lundi 4 octobre 2021 · 19h27

Au nom d’aucune
— lundi 4 oct. 2021, 09:46

Aucun choix qui ne se soit avéré impossible, à chaque croisée de chemins emmurée. Ciel qui à certains parle, muet sans me voir, image d’un corps inatteignable, moins doué d’amour que d’extases hors durée.

Vint celui qui m’a donné le souffle. Celui ou celle. Au corps d’une voix blanche traça des allées, donnant enfin retours et soif. Du doigt de la voix et des noms.

(Enfin retours et soif. Du doigt de la voix. Et des noms. Enchantés. Oh, te salue au nom d’aucune.)

Oublier l’entendement.

Hasard dodelinant des syllabes auxquelles obéir sans crainte, qui vous glissent sur les veines, qui vous glissent dehors dedans. Galopent cataclop. Et soif.

Un corps reçoit ses noms.
Un corps reçoit ses noms!
Cloches.
Baptêmes contre anathèmes.

Rugissez. Ici le bas-ventre né chapeauté. Y tirer les gouffres. Coulées de douceurs, résons d’écritures, renversée.
Les yeux. Noyés de bois verts, de bois vie.
Telle est l’ardeur : ce puits.
Se lève. À tes lèvres,

« Nous comprenons l’écriture qui chauffe et qui brûle. »
« Qui chauffe au bois. »

(D’après Lève bas-ventre de Gertrude Stein – Atelier d’écriture Laura Vazquez)


Les ateliers d’écriture Laura L Vazquez:

https://www.instagram.com/lesateliersdecriture/

vendredi 22 octobre 2021 · 15h46

cordelette à noeuds

tôt, enfante
très tôt, dès enfante
couchée sur roue dans noir du temps
souriante ou oubliée
oubliante
selon
roue dentée mais pas pleur
même pas
lourd
corps de lettres plombé
d’or
à 10 points à 10.000 à l’infini
univers compact
univers contact
tu
vois l’actée: je prends ta main tu prends ma main, la borne
dedans le temps mord

signé: caramba corps raté

dimanche 24 octobre 2021 · 15h50

sur nos joues émues

ma mère l’oiseau
ta jolie tête penchée ton petit bec piquant
la moire de tes yeux
tes plumes toutes de soie
tu veilles sur nous
tu nous dis
entends-tu comme le tu est rouge brun, comme la terre
d’où tout revient
c’est l’envers de la grammaire
qui tire son teint des beaux oiseaux
tu nous dit
et comme ce ta là est vert, émeraude qui accompagne l’objet de tes rêves
vif et chaud
tandis que le doux veille est rose
nous dit-elle de sa langue oiseau, qui tapote tricote faufile faucille
ses pattes laissent tranquilles signes
comme des baisers de cils

dimanche 24 octobre 2021 · 19h20

ma mère l’oiseau

ma mère l’oiseau
ta jolie tête penchée ton petit bec piquant
la moire de tes yeux
tes plumes toutes de soie
tu veilles sur nous
tu nous dis

entends-tu la couleur du tu, comme la terre
d’où tout revient
c’est l’envers de la grammaire
qui tire son teint des beaux oiseaux
tu nous dis

de la syllabe murmurée
bulle
entends-tu
le vert l’émeraude du secret de tes rêves

nous dit-elle de sa langue oiseau, qui tapote tricote faufile faucille
ses pattes nous laissent tranquilles signes
comme des baisers de cils

oct 21/nov 22 – atelier Laura Vazquez (Christine Lavant)

jeudi 4 novembre 2021 · 15h53

face à la mer

j’avais marché longtemps, le jour était tombé sans que je m’en aperçoive. quand survint un bruit extraordinaire. c’était face à moi. j’eus beau scruter, c’était regarder le noir dans le noir, étendue verticale, mur vivant, immobile, d’où émanait un rugissement.
j’étais arrivée face à la mer. et c’était comme si je contemplais l’immensité de son son opaque.
si je n’eus pas peur, je fus prise d’un sentiment d’étrangeté, en un instant habitée par ce mur jusque là insoupçonné. je ne fus pas longue à reprendre le chemin de l’hôtel.
c’était le premier jour des vacances. le premier soir.

lundi 21 mars 2022 · 11h01

tu je 1, 2 et 3

tu je 1
tu vois
il n’y a plus du tout de je
il n’y a plus du tout de tu
(on dirait)
et je parle à je
je lui dis
qui es-tu
je me dis
qui est tu
qui est tue
et surtout
que dis-tu
que dit tue
et pourquoi ?
est ce tu
(des profondeurs)
tu es je
je vois-tu
ça me tue
ça tue je
ça je tue
 
puis tu dis
mais à qui
tu te tues tu te tues tu te tues
tu redis
mais à qui ?
et pourquoi ?

tu je 2
que tu dis que tu dis que tu dies et que du
que je dis que je dis que je die et que jus
que je mie que je tie que je die et que tu
que tu zides, que tu dizes, que tu dizes et que zu

tu je 3
que tu gies, que tu gies, que tu gies, et que jus
que tu gies, que tu gies, que tu gies, et que ju
que tu gies, que tu gises, que tu gises, et que j’us
que tu mises, que je tises, que je tuses, et que j’eus
que je rie que tu dies, que tu filles, et que dû que je gie,
que je gie, que je gie, et que j’eus
que je gie, que je gise, que je gise, et guedu
que je sus, que je mû, que je nue
et guedu

Atelier Anne Sexton

dimanche 18 septembre 2022 · 18h01

Mon identité tient mal
— "Qu'y a-t-il dans un nom ?"

Mon identité tient mal. Ou tiendrait mal. Parce qu’il y a un moment où quand l’identité tient mal, le sens ne tient plus très bien la route. À moins que ce ne soit le contraire. Parce que le sens ne tient pas, l’identité ne tient pas. Mais je ne pense pas. C’est depuis ce problème de départ avec ce que serait mon identité que le sens s’est pour moi souvent teinté de doutes, voire s’est annulé, annihilé.

Je précise que c’est là où l’identité tient à un nom, à un prénom accolé à un nom de famille, un patronyme, que cela me pose problème. Je n’arrive pas à relier ma personne, qui existe bien pour moi, à mon nom. Quelque chose en moi s’y refuse. Ce nom, dont il est cependant usé dans les administrations, les hôpitaux, les invitations, par les amis, par des vendeurs, pour des colis ou des factures, est pour moi comme une enveloppe vide, morte. Dans les lettres cependant, dans la correspondance, cette enveloppe trouve tout son sens. S’anime, vibre, vit. Et me remplit et se remplit.

De même à chaque fois que je suis nommée, quand il ne s’agit pas de l’appel dans une cour d’école, par exemple, c’est comme si je recevais une nouvelle fois mon nom, un nom. C’est un baptême à chaque fois. Un tressaillement. Alors, l’enveloppe rejoint sa lettre, le contenant son contenu…

Attacher mon nom à ma personne me pose un problème. Sans que je sache vraiment lequel. Sans que je le comprenne. Une étrangeté.

Une vie vouée à l’anonymat.

Il est possible qu’un jour je trouve une explication à cet état de fait, peut-être plus commun que je ne le crois. Dont on imagine mal ce qu’il peut entraîner comme handicap dans l’accomplissement de sa vie.

Il aurait fallu que je me fasse un nom, que je me fasse ce nom. J’ai été tentée souvent d’en prendre un autre, un pseudo, un nom d’artiste. Mais curieusement alors mon identité me paraissait tronquée. Divisée. Et c’était comme devoir assumer deux vies différentes. Dont l’une n’est pas la mienne.

Exactement comme si le manque d’adhérence à mon nom m’identifiait plus authentiquement qu’aucun nom. Mon manque à mon nom. Était ce qui réclamait reconnaissance.

En même temps, je me connais en tant que Véronique Müller. Intimement. Je me reconnais. Et peut-être que les années d’analyse ont-elles servi à cela, dans le secret du cabinet, nourrir l’identité, le nom – le symptôme. Et qu’il faudrait que j’examine à quel endroit, à partir de quelle zone limite, ça ne fonctionne plus, l’usage du nom. À moins que je ne le sache déjà.

Le symptôme n’est pas ce qui trouve à s’inscrire, à s’insérer le plus facilement dans le discours contemporain.

Mon nom traînerait toujours avec lui le poids de l’intime, dont il ne se départirait pas.
Contrairement donc à ce que j’affirmais d’abord.
Non pas étrange, mais trop intime.

Que je m’y sois liée par la psychanalyse et par l’intime, le réel. Le secret.

Du coup lui aussi toujours trop nu. Pour les mondanités trop légèrement vêtu.

Du coup, plutôt que dans les astres, je parlerais d’ancrage du nom dans la matière de qui s’est tramé, de ce qui a pu se tramer d’histoires autour et au départ de son réel, ce qui au fil des séances s’y est brassé et accordé de jouissance, venant s’inscrire à même le corps, faisant chair.

* « Du symptôme à son épure : le sinthome » de Jean-Guy Godin repris dans le Joyce avec Lacan de Jacques Aubert, que l’on peut lire là :

https://excerpts.numilog.com/books/9782868270498.pdf

(Où chaque exception réclame sa loi, cherche le couvert de la loi, là où le symptôme peut trouver à s’inscrire dans la loi comme exception.)

Atelier Laura Vazquez

mardi 3 janvier 2023 · 16h13

La voix de ma tante

Aujourd’hui, j’ai compris combien c’est ta voix qui me manque
Ce dont vois-tu je ne me doutais même pas
C’était tous les ans la même chose, à cette époque de l’année, de la grande fête
Je me trouvais soudain plus seule encore qu’à l’habitude
Des jours durant, agitée, abattue
Malgré moi plongée et replongée dans un passé
Dont l’éclat me revenait par bribes
Celui des papiers brillants
Surtout celui de ta voix riant
Qui s’élançait dans l’escalier traversait la maison envoyait ses ordres s’adressait aux uns et autres et lançait un maelstrom d’activités pour préparer la fête

Des jours et des jours durant, année après année, les mêmes gestes répétés

Et je pouvais te suivre, en silence, partout avec toi accomplir. J’avais ma place dans le monde. Il m’était demandé et je pouvais répondre et je riais aussi sous tes regards discrètement tendres 
Est-ce qu’aujourd’hui encore dans l’amour j’attends cette voix sans peur qui prend si largement l’espace et me l’ouvre
On pourrait bien le croire quand l’angoisse referme sur moi son couvercle, à force de silences prolongés
Il est rude de ne plus t’entendre. Ma tante. Et depuis que j’ai compris cela, c’est moi qui donne de la voix, je la donne, tu vois, comme toi, vaillamment, je la lance, j’y mets comme toi autant de gaieté possible. Et je repense à toi.
C’est comme de retrouver jambes, corps, vie.
A cette époque de l’année.

Liens : Titi

lundi 5 juin 2023 · 12h32

sans titre – Peut-être ne suis-je rien qu’un corps posé là dans le noir
— Atelier rien nulle part (essai 1)

Peut-être ne suis-je rien qu’un corps posé là dans le noir dans la chaleur d’un lit une grande main étrange posée ouverte sur la peau du ventre. Le temps que ça dure c’est l’infini. 

Et puis, levée tout autre pour boire un café. Dans l’obscurité trébuche vers la lumière le temps d’apercevoir les fesses d’un autre corps posé là qui émergent d’une couette repoussée. Mes cheveux je devrais les couper je pense sans leur jeter un oeil dans le miroir de la salle de bain où je me couvre d’un peignoir. Dans le couloir me pencherais-je ou pas sur le chat qui vient vers moi. Je n’ai toujours pas de nom. La question qui se pose : que suis-je quand je n’écris pas. Ou ne se pose pas.

Moi, je ne me raconte pas d’histoire m’avait rétorqué la dame. Vieille chair entends-moi, les histoires ont une grande utilité. Le tout est de ne pas se raconter d’histoire à propos des histoires qu’on se raconte. Mais que voilà une belle histoire. Et comment et pourquoi et quelle béance elle vient couvrir : peu importe. Certains ont le vide plus vide que d’autres, un vide sans effroi ni joie, sans mot ni moi. Peuplé parfois de voix qui disent des choses qu’on ne répète pas. 

Vous nous mettrez une petite livre d’histoire là-dessus il n’y paraîtra plus. Ça vous fera 2 sous dit-elle vous passant le paquet par dessus le comptoir, je prends, je prends l’histoire à 2 balles emballée d’un double papier, l’extérieur rose et l’intérieur blanc, paraffiné. 

Que de mots tout de même, pour une image entraperçue me dis-je sortant de là prenant la rue, le trottoir. Et quelle longueur de mots, que de lettres. Souvenirs fleuris.  

S’il passe un vieil enfant entre deux âges qui alors te dit Let it be, je me dis Que nenni je ne let be qu’allongée à l’abri. Aux grands jours, tous divers, je dresse des histoires comme des os. Comme des nuages, des entrelacs. Entre-moi là entre-toi là entretenons-nous. Ou je m’évanouis.  Frotte frotte les meubles rêvés, polis.

L’histoire tu la mâchonnes tu la recraches c’est aussi simple que le slip le soir négligemment enlevé au pied du lit. 

Tu la recraches avant qu’elle te recrache of course. Sinon c’est bonsoir l’indigeste. Les gaz, les ballonnements. Ha ha. C’est pas drôle. Mais quand même.

 

C’est tout juste le matin la maison dort encore les doigts piquent. L’attente, le cliquetis. Temps pour un deuxième café et une caresse au divin chat. Et une caresse au divin chat.  

 

 

 

 

Peut-être ne suis-je rien qu’un corps posé là dans le noir dans la chaleur d’un lit une grande main étrange posée ouverte sur la peau du ventre. Le temps que ça dure c’est l’infini.  

 

 

Et puis, levée tout autre pour boire un café.  Dans l’obscurité trébuche vers la lumière le temps d’apercevoir les fesses d’un autre corps posé là qui émergent d’une couette repoussée. Mes cheveux je devrais les couper je pense sans même leur jeter un oeil dans le miroir de la salle de bain où je me couvre d’un peignoir. Dans le couloir  me pencherais-je ou pas sur le chat qui vient vers moi. Je n’ai toujours pas de nom. La question qui se pose : que suis-je quand je n’écris pas. Ou ne se pose pas.

 

Moi, je ne me raconte pas d’histoire m’avait rétorqué la dame. Vieille chair entends-moi, les histoires ont une grande utilité. Le tout est de ne pas se raconter d’histoire à propos des histoires qu’on se raconte. Mais que voilà une belle histoire. Et comment et pourquoi et quelle béance elle vient couvrir : peu importe. Certains ont le vide plus vide que d’autres, un vide sans effroi ni joie, sans mot ni moi. Peuplé parfois de voix de spectres qui disent des choses qu’on ne répète pas. 

 

Vous nous mettez une petite livre d’histoire là-dessus il n’y paraîtra plus. Ça vous fera 2 sous dit-elle vous passant le paquet par dessus le comptoir, je prends, je prends l’histoire à 2 balles emballée d’un double papier, l’extérieur rose et l’intérieur blanc, paraffiné. 

 

Que de mots tout de même, pour une image entraperçue me dis-je sortant de là prenant la rue, le trottoir. Et quelle longueur de mots, que de lettres. Souvenirs fleuris.  

 

S’il passe un vieil enfant entre deux âges qui alors te dit Let it be, je me dis Que nenni je ne let be qu’allongée à l’abri. Aux grands jours, tous divers, je dresse des histoires comme des os. Comme des nuages, des entrelacs. Entre-moi là entre-toi là entretenons-nous. Ou je m’évanouis.  Frotte frotte les meubles rêvés, polis. 

 

L’histoire tu la mâchonnes tu la recraches c’est aussi simple que le slip le soir négligemment enlevé au pied du lit. 

 

Tu la recraches avant qu’elle te recrache of course. Sinon c’est bonsoir l’indigeste. Les gaz, les ballonnements. Ha ha. C’est pas drôle. Mais quand même.

 

C’est tout juste le matin la maison dort encore les doigts piquent. L’attente, le cliquetis. Temps pour un deuxième café et une caresse au divin chat. Et une caresse au divin chat.  

vendredi 9 juin 2023 · 02h34

FORMULAIRE / RÉSUMÉ
— Atelier rien nulle part (essai 2) (que ce qui est à dire ne fasse que s'annoncer)

C’est avec ce texte, je crois, que j’ai été au plus proche de la  consigne proposée par Laura Vazquez, même s’il est  trop long, cherche encore sa forme, sa voix. Son mot d’absence.

Il tire son départ de  l’idée d’un formulaire à remplir, formulaire quelconque, type, l’un de ces écrits administratifs dont il est tellement impossible de répondre, qui vous réduit aux signifiants attendus de votre identité comme unité de production. Par excellence le genre d’écrit qui ne laisse aucune place à ce qui ne pourrait se dire, et sur la base duquel cependant notre société se construit.

C’est ma façon de tenter de me rapprocher du poème de May Ayim,  « objet : candidature », qui se joue de tous les envois de curriculum vitae, de toutes les langues vidées de leur substance auxquelles il est attendu qu’on se réduise.

Comme le disait si bien Laura, le poème se dérobe à toute tentative de fixation, à toute identification, il laisse vide toutes les étiquettes, et tout ce qu’il pourrait y avoir à dire n’y est qu’annoncé.

   « adressez-vous svp nulle part
    à n’importe qui »

Réponse ironique à la langue administrative qui vous traite comme n’importe qui, comme unité interchangeable. A rebours, sa langue est des plus familières, vivante, et son usage des déictiques, ces mots qui servent à désigner à pointer l’objet qu’ils visent, donnent au poème une allure de balade primesautière, tout en dénonçant le langage pour ce qu’il est : un indicateur dont on se joue:
 

« je m’appelle 
  comme ça
  je viens d’ici ou là et
  je fais ceci ou cela »

Et qu’elle rappelle à son manque :

  « ou s’il vous  manque quoi que ce soit
  adressez-vous svp…« 

Il me semble que je dois trouver le moyen de réduire mon texte de sorte qu’il trace plus significativement encore la place de ce qui ne s’y dit pas, de ce qui s’y dérobe, ainsi qu’indiqué par LV.

FORMULAIRE / RÉSUMÉ

Nom, prénom  D’où tu vas, où tu viens.
Date de naissance Me souviens de la date du lieu l’heure même à moins que je ne confonde avec celle. C’est le nom de la clinique où je nais que j’oublie et confonds avec celle où ma mère aujourd’hui
Nationalité Petit pays où je ne vis plus où j’ai quelques attaches
Etudes et solitude. Là que commencé sans m’en apercevoir m’en plaindre comme observé de l’extérieur (à connaître l’isolement)
Tout arrêté quand rencontré celle qui comme moi (jeune femme) plus loin que moi et qu’ensemble nous voulûmes – faire ce dont personne ne peut parler
Alors vinrent les nuits les danses les hommes qui apprécient les teenagers et ne vous veulent pas du bien (sauf un, inoubliable jeune et peroxydé et aussitôt perdu)
Puis l’inattendue version du pire le grand sommeil d’oubli les semaines au lit
Puis les études reprises contre le père
Puis laissées
Puis les études reprises dans les pas du père
Puis laissées
Pour suivre un homme qui m’apprit tant
Qui une nuit une seule dans l’appartement de son ami, en lisière du parc, l’appartement vide de tout et ensuite plus jamais
C’est alors que commencerait ladite expérience professionnelle et le jeu sans jouer les planches sans trac un texte enfin dans ma bouche pas de moi adopté de tout corps par coeur
Puis l’amour avec l’ami en âge d’être mon père l’ami de mon ami où l’on parlait de ce qui se parle nulle part chez qui j’arrive veines ouvertes. Qui aimait la pluie marcher au milieu de la rue et les jours au lit à s’écrire. Qui arrêta de boire que je laissai qui alla au pire mourir seul
Puis la raison, le travail, la nouvelle raison, la solitude. Pour le sauvetage, la pratique d’une parole pour laquelle on paie et l’élaboration du cas (le mien) comme identité inavouable
Ce, toujours à portée du pire, qui se chuchote en mon cerveau
Et la lecture des livres.
L’écriture des secrets l’amour tout épistolaire les rues arpentées
L’amie unique belle chère et lointaine.
Au loin les autres leurs fêtes, leurs amis.
Moi, je me rapproche toujours de moi tandis que se perd inéluctablement la possibilité de la fiction du camouflage du secret du scandale.
Les insomnies les longueurs de bassin
Des amoureux qui me suivent de loin
Le coup de foudre
L’amie qui aimait les femmes
L’écriture avec un homme qui me dit de quitter mon pays
Avoir tout quitté
Puis l’enfant et l’accalmie, la volonté de l’accalmie
Tout du long l’oubli avançant
Tout du long, profession : sans
Quoi qu’il en soir, profession : sans
Quelque soit le trop, de travail
La normalité jamais rapprochée la honte jamais laissée
Ceux et celles que l’on paie pour parler déballer l’obscur qui seul pourrait vous représenter
Plus tard, beaucoup plus tard, la folie de la mère l’alzheimer son lent recul sa sortie sa connaissance des gouffres
Tout du long quelques lettres pour survivre pour sur-vivre connaître l’ardeur se brûler à la vérité, la plume nourrie des sucs de l’intime, la joie, le repos, la lettre comme lieu où je possède un nom
(À côté, en parallèle, la rencontre d’un corps le mien l’apprentissage d’un corps délivré de l’image les coulisses du neutre la séparation de ce qui ne cesse de devoir être oublié. Le temps du geste ancestral, avec ses plis et tous ses au-delà)
Tout du long l’échec à améliorer toujours
Le renoncement à la normalité
L’intime sentiment de ce qui reste à accoucher à mettre au monde
Les liens impalpables
Le rire des langues désuètes des voix à provoquer du tout-fait à défaire
D’une table qui se rase
Le désir de vaincre le vain pour donner en gloire le rien qui est le mien, si fondateur, au nom de celui seul qui ancre soutient ma responsabilité, l’enfant né 20 ans plus tôt (et à qui je n’en donne aucun)
Les formules improbables poursuivies pour qu’il ne subisse de l’excès d’angoisse que l’inconnue force qui permet contre toute raison de défendre l’innommable l’innocence le moyen de dire même sans tout dire dans la sainteté du ratage le chant maudit de sa force le triomphe sûr de sa joie tranquille et sans haine ni amertume.
La constante inconnue.
La beauté.

VMVST  

– Ecrit de nuit, à Bruxelles, une de ces nuits où je craignais ne pas pouvoir dormir, je logeais dans la maison de ma mère. 

vendredi 9 juin 2023 · 12h33

Quel nom
— Atelier rien nulle part (essai 4)

Quel nom pour qui n’a de cause que de ce qui s’absente de toute représentation, qui n’a de cause que ce qui rate.  Consentir au semi-ratage comme antidote. Rater jusqu’au ratage. 

Et quelle présence physique ? Quel atour ? Ou quel trou dans le miroir ?

Ou encore : ce qui n’est pas nommé existe. Tressaille le corps estampillé d’un nom. Baptême. Miracle d’une trahison par où s’engouffre l’affre du désir et de l’amour.

Errance de ce qui avance sans nom.

Miroirs recouverts se fier au seul regard aimant, à la parole donnée.
Avancer les bras tendus devant soi, recueillants la certitude.
jeudi 15 juin 2023 · 10h17

c’est une question toutes ces photos, toutes ces photos que l’on prend,
— Atelier rien nulle part (essai 5)

Re:

c’est juste ce que vous dites. c’est une question toutes ces photos, toutes ces photos que l’on prend, qui ne peuvent rien contre la nostalgie la perte la mort, qui convoquent à un autre effort, à un nouvel effort, à d’autres tentatives, pour faire venir à la représentation ce qui est là, ce qui est là qui nous enchante et nous échappe.

vous dites que vous avez tout vu, que vous avez tout vu et que vous n’avez rien vécu. vous vous voyez voir et n’y être pas, pas là, à la chose vue, à l’instant de la chose vue, mais derrière l’appareil, le téléphone. n’y étiez-vous? vraiment ? et pensez-vous que vous auriez pu échapper au regret à la perte à à l’oubli? à la séparation? de soi à soi, de soi au monde? l’écran tendu entre votre oeil et le monde où vous espériez recueillir quelques traces ne vous offrait-il la faille d’où être à ce qui vous échappe? au moins vous aurez vécu la faim de voir de récolter de retenir, l’espérance folle d’en ramener autre chose que rien…

c’est après-coup, il me semble, qu’on peut en faire quelque chose, éventuellement

(une fois la photo prise, ce serait là que le travail commence, parce qu’elle aussi exige d’être regardée)
toutes les photos, ajoutez-vous, vous les avez prises : pardonnez-moi, excusez-moi, disons « pas toutes » prises, vous en avez prises une certaine quantité numérable, vous en avez prise une puis une puis une…
tout, je m’en rends compte vous écrivant, me parlant à moi-même, ça pourrait être une figure du réel, de l’insaisissable: s’être trouvé tout pris dans ce que l’on voit, débordé, qui vous prend à la gorge qui vous prend de toutes parts dont vous ne ramenez (dites-vous) au final : rien (à quoi vous vous réduisez alors rejoignant le tout, tout juste raté). vous aurez vécu dévorant dévoré l’espace qui vous environnait, l’avalant goulument qui vous engloutissait, ignorant que cet instant de gloire jaillit de la nostalgie même, déjà, de sa perte inéluctable. et cela vous questionne, et vous persévérez, dans cet être, dans cette perte.

finalement le rien est cela seul qui réponde de tout. tandis que nous n’avons que pas tout comme outil à notre disposition. et ce que nous vivons ne dure qu’un instant, quand c’est l’éternité que nous espérons rapporter arrêter offrir par la photo qu’on prend. est-ce l’éternité, n’est-ce pas juste un instant de partage, de désir de partage, de cela qu’on aura vécu seul, si seul, dans un isolement fondamental et effrayant. et ce moment d’être, que vous dites n’avoir pas vécu, ne vous aurait-il pas manqué de n’en pas témoigner, de n’en rien dire. de n’y être pas connu. l’intimité de l’être, sa parfaite complétude, aussi aspire à être connue d’un autre. en temps que c’est là justement que nous sommes au plus près de ce que nous sommes.

ou encore, encore autrement, dans ce moment du tout de la photo prise, qui est un moment physique, corporel, où c’est l’oeil et le doigt qui s’accordent pour pousser sur l’obturateur, où c’est l’oeil et le doigt pris dans le corps tout entier qui s’oublie dans ce qu’il voit qui s’y étend, qui trouve sa place dans le monde s’y ajuste, dans cet instant de voir, dans cet espoir de capture et de donner à voir, c’est la folie d’y croire parce que tout le corps s’y met, il y a un unisson, du monde et de soi dans le monde, il y a un instant de certitude et l’inconscience d’un arrachement, d’un vol, d’un rapt, d’un suspens : cela se saisira-t-il qui est insaisissable. et à ce tout de l’illusion où se tient le corps correspond le rien de tout dit : car rien ne le dit ni ne doit le dire de cela qui vous arrive. de cet endroit qui excède tout dit, ce dont aussi vous avez la parfaite inconscience. cela peut ne jamais donner la moindre photo qui soit jamais montrée, vue. mais cela vous questionne, cela se réfléchit. et c’est un lien au monde, à la vie. au désir.

je suis désolée de me montrer si péremptoire. c’est que cette question que vous posez je me la suis maintes fois posée, et je nous imagine nombreux à nous la poser, à voir le monde tout autour de nous prendre le monde en photo sans vraiment jamais trouver par où ensuite s’en délester (le dégueuler). 
le tout est qu’est-ce qu’on fait, maintenant, qu’on a vu qu’on voyait mal, qu’on était vus, et là je crois, la réponse sera individuelle et convoquera toujours quelque chose de l’ordre de l’invention. parce qu’on ne prend pas de photo sans raison, sans raison intimement chevillée au corps, au coeur, sans espoir, sans désespoir. et que l’objectivité d’un appareil ne rend pas automatiquement compte de nos subjectivités. et qu’aucun like ne suffira à se faire l’arbitre de notre être, qui manque au monde.

écrit tout au long du matin de la calme maison de ma mère

*

c’est assez génial le matin dans cette maison vide en été les fenêtres ouvertes les petits oiseaux les petites fleurs le café même qui coule lentement évidemment je sais que vous êtes là-bas 

*

mal au ventre comme si j’allais être réglée. faites de la poésie. draguée hier en gare de Lille par un jeune chinois flamand. 

le sang va couler. vieille de 59 ans. 

mais tu as raison, je peux être si heureuse. qu’est-ce qui m’en sépare de ce bonheur. l’oubli ? l’absence d’un nom.  

tous les jours, ma mère perd quelques mots. 

mardi 11 juillet 2023 · 12h03

Un objet La pensée glisse
— Atelier Laura L Vazquez (avec François Durif et Gaëlle Obiégly)

Prends un objet au hasard
Je prends mon corps et la nuit et leur mauvaise rencontre
Prends un objet au hasard
Je prends l’œil qui s’ouvre et le désespoir
Fenêtre ouverte sur la nuit et l’absolue nécessité de ne plus penser à rien
 
Fermer l’oeil, vider l’angoisse dans le silence de la nuit, constituer son épaisseur, s’y loger. Penser : lourd, rejoindre la gravité, s’enfoncer dans le matelas. Se couler dans l’étendue du corps qui devient Un et infiniment divisible, extensible en et hors lui. Dedans, à l’intérieur, naviguer d’un lieu à l’autre, d’une cuisse à la hanche, de la hanche à la main proxime, couler dans les tubes du bras, etc. La matière de ton attention circule en toi, une nuée d’attention, une onde t’explore, souple se glisse, se gonfle, te gonfle, se rétracte, soudainement s’amplifie, s’attarde, animale, intime. Par dessus tout taire, n‘entendre que cette volonté de dissolution dans la pesanteur, tu t’appesantis, en toi.
 
Se tourner sur le côté :
– A-t-elle encore sa diarrhée ?
– Lui ont-ils redonné des antidépresseurs ?
– Aurais-je encore des nouvelles d’elle ?
 
S’endormir (couler, disparaître
Top