mercredi 19 octobre 2005 · 11h08

coincée (l’acropole)

Et si nous nous demandons (Freud parle ici de lui-même et de son frère, avec qui il avait entrepris ce voyage en Grèce) pourquoi nous nous étions gâché dès Trieste le plaisir d’aller à  Athènes, nous touchons à  la solution du petit problème. Il faut admettre qu’un sentiment de culpabilité reste attaché à  la satisfaction d’avoir si bien fait son chemin : il y a là  depuis toujours quelque chose d’injuste et d’interdit. Cela s’explique par la critique de l’enfant à  l’endroit de son père, par le mépris qui a remplacé l’ancienne surestimation infantile de sa personne. Tout se passe comme si le principal, dans le succès, était d’aller plus loin que le père, et comme s’il était toujours interdit que le père fût surpassé.

A ces motivations générales s’ajoute dans notre cas un facteur particulier : c’est que les thèmes d’Athènes et de l’Acropole contiennent en eux-mêmes une allusion à  la supériorité des fils. Notre père avait été négociant, il n’avait pas fait d’études secondaires, Athènes ne signifiait pas grand-chose pour lui. Ainsi, ce qui nous empêchait de jouir de notre voyage était un sentiment de piété. Maintenant vous ne vous étonnerez plus que le souvenir de cet incident sur l’Acropole revienne si souvent me hanter depuis que je suis vieux moi-même, que j’ai besoin d’indulgence et que je ne puis plus voyager.

samedi 1 août 2009 · 23h00

Berlinpinpin (que je peigne peigne peigne)

Premier août 2009 – 23h59

Disais donc pas trop contente d’être revenue de Berlin.

A Berlin fort impressionné par une exposition Ici les noms des peintres dont je ne me souviens pas.

Berlin / couleurs
Paris / gris

Ce soir, F nous emmène boire un verre tous les 3
dans sa gentillesse nous invite à boire un à verre à
Bastille. C’est pour faire « façon-Berlin ».

Passés à Châtelet (Les Halles) aussi. Là, il dit : A Berlin ça nous aurait plu. Faux faux faux je lui moulin mullerdis que non.

Une exposition sur les rêves.
Une exposition sur les rêves.
Que je trouve si belle. J’achète le catalogue. Quel est le nom de ce peintre?
A Berlin, pensé alors que ne  ferais plus du tout d’internet, plus rien sur un ordinateur, plus rien qui soit « … » mot qui manque

pensé que
je ferais volontiers de la peinture.

Mais, comme je le disais ce matin, impossible d’en seulement former le projet (l’engagement, la trahison).

Je n’ai plus confiance en moi. Et ce « comme mon père ». Père Jacques. Frère Jacques.

Pensé alors – je ne ferais de la peinture que parce que j’en ai envie, que parce que cela me plaît. Je voyais les peintures, et il me semblait que c’était cela qu’elles me disaient. Qu’elles ne pouvaient avoir été peintes dans d’autre optique que celle-là.

ERNST . MAX . (le nom!)

est-ce qu’on ne pourrait pas faire cela. Peindre vraiment n’importe quoi, pour le seul bonheur de peindre. J’ai pensé aussi, plus tard : l’étude. L’étude, l’effort, l’application.

~

Mais à Berlin aussi partout l’histoire et la nation et le passé et la guerre – et l’histoire inventée et l’histoire réinventée – et l’histoire scénarisée, mise en scène, enjolivée – et l’histoire qui n’est pas avalée. Oui, trop d’histoires (dont tous, touristes, de tous pays semblent friands) et trop de touristes pour les gober. Et encore trop et trop de bonne conscience (mur, stasi, monuments commémoratifs, tout mélangé).

 

Mais les bars si conviviaux et les plantes et les jardins.

 

La ville s’appliquait à se mettre en bière. Se couvrir d’un saint suaire. C’est ce qu’on se dit parfois. Dans les chemins trop touristiques. Que la ville va vers sa fin à faire commerce de son histoire. Et qu’elle sert une politique qui n’est que capitaliste. C’est ce qu’on se dit parfois. J’ai pu me le dire au bord des larmes. La ville existe tellement fort. Tellement occupée à cela, à s’affirmer, ou qu’est-ce qui cherche à s’y affirmer, apparenter – capitalisme, capitalisme, capitalisme. Il a dû se passer quelque chose, là. Tout de même. Je ne saurai probablement pas quoi.

 

Mais les bars si convi

 

Nous étions au Grand Hôtel Esplanade. Dans le quartier Diplomatique.

Nous y avons nagé aussi, aussi souvent que possible, à la piscine. Pour Jules.

C’est vrai que j’ai acheté le catalogue de cette exposition que j’aimais tant.

Fumé, délicieusement. Jamais plus de 2 cigarettes. Et sur la terrasse de l’hôtel. Bu. Mangé. Acheté une robe, une belle robe. Et je suppose que j’ai
beaucoup grossi.

~

Ce soir vu « L ‘audience» de Marco Ferreri. Long beau. Je voudrais tout savoir de ce film. D’une façon générale je voudrais savoir plus.

audience-1972-04-g

dimanche 26 février 2012 · 11h54

cette absence de nom et la mienne

« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale, et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. Être sans sujet aucun de livre, sans aucune idée de livre, c’est se trouver, se retrouver devant un livre. Un immense vide. Un livre éventuel. Devant rien. Devant comme une écriture vivante et nue, comme terrible, terrible à surmonter.(…) Si je n’avais pas écrit, je serais devenue incurable de l’alcool. C’est un état pratique d’être perdu sans plus pouvoir écrire… (…) Je ne sais pas comment je me suis tirée de ce que l’on peut appeler une crise, comme on dirait crise de nerfs ou crise de lenteur, de dégradation. (…) Quand on sort de soi, tout un livre, on est forcément dans l’état particulier d’une certaine solitude qu’on ne peut partager avec personne. On ne peut rien faire partager. On doit lire seul le livre qu’on a écrit. (…) Écrire, c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait. »

Duras, Écrire, Gall., p.24-27-42-65

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sortir d’une nuit légèrement insomniaque ou j’ai finalement pris un anxiolytique pour m’arrêter de penser et m’endormir, ce qui était peut-être une lâcheté morale.

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sur l’oubli du nom, moi, là : https://disparates.org/escapades/apres-coup-descapades-freund-et-benjamin/

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d. : tu fais de cet oubli un symptôme, tu construis un symptôme.

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jusqu’à ce qu’il me soit apparu que je n’ai pas de nom, que le nom est cela que j’attends encore qu’on me donne, qui toujours doit m’être donné, ultimement, comme ces noms de femmes dans les livres de duras leur sont donnés, tantôt par duras même, qui ne cesse de les écrire, et réécrire, prononcer et reprononcer, tant il est vrai que l’écriture de duras est une voix, de les mettre dans la bouche de leur amant qui alors le leur donne, à elles. et comment de ce don-là j’ai rêvé comme s’il pourrait alors atteindre le centre de mon être, de mon corps, comme une flèche. sont-ils, les autres, à ce point séparés de leur nom que je le suis. que faire de ce nom qui ne tient à rien que je n’aime pas que j’avouais autrefois volontiers échanger contre celui d’un homme d’un amour que je rencontrerais, un nouveau nom reçu alors dans le mariage d’un homme et par moi adopté. le nom contient-il une sagesse, ou le lien que je trouverais à nouer avec lui? ou peut-on simplement y renoncer ? quel est donc ce nom perdu comme je pensais hier cette perdue solitude. qu’il n’y a rien entre mon nom et moi, rien, une distance, un désamour, j’essaie seulement, maintenant qu’on est le matin, d’écrire ce qui m’envahissait cette nuit, qui m’apparait me revient maintenant sous des airs artificiels, la certitude, cette nuit était grande. le texte long. le texte dans ma tête pour tenter de dire cette absence de nom et la mienne.

mercredi 2 mai 2012 · 08h50

Oubli de certains noms communs, métier et littérature

mer 2 mai 2012

(#oubli J’ai toujours trouvé extraordinaire (sans jamais chercher à en faire plus que ça état) la façon dont le sens de certains mots persiste à m’échapper. Comme celui d’hérésiarque ou de de démiurge.  Ou celui de solipsisme et d’idiosyncrasie. Vrai que je n’ai jamais aimé interrompre ma lecture par de fastidieuses consultations du dictionnaire, toujours compté sur le contexte. Or, certains mots résistent. Mais de découvrir leur sens via le dictionnaire ne suffit pas à ce que je les intègre. A moins que ça ne tienne à leur sens. A quelque chose qui me rebute dans leur sens. A moins que ça ne tienne à leur forme. Qui le sait? Qui le saura ? )

#littérature Lis Fictions, de Borges. Un peu à cause de Toussaint Jean-Philippe ( L’urgence et la patience que je viens de finir). Ce sentiment de n’être pas assez proche de la littérature, de n’être pas suffisamment consciente de son existence ( un peu comme si elle n’existait pas) ( tandis que si) ( je venais à la rencontrer) ( alors, plus si affinités…)
Je ne la rencontrerai pas. Il aurait fallu pouvoir en faire un métier. J’aurais probablement aimé ce métier. Or, un métier, est justement ce que je ne suis pas parvenue à avoir. Je pourrais faire le récit de la façon dont j’ai raté mes tentatives d’avoir un métier. Un métier étant cela à quoi vous êtes d’abord identifié, ce qui vous situe socialement, en société. J’ai aimé les livres. Je les ai aimés sans aimer la littérature, sans avoir besoin de la littérature. Ce n’est pas que je n’aime pas la littérature. Je l’aime comme j’aime la vache dans le pré là-bas. Je ne m’en fais pas le reproche. Est-ce possible? Je m’habitue à moi-même. C’est une constatation. Cela ne m’empêche pas d’avoir envie d’écrire un livre…

#mononcle J’ai rêvé de mon oncle, je pense, cette nuit. Il y a quelqu’un sur la liste Escapades qui signe « Loncle ». J’ai bien cru hier que c’était lui qui m’écrivait d’outre-tombe, lui qui pareillement signait ses missives et lui qui a écrit un livre (mais ça n’a rien à voir).

#culture La présence et la voix, ce qui me sépare de la culture. Du désir peut-être aussi. (Mon oncle qui lui, entendait des voix – mais ça n’a pas de rapport.) Je suis en ce moment une très bonne femme de ménage.

Écrit pendant que tout le monde dort. Il y a quelques jours j’ai cru que j’étais atteinte d’une maladie incurable. Nous avons fait l’amour. Aspirer la vie de son corps.

dimanche 26 octobre 2014 · 18h24

Re: livres du moment / Artistes sans oeuvres et Rien ne s’oppose à la nuit

j’ai terminé, il y a quelques temps, la lecture de jean-yves jouannais, Artistes sans œuvres, aussitôt reprise pour ne pas le perdre de suite, ce livre que j’avais aimé. je l’ai perdu quand même, je suis faite de sable.

cette nuit j’ai pensé, parce que je pense à n’importe quoi, pendant que dorine faisait voyage en ritaline, que le livre aurait aussi bien pu s’appeler Artistes sans noms, puisque c’est d’eux aussi bien qu’il est question dans ce livre, des noms que ne se font pas toujours les artistes. livre qui m’a soutenue le temps de sa lecture, car il absout, ou le tente, tant de l’œuvre que du nom. c’est-à-dire de l’absence d’œuvre que de l’absence de nom.

« L’homme parfait est sans moi, l’homme inspiré est sans œuvre, l’homme saint ne laisse pas de nom. »

jouannais rêve d’une histoire de l’art qui s’attacherait à des « immatériaux« , dit-il, a l’idée, au geste, à l’énergie (mais comment l’écrire sans l’écrire une idée qui n’est encore qu’idée et qui deviendra autre chose dès lors qu’elle sera écrite? parce que c’est ça son idée, enfin l’une de ses idées, tenir compte de toutes les idées non-écrites, désigner comme artiste celui qui encore n’a que l’idée, seulement n’aura jamais que l’idée.)

« Combien de songes, de systèmes de pensée, d’intuitions et de phrases véritablement neuves ont échappé à l’écrit? Combien d’intelligences sont-elles demeurées libres, simplement attachées à nourrir et embellir une vie, sans fréquenter jamais le projet de l’asservissement à une stratégie de reconnaissance, de publicité et de production? »

« … Simplement pour vitales qu’elles soient, ces sommes immatérielles, ces idées inécrites, ces poésies vécues ne peuvent parier que sur la mémoire, le mythe, pour traverser les époques, ayant refusé, avec violence, ironie ou innocence, la logique industrielle et mortifère du musée comme de la bibliothèque. »

ce que je voudrais c’est renoncer, renoncer tranquille à la mémoire et au mythe, à la traversée des époques; ne plus souffrir de ce désir; de la mort et de l’oubli. mais j’ai eu beau lire ce livre, eu beau le lire et relire, ce qu’il tente de soulager, l’espoir dont il dit si bien qu’il gonfle, retombe aussitôt le livre refermé.

j’ai eu la chance d’ouvrir alors un autre livre, si beau, si terrible, si triste. dont je dois déjà rechercher le titre et le nom de l’auteur. [un temps assez long] . Delphine de Vigan : Rien ne s’oppose à la nuit. un ravage. une écriture où l’auteur va à la rencontre de la descente en folie de sa mère, de son suicide inéluctable.

 

 

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