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A ces motivations générales s’ajoute dans notre cas un facteur particulier : c’est que les thèmes d’Athènes et de l’Acropole contiennent en eux-mêmes une allusion à la supériorité des fils. Notre père avait été négociant, il n’avait pas fait d’études secondaires, Athènes ne signifiait pas grand-chose pour lui. Ainsi, ce qui nous empêchait de jouir de notre voyage était un sentiment de piété. Maintenant vous ne vous étonnerez plus que le souvenir de cet incident sur l’Acropole revienne si souvent me hanter depuis que je suis vieux moi-même, que j’ai besoin d’indulgence et que je ne puis plus voyager. |
coincée (l’acropole)
Berlinpinpin (que je peigne peigne peigne)
Premier août 2009 – 23h59
Disais donc pas trop contente d’être revenue de Berlin.
A Berlin fort impressionné par une exposition → Ici les noms des peintres dont je ne me souviens pas.
Berlin / couleurs
Paris / gris
Ce soir, F nous emmène boire un verre tous les 3
dans sa gentillesse nous invite à boire un à verre à
Bastille. C’est pour faire « façon-Berlin ».
Passés à Châtelet (Les Halles) aussi. Là, il dit : A Berlin ça nous aurait plu. Faux faux faux je lui
dis que non.
Une exposition sur les rêves.
Une exposition sur les rêves. Que je trouve si belle. J’achète le catalogue. Quel est le nom de ce peintre? A Berlin, pensé alors que ne ferais plus du tout d’internet, plus rien sur un ordinateur, plus rien qui soit « … » → mot qui manque
pensé que
je ferais volontiers de la peinture.
Mais, comme je le disais ce matin, impossible d’en seulement former le projet (l’engagement, la trahison).
Je n’ai plus confiance en moi. Et ce « comme mon père ». Père Jacques. Frère Jacques.
Pensé alors – je ne ferais de la peinture que parce que j’en ai envie, que parce que cela me plaît. Je voyais les peintures, et il me semblait que c’était cela qu’elles me disaient. Qu’elles ne pouvaient avoir été peintes dans d’autre optique que celle-là.
ERNST . MAX . (le nom!)
est-ce qu’on ne pourrait pas faire cela. Peindre vraiment n’importe quoi, pour le seul bonheur de peindre. J’ai pensé aussi, plus tard : l’étude. L’étude, l’effort, l’application.
~
Mais à Berlin aussi partout l’histoire et la nation et le passé et la guerre – et l’histoire inventée et l’histoire réinventée – et l’histoire scénarisée, mise en scène, enjolivée – et l’histoire qui n’est pas avalée. Oui, trop d’histoires (dont tous, touristes, de tous pays semblent friands) et trop de touristes pour les gober. Et encore trop et trop de bonne conscience (mur, stasi, monuments commémoratifs, tout mélangé).
Mais les bars si conviviaux et les plantes et les jardins.
La ville s’appliquait à se mettre en bière. Se couvrir d’un saint suaire. C’est ce qu’on se dit parfois. Dans les chemins trop touristiques. Que la ville va vers sa fin à faire commerce de son histoire. Et qu’elle sert une politique qui n’est que capitaliste. C’est ce qu’on se dit parfois. J’ai pu me le dire au bord des larmes. La ville existe tellement fort. Tellement occupée à cela, à s’affirmer, ou qu’est-ce qui cherche à s’y affirmer, apparenter – capitalisme, capitalisme, capitalisme. Il a dû se passer quelque chose, là. Tout de même. Je ne saurai probablement pas quoi.
Mais les bars si convi
Nous étions au Grand Hôtel Esplanade. Dans le quartier Diplomatique.
Nous y avons nagé aussi, aussi souvent que possible, à la piscine. Pour Jules.
C’est vrai que j’ai acheté le catalogue de cette exposition que j’aimais tant.
Fumé, délicieusement. Jamais plus de 2 cigarettes. Et sur la terrasse de l’hôtel. Bu. Mangé. Acheté une robe, une belle robe. Et je suppose que j’ai
beaucoup grossi.
~
Ce soir vu « L ‘audience» de Marco Ferreri. Long beau. Je voudrais tout savoir de ce film. D’une façon générale je voudrais savoir plus.
cette absence de nom et la mienne
« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale, et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. Être sans sujet aucun de livre, sans aucune idée de livre, c’est se trouver, se retrouver devant un livre. Un immense vide. Un livre éventuel. Devant rien. Devant comme une écriture vivante et nue, comme terrible, terrible à surmonter.(…) Si je n’avais pas écrit, je serais devenue incurable de l’alcool. C’est un état pratique d’être perdu sans plus pouvoir écrire… (…) Je ne sais pas comment je me suis tirée de ce que l’on peut appeler une crise, comme on dirait crise de nerfs ou crise de lenteur, de dégradation. (…) Quand on sort de soi, tout un livre, on est forcément dans l’état particulier d’une certaine solitude qu’on ne peut partager avec personne. On ne peut rien faire partager. On doit lire seul le livre qu’on a écrit. (…) Écrire, c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait. »
Duras, Écrire, Gall., p.24-27-42-65
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sortir d’une nuit légèrement insomniaque ou j’ai finalement pris un anxiolytique pour m’arrêter de penser et m’endormir, ce qui était peut-être une lâcheté morale.
sur l’oubli du nom, moi, là : https://disparates.org/escapades/apres-coup-descapades-freund-et-benjamin/
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d. : tu fais de cet oubli un symptôme, tu construis un symptôme.
//
jusqu’à ce qu’il me soit apparu que je n’ai pas de nom, que le nom est cela que j’attends encore qu’on me donne, qui toujours doit m’être donné, ultimement, comme ces noms de femmes dans les livres de duras leur sont donnés, tantôt par duras même, qui ne cesse de les écrire, et réécrire, prononcer et reprononcer, tant il est vrai que l’écriture de duras est une voix, de les mettre dans la bouche de leur amant qui alors le leur donne, à elles. et comment de ce don-là j’ai rêvé comme s’il pourrait alors atteindre le centre de mon être, de mon corps, comme une flèche. sont-ils, les autres, à ce point séparés de leur nom que je le suis. que faire de ce nom qui ne tient à rien que je n’aime pas que j’avouais autrefois volontiers échanger contre celui d’un homme d’un amour que je rencontrerais, un nouveau nom reçu alors dans le mariage d’un homme et par moi adopté. le nom contient-il une sagesse, ou le lien que je trouverais à nouer avec lui? ou peut-on simplement y renoncer ? quel est donc ce nom perdu comme je pensais hier cette perdue solitude. qu’il n’y a rien entre mon nom et moi, rien, une distance, un désamour, j’essaie seulement, maintenant qu’on est le matin, d’écrire ce qui m’envahissait cette nuit, qui m’apparait me revient maintenant sous des airs artificiels, la certitude, cette nuit était grande. le texte long. le texte dans ma tête pour tenter de dire cette absence de nom et la mienne.
Oubli de certains noms communs, métier et littérature
mer 2 mai 2012
(#oubli J’ai toujours trouvé extraordinaire (sans jamais chercher à en faire plus que ça état) la façon dont le sens de certains mots persiste à m’échapper. Comme celui d’hérésiarque ou de de démiurge. Ou celui de solipsisme et d’idiosyncrasie. Vrai que je n’ai jamais aimé interrompre ma lecture par de fastidieuses consultations du dictionnaire, toujours compté sur le contexte. Or, certains mots résistent. Mais de découvrir leur sens via le dictionnaire ne suffit pas à ce que je les intègre. A moins que ça ne tienne à leur sens. A quelque chose qui me rebute dans leur sens. A moins que ça ne tienne à leur forme. Qui le sait? Qui le saura ? )
#littérature Lis Fictions, de Borges. Un peu à cause de Toussaint Jean-Philippe ( L’urgence et la patience que je viens de finir). Ce sentiment de n’être pas assez proche de la littérature, de n’être pas suffisamment consciente de son existence ( un peu comme si elle n’existait pas) ( tandis que si) ( je venais à la rencontrer) ( alors, plus si affinités…)
Je ne la rencontrerai pas. Il aurait fallu pouvoir en faire un métier. J’aurais probablement aimé ce métier. Or, un métier, est justement ce que je ne suis pas parvenue à avoir. Je pourrais faire le récit de la façon dont j’ai raté mes tentatives d’avoir un métier. Un métier étant cela à quoi vous êtes d’abord identifié, ce qui vous situe socialement, en société. J’ai aimé les livres. Je les ai aimés sans aimer la littérature, sans avoir besoin de la littérature. Ce n’est pas que je n’aime pas la littérature. Je l’aime comme j’aime la vache dans le pré là-bas. Je ne m’en fais pas le reproche. Est-ce possible? Je m’habitue à moi-même. C’est une constatation. Cela ne m’empêche pas d’avoir envie d’écrire un livre…
#mononcle J’ai rêvé de mon oncle, je pense, cette nuit. Il y a quelqu’un sur la liste Escapades qui signe « Loncle ». J’ai bien cru hier que c’était lui qui m’écrivait d’outre-tombe, lui qui pareillement signait ses missives et lui qui a écrit un livre (mais ça n’a rien à voir).
#culture La présence et la voix, ce qui me sépare de la culture. Du désir peut-être aussi. (Mon oncle qui lui, entendait des voix – mais ça n’a pas de rapport.) Je suis en ce moment une très bonne femme de ménage.
– Écrit pendant que tout le monde dort. Il y a quelques jours j’ai cru que j’étais atteinte d’une maladie incurable. Nous avons fait l’amour. Aspirer la vie de son corps.
Re: livres du moment / Artistes sans oeuvres et Rien ne s’oppose à la nuit
j’ai terminé, il y a quelques temps, la lecture de jean-yves jouannais, Artistes sans œuvres, aussitôt reprise pour ne pas le perdre de suite, ce livre que j’avais aimé. je l’ai perdu quand même, je suis faite de sable.
cette nuit j’ai pensé, parce que je pense à n’importe quoi, pendant que dorine faisait voyage en ritaline, que le livre aurait aussi bien pu s’appeler Artistes sans noms, puisque c’est d’eux aussi bien qu’il est question dans ce livre, des noms que ne se font pas toujours les artistes. livre qui m’a soutenue le temps de sa lecture, car il absout, ou le tente, tant de l’œuvre que du nom. c’est-à-dire de l’absence d’œuvre que de l’absence de nom.
« L’homme parfait est sans moi, l’homme inspiré est sans œuvre, l’homme saint ne laisse pas de nom. »
jouannais rêve d’une histoire de l’art qui s’attacherait à des « immatériaux« , dit-il, a l’idée, au geste, à l’énergie (mais comment l’écrire sans l’écrire une idée qui n’est encore qu’idée et qui deviendra autre chose dès lors qu’elle sera écrite? parce que c’est ça son idée, enfin l’une de ses idées, tenir compte de toutes les idées non-écrites, désigner comme artiste celui qui encore n’a que l’idée, seulement n’aura jamais que l’idée.)
« Combien de songes, de systèmes de pensée, d’intuitions et de phrases véritablement neuves ont échappé à l’écrit? Combien d’intelligences sont-elles demeurées libres, simplement attachées à nourrir et embellir une vie, sans fréquenter jamais le projet de l’asservissement à une stratégie de reconnaissance, de publicité et de production? »
« … Simplement pour vitales qu’elles soient, ces sommes immatérielles, ces idées inécrites, ces poésies vécues ne peuvent parier que sur la mémoire, le mythe, pour traverser les époques, ayant refusé, avec violence, ironie ou innocence, la logique industrielle et mortifère du musée comme de la bibliothèque. »
ce que je voudrais c’est renoncer, renoncer tranquille à la mémoire et au mythe, à la traversée des époques; ne plus souffrir de ce désir; de la mort et de l’oubli. mais j’ai eu beau lire ce livre, eu beau le lire et relire, ce qu’il tente de soulager, l’espoir dont il dit si bien qu’il gonfle, retombe aussitôt le livre refermé.
j’ai eu la chance d’ouvrir alors un autre livre, si beau, si terrible, si triste. dont je dois déjà rechercher le titre et le nom de l’auteur. [un temps assez long] . Delphine de Vigan : Rien ne s’oppose à la nuit. un ravage. une écriture où l’auteur va à la rencontre de la descente en folie de sa mère, de son suicide inéluctable.
le prix à payer (du pas vers l’autre)
lundi 18 mai
il était prévu que j’aille à Bruxelles, je n’arrive pas à prendre un billet, aujourd’hui peut-être. je vais assez mal, c’est relatif. c’est physique et me demande ce qui le provoque. je dis c’est physique, mais c’est mental. physique et mental. je ne sais comment en parler. ça fait des jours que je suis sur le bord de la migraine. en ce jour qui s’entrouvre, ça s’aggrave encore. peut-être est-ce d’avoir trop travaillé. que s’est-il passé, que se passe-t-il?
#vaisselle
tout avait pourtant bien commencé, hier, par une vaisselle, me disant qu’il faudrait que toujours je commence le jour de cette façon, toute empreinte de la sérénité que me procurait l’idée de ce possible rendez-vous neutre et quotidien avec moi-même (générosité de l’aube ou capacité que nous avons à nous illusionner).
#corpsdenuagedesintentions
j’ai ensuite travaillé un peu sur le blog aquifer, des problèmes techniques (auxquels, alors que j’écris ceci, je dois résister de retourner dare-dare). ça m’a pris plus de temps que ce que je n’aurais voulu et j’étais désemparée. je ne savais plus quoi faire. comment revenir à moi, à mes intentions. intentions qui ont cette habitude de rapidement s’éloigner de moi, si je ne les maintiens pas à toutes forces, mais par où les saisir – leur corps de nuage, leur évanescence. aujourd’hui on appelle ça TDAH.
#hasard
au hasard de photos sur lesquelles je tombe sur mon téléphone, je tente de faire un post instagram, j’y renonce.1 dans la foulée et sans réfléchir, je retente un autre post, avec des photos plus récentes. je le poste.
#mqm (l’oubli du nom)
ce sont des photos de Paris, près du square #mqm (#mqm=mot qui manque), alors que je sortais de la maison en fin de journée, et que j’aimais ce que je voyais, que je revois encore, les pas à l’ombre de l’église, la fine verticalité des jeunes arbres, le tranquille réverbère à lanterne hexagonale, le mât à nichoirs, les lignes horizontales dans le mur de l’église, puis les larges marches en plein soleil qui descendent vers la place, les marches de pierre claire, usées, poreuses et satinées, ceux qui s’y étaient assis, touristes ou désoeuvrés, inconnus pour qui je ressentais une profonde sympathie, et que je pris en photo avec mon téléphone, pas tous, et sur la droite et la gauche, les terrasses du square, la luxuriance de ses fleurs exotiques en pleine floraison. arrivée sur la place #mqm, je pris encore quelques photos, le livreur à vélo, au zoom, la brasserie, ses reflets, sa terrasse, ces deux passantes que je croisais traversant, en pleine conversation. puis, j’ai pris la rue (#mqm) déjà sombre qui descend vers le magasin bio (#mqm). peut-être cela faisait-il un jour ou deux que je n’étais plus sortie. tout ce soleil.
















#photosnumériques
(ces photos prises, ces photos numériques prises, la possibilité qui existe depuis l’internet et les blogs et tout ce qui suivit, de les publier. pourquoi est-ce que je ne les publie pas simplement sans me poser de questions. combien de photos non-postées sur instagram. combien de photos cependant prises en cette intention. regarde comment je vis, vois ce que je vois. ce que j’aime et vois.)
#ligneéditoriale
je n’ai plus posté sur insta depuis longtemps. il me semble que cela requérerait au fond quelque chose de l’ordre d’une ligne éditoriale, à quoi me tenir. j’exigerais de moi une ligne quand je ne peux me tenir à rien. quand je ne peux me tenir qu’à rien.
#rien
rien. de nouveau fortement envahie par ça. peut-être parce que sur le point de faire quelque chose. peut-être à cause du chapbook commencé, de cette première, la petite édition papier à laquelle je pense depuis si longtemps. (oui, ça fait longtemps que je me propose d’extraire des textes de ce blog, et d’en faire des petites éditions papier moi-même, que j’enverrais à mes amis. je remettais toujours de m’y mettre, et cette fois, je l’ai fait, dans Affinity publisher, j’ai même été jusqu’à faire une impression maison. je pensais que c’était lancé. et là, ça fait des jours que je réfléchis à une illustration, sans plus vraiment arriver à avancer, après avoir eu trop d’idées.)
#nimportequoi
la ligne éditoriale qu’il me faudrait devrait bien plutôt sciemment travailler à soutenir mon grand n’importe quoi, ma disparate. par où je vais happée.
je vais happée . comment vas-tu ? happée, je vais happée.
#dispute
une fois posté sur insta, je crois que me suis retrouvée au lit après m’être gravement (exagérément) énervée avec F pour un truc qu’il avait dit à propos du post. il l’a liké. il a dit :
— oh, un post. oh, je like. oh, tu as documenté le square #mqm.
ça m’a excessivement énervée.
— non, je dis, c’est pas ce que j’ai fait. j’ai bêtement posté des images que je trouvais bien.
— c’est pas bête, il dit.
— si. mais si, si, c’est bête.
et je m’énerve. non, je n’ai rien voulu documenter. je ne suis pas quelqu’un qui documente. et je sais que c’est bête. est-ce que je ne venais pas de me poser la question du pourquoi ces photos-là, à ce moment-là, je sais que je ne savais pas assez pourquoi je le faisais, ce que je faisais, qu’il fallait juste que je fasse un post, que j’en avais déjà foiré un premier. alors que j’avais juste envie de faire des choses légèrement, facilement. et que juste j’aimais ces photos, j’avais aimé ce moment.
je note ici que quand je vais mal, comme ces jours-ci, dans cette fragilisation soudaine, je… j’ai tendance à en vouloir à F, je lui cherche des noises, je me persuade que… c’est de sa faute. la veille déjà, je pensais à ses jeux vidéo. dès que je vais moins bien, je ne supporte plus de le voir faire des jeux vidéo. je lui en veux de ne pas être dans l’exigence dans laquelle je suis, de ne pas pouvoir discuter avec lui des problèmes auxquels je fais face, et qui peuvent être tellement… ces problèmes d’exigence, où il ne trouve jamais rien d’autre à me dire que «c’est super», quand je suis dans le sentiment profond que c’est mal.
et alors, hier, pour des raisons qui me dépassent, la mince envie de tester, de voir si on ne peut pas s’en sortir par là, je marmonne « ça ne va pas du tout, comment nous vivons. »
#lautisme
et curieusement, il prend la mouche. parce qu’il est costaud, il ne prend pas souvent la mouche, mais parfois, tout d’un coup. et il me demande pourquoi je dis ça, ce qui ne va pas. et je ne veux pas répondre, parce que je me rends compte que je n’ai pas la force de soutenir un argument, parce que je sais que je lui cherche des misères, que je suis injuste, et puis aussi, parce que mon « nous » ne pensait pas qu’à nous, lui et moi, mais à un nous plus large aussi, global, qui s’étendait au monde — qui songeait à la distension des relations, à la perte de la parole. aux activités autistes des uns et des autres, je sais qu’on ne devrait pas dire ça, parler d’autisme à tort et à travers, je veux parler du repli sur soi, de la satisfaction atteinte dans une activité solitaire.
je dis « autiste » pour parler des activités hors communication, apportant une satisfaction suffisante que pour n’avoir pas besoin que d’être communiquée.
j’eus le regret un jour de fâcher une maman d’autiste, ce que je ne savais pas, en parlant de « mon autisme » – qui est pour moi une façon un peu légère de parler de quelque chose qui est cependant assez réel, et pesant, dans ma vie. il faut sans doute que je trouve une autre façon d’en parler. c’est Jacques-Alain Miller que j’avais entendu parler de ça un jour à la radio, il avait parlé de l’autisme de la jouissance, toujours, et de la coupure du reste du monde à laquelle elle procède (une émission sur le symptôme?).
Donc Frédéric est agacé, il insiste, insiste, il veut savoir de quoi je parle
— mais non, je lui dis, non, oublie que j’ai dit ça, non, arrête, d’ailleurs je ne pensais pas qu’à nous, c’est plus large, mais ne parlons pas de ça.
et comme ca arrive parfois avec lui, il ne veut pas lâcher, je me lève, le ton monte.
— dans ce cas je pars, dis-je m’éloignant, dis-je marmonant, je vais au lit, je ne mange pas avec toi, je ne passe pas l’après-midi avec toi…
#honte
j’écris ça, là, et j’ai honte.
#embourbée
je me retrouve dans la chambre à ne pas savoir quoi faire. j’efface le post instagram publié, j’en efface deux autres dans la foulée, pour faire bonne mesure. le texte Isolde. et le post où il y a des photos de moi. je ferme les yeux, et rien. je reste dans le noir. ça dure. F vient, me parle, s’approche de moi, met la main sur moi, à travers la couverture, me parle encore, me demande ce que je veux. me propose un verre d’eau que je refuse. rien, surtout rien. mais il veut absolument m’apporter un verre d’eau, je lui dis que je ne veux pas, je proteste, je lui répète d’arrêter. je ne suis pas d’accord avec son insistance. il s’en va, revient avec un verre d’eau. il dit qu’il va faire à manger, je dis que je ne veux. du temps passe. il repasse, j’ai ma tête sous la couette, à l’abri de la lumière. il s’en va. je me demande comment on peut s’en sortir. je me lève, je ne sais pas ce que je vais dire. un mot à propos de ce qui s’est passé. F joue. je l’apostrophe. ça ne s’arrange pas. je repars. je vais partir et revenir comme ça quelquefois, je cherche alors à comprendre ce qui se passe, ce qui m’arrive. lui reprochant surtout d’avoir insisté quand je lui demandais d’arrêter. il dit « mais là j’ai arrêté ». oui.
enfin… finalement, je ressors. je dis « OK, je vais manger avec toi, et j’ajoute : mais je n’en n’ai aucune envie » (en fait, j’ai faim), il dit que c’est très triste, je dis « alors ne mangeons pas ensemble » et je repars. il dit « mais si, mais si, mangeons », je me résous à revenir. pensant qu’en mangeant, ça s’arrangera peut-être, cette humeur.
ça, s’est un peu arrangé. il parle. je dis « hm, hm ». et tout d’un coup, voila, je ne peux pas m’empêcher de parler d’un truc, c’est reparti, la conversation, on discute légèrement.
(((au passage, je précise: c’est un progrès. avant, avant, car ça ne date pas d’aujourd’hui, là, c’est quelque chose qui réapparaît, je pouvais bouder durant des heures, des jours mêmes… à traîner dans ces humeurs qui m’assaillent à nouveau…. au moment où « tout allait bien », tout allait mieux.. où quelque chose bouge…)))
#envie
en sortant de table, j’ai envie d’une tartelette au fruits. je ne mange pas de sucre, je n’en mange jamais, plus jamais, depuis des mois, je pense à une pâtisserie qui fait du sans sucre, à Menilmontant. mais il pleut et va pleuvoir toute l’après-midi. il pleut ces jours-ci, il fait « plus froid que la normale de saison ». je ne sais pas ce que je fais alors, F joue. enfin, nous finirons par sortir, chacun son parapluie, c’est une échappée. beauté captée, gigantesque, des troncs d’arbre sous la pluie (et j’ai perdu le chargeur de mon appareil photo), complicités retrouvées, pâtisseries achetées. des légumes au chinois (pour faire bonne mesure).
#voix
nous rentrons. ça reste difficile pour moi. les voix qui me lancent des injures sont de retour. une violence forte contre moi-même. j’ai l’idée de dessiner, mais je ne trouve pas de papier. je veux lire un certain livre, mais je ne le trouve pas non plus. le cherchant, je suis confrontée à mon bordel et c’est éminemment angoissant.
#nonlire
bordel de livres non lus qui s’accumulent dans un coin de la chambre, mêlés à des livres lus, ça me rend folle de rage et de détestation contre moi-même, je vais le dire à F, je dis je ne suis capable de rien, rien que de dépenser de l’argent, de coûter, que je ne lis plus rien… je retourne au tas de livres et de poussières. le fait de ne pas lire, de ne plus lire, de ne plus arriver à lire depuis si longtemps me rend complètement malade, je manipule ces livres achetés, que j’ai espéré lire, auquel j’ai cru et qui me sont tombés des mains, il n’arrive presque plus que je lise, à de rares exceptions près, et c’est une grande raison que j’ai de me haïr, et quand je tombe sur des livres lus, je songe que je ne sais même plus ce qu’il y a dedans. je sais que je suis ramenée au plus proche de ce que je me reproche, je songe que c’est depuis que je connais F que je ne lis plus, et je ne veux pas y songer. je me suis laissée bouffer par les écrans que j’évitais soigneusement avant lui, mais… c’est très difficile de mettre des mots sur ce que je ressens à ces moments-là. je ne trouve pas le livre que je cherche.
#écran
je dis à F: il suffit que je sorte de l’écran et que je veuille faire des choses dans la vie réelle pour que je ne trouve plus rien. j’ai voulu dessiner, pas de papier, je veux lire un livre, je ne le trouve pas. dès que je sors de l’écran, ça se passe mal.

#texteimprimé
il y avait eu la veille l’effort encore de travailler au texte imprimé, à cette grande première que constitue pour moi la confection d’un petit zine, d’un chapbook, avec son titre finalement peut-être de mauvais augure s’il en est : « La décision d’écrire qu’il n’y eut pas ».
il y avait eu la lecture à haute voix, les enregistrements vocaux de ce texte que je tenais maintenant entre les mains, dont je tournais les pages. je le faisais pour l’entendre, y apporter les dernières corrections, mesurer comment le texte coule, se laisse dire.
surtout il y eut ce qui m’est tombé dessus, dès que je considérai être arrivée au bout, lorsqu’il m’apparu que ce texte était complètement nul. c’était massif, irrévocable. subitement, je me demandais pourquoi j’avais voulu l’imprimer, pourquoi j’en avais fait un tel cas. et l’espoir me quittait de faire quelque chose de bien. je me vidais.
et alors le trac de ne plus du tout savoir comment continuer. j’avais parlé d’une illustration pour le texte, ça m’avait occupée des jours, ça me paraissait maintenant totalement hors de portée. et puis quel papier ? j’avais pensé « papier tout simple ». mais Frédéric parlait de choix de papier. parlait de nombre d’exemplaires. je me mettais à penser à ce que ça allait coûter, à l’argent encore que j’allais dépenser.
j’annonçai alors à F. que pour pouvoir y croire, il fallait avant tout que j’en fasse un deuxième, qu’un ce n’était rien, tant qu’il n’y aurait pas le deuxième.
c’est tout ça, sans doute, qui me rendait tellement malade.
y avoir cru, ne plus y croire. penser que j’étais une fois encore dans un projet en passe d’être abandonné.
#autismedelajouissance
je reviens sur l’autisme de la jouissance selon Jacques-Alain Miller, je retrouve ceci sur internet, dans sa « Théorie du Partenaire » :
» Je voudrais, dans le fil qui commence à se tendre à partir de la dimension autistique du symptôme, évoquer la toxicomanie. Pourquoi nous y intéressons-nous ? C’est un mode-de-jouir où l’on se passe apparemment de l’autre, qui serait même fait pour que l’on se passe de l’Autre, et où l’on fait seul. Mettons de côté, sans l’oublier, qu’en un certain sens le corps lui-même c’est l’Autre. Je crois que je fais saisir quelque chose si je dis simplement, si je répète, avec d’autres, que c’est un mode-de-jouir où l’on se passe de l’Autre. La jouissance toxicomane est devenue de ce fait comme emblématique de l’autisme contemporain de la jouissance. »
je note donc qu’il parle d’un mode-de-jouir où l’on fait seul, où l’on fait sans l’Autre, sans le corps.
pourquoi je le note?
d’une part parce que j’essaie de cerner le manque de physicalité sur internet, j’essaie de cerner, raisonner : comment s’y faire, comment s’y faire sans s’en faire, et/ou comment s’adapter;
le manque de physicalité ou la physicalité autre
( j’en vois à qui Internet donne un corps. que ça arrange avec l’image. pas à moi. je n’y arrive pas, pas d’arrangement avec l’image).
et d’autre part, parce que c’est bien dans le passage à l’Autre, au moment de l’effort du passage à l’Autre, que ça dysfonctionne. que ça se met à dysfonctionner.
tant que j’arrive à ne pas me faire lire, c’est supportable.
l’angoisse et ses manifestations physiques, et les graves sautes d’humeur, ne viennent qu’au moment où je fais le pas vers l’Autre.
c’est dans le pas, dans le suspens, que je suis attaquée de toutes parts par les démons de l’angoisse.
je reprends ma lecture :
« J’avais essayé de le résumer par le petit mathème I < a. »
Donc Grand I, de l’Idéal, tributaire, dans la dépendance, la soumission à petit a, à l’objet plus-de-jouir, s’effaçant par rapport à lui.
Grand I est valide — de plein exercice — quand le circuit du mode de jouissance doit passer par l’Autre social, et passe de façon évidente par l’Autre social. »
Et donc, quand je me retrouve attaquée par les démons de l’Idéal sous la figure de l’angoisse, les auspices de l’angoisse : c’est l’Idéal qui me dit : Non pas ça . Halte à toi. Halte à tout. Et qui le dit silencieusement, vicieusement. Sans ouvertement, clairement s’annoncer. Qu’est-ce que tu voudrais qu’il te dise l’Idéal, et d’ailleurs, est-ce qu’il ne te le dit pas? Est-ce qu’il ne te le dit pas, que ça ne vaut rien ce que tu fais? Oui, mais quand il me met dans cet état physique second, désorienté, quand il souffle dans ma tête pour effacer toute possibilité de penser, de décider, de savoir ce qui se passe, c’est vicieux, non? C’est dégueu. Oui, ça passe par l’effaçage. D’où la panique. Et pourquoi ça se retourne contre F? Tu le sais : contre F plutôt que contre toi. Parce qu’il est trop cruel, l’Idéal, et tu préfères détourner ses coups.
C’est, en temps normal, Grand I, le Grand I de l’idéal qui me pousse à écrire, d’ailleurs rien que de parler de lui, tes majuscules reviennent, et c’est… Et si c’était non pas I qui te faisait ces saloperies, mais les démons de a, de petit a, des milliards de petit a… Ha ha. Ca se laisse écrire aussi. Oui, c’est plutôt comme ça que tu vois les choses d’habitude.
(Ici image des petits démons noirs qui emportent Quick (si c’est le petit blond, je ne suis jamais arrivée à retenir, le plus petit, le plus sympathique), et du petit ange qui pleure, avec sa longue robe blanche, ses longues ailes blanches et ses petites mains sur yeux? )
Alors que, aujourd’hui, comme dit Lacan, notre mode de jouissance ne se situe plus désormais que du plus-de-jouir. Ce qui fait sa précarité, parce qu’il n’est plus solidifié, il n’est plus garanti par la collectivisation du mode-de-jouir. Il est particularisé par le plus-de-jouir. Il n’est plus enchâssé, organisé et solidifié par l’Idéal. Notre mode-de-jouir contemporain est fonctionnellement attiré par son statut autiste. (…)
C’est bien pour ça qu’on les voit se reformer, aujourd’hui, les petites communautés, qui le tentent ça, de se réorganiser autour d’un Idéal.
Il y a tout de même une leçon, une morale de la fable politique. Notre point de vue spontané sur le symptôme est évidemment de le considérer comme un dysfonctionnement. Nous disons symptôme lorsqu’il y a quelque chose qui cloche. Mais le dysfonctionnement symptomatique ne se repère en fait que par rapport à l’Idéal. Lorsqu’on cesse de le repérer par rapport à l’Idéal, c’est un fonctionnement. Le dysfonctionnement est un fonctionnement. Cela marche comme ça. Il faut reconnaître que la psychanalyse a fait beaucoup pour la précarité du mode de jouissance contemporain. Elle a en effet fait beaucoup pour que le rapport entre l’Idéal et petit a devienne celui-ci. »
« Lorsqu’on cesse de se repérer par rapport à l’idéal, c’est un fonctionnement « .
Notes en bas de page
- des photos du 18 mai au fil des ans. c’est une possibilité qu’offre OneDrive : jour après jour, remonter les années, au fil des photos du jour. j’y ai renoncé, soit que l’une autre appli offrait quelques résistances, soit que ça me paraissait n’avoir pas de sens, et pourquoi aurait-il fallu que ça en ait, c’est instagram, et pourquoi ça n’en aurait pas eu, c’est moi. et pourquoi se poser des questions. ↩︎
dans l’ordre de ma mère
— la valeur sentimentale
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rentrés, retour Paris hier après-midi après Donn, un peu paumée, rien (encore de grave). étrange comme tout de suite je reprends le chemin de mes anciennes habitudes, totalement abandonnées, perdues, pourtant tant à Donn qu’à Bruxelles, je m’installe dans mon coin de canapé.
Geneviève Flaven
ma chambre, 14h 56. l’été venu, je consulte quelquefois le blog de l’atelier d’écriture de François Bon et sa session estivale, très tentée, à chaque fois, à chaque été, d’y participer. or, je ne m’y suis finalement pas bien intégrée. ou est-ce ce que je tente de me faire croire ?ou est-ce ce que je tente de me faire croire ? non, je ne me suis jamais intégrée à aucun groupe.
cette fois, arrivée sur le blog, je lis ce texte qui me touche beaucoup, intitulé reliques : https://www.tierslivre.net/ateliers/chroniques-06/
la narratrice, qui selon moi n’est autre que l’autrice, Geneviève Flaven, y raconte la tristesse qui l’avait envahie lorsque, ayant à vider l’appartement de ses parents décédés, elle réalisa le peu de valeur des choses auxquelles elle avait à faire.
elle se vit face à « l’épreuve d’un héritage invisible à laquelle ce lot modeste de reliques ne rendait pas justice. Qu’y avait-il de concret à sauver ? Rien.
C’est précisément parce que ces objets étaient dérisoires, que je me suis retrouvée plongée dans un profond désespoir. Tout à coup, j’ai été vidée de mes forces, laminée, plombée par une impression de tristesse, de vacuité et d’absurdité. «
je comprends ce qu’elle dit. j’en suis frappée. frappée par ce qu’elle souligne, du peu de valeur de ces objets. quand je suis moi-même tellement attachée à ceux de ma mère, tout comme à ceux de ma belle-mère, qui en sont tout autant dépourvus, qui ne sont pas loin d’avoir pris pour moi une valeur infinie, dont il m’est si difficile de me détacher, défaire, qui continuent de me parler d’elles, en leur absence, dont j’aime tellement à m’envelopper de la présence. il m’a si souvent semblé qu’ils méritaient, mais quoi donc…. (ce que je ne leur ai pas donné, ce que j’ai failli à leur donner. à force de ne pas comprendre cet arrachement attachement même, ou de ne pas me sentir à la hauteur, pas suffisamment artiste — si j’étais artiste ou écrivain, qu’est-ce ce que je ferais. mais alors pourquoi? vouloir le faire ? vouloir témoigner d’elles? est-ce que c’est ça, la nostalgie, la culture de ce qui s’est perdu, et de ses traces?)
ces objets sont pour moi l’amour même.
(quelle est cette notion de la valeur que j’ai et comment elle se lie à the after-death, à l’après-mort, l’amour qui alors, enfin, qui alors, prend, s’enflamme, s’élève, se gonfle, prend les airs et les profondeurs, s’enracine, m’enracine.)
j’ai cette chance, je l’ai souvent dit, de pouvoir vivre dans la maison de ma mère, à intervalles réguliers, depuis qu’elle est malade, et de m’attacher, autant que de m’en détacher, autant que de préparer mon détachement de ses objets, lentement, avant même sa disparition et la vente de la maison. la chance de vivre dans son monde (maintenant qu’elle est en maison de retraite, et que sa mémoire de sa maison s’est vidée). idem pour la maison de Jacqueline, ma belle-mère, qui elle, par contre, n’est plus. même si F, son fils, a jeté tant d’objets. s’agissant de cette dernière, je pense aussi à ses notes, aux bouts de papier, aux lettres reçues, aux agendas maigrement annotés. cette fois de notre séjour là-bas, à Donn, c’est un carnet de rêves que je ramène…
la mort rend tout plus sérieux. j’aime bien mieux Frédéric depuis que je nous vois vieillir, mourir. infiniment mieux (même si c’est loin d’être parfait!)
mais enfin, se joue aussi, encore, peut-être, je crois, ce qui constitue la présence de ce qui passe les générations, la succession, l’héritage. (c’est ainsi d’ailleurs que Genevière Flaven nomme cette partie de son texte : succession). ce qui fait l’impalpable substance de cela. qu’alors je palpe dans ces objets. dont je crains bien ne rien pouvoir dire de plus, mais dont la présence me retient dans la fascination, le soulagement. est-ce simplement la mort? non c’est la mort augmentée de la génération et de l’oubli. le passage des générations. la naissance, la mort, un corps qui passe à un autre. la proximité de ce mystère incarné dans le souvenir. est-ce que je fais alors plus de cas des mères? je ne le sais pas. même si cela pourrait être vrai pour ma mère, comme mon père s’est lui-même chargé de laisser des choses qui lui survivent et le représentent, parlent de lui. pour ma mère, il n’y a véritablement que le peu de valeur de ce quelle a laissé, qui est amené à disparaître. et ce que j’ai appelé son ordre. l’ordre apporté à ses objets, l’ordre de sa maison. ordre auquel elle s’est longtemps consacrée, auquel elle s’est longtemps accrochée, par où tenait le souvenir qu’elle avait d’elle-même, de son histoire, dont on l’a arrachée lorsqu’elle a dû rentrer en maison de repos. par où je tiens et suis si bien quand je suis dans sa maison. qui partout ailleurs est perdu. et que je cherche dès lors à entretenir, sans que cela me coûte.
j’ai alors fait le genre de chose que j’ai tendance à faire, je me suis renseignée sur l’autrice, Genevière Flaven. Flaven, entre flamme, flamande, ferveur et raven, me dis-je, et je vois l’image d’un renard, d’une renarde. je le fais, cette enquête Googlesque (Duckduckgoesque), pour retenir quelque chose de ce que je viens de lire d’elle. parce qu’à l’avance je n’en retiens que l’oubli et cherche à en soigner la sédimentation inconsciente, dont je ne sais rien (sinon, espérer pouvoir compter sur elle); d’autant que j’aimerais que ses mots en atteignent d’autres, et, par là, diminuent le non-sens de ma solitude et de mes agissements. non, je ne pose pas des actes, je n’ai que des agissements, il n’est rien de ce que je fais qui ne me soit suspect. ni d’ailleurs suspect aux yeux du monde.
née en 1969, âge de mon frère cadet. beau visage, affirmé. ça me frappe. un peu comme un jour j’ai été frappée (soudain) d’entendre que les femmes, psychanalystes, que j’écoutais, cet après-midi là, étaient des femmes. et qu’elles prenaient la parole. cela m’est arrivé un jour que je sois soudainement consternée de cela. je ne me sens pas capable de faire le tri entre ce qui relèverait de mon « caractère », et ce qui s’indiquerait d’une assimilation, dans mon propre silence, des impératifs de l’époque, impératifs quant aux rôles des uns et des autres sexes. j’ai toujours cru que c’était moi, ma maladie, je le crois encore. cette maladie, cette timidité maladive, si tôt apparue. elle, Geneviève Flaven, née à Paris, vit aujourd’hui à Nice (si je ne me trompe) où elle nage, a passé du temps en chine — après avoir pensé que l’occident c’était fini, raconte-t-elle — , quel tempérament différent du mien. l’énergie, la curiosité, la gourmandise, la capacité d’accomplir. et puis le design. autant de choses avec lesquelles je suis 100% mal à l’aise. alors vint le théâtre aussi, et l’écriture. de (très) beaux projets menés à bien.
lien sur son blog de shangai : Shanghai Confidential – Chroniques de Chine et d’ailleurs
elle y écrit : « J’ai fait tellement écrire les autres ces derniers temps que je me sens vidée de mes propres récits. Le paradoxe est que j’y ai gagné une paix étonnante. Est ce que je peux parvenir à écrire à partir du calme plat ? Point d’Interrogation. »
sur sa mère, à Flaven, et elle : https://www.tierslivre.net/ateliers/rectoverso-15-elucider/
j’aime beaucoup
cette écriture très simple
et ce que j’écris ici, je le souligne, vient en réponse à ce qu’elle écrit, écrivit. je pense qu’il est bon que nous nous lisions les uns les autres.
atelier d’été : que je ne m’y sois pas bien intégrée, c’est possible, que je n’aie pas toujours été satisfaite de ce que j’arrivais à faire, également, mais aussi, qu’iels sont nombreuxses, et qu’il y a ma curiosité, le temps que ça me prend, de m’intéresser à elleseux. et puis d’oublier. alors qu’en fait, je manque tout à fait complètement de temps. au moins cette année.
décidément, j’aime : https://www.tierslivre.net/ateliers/chroniques-01-semaine-1/
écriture étale, calme. elle voyage autant que je ne voyage pas.
est-ce que je ne devrais pas mettre une image d’elle?

sur le blog des ateliers, je lis presque tout ce qu’elle a écrit cet été et songe que tout cela se tient tout seul et pourrait être envoyé tel quel à un éditeur. je le lirais avec plaisir. mais, ne le lis-je? qu’est-ce que lire?
atelier d’été : et il y a aussi la façon dont je suis happée par les actualités, qui m’empêche de. c’est toujours la même chose. je n’ai pas cru à la littérature. pas suffisamment cru à la littérature. je me souviens avoir été à l’atelier FB, pensant que je m’y accrocherais à leur amour de la littérature. amour et connaissance profonde. ils m’ont semblé y être viscéralement attachés. et que cette croyance les sauve, rassemble, structure, fasse monde. j’y ai été animée par le désir de croire à nouveau, d’échanger la psychanalyse contre la littérature. mais ça ne marche pas comme ça. ou plus à mon âge. il y faut plus de persévérance. ou d’obligation.
Lucy Sante
or avant cela, ce matin, aux petites heures, cette découverte : Lucy Sante.
je retrouve son nom dans l’historique de mes likes sur instagram.
le texte en entier: Lucy Sante: A Thousand Julys Summer only remembers luxury and rage. poetry
quelque part, elle parle des exigences de son travail, écrire, de sa solitude, de son âge, de sa transition. je pense que c’est son âge qui m’a attirée vers elle. son texte sur l’été, son image. la justesse de cette image.
un peu plus tard, dans une vidéo, je regarde ce qu’elle montre de sa façon de travailler avec des fiches, ce qu’elle dit de son travail. elle cite Archimède : « give me a lever and a place to stand, i can move the world. » Et ajoute : « i guess the lever is the rhythm of a piece, and the place to stand is the accumulation of stuff. » que le levier est le rythme et l’endroit où se tenir debout l’accumulation de matériaux.
que le levier est le rythme.
l’endroit où se tenir : l’accumulation de stuff, de trucs.
j’ai dû penser au blog, à ce blog. à ce que j’y accumule.
« When I’m working on a big book, for example, the one I’m writing right now, I accumulate for years, sometimes. I’m taking notes on my laptop, and then I’ll print them out—double column, small type—cut them up, and mount them on index cards. And then I organize the index cards into piles. Sometimes it’s easy, and sometimes it’s not. Sometimes the piles are chronological. Sometimes they’re by subject matter, et cetera. But I’m fooling with them all the time… I try to turn it into a game so that I’m following some kind of procedure.”
et je vois les images, d’elle qui imprime des textes et les colle sur des fiches, et les place et les déplace, et procède à des piles, et tout ça me paraît fascinant et mystérieux, et je ne sais pas pourquoi ça me parle, est-ce que je n’aurais pas passer ma vie à me documenter, non, c’est pas pareil, et je me demande comment je peux m’en servir, de ce qu’elle dit. et je me dis que je dois m’accrocher à cette personne, à ce travail, et je sais que c’est le tout début de la journée, l’entame, que je suis sur instagram, et que j’aurai tout le temps de l’oublier, vite, et que je le regrette, et c’est pour ça que je reste si longtemps, et que je reviens, j’y retourne le soir. il faut commander un livre. en français ou en anglais. que son anglais est merveilleux.
bon, c’est drôle, elle est belge, au départ.
est-ce que quand je lis tout ça, je ne lis pas? je ne lis pas, je réponds, je ne lis pas.
l’été aux fenêtres ouvertes – vendredi 4 sept. 08:02
Bruxelles
au bout d’une nuit d’insomnie
Il est 8h, je vais essayer de dormir, je me suis recouchée. La fenêtre de la chambre est ouverte, un battant est ouvert. Mais les rideaux sont restés tirés. Ils se balancent légèrement. La porte est également ouverte. La porte de la chambre retenue par une chaise. Comme le faisait ma mère.
Nous avons terminé une bonne part du travail hier. Au soir, M. est venue, c’était bien agréable. C’est elle qui logera au grenier. On a bu et fumé. Je suis très contente du travail qu’on a fait, du résultat. Jules m’a pas mal aidée. La cage d’escalier est propre. C’est bien plus agréable. Au premier aussi tout est bien. Enfin, on a tout rangé, dans toute la maison. Sauf peut-être chez Jules, je ne sais pas s’il y est arrivé. Et sauf la cour.
ce que je fais alors la nuit
Comme j’ai fumé, je me suis réveillée à 4 heures, comme hier.
J’ai passé du temps sur une affaire qui intrigue et inquiète et énerve Jules. Un post sur Instagram à propos d’une artiste, à propos d’une musicienne avec qui il pensait travailler et qui s’avère être un homme. De 50 ans, allemand je pense. Gros scandale. Comme ça l’inquiétait, j’ai voulu lire. Et je lui ai donné mon avis. Je lui ai écrit mon avis.
danse
Après ça, j’ai vu une petite vidéo de danseurs qui m’a davantage touchée. Je me suis dit, ça, ça balaye tout, ça renverse tout. Tout ce que je voyais, était d’une telle justesse. Oh, je n’ai jamais que ce mot pour dire, décrire quelque chose quand je trouve que c’est bien. Quelle paresse ! Pas quelle paresse, quelle incapacité. Une sorte de pudeur aussi. Comme une résistance à nommer. Ce problème de trouver les mots pour parler de quelque chose qui touche, alors que ça se passe ailleurs, en dehors des mots. Mais est-ce que ce n’est pas toujours le cas? I am an idiot. Je vois les gestes, et j’ai envie de les faire, je les sens, je les vois faire, je fais avec eux. Une danse, des heures durant de danse, des danseurs qui sont poussés au… Bon je laisse tomber cette phrase.
J’ai cherché à en savoir plus sur ce danseur chorégraphe africain. Vincent S K Mantsoe. Originaire d’Afrique du Sud. Mais, je pense qu’il ne travaille qu’avec des danseurs. Et donc, c’est pas pour moi, mais qu’est-ce que je pourrais me mettre à faire ça, oh la la ! En vérité, c’est ce que j’aurais fait de mieux. C’est la seule chose que j’étais capable de faire, sans doute.
regrets
C’est le regret fondamental. Ça et la psychanalyse. Oui, j’aurais pu être psychanalyste aussi. Est-ce que j’aurais pu ? Ça. Je n’en sais rien. En tout cas, je n’aurais pas pu m’intégrer. J’ai pas pu m’intégrer dans l’École. Et aujourd’hui? Eh bien, je ne regrette pas de… Oui, je regrette. Oh la la. Est-ce que je regrette, est-ce je ne regrette pas. Tout aurait été plus simple si j’avais pu rester attachée à cette école. Mais enfin. Il y a beaucoup qu’ils n’aperçoivent pas. Et certainement sur la question d’Israël. Combien j’en ai souffert, comment j’ai eu mal, à leur aveuglement. Ce manque de lucidité sur des matières aussi graves. Les plus graves. Pour eux, autant que pour moi. La douleur de ce que je ne suis pas parvenue à leur dire. Le silence qu’ils ont fait tomber. Les silences que je n’ai pas su respecter. Et ceux qui m’accusaient. La déception. Un peu de regret, oui.
Et c’est à l’image de ma vie.
Mais là, ces danseurs… (Ils étaient tous noirs, je ne peut pas devenir noire.) Je pourrais ne faire que ça.
Je pense à Annick aussi. Je pense à la façon dont je trouve qu’elle réussit sa vie. Elle réussit sa vie. Et pourtant le malheur n’a pas manqué de la frapper, elle non plus.
Je pense à l’injustice. Voilà que les mots me manquent. L’injustice fondamentale, sa façon de régner sur le monde, à la cartographie de l’injustice. Injustice sociale, injustice géographique.
— J’ai besoin de parler, tout le temps — peut-être que c’est ce qui est à cerner, encore encore —, de ce qui me manque comme mots. De souligner, de pointer. Ce qui me manque comme mots… Ce qui m’a manqué… —
quel chemin de tristesse?
Et puis je pense à moi, et je me demande comment ça se fait que j’ai pris un chemin comme ça de… si vite, un chemin de ratage et de tristesse. Et, ça a quand même tendance à me ramener à l’idée, à ce travail que je pourrais faire, d’écriture, sur ça, sur « comment je suis devenue seule »,
travail que j’ai commencé d’ailleurs.
Comment est-ce que, a posteriori, en regardant en arrière, comment ça s’est fait…
Et qu’est-ce qui pourrait faire que ça se transforme ? Et qu’est-ce qui fera que ça ne se transformera pas ?
la marge
J’ai l’idée, je suis toujours dans l’idée qu’il faut pouvoir être capable d’intégrer, de s’intégrer à un univers, un monde, un milieu. Comme le milieu aquatique. Il y a eu le milieu de l’ECF, de l’École de la Cause freudienne, auquel je ne me suis pas intégrée. Où je me suis maintenue à la marge, à la frontière, tout en l’aimant d’abord, tout en l’aimant d’abord beaucoup, et puis, comment je suis partie dans le drame, dans la catastrophe, dans le sentiment catastrophé pour moi. La déception.
Et puis il y a eu le milieu du tai chi, où je ne me suis à aucun moment intégrée. Enfin, juste ce qu’il faut, au minimum, uniquement par le tai chi.
Donc, qu’est-ce qui permet de penser que ça aurait mieux fonctionné pour la danse ?
Est-ce que je regrette le tai chi ? Je regrette de ne plus le pratiquer. Je ne regrette pas ce que j’y ai appris. Mais je ne regrette pas le milieu. Et je ne regrette certainement pas le rapport au « maître ».
On peut pas s’entendre avec tout le monde. C’est sûr.
amis
Et pour ce que je vois d’Annick, et d’une autre façon chez Jean Pierre aussi, pour ce que je vois d’Annick, j’ai l’impression que son milieu, ce sont des amis. Et ça me paraît la seule chose juste, non ? Ça me paraît la seule juste, possible, je vois ça pour Jules aussi. En fait, il y a chez eux une culture des amis. Et moi, je ne suis pas tellement arrivée à me faire des amis.
Et ça tient, ça tient au fait que… Ça tient à quoi ?
Mais si, je me suis fait des amis un moment dans la psychanalyse. C’était bien. Mais… Ils sont dingos, comme partout. Je les ai perdus. Donc, je ne sais pas trop ce qui me sépare de ça.
radicalité
Il y a eu trop d’intransigeance. De radicalité. Voilà, ce que je vois maintenant. Toujours à cheval sur ce qui sépare, sur ce qui me sépare. Toujours à trouver chez l’autre de l’inacceptable. Bondir sur l’inacceptable. Claquer la porte sans crainte et sans remords. Dans un souci de justice. Et j’aillais oublier la « parano » aussi. Le signe guetté de l’être non-aimé, non-voulu. Au plus je suis attachée, au plus je le crains, ce signe du non-amour, au plus je m’en poignarde. Et violemment je m’éjecte.
sans profession
Auparavant, j’ai écrit mon isolation, ma timidité, tenaient peut-être au fait que je ne suis jamais arrivée à répondre tranquillement à la question « Qu’est-ce que tu fais dans la vie? » Parce que je n’étais pas heureuse de ce que je n’étais pas parvenue à me choisir un métier, parce que je n’étais pas heureuse, parce que je n’étais pas fière de moi, parce que j’étais honteuse.
Est-ce que je ne parlais pas de ça déjà hier ?
Donc oui, il faut s’arranger avec ça. Ce ratage de base. N’avoir pas su choisir un métier et m’y identifier, confier à ce métier une part de mon identification sociale. Voilà. Donc comment est-ce que ça se répare? Comment est-ce que ça se modifie? N’avoir pas su choisir, ne l’avoir pas fait, et puis, ce que j’aurais voulu faire, secrètement, n’avoir pas osé l’avouer, en secret l’avoir tenté, l’avoir raté. N’avoir pas… Ouais. L’avoir raté ou l’avoir…
C’est une suite de circonstances aussi, un enchaînement d’événements qui n’ont pas pu… Qui se sont accumulés sans qu’il y en ait eu un qui puisse… Ah. Je laisse tomber cette phrase.
Mais il y a une solitude de départ. Plus marquée que… Y a une solitude. Et. Et le fait que je ne parvienne pas vraiment, je ne sois pas parvenue vraiment à…
Et ces mots qui manquent. Ces mots qui ont manqué. Les noms propres. Tous les noms propres. Et les dates, et les noms de pays. Et l’embarras que ça cause dans la conversation. Aujourd’hui encore, aujourd’hui toujours. Même si j’ai moins peur. Mais si l’oubline m’embarrasse plus autant. Mais combien de fois me suis-je tue à cause du mot qui pouvait manquer, qui allait manquer. Ou s’évanouir, m’échapper.
renoncer à tout
Non. Non. Oui. Aujourd’hui, ces jours-ci, eh bien ces jours-ci, je voudrais pouvoir renoncer à tout, et c’est ce que j’ai toujours voulu faire, renoncer. Pouvoir renoncer, être tranquille de ça.
Pouvoir renoncer tranquillement à la création d’une œuvre. Pouvoir n’être pas artiste, n’être pas écrivain. Et que ça, précisément ne soit pas un ratage, mais que ça soit être heureux, de faire des choses qui ne durent pas, qui ne soient pas destinées à durer, qui ne doivent pas faire œuvre.
Être dans la vie au moment de la vie.
Comme je l’ai fait ces derniers jours ici.
grenier
Je voulais écrire sur la façon dont j’ai nettoyé au grenier ces plaques blanches, le plancher et ces plaques d’unalit blanches qui recouvrent en grande partie le plancher du grenier, très abîmé, le tout peint en blanc, blanc cassé. Et recouvert de taches de peinture. Comme j’ai aimé nettoyer ce plancher, cet Unalit. Il faudrait trouver le mot français, je dois demander à Maelann. En Belgique, on dit Unalit. J’ai trouvé ça très beau. Il faut que je fasse des photos aujourd’hui avant que ça ne devienne autre chose. Avant qu’éventuellement Maelann en fasse autre chose. (Jusqu’à ce que soit arrivé le moment où je fais tout foirer. Où je pense que je fais tout foirer. J’utilise un autre produit pour nettoyer, qui tout d’un coup va faire apparaître de grandes taches blanches dans ce qui se dessinait là, les traces qui restaient de ce que je n’étais pas arrivée à enlever. Des taches de propreté. Cela m’arrive si souvent, le sentiment de gâchage à la dernière minute. La satisfaction, jusqu’à ce que.) J’avais frotté simplement, patiemment, lentement, avec un bras et puis l’autre, à genoux, au sol. Un bras, deux bras. Cette toile des Raboteurs de parquet de Caillebotte Auguste. Et alors, une lavette, comment est-ce qu’on dit en français de France ? Et une éponge et une épongette. Et un savon naturel. Ou pas ? Oui, je pense. J’ai pris un temps fou pour faire ça.


Dans le grand grenier blanc.





Et tout ce que nous avons fait, il m’a plu de le faire et le faire avec eux, avec Frédéric et Jules, ça m’a plu.
C’était un repos, en vérité. Ça avait du sens.
Qu’est-ce qu’on a fait d’autre ?
Hier, tout d’un coup, voir le couloir, le corridor, la cage d’escalier, tout d’un coup, c’était… C’était bien.
Simplement d’avoir passé l’aspirateur, d’avoir nettoyé les fenêtres aussi, d’être parvenus à ouvrir celles qui ne s’ouvraient plus, avoir poncé les châssis de fenêtre, tout ça, avoir la chance d’avoir pu faire ça par un temps clément, il faut bien le dire, fenêtres ouvertes. Oui, être dans une maison, être dans cette maison, avec les portes sur les étages ouvertes, ou fermées d’ailleurs.
Pour moi, c’est très plaisant, c’est un espace qui me convient.
Là, la fenêtre est ouverte. Et, il y a moins de bruit, il me semble, qu’hier, ou je l’entends moins, malgré que j’entende un avion s’éloigner.
Cette maison est calme dans l’ensemble. En été, au moment de la Foire du midi, bien sûr, c’est autre chose. Et il arrive, le week-end en particulier, qu’on entende beaucoup de musique dehors, je pense d’ailleurs que Jules y contribue. De la musique arabe ou sud-américaine, Brésil. Mais comme ce n’est pas 24h sur 24, comme c’est occasionnel et comme c’est surtout les jours où il fait grand beau temps, ça participe du charme en fait.
J’expliquais hier à Maelann les circonstances dans lesquelles cette maison avait été achetée par nous 5. Mes parents, les 3 enfants. Achetée parce que la maison louée où mes parents vivaient avait été revendue au décès de la propriétaire et qu’il fallait à mes parents une maison pour y abriter les toiles de mon père, artiste peintre, et un atelier. Le grenier fut le dernier atelier de mon père. C’est lui peut-être avec ma mère qui avait peint en blanc le plancher.
retour sur la danse
Et donc la danse. J’ai vu cette vidéo, j’ai fait des recherches pour essayer de savoir qui était ce chorégraphe danseur. J’ai vu qu’il travaillait en France aujourd’hui. Et quand je me suis levée, je me suis mise à danser. Et depuis toujours, je pense à… Enfin voilà, y a… C’est quand même raté par le capitalisme, ça. C’est quand même foiré totalement, abominablement. Il ne reste plus aucune occasion de danser, si ce n’est en payant pour des cours. Ou comme ce qu’on fait quand on est jeune, danser en boîte, ce que j’ai fait beaucoup, et aujourd’hui dans les free parties. Au fond je devrais chercher des free parties, mais c’est interdit maintenant. Ça c’est incroyable, non ?
Mais. Je pense aussi que moi j’aime danser et je comprends qu’il y ait des gens pour qui ça ne veuille strictement rien dire, ça ne signifie rien et qu’ils soient faits pour tout à fait autre chose, voilà. Et ça, ces personnes-là, mais je ne pense pas que rien jamais les amène à la danse ou doive les amener à danser. Je ne vois pas, je ne pense pas. Il y a vrai… Tous les goûts sont dans la nature. Tous les goûts sont dans la nature. Tous les goûts.
réchauffement climatique

Et aussi, comment rejoindre un peu plus la nature. La nature se met à me manquer pour de vrai. Parce qu’elle va mal. Mais non, il y a longtemps qu’elle me manque, et je suis comme tout le monde en ce moment. Tout le monde en a marre de la ville. Et là, j’entends des oiseaux. Je dois dire ceci. À Bruxelles, dans ce coin de Bruxelles, il n’y a plus que des pigeons et des corbeaux. On ne voit plus de moineaux. L’autre jour, je me suis promenée le long du port. Tiens, non pas le port, mais le canal. Et soudainement, je suis tombée sur un moineau. Et puis sur un autre. Que j’ai pris en photo. Et on pourrait croire qu’il y a des moineaux, mais franchement, ce sont les seuls. Et comment ça se fait que là, il y a des moineaux ? Il y avait un moineau, tout ébouriffé . Il était tout ébouriffé. Mais ici, dans ce bloc. Il n’y a que des pigeons. Et des tourterelles, je pense, il y en a deux, comme si je pouvais les distinguer, mais j’ai l’impression d’avoir… Et des corbeaux qui apparaissent de temps en temps. Qui se font entendre, et le long du canal aussi. À un moment donné, je me suis retrouvée dans un endroit où il y avait des dizaines de corbeaux. C’était un peu effrayant.
Voilà, oui, ça. Réfléchir à ça et puis comment réfléchir à ça.
oui, j’ai détesté mon corps et mon image
Qu’est-ce qui m’a fait choisir le chemin du malheur, me demandais-je donc, plus tôt. Et… Oui, j’ai détesté mon corps et mon image. J’étais en très grand désaccord avec ça. Et j’aurais aimé être très belle.
Comme on est bête, hein, mais non pas nous, pas chacun individuellement, mais. Comment est-ce que certaines images s’imposent comme ça à tous ? Comment est-ce qu’on va vers une uniformisation à ce point de l’image des corps. Comment est-ce qu’on tolère ça ? Comment est-ce qu’on ne voit pas le leurre qu’on fabrique perpétuellement ? En fabriquant et en multipliant les mêmes images des mêmes corps, les mêmes corps habillés de la même façon, travestis de la même façon ? Pourquoi est-ce qu’il n’y a pas de place pour beaucoup plus de diversité ? Comment est-ce qu’on ne voit pas la beauté là où elle est ?
Pourquoi faut-il qu’on veuille absolument la beauté. C’est quand même un problème. Un accord sur l’objet. Un commun accord. Un truc culturel. Voilà, et je pense que les artistes, du coup, sont ceux qui montrent que la… la beauté est ailleurs aussi.
Mais oui. Ça pourrait être aussi bien le sort du commun des mortels. Il y a des tas de gens qui aiment des tas de trucs que les autres ne trouvent pas bien ou dont les autres se moquent. Ben voilà. Ça veut juste dire que la beauté est dans l’œil de celui qui regarde. Pourquoi est-ce que je parle de la beauté ? Parce que j’ai manqué à la beauté, j’aurais voulu être plus belle. Si j’avais été plus belle, peut-être que… Non, c’est pas pour ça. Oui, c’est pour ça que je parle de ça. Mais, y a tellement de beauté partout. Je voyais Annick l’autre jour et je n’ai pas osé sortir mon téléphone pour la prendre en photo. J’aurais dû, elle me parlait. D’abord assise et puis debout devant ses œuvres, dans son atelier.
Bien, j’arrête là. Et donc la danse, oui, qu’est-ce que je voulais dire, qu’est-ce qu’il y a à ajouter ?
Et je sais qu’il y a d’autres gens qui pensent comme moi. Je sais que je déconne pas. Et encore, je deconnerais. Voilà, voilà, bisous, bisous.
Publié le 9 sept. 2026 à 10h46
