Vies de peintres! Comme la Vie de Lacan de Miller ! (que je n’ai jamais terminé!) Comme la Vie de mon père que je n’écrivis pas ! Pour lequel je suis seulement arrivée à faire un site internet : http://www.jacquesmuller.com – que je ne cesse d’oublier ! qui a récemment perdu, à cause d’un fournisseur inélégant, abusif (Gandi), son nom de domaine en .be (point be au lieu de point com, que j’ai dû acheter ensuite) ce qui lui a fait perdre toute sa notoriété sur internet…

« Je monte, je monte, je monte, et finalement j’arrive dans un grenier. Là, je me rends compte que Vincent ne m’a pas suivie, que je suis seule, qu’il m’a abandonnée une fois de plus. Qu’il est resté dans les étages en dessous, qu’il est resté plus bas, qu’il ne m’a pas suivie jusque-là.

Je vois que je suis seule au milieu du grenier et que n’ai pas de culotte.

Une longue barre traverse horizontalement le grenier, à deux mètres du sol environ. Le grenier n’a pas de limites, pas de murs, ou du moins, je ne les vois pas, la barre également est infinie. »

 

 

my life as a to do list



(l’en-faire du devoir)

 

un treillis sur la mer

rêve du 19 au 20 février 2011

avec ma mère. devons longer la mer, pour

parvenir quelque part au-delà. mais la longer directement n’est pas possible, trop d’eau (les « petites mers » disait ma tante), qui contient toutes sortes de petits objets de natures diverses et indéterminées.  il n’y a pas vraiment de plage, de sable, on se mouillerait.

devons longer maisons, faire un détour par la rue.  sur la droite – alors que la mer est à gauche. la rue monte. devons, moi en premier, mère suit, passer sur des passerelles instables, faites de bric et de broc,  de vieilles portes, de vieux morceaux de bois, posés sur des cordes, en désordre  les uns sur les autres, sans assemblage. c’est vraiment très précaire. à un moment donné,  la passerelle s’ouvre sous nous, nous laissant suspendues au-dessus du vide, tenons à peine à l’une ou l’autre encoignure dans le mur. une fenêtre s’ouvre, je supplie les gens qui sont là de nous aider, de nous permettre de passer par leur fenêtre.  ils referment leurs volets. sommes au moyen âge. je crie encore. je crie l’âge de ma mère,  je dis « je suis avec ma mère de 80 ans, moi-même j’ai plus de quarante ans« . ils finissent par nous ouvrir, nous laisser entrer. nous continuons notre chemin. il est toujours aussi difficile,  aussi dangereux.

après catastrophe sur catastrophe dans une maison.

suis dans salle de bain. sens de l’eau tomber du plafond, de +  en+ . pense que ca se passe quand on utilise de l’eau dans la cuisine qui y est juste à côté.  vais dans la cuisine, ouvre l’eau, bruit énorme dans salle de bain,  au plafond. j’y fonce elle est complètement inondée. plafond probablement prêt à s’effondrer. cette inondation se propage. il est question du loyer que  nous payons et de qui aura à payer les frais. sommes, je crois, en france, mais fait penser à sous-sol de la rue waelhem. en tous cas sdb et cuisine sont en sous-sol. ne sais pas avec qui j’habite. il y a de la famille, mais aussi de la famille d’aujourd’hui. je pense que c’est Frédéric qui a la bonne idée d’appeler les pompiers. idée que je n’aurais moi-même jamais eue, comme j’en étais déjà à envisager, effrayée, les travaux de réparation qu’il y aurait à faire, peut-être impossibles. mais, à qui que ce soit qu’il incombe de faire les travaux, eux seront à même de juger de la situation. de situer les causes, voire même de faire quelque chose.  je pense que décidément, f. a eu une très bonne idée.

ensuite, les pompiers arrivent. ils sont habillés en treillis tricolores, en tenue de combat. je les vois arriver de loin.

 

la "maison au-dessus" du garage, l'hiver dernier, vue du château. à gauche, la porte du garage. à droite celle du poulailler.

sommes maintenant en ardennes, au château. suis en haut d’une voiture qui ressemble à un 4×4, mais qui n’en est pas un. la voiture est noire. les battants latéraux ont été relevés de sorte qu’elle ressemble à un 4×4 ou à un camion, mais ce n’en est pas. je suis sur le toit de la cabine, invisible aux yeux des pompiers. je suis accompagnée d’une petite fille.

les travaux ont commencé. un tuyau est enfoncé dans un trou au sol, dans le garage – dont les portes sont largement ouvertes, qui font presque toute la hauteur et la largeur du mur, ouvrant complètement la pièce sur l’extérieur. je veux descendre du camion, voir ce dont il s’agit.  je veux participer au nettoyage de la chose qui a été remontée.  comme je ne suis pas très habillée,  j’enfile un large vêtement, je cois que les pompiers sont partis. je cours. un pompier me crie « très jolie dans ce survet!  mais pour courir, il faut mettre le bas« . je suis un peu gênée.  je m’approche du trou. la chose est affreuse. je dis « méconnaissable », il faut passer une sorte d’aspirateur dessus pour la nettoyer. elle est si horrible, si peu ragoutante que personne n’en n’a vraiment envie. il n’est pas sûr que cette chose ne soit pas organique, vivante, que sa forme ronde ne rappelle pas la forme d’une tête.

je m’éloigne. bientôt rattrapée par le pompier. je crois que je vais vers le château. le survêtement que je porte est également en imprimé camouflage. il est question de la couleur de la voiture. je crois qu’il est important qu’elle soit noire, et non pas  » treillis »,  camouflage. néanmoins, parce qu’elle pourrait être confondue, elle est cachée de façon assez sommaire puisqu’il ne s’agit que d’un assemblage de bâtons qui l’encadrent aux quatre coins, mais elle est dans un lieu sombre (le garage, refermé, le poulailler?) – un peu ainsi que le sont certains papes de Francis Bacon. il s’agit plutôt du signe, du signal d’un cadre, qui délimite plus qu’il ne camoufle, même s’il y a bien un peu de paille, ça et là.

travaux d’août (la jouissance qu’il ne faut pas, les à-moitiés)(les pas de la tortue)(mon fils achille)(l’infernal)

Total crash de mon gros PC ce matin. Et CDs d’insta(lation), pour la réparation, introuvables. Je suis sur le portable.

Travaux d’aménagement à avancer.

Un an après le déménagement,  toujours pas déballé mes caisses. Mes vêtements dans les rayons de la bibliothèque restée vide. Si je jetais mes livres? Si c’était ça qui était juste : des vêtements plutôt que des livres? Aucune caisse ouverte. Sauf celles des bouquins de psychanalyse. De nouveaux livres achetés.

La maman de M., quand elle vient ici pour la première fois, voit les disques de F, dit « Ah oui! Chez nous, c’est les livres! ». J’dis rien.

Ces livres que j’ai. Orgueil ? Stupidité ? Désir ? Désir de désir ? Souvenirs ? Souvenirs matériels ?

En vérité je n’aime rien tant que rien n’avoir. Et même mes livres me paraissent de trop. 

Travaux de peinture.

Pense que F n’aime rien tant que de réparer des PC, à quoi il est occupé.

Suis passée au travers de l’angoisse hier. Pour une fois su provoquer une chance, un bonheur. Ai commencé les travaux. En rêvant d’armoires à construire. Utilisant des outils ayant encore appartenu à mon père. Me remémorant les travaux que j’ai faits.

Souriant au souvenir du « Ne me quitte pas » si glamorousement chanté en anglais – une « musicassette » enregistrée au départ de disques de mon frère, ma voix essayant de superposer à celle de Marc Almond-, « If you go away », moi perchée sur une échelle dans un appartement encore vide, vide, ayant pour la première fois de ma vie détapissé, mes premiers vrais travaux, gaillardement entrepris, seule, à un 4°, ou 5°, étage, de l’avenue Paul Deschanel. D’un très joli appartement. Premier appartement. 3 pièces en enfilade, à la belge. Un déménagement fait en grande partie à vélo. Sauf pour ce qui est des livres, qui n’avaient pas alors encore de bibliothèques. Empilés probablement au sol.

Et plus tard, pour gagner de l’argent, toute la cage d’escaliers chez mes parents, une folie. Cette sorte de rancœur, alors. Moi, sur cet échafaudage. Raclant et enduisant. Une maison qui comptait plus de pièces que le château de Sabine.

Mais cette fois, pas d’angoisse. Une fois que je l’ai pénétrée, ainsi que je le disais hier, elle s’est dissipée. Il faut dire que j’ai exigé de F qu’il travaille à la maison, que je ne sois pas seule face à tout ça. Et je n’ai heureusement plus cette impression de mal faire à chaque geste que je fais.

(Plus tard, je m’étais mise à décaper. La peinture. Des meubles. Le plancher. Le plancher des 3 pièces en enfilade de …)

J’ai donné aujourd’hui une couche à l’une des deux portes à double-battants de la « salle de vie ». J’ai fait ce qu’il fallait. J’avais scotché hier chacune des petites vitres avec ce tape que j’aime bien, à cause justement des souvenirs. Des souvenirs de travaux bien faits et des conseils qui les avaient accompagnés, en compagnie de mes parents, de Marc aussi qui m’avait appris qu’il fallait commencer par 1/ laver les murs à la lessive Saint Marc, 2/ et puis les rincer. Je n’ai pas eu peur de mal faire. Et j’ai aimé les deux coulées, plus bas sur la porte, tandis que j’étais sur l’échelle, que je n’ai pas effacées. Je me suis souvenue de Vincent, rencontré plus tard, à Saint-Gilles, peintre en bâtiment, qui me disait « Quand t’es sur l’échelle, t’en descends pas, tu fais tout ce que tu peux, aussi loin que tu peux, d’où tu es, tu ne passes pas ton temps à monter et à redescendre ». J’ai été contre ma nature et du haut de l’échelle d’où je peignais le haut du premier battant, j’ai commencé le haut du deuxième battant, qui était à ma portée. Parce que, je ne sais pas quelle est cette nature, je me suis déjà beaucoup interrogée sur elle, mais ma nature me porte plutôt à  ne naturellement faire les choses qu’à moitié. Aussi, hier, comme je commençais, je m’étais dit : « Et je ferai les choses lentement. Aussi lentement que je le veux. Ce sera très lent, ce sera très bien. » Puis aujourd’hui, ce souvenir de Vincent,  son conseil que je me retrouve à suivre, et tout d’un coup la porte est peinte. Et je décrète qu’il lui faudra une deuxième couche demain. Ouf. La chose n’est terminée qu’à moitié.

Il me faut quant à moi toujours faire les choses une à une et par quartier. Jules ne fonctionne pas du tout comme ça. Il m’apprend des choses. J’essaie de faire comme lui. Lui, à la laverie, ne ressort pas les vêtements les uns après les autres, il tente de les prendre tous. Voilà. c’est beaucoup plus efficace. Dramatiquement. Et dans l’autre sens, ça marche aussi. On peut essayer d’enfourner dans une machine toute une lessive à la fois. Si mon fils de 6 ans peut s’attaquer à ce genre de monstruosité, je peux faire ça aussi. Et il ne faut surtout pas que je contredise cela chez lui. Il faut bien, qu’il y ait des gens, qui aillent un peu vite. Un peu vitement comme disait ma grand-mère.

Alors, je me suis souvenue d’une séance avec D, où je m’étais demandée à haute voix s’il ne s’agissait pas chez moi d’une façon de rester à l’intérieur de la limite, une avancée façon tortue. Et ça lui avait terriblement plu. C’était il y a 10 ans peut-être. 20? Aujourd’hui ça me gêne moins. Ce qui me gêne c’est de n’être pas sûre du pourquoi et du comment. Parce que la limite, pour moi, elle est assez insupportable à franchir. Alors je ne sais pas s’il faut mettre ça du côté de la jouissance féminine, de l’infinitisation de l’espace ouvert entre 0 et 1. Ou de l’obsessionnel. Car ça n’est pas pareil.

Et hier matin je m’étais dit, après avoir une fois de plus rêvé de travaux, je m’étais dit, je ne cesse de rêver de travaux, or moi, j’en ai encore plein, à faire, des travaux.

Hier je lisais que ce qui se découvre dans une analyse, c’est comment l’impuissance est ce qui vient recouvrit l’impossible.  Comment le sentiment de l’impuissance vient recouvrir le sentiment de l’impossible. Mon sentiment d’impuissance recouvre mon incapacité, l’impossible même de ressentir l’impossible. Et l’impossible est l’un des noms de la jouissance.

La jouissance est une limite dit Lacan dans Encore, un saut.
Je ne sais pas ce qui rend possible ce moment du saut.
En-deçà du saut, du passage à la limite, dans les pas de la tortue, qui avance dans l’infinitésimal, l’infinie division par deux, c’est aussi une jouissance, c’est l’Autre jouissance, c’est le champ dit par la Lacan de la jouissance féminine.
Sortir de ce champ constitue  un forçage. Je ne sais pas. Mais la sortie est pour moi angoissante. L’entrée est angoissante. Et la sortie est angoissante. L’entrée est angoissante parce que je sais qu’il n’y a peut-être pas de sortie. Donc, ce que je pense être le «champ dit de la jouissance féminine» n’est peut-être pas celui auquel Lacan pensait. Mais un autre. Le passage, le saut à la limite auquel je pense, le « forçage » est celui qui va entériner un accomplissement, l’accomplissement d’un désir. Or, c’est pour moi ce qui est impossible, littéralement, inadmissible, la chose impossible à admettre. Un désir doit rester non pas interdit mais inassouvi, informulé. Donc, ce moment que je désigne comme celui du passage à la limite, est le moment où le désir s’accomplit, prend forme, se montre. Une porte est peinte dans la couleur que je voulais. Une paire de chaussure est achetée. Et tout de suite : «Ce n’est pas ça». «Ce n’est pas ça» que Lacan applique à la jouissance, qui est toujours celle qu’il ne faut pas, qui appelle toujours pour lui un «Ce n’est pas ça », s’applique pour moi au moment du désir, de l’accomplissement. Et l’accomplissement du désir pourrait servir également à désigner la jouissance. Est-on ou pas d’accord? Cela je ne le saurai jamais. Il y a la jouissance dans l’oubli du désir, dans le faire même, et il y a celle du moment où la chose est faite, est là. Et désir et jouissance sont pour moi à ce point immixés que je n’arrive pas du tout à penser ces choses.

Or, le moment du faire, dans l’infinitisation de la division, dans la perpétuelle remise du moment de la finition, n’est pas toujours délicieux, il arrive qu’il soit plutôt infernal. Vécu comme absolument impossible, dans un perpétuel questionnement sur ce qu’il y a à faire, sur ce que je devrais faire, et dans un perpétuel sentiment que ce que je fais est mal, n’est pas ce qu’il faut faire. Ça c’est ce qui m’a empêché de faire pendant toute cette année. Et là, je pressens qu’il y a quelque chose qui s’immisce qui est de l’ordre du sentiment du devoir, l’enfer du devoir, et que ce devoir, cette obéissance, ce désir d’obédience, est ce qui ment, est ce qui vient à la place d’autre chose. Un peu comme quand je disais l’impuissance est venue recouvrir l’impossible. C’est un moment où j’entreprends quelque chose, le plus souvent forcée, et à force de l’avoir remise, alors que je suis dans un sentiment trop important d’un Autre qui voudrait que je fasse cette chose. A un moment où d’avoir déjà trop procrastiné, c’est-à-dire de mettre mise sous la coupe d’un Autre que je fais ainsi exister, je suis en trop grand conflit avec cet Autre que ma procrastination même a mise au monde. Je veux une chose, il faut le faire, je ne le fais pas, d’ailleurs je ne sais pas par où commencer, ni je ne sais comment, je remets de le faire donc je dois le faire, c’est l’enfer. Et là, c’est la mécanique obsessionnelle de non reconnaissance du désir. Me dis-je. Je n’assume pas mon désir, je le postpose, je l’attribue à l’Autre. Ce n’est pas moi qui veut, c’est l’Autre. Et la chose que je voulais se transforme en obligation, me confine dans un sentiment d’impuissance et d’angoisse. Le doute m’envahit. Faut-il que je peigne maintenant vers la droite ou vers la gauche. N’aurais-je pas dû commencer par le bas. Etc. Donc il faut pouvoir avant d’entreprendre une chose au moins au minimum soutenir et défendre le désir qui la soutient. Si ce désir ne s’assume pas, la chose devient infernale. C’est encore la jouissance. Mais infernale.

Top