mercredi 13 janvier 2021 · 06h18

Présentation de ma langue : 1
— dans la série Les grandes énigmes

D’être dans l’impossibilité d’avancer quoi que ce soit d’autre que sa propre vérité
Ce serait ma façon d’être folle
Ça aurait été une façon, au monde, d’être folle
Sa façon d’être folle
Depuis toujours

D’autrui, capable de comprendre les textes les plus subtils mais incapable de se les approprier, de les redonner, incapable de les faire passer par sa propre bouche ou plume
Et médusée par cette incapacité

Je ne parle que ma langue qui ne parle que sa perte
Refuse rien qui viendrait l’occuper
N’avance jalouse que de son secret
N’envie nul, n’aime que sa propre aporie [...]  Lire la suite >

lundi 4 octobre 2021 · 19h27

Au nom d’aucune
— lundi 4 oct. 2021, 09:46

Aucun choix qui ne se soit avéré impossible, à chaque croisée de chemins emmurée. Ciel qui à certains parle, muet sans me voir, image d’un corps inatteignable, moins doué d’amour que d’extases hors durée.

Vint celui qui m’a donné le souffle. Celui ou celle. Au corps d’une voix blanche traça des allées, donnant enfin retours et soif. Du doigt de la voix et des noms.

(Enfin retours et soif. Du doigt de la voix. Et des noms. Enchantés. Oh, te salue au nom d’aucune.)

Oublier l’entendement.

Hasard dodelinant des syllabes auxquelles obéir sans crainte, qui vous glissent sur les veines, qui vous glissent dehors dedans. Galopent cataclop. Et soif. [...]  Lire la suite >

vendredi 22 octobre 2021 · 15h46

cordelette à noeuds

tôt, enfante
très tôt, dès enfante
couchée sur roue dans noir du temps
souriante ou oubliée
oubliante
selon
roue dentée mais pas pleur
même pas
lourd
corps de lettres plombé
d’or
à 10 points à 10.000 à l’infini
univers compact
univers contact
tu
vois l’actée: je prends ta main tu prends ma main, la borne
dedans le temps mord

signé: caramba corps raté

dimanche 24 octobre 2021 · 19h20

ma mère l’oiseau

ma mère l’oiseau
ta jolie tête penchée ton petit bec piquant
la moire de tes yeux
tes plumes toutes de soie
tu veilles sur nous
tu nous dis

entends-tu la couleur du tu, comme la terre
d’où tout revient
c’est l’envers de la grammaire
qui tire son teint des beaux oiseaux
tu nous dis

de la syllabe murmurée
bulle
entends-tu
le vert l’émeraude du secret de tes rêves

nous dit-elle de sa langue oiseau, qui tapote tricote faufile faucille
ses pattes nous laissent tranquilles signes
comme des baisers de cils

oct 21/nov 22 – atelier Laura Vazquez (Christine Lavant)

dimanche 18 septembre 2022 · 18h01

Mon identité tient mal
— "Qu'y a-t-il dans un nom ?"

Mon identité tient mal. Ou tiendrait mal. Parce qu’il y a un moment où quand l’identité tient mal, le sens ne tient plus très bien la route. À moins que ce ne soit le contraire. Parce que le sens ne tient pas, l’identité ne tient pas. Mais je ne pense pas. C’est depuis ce problème de départ avec ce que serait mon identité que le sens s’est pour moi souvent teinté de doutes, voire s’est annulé, annihilé.

Je précise que c’est là où l’identité tient à un nom, à un prénom accolé à un nom de famille, un patronyme, que cela me pose problème. Je n’arrive pas à relier ma personne, qui existe bien pour moi, à mon nom. Quelque chose en moi s’y refuse. Ce nom, dont il est cependant usé dans les administrations, les hôpitaux, les invitations, par les amis, par des vendeurs, pour des colis ou des factures, est pour moi comme une enveloppe vide, morte. Dans les lettres cependant, dans la correspondance, cette enveloppe trouve tout son sens. S’anime, vibre, vit. Et me remplit et se remplit. [...]  Lire la suite >

mardi 3 janvier 2023 · 16h13

La voix de ma tante

Aujourd’hui, j’ai compris combien c’est ta voix qui me manque
Ce dont tu vois je ne me doutais pas
C’était tous les ans la même chose, à cette époque de la grande fête
Je me trouvais soudain plus seule encore qu’à l’habitude
Des jours durant, agitée, abattue
Malgré moi plongée et replongée dans un passé
Dont l’éclat me revenait par bribes
Celui des papiers brillants
Surtout celui de ta voix riant
Qui s’élançait dans l’escalier traversait la maison envoyait ses ordres s’adressait aux uns et autres et lançait un maelström d’activités pour préparer la fête
Des jours et des jours durant, année après année, les mêmes gestes répétés [...]  Lire la suite >

vendredi 9 juin 2023 · 02h34

FORMULAIRE / RÉSUMÉ
— Atelier rien nulle part (essai 2) (que ce qui est à dire ne fasse que s'annoncer)

C’est avec ce texte, je crois, que j’ai été au plus proche de la  consigne proposée par Laura Vazquez, même s’il est  trop long, cherche encore sa forme, sa voix. Son mot d’absence.

Il tire son départ de  l’idée d’un formulaire à remplir, formulaire quelconque, type, l’un de ces écrits administratifs dont il est tellement impossible de répondre, qui vous réduit aux signifiants attendus de votre identité comme unité de production. Par excellence le genre d’écrit qui ne laisse aucune place à ce qui ne pourrait se dire, et sur la base duquel cependant notre société se construit. [...]  Lire la suite >

mardi 11 juillet 2023 · 12h03

Un objet La pensée glisse
— Atelier Laura L Vazquez (avec François Durif et Gaëlle Obiégly)

Prends un objet au hasard

Je prends mon corps et la nuit et leur mauvaise rencontre

Prends un objet au hasard

Je prends l’œil qui s’ouvre et le désespoir

Fenêtre ouverte sur la nuit et l’absolue nécessité de ne plus penser à rien
 

Fermer l’oeil, vider l’angoisse dans le silence de la nuit, constituer son épaisseur, s’y loger. Penser : lourd, rejoindre la gravité, s’enfoncer dans le matelas. Se couler dans l’étendue du corps qui devient Un et infiniment divisible, extensible en et hors lui. Dedans, à l’intérieur, n

aviguer d’un lieu à l’autre, d’ [...]  Lire la suite >

dimanche 23 juillet 2023 · 19h27

il y a celle qui ne sait pas
— atelier foule

J’ai mal
Je n’ai pas mal
J’ai mal
Je n’ai pas mal

Il y a celle qui ne sait pas
Qui ne sait plus
Celle qui n’a jamais su
Je ne sais pas
Celle qui dit je sais mais je ne sais pas
Je n’ai jamais su
Écoute je ne sais plus
Tu sais toi
Y a celle qui oublie
Y a celle qui retient
Celle qui retient tous les chiffres
Toutes les dates
Celle qui trébuche
Celle qui retient tous les noms
Y a celle qui se maquille
Celle qui s’habille
L’ autre, celle qui fait tache
Celle qui fait trou
L’absente
Et l’éléphante de tous les magasins de porcelaine
La cochonne
Celle si hors les mots qu’elle espère en les ondes
Y a celle au lit
Y a la séparée
Y a la suspension improbable des phrases
Qui en dénonce l’inanité
Y a celle qui se hait
Celle qui ne se hait pas, qui se lèche
Celle qui se déleste de tout ce qu’elle aime sur le pont du néant
Celle qui te voit la voir
Celle qui n’a rien
Qui court
Qui erre
Qui rue
Y a la rue
Y a celle qui n’a pas de nom
Celle qui perd ses mots
Qui ne finit pas ses phrases
Celle qui pense trop
Y a la lourde
L’évaporée
Celle qui dit
L’histoire s’accroche aux noms propres
L’histoire s’agrippe à la grille et je lâche
Celle qui retombe sur ses pieds
Celle qui crache dans ses mains
Celle qui est seule avec ce qu’elle sait
Celle qui croupit
Celle qui coud
Celle qui vieillit
Et l’autre dans l’insolence de la jeunesse
La solitude, la splendeur
Il y a celle qui dit que fait-on de ce qu’on sait et qui ne trouve pas à rentrer dans le savoir du monde
Il y a celle qui voudrait dé-savoir
Celle qui perd son sac
Dé-savoir le monde
Qui perd son téléphone
Celle qui meurt
Celle qui meurt tout le temps
Celle qui est déjà morte
Celle qui voudrait mieux savoir ce qu’elle sait et qu’elle ne sait pas encore
Celle qui ne pleure plus
L’enfant
Dont les joues s’inondent de larmes
Qui dit c’est rien, c’est de l’eau
Des rivières, des rigoles
Celle qui se cache
Celle qui se montre
Y a la nue
Des nues de nues
Y a l’habillée
Très habillée
La court vêtue
L’énervée
La douce
Y a la muette
La trouée
La débordée
La figée
Celle qui baisse les yeux
De désir
Ou qui rit
Qui parle fort
Héroïque
Pour vaincre le silence
L’absence de sens
La réponse évasive
Y a la peur [...]  Lire la suite >

dimanche 23 juillet 2023 · 23h06

geste
— Atelier Geste

Cela faisait longtemps que tu pensais retrouver la sainteté par le geste
La sainteté, le repos
(Or un saint dût-il être tranquille ? Bah, tu lui offrirais ça, un instant)
Or ce geste n’est pas toujours à portée
Ce geste qui entraîne le silence la beauté
C’est à la cuisine que quelquefois il revient
S’offre le plus sûrement
Dans son espace exigu
La proximité d’un fenêtre
En coupant un légume
En faisant la vaisselle
Ton corps alors en résonance avec le silence du monde, s’y étend, s’y entend
L’accord parfait
L’unisson
Le suspens
Tu vibres
Tu souris
Palpites [...]  Lire la suite >

lundi 19 février 2024 · 11h53

un verbe

démébrer. ne pas avoir les mots d’une cause désespérée et qui la sauvent. être dans le désespoir qui s’ensuit. être dans les demèbres. elle est démèbrée. je démèbre. ils étaient démèbrés et ne le savaient pas. comme un malaise silencieux. comme une maladie inguérissable. une forme de bêtise ? oui. d’intelligence empêchée. combien sont-ils ? à démébrer éparpillés ? ils ne se comptent pas, surtout la nuit. dans l’impact d’une stupéfaction qui se prolonge.

jeudi 14 novembre 2024 · 18h54

Vie de Laura (extraits)
— atelier du samedi 9 novembre, Raconter une vie, avec Roxane Gay

Dire ce qu’elle aime, Laura, elle le sait d’abord pas, pas tout de suite. Un peu comme quand elle était petite et qu’il lui fallait dire quelle était sa couleur préférée. Elle aurait bien choisi le rouge et n’osait pas. Comme si c’était le bleu qu’il fallait, le bleu qui convenait, le bleu qui lui convenait. Alors elle répondait bleu, y mettait même une certaine conviction, presque jusqu’à y croire elle-même. Elle avait peut-être toujours eu un certain souci des conventions, avec le désagréable sentiment de ne savoir absolument pas ce qui convenait. Sans doute lui manquait-il quelque chose, sans que l’on sache quoi. Au jeu des préférences, elle disait donc bleu, ce qui ne l’empêchait pas, aussi souvent que possible, de choisir le rouge. Le pion rouge par exemple, au jeu des petits chevaux. C’est le petit cheval rouge n’est-ce pas qui gagne. Elle n’avait aucune estime pour le cheval bleu.  [...]  Lire la suite >

lundi 6 janvier 2025 · 18h43

Notes sur l’infinitif

– Atelier d’écriture Laura Vazquez du 28 décembre 2024 – 

s'être tue avoir tu être tue taire et se taire
avoir vécu avoir été
n'avoir vécu n’avoir été
fuir
avoir fui
avoir dormi
avoir oublié
s'être relevée
errer
l'infinitif, temps de l'être sans sujet
être l'errance
l'infinitif, temps sans adresse
manger, être ce qui mange
danser
temps du dedans du verbe
attendre
temps du présent, de la présence du passé, de la présence du futur
infinitif : définitif de l'infini
rire jouir dire
le temps de la porosité
de la peau en allée
s'ouvrir
s'être ouverte / l'avoir été (avoir été ouverte)
s'en être allée avoir mouru être morte [...]  Lire la suite >

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