mercredi 15 juillet 2009 · 13h00

ce n’est pas comme si le fait que vous me connaissiez encombre des milliards de panavinengen

paris, 14 juillet

trop de télé hier

aujourd’hui : rien d’autre que du ménage – tandis que je me promettais d’écrire ce que j’avais fait hier. mais pourquoi au fond, écrire,  je ne sais plus.

il y a deux nuits, rêvé qu’on m’avait volé ma selle (?) – la selle de mon vélo, je précise. je voulais m’en aller, m’enfuir, retrouve mon vélo : mais il n’a plus de selle.

étions à donn. ce week-end.

SNV80151-1024

quelques longueurs dans la piscine, du bonheur. manger parler boire et (… grossir). peut-être que nous faisons tous des efforts et ces efforts s’avèrent faciles. des efforts pour être gentils. pour faire attention les uns au autres.

la nuit de samedi à dimanche je me réveille en pensant au fait que si on inscrivait jules à l’école alsacienne comme le souhaite son grand-père, il souffrirait de ce que nous le surclassions.  pourquoi l’inscrire là ? lui offrir toutes ses chances ? lesquelles ? quelle elle est sa classe sociale ?  (existe-t-il une classe sociale qui n’aime pas spécialement l’argent? l’intelligence est permise dans toutes les classes sociales, non ?)

c’est f. qui me m’avait fait remarquer que l’ENS était réservée à une certaine classe sociale – dont, me disait-il-il, nous ne faisons pas partie.

si on l’inscrit dans cette école, il souffrira parce qu’il n’aura pas les vêtements qu’il faut – parce que nous ne les lui offrons pas, que nousne lesaimons pas et que nous n’en avons pas l’argent -, mais aussi parce qu’il n’aura pas l’accent qu’il faut, le discours, les façons, les manières, et les vacances, les voyages, la voiture, les maisons…

est-ce qu’il n’est pas trop petit pour être confronté à tout ça? et en même temps, là où il est, ça n’est pas non plus son « milieu social ».

paris 15 juillet

piscine de paris aujourd’hui. bonheur encore et facilité. seule une phrase me reste du rêve de cette nuit : ce n’est pas comme si le fait que vous me connaissiez encombre des milliards de panavinegen. est-ce qu’on ne dirait pas que ça veut dire quelque chose? pour la dire, il faut « aspirer », « avaler »  le « g » de « panavinegen ». ce n' »st pas un « g » dur, c’est un « g » belge, flamand.

mercredi 13 janvier 2021 · 06h18

Présentation de ma langue : 1
— dans la série Les grandes énigmes

D’être dans l’impossibilité d’avancer quoi que ce soit d’autre que sa propre vérité
Ce serait ma façon d’être folle
Ça aurait été une façon, au monde, d’être folle
Sa façon d’être folle
Depuis toujours

D’autrui, capable de comprendre les textes les plus subtils mais incapable de se les approprier, de les redonner, incapable de les faire passer par sa propre bouche ou plume
Et médusée par cette incapacité

Je ne parle que ma langue qui ne parle que sa perte
Refuse rien qui viendrait l’occuper
N’avance jalouse que de son secret
N’envie nul, n’aime que sa propre aporie

N’envie nul, n’aime que sa propre aporie

Et pourtant elle entend, Dieu sait
Est force, extrême
Mais c’est qu’à tout préfère le trou, fore
Fore tous les souterrains, les sous terre, les 100 pieds sous terre

Tandis que d’elle je pâtis
Des autres, elle avale
Les mots les fourre dans mon intérieur
Qui rit
(L’intérieur rit)

Dedans elle touille chatouille et tire
Les cordes
Disperse explose de tous ses doigts
Si fins, si doux
De sa voix de sirène
Jusqu’à produire la seule vibration
Hurle
Prise déprise
Jusqu’à la plus parfaite illisibilité

Tout haut je dis : excusez-moi, j’oublie tous mes mots
Dans les  conversations, j’acquiesce
J’interroge du regard

Parfois, il est vrai, je la trompe, ma langue, je vais à toute vitesse, l’engage dans un éclat de rire, et elle se lâche un peu, se retrouve dehors, éternuée étonnée, tandis qu’elle m’agrippe partout du dedans (me tenant en alerte) (j’avance alors comme seule dans la fragilité, dans la fébrilité et du bonheur envahissant en émoi)

Sans doute, oui, une façon de désir la sort-elle de sa réserve, délaissant les joies de son manque au monde, elle se cherche des formes qui descendent l’épouser joyeusement, un peu comme une femme, elle s’organise, enchaîne les chaînes, les robes, se risque au dehors, ruée doucement, s’enivre de l’air, s’évanouit, part en conquête éperdument aveugle, mais il faut que ce désir soit déjà jouir

Mais il faut que ce désir soit déjà jouir

C’est son secret : elle est jouir, sa langue

Tandis que  par temps calmes, ceux où je ne pleure plus son intraitabilité*, m’accorde-t-elle mutine
De dire un mot incompréhensible et sans mémoire
Krotchikov, rrroumba, metodooliika…
Nous en jubilons doucement ensemble
Convaincues du grand bien que nous faisons au monde

Convaincues du grand bien que nous faisons au monde

J’ai longtemps cru qu’il s’agissait d’une façon d’être femme.
C’est : solitude.

*intransigeance

Voir aussi : https://www.disparates.org/iota/2024/10/presentation-de-ma-langue-2/

jeudi 10 octobre 2024 · 10h36

Présentation de ma langue : 2
— dans la série Les grandes énigmes

ma langue  – ce pays où je suis pourtant sujet du verbe, où je prospère, se refuse à ce que je m’y incarne, à ce que je m’y incarne au lieu habituel de l’incarnation, dans le corps circonscrit par sa peau et son image dans le regard de l’autre

elle ne trouve à s’inscrire, elle ne trouve à m’inscrire, que comme corps que de lettres
je pourrais me dire femme de lettres
(comme femme de l’être, de l’être de jouissance)

elle ne se refuse pas à toute incarnation
elle pense que l’incarnation est le lieu de ce qui ne supporte pas le nom
elle parle de la chair
dont les frontières sont extensibles, imprévisibles
elle dit que l’incarnation, pour elle, ma langue, ne peut jamais être que le lieu, à tout instant , du manque de nom
elle dit que ce manque est une prière constante et le lieu de son adoration
à elle, ma langue
le lieu de ce qu’elle se refuse à sacrifier
elle dit que ce manque n’a de nom que dans le temps de la nomination, le temps de l’énonciation du nom
n’a que ce temps là, cet instant-là
dans ce temps, dans le souffle de la voix qui prononce
dans un  baptême toujours à refaire, toujours miraculeux
où la goutte d’un nom se dépose dans le creux de son manque, de sa langue, de son être pour aussitôt s’évaporer la laissant abasourdie, ravie, évanouie

ma langue donc n’obéit qu’à elle-même, ne m’autorise pas la parole. m’en exile, ne tient qu’à sa vérité 
(on dit que la jouissance n’a pas de nom, c’est plutôt : la jouissance n’a d’autre lieu ni temps que celui de la nomination , et ce lieu, et ce temps, ne s’inscrivent dans aucune liaison au sens, mais seulement dans la rencontre parfois miraculeuse d’un nom et d’un bout de chair, d’un nom, d’un mot, d’une lettre et d’un bout de chair. cette chair tient lieu d’être et n’autorise pas, ne supporte pas la personne, le masque, or dans l’instant du miracle, de la coïncidence, la personne advient, dans l’évanescence d’une lettre qui vient brûler la peau. cette peau qui existe en plusieurs endroits, à l’intérieur du corps aussi bien qu’à des lieux infinies, la peau multiple, là où rien ne pourrait la toucher, directement.)

Voir aussi : https://www.disparates.org/iota/2021/01/presentation-de-ma-langue-1/

 

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