Aucun choix qui ne se soit avéré impossible, à chaque croisée de chemins emmurée. Ciel qui à certains parle, muet sans me voir, image d’un corps inatteignable, moins doué d’amour que d’extases hors durée. Vint celui qui m’a donné le souffle. Celui ou celle. Au corps d’une voix blanche traça des allées, donnant enfin retours et soif. Du doigt de la voix et des noms. (Enfin retours et soif. Du doigt de la voix. Et des noms. Enchantés. Oh, te salue au nom d’aucune.) Oublier l’entendement. Hasard dodelinant des syllabes auxquelles obéir sans crainte, qui vous glissent sur les veines, qui vous glissent dehors dedans. Galopent cataclop. Et soif. Un corps reçoit ses noms.Un corps…
Au nom d’aucune
— lundi 4 oct. 2021, 09:46
très tôt
très tôt me suis couchée sur la roue du temps corps imprimé dans l'engrenage pour pas tomber je ferme les yeux quand ça tourne vite je dors parfois m'élève et souris au sort
cordelette à noeuds
tôt, enfantetrès tôt, dès enfantecouchée sur roue dans noir du tempssouriante ou oubliéeoublianteselonroue dentée mais pas pleurmême paslourdcorps de lettres plombéd'orà 10 points à 10.000 à l'infiniunivers compactunivers contacttuvois l'actée: je prends ta main tu prends ma main, la bornededans le temps mord signé: caramba corps raté
sur nos joues émues
ma mère l'oiseau ta jolie tête penchée ton petit bec piquant la moire de tes yeux tes plumes toutes de soie tu veilles sur nous tu nous dis entends-tu comme le tu est rouge brun, comme la terre d'où tout revient c'est l'envers de la grammaire qui tire son teint des beaux oiseaux tu nous dit et comme ce ta là est vert, émeraude qui accompagne l'objet de tes rêves vif et chaud tandis que le doux veille est rose nous dit-elle de sa langue oiseau, qui tapote tricote faufile faucille ses pattes laissent tranquilles signes comme des baisers de cils
ma mère l’oiseau
ma mère l'oiseau ta jolie tête penchée ton petit bec piquant la moire de tes yeux tes plumes toutes de soie tu veilles sur nous tu nous dis entends-tu la couleur du tu, comme la terre d'où tout revient c'est l'envers de la grammaire qui tire son teint des beaux oiseaux tu nous dis de la syllabe murmurée bulle entends-tu le vert l'émeraude du secret de tes rêves nous dit-elle de sa langue oiseau, qui tapote tricote faufile faucille ses pattes nous laissent tranquilles signes comme des baisers de cils oct 21/nov 22 - atelier Laura Vazquez (Christine Lavant)
face à la mer
j'avais marché longtemps, le jour était tombé sans que je m'en aperçoive. quand survint un bruit extraordinaire. c'était face à moi. j'eus beau scruter, c'était regarder le noir dans le noir, étendue verticale, mur vivant, immobile, d'où émanait un rugissement. j'étais arrivée face à la mer. et c'était comme si je contemplais l'immensité de son son opaque. si je n'eus pas peur, je fus prise d'un sentiment d'étrangeté, en un instant habitée par ce mur jusque là insoupçonné. je ne fus pas longue à reprendre le chemin de l'hôtel. c'était le premier jour des vacances. le premier soir.
tu je 1, 2 et 3
tu je 1 tu vois il n'y a plus du tout de je il n'y a plus du tout de tu (on dirait) et je parle à je je lui dis qui es-tu je me dis qui est tu qui est tue et surtout que dis-tu que dit tue et pourquoi ? est ce tu (des profondeurs) tu es je je vois-tu ça me tue ça tue je ça je tue puis tu dis mais à qui tu te tues tu te tues tu te tues tu redis mais à qui ? et pourquoi ? tu je 2 que tu dis que tu dis que tu dies et que du que je dis que…
Mon identité tient mal
— "Qu'y a-t-il dans un nom ?"
Mon identité tient mal. Ou tiendrait mal. Parce qu'il y a un moment où quand l'identité tient mal, le sens ne tient plus très bien la route. À moins que ce ne soit le contraire. Parce que le sens ne tient pas, l'identité ne tient pas. Mais je ne pense pas. C'est depuis ce problème de départ avec ce que serait mon identité que le sens s'est pour moi souvent teinté de doutes, voire s'est annulé, annihilé. Je précise que c'est là où l'identité tient à un nom, à un prénom accolé à un nom de famille, un patronyme, que cela me pose problème. Je n'arrive pas à relier ma personne, qui existe bien pour…
La voix de ma tante
Aujourd'hui, j'ai compris combien c'est ta voix qui me manqueCe dont tu vois je ne me doutais pasC'était tous les ans la même chose, à cette époque de la grande fêteJe me trouvais soudain plus seule encore qu'à l'habitudeDes jours durant, agitée, abattueMalgré moi plongée et replongée dans un passéDont l'éclat me revenait par bribesCelui des papiers brillantsSurtout celui de ta voix riantQui s'élançait dans l'escalier traversait la maison envoyait ses ordres s'adressait aux uns et autres et lançait un maelström d'activités pour préparer la fêteDes jours et des jours durant, année après année, les mêmes gestes répétés Je te suivais me glissais dans ton sillage à l'abri de ton ombre, je pouvais agir. Te…
sans titre – Peut-être ne suis-je rien qu’un corps posé là dans le noir
— Atelier rien nulle part (essai 1)
Peut-être ne suis-je rien qu'un corps posé là dans le noir dans la chaleur d'un lit une grande main étrange posée ouverte sur la peau du ventre. Le temps que ça dure c'est l'infini. Et puis, levée tout autre pour boire un café. Dans l'obscurité trébuche vers la lumière le temps d'apercevoir les fesses d'un autre corps posé là qui émergent d'une couette repoussée. Mes cheveux je devrais les couper je pense sans leur jeter un oeil dans le miroir de la salle de bain où je me couvre d'un peignoir. Dans le couloir me pencherais-je ou pas sur le chat qui vient vers moi. Je n'ai toujours pas de nom. La question qui se…
FORMULAIRE / RÉSUMÉ
— Atelier rien nulle part (essai 2) (que ce qui est à dire ne fasse que s'annoncer)
C'est avec ce texte, je crois, que j'ai été au plus proche de la consigne proposée par Laura Vazquez, même s'il est trop long, cherche encore sa forme, sa voix. Son mot d'absence. Il tire son départ de l'idée d'un formulaire à remplir, formulaire quelconque, type, l'un de ces écrits administratifs dont il est tellement impossible de répondre, qui vous réduit aux signifiants attendus de votre identité comme unité de production. Par excellence le genre d'écrit qui ne laisse aucune place à ce qui ne pourrait se dire, et sur la base duquel cependant notre société se construit. C'est ma façon de tenter de me rapprocher du poème de May Ayim, "objet : candidature", qui se…
chair
— Atelier rien nulle part (essai 3)
Sur les étals, piquer les viande d'étiquettes écrites de leur sang clair, que la vent ou la pluie délave ou ré-écrit. Attendre la patience d'un enfant pudique et consciencieux pour les couvrir de papiers décorés. Ou le désir d'une jeune fille un peu folle.
Quel nom
— Atelier rien nulle part (essai 4)
Quel nom pour qui n'a de cause que de ce qui s'absente de toute représentation, qui n'a de cause que ce qui rate. Consentir au semi-ratage comme antidote. Rater jusqu'au ratage. Et quelle présence physique ? Quel atour ? Ou quel trou dans le miroir ? Ou encore : ce qui n'est pas nommé existe. Tressaille le corps estampillé d'un nom. Baptême. Miracle d'une trahison par où s'engouffre l'affre du désir et de l'amour. Errance de ce qui avance sans nom. Miroirs recouverts se fier au seul regard aimant, à la parole donnée. Avancer les bras tendus devant soi, recueillants la certitude.
c’est une question toutes ces photos, toutes ces photos que l’on prend,
— Atelier rien nulle part (essai 5)
Re: c'est juste ce que vous dites. c'est une question toutes ces photos, toutes ces photos que l'on prend, qui ne peuvent rien contre la nostalgie la perte la mort, qui convoquent à un autre effort, à un nouvel effort, à d'autres tentatives, pour faire venir à la représentation ce qui est là, ce qui est là qui nous enchante et nous échappe. vous dites que vous avez tout vu, que vous avez tout vu et que vous n'avez rien vécu. vous vous voyez voir et n'y être pas, pas là, à la chose vue, à l'instant de la chose vue, mais derrière l'appareil, le téléphone. n'y étiez-vous? vraiment ? et pensez-vous que vous auriez…
Un objet La pensée glisse
— Atelier Laura L Vazquez (avec François Durif et Gaëlle Obiégly)
Prends un objet au hasard Je prends mon corps et la nuit et leur mauvaise rencontre Prends un objet au hasard Je prends l'œil qui s'ouvre et le désespoir Fenêtre ouverte sur la nuit et l'absolue nécessité de ne plus penser à rien Fermer l'oeil, vider l'angoisse dans le silence de la nuit, constituer son épaisseur, s'y loger. Penser : lourd, rejoindre la gravité, s'enfoncer dans le matelas. Se couler dans l'étendue du corps qui devient Un et infiniment divisible, extensible en et hors lui. Dedans, à l'intérieur, naviguer d'un lieu à l'autre, d'une cuisse à la hanche, de la hanche à la main proxime, couler dans les tubes du bras, etc. La matière…