lundi 22 août 2011 · 17h56

atténuations presqu’insensibles

lundi 22 août

10 :52

arrivés à donn hier soir.

au dîner, beaucoup bu (( il faut toujours quand j’arrive à donn, et que mes beaux-parents y sont, que je m’assomme, alcooliquement, dès que j’arrive, pour m’aider à les affronter. en général, dès que je me sens un peu assommée, j’arrête, mais là, j’ai continué.)) , parlé plus que de raison, mais sans en souffrir. j’ai essayé de dire, du mieux que je pouvais, et en tous les cas je n’ai pas été comprise. à peine entendue. aussi par des personnes qui pensaient avoir beaucoup moins bu que moi.

crise de « fracassemeur » durant la nuit. mais plus légère que celle que j’ai déjà décrite ici. le nom, ce nom, ce mot que j’avais écrit, « fracassemeur » donc, revenu, et tout ce que j’avais décrit autour présent mais atténué ( comme sous un brouillard blanc).  surtout envie mourir.

« fracassemeur » attribué donc à la cigarette  reprise hier même.

me suis levée, bu de l’orangina (dans cette envie de croire que du sucre m’aiderait)… fumé une cigarette, pris un demi-solian.

fermé le blog.

mal avec ces histoires d’internet. pour qui pourquoi, je ne sais pas. ce que je cherche en publiant sur internet.

11 :20

ventre gonflé.

donc, j’ai recommencé à fumer.

j’avais essayé d’arrêter avant-hier, ce qui m’avait mise dans une mauvaise humeur abominable. pleine de haine et de rancœurs. à quoi ça tient, cela, c’est ce qui est détestable. à quoi les humeurs parfois tiennent. à quels adjuvants.

en venant ici, en fin d’après-midi, acheté des cigarettes. histoire de me préserver et de préserver mon entourage.

maintenant, je n’ai plus de patch. et ne sais pas si pharmacie ouverte.

11 :52

je ne sais plus du tout quoi faire. ça doit être un reste d’effet solian. l’effet donn (lié au bonheur d’être là) a quant à lui disparu. ou s’il n’a pas disparu, s’est atténué

17 :16

calme journée piscine avec jules. tour du jardin avec chester, si excité que tout de suite à bout de souffle, haletant,  hors d’haleine.

mercredi 29 février 2012 · 12h19

Sans titre

J’ai un bonhomme au cœur. Un bonhomme long. Je me prépare à aller à presque mort. Vous oublie. La vie en accompagnement lointain. Ce sont mes hanches que je suis.

le lendemain matin. il faut réduire en bouillie l’os pariétal. y a trop d’os beaucoup trop d’os, c’est pas de la poésie, c’est de la maladie, douleur. l’os de l’agence yves, à coups de marteaux, qu’ai-je fait seigneur qu’ai-je fait. nous étions partis à la campagne, j’ai fait aucune photo, comme une fille, je pars , j’oublie délicieusement, en fait, j’ai déjà fait les photos, mais je les ai perdues, la dure maladie est revenue, celle qui me rend tellement malade des os. de la mâchoire puis maintenant de l’estomac . que faire où partir. l’os de l’oeil à coups de marteaux, l’arcade. si c’est la qu’est l’écriture, alors je n’en veux pas . suis-je encore coupable. non, ma chérie, tu es juste très malade, en désamour. os et fiel de l’oreille. os et coup de marteaux au menton . coups raclent au front, raclage de l’os du front. des jours que ça dure que ça s’annonce, pauvre estomac, pauvre véronique.
désossement, degratée l’hostilité des os, de mes hôtes, retournés contre moi,  supplient d’être abattus à coups de hache. marcher vers astyanax.anxyanax.lysianax sous la couverture, à l’abri de la couverture, mendier la drogue, y a plus que d l’os  qui doit encore voler en éclats en tellement d’endroits de mon visage. Et parfois des doigts.
Final
Aucune poésie de la douleur quand l’os est certain, qu’on me donne cet argent et répare cette mâchoire et mon crâne.
Et mes dents,  sors de là ma pensée, sors, cesse les rimes

J’éteins la lumière j’appelle les oiseaux mon corps s’est séparé de moi mais je le sens encore. Mon ventre crépite,comme une machine ce que je comprends pas . Les camions sont venus à la place des oiseaux

mercredi 26 septembre 2012 · 16h24

cig et e-cig

mercredi 26 sept. 2012, 06:56
depuis que je ne fume presque plus, fumer me pousse à des pensées auto-destructrices. pas sur le coup même, mais dans la nuit, me réveillent. cette nuit, pas de coups de marteau sur la tête (façon Gentileschi) mais des balles dans la nuque….


fumer est un dépresseur, fumer déprime attriste
fumer me pousse à penser aussi, me fait pousser des pensées
comme je fume peu, j’avais oublié; mais dès que je fume un peu je le ressens.
mes pensées m’ont toujours dépassée.
j’ai retrouvé cette nuit cette grande précipitation de pensées qui fut la mienne pendant des années cela doit avoir un nom scientifique. pensées galopantes plus sensationnelles les unes que les autres. je me souviens alors que j’aurai voulu écrire à cause de cela: cesser de penser. j’avais éprouvé la pensée comme « ce qui ne cesse pas de s’écrire« , mais enfin, c’est aussi bien « ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire« . dès que je me mets à écrire le flux s’interrompt, est pris dans un autre, très ralenti. et, interrompue ralentie la pensée perd sa magnificence. en

jeudi 27
prise de sang (vérifier si je souffre à nouveau d’anémie, ou si c’est de la tristesse, ou la cigarette
où mettre les dictionnaires?

samedi 29
hier film manoel de oliveira, gato ou plutôt gabo et l’ombre, je crois. Gebo et l’ombre. 
avec
acheté nouvelle e-cig, plus puissante, qui devrait durer plus longtemps, mais qui est plus grosse, vraiment pas très belle par rapport à celle que j’avais déjà et que j’ai bien sûr gardées. je crois qu’elle est d’une usage beaucoup plus facile, plus facile à remplir, autonomie de la batterie beaucoup plus grande, et d’après le vendeur, plus solide. j’attends d’elle qu’elle m’évite de rechuter, de racheter des cigarettes, ce qui m’arrive quand je n’ai plus d’e-liquide ou que je n’arrive plus à les faire fonctionner correctement, ou que je n’en n’ai pas la patience ou que j’attends l’arrivée de la commande de mon nouveau matériel. je n’aime pas trop l’entretien de ces cigarettes électroniques, je trouve qu’elles demandent pas mal de maintenance (maintenance!), ça marche, ça marche, ça beugue un max comme dirait jules ! et puis avec ces flacons, les seringues, aiguilles, on se sent vraiment camée. matériellement, on se rend mieux compte qu’on est drogué qu’avec les vraies cigarettes, bien plus évanescentes. ha, je voudrais trouver mon régime de croisière et n’avoir plus à m’en soucier. mais, là, par exemple, y en a plus aucune qui marche. et j’en ai quatre, tout de même ! 2 fines, automatiques, que j’aime bien, mais auxquelles il faut régulièrement tripoter. une manuelle, dont je n’aime pas l’utilisation, et qui a les mêmes problèmes que les automatiques. et la nouvelle, que je dois maintenant recharger. que dis-je quatre, non, j’en ai cinq. mais la cinquième, j’ai oublié de la recharger. donc, 2 qu’il faut probablement réparer. une dont je ne sais pas où elle est (la manuelle). une qui est en charge. et une dernière à charger…

mardi 2 octobre

fête ici hier. fumé deux cigarettes, bu sans m’en rendre compte, du vin. réveillée cette nuit par malaise immense à nouveau causé par la cigarette. c’est certainement causé par la cigarette, ça ne m’arrive que quand j’ai fumé, ça a à nouveau pris une nouvelle forme, pire. et ça ne s’apaise qu’à la prise d’un anxyolitique, qui finit par me permettre de dormir, beaucoup trop puisqu’il est midi.

je ne sais plus vraiment ce qui s’est passé. je crois que j’avais très mal à la tête. je n’arrivais à me soulager qu’en la pressant fortement avec les mains. je me suis ensuite aidée de mes souvenirs de taï chi que j’ai sérieusement pensé à reprendre. je faisais tout (la douleur) vers le ventre, en suivant la « grande circulation ». chester m’a curieusement aidée en venant s’allonger sur mon ventre. j’ai songé aussi à l’hystérie, c’est pourquoi j’écris cela maintenant, pour trouver les mots qui fonctionnent là-dedans. mais je ne me souviens de rien, sinon qu’il s’agissait de mon crâne et de ma mâchoire. c’était insupportable. mais aucune je crois pensée masochiste cette fois (les commandements de me tuer). où était-elle si forte que je l’ai oubliée.

Jeudi 4 octobre

Finalement malade. Mal aux jambes, tête, oreille, gorge. Grippe ou rhume

Rhume grippal. Malheureusement, plus de Doliprane, suis obligée prendre Aspégic, du coup saigne du nez. Viens de prendre un comprimé de Pantoprazole. Car crois que souffre en fait de reflux gastriques. Est-ce que reflux gastrique provoque maux d’oreilles et de gorge…. et de dents…. n’oserais jamais dire ça à un toubib, me tirait au nez. J’ai toujours les mêmes symptômes. 

Mais, faudrait que je trouve le courage d’appeler le toubib. 8h47, et il pleut et il fait noir…

mardi 9 octobre

plus ou moins aphone pendant 3 jours. ce matin ça va mieux. partons ce soir. revenons demain soir. l’affaire toiles.

mardi 30 août 2016 · 09h19

NUIT

3h56, rengaine qui me vient à l’esprit (( bon d’accord,  fumé hier, 2 cigarettes, me semble-t-il. et puis, je ne sais plus si j’ai déjà parlé de ces rengaines qui me visitent inopinément la nuit, probablement. ))   : « Je voudrais me
Je voudrais me
Je voudrais me
Tuer
Je voudrais me
Je voudrais me
Je voudrais me
Tuer »

Qu’opposer à cela ? 

Tenter le mot « Vivre ».

Mais, nous sommes de retour à Paris, le matelas est chaud et mou et je ne sais à quoi m’appuyer, à quel endroit du corps (si ça fait sens de dire cela). 

Je viens dans le salon avec ma couette. Je vais voir si je trouve une meilleure place au sol, mais auparavant j’éteins toutes (tout ce que je peux, ce n’est pas toujours possible)  les veilleuses, toujours allumées et qui brûlent pour rien (hashtag PourRien), ce qui m’insupporte, viscéralement. L’idiotie de ces lumières rouges ou jaunes dont l’industrie veut qu’elles continuent de vriller nos nuits. Mais pourquoi (ne peut-elle pas nous restituer nos nuits noires).  

http://conseils-thermiques.org/contenu/arretez_appareils_en_veille.php

J’écris un mot rapide à A. qui m’a, me semble-t-il, parlé hier (( nous étions à Bruxelles)) de séances qu’elle avait faites de « re-programmation du corps »  (je pense à la dé-programmation de ces méchantes petites phrases qui me viennent la nuit, de je ne sais où).  Il me semble qu’A disait qu’il s’agissait de déprogrammer des choses qui avaient été  utiles un moment et que le corps ne pouvait s’empêcher de répéter, cherchait ensuite à répéter, jouissait de répéter. Elle ajoutait qu’il s’agissait d’une théorie. 

2016-08-30 4:12 GMT+02:00 :
Comment s’appelle ce dont tu me parlais hier dans la rue ? L’auto-programmation ? La re-programmation ? Et comment me disais-tu que ça marche ?
C’était super de se revoir
Véronique 

5h15
Cher EL,  Je prends plume et papier pour vous écrire. Peut-être s’agit-il d’un acte magique et mes mots s’inscriront-ils alors délicatement dans votre chair (vous croyez, je l’espère, qu’elle existe), aussi vaudrait-il mieux que vous me lisiez de nuit, tout comme je vous écris.
Lettre abandonnée. 

Rengaine de 5h39 : au secours
au secours
au secours
au secours 
 
05:51 Je vous salue Marie 
05:56 De l’eau
De toute manière, je ne fumerai plus (les cigarettes de ma mère) puisque nous avons quitté Bruxelles. 
06:04 comment dit-on (prononce-t-on)  foie en anglais,  « liver » ? 

 ˈlɪvə(r

« Mais deliver-nous du mal. Amen. »
 
06:49 Couchée dans le canapé fuchsia. Décidément, je ne serai pas arrivée à lancer une relaxation. Chanson dans ma tête…. Seulement l’air, quelques paroles, chanson très chaotique, dont je ne connais ni le titre ni le groupe: …. who you really are
Who
who who
who who
who
 
08:51 réveil. Finalement endormie après entame de relaxation. Vlady, dans mon souvenir, les faisait en commençant depuis le bas du corps, depuis les pieds. Aujourd’hui, N les fait depuis le haut. Mais, peut-être qu’effectivement commencer depuis le visage est plus rapide. Je ne sais même pas si j’ai commencé depuis le visage. Je me disais, il suffit de nommer, nommer les parties du corps. Et en effet, cela suffit. 
 
09:00 Maintenant, j’ai comme le gueule de bois. Je n’ai pas bu hier.  Finalement, je n’ai pas bu à Bruxelles, seulement fumé et trop mangé (restaurants presque tout le temps). 
 
Je n’écris pas le plus important. J’écris ce qui s’écrit et qui est mûr. Ça tombe, ça se détache. Et, puis, j’écris d’abord ce qui guérit, j’écris pour guérir, ce que j’invente, je trouve pour guérir. Et puis,

je suis curieusement (affreusement, dilemnement, corneillement) tiraillée entre le temps pour le langage et le sens, le langage, le sens, la mémoire, et le temps pour ce qui n’en n’est pas,  ce qui y échappe,  ce qui permet d’y échapper. 

 
Aujourd’hui, je voudrais peut-être retourner aux mots, à cause aussi de mon frère que nous venons de revoir à Bruxelles et qui avait logé ici chez nous au début du mois. 
 
Mais, il me semble que j’ai, ces dernières années, perdu une grande partie de ma capacité à penser et à manier la langue. Je me suis vidée, petit à petit et possiblement également à l’aide des médicaments. Je me suis vidée pour n’avoir pas supporté, plus supporté de rester seule avec mes pensées. La jouissance de penser était trop grande pour arriver à m’en départir.  Et l’impératif  de n’en rien lâcher, rien donner, surtout rien,  trop importante.
 
Cette nuit je pensais : Il faut arriver à lâcher le rien pour le manque.
 

Le rien est cet objet qui fait bouchon au manque. On le voit dans cette image que je viens de donner. De la jouissance de pensée fermée sur elle-même dans la tête, bouchée, bouclée, ne laissant surtout rien s’échapper, formant l’objet rien lui-même, qui ne débouche sur rien. Rien est un nom du manque symbolique. Un nom qui appartient au langage.  L’intérêt de penser par le corps ou au départ du corps, c’est d’abord d’étendre les territoires de la pensée consciente et ensuite, surtout, que cela prenne son départ de ce qu’il y a. Qui scelle  l’objet de la jouissance de pensée (l’a-pensée). Le problème de cet objet, de ce recel par le rien, c’est qu’il s’extrait, qu’il tend à s’extraire du monde qui l’environne, à fomenter un monde pur esprit – dans un déni du corps que je ne m’explique plus. Et rien est aussi le nom d’une identification symbolique. Identification au signifiant qui manque au symbolique, au langage, pour le boucher. 

Enfin tout ça est assez imbuvable, pour ne pas dire imbitable.

Un déni du corps que je m’explique pas, disais-je. Peut-être parce qu’il est le lieu de cette jouissance de pensée sans que cette pensée en sache finalement grand chose, inconsciemment. Mais enfin, cette explication paraît un peu grossière. Peut-être parce que le corps est non seulement le siège de la jouissance de pensée mais également de bien d’autres jouissances. Ou parce que le corps a des trous et des besoins et des désirs et une vie qu’il paraît mener de son côté, dans une totale indépendance. 

Or nous pouvons le visiter de l’intérieur, nous pouvons l’apprendre, nous pouvons le ressentir, nous pouvons même lui parler, nous pouvons lui faire du bien, et nous pouvons ressentir le bien qu’il ressent de par  sa seule existence, de par son simple fonctionnement. Nous pouvons le sentir réagir à nos mots. Nous pouvons lui en apprendre de nouveaux mots et tenter de supplanter ceux qui se sont inscrits en nous, inconsciemment, et qui reviennent et pas toujours à notre plus grand  agrément (je pense à mes rengaines suicidaires bien sûr).

Enfin, il ne s’agit ici que d’une tentative de mise en boîte de phénomènes étranges que j’observe par ailleurs. 

Et que le jouissance d’un pur esprit,  la jouissance de pensée, est plutôt celle d’un corps couché, sans mouvement. Sans interaction physique avec le monde extérieur. 

D’où ma méfiance à l’égard des jeux vidéos, à cause du sentiment qu’ils ne relèvent finalement que de jeux de l’esprit. De jeux de l’esprit et de jeux de maîtrise, dont le corps est absenté.

Et je reviens à cette idée que nous vivons dans un monde qui tente à nous défaire du faire, à nous désapprendre le faire. A cette idée du monde ready-made, où notre corps n’a plus rien à faire sinon du sport, histoire de correspondre à une certaine image d’un corps maîtrisé (et dont la jouissance est maîtrisée). Où les liens du corps et du faire ont été effacés, détruits. Où les liens du corps et de la personne qui l’habite sont jours après jour supprimés.  Où ça a de moins en moins de sens d’être physiquement dans le monde, sinon comme image, et de préférence comme image d’un corps jouissant convenablement,  sautant, bondissant, dansant, courant, riant dans une parfaite maîtrise de lui-même –  quand cette maîtrise nous est retirée jour après jour que nous passons dans des bureaux idiots à des travaux idiots.  Ces lieux où nous sommes séparés de nos corps, amenés à tous devenir idiots (parce que c’est ça la jouissance phallique dont parle Lacan, c’est ça la jouissance de l’idiot : celle du manche et du pur esprit, celle du mort). 

Ceci en grande partie inspiré par le film Demain

[Écrit dans la nuit du 29 au 30 août. Et publié le 5 septembre après une nouvelle et longue et pénible nuit d’insomnie.]

 

dimanche 1 janvier 2017 · 05h41

où je découvre sans m’en étonner qu’effectivement le tabac, la cigarette donne des idées suicidaires

1er janvier 5h41 du mat : où je découvre
sans m’en étonner
qu’effectivement le tabac, la cigarette donne des idées suicidaires :

http://m.topsante.com/medecine/addictions/arret-du-tabac/prevenir/fumer-pourrait-donner-des-envies-suicidaires-249019

cela fait des jours et des mois et des années que j’ai arrêté de fumer. si ce n’est que j’ai continué à fumer à chaque fois que je voyais des gens qui fumaient. comme je vois très peu de monde, on ne peut vraiment pas dire que je fume. enfin comme je vois très peu de monde qui fume, mais ça m’arrive. 

eh bien, cette cigarette que je reprends de temps en temps, il me devient à chaque fois plus difficile de ne pas la faire suivre, dans les jours qui suivent, par d’autres. d’autres cigarettes. et donc, il m’est arrivé, deux ou trois fois, depuis que j’ai arrêté de fumer, de reprendre la cigarette, c’est-à-dire d’aller jusqu’à RACHETER des cigarettes. et ces cigarettes-là, dont je ne fumais qu’une ou deux par jour, il m’a à chaque fois été obligatoire d’y renoncer, dans de grandes difficultés. car je les supporte de moins en moins, les cigarettes, et c’est sur mon humeur, essentiellement, qu’elles ont les plus pitoyables effets. non seulement, je deviens alors colérique, prenant la mouche pour un rien, mais en plus, à chaque fois, me reviennent, petit à petit, insidieusement des idées suicidaires. et quand elles ne sont pas suicidaires, ma foi, elles sont à mon encontre d’une brutalité, d’une méchanceté crasses.

donc, découvrir cet article ne fait que renforcer la conviction qui est la mienne que je vais arrêter de fumer, que j’ai arrêté de fumer, parce que, littéralement, c’est insupportable.

à côté de ça, moi qui fume depuis l’âge de quinze ans, je me demande maintenant si mes premières idées suicidaires, et toutes celles qui ont suivi, et me poursuivent encore, ne sont à attribuer qu’à la cigarette. ce qui est probablement exagéré. mais enfin, il faut avoir vécu ce que j’ai vécu pour avoir ce genre de soupçon.

etc. je me rends bien compte que je n’en dis pas assez ou trop, que je m’explique trop peu, mais

mardi 14 novembre 2017 · 06h54

ce qui se passe quand je craque

J’ai fumé. Hier et avant-hier. À chaque fois, une cigarette. J’ai acheté un paquet de cigarettes, l’ai planqué au rez-de-chaussée, dans le couloir, sous la première marche de l’escalier de service, et j’y descends à chaque fois que je veux m’en griller une. C’est comme ça que je fais quand je craque. Je craque toujours aux mêmes heures, en début de soirée, vers 18h. Moment où je ressens le plus mon désœuvrement.

Là, il est 6h48, je suis dans le canapé fuchsia, j’écris dans le noir sur mon téléphone, enfoncée dans un coin, le coin gauche, le meilleur, un coussin sous le coude gauche et Chester venu sur mes genoux faire ses papattes (( « Faire ses papattes » : c’est l’expression de Frédéric pour désigner ce que font les chats lorsqu’ils s’installent sur vous, et vous pétrissent du bout de leurs pattes (papattes) antérieures. )). Je bois du thé dans une toute petite tasse, il fait très noir encore, Chester en a fini avec les pattes, s’installe sur mon ventre, douce chaleur.

Donc. Je disais cigarette, oui. Je ne sais comment en finir avec ces craquages, qui pourraient paraître bien inoffensifs et qui ne le sont pas du tout. Je réagis terriblement à la moindre cigarette. Si je pouvais m’en tenir à une bouffée peut-être, mais enfin, non, c’est n’importe quoi, quelle perte de temps d’avoir écrit ça.

Je me suis levée pour écrire à propos de ça, pour parler de ça.

D’abord, je suis assez sûre que les cigarettes me réveillent la nuit (4h). Je ne dirais pas qu’elles soient toujours les seules responsables, mais c’est systématique. Fumer entraîne des insomnies. L’autre chose dont elles sont responsables, à coup sûr, ce sont les « mauvaises pensées », plus précisément « les mauvaises pensées avec injonctions aux suicide ( » Tue-toi », par exemple  (dans lequel j’entendais hier Tu es toi »)), et toutes sortes d’insultes désagréables que je m’adresse de façon haineuse, toujours en pensée, et que je n’ai pas envie de reporter ici. Je me donne des coups de poing, aussi –  toujours en pensée, je précise.  Je les imagine, leur impact dans la mâchoire, sur le crâne, dans les os, des coups de poing, des coups de couteau. C’est assez affreux.

Ca s’est passé en Italie, pendant les vacances, je ne fumais plus, mais j’ai dû craquer et alors fumer, certainement jamais plus d’une cigarette. Non, là ça ne pouvait pas être dû au désoeuvrement. Probablement aux angoisses habituelles liées au voyage, toujours. Et ça a commencé, la nuit, à chaque fois que j’avais craqué, je subissais en pensées ces coups, si violents, des coups dans la mâchoire, ces chutes de haut sur le menton, comme passée à travers une fenêtre, balancée, ramassée sur le menton, les os qui craquent, tout ça imaginé, ces coups aussi, répétés, au visage, avec une méchanceté dedans. C’était très violent, je le subissais complètement, j’en étais malade, de tristesse, d’incompréhension. A chaque fois que je craquais, je m’auto-infligeais la nuit, ces coups, ces craquages  d’os.

Plus tard, j’ai pu remarquer le lien des cigarettes avec les envies de suicide. Enfin, il s’agit moins d’envies que d’injonctions que je subis, que j’entends dans ma tête. 

Et finalement, il y a les sifflements dans les oreilles, les gencives qui saignent, les mâchoires serrées (celle du bas relevée contre celle du haut), les petits boutons à pustule sur le nez ou le menton. A quoi ajouter encore les douleurs aux oreilles. Oui, c’est quand je fume que j’ai des boutons d’acné rosacée et que ma parodontite se réveille.

Le problème aussi, c’est qu’à chaque fois que je craque, je retombe dans la dépendance. Et c’est alors à partir de 18h, que je me mets à ressentir un sentiment de malaise, de vacuité, d’ennui, de mauvaise humeur. Je me mets à tourner en rond. J’éprouve le désœuvrement de ma vie et cela m’est insupportable. Comme s’il fallait que je commence à faire quelque chose sans savoir quoi. On me dira que ça pourrait n’être pas lié à la cigarette, à l’envie de cigarette, et je suis tout à fait d’accord. Complètement. Mais, sans que je le fasse à chaque fois, je peux me débarrasser de ce sentiment en fumant une cigarette !  Ah, et encore, comme suites aux cigarette, plus classiques : toux et maux de gorge. Muguet buccal et  aphtes. Inconfortables douleurs au ventre, ballonnements.  

(Peut-être est-ce pour moi la seule façon d’écrire possible, la seule qui me reste, la nuit, sur mon téléphone)

Bien, le téléphone (=réveil) va sonner d’ici 5 minutes, j’arrête là. 

J’ai prévu d’appeler HP, l’analyste, tout à l’heure, pour prendre un RV. 

(sensation d’être désœuvrée peut-être toujours quand F et J sont là).  

jeudi 22 octobre 2020 · 10h56

le dentiste tué d’une balle dans la bouche
— jeudi 22 oct. 2020, 10:56

Donn

22 octobre, jour de mon anniversaire, 57 ans.

  1. Je suis en prison. Peu de souvenirs. Beaucoup de monde. Dortoirs.
    Je dois aller chez le dentiste.
    Quelqu’un essaye de tirer dans le dentiste qui a la bouche ouverte, dans sa bouche.
    Il n’est pas mort. Les portes ont été fermées.
    De l’autre côté de la paroi quelqu’un tire au hasard et touche le dentiste au cou, il meurt.
    Je me réveille. Je me dis que je ne dois pas oublier. Je me souviens alors de beaucoup de choses. Je me rendors. Je rêve la suite du rêve.
  2.  Toujours en prison, je dois rentrer à la prison après l’assassinat du dentiste. C’est la nuit, j’éprouve de la fatigue. Il fait noir. Je marche entre les lits.
    Quelqu’un pour une raison oubliée allume toutes les lumières en poussant des cris.
    Tout le monde s’agite.
    Je profite de la lumière pour me mettre en pyjama. J’y parviens. Je me couche alors que c’est le branle-bas de combat. Irène (très belle femme, amie, longtemps compagne de mon frère, femme très aguerrie, combattante) me dit qu’elle se demande comment elle doit s’habiller. Je lui dis qu’elle est très bien comme elle est. Elle se fâche en se déshabillant, me dit qu’elle ne me connaît pas assez (comme si nous allions sortir dîner), qu’on voit ses seins à travers le chemisier (je les vois alors en effet, je vois sa silhouette, elle se tient debout sur son lit, dans une position un peu en déséquilibre). Une fois changée, dans une tenue plus adéquate, elle s’en va en courant par dessus les lits.
    Je sors. De loin, il me semble pouvoir observer qu’une manifestation avec d’énormes blindés militaires passe de l’autre côté du mur de la prison. Je les vois qui dépassent au dessus des murs de la prison, dont il n’est pas sûr qu’ils soient toujours debout (les murs). Je ne sais pas ce qui se passe. Il s’agit de défendre quelque chose. Je ne suis pas sûre qu’il s’agisse de la bonne cause (ce pourrait être un coup d’état fasciste). Je marche lentement, à contre-cœur, vers les lieux de l’agitation.
  3. Je suis arrêtée par l’observation d’une petite fille qui se tient immobile au milieu du courant. Elle fait quelque chose de très extraordinaire. Elle est capable de faire quelque chose d’extraordinaire et de surprenant. C’est petit, ça tient dans ses mains. Je ne sais plus ce que c’est. D’autres adultes sont penchés sur elle, attentifs. Je m’approche, elle me montre, me parle doucement. Nous remontons alors, devisant, à notre affaire, vers les lits.

Samedi 24 octobre

Dentiste
Je souffre d’une maladie parondontale, une parodondite. Je suis donc souvent amenée à aller chez le dentiste. Je pourrais y perdre toutes mes dents. J’en ai été beaucoup plus inquiète qu’aujourd’hui, je m’y suis faite.
C’est curieux que ce soit le dentiste qui soit tué. Balle en bouche, balle dans le cou.
À cette maladie, je lie la cigarette, dès que je fume, elle se réveille.
Il y a cette paroi au travers de laquelle le tireur tire, à l’aveugle (comme la paroi dans laquelle se fiche la balle de l’autre rêve, ah non du film, Le cercle rouge.)
Je pourrais retrouver le rêve fait il y a quelques années intitulé par moi : Parondontologie à la gencive / Par odd ontologie à l’agence Yves. Yves étant le prénom de mon analyste, de mon premier analyste à Bruxelles, pendant 10 ans. Roger chantait cette drôle de chanson : À l’agence des amants de Madame Müller.
Il y a aussi ce bout de phrase : suicidé balle en bouche (le grand père du château).
La paroi me fait penser à un film de samouraïs vu il y a quelques temps (Lone Wolf and Baby Cart). Le héros tirait souvent au travers de parois sans jamais rater son coup. Il devait entendre où l’adversaire se trouvait. Un ancien samouraï déclassé, parti sur les routes avec son fils, jeune enfant, qu’il pousse dans une drôle de charrette, pour venger l’assassinat de sa femme. Il ne tire pas de balle, use d’un sabre.

Troisième partie du rêve. Je ne sais quoi ajouter. La petite fille est toute petite, mais en âge de parler. Ce sont d’autres adultes qui sont d’abord avec elle. Puis moi. Elle m’est inconnue. Et elle le reste. Ce dont elle s’occupe évoque le tai chi. Une matière, une énergie impalpable, concentrée.

Bouche. Quand je ne vais pas bien, j’ai une tension particulière dans la bouche, je me souviens que je la ressentais, comme l’inscription même d’une maladie terrible dans les gencives, dans la mâchoire. J’essayais de travailler là dessus, de me détendre de la soigner avec du Chi, la nuit.
En ce moment, tension légère quand je fais du chi (travail du Chi), au moment de la prise en main du tantien. Toujours comme si la bouche voulait faire l’exercice à la place du ventre. Toujours occupée à essayer de détendre. Enfin, depuis quelques semaines. Puis, quand c’est bien parti dans le ventre, ça disparaît.
C’est quelque chose de connu en tai chi : comment démobiliser l’appareil phonateur, dans tout ce qu’on fait, sa constante participation, toujours à accompagner les pensées, à les articuler, déplacer alors l’appareil phonateur dans le ventre, au tantien, pour mettre la bouche au repos et disposer de toutes ses forces dans le ventre.
Quand la parondontite est en crise, c’est tout l’appareil phonateur qui va mal, la gorge, le nez les oreilles. Je soigne l’inflammation avec huiles essentielles.

*
*     *

Pierre B., prof de tai chi, travaille beaucoup la disparition du corps. Ça n’est pas difficile pour moi. Je ne le suis pas dans sa façon de nommer Joie ce qui s’éprouve alors. Je me trouve dans quelque chose de neutre et parfois d’agréable ou  de sensationnel.
Cours : Je me tiens assez bien à cette idée que je peux m’en sortir, que je suis tout à fait à ma place, que je peux m’en sortir sans la discipline quotidienne, sans les « années de pratique » toujours évoquées. Idée, volonté, qui date de l’été. Mais déjà bien préparée dans les derniers temps avec N, à cause de la souffrance, du mal-être, du malaise lors des cours ou des stages. Ce malaise de la mesure à l’aulne de l’autre. Ressenti par nombre d’autres que moi lorsque je leur en parlais. Quelque chose que N n’a pas la clé pour faire disparaître, qu’elle évoque bien sûr, aussi bien qu’elle provoque (les bons points, les mauvais points, les privilèges). Je laisse place à une volonté de tout, tout de suite, pas tout à l’heure, pas dans 10 ans, dans 20 ans, une volonté de sortir de l’idée du progrès, d’apprécier pleinement ce qui est là, dont je suis seule à pouvoir juger, que je veux d’ailleurs sortir du jugement, qui n’est plus dans le jugement.
Les cours que j’ai suivis pendant l’été étaient d’un niveau très avancé et c’était très bien. Jamais je ne me suis laissée distancer, préoccuper par le fait que quelque chose n’allait pas tout à fait. Il y a toujours moyen de revenir dans l’instant, l’instantané.
Hier, Pierre a fait un récapitulatif de ce qu’il avait fait jusque là, et je me suis dit que ce serait bien que je reprenne, seule et prenne du temps pour… prendre au sérieux, travailler, ces propositions. J’ai senti chez lui une volonté d’enseigner et que ce pourrait être bien que je m’affronte un peu seule à… ce qui ne va pas tout seul…
Les cours de Pierre sont très proches de certaines sensations très fortes que j’ai pu éprouver petite fille. Donc, si dans les préparatifs « musculaires », techniques, je peux être parfois un peu perdue, quand on arrive au moment de la technique à proprement parler, à l’effet recherché (même si ça a déjà lieu tout au long de la préparation, si ça s’annonce), je constate que j’y suis toujours instantanément. Peut-être en va-t-il de même pour tout le monde. C’est à chaque fois une immense surprise. Même s’il y un refus des termes, refus sans animosité bien sûr, simplement ça ne me touche pas, que Pierre peut alors mettre : Vie ou Joie ou Force. Mais, peut-être que c’est chez moi quelque chose de l’ordre d’une défense. Qui me ressemble. J’aime alors ma neutralité.
J’ai déjà utilisé l’idée de vie pour contrer celle de mort. Je l’ai déjà fait pour combattre de très fortes angoisses, la nuit. J’ai brandi ce mot, de la façon dont on peut le faire lors des relaxations en tai chi, ainsi que je l’ai appris avec N, avec Vlady avant elle, pour l’opposer à ce qui s’imposait à moi. Dans une certaine neutralité, c’est-à-dire sans exaltation, sans croyance, j’ai brandi le mot Vie vide, tel que je le ressens, contre ce qui m’envahissait, de mortel, et où la mort, elle, avait ses mots lors des crises où j’entends des injonctions à mourir,… et ça avait marché. C’est vrai. C’était un exercice contre-nature, foncièrement, contre ma nature, mais c’était indispensable.
Quand dans le travail de chi on se vide, c’est comme quand j’essaie de vider la mâchoire, c’est arrêter un instant, dans tout le corps, l’incessante articulation. Pour la résoudre dans un point de vie, de battement, celui du tantien. Et ensuite re-remplir le corps d’une matière fort agréable. Et dans laquelle on croit, je crois à la bonté, au bon de cette matière. Et, c’est comme re-faconner de l’intérieur, se refaire.
Je connais bien sûr, parfois, la joie. Des moments. Rares et simples, intimes, silencieux. Pierre, comme professeur, doit les mettre, sur le moment même. Ces mots. Et c’est bien. C’est très bien. Cela sert, dans l’après-coup, l’après cours.

mardi 3 novembre 2020 · 11h01

l’accident de ma mère

Hier, dentiste. M’a arrangé les dents de devant. Ça a été assez long, 2 heures. Je ne m’y attendais pas, à ce qu’on a fait. Le résultat est joli, inespéré. On peut craindre cependant, je crains, que ça ne tienne pas.

Soir, après minuit, n’arrivais pas à dormir. Et soudainement ai pensé au rêve du dentiste assassiné et… c’est devenu affreux… instantanément. 

Je me suis souvenue de l’accident de ma mère, à ses dents de devant, quand elle était petite, j’essayais de me rappeler ce qui lui était arrivé, elle avait, je crois mais je me suis mise à douter, je l’ai toujours su, mais là, je me rendais compte compte que je l’avais oublié, reçu une porte en pleine figure, ce qui lui avait explosé les dents de devant. Ma tante, Titi, avait claqué cette porte. Et je me demandais si le souvenir était exact. Et comment il était possible qu’un accident similaire soit arrivé une génération après, quand l’un de mes cousins a claqué une porte sur son frère, en verre, ce qui a entraîné une très importante blessure au bras. 

C’est ce qui me faisait douter. 

Et, lorsque je me suis souvenue de l’accident du dentiste, dans mon rêve, de son assassinat, la balle qu’il reçoit dans ses dents, je ne sais pourquoi, je me suis mise à imaginer/sentir l’éclatement de mes dents de devant, les dents même qui avaient été travaillées, celles de ma mère, ça ne cessait de se répéter. J’ai déjà vécu ça, c’était atroce. Par le passé. Pas dans la réalité, de cette façon. Un peu comme une hallucination. Ça se répétait, les coups, et j’entendais au loin une voix qui disait des choses peu aimable. 

Par le passé, c’est comme ça que ça avait commencé, les coups. Dans la figure, la mâchoire, le cou. Le crâne, les os du crâne explosés. La mâchoire. L’année où on est allé en Toscane. C’est là que les « Fracassemeurs » avaient commencé. Avec des coups ultra violents, puis les voix. Après, les coups ont disparu, il ne restaient que les voix, que je pouvais entendre n’importe quand. D’abord, de façon très angoissante. Mais, petit à petit, je me laissais moins impressionner. Je me disais que ça n’avait aucune signification. Que ce n’était que du bruit. (Et le signe d’une volonté, isolée, mauvaise, en moi.)

Et ça a disparu. Je l’ai lié de plus en plus certainement à la cigarette. Parce que déjà en Toscane, j’avais remarqué que c’était lié à la cigarette, au fait que j’avais recommencé à fumer, jamais plus d’une cigarette par jour cependant. Et les terribles crises, elles apparaissaient chaque fois que je fumais. Une cigarette. Et chaque fois que par la suite, j’avais repris la cigarette, rarement plus d’une par jour, les crises revenaient, surprenantes. Mais, de moins en moins graves, parce que j’avais appris à les connaître. 

Je me suis levée très vite, c’était trop affreux, j’ai pris un demi anafranil, et me suis recouchée. J’ai dit à Frédéric que j’avais d’affreuses angoisses. Il m’a prise dans ses bras. C’était bien, ça aidait, sans pouvoir  être suffisant. À un moment, son doigt a touché mon cou, j’ai pensé balle dans le cou. Je n’avais aucun moyen d’agir sur ma pensée. J’ai eu de loin l’idée d’exercices de relaxation, mais… Je ne pouvais qu’attendre. Je savais que le médicament ferait son effet et que je finirais par m’endormir.  

Bien sûr comme le dentiste avait travaillé ces dents, elles étaient sensibles. 

Ma mère porte un appareil dentaire. À ses dents de devant, de la mâchoire supérieure.

Je me souviens, souvenir-écran, d’un matin, devant la porte d’entrée de sortie, vitrée en partie, de la maison, je m’apprête à sortir pour aller à l’école, ma mère m’embrasse pour me dire au revoir. Je ne sais pourquoi à cette image se lie le souvenir du désir qui m’est venu d’avoir comme elle un appareil. Alors que mes dents étaient… parfaites. « De petites perles », aimait à répéter ma mère, reprenant les mots du dentiste.

samedi 9 janvier 2021 · 09h31

Fr…éronique

Chère Hélène Parker,

Je vous demande de ne plus attendre de moi que j’écrive. De me laisser libre de ça. Je n’arrive pas à le formuler, mais autant cela m’a surprise, cela m’a fait plaisir, cela a été important que vous appréciez ce que j’écrivais, autant, ça ne peut pas devenir impératif (je veux dire que j’ai alors pensé que vous attendriez que j’écrive, que vous seriez déçue si je ne le faisais pas).

Je n’osais pas vous le dire, car j’ai aimé votre appréciation. Vous êtes devenue celle qui a aimé ce que j’écrivais. Ce qui me lie à vous d’une façon très spéciale, car vous avez pu reconnaître quelque chose qui ne l’espérait pas, modifiant l’estime que j’ai de moi, l’améliorant.

Or, et j’ai encore vécu cela durant ces vacances : Il me faut rater. Je dois me décevoir. Je ne peux être satisfaite de moi, fière. Et c’est la déception qui est ensuite très difficile à supporter et que j’entretiens.

Cela rejoint ce que F a appelé l’entretien de ma frustration. Frustrée par lui, déçue par moi. Et alors, quelque chose qui s’apparente au dégoût, à la détestation de moi-même, à la haine de F .

C’est comme ça que j’ai fermé des blogs, dès qu’ils commençaient à avoir du succès. Que j’ai cessé d’écrire, dès que l’on m’a dit combien c’était important que je l’écrive. 

Nous en parlions. Il est une reconnaissance qui ne peut m’être adressée, et que je recueillerais pourtant comme une terre assoiffée la pluie. 

Je ne sais pas si j’arriverai à déjouer cela.

Il m’arrive à nouveau d’avoir des idées, de bonnes idées de travail. Elles se succèdent généreusement et  je n’arrive à en réaliser aucune. Tout se met dans mon chemin. Il ne s’agit pas là de procrastination ordinaire.

Ainsi, ces lettres que je n’arrive plus maintenant à finir, ni à envoyer. Je les oublie, je m’en détache, je les abandonne. Ces lettres à vous.

Peut-être que je dois trouver le moyen de travailler sans en avoir eu l’idée auparavant. Dans la seule nécessité ou urgence. Peut-être que je dois trouver un travail qui puisse se situer en dehors de la valeur. Qui soit d’un lien au réel sûr, sans équivoque.

Me dire que je n’écris que pour survivre. Que pour échapper au pire. Rien d’autre. Prise en compte d’aucun idéal. Juste ça : la menace de la maladie devenant trop grande, alors écrire. Le réel de la maladie. Ne tenir qu’à ça.

Peut-être que ça s’écrirait même entre 2 rôles tout simplement, cet empêchement. Celui de mon père, celui de ma mère. Ou, ou. Entre les 2 : rien, moi. Et dès que je suis dans le rôle du père, du créateur, la jouissance de ma mère me rappelle à l’ordre. 

Ainsi, dès que je veux faire une chose qui soit digne de mon idéal, je suis envahie par tout ce qu’il y a faire du point de vue du ménage. Le ménage me sauve de ce que j’attends de moi, de ce que je veux faire. Que je sacrifie alors tout en m’en faisant l’amer reproche. Et là, la colère et la haine de moi-même me rejoignent.

Je peux, dans certaines circonstances, combattre cette colère. 

C’est ce que j’ai fait ces vacances. 

C’est le fruit d’une longue expérience. 

Il s’agit, aussi, de restituer la dignité à l’indigne. Cela ne peut se passer qu’au niveau du réel. Il s’agit d’un dénudement. Ne garder que le geste, sa sensation corporelle, et la lumière entre des yeux presque clos.

Ça serait un pari possible. 

À la vaisselle, au ménage, à ma mère, restituer la dignité. Dignité de vivre tout aussi bien. 

Freud aura voulu sauver le Père, moi c’est la Mère que je ne lâche pas. 

Ce dont je vous ai parlé, Noël. Je ne suis pas arrivée à l’élucider. Je pensais que ça se ferait en séance. 

J’ai choisi pendant ces vacances d’accomplir Noël, plutôt que le travail. 

Et le souvenir me revenait des Noëls de l’enfance et de ce que j’y donnais. De la grande organisation de Noël à Poperinge, ville de ma mère, dans la maison de ma grand-mère. Je vous ai parlé de ma tante. De Titi. Tante Jo, Jozefa, Jefa. Qui à cette grande organisation présidait. J’adorais sa présence, sa façon de faire. Comment elle transformait tout ça en événement auquel chacun était amené à participer. Elle n’avait aucun problème pour se faire aider. Tellement pas comme ma mère. Qui faisait tout, qui ne demandait rien. C’est là, que j’ai reçu un peu de vie, par cette tante qui me demandait des choses en riant, qui tournait tout en organisation joyeuse, festive. Qui m’incluait. Pour Noël, nous travaillions ensemble, elle et moi, plusieurs jours entiers. Des jours pour moi de grande douceur, d’existence. Où nous fumions nous parlions nous fumions nous parlions nous faisions les courses à  bicyclette allions voir la rebouteuse de la ville le curé décorions la cathédrale. Nous parlions, nous rions.

Ici, F demande peu. Voire rien. Et J lui ressemble assez là-dessus.

Il y a beaucoup de silence. 

Chacun dans son ordinateur ou son téléphone ou son jeu vidéo. 

On s’écrit dans WhatsApp. 

Alors, J et moi, on a fait Noël ensemble. 

Il a voulu cuisiner seul, mais il m’a appelée pour que je l’aide et nous avons travaillé ensemble, côte à côte, tranquillement. Pareil pour le grand ménage. 

De son côté, il m’a quelquefois accompagnée dans les courses cadeaux, m’a aidée à choisir. 

Lui, ce qu’il voulait offrir, c’était ça, le repas, le dessert, et le grand ménage du salon. 

Ce qu’il a préparé était très bon. 

Je voulais vous le dire.

Il faut maintenant que je le libère d’avoir à prévenir mes angoisses. Mais, peut-être aussi que les choses se sont montrées, révélées, modifiées, expliquées au fur et à mesure des années. Car c’est d’années qu’il s’agit. Et qu’il apprenne à cuisiner un peu n’est pas une mauvaise chose. Ou de prendre un peu la poussière.

C’est à moi, de me libérer de mes angoisses.

Je vous ai dit que l’angoisse avait tenu à ce que pour moi, la magie de Noël ne pouvait par moi être reproduite, retrouvée. Et que je ne parviendrais pas à donner quoi que ce soit qui soit à la hauteur de ce qui voulait se donner, de ce que je voulais donner, aux autres. Cette année, l’angoisse est en grande partie tombée. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne se soit pas tous donné du mal. 

Je suis parvenue à donner autre chose que rien, les cadeaux, et j’ai dit à F, affirmé l’importance pour moi de ce moment, dit qu’il s’agissait pour moi de la manifestation, même inadéquate, de quelque chose d’inexprimable. Que Noël permettait d’exprimer de façon symbolique et légère. Dans le semblant, le brillant, la répétition, la reprise, la convention, la fête. Le paquet cadeau. Pas loin du potlach. 

Comment j’ai pourtant craqué avec F.

Est-ce qu’il fallait faire rater ce qui avait réussi?

Ce soir du 25 où j’ai voulu lui faire la lecture. 

Et où il m’a répondu : Je fais du Japonais. 

Je me suis mise à le haïr, quand il m’a dit ça, F.

Et quand je vous l’air raconté hier, voulant dire son nom, à lui, Frédéric, voulant dire ma colère contre lui, j’ai dit Fr…éronique.

J’ai voulu dire Frédéric, et c’est mon prénom qui est sorti. 

« Freud dit que dans la mélancolie, le moi est séparé en deux parties, dont l’une vocifère contre l’autre. Cette deuxième partie est celle qui a été altérée par l’introjection, et qui contient l’objet perdu. La partie qui se comporte cruellement renferme aussi la conscience , une instance critique dans le moi. »

C’est comme si, j’avais voulu faire un pas plus loin dans ce qui est l’amour pour moi, du côté de l’Idéal du moi, et qu’en un coup, j’étais rattrapée par tout ce qui n’en veut pas, de l’idéal, et que F incarne assez bien. F fait ce qui lui plaît.

C’est comme si… ma colère contre F, mes colères contre lui n’avaient jamais été que des colères contre moi.

Cela m’est tombé dessus. Je ne suis jamais fâchée que sur moi. Ce n’est jamais que la haine de moi qui s’exprime. Et c’est devenu comme si c’était plus la peine du tout de se fâcher sur lui. Que ça ne voulait plus rien dire. Que ce n’était jamais que le retour de cette étrange, étrangère haine de moi, étrange et intime, qui tout juste profite d’une occasion pour enfin se manifester à l’extérieur, pour enfin se montrer, s’exprimer, trouver ses mots et surtout déployer sa terrible hargne, s’exprimer physiquement, enfin se hurler.

D’apercevoir cela a comme défait ce lien de dédoublement à Frédéric, un étrange sentiment de la vanité de ça, de cette colère, m’est tombé dessus, pour ne plus me quitter.

Ça a été très douloureux et j’ai été rattrapée par les voix qui disent… Je ne sais pas trop ce qu’elles disent.. Ce qu’elles disent, ce qu’elles répètent, ce qu’elles scandent … « Tu t’es tuée, tu es morte, tue-toi, meurs, tu vas te tuer, et les coups que j’imagine fondre sur la tête… « 

Sinon, F vient juste de faire des manips sur mon ordi, qui a cessé de fonctionner, et tous les mails à P et de P ont disparu.

dimanche 6 juin 2021 · 10h53

emmanuel carrère, suite

réveil. au lit, noir de la chambre, je ne sais pas encore qu’il est tard déjà, bon sommeil, cauchemar, chaleur, souvenirs des lectures de la veille.
j’entends : tuuuue…. toi – un très long tue, qui pourrait presque valoir pour tu es ou tue, finalement arrive toi.
je pense à tout ça, ces formules entendues depuis si longtemps, qui reviennent régulièrement. que je ne retiens plus que comme le signal de quelque chose qui ne va pas, qui seraient celui d’une « mélancolie enclenchée ». il faudrait que je raconte quand ça a commencé, ces cruelles pensées, mais pas maintenant. que j’ai un moment appelés les fracassemeurs, quand les injonctions étaient beaucoup plus violentes, puissantes, et alors pleines d’intentions là où aujourd’hui elles interviennent vides de sens.
au milieu de ces réflexions, j’entends, distinctement : je vais me tuer. j’en suis étonnée. c’est ma voix, oui.
je pense à la façon dont le tai chi m’a aidée à faire face. à lancer à mon tour des injonctions contraire : vis, vie.
à nouveau, j’entends : je vais me tuer. distinctement. à nouveau j’en suis surprise. ces trois mots ensemble, cette voix, la décision qui la possède. je pense à diverses choses.

je me lève pour écrire tout autre chose que ce que j’écris là, que j’écris parce que c’est rare que j’aie des souvenirs exacts des formules. d’habitude je sais qu’il y en a, qu’il y en a eu, mais tout de suite j’oublie les mots utilisés. qui me paraissent à chaque fois différents, qui me surprennent à tous les coups, et qui sont toujours les mêmes, interchangeables, possiblement indifférents. au départ, cruels.

que voulais-je écrire, rapidement.?

j’ai repensé hier à Emmanuel Carrère, à cette dernière relecture relatée ici. et la conviction, accompagnée même de dégoût, s’est renforcée que je ne connaîtrais pas de crise aussi grave que celle qu’il a connue.

j’ai eu depuis la révélation de Yoga, le temps de réfléchir à tout ça, de l’interroger, de l’assimiler. je suis ce que je suis depuis très longtemps. si je suis bipolaire, c’est depuis très longtemps. cela fait très longtemps que la calme envie de mourir me possède.

ma vie s’est passée sur une note plutôt basse (sombre, sourde et paradoxalement constante : constante dans l’inconstance, les hauts et les bas tant succédés qu’ils se sont finalement confondus) et plutôt sur le versant de la dépression. dépression qui s’est très vite contingentée, contenue entre les 4 murs du bureau d’1 analyste et par mes lectures sur la psychanalyse.

c’est là que j’ai installé mes défenses. je me suis construite comme cas. ma passion de la psychanalyse était grande. et m’a apporté suffisamment de douceurs, de bonheurs, jouissance, plaisirs, pour que j’en devienne ce que je suis devenue. une bipolaire tranquille. douceurs bonheurs jouissance, etc, toutes liées à la pensée, la pensée à ce que j’allais dire, à ce que j’avais dit. toutes liées à l’analyse (au décorticage, au détricotage, au retricotage), aux délices de l’analyse. c’est un terrain de circonscription. ça vous préserve de l’infini. ça vous fixe. (peut-être parfois trop fixement et s’aperçoit-on qu’on tourne en rond, chèvre autour de son piquet, mais, de nouveau, tourner en rond fait circonscription, le piquet fait arrêt, l’aire délimitée par la corde fait aire de jeux, de jouissance, fait lieu d’appartenance, fait habitat, fait tour de propriétaire. je ne suis pas sûre que ce que je dis parle en faveur de la psychanalyse, mais à tout le moins, cette parole qui trouve son point de butée, ça n’est pas la tachypsychie. )

la bipolarité a été inventée par big pharma. ils ont fait le médicament pour la maladie qu’ils ont alors faite inscrire dans le DSM. c’est dire que ca ratisse aussi large que possible. j’écris ceci, sans en être sûre, j’irai le vérifier dans le livre où je l’ai lu, je le rapporterai ici.

ce que j’ai lu sur la bipolarité décrit des symptômes. ce que j’ai lu, de psychanalyse, sur la psychose ordinaire, la maniaco-dépression, la mélancolie, décrit des structures, des arcanes, des mondes/modes de fonctionnement.

pour ce qui est des crises maniaques, elles aussi ont été plutôt soft. j’en sortais tout juste d’une. de ce qui rétrospectivement s’éclairait à être considérée telle. juste avant encore, il y eut ce grand amour. si je remonte plus haut dans ma vie, dans l’ensemble, dès que j’ai entrepris quelque chose, dès que j’ai été dans le sens d’un accomplissement, ça s’est pris dans le tapis de la manie. l’échec qui s’en est toujours suivi, m’a valu ces mois, ces années dans les tonalités de la dépression. petit à petit, à force de me cogner à l’angoisse qui n’a été que s’amplifiant, mes velléités d’accomplissement se sont réduites, je suis allée vers cette vie qui est la mienne aujourd’hui dans les limites, les marges étroites, du faire et du non-faire.

et puis, le diagnostic de bipolarité ou de maniaco-dépression, ou celui que j’ai préféré, que je me suis moi-même décerné, de mélancolique, me sauvait du sacro-saint désir lacanien. j’échappais à l’obligation de « débusquer mon désir », je n’avais plus à m’accuser de « lâcheté morale » ou d’avoir « cédé sur mon désir » selon la formule consacrée. non. ça n’était pas à ma portée, point. je ne suis toujours pas sûre de pouvoir parler comme ça, mais, il y avait depuis quelques temps déjà en moi, une forme de suspicion face à cette antienne du désir obligatoire, moi qui n’arrivait à tenir la rampe d’aucun.

j’ai longtemps été arrimée à la psychanalyse. après l’analyse principale, qui a duré 18 ans, il y a eu plusieurs crises, plusieurs reprises. plusieurs changements d’analyste. jusqu’à ce que je m’éloigne complètement de la psychanalyse et me tourne vers le tai chi. ce n’est que récemment, à cause du livre d’Emmanuel Carrère, que j’ai recommencé à lire de la psychanalyse. alors qu’entre-temps, j’avais d’ailleurs repris une analyse, à cause d’une rencontre amoureuse, le grand amour mentionné plus haut.

la logorrhée, ce trouble de la parole lié à l’excitation maniaque, s’est toujours chez moi contenue à la pensée, que j’essayais alors de canaliser par l’écriture. ma parole ne s’y est jamais prise, au contraire. ma parole est d’ailleurs de moins en moins perméable à ma pensée. dès qu’elle veut en passer le seuil, ma pensée, par ma bouche, le seuil de la parole, elle me brûle, me rend malade, m’asphyxie, me fige.

ça doit être la jouissance qui ne passe pas. de la pensée, la jouissance, c’est quand même un truc d’abord autiste, la jouissance. ça n’est pas fait pour être semé à tous vents. il y a de l’impartageable. par l’écrit, ça passe mieux, voire trop. comme un miroir grossissant. l’écrit grossit et dès lors contraint.

non, c’est de la pensée que je suis malade. même s’il m’apparaît à l’instant qu’elle aurait pu primitivement chercher à me guérir de ce qui m’a toujours, en fait, fondamentalement, absolument manqué : la parole justement. du coup, dès lors qu’elle cherche à prendre voix, c’est le vide qu’elle conçoit.

il ne lui manque que la parole.

je suis devenue malade de la pensée, ce que j’ai longtemps considéré sous les auspices de la névrose obsessionnelle. au moins, même s’il s’est agi d’une erreur de diagnostic, cette aire de folie, ce gouffre de jeux, trouvait à être nommé, délimité et sa jouissance pointée. (il s’est toujours agi de faire monde habitable de l’immonde, c’est-à-dire de ce qui n’appartient à aucun monde connu. et le diagnostic, la volonté de diagnostic, m’a permis de vivre dans les livres, a fait identification, plutôt que nulle part. quelle que soit d’ailleurs l’erreur, le réel au cœur de la psychanalyse est ce qui m’y a rivée. le réel, c’est-à-dire l’au-delà du bien et du mal. (qu’il s’agit de rejoindre, dont il s’agit de faire monde (parallèle) habitable. et sinon : avec lequel composer.)

Je connais également le symptôme opposé à la tachypsychie, la bradypsychie, un ralentissement qui va vers le vide.

mes lectures récentes de Millot m’encourage à tenter de m’y laisser aller, au moment où ça m’arrive. lorsque je suis perdue, plutôt que de chercher à boire ou fumer ou à m’écraser dans les réseaux sociaux, m’isoler, me coucher, observer, accepter. j’y ai été amenée hier, et c’était étrange.

le point important dans ces lectures, c’est la façon dans ces états mystiques, et qui sont les états qui interrogent Millot, pointent tendent vers un état de non-jugement, un état où il n’y a plus ni de bien ni de mal. et un état d’acceptation. il faut penser le bien ou le mal pour vouloir que les choses soient autres de ce qu’elles sont. comme le disait N, devenir identique à son destin. où je peux donc échapper à ma constante auto-surveillance, à ma constante dévaluation. dès lors que j’ai trouvé le moyen de m’éloigner de mes pensées par le tai chi, et le bonheur que j’y trouvais, j’ai retrouvé du prix à mes yeux.

oh, seigneur, comment cela sonne niais quand je le dis. je rechercherai l’un ou l’autre de ces textes.

time for a cup of coffee.

tachypsychie, bradypsychie, il y a moyen d’en tirer quelque chose. l’intérêt de ces concepts que je ne connaissais pas jusque là, c’est qu’ils délimitent autrement cela qui vous environne. vous donne le temps l’opportunité d’observer de nouvelles aires de la réalité, aires qui ne sont pas nouvelles mais qu’il est nouveau d’observer de cette façon là. dans cette réalité d’un trop de vitesse ou d’un trop de lenteur. d’un trop de vie, de violence, d’un effacement, d’ un vidage. ce qui manque à la tachypsychie, c’est le point d’arrêt, le point de sens (l’effet rétroactif du point de capiton). la psychanalyse contient une pensée au non-sens. cet horizon du non-sens qui fait la trame de chaque instant peut agir pour moi comme point d’arrêt. tachypsychie. lenteur et gouffre, étrangeté. embarras. vide qui souvent se dérobe (presqu’autant que le sol sous vos pas).


cauchemar ? un enfant, des parents. un enfant, un bébé, un père, une mère. Le père la mère poursuivis, terroristes. le père enfui. grâce, je crois à un policier ou une policière. la mère restée avec bébé. policière lui permet également de s’enfuir. risque son poste car on découvrira que c’est elle qui a facilité cette fuite. le bébé reste là (avec la policière qui a sacrifié sa carrière). les parents ont des pouvoirs de super-héros.

mardi 27 juillet 2021 · 12h00

mar. 27 juillet :: rêve -affublée d’un double

À ce que j’écrivais ce matin, je voudrais rapidement ajouter que je m’étais d’abord réveillée fort prise dans un rêve où j’ai aussi longtemps que possible continuer d’errer, que j’aimais alors qu’il s’agissait d’un cauchemar, dont je ne me souviens d’aucun terme, si ce n’est, peut-être, celui exagéré des silhouettes de ce sculpteur dont le nom me revient : Giacometti.

J’étais dans le rêve affublée d’un double, crois-je. Un double masculin dont l’allure évoquait l’un de ses longs marcheurs au corps de terre adoigtement rapprochée (je le dis comme ça me vient). Ce double avait une fonction déterminée liée à ce qu’il ne soit pas sans sens qu’il soit, lui, de sexe masculin. Cette fonction s’exerçait sur moi, consistait à me faire faire quelque chose. D’autres personnes étaient ainsi affublées de doubles. De doubles comme d’ombres.

(Dans une revue, j’avais vu hier une sculpture de Giacometti constituée, je crois, de 4 de ces longs marcheurs (pris dans une sorte de carré, de plaque carrée, à distance respectable les uns des autres), chacun solitaire*. Il y a de ça dans le rêve. Ainsi qu’une petite céramique de mon père.)

Eveillée, songeant à ce rêve, l’oubliant tout en même temps, constatant ma fatigue, j’entendis l’une de ces voix dont j’oublie toujours les paroles, qui me disait, mais de façon fort neutre, de mourir. Je l’ai observé, le phénomène, j’ai vu qu’il pouvait s’amplifier (les phrases étaient prêtes à faire chorus). Je n’avais pas du tout peur, n’étais pas mal à l’aise, restais dans les traces du rêve où j’aurais aimé retourner, dans l’observation de mon ample fatigue, très remarquable, très agréable. J’ai envoyé tout de même l’une de ces phrases un peu stupides que j’utilise parfois pour contrer le phénomène, où je m’enjoins à vivre plutôt (que de mourir). Phrases un peu stupides, inspirées par le tai chi, mais qui ont certainement largement contribué à dédramatiser le phénomène, qui fut autrefois douloureux, qui l’est de moins en moins. Qui n’est plus qu’un signe mystérieux de je-ne-sais-quoi, d’une réalité de mon fonctionnement, d’une vérité même. Il y a en moi quelque chose qui ne tient pas tellement à ce que je vive.

Or, c’est la neutralité ce matin qui était le sentiment dominant. Rien n’était désagréable. Alors même qu’il y avait le cauchemar et les phrases. Je préfère le préciser, cette indéniable amélioration. Car j’ai écrit ici par le passé, le mois dernier, des choses qui moi-même m’ont effrayée.

Je ne dis pas qu’il n’y ait pas d’autres choses à écrire ici, qui aient trait à ce phénomène (des ordres de mourir que j’entends, ou des injures), dont, si je puis dire, la charge virale semble s’être considérablement amoindrie. Je le ferai. Je crois bien que je le ferai.

C’est ce phénomène, dont je ne retiens jamais comment les psys l’appelle, ce que j’ignorais jusqu’à peu, qu’ils l’appelaient, le nommaient, jusqu’à ce que je commence à lire sur la bipolarité, qui a signé pour moi ma mélancolie, dont j’ai même lu qu’elle était considérée « déclenchée » une fois que ces voix apparaissaient. personnellement, j’aurais préféré la case « psychose ordinaire ». Mais bon, ça change.

* Illustration : La sculpture était plus grande que celle de l’illustration que j’ai utilisée, sans être surélevée. Les personnages au moins 4, et plus distants.

vendredi 3 septembre 2021 · 11h01

BXL, ven. 3 sept – ne vois-tu pas que je brûle

Jeudi 2, suite du rêve raconté plus tôt, dans le train vers Bruxelles, 10h30

Dans la même chambre : de ma cousine S. Ai-je pensé à elle récemment? Peut-être hier. Pourquoi? Lui parler du psoriasis de mon frère. Toutes ces maladies auto-immunes qui se multiplient dans la famille. Elle-même gravement atteinte. Côté de mon père, donc, plutôt. Pourquoi ne l’ai-je pas appelée, ma cousine, manque de temps, toujours. Un coup de fil : briser dans l’habitude, dans le train-train.

Sylvie, dans l’enfance, dite « garçon manqué » et moi très petite fille (et comment j’y tenais à mes tresses, à mes jupes).

Nous ne somme pas dans le même lit, F et moi, pas à la même place.
Comme ma cousine et moi-même dans sa chambre autrefois.
Or, à la réflexion, il me semble être plutôt à sa place, de ma cousine, dans le fond de la chambre, et E. à la mienne, près de la porte, dans une encoignure où un placard.
Le lit de Sylvie, la place où je suis, se trouvait tout au fond de la chambre, qui était très en longueur, dans une partie que je ne connaissais pas, qui m’était inconnue, et ma timidité m’aurait bien empêchée d’y aller voir. Je suis donc à une place inconnue de moi.
Cette place m’évoque également, de façon lointaine, une place d’un lit de Jules dans une chambre d’hôtel à Tokyo, un lit au bord d’une fenêtre d’un très haut étage.

S’agissant des deux places, de F et de moi, un lit est « rajouté » (dans la chambre de ma cousine, il s’agit d’un lit d’ami situé, me semble-t-il, dans un placard; dans la chambre d’hôtel, c’est un lit pour enfant, rajouté à la suite) mais les « rôles » sont inversés ou plutôt mélangés.

Chambre cousine :
Moi : lit de ma cousine (« garçon manqué ») dans la partie de la pièce que je ne connais pas et lit Anton au bord du vide;
Frédéric : mon lit d’invitée, placard, près de la porte.
…. « Immixtion des sujets » dans le rêve…. dans la réalité…

Couloir éclairé chez Rose. Pourquoi ce détail, pourquoi le souvenir de ce couloir et de la porte des toilettes, juste en face.
Toutes les portes du vaste appartement sont bicolores, rose et beige, leurs moulures ovales, en « oeil de boeuf », les boutons de porte dorés, ronds, avec la serrure incluse dans celle des toilettes.
Présence/absence de ma tante, de la soeur de mon père, de la soeur de mon oncle.
Rose, est aussi le nom de la femme (prostituée) pour qui mon oncle a tué deux personnes.

Cigarette. Chez ma mère, je vais avoir envie de fumer. Toujours chez elle je fume. De la cigarette, il me semble avoir déjà parlé ici. Fumer me donne des boutons, j’y pensais encore hier, et ravive mes inflammations de la bouche. Tout cela souvent couplé alors à des réveils intempestifs dans la nuit et des « mauvaises pensées » (les pensées cruelles, méchantes, les injures, les invitations à mourir = les « fracassemeurs »). Souvent je pense que c’est la cigarette qui tuera ma mère.

L’agressivité. Frédéric, lui, ne l’est jamais, agressif. Il le devient donc. Contre toute attente et en même temps, ça ne m’étonne pas. Dans le rêve et au réveil, je pense « déclenchement », je pense « psychose ordinaire ». Je me suis interrogée hier encore sur ma « folie ». Je relis en ce moment l’article de Sophie Marret sur la mélancolie. Cette agressivité est celle de mon oncle, celui susmentionné, est la mienne quand je vais mal, celle qui justement, ces derniers mois s’est fortement atténuée, voire a disparu, est devenu remarquablement contrôlable. Cela s’est passé avec l’analyste, avec Hélène Parker, et, je le crois, grâce à l’huile de CBD. L’agressivité, les sautes d’humeur, c’est ce qui m’interroge. Les dits « troubles de l’humeur ». Je voudrais apprendre à écrire quand ça arrive. C’est difficile. Il y faut une part d’humilité et de renoncement. Humilité face à la grossièreté de ce qui arrive. Dès que c’est décrit, analysé, cela devient grotesque, on en aurait honte. Comment contrebalancer cela. Parce que l’angoisse est réelle et la prise instantanée dans ce ciment involontaire. Et renoncement, probablement à la part de jouissance, à une part de la jouissance incluse dans ce symptôme. Puis, il y a la résistance, dont je ne sais rien. La résistance du symptôme, qui tient à sa propre peau, qui est d’une malignité extrême, qui refuse de se laisser évincer. Actuellement ma tactique, c’est le silence. Je réagis subitement trop fort à quelque chose, ça monte, ça surprend. Je me tais. On se tait. Je ne me laisse plus leurrer (par ce qui ferait la phrase du fantasme éveillé, lequel reste à écrire, à tout hasard, je risque, parce que cela résiste à être retenu : je ne suis pas entendue). Mais l’angoisse, massive, la prise, est là. Il m’est alors, par exemple, arrivé de me dire que j’allais faire une heure de ménage. Puis une deuxième, puis une troisième, etc. Dans le blanc, l’absence de sentiment, la patience, une forme d’indifférence travaillée pour elle-même. Et puis tout d’un coup, je peux de nouveau m’adresser à Frédéric, ça repart. Car c’est toujours d’une agressivité qui se manifeste vis-à-vis de lui qu’il s’agit, une déchirure dans l’angoisse.

Vous n’êtes plus là, vous, l’analyste, il devient fou : Ai-je peur pour moi? Il arrive que je m’interroge, en particulier hier. Tellement de choses sont « tombées » pendant les vacances. Le tai chi, l’analyste. Tombées comme des écailles. Je suis seule avec une forme de vide, qui n’est pas forcément très net, je n’ai plus, me semble-t-il, d’appui extérieur, de structure soutenante. Ou, il y en a une et je ne l’aperçois pas. Ou, je n’en n’ai plus besoin. Je sais le vide et l’inanité et je vis. Il y a Frédéric et il y a la structure de la famille, celle-la même que j’avais du mal à supporter. Cet été à Donn, il a fallu faire beaucoup de ménage, je l’ai fait. Parfois avec plaisir, me demandant si je l’écrirais, ce plaisir, parfois dans une forme d’indifférence, parfois combattant l’angoisse, mais jamais fâchée. Revenue à Paris, j’ai repris ces activités ménagères. Je me suis dit : alors c’est ça, les choses ont bougé de façon telle que simplement maintenant je peux supporter de m’adonner à cette activité sans rage, sans désespoir. Les choses ont bougé de façon telle, qu’il ne reste plus que ça. Après l’identification d’une « mélancolie ménagère », c’est fait, je m’y suis faite et supporte et c’est bon? (j’ai trouvé le moyen de supporter d’être dans la peau de ma mère ?)
Je suis arrivée à parler un peu, autour de ça. Ma façon d’avancer de proche en proche, « dans la métonymie », incapable d’envisager la globalité d’un travail…. Avec le risque de l’infinitisation… Revoir la théorie d’Achille et la tortue. La nécessité qu’il y a que je montre, parle de ce que j’ai fait, que nous parlions chacun de ce que nous faisons, que je ne fasse pas les choses seule dans mon coin, sans reconnaissance, que nous n’avancions pas dans le sacrifice, au contraire que nous cherchions la reconnaissance.
Bon, on arrive à Bruxelles.

Bruxelles, vendredi 3 septembre

– Dans le salon de ma mère, après nuit largement sans sommeil et réveil me disant : Je me déteste, je me déteste, je me déteste…. C’est une nouvelle variation, moins cruelle, de mes « fracassemeurs ». Je l’attribue aux cigarettes fumées hier, de même que l’insomnie. –

La lumière dans le couloir. Présence, je le redis, de ma tante Rose. Elle, complice de mon oncle, du frère de mon père, de sa folie (parano), aveuglée par son amour. Elle et ma grand-mère. Fascinées par ce personnage brillant, cet acteur de cinéma. Mon grand-père qui dit à mon père : « Plutôt que tes petits dessins, fais plutôt comme ton frère, regarde comme il s’en sort bien. » Ignorant que l’argent ramené par mon oncle à la maison est l’argent de casses, de braquages. C’est maigre, ce que je dis là…

« Père ne vois-tu pas que je brûle? » « Siehst du nicht dass ich verbrenne? » Le pathétique de cette phrase. J’ai beaucoup travaillé ce texte de Freud, je ne m’en souviens plus du tout. Qui brûle? Quelle éternelle brûlure ? Quel père à jamais déploré ? J’y suis le père endormi, que ne réveille pas l’incendie dans la pièce à côté. L’Un-sans-dit. La cigarette.

Le bandage pitoyable sur la bouche, la lèpre. Mon pauvre enfant. Une lèpre causée par la colère, et si mon souvenir est bon, une volonté mauvaise, une volonté tueuse, dans cette colère.

Une fois que le mal est connu, l’enfant peut être guéri.

Qu’est-ce que je sais de ma colère? Revenir sur le sacrifice. Relire ce que j’ai pu écrire sur le « Père ne vois-tu pas…« 

Dans 10 jours (le 13 septembre), l’anniversaire du double meurtre de mon oncle.

Bon, c’est pas tout ça, j’ai du travail.

Edit, dans le train de retour à Paris, samedi 4 sept.

la lèpre, la covid. Benedetta, vu et non aimé. le bandeau sur la bouche, qui évoque ce que j’ai pu dire déjà auparavant de la maladie de la parole et de la parole empêchée, dans le cauchemar du 18 juillet, publié ici dont j’écrivais :
 » évoque peut-être quelque chose de l’insupportable de la parole, parfois pour moi, quand je vais mal, en risque de tourner à l’agression (j’aboie) ou d’être ressentie comme agressive (tu me tues), tandis que je l’aime quand elle raconte des histoires, qu’elle m’humanise. une parole, est ce qui doit toujours m’être donné. mais dites seulement un parole et je serai… »
Hypothèse : La parole est la maladie.

lundi 21 mars 2022 · 11h01

tu je 1, 2 et 3

tu je 1
tu vois
il n’y a plus du tout de je
il n’y a plus du tout de tu
(on dirait)
et je parle à je
je lui dis
qui es-tu
je me dis
qui est tu
qui est tue
et surtout
que dis-tu
que dit tue
et pourquoi ?
est ce tu
(des profondeurs)
tu es je
je vois-tu
ça me tue
ça tue je
ça je tue
 
puis tu dis
mais à qui
tu te tues tu te tues tu te tues
tu redis
mais à qui ?
et pourquoi ?

tu je 2
que tu dis que tu dis que tu dies et que du
que je dis que je dis que je die et que jus
que je mie que je tie que je die et que tu
que tu zides, que tu dizes, que tu dizes et que zu

tu je 3
que tu gies, que tu gies, que tu gies, et que jus
que tu gies, que tu gies, que tu gies, et que ju
que tu gies, que tu gises, que tu gises, et que j’us
que tu mises, que je tises, que je tuses, et que j’eus
que je rie que tu dies, que tu filles, et que dû que je gie,
que je gie, que je gie, et que j’eus
que je gie, que je gise, que je gise, et guedu
que je sus, que je mû, que je nue
et guedu

Atelier Anne Sexton

mercredi 11 janvier 2023 · 08h53

mercredi 11 janvier 2023
— « Il y a deux façons chez nous de devenir chamane : soit par la lignée, soit en ayant traversé des maladies ou des accidents »

Sept heures du mat, ou par là. Hier quatre gouttes. Levée à cause de trop de mots dans la tête, difficile à décrire, pas vraiment angoissant, mais ennuyant. Ça a commencé par « fracassemeurs » (mauvaises pensées, mots qui se répètent tel que « haine » ou « meurs » ou « tu es morte ») auxquelles j’opposais pensées « bonnes », puis ça s’est mélangé à des phrases ou des mots interrompus ou par des mots inexistants, des syllabes sans sens, le tout répété, martelé. Encore une fois sans angoisse, sans sentiment de malheur, mais j’ai préféré me lever.

Rêve cette nuit : rêvé de Vlady ! de Vlady et de sa femme, Michèle.

Ils venaient, ils devaient donner un stage. Il fallait tendre ses mains, Vlady passaient entre les participants et il s’est arrêté à moi, j’étais étonnée, il me disait que mes mains étaient pleines de chi et j’étais choisie.

C’est le premier jour, c’est une séance de chi, en fait nous sommes couchés sur le dos, nous dormons je crois, mais nous ne dormons pas, et je sens des choses dans mon ventre, et je sens la lumière environnante, nous devons être à l’extérieur, il y a du soleil, nous sommes dans la nature, couchés sur l’herbe, à l’ombre d’arbres, et je m’étonne, mais nous traversons une sorte de nuit, dont nous sortons, c’est la fin du premier jour, Quelque chose s’est transvasé de Vlady à moi. Vlady est très fatigué.

Soit on fait du tai chi tout de suite, soit on attend le lendemain.

Il y a quelque  chose qui empêche d’arriver au lendemain. Quelque chose chez Vlady, sa fatigue.

Hier, vu encore un épisode avec F de cette série coréenne sur Netflix, Somebody, où l’un des personnages est une chamane. Après l’épisode j’ai fait une recherche Google sur le chamanisme en Corée, je ne sais pas vraiment pourquoi, parce que j’avais envie d’en savoir plus, j’ai d’abord surtout regardé les résultats images, et j’ai bien  vu des photos avec des chamanes dont les costumes, blancs, ressemblaient à ceux de la série. J’ai appris qu’en Corée c’était surtout des chamanes femmes. Ensuite,  j’ai lu un article du Monde, « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les chamanes« , dans lequel il est question du chamanisme dans les différentes parties du monde. Il est un endroit, je ne sais plus où, où l’on devient chamane après être passé par des épreuves, maladie ou autres. Et j’avais pensé que peut-être, si j’avais vécu dans ce pays, je serais devenue chamane. Le chamane est celui qui fait la liaison avec les esprits de la nature ou des morts. Dans la série, c’est un « colonel » qui communique avec la chamane. Qui lui communique ses pouvoirs. Avant de m’endormir, j’avais essayé d’imaginer m’ouvrir à ce qu’il pourrait y avoir d' »autre » en moi et autour de moi et au-delà, de me rendre disponible au plus étranger, peut-être d’ouvrir mes perceptions à la maladie comme à ce qui me serait de plus étranger, m’ouvrir à ce qui vivrait selon de toutes autres lois. Tenter d’ouvrir mes perceptions à ce que je ne saurais absolument pas.  Je n’ai rien senti, je crois, mais je me suis vraiment endormie en réfléchissant à cela, en me demandant comment penser ce qui vous serait à la fois le plus personnel et le plus absolument étranger.  Et voilà  que je fais ce rêve-là !

A la fin du premier jour, Vlady est comme bloqué. Et je me souviens que dans l’article, il est expliqué que lorsqu’une maladie ou une douleur se manifeste, il peut s’agir  d’un pouvoir qui est bloqué, et qui lorsqu’il est débloqué, lorsqu’il n’est plus empêché, devient le pouvoir du chamane. C’est comme si à cet endroit-là du rêve, Vlady était atteint par « ma propre maladie »… Enfin, c’est ce que j’avais pensé, que ma maladie pourrait être l’expression d’un pouvoir contraint. Ce n’est pas que j’y croie, à ce pouvoir, mais je pensais que dans d’autres civilisations, d’autres cultures, cette maladie pourrait être perçue autrement. C’est tout de même bien ce que je veux chercher à montrer, démontrer, dire. Jusqu’à quel point notre monde ne tolère absolument pas la folie (que par ailleurs il ne cesse de provoquer (et comment) ) et jusqu’à quel point cette folie n’est pas « calculée », ne peut absolument pas s’inscrire dans l’actuel projet de société du monde contemporain, celui du travail obligatoire, du progrès, de la science, et de la morale. Comment faire place à la contradiction, à l’antinomique, à l’anti-dialectique, à « l’en même temps » m’étais-je demandée dans la journée, sans arriver à le formuler. Que faire de ce qui « ne calcule ni ne juge », comment faire place dans la conscience à ce qui s’oppose à la conscience, à ce qui fonctionne selon d’autres lois ? Le tai chi, tel que je l’ai pratiqué y pense, va vers ça.

Je retrouverai l’article.

Extraits :

« Il y a deux façons chez nous de devenir chamane : soit par la lignée, soit en ayant traversé des maladies ou des accidents », explique Eirik Myraugh, lui-même noaidi, terme qui désigne la fonction de chamane chez les Samis. Ce dernier peuple autochtone d’Europe du Nord est encore en partie nomade éleveur de rennes, mais bien ancré aussi dans la modernité scandinave.

Le chamane est un intermédiaire entre le monde visible et les mondes invisibles, décrits différemment selon les cultures, mais avec de nombreux points communs. Ces espaces sont accessibles par un élargissement de l’état de conscience, plus ou moins profond selon les régions du monde et les pratiques, qui permet de percevoir à travers un ou plusieurs sens ce que nous traduisons par « esprits » ou par « énergie », et d’entretenir une relation privilégiée avec ces dimensions.

 

 

jeudi 12 janvier 2023 · 06h51

jeudi 12 janvier 2023
— fracassemeurs + Rachel

Il est 6h51, j’ai pris une Ricoré et un bout de… (mot qui manque) 

J’ai regardé des trucs sur Instagram. Quelques beaux trucs, de jeunes, des jeunes qui se connaissent, qui sont amis, qui font des trucs ensemble, qui se dessinent, se photographient… Il y a quelqu’un qui raconte ses rêves en dessin, c’est vraiment joli. Ça donne envie de savoir dessiner. Je crois que j’aurais pu avoir des amis comme ça. Ça me rend un peu aigrie, ou triste, un peu, en même temps ça me réconforte, le spectacle de ces amis, de savoir que ça existe.  

Réveil avant 6h. Pensées…  Inquiète à cause de ce dont on parle trop, la retraite. Hier, J : toi tu ne travailles pas, tu n’auras pas de retraite, tu n’auras rien. Chaque fois, quand je pense à ce genre de choses, je pense suicide, le moment venu. Je ne vois pas comment faire face à ça. 

Cellequina Pasdenom 

Selkina Padenon 

Alors, les pensées étaient particulièrement violentes. Au réveil, les fracassemeurs. Il y avait la pensée de la chute aussi. Et puis les pensées à Rachel, les pensées de vengeance, que je n’appliquerai jamais. La dénonciation ou le mail collectif. Raconter ce qui s’est passé. Tout ce que j’ai perdu. La possibilité aussi d’avoir un métier. Puisque c’est ce à quoi je travaillais. Est-ce que ça s’apparente à de la paranoïa ? Je ne sais pas. Je n’invente rien, ça a eu lieu, les événements. Non, mais, l’entretien de l’aigreur, de la revanche, la personnification de l’ennemi. Quand est-ce que je retourne à ça ? Quand est-ce que j’ai besoin de retourner à ça? Quelle est la fonction de la paranoïa? A quoi me sert-elle ? Quand dois-je y avoir recours ?Elle a abusé. Mais elle était folle, elle est devenue folle. C’est ce que je crois, qu’elle allait très mal. C’est pour ça que je n’ai pas dénoncé. Et puis, je songe à tout ce qu’elle m’a appris. Puis à tout ce qu’elle s’est retenue d’enseigner. Au manque de reconnaissance. À sa jalousie même. À ses abus de pouvoir. À ce qu’elle a pu raconter aux autres. Au désespoir où elle m’a mise. Je n’ai rien dénoncé. J’ai dû abandonner la formation d’enseignante. Tout ça pour quoi ? Pour avoir raconté un souvenir d’enfance. Un terrible souvenir d’enfance. Alors en vrai, je lui souhaite du mal. Et à tous les élèves qui n’ont pas pris contact avec moi. Qui ne ce sont pas souciées de moi. Ni d’A. 

8h04 

Devrais pas, mais vais me recoucher 1 heure.  

J se lève. 

 

8h10 

Au lit, FrM 

« Je me hais Je me hais Je me hais »

Tentative de noter

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