail très important, entendu plus de dix ans auparavant, sur le travail, les travailleurs après Auschwitz.
Il y a aussi cette autre psychanalyste dans le rêve, dont je ne me souviens que du prénom : Christiane, qui raconte une fable en passant par des loges (loges de coulisses? maçonniques?), des loges où elle se loge, qui ont chacune leur décor. La fable se termine sur Laure Naveau et moi.
Christiance : c’est le nom d’une meilleure amie, quand j’avais vingt ans. une allemande.
Est-ce qu’il s’agirtait de Christiane Alberti? Comme Alberti? Qui écrivit Vies de peintres? Vies des meilleurs peintres… Ah non, ça n’est pas Alberti, c’est Vasari. Alberti, lui, c’est la perspective. La vie d’Alberti est racontée dans le livre de Vasari. Il a inventé la perspective géométrique et a écrit un traité sur la peinture ( Della pittura).
Vies de peintres. Vie de Lacan de Miller (dont j’avais établi le cours sur internet). Ou encore cette Vie et oeuvre de mon peintre de père qu’il me demanda sur son lit de mort et que j’ai dû renoncer à écrire, je crois (seulement arrivée à faire, au lendemain de sa mort un site internet : https://www.jacquesmuller.com – que je devrais reprendre2… ) Tandis que je persiste ici à tisser la doublure dont parle Thomas Clerc à propos de Maurice Sachs :
» le paradoxe de cet homme qui vénère la chose écrite est son incapacité à produire un texte en vue de le montrer. Impossible à rendre publique, l’écriture est sa doublure alors qu’elle devrait être son manteau. »
Telle serait ma position. La doublure écrit la doublure. Or ne suffit-il pas de retourner le manteau pour que se donne à lire ce qui s’abritait dans les envers soyeux du manteau. Peut-être ce que fait l’écriture de ce rêve.
(Je fais beaucoup de rêves depuis quelques jours, depuis que j’ai commencé le traitement homéopathique d’ailleurs.)
*
* *
- Ce qui m’a fait songer au Maurice Sachs de Thomas Clerc, son « obsession pour la valeur », écrit-il, « Suis-je bon? Suis-je mauvais? » ( IN Maurice Sachs, le désoeuvré). ↩︎
- Et qui a récemment perdu, à cause du fournisseur d’accès Gandi, son nom de domaine en .be tandis que j’ai dû acheter le .com, ce qui lui a fait perdre toute sa notoriété sur internet. ↩︎
Tandis que tout nous relie à Israël/Palestine.
04/08/2014
Partie remise
Hier, comme je m’avance entre les rayonnages et les présentoirs de livres chez Gibert, soudainement cette évidence, ce sentiment d’évidence, j’écrirai moi aussi une livre et il viendra s’ajouter à tous ceux-là. Du coup, voilà deux heures que je me propose de le commencer et que sur l’écran blanc de mon MacBook Air, il n’apparaît rien. Je ferais donc mieux d’y renoncer, du moins pour l’instant. Partie remise. Partie remise, c’est une bon titre de livre, ça, non? En ce moment, je voudrais écrire un livre qui ait la qualité des Mots de Jean-Paul Sartre que j’ai lu le mois dernier et prêté ensuite à ma mère qui s’était émue de ce que je lui en avais raconté (« Mais, c’est terrible! mais, c’est mon histoire!« ) et dont j’achetais un commentaire hier.
bordure protectrice
Voilà maintenant plusieurs jours que je ne fais plus rien d’autre que m’intéresser à ce qui se passe en ce moment en Israël, l’opération de « bordure protectrice » , le massacre de Gaza. Je n’en donnerai pas ici un énième commentaire. Si ce n’est que je n’arrive pas à me départir du sentiment que je la consomme, cette guerre, que je ne fais rien de plus que la consommer quand je la traque et la lis, en silence, sur Twitter et sur Facebook.
Pourquoi Gaza et pas Grozny ? Henri Goldman, 8.02.2009 http://t.co/iQUyecR3vO
— véronique m. (@eoik) 31 Juillet 2014
Et pourtant, cette réponse semble évidente, et elle n’a rien à voir avoir la comptabilité des victimes. Rien ne nous relie à la Tchétchénie, au Darfour ou à Timor. Les crimes qui s’y déroulent sont hors de portée de notre émotion sollicitée jusqu’à saturation par les soubresauts de l’humanité, émotion qui n’est pas assez large pour réagir équitablement à tous les stimuli. Tandis que tout nous relie à Israël/Palestine. Faut-il détailler ? La destinée juive est centrale dans la construction d’une conscience européenne qui n’arrive toujours pas à considérer le « peuple juif » comme un groupe humain parmi d’autres. La Palestine est le berceau des trois monothéismes et un lieu surinvesti de charge symbolique par toutes les cultures qui s’en réclament. L’Europe est « innocente » du Darfour et de la Tchétchénie, alors qu’elle est actrice à de multiples titres du conflit israélo-palestinien. Enfin, Israël est une démocratie selon les normes occidentales, labellisée comme telle, avec laquelle nous n’avons aucun mal à nous identifier – ce qui n’est pas le cas avec Poutine-le-boucher et Omar el-Béchir l’islamiste –, et c’est cette démocratie « qui nous ressemble », cet autre nous-même qui bafoue depuis des décennies et en toute impunité le droit international en faisant le malheur du peuple voisin.
Et je suis bien d’accord, nous sommes bien plus proches d’Israël et des juifs que nous ne le sommes de ce qui passe ailleurs au Proche Orient ou dans le reste du monde. Nous, enfants de la seconde guerre mondiale (quand on ne cesse, en ce moment, de nous bassiner avec la première) et de son crime génocidaire. Crime dont la responsabilité taraude encore et dont les victimes d’hier sont les coupables d’aujourd’hui. Comment cela se peut-il? Quelle affreuse ironie. Et pourquoi faudrait-il que je sois taxée aujourd’hui d’antisémitisme quand il me semble que rien ne m’est plus étranger, bizarre, lointain que l’antisémitisme. Pourquoi faut-il cela quand j’ai été élevée dans l’effroi des torts faits aux juifs. Non, que m’en suis vue accusée, mais c’est ce que je crains lorsque je diffuse des liens sur des articles qui accusent Israël et qui croisent, silencieusement, des liens qui la défendent et accusent le Hamas. Alors, l’idée m’effleure que je dois cesser de m’intéresser à tout cela, cesser de m’intéresser à l’actualité et m’occuper de ce qui se passe ici, aujourd’hui. Car à ce qui se passe là-bas, et dont regorgent les tuyaux d’internet, je n’y peux rien.
Gaza avant le Congo? La Palestine avant la Syrie?, par @alaingresh http://t.co/tS0pgJWOuE
— Mona Chollet (@monachollet) 31 Juillet 2014
On peut alors, avant de revenir sur la question de l’antisémitisme, reformuler l’interrogation de Serraf et se demander plutôt pourquoi, après une si longue période de discrétion, la Palestine est devenue, comme l’énonçait le philosophe Etienne Balibar, une « cause universelle » ; pourquoi, en janvier 2009, des paysans latino-américains, mais aussi de jeunes Français et des vétérans de la lutte anti-apartheid sud-africains, sont descendus dans la rue pour dénoncer l’agression israélienne contre Gaza. Pour quelle raison une cause mobilise-t-elle, à un moment donné, les opinions de tous les continents ?
…
On peut alors, avant de revenir sur la question de l’antisémitisme, reformuler l’interrogation de Serraf et se demander plutôt pourquoi, après une si longue période de discrétion, la Palestine est devenue, comme l’énonçait le philosophe Etienne Balibar, une « cause universelle » ; pourquoi, en janvier 2009, des paysans latino-américains, mais aussi de jeunes Français et des vétérans de la lutte anti-apartheid sud-africains, sont descendus dans la rue pour dénoncer l’agression israélienne contre Gaza. Pour quelle raison une cause mobilise-t-elle, à un moment donné, les opinions de tous les continents ?
l’oubli
Sinon, je n’ai fondamentalement d’autre raison d’écrire, de vouloir écrire, de m’attacher à écrire, que ce sentiment, qui me poursuit, de perdre, à force de solitude, la faculté de parler, dont le premier symptôme est-ce celui de l’oubli, de la perte de mémoire.
Re: comédies américaines
Ah, c’est très intéressant tout ça. C’est marrant, on (dulce + jujujuman) a vu tous (( Step Brothers, You Don’t Mess with the Zohan, Fun, Zoolander, Anchorman 1 et 2, Very Bad Trip, Bruno, Borat, Ron Burgundy, Pineapple Express. )) ces films récemment, et je ne me souviens de rien du tout, ou presque. Je crois que je devrais les revoir. Je vous parle de ma mémoire ici, pas des films. Je perds totalement la mémoire, c’est ça qui m’occupe le plus pour le moment.
Curb your enthousiasm, y a eu des moments où c’est devenu super grinçant, limite insupportable. On n’était plus très sûr d’avoir envie de le voir. Puis, ça s’est rétabli (même si moi, j’ai continué à me méfier), c’est ressorti du désespoir, je crois, réémergé.
Pour ce qui est de la mémoire, y a l’âge bien sûr, y a un symptôme, de je sais pas encore dire de quoi, puis y a aussi que c’est pas du tout ma culture. J’ai beau vivre avec D. depuis 10 ans, c’est toujours pas ma culture. Et chaque fois qu’il me propose ce genre de truc, je me dis OK, bon, voyons voir ce qu’il a encore à me proposer. Et je regarde, je ris, je trouve ça bien ou pas, mais ça reste très vague, je crois que je n’ai pas encore intégré ça comme étant à retenir, ça glisse. Je rigole et ça glisse. Ça s’en va.
Je demande peut être des œuvres qu’elles me bouleversent. Et rire ne fait pas partie, n’est pas programmé chez moi comme étant bouleversant. Tout de moins ce rire là, un peu gras. J’attends probablement plus classiquement d’être dramatiquement bouleversée. Il faudrait que je trouve le moyen de re-programmer ça. Et la drôlerie a quelque chose qui va ou qui vient d’au-delà du bouleversement.
J’ai dit aussi que je perdais la mémoire parce que je ne parlais pas assez. Je n’ai jamais beaucoup parlé – sauf avec certaines femmes, et là j’étais devenue vraiment bavarde, pipelette -, parce que je suis seule. Je ne me plains pas. Je constate. Solitude entraîne perte de l’usage de la parole, perte des mots. Je ne me plains pas : tout ça m’est beaucoup trop proche pour que je m’en plaigne. J’ai un attachement à moi.
Je perds les mots et je dois trouver comment les retenir. Ou comment les laisser partir. Qu’est-ce qui dans les mots qui partent ne me retient pas ? Et qu’est-ce qui reste ? Qu’est-ce qui me retient dans ce qui reste ? Que faire de ce reste ? J’ai parfois eu le pressentiment que c’était de cet ordre là. Quelque chose de cet ordre-là. Que je tenais au manque des mots (hystérie). Mais ce manque qui s’impose à moi, que je défends par devers moi, que restera-t-il de lui. Qu’est-ce qui reste quand ce qui reste n’est pas des mots. Et. Comment ce reste fait-il lien avec le reste du monde, et avec ce qui reste du monde au monde qui n’est pas des mots.
C’est la question du lien qui est importante. Pour moi, la seule. Et comment abandonner ou au contraire prendre très au sérieux la question de ce qui reste après (la deuxième seule, importante question), après la vie.
Mais là, je suis encore pleinement en vie. Et je peux très bien rigoler à un film qui n’est au départ « pas de ma culture » et l’intégrer à ma culture. En modifier le fonctionnement. Parce que le rire, finalement, comme le disait déjà Freud, le rire fonctionne avec au départ de ce qui manque aux mots. Bon, enough.
Des chercheurs ont réussi une expérience de télépathie, via ordinateur
Plus sérieusement,
ce que j'aime, c'est l'étude.
J'oublie faute d'étudier.
J'oublie pour pouvoir étudier.
( Étudier est le nom de mon manque.
Femme en manque d'études.
Ô femme en manque d'études.)
sans école
Re: livres du moment / Artistes sans oeuvres et Rien ne s’oppose à la nuit
j’ai terminé, il y a quelques temps, la lecture de jean-yves jouannais, Artistes sans œuvres, aussitôt reprise pour ne pas le perdre de suite, ce livre que j’avais aimé. je l’ai perdu quand même, je suis faite de sable.
cette nuit j’ai pensé, parce que je pense à n’importe quoi, pendant que dorine faisait voyage en ritaline, que le livre aurait aussi bien pu s’appeler Artistes sans noms, puisque c’est d’eux aussi bien qu’il est question dans ce livre, des noms que ne se font pas toujours les artistes. livre qui m’a soutenue le temps de sa lecture, car il absout, ou le tente, tant de l’œuvre que du nom. c’est-à-dire de l’absence d’œuvre que de l’absence de nom.
« L’homme parfait est sans moi, l’homme inspiré est sans œuvre, l’homme saint ne laisse pas de nom. »
jouannais rêve d’une histoire de l’art qui s’attacherait à des « immatériaux« , dit-il, a l’idée, au geste, à l’énergie (mais comment l’écrire sans l’écrire une idée qui n’est encore qu’idée et qui deviendra autre chose dès lors qu’elle sera écrite? parce que c’est ça son idée, enfin l’une de ses idées, tenir compte de toutes les idées non-écrites, désigner comme artiste celui qui encore n’a que l’idée, seulement n’aura jamais que l’idée.)
« Combien de songes, de systèmes de pensée, d’intuitions et de phrases véritablement neuves ont échappé à l’écrit? Combien d’intelligences sont-elles demeurées libres, simplement attachées à nourrir et embellir une vie, sans fréquenter jamais le projet de l’asservissement à une stratégie de reconnaissance, de publicité et de production? »
« … Simplement pour vitales qu’elles soient, ces sommes immatérielles, ces idées inécrites, ces poésies vécues ne peuvent parier que sur la mémoire, le mythe, pour traverser les époques, ayant refusé, avec violence, ironie ou innocence, la logique industrielle et mortifère du musée comme de la bibliothèque. »
ce que je voudrais c’est renoncer, renoncer tranquille à la mémoire et au mythe, à la traversée des époques; ne plus souffrir de ce désir; de la mort et de l’oubli. mais j’ai eu beau lire ce livre, eu beau le lire et relire, ce qu’il tente de soulager, l’espoir dont il dit si bien qu’il gonfle, retombe aussitôt le livre refermé.
j’ai eu la chance d’ouvrir alors un autre livre, si beau, si terrible, si triste. dont je dois déjà rechercher le titre et le nom de l’auteur. [un temps assez long] . Delphine de Vigan : Rien ne s’oppose à la nuit. un ravage. une écriture où l’auteur va à la rencontre de la descente en folie de sa mère, de son suicide inéluctable.
Sur les traces de l’oubli. Dimanche 3 mai 2015
9h51
On ne dirait pas que je vais faire le concours d’entrée d’assistant sociale le 19.
Hier. Réveil à 9h30. Levée, pris petit-déj habituel dans le canapé. Lu Libé. Articles sur les objets connectés et le Quantified Self. Un article très bien de Evgeny Morozov, chercheur d’origine biélorusse établi aux États-Unis, « Les technologies sont des concentrés d’idéologies ».
Ensuite, quand Frédéric s’est levé, rapidement passé au salon, où il nous a embrassés Jules et moi, puis retourné au lit, peut-être avec un café, je l’y ai suivi parce que j’avais froid et que je comptais lire, lire je ne sais plus quoi, mon livre du moment je crois, Rose (L’Aubépine) de Robert Coover (publié chez Seuil, dans la Collection Fiction & Cie), qui raconte de toutes les façons possibles, la traversée par les Princes de l’aubépine pour retrouver et réveiller, Belle la princesse endormie depuis cent ans).
« Elle sent l’aneth, la citronnelle, la lavande et la menthe, auxquels s’ajoutent la poussière et des odeurs moins plaisantes, et elle reconnaît l’odeur de l’enfance : les ajoncs mêlés d’herbes aromatiques qui jonchaient le sol du grand hall, où elle était souvent restée à jouer sous les tables à tréteaux pendant que les adultes mangeaient. Qu’elle entend à présent au-dessus d’elle, riant à gorge déployée. Elle ouvre les yeux et voit le singe debout sur sa poitrine, entre ses seins, il lui fait une grimace de sous la couronne miniature retenue sous le menton par un lien. Il pince un mamelon rose avec ses doigts minces et osseux, le soulève et le secoue comme une cloche, tandis que ses lèvres s’écartent en une grimace sardonique, et elle en ressent les ondes jusqu’au plus profond de son ventre, où réside une douleur sourde et lancinante. Sa mère et son père et tous leurs amis et leurs chevaliers et les domestiques du château sont rassemblés autour d’elle, ils dominent le spectacle, le plaisir se lit sur leurs visages graisseux, ils s’esclaffent et rient et se tapent les cuisses. »
En lisant, je me suis légèrement endormie, continuant d’entendre Jules et Frédéric à côté de moi. Un mot plus haut que d’autres m’a réveillée, je me suis levée et décidée, je crois, à prendre un bain. Il n’y avait presque plus de bain mousse (Le petit Marseillais), j’ai pensé qu’il fallait que je le note, mais je ne l’ai pas fait. Là, j’ai senti que les vacances commençaient à s’éloigner, que revenait le temps des listes et des courses hebdomadaires sur simplymarket.fr. Dans l’eau, je me suis longtemps frottée avec une crème exfoliante au coriandre, songeant que c’était peut-être spécifiquement féminin, ce long massage, ce geste, gratuit, dont le plaisir même est destiné à un immédiat oubli.
Au sortir de l’eau, je me suis passée de la crème sur tout le corps. Un crème au gingembre, à l’odeur vieillotte. C’est cette odeur que je recherchais. Qui revenait de je ne sais plus où. Peut-être du château d’Assenois.
Ensuite, comme il était midi passé, je suis rapidement allée à la cuisine voir quels légumes me préparer. Frédéric jouait de la musique, je me suis donc décidée de faire à manger pour tout le monde. Des pâtes à l’encre de seiche, une sauce avec du poisson en boîte (dont j’ai oublié le nom), du brocoli à la poêle avec des pignons de pin, et même un petit restant de lentilles.
En fait, c’est faux, je me suis trompée, c’est après le repas que j’ai pris un bain. Et pendant que je prenais ce bain, Frédéric est venu me demander s’ils devaient m’attendre pour aller chercher des Comics. J’ai dit oui. J’y avais réfléchis et m’étais dit que j’irais de mon côté chercher de l’encre Rotring noire. Et l’un ou l’autre vêtement, peut-être.
Nous y sommes allés en voiture, à Saint-Germain. En plus de mon encre Rotring chez Gibert, j’ai trouvé un jean bleu foncé pour Jules chez Gap.
Je m’attache à écrire tous ces noms parce que je m’efforce de m’en souvenir. Je m’attache à un exercice de mémoire.
Il me semble être accoutumée à oublier les noms propres, les marques, or hier, j’avais longtemps oublié, au moment du repas, le mot « lentilles », un mot donc des plus communs, ce qui m’avait effrayée, et à l’instant je me souviens du mot « maquereau », autre nom commun s’il en est, du nom du poisson en boîte oublié plus haut.
Au retour de leurs magasins de comics, Jules et Frédéric sont allés chez Marks & Spencer et je suis allée boire l’apéro en face du Champo – l’on y donnait un film des frères Coen,The Big Lebowski. J’ai pensé à Dominique et que je n’avais aucun souvenir de ce film, sinon celui de son titre tracé de ma main sur l’étiquette blanche d’une cassette VHS.
Assise à une petite table ronde face que Champo, donc, j’ai commencé à écrire. Ce qui avait été, par ailleurs, la raison principale, mais jusqu’ici oubliée, pour laquelle j’avais accompagné F et J : j’avais pensé que je pourrais écrire installée à un café, en les attendant.
Il me semble que je suis tracassée ces temps-ci, d’abord par l’oubli bien sûr, et la vieillesse, mais également par cette idée que je cherche à former selon laquelle je n’écrirais pas faute de trouver où le faire, à quelle place, à quel endroit. Cette place pour écrire, de même que celle que prend la chose écrite même, la place qu’elle prend, la place qu’elle m’impose de prendre dans le monde et celle qu’elle prend au monde, cette place de la chose écrite s’avérant l’objet impossible, l’objet de mon impossible quête et donc de mon désir .
Cela m’avait été remémoré dans la journée,lorsque j’avais aperçu une photo de l’économiseur d’écran de mon ordinateur, une photo de ce texte écrit à l’exposition de…. « Art must take space » (si mon souvenir est bon). Ou « Art must take place » (il faut que je vérifie). Je ne sais pas où écrire, ni sur quel support écrire. C’est la matérialité de l’écriture qui m’insupporte et elle pourtant que je désire. Je m’étais alors décidée d’essayer d’écrire dans un petit carnet, au bistrot donc. Or au bistrot, précisément, ce petit carnet je l’avais oublié. Il ne me restait plus qu’à écrire sur mon smartphone, support le plus discret qu’il soit que je sois jamais parvenue à trouver pour écrire.
Enfin, j’étais au bistrot, je buvais une Maredsous, je m’apprêtais à écrire, quand je me rendis compte que j’avais oublié à propos de quoi j’avais projeté d’écrire. Je tâchai d’écrire à propos de la mort de Claude, mais ce fut un échec total. Fort heureusement Fred et Jules sont rapidement arrivés, me délivrant de cette tentative infructueuse. Nous sommes rentrés. Je ne pensais plus à rien. Arrivés à la maison, Ju a rapidement ouvert un paquet de chips, fort bon(ne)s (chips: masculin en Belgique, féminin en France) etje me suis mise à « faire du Facebook » (selon l’expression consacrée par l’usage).
Ensuite Frédéric a préparé à manger pour lui-même et J, de la viande, tandis que je me réchauffais un bol de soupe et me confectionnais une salade de roquette/tomate.
A table, F m’a demandé pourquoi j’étais silencieuse, je ne sais pas.
Après le repas, Jules et F ont regardé deux épisodes des Simpsons. Moi, je ne sais plus ce que je faisais, je lisais le journal, je crois, rien d’intéressant je crois. Des articles sur les geeks.. Ensuite J. a été se coucher, moi aussi. J’ai lu Rose et me suis endormie vers 23h20.
Là, il est 12:57, il est temps donc que je me dépêche, que j’abrège.
Pendant la journée, nous avons également été amenés à mettre de l’ordre tous ensemble pendant 15 minutes, en usant d’un minuteur. C’est une méthode assez efficace, économe en temps et en énergie.
relectures
19.XI.16
7h30
Réveillée, levée, bu grand verre d’eau tiède, ne sais pas bien quoi faire, assise au salon dans le noir, ne peut pas faire de bruit, tout le monde dort.
De fil en aiguille, dans mes pérégrinations, tombée sur de vieux rêves de mai 2006 que j’ai tenté de retravailler, tant leurs analyses sont mal foutues. Leur analyse et leur présentation. Je sais qu’à l’époque je n’aurais pas pu faire mieux. Je ne pense d’ailleurs pas pourvoir faire beaucoup mieux aujourd’hui. Il me semble toujours, il finit toujours pas me sembler que je n’arrive pas à saisir de conclusion. J’analyse, je développe. A chaque fois, il me semble qu’un « donc » se dessine, se profile qui reste fantomatique, insaisissable, décourageant. Là, je ne sais pas si je dois tenter de les reprendre à nouveau, ou laisser tomber.
Je cherche une voie à mon assiduité. Je n’en n’ai plus aucune, pas la moindre. Pour ça que je rêve de discipline.
« D’autre part, si vous être trop spacieux sans focalisation suffisante, vous n’êtes pas centré et vous pouvez facilement vous évader et faire du tort à vous-même et aux autres. Être spacieux sans focalisation crée un esprit qui saute continuellement d’une chose à l’autre – une forme de déficit d’attention – et ne ralentit pas suffisamment pour observer réellement ce qui se passe et comment accomplir ce qui doit vraiment être fait. »
Hier, j’ai finalement rouvert dans Word, un autre texte, plus récent, que je ne suis pas encore arrivée à finir. Un texte en réaction à un propos d’Élise sur Stromboli, à propos du travail et de la pente, ce que j’appelle là » la pente », reprenant un terme à lui dans son bouquin.
Possiblement, je n’ose plus atteler ma pensée à quoi que ce soit. Peur de ses emballements aussi bien que de ses blocages. Je me vide.
S’agissant de ma mémoire. C’est parce que je la perds que j’ai arrêté les antidépresseurs, mais je n’ai plus du tout confiance en elle. Dès qu’il y a quelque chose qu’il faudrait retenir, je panique, je cherche de quoi noter. Dans ce que je relisais hier sur le blog, j’ai trouvé des traces déjà de ces perturbations. En plusieurs endroits, je cherche le nom de quelqu’un, qui ne me revient d’abord pas, puis qui finit par me revenir. De ces hésitations, de ces trous, j’ai toujours voulu laisser la trace. Je n’aurais pas pu renoncer à cela, renoncer à faire état de mon « manque à savoir ». J’aurais trouvé cela malhonnête et surtout, il m’aurait semblé y perdre quelque chose, y perdre ce qui m’importe : parler depuis l’absence de maîtrise, faire état des trous, des manques, et que ça parle depuis là. L’oubli cependant m’inquiète. J’ai tenté de le traiter en symptôme. Au départ, il ne s’agissait que de celui des noms propres (que j’ai beaucoup analysé, m’appuyant du texte de Freud sur l’oubli des noms propres). Mais il s’est ensuite étendu bien au-delà. Et je ne cesse de rebuter sur cette perte des mots, sans que je sache quand ça a commencé ; si ça a commencé un jour, oui, il me semble, que ça n’a pas été comme ça de toute éternité. Il s’agit bien d’une perte. Qu’on attribuera pour partie à l’âge ( ou à une tu-meurs au cerveau) mais que j’impute également à un manque d’exercice, à force de solitude. Ça a toujours fait partie des raisons pour lesquelles j’ai voulu écrire, continuer d’écrire dans le blog : m’exercer, continuer de m’exercer au maniement du langage. Quand j’y renonce, c’est que cela me paraît vain. Et que je m’effraie de cette aspiration par le désir d’écrire, qui tourne à l’obsession, que je considère malade. Et que je veux retourner, aller plus loin encore, dans l’oubli du langage. D’où mes longs silences, et sur le blog. Mon intérêt pour le zen, le taï chi, la méditation.
// Et puis, c’est toujours quand je suis sur le point d’écrire quelque chose que j’arrête. D’écrire quelque chose d’autre, et que je n’y arrive pas. Que j’arrête. Jusqu’à l’oubli. Pour le redécouvrir, alors, plus tard, neuf et légèrement modifié. //
note 88
Samedi 28 janvier 23
— l'inhibition due à un simili travail de deuil // ce qui tient à l'ombre, tient à l'ombre avec force
samedi 28 janvier 2023
9:25 Hier, 3 gouttes + hhc (trop fort)
Dans le noir de la chambre
Étranges pensées cette nuit. Et sentiment de corps délocalisé. Je ne m’en suis pas rendue compte tout de suite, seulement quand j’ai décidé de m’éloigner de mes pensées en me concentrant sur corps. Mon corps n’était pas là où je m’attendais qu’il soit. Je voulais faire l’exercice de relaxation « lourd », lequel consiste à penser « lourd » et à envoyer cette pensée dans le corps, dans chacune de ses parties, une à une, en essayant de n’en oublier aucune, en le remontant par exemple, depuis les pieds jusqu’à la tête – orteils, pieds, mollets, genoux, cuisses, etc. Et là, je me suis rendue compte qu’il me fallait chercher chacune de ces parties. Déjà, ayant commencé par « fesses », la sensation s’est avérée très étrange. Ample, creuse, étendue, profonde, comme emplie d’un liquide foncé. L’exercice que je tentais de faire était probablement utile, par rapport aux pensées, mais cela ressemblait déjà à un état de relaxation avancé. Je me suis alors concentrée sur les parties du corps qui touchaient le matelas. Mais, lorsque j’ai voulu trouver le dessus du corps, les parties du dessus, je ne le trouvais pas, ça ne correspondait pas. Le dessus de la cuisse n’était pas en face du dessous. Et c’est sans parler de ce en quoi aurait pu consister l’intérieur. J’ai continué cependant. En me raccrochant au tantien, le centre du corps, que je sentais précisément. J’essayais soit de retrouver sensation « normale », soit de me laisser aller dans la sensation anormale.
Je suis alors allée vers des pensées assez raisonnables, il me semble.
Je pensais à la solitude, et je me demandais ce que je pouvais y faire. Sans trouver.
Je me demandais comment sortir de mon fauteuil (du coin de canapé où je passe mes journées).
J’avais eu des pensées inquiétantes quant à l’avenir et à la pension, puisque c’est d’actualité en ce moment, et au fait que je pourrais me retrouver seule et sans argent et à la rue. (En temps normal, je ne peux penser qu’au suicide comme recours, au suicide in due time.)
Je pensais à ce qu’il m’est impossible de faire, tout ce qu’il m’est impossible de faire.
Je pensais à ce qu’il m’est impossible de faire parce que j’attendrais de ma mère qu’elle le fasse pour moi (le maintien nécessaire de cette dépendance) et l’angoisse qui me prend dès que je prends son rôle. Et la peur de rater.
Cette relation de dépendance est (au fond) désangoissante pour moi.
Sortir de ce rôle, de ce schéma, c’est l’angoisse absolue.
Il arrive pourtant que j’y arrive.
Mais c’est peut-être plutôt quand F n’est pas là.
Comme lorsqu’il était à la clinique.
l’inhibition due à un simili travail de deuil
Dans le deuil, nous trouvions que l’inhibition et l’absence d’intérêt étaient complètement expliquées par le travail du deuil qui absorbe le moi. La perte inconnue qui se produit dans la mélancolie aura pour conséquence un travail intérieur semblable, et sera, de ce fait, responsable de l’inhibition de la mélancolie. La seule différence, c’est que l’inhibition du mélancolique nous fait l’impression d’une énigme, parce que nous ne pouvons pas voir ce qui absorbe si complètement les malades.
Sigmund Freud, Deuil et mélancolie
Je pensais à l’inhibition, à ce que j’avais lu hier dans Freud sur la nature inconnue de ce qui mobilise tellement le mélancolique dans son « travail de deuil », travail qui évoque la façon que j’ai de me consacrer à ma maladie, d’une certaine façon. Je me consacre à quelque chose, mais à quoi ? Qui paraît vital. Et dès que je m’éloigne de cet effort, de construction peut-être, comme lors des vacances, des voyages, l’angoisse me prend (m’avale). La certitude est que je ne dois pas me relâcher, que je dois me maintenir dans un effort, d’analyse, et ce que je fais en ce moment en écrivant le matin, ou plus récemment dans le blog, ce que j’aurais fait si j’avais été artiste, évoque ce travail de deuil. Être artiste m’aurait offert une identité, et cette identité est inacceptable (apparemment, inacceptable, quelque chose en moi n’en veut pas, contre quoi je sans recours).
Il s’agirait de trouver son identité à l’intérieur de cette identité manquante, absente, de trouver son identité dans cet effort-là. Et dès que je sors de cette quête, angoisse. De trouver son identité dans cette quête : ce que je fais, mais pour moi seule, une identité sans reconnaissance, secrète. Une identité aussi de malade, de cas (K), dont j’espère trouver un jour (pendant longtemps j’ai espéré) la description du fonctionnement dans un livre.
En quoi consiste cette identité absente : en l’impossibilité d’accoler mon nom à tout le reste de moi, de ma personne (corps, voix, etc.) et à tout cet effort, d’assumer en mon nom, cet effort, ce travail, qui est travail de soute, de souterrain, je suis souterraine. Qui est travail de soute et doit le rester. Je suis rate. Travailleuse de l’ombre, rate. Rat au féminin. L’affamera. La femme rat. C’est en cet effort que consiste mon identité. My true identity.
(Imaginaire.
Je suis, comme mélancolique, censée être en manque de consistance/d’identité imaginaire. Mais je ne comprends pas ce que ça veut dire, enfin je comprends que chez moi quelque chose tente de faire tenir ensemble le réel et le symbolique, sans la possibilité du recours à l’imaginaire (qui offrirait la structure, la structure en 3D). (L’imaginaire – L’image – Le corps – L’habit.) Ce blog, de par son épaisseur, sa monstruosité même, m’offre un semblant de structure imaginaire, avec ses couloirs, ses détours, sa toute écriture, sa partout écriture, mais illisible, sinon pour moi seule). L’identité manquante, ce que j’ai à forger pour y pallier, c’est de ce côté là que ça se trouve. Autre exemple : le tai chi m’a fourni un moment corps imaginaire par sa façon d’aller toucher directement le corps, d’y tracer par la sensation des circuits symboliques (circuits remontant à des temps immémoriaux) et de le recréer « littéralement », de le recréer en 3D, et en ne le limitant pas au sac de la peau, en incluant, à l’envi, la possibilité de l’infini, et de lui prêter une conscience, aussi, une conscience-à-soi, et de le donner comme source de bonheur, de plaisir.)
Mais quel rapport avec ma mère? Et l’identité trouvée dans ma dépendance à elle?
Cette identité la maintient à distance, nous met dans un rapport. Qui vaut mieux que l’absence de rapport, que l’identité, l’identique, le même.
Donc, il y aurait le travail de maintenir cette dépendance, afin de n’être pas engloutie par l’identité à elle, l’être elle, qui serait un trou. Puisque la dépendance nous donne un rôle à elle et à moi.
Tout en cherchant à trouver une identité viable qui me permette de sortir de son sillage.
Or ma mère prit en charge tout ce qui concerne le nécessaire, le besoin, le réel en deçà de sa sublimation ou de son idéal. C’est une tentation une tentative de le dire. Elle a dédié le sublime à mon père et a pris en charge tout son deçà. D’où ma tentation de restituer ou d’apporter à cet en-deçà sa lettre sublimatoire, sa place du côté de l’idéal. De sorte que je puisse à mon tour l’assumer, tout en me distinguant d’elle. (Non pas y chercher l’indigne (mais l’insigne)). Ce que je fais, je veux faire, l’histoire de l’art, l’histoire tout court, l’a pourtant fait, déjà, avant moi. Mais il semble bien, que ce soit toujours à refaire. Qu’il y aura toujours de l’un peu plus sublime pour faire de l’ombre à ce qui ne vit que de cette ombre faite. Et dans cet effort, j’y perds beaucoup. Dans ce combat avec moi-même. Car ce qui tient, à l’ombre, tient à l’ombre, avec force. Et je pense que c’est cette force-là qui me précipite dans l’oubli des événements aussi bien que des mots. C’est une force anti-idéal. Une forte force. Or, là même, en cet instant-même, elle ne s’énerve pas, elle me laisse l’écrire. Jusqu’à un certain point, elle se laisse passer à la métaphore. Tout va bien tant que je ne parle que pour moi. (Quel rapprochement possible avec la féminité et le féminisme (et le Japon, et la Chine, et les arts martiaux)? )
J’élucubre ça maintenant. Et cette nuit, par rapport au fait que je ne pouvais pas être ma mère et donc faire ce qu’elle faisait, et par rapport au fait que ce qu’elle avait fait dans une sorte de sentiment de service à l’autre, de sacrifice, et dans un mépris intégral de sa propre personne, il y avait l’idée que je pouvais en sortir, peut-être, puisque telle se dessine ma volonté, en poursuivant et consacrant ce travail de restitution de valeur et de dignité aux tâches à raz du réel auxquelles elle se consacrait. C’est-à-dire de consacrer la grandeur de ces tâches. Et donc abandonner l’idée de désidentification d’une mère, pour se maintenir uniquement à la hauteur du réel. Je vois bien qu’il faudrait pouvoir préciser davantage, mais pas pour le moment. Choisir le raz du réel, s’y tenir, c’est n’avoir pas d’autre choix, c’est choisir d’attribuer une valeur à ce réel.
Faut-il qu’il y ait (encore) de la grandeur ? Qu’il n’y ait plus la jouissance de l’indigne (au moins, à tout le moins). Et puis, pouvoir survivre (à tout le moins).
Et ce sacrifice de ma mère, curieusement, paradoxalement, me dégoute à un point, m’angoisse à un point, que j’en suis définitivement préservée – me semble-t-il. N’être pas elle. Malgré que je sois poursuivie par la culpabilité de ne pas le faire, ce sacrifice. Et malgré qu’il trouve d’autres guises, ce sacrifice, pour se faufiler, s’incarner dans ma vie. (Ainsi, il m’est de plus en plus difficile d’imposer un choix à moi, comme par exemple choisir un film, mais c’est, me semble-t-il, je l’espère, superficiel, et c’est pourquoi j’ai tellement besoin d’être seule.) Par ailleurs, je sais, je sens bien, que tout cela pourrait trouver encore à s’inscrire dans une histoire féministe. Or, il me semble que pour le coup j’y sacrifierais quelque chose de ce que je tente d’écrire ici. (Pour moi ce qui s’impose, de se conformer à un rôle, à un rôle dans la soumission, dans l’effacement, ne tient pas, ne peut tenir uniquement au patriarcat, à moins que je ne méconnaisse complètement la nature de ce patriarcat. Pour ce qui est de ma mère : elle a été angoissée, mais elle a été heureuse, vraiment, elle n’a jamais cessé de nous aimer, elle nous a toujours aimés, nous, ses enfants, son mari.) (et ce qui en moi tient à l’ombre, dont j’ai parlé plus haut, n’est pas un rôle acquis, n’est pas l’assimilation de la place des femmes dans la société, c’est autre chose, cela j’en suis convaincue.)
J’ai déjà écrit ça.
L’idée, cette nuit, était de trouver à me dégager de l’angoisse où me plonge n’importe quel faire. et la reconnaissance qui pourrait s’ensuivre. (reconnaissance où ce qui ne supporterait aucune reconnaissance sauf à être reconnu comme méconnaissable ou infâme ne s’y retrouverait pas et combat fortement.)
Je n’ai de solution que par ce que j’appelle le réel. De toutes façons. Je n’ai que le raz du réel. C’est-à-dire chercher à faire le ménage dans la nudité du geste, dans l’oubli du passé, et dans une volonté de consacrer ce qui simplement va vous permettre de continuer à vivre, assumer votre subsistance.
C’est ma limite possible à moi. Ce serait.
Je ne suis pas, jamais, sortie d’une certaine famille. Je n’ai pas grandi. Je suis toujours ramenée en arrière.
Me lever, saluer Jules.

