On doit faire une pièce de théâtre.

On doit faire une pièce de théâtre.

Avec ma famille, je crois.

On s’apprête, à partir.

Avant ça, j’ai fait divers essais, qui m’ont étonnée moi-même, de costumes, ou plutôt d’accessoires. Je ne sais pas où je les ai trouvés, mais ils sont plutôt clownesques, je trouve. Oui, il font de mon personnage un personnage comique. Je les place sur ma tête ou sur mon dos. Ils sont très grands. Comme de longues aiguilles à tricoter, qui sont plutôt comme de grandes oreilles, comme de grandes oreilles de lapin. Et dans le dos, peut-être, de grandes ailes

Je suis surprise de l’aspect qu’ils donnent à mon personnage, mais je l’accepte, l’adopte. (Les accessoires changent, j’en essaie plusieurs, mais il y a toujours l’aspect comique. C’est quelque chose qui m’est donné et que je prends. Il y avait le texte, déjà le texte, que je connaissais, ceci vient par dessus.)

Donc, on part pour le lieu de la représentation.

Toute la famille, mes parents, mes deux frères.

Arrivés là, je suis un peu surprise, déçue, inquiète, parce que mes accessoires ont rapetissé, vraiment complètement. Ils n’ont plus aucun aspect comique, ils sont devenus insignifiants. (Les oreilles, qui tiennent sur un serre-tête, n’ont plus que la taille d’un brin d’herbe en très mauvais état. Il ne reste plus que deux, trois brins d’herbe cassés.)

Je me rends compte que j’ai oublié mon texte aussi, que j’ai oublié le texte de la pièce, le texte matériel, sur papier; dans ma tête, je crois qu’il est toujours, mais je n’en suis pas sûre.

Je m’enfonce à l’endroit du sexe des aiguilles, de longues aiguilles à tricoter, pour que le texte me revienne, pour que le texte vienne de là, pour que je m’appuie de là pour faire venir le texte. De la sensation. Je ne me fais pas mal. C’est comme si je m’enfonçais quelque chose au travers d’un tissu. C’est comme si j’étais en tissu moi-même. Je ne me m’enfonce pas dans le sexe, la chair, il n’y a pas de sexe, je tente de creuser un sexe plutôt. Pour que le texte revienne.

Je sais que je connais le texte, on l’a beaucoup répété, malgré ça j’ai peur. Il est possible que sur scène tout revienne, c’est ce qu’il se passe normalement, mais peut-être pas. Et j’ai peur que mes frères ne se souviennent pas non plus du leur. Ils sont petits, ils croient qu’ils se souviennent, mais s’ils avaient oublié ? Il faudrait peut-être que quelqu’un ait le texte (pour le leur souffler ? Mais, ça ne me paraît pas idéal.) Pour moi, je voudrais juste le relire.

Je demande l’heure qu’il est à mes parents. Il est sept heures. Je demande à quelle heure a lieu la représentation. À sept heures et demi. J’ai une demi-heure, pour rentrer à la maison, retrouver le texte, revenir. Mes parents ne sont pas d’accord. Ils craignent que je n’aie pas le temps. Mais, rien à faire, j’y vais. Mon père dit que dans ce cas, il m’accompagne, ma mère aussi alors. On y va.  Je crois qu’on va jusqu’à la maison, et qu’on ne retrouve pas le texte.

Au retour, vers le lieu de la représentation, je marche plus vite qu’eux, je ne veux pas traîner. Peut-être qu’ils discutent entre eux, peut-être qu’ils sont vieux. J’imagine qu’ils vont me rattraper, que mon allure va les entraîner. Dans le métro, il faut passer par de curieux portiques, comme à la douane des aéroports. C’est peut-être un dispositif anti-terroriste. On est aspergé d’un produit, entièrement. Ensuite, il est recommandé de ne pas bouger, c’est très dangereux (explosion ?) Les gens sont alignés, debout, ils attendent de pouvoir bouger. Plus tard, mon père me rejoint sur le quai. Il est troublé, très troublé. Nous le sommes. Il est aussi passé par le portique. Je ne me souviens pas de la suite. Ma mère arrive probablement, elle serait au bout du quai.

 

——-————-

 

Longues aiguilles à tricoter 1. Comme les aiguilles dans les coiffures japonaises. Comme le crayon à papier, auquel je pensais la veille, qu’il m’est arrivé d’utiliser pour faire tenir mes cheveux. Et comme les aiguilles pour l’avortement. Il a été question d’avortement dans les actus, hier. Un médecin a déclaré ne plus vouloir en faire, d’IVG – interruption volontaire de grossesse. Jules (13 ans) s’était déclaré contre l’IVG, il y a quelques temps. Crime, avait-il dit. J’avais supposé qu’il tenait de YouTube, de YouTubeurs.

 

Théâtre. Jai eu envie de m’inscrire à un cours de théâtre. J’ai été à deux doigts de le faire. Je devrais le faire, peut-être. Quand même. L’argent m’a arrêté, le coût. Il y a une grande envie en moi, depuis longtemps, de refaire du théâtre. De retourner dans cette possibilité de faire exister, vivre, vibrer, le texte dans le corps. De retrouver une voix, un corps, un espace. Aussi confiné que pût être celui de la scène. Ou est-ce de ce confinement, justement, qu’il s’agirait de retrouver. Retrouver la justesse de la sensation, et n’y être pour rien. Faire ce qu’il faut. Se mettre au service d’un texte, s’abandonner, être physiquement dans la justesse.

 

Comique. il y a un aspect comique, chez moi. Qui me retrouve, rejoint, parfois dans l’écriture. Dans le jeu, au théâtre aussi. La salle écroulée de rire. Et moi qui ne faisais que sérieusement les choses. Il y a là un décalage inexplicable. Ce qui s’exprime dans le comique. Comme une volonté propre, inconnue. Une honnêteté, j’ai envie de dire. On accepte de dévoiler le comique, de se prêter au rire. On accepte de s’en faire l’objet. On se sépare d’une chose par le rire, et on donne le spectacle de cette séparation. Ça n’est pas volontaire chez moi, ni contrôlé.

 

Longues aiguilles à tricoter 2. Les aiguilles de coiffure japonaises, les crayons à papier, les aiguilles d’avortement, et enfin les aiguilles à tricoter à proprement parler : vu hier sur Facebook de ma cousine Roosje une poupée qu’elle avait non pas tricotée, mais crochetée. Ma cousine fait plein de poupées, comme ça, en maille. Des animaux aussi. Je ne sais pas si c’est tricoté ou crocheté. J’ai regardé longtemps cette image, un peu interloquée. J’ai mis un like. J’ai montré à F. J’ai trouvé ça beau. Ça m’a fait penser au Japon. Ma cousine Roosje, donc, qui…. voulait jouer au médecin sous les couvertures avec moi, la nuit. Moi, je ne sais pas du tout tricoter. Pas du tout, du tout.

 

Je ne retrouve pas le texte. L’oubli dont je suis atteinte. Ma peur de l’oubli. Des mots, de la formation des phrases, des faits aussi, de l’effet du temps qui passe. Comment l’écriture est un combat contre cet oubli, que je prends encore pour symptomatique. Que je ne lie pas entièrement à l’âge. (Que je relie encore, de loin en loin, à l’oubli des noms propres de Freud. Au nom d’auteur. Que je relie à ma façon d’être femme, de vouloir savoir au féminin, d’en trouver le mode de communication, de reconnaissance. Et que je relie à mon manque d’exercice de la parole, au fait que je parle si peu et que cela soit devenu si difficile, décourageant, presqu’impossible. Comment j’y ai renoncé. Comment pourtant je voudrais que ça parle, que ça parle autour de moi, que des voix résonnent, prennent l’espace, joyeusement, fièrement, indifféremment, facilement. Ma voix aussi. A la façon dont j’aurais renoncé à ces voix pour n’entendre plus que la voix dans ma tête, ma voix dans ma tête. Ce texte infini de la conscience, pendant des années adressé à l’analyste, tant d’années. Cette voix qui se retourne contre moi quand je ne trouve plus d’ailleurs, d’autre à qui l’adresser. Cette voix que je peux entendre, ré-entendre, en écrivant. Jouissance de l’a-pensée.)

 

Les portiques de métro, le produit dangereux. Il me semble là que quelque chose passe de la possibilité du comique au dramatique, à l’horreur. Je pensais hier en regardant quelque chose aux actus, qu’on nous fait vivre tout le temps dans ce spectre du terrorisme. Qu’on fait appel à une terreur autre en nous, qu’on invoque, convoque une horreur, à laquelle on essaie d’imposer le visage du terrorisme, pour nous contrôler. Cela ce sent, de plus en plus, surtout avec ce Macron. Qu’il vise à nous imposer un État policier.

Mais, la première idée que j’ai eue, concernant ces portiques, c’est celle du gaz utilisé dans les chambres à gaz, ce gaz léthal. Comment s’appelait-il? Le Zyklon-B.

Hier, nous avons retrouvé vide une ampoule d’insecticide, d’anti-puces pour Chester. Il ne s’était pas laissé faire quand nous avions voulu lui en appliquer dans le cou, il s’était enfui. L’ampoule était restée ouverte. Je l’avais posée sur une étagère, hors de portée de main. Le produit est dangereux. Là, en la retrouvant, j’avais pensé que ce produit dangereux s’était évaporé dans l’air…. nous empoisonnant.

Le Zyklon-B était un pesticide. « Une substance utilisée pour lutter contre des organismes considérés comme nuisibles.« 

C’est un nom du trauma de mon père. « Je suis un traumatisé de guerre« .

C’est quelque chose dont j’ai hérité.

Mais, je sais autre chose de ce qu’il en était de l’horreur pour mon père. Pas le dernier mot, pas le fin mot, un autre texte.

Le Zyklon-B, c’est peut-être une horreur aussi rapportée que celle du terrorisme. Ce qu’il en reste aujourd’hui, pour moi. Un masque.

 

Dans le rêve, quelque chose donc, au moment de la représentation, fait disparaître la possibilité du comique. Et le texte.

Il y a un déplacement, en famille, et… la représentation, in fine, n’a pas lieu.

La représentation n’aura pas lieu, en raison d’une horreur qui a un nom, mais qui n’est pas le bon (le terrorisme de Macron, le Zyklon-B de mon père) ( il n’y a pas d’horreur en commun).

 

Ce que je sais de mon père, c’est que pour lui, le sexe, c’était une horreur, une horreur de violence, ce qu’il a dit à l’hôpital, en remontant des soins intensifs ou juste avant d’y redescendre. Mais, je ne peux pas dire ça, que le sexe était pour lui une horreur. Je n’en sais rien. Je sais, qu’à un endroit de lui, il y avait ça. Pendant que mon père était malade, ces longs mois entre la vie et la mort et le coma, j’ai souvent eu l’impression qu’il était dans un cauchemar éveillé. Or, un cauchemar, ça n’est pas un endroit où on vit. C’est un endroit qui loge quelque chose d’insoutenable, pas fait pour vivre au grand jour. Cela dit, son angoisse était telle, que j’en avais acquis de l’admiration pour lui, du respect. Qu’il ait pu faire tant de choses sur des tréfonds aussi… C’est ce à quoi je pensais, au sortir du rêve, ce sentiment que le comique ne nie pas l’horreur, mais lui trouve une place, lui fabrique une place, le remet à sa place, fait valoir tout ce qui n’est pas l’horreur. Mais, enfin, il n’est pas sûr que cela soit exact, suffisant. Il y a aussi ce que Lacan dit, à propos du comique, du lien du comique et du phallus. Bref, je n’en sais pas grand-chose. Il n’empêche que les grandes aiguilles font les grandes oreilles, que ces grandes oreilles entendent de grandes choses, qu’il est plus facile de dire dans un langage de clown, et que ces grandes aiguilles peuvent aussi fabriquer des textes depuis les sexes qu’elles creusent (et tricoter des corps de chiffon pour l’amour), quand bien même cela puisse évoquer ou aboutir à un avortement, ce qui s’ôte, dans sa chair, d’une possibilité de vie.

Donc, je voulais dire que Auschwitz, les camps, la guerre quarante, les nazis, ça n’était pas premier. Pas nécessairement  l’horreur première, pour mon père. Il y avait autre chose, dont ces paroles de mon père sur le rapport sexuel étaient plus proches. Auschwitz, c’est une dimension, donne une idée de la dimension. De ce qui ne se prête pas à la représentation.

 

Tandis que par ailleurs, pour mon père, ce qu’il a connu avant, avec ma mère, la longue correspondance qu’ils ont eue avant que de se marier, avant que de fonder une famille, peut-être qu’à ce moment-là, le rapport était enchanteur.

Cette tentative, dans le rêve, que le texte vienne du sexe, de l’intérieur (poupée de chiffons mais pas sans sensation). Que se re-construise à partir de là un texte censé connu mais dont rien n’est su, c’est ce que j’ai connu avec Nathan. C’est l’ancrage dans le réel du corps. Là, il y a forcément certitude, là le doute n’a plus de place. Et ça a été un grand plaisir… Source de grande bonne humeur.  D’accoucher un texte de désir.

Le comique viendrait dans un moment de distanciation de l’horreur et pour  la représentation. ( Dans le rêve, le comique, de l’aiguille à l’oreille, se propose à moi comme vêtement pour dire le texte, qui est déjà là. Comme enveloppe.) Et cette représentation n’a pas lieu. Donc, l’horreur a été plus forte.  Cette représentation qui devrait se faire en famille, moi et mes frères.

J’ai été très récemment en contact avec mes frères, un peu plus que d’habitude, en raison de la santé de ma mère et de celle de mon frère Jean Pierre.

Il y a eu une représentation, il y a très longtemps, qui s’était mal passée. C’était une représentation de la sainte famille !! J’avais mis en scène l’arrivée de Joseph et de Marie dans une étable, la naissance du bébé. Et, je ne sais plus pourquoi, mais je m’étais très fort fâchée sur l’un de mes frères, lors de la représentation, qui n’avait pas fait ce qu’il avait à faire. Je crois qu’il était censé être parti faire une course au village, et qu’il était revenu sans, sans ce qu’il était censé ramener !! Et ça m’avait mise dans une colère dingue, insensée, totalement injuste, sur mon pauvre frère, ce qui avait totalement, évidemment, ruiné la représentation, censée être idyllique et sacrée de la naissance du Christ, où je m’étais attribué le rôle de la Vierge Marie. A posteriori, c’est comique.

Terrorisme : Il y a aussi le livre que je lis en ce moment, Pastorale américaine. Un père dont la fille, bègue, devient terroriste, commet un acte de terreur. C’est l’histoire qu’un écrivain, qui sera le narrateur jusqu’à un certain point du livre, essaie de retracer, de compléter, d’inventer,  tant il en a été frappé, quand les grandes lignes lui en ont été racontées (sainteté du père, promis enfant à un destin d’exception, tant ses talents d’athlète sont grands, qui choisit au contraire la vie la plus simple et normale possible, par amour pour l’Amérique, pour le pays, et dont la fille si chérie, préservée de tout, idylliquement élevée, devient terroriste. Il est question dans ce livre aussi de ce qui se fait, ce qui s’invente, comme fiction, quand la réalité la dépasse de trop loin, fiction face à l’impossible, l’inexplixable. De la décision de cet écrivain de répondre à l’énigme de cette histoire en l’inventant.

 

 

le coiffeur, la petite fille, le chat et les pigeons (le rêve)

dimanche matin, métro direction gare d’Austerlitz (pic nic à don. aujourd’hui)

Rêve de cette nuit, du samedi 4 au  dimanche 5

Le voisin d’en face a ouvert un salon de coiffure à côté. Il avait autrefois un établissement en face, je ne sais plus de quoi, mais maintenant il ouvre à côté – a fermé en face.

J’ai un ordinateur. Je suis assise à cet ordinateur grand écran, comme l’ancien. Dans une immense pièce, qui a plutôt quelque chose d’un atelier, qui ressemble un peu à l’entrepôt de houblon à Poperinge.

J’ai un chat. Ce chat s’est fait un copain.

le coiffeur d’à-côté

J’ appelle au téléphone le voisin passé coiffeur pour le féliciter de l’ouverture de son salon de coiffure. Je lui dis que je passerai certainement. Il me dit  « Voulez-vous venir aujourd’hui? » Je dis « Non, non, non, certainement pas aujourd’hui. »

Plus tard,  je le rappelle une deuxième fois. Je ne sais plus pourquoi. En rapport avec l’ordinateur. Il me dit qu’il est très malheureux. ça a un rapport avec sa femme. Je ne vais pas savoir ce qu’il en est. Il ne me dira pas ce qu’il en est.  Mais il me parle.

la petite fille

Vient une petite fille qui a l’air de penser qu’il faut nourrir le chat. Elle n’est pas seule. Je n’y pensais pas. Mais il y a dans sa présence, dans ce qu’elle dit, quelque chose d’intimidant. Je cherche donc de la nourriture. N’en trouve pas.

La petite fille s’apprête à donner à manger elle-même. ça m’embête. Je n’ai pas envie qu’elle se mêle de ça. Ni qu’on pense que je m’occupe mal de mon chat.

Après, je cherche mon chat, et son copain, mais je ne les trouve plus. chats perdus. aussi parce qu’ils sont maintenant très nombreux. très très nombreux. Je me dis que parmi eux je dois arriver à distinguer des bébés chats. sinon, de jeunes chats. je pense que les jeunes chats ne sont pas toujours faciles à distinguer des chats adultes. ils sont un peu plus petits, plus fins. mais je n’en vois aucun.

Les chats se transforment en pigeons.

un chat (S1) – son copain (S2) – des chats (essaim d’S1) qu’une petite fille veut nourrir – des pigeons (viennent remplacer les chats).

Je remarque qu’un certain nombre d’entre eux (+/- 4) portent des gilets sans manche de couleur bleue (indigo) .  un peu à la façon dont les éboueurs ou les « agents » de la ville portent des gilets jaunes. je me dis que cela indique peut-être qu’ils « appartiennent » à quelqu’un, à une société, pour qui ils travaillent.

Deux d’entre eux ensuite deviennent plus grands et sont habillés de la tête aux pieds de vêtements de petite fille. ils ont quelque chose de grotesque, on pourrait vraiment croire que ce sont des humains. « Il ne leur manque que la parole. »

un chat (S1) – son copain (S2) – des chats (essaim d’S1) qu’une petite fille veut nourrir – des pigeons – des travailleurs urbains – 2 petites filles grotesques et muettes.

paris, retour, lundi, 17

f.  à son travail. sommes levés super tôt à Donn. pour revenir ici. bien sûr, paresseuse comme je suis me suis rendormie. vais devoir me remettre au boulot, moi aussi. et jules retourner au centre de loisirs (ce dont il ne sera pas content, « ils » le forcent à manger.)

l’oublié

Rêve

« Sur une scène.

Une scène de l’école – pas celle avec un grand E, la petite, celle des Dames; non, la plus petite, celle des Filles (de la Sagesse). Je faisais des spectacles là quand j’étais petite, de la danse. Mais dans le rêve, il s’agit de théâtre. Je suis la « principale » (comme en danse).

Je suis sur scène, je dois commencer. Mais je ne me souviens de rien.

Auto

écrit pour n’être ni lu ni relu

dans « auto-publication » il y a « auto- » (il y a « self-« )

le neuf de novembre je reprends une analyse

Événement Lacan (4) – après-coup et de l’analyste comme déchet

bon voilà, maintenant je suis devenue un peu plus morte.

tout de même, y a rien de plus éloigné de l’identification qu’un analyste, alors?

pouvoir, souplesse et force

curieux, tout de même, que ce rêve (sarkozy, carla) aie pu être « inspiré » par ce texte :

17. Certaines méthodes de pouvoir sont toujours efficaces, d’autres ne le sont jamais. Une méthode toujours efficace est appelée souplesse, une méthode qui ne l’est jamais est appelée force. Bien qu’elles soient aisées à connaître, les humains ne les connaissent pas encore. C’est pourquoi on disait dans la Haute Antiquité : « Le fort gagne grâce à moins fort que lui, le souple gagne grâce à lui-même. » Le premier est en danger lorsqu’il rencontre un égal, le second n’est jamais en danger. De qui utilise ces méthodes pour se commander soi-même, de qui les utilise pour commander le monde, on dit qu’il vainc sans le vouloir, qu’il commande sans le vouloir.

Yu Xiong dit : « Désires-tu la rigidité, obtiens-la par la souplesse. Désires-tu la force? Protège-la par la faiblesse. Recourir à la souplesse durcit, recourir à la faiblesse fortifie. Observe son recours et tu sauras l’avenir, bon ou mauvais, d’une personne. Le fort vainc par moins fort que lui et doit se durcir à qui le vaut. Le faible vainc par lui-même, sa force est incommensurable. »

Laozi dit : « Une arme puissante sera détruite. Un arbre robuste sera abattu. Souplesse et faiblesse sont conformes à la vie. Rigidité et force sont conformes à la mort. »

Traité du vide parfait, Lie tseu, « L’empereur jaune », pp. 52, 53.

à quelqu’un

je voudrais dire que je suis très fatiguée. juste le dire.

(Oui, j’ai rêvé. D’un homme qui me demandait ma voix.

(Oui, j’ai rêvé. D’un homme qui me demandait ma voix. Oui, j’ai rêvé encore. Ou plutôt non, une voix, la nuit, est venue m’a expliqué cette lettre que je m’étais adressée et que mon père m’avait donnée, m’a expliqué comment cette lettre tournait autour de mon père, ou plutôt comment mon père était venu se placer là, par hasard, au lieu du retour de cette lettre vers moi. Mais je n’ai pas bien retenu et ça n’a pas beaucoup d’importance. C’est juste un peu drôle (ces explications théoriques qui me viennent la nuit, poursuivent mes élucubrations). Il y a deux nuits, je n’ai pas du tout dormi trop inquiète à propos de tout ce travail que j’ai. La nuit passé, j’ai pris un somnifère. Entre les deux, il y a eu nous, je veux dire lui et moi. Tout autour des hormones inquiètes qui voletaient. Il y a trois jours, je me suis dit, non, je ne me plaindrai pas auprès d’eux, il faudra qu’à l’avenir que je fasse en sorte de n’avoir plus à me plaindre. A d’autres moments, je pense que voilà, maintenant, c’est comme ça, il faut que je fasse, tête baissée tous ces boulots, que je les termine, et un jour, ce sera fini. Dans un avenir probablement pas proche, mais, on n’y peut plus rien. )

Jacques-Alain Miller, Lire

« … Et donc, tout bien pesé, j’ai choisi le titre suivant : lire un symptôme, to read a symptom. Ceux qui lisent Lacan ont sans doute ici reconnu un écho de son propos dans son écrit ‘Radiophonie’ que vous trouvez dans le recueil des Autres Écrits, page 428. Il souligne là que le juif est celui qui sait lire. C’est ce savoir lire qu’il s’agira d’interroger en Israël, le savoir lire dans la pratique de la psychanalyse. Je dirais tout de suite que le savoir lire, comme je l’entends, complète le bien dire, qui est devenu parmi nous un slogan. Je soutiendrais volontiers que le bien dire dans la psychanalyse n’est rien sans le savoir lire, que le bien dire propre à la psychanalyse se fonde sur le savoir lire. Si l’on s’en tient au bien dire, on n’atteint que la moitié de ce dont il s’agit. Bien dire et savoir lire sont du côté de l’analyste, c’est son apanage, mais au cours de l’expérience il s’agit que bien dire et savoir lire se transfèrent à l’analysant. En quelque sorte qu’il apprenne, hors de toute pédagogie, à bien dire et aussi à savoir lire. L’art de bien dire, c’est la définition de cette discipline traditionnelle qui s’appelle la rhétorique. Certainement la psychanalyse participe de la rhétorique, mais elle ne s’y réduit pas. Il me semble que c’est le savoir lire qui fait la différence. La psychanalyse n’est pas seulement affaire d’écoute, listening, elle est aussi affaire de lecture, reading. Dans le champ du langage sans doute la psychanalyse prend-elle son départ de la fonction de la parole mais elle la réfère à l’écriture. Il y a un écart entre parler et écrire, speaking and writing. C’est dans cet écart que la psychanalyse opère, c’est cette différence que la psychanalyse exploite.

[…]

Lire un symptôme […] consiste à sevrer le symptôme de sens. C’est pourquoi d’ailleurs à l’appareil à interpréter de Freud – que Lacan lui-même avait formalisé, avait clarifié, c’est-à-dire le ternaire œdipien – Lacan a substitué un ternaire qui ne fait pas sens, celui du Réel, du Symbolique et de l’Imaginaire. Mais à déplacer l’interprétation du cadre œdipien vers le cadre borroméen, c’est le fonctionnement même de l’interprétation qui change et qui passe de l’écoute du sens à la lecture du hors-sens.

Quand on dit que la psychanalyse est une affaire d’écoute, faut s’entendre, c’est le cas de le dire. Ce qu’on écoute en fait c’est toujours le sens, et le sens appelle le sens. Toute psychothérapie se tient à ce niveau-là. Ça débouche toujours en définitive sur ceci que c’est le patient qui doit écouter, écouter le thérapeute. Il s’agit au contraire d’explorer ce qu’est la psychanalyse et ce qu’elle peut au niveau proprement dit de la lecture, quand on prend de la distance avec la sémantique – là je vous renvoie aux indications précieuses qu’il y a sur cette lecture dans l’écrit de Lacan qui s’appelle « l’Etourdit » et que vous trouvez dans les Autres Ecrits page 491 et suivantes, sur les trois points de l’homophonie, de la grammaire et de la logique.

La lecture, le savoir lire, consiste à mettre à distance la parole et le sens qu’elle véhicule à partir de l’écriture comme hors-sens, comme Anzeichen, comme lettre, à partir de sa matérialité. Alors que la parole est toujours spirituelle si je puis dire et que l’interprétation qui se tient purement au niveau de la parole ne fait que gonfler le sens, la discipline de la lecture vise la matérialité de l’écriture, c’est-à-dire la lettre en tant qu’elle produit l’événement de jouissance déterminant la formation des symptômes. Le savoir lire vise ce choc initial, qui est comme un clinamen de la jouissance – clinamen est un terme de la philosophie des stoïciens.

L’interprétation comme savoir lire vise à réduire le symptôme à sa formule initiale, c’est-à-dire à la rencontre matérielle d’un signifiant et du corps, c’est-à-dire au choc pur du langage sur le corps. Alors certes pour traiter le symptôme il faut bien en passer par la dialectique mouvante du désir, mais il faut aussi se déprendre des mirages de la vérité que ce déchiffrage vous apporte et viser au-delà la fixité de la jouissance, l’opacité du réel. Si je voulais le faire parler, ce réel, je lui imputerais ce que dit le dieu d’Israël dans le buisson ardent, avant d’émettre les commandements qui sont l’habillage de son réel : « je suis ce que je suis ». »

→ lire l’intervention de jacques-alain miller au congrès de la NLS en avril 2011 sur le site de l’AMP

#7468

et de nuit la pluie d’été

et toi qui dors

 

quand l’eau ruisselle / dans l’éclat géométrique des lampadaires / le vrombissement lent des voitures qui hésitent qui s’en vont / le cliquetis des griffes du chat sur le plancher / le chat est toujours

ou pas

le chat et notre enfant dort de fatigue, enfin la nuit enfin l’été et la pluie je peux fermer les yeux un instant

le campari sirupeux, la rape de la langue du chat sur le fond de la poêle

une calme fête

un court moment

je te souhaite

et je ne te réveillerai pas

#7481

je voudrais oublier partir. il faudrait pouvoir décider à un moment d’oublier. non pas mourir, mais oublier. effacer sa mémoire. savoir que l’on vit ses derniers instants avec elle, et puis pfuit. qu’elle s’efface. repartir à zéro.

.

cher,

je voudrais partir une semaine, loin de vous. laisser moi partir, une semaine, à bruxelles. restez sans moi. que je sois sans vous.

.

plus jeune, je rêvais d’être frappée d’amnésie.

.

l’écriture fait partie de la vie de each and single living human being.

. .

rêvé de MHB, marie-hélène brousse. elle faisait qq chose comme me remercier pour ce site, empreintes digitales, mes retranscriptions du cours de miller. elle me parlait gentiment, m’interrogeait. je lui répondais, fis un lapsus. nous en rîmes. j’en fus complètement étonnée. ma vie bascula. elle me parlait en toute confiance. non pas comme une potentielle analyste. il était question de savoir si je ferais ou pas sans analyste avec ce lapsus. elle me présentait à d’autres analystes. ils, elle en fait, me parlaient gentiment. je craignais de ne pas me souvenir d’eux, d’oublier leur nom. j’avais craint de parler à MHB et qu’elle se propose à moi comme analyste, mais non. elle m’écoutait, avec bienveillance intérêt, elle me laissait libre.

.

ensuite, rêvé de mes parents, qui se faisaient arnaquer, complètement. enlever même ce qu’ils n’avaient pas. oh, pourquoi. avaint-ils signé ça. trusted these people. non, cela n’était pas sûr, qu’ils se soient fait arnaqué. mais, moi, j’en étais sûre. le visage qui se couvrait de larmes des gens que j’accusais. les hoquets qu’ils retenaient. mais c’était trop tard. mes parents avaient signé. et même ce qu’ils n’avaient pas leur seraient enlevé. et nous n’aurions plus rien, vraiment. ma mère si excitée, d’avoir pris des « actions » (le produit de la vente) d’autant de magasins d’autant de villes qui me paraissaient inconnues, inexistantes.

ils étaient arrivés, nombreux. s’étaient introduits dans la maison, s’étaient installés dans le grand salon, autour d’une immense table aux hautes chaises, avaient convoqué mes parents. eux, dans la salle-à-manger, autour de la table, prenant doucement le thé en pijama. un peu vieux, un peu malade, mon père, surtout. et ils y étaient allés. avaient négociés avec ces hommes et ces femmes d’affaire. alors je m’étais enfuie. ne pas voir ça. j’avais bu à une table en face d’une femme qui mangeait, jolie, élégante. qui petit à petit parlait. nous buvions du champagne, rosé peut-être. elle s’avérerait être une serveuse du restaurant. élégante au moment de sa pose. je me rendrais sympathique au personnel, attendant la consommation de l’arnaque. puis mes parents seraient sortis, avec les hommes et les femmes d’affaires, heureux d’avoir tout donné, pensant s’engager dans une nouvelle vie où ils deviendraient enfin riches, ayant peine à y croire, étourdis de cela. faibles, fragiles. et tout de suite, je sais, je crois savoir, je soupçonne, la totale arnaque. et ces hommes et ces femmes d’affaires, je les injurie. d’avoir pu prendre à ceux qui avaient le moins. d’avoir plongé dans le malheur des gens sans le moindre égard, la moindre pitié, l’indifférence crasse. et eux déjà partaient, cherchaient à s’introduire dans d’autres appartements de la maison, malgré l’heure tardive de la nuit, déjà.

tout leur serait enlevé, à mes parents. tout et même plus que tout. et nous finirions à la rue.

Publié le
Catégorisé comme RÊVES

#7488

hier vu gentil docteur g. qui souligne le lien entre « tumeur » et « suicide » – les angoisses dont je dis qu’elles ne me prennent que quand je fume, cela découvert récemment, liées je dis, liées je crois à ma maladie aux dents qui se propage à la mâchoire, aux oreilles, à la gorge, puis, au cerveau. le moment de la propagation au cerveau est le moment faux. ça n’est pas à proprement parler au cerveau (c’est à l’alma mater, la dure mère, les méninges). la conviction qui me prend alors d’avoir la maladie de la mort, une tumeur, un cancer. d’être celle qui sait qu’elle va mourir, qu’elle meurt. le sentiment physique que j’en ai. et le désir insoutenable qui me vient que ma tête soit fracassée. crâne.  et alors la pensée du suicide qui revient. cela que je lie maintenant à la cigarette, et à ma maladie des gencives. la certitude liée à cela. ce sentiment que tous les os de ma tête sont malades.

alors il suffirait d’arrêter de fumer. mais l’addiction.

fume dents mâchoire os oreilles crâne maladie mort tumeur marteau fracasse fracasse encore refracasse meurs meurs meurs vrille . mortitude . tumeur suicide certitude finir

seule possibilité de doute : s’il n’y avait rien pas de maladie pure invention névrotique. mais il n’y a pas de doute. il y a la présomption du doute de l’autre. et qui est l’autre. l’autre est le langage.

j’ai le sentiment physique de la mort, dans mon crâne. mais pourquoi faut-il que ça se retourne contre moi pourquoi faut-il que ça vienne à s’accompagner de ce fantasme masochiste de la tête fracassée. fracassée encore et à nouveau?

j’ai la maladie de la mort, et c’est un cancer, et c’est une tumeur, au cerveau. je le sens. je le sais. je le sais physiquement.

la certitude liée à cela que si je racontais à un médecin le pressentiment de ma maladie le sentiment physique de ma maladie la connaissance de ma maladie en dehors et malgré l’absence de diagnostic médical il ne me croirait pas il ne m’écouterait pas. le sentiment que c’est pourtant la dernière l’ultime des choses que j’aie à dire : cette présomption de ma mort. avoir été celle qui aura su qu’elle mourait dans son corps et contre et en dépit l’opinion générale et médicale. le point de délire. cela que je suis seule à savoir que nul ne peut croire. mais pourquoi est-ce que cela se retourne contre moi? pourquoi le fracassement du crâne des os du crâne de la mâchoire ? quelle traduction? quelle déviation? pourquoi la tumeur devient-elle suicide? nécessité de suicide? Dr G dit ce sont les mêmes signifiants. je m’applique la tumeur. mais c’est idiot. je meurs et c’est bien comme ça. pourquoi la violence et ces gestes de fracas pourquoi m’appliquer à moi-même ce dont je supposerais que l’autre veut m’appliquer m’applique : tu meurs. non, je meurs. point barre. où je reçois de l’autre mon propre discours sous sa forme inversée / jamais rien compris à ce truc. il n’y a pas d’explication. « ça parle. et ça sait pas. »

j’ai toujours fait cas du cerveau. je ne dis pas ça en conscience mais en mon âme et inconscience.

au moins les cervelles fraîches c’est tendre. je me donne. je madonne. je bedonne. je badine. avec la mort.

 

 

j’écris tout cela non pour être lue, mais pour me lire.

fracassemeur.

Sans titre

plus tard, tu me demandes

ce que je fais

je fais ce que je veux

puis je tremble

voilà, ce que je fais

.

cela est juste et bon

.

puis je prends un demi-solian

.

et ça devient mauvais

Sans titre

souvent, jules s’exprime par litote. exemple : « maman, le goûter, c’était pas trop. » curieux.

C’est ce qu’on découvre, c’est ce qui se dénude dans l’addiction, dans le «un verre de plus» …

L’addiction, c’est la racine du symptôme, qui est fait de la réitération inextinguible du même Un. C’est le même, c’est-à-dire précisément ça ne s’additionne pas. On n’a jamais le « j’ai bu trois verres donc c’est assez », on boit toujours le même verre une fois de plus. C’est ça la racine même du symptôme. C’est en ce sens que Lacan a pu dire qu’un symptôme c’est un et cætera. C’est-à-dire le retour du même événement. On peut faire beaucoup de choses avec la réitération du même. Précisément on peut dire que le symptôme est en ce sens comme un objet fractal, parce que l’objet fractal montre que la réitération du même par les applications successives vous donne les formes les plus extravagantes et même on a pu dire les plus complexes que le discours mathématique peut offrir.

« On pourrait dire en un sens qu’il n’y a qu’une personne analysée qui puisse raconter sa vie d’une façon plausible,

…puisque l’analyse est censée lui avoir permis de lever les refoulements responsables des blancs ou des incohérences dans la trame de l’incessant monologue du moi. Mais une fois complétée de cette manière, votre vie n’est plus racontable au tout-venant. Le démon de la Pudeur se dresse : il faut mentir, ou être indécent. Et puis, l’analyse fait éclater la biographie, elle polymérise la vérité, elle ne vous en laisse que des fragments, des éclats. »

→ Extrait de  l’intervention de jacques-alain miller au congrès de la NLS, 3 avril 2011

C’est ainsi que Joseph Jacotot se trouva par hasard, dans les années 1820, enseigner à des étudiants flamands dont il ne connaissait pas la langue et qui ne connaissaient pas la sienne,

C’est ainsi que Joseph Jacotot se trouva par hasard, dans les années 1820, enseigner à des étudiants flamands dont il ne connaissait pas la langue et qui ne connaissaient pas la sienne, par l’intermédiaire d’un ouvrage providentiel, un Télémaque bilingue alors publié aux Pays-Bas. Il le mit entre les mains de ses étudiants et leur fit dire par un interprète d’en lire la moitié en s’aidant de la traduction, de répéter sans cesse ce qu’ils avaient appris, de lire cursivement l’autre moitié et d’écrire en Français ce qu’ils en pensaient . Il fut, dit-on étonné de voir, comment ces étudiants auxquels il n’avait transmis aucun savoir avaient, sur son ordre, appris assez de Français pour s’exprimer très correctement, comment donc il les avait enseignés sans pour autant rien leur apprendre.

Il en conclut que l’acte du maître qui oblige une autre intelligence à s’exercer était indépendant de la possession du savoir, qu’il était donc possible qu’un ignorant permette à un autre ignorant de savoir ce qu’il ne savait pas lui-même, possible qu’un homme du peuple illettré permette par exemple à un autre illettré d’apprendre à lire. C’est là le deuxième niveau de la question, le deuxième sens de l’expression « maître ignorant » : un maître ignorant n’est pas un ignorant qui se pique de jouer les maîtres. C’est un maître qui enseigne – c’est-à-dire qui est pour un autre cause de savoir – sans transmettre aucun savoir . C’est donc un maître qui manifeste la dissociation entre la maîtrise du maître et son savoir, qui nous montre que ce qu’on appelle  » transmission du savoir  » comprend en fait deux rapports intriqués et qu’il convient de dissocier : un rapport de volonté à volonté et un rapport d’intelligence à intelligence .

Si l’explication est en droit infinie , c’est parce que sa fonction essentielle est d’infinitiser la distance même qu’elle se propose de réduire. La pratique de l’explication est tout autre chose qu’un moyen pratique au service d’une fin .

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