lundi 25 juillet 2005 · 17h28

Christian Oster, Le grand appartement (Quand aimer s’écrit ne pas aimer)

oster. son grand appartement. ce qui m’y plaît d’abord. la façon qu’a son personnage, gavarine, luc, de se moquer de lui-même, d’aller jusqu’au bout de l’absurde (sa serviette, qu’il perd au début du livre, dont il explique comment nulle part il n’irait sans elle, contenant seulement ses clés, pour le reste : vide). je m’interroge hier soir sur ça, comment les pratiquants de l’auto-dérision me touchent, comment ils peuvent me surprendre, et chez moi provoquer le rire. je pense à a. w., que je trouvais si drôle, qui a compté tellement pour moi, et qui ne riait que d’elle-même. je me trouve une sorte de cruauté, à aimer ça. c’est comme si, se moquant ainsi d’eux-mêmes, ils me dispensaient, et qu’à cette dispense je voulus bien me laisser prendre, ils me dispensaient d’avoir à les aimer, comme si par avance, ils prévenaient le non-amour que j’aurais pu avoir pour eux, m’en pardonnaient. comme si c’était à ça qu’ils s’adressaient, au fait que je puisse ne pas les aimer (qui est un sentiment qui m’encombre toujours plus que de raison), ce sentiment n’étant donc pas passé sous silence, autorisé à être, ce non-amour, m’en trouvant dès lors absoute, non-coupable. ce qui a toujours eu, pour résultat, de me les faire aimer énormément, ce qui a toujours provoqué ma tendresse. (et ce qui me surprend, à chaque fois, ce qui reste nouveau, provoque une sorte de sursaut, ce serait d’être moi, débusquée, dans ce non-amour. et puis aussi, cette auto-dérision, j’en suis bien incapable.)
l’acheter, ce livre, de christian oster, mon grand appartement (je l’ai emprunté à la bibliothèque).

lundi 13 septembre 2010 · 09h37

Alain, parler sans savoir, s’autoriser à se tromper

alain gilet noir

Je pensais avoir lu dans le livre d’Alain (( Souvenirs sans égards : Suivi de Traité des outils et Dix leçons d’astronomie – 1 septembre 2010, Aubier)) quelque chose à propos du plongeon en quoi consistaient pour lui ses conférences : ne pas savoir avant de parler, ne savoir qu’au moment où il se lançait dans la parole, de préférence face à un auditoire acquis, dont il lui semblait qu’il le soutenait, qu’il relançait son travail d’élaboration, avec lequel il vivait une sorte d’osmose, d’expérience mystique. Mais  je n’ai pas retrouvé ce passage qui m’avait frappée (que je n’aurai pourtant pas inventé, que j’aurais aimé recopier ici). Reste néanmoins ce passage-ci que je trouve joli, à propos des erreurs que l’adoption d’un certain ton, dans le dialogue, permet de faire : [...]  Lire la suite >

vendredi 5 novembre 2010 · 15h45

le symbolique est de soi impératif (Jean-Luc Nancy)

9 Ce qui spécifie l’impératif catégorique, en revanche, c’est qu’il ordonne sans conditions. Le caractère de commandement n’est pas dans la dépendance d’une fin donnée par ailleurs : il est intrin­sèque. De soi, c’est un commandement. Autrement dit, ce qui est commandé et le fait du commandement sont une même chose, ou plus exactement s’entr’appartiennent de manière nécessaire. Il n’y a pas ici le concept d’une fin, d’une part, et d’autre part une vo­lonté qui peut vouloir ou ne pas vouloir cette fin, et qui doit si elle la veut se plier à une contrainte. Il y a au contraire le concept d’une fin qui enveloppe en elle-même la volonté de cette fin et la soumis­sion de cette volonté à l’impératif de cette fin. Le caractère impé­ratif est impliqué dans le concept ou dans la catégorie de la fin. [...]  Lire la suite >

lundi 22 novembre 2010 · 12h58

Fini le faire, reste le nom. Fini le tour de main, reste le Witz.

L’impossibilité du fer,

génie de l’impuissance

« Ainsi, le readymade est de l’art à propos de la peinture avant d’être de l’art à propos de l’art. L’art de peindre, c’est l’art du faire, dit Duchamp, qui répète là une très vieille définition de l’art comme artisanat et habilité manuelle. Mais si l’industrialisation a rendu objectivement inutile l’artisanat, alors l’habilité manuelle est aussi ce que l’artiste sensible à l’époque doit ressentir comme impossible. Ce sentiment est, dans la peinture, même normale, sa « nécessité intérieure », la nécessité qui poussa Kandinsky et les autres pionniers de l’abstraction à abandonner presque toutes les conventions traditionnelle de la peinture, et qui poussa Duchamp à l’abandon du métier lui-même. [...]  Lire la suite >

mardi 23 novembre 2010 · 14h02

que le marché de l’art s’emballe à nouveau et qu’il s’enflamme, tout feu tout bois, pour un art sans foi ni loi…

Inversement, il est peut-être tout aussi significatif, et guère plus étonnant, que ce soit au plus profond de la crise économique actuelle que le marché de l’art s’emballe à nouveau et qu’il s’enflamme, tout feu tout bois, pour un art sans foi ni loi. Ce n’est pas que le retour du refoulé, comme certains l’ont dit de la résurgence symptomatique de la figuration et de l’expressionnisme. Ce n’est pas que le retour également symptomatique du sublime comme effet et mise en scène, comme citation, comme reproduction, comme aura de la marchandise comestible. Ce n’est pas que le retour d’exil des artistes, leur sortie du désert, l’évènement des prophètes-gestionnaires et leur retour aux affaires du monde. Même si c’est aussi tout cela, l’éclectisme et l’historicisme postmodernes , c’est le retour de la loi. [...]  Lire la suite >

dimanche 18 septembre 2011 · 11h25

l’oublieuse (ô solitude)

Il arrive souvent que des choses me bouleversent, sans que je ne m’en rende nécessairement compte.

Si ce bouleversement se prolonge, se renforce – de façon dramatique -, sur plusieurs jours, je peux alors éventuellement l’interroger, éventuellement poser un lien avec ce qui l’a causé. Mais, il s’agit alors d’une interrogation consciente, et donc  teintée d’une sorte de doute. ( Je ne pense pas qu’il y ait en moi d’autre lieu pour la certitude que l’inconscient. Or mon lien à l’inconscient serait si serré, que je ne pourrais m’empêcher d’attendre, sans concession, que la conscience m’offre cette même sorte de certitude.  Ce qui est à proprement parler impossible.) Aussi, n’arrive-t-il (pratiquement) jamais que j’en parle, de ce qui me bouleverse. Non, que je ne le veuille, mais faute de le repérer, et ensuite faute d’arriver à m’en assurer.  [...]  Lire la suite >

mardi 27 novembre 2012 · 10h17

« N’abandonne jamais un texte avant d’en avoir compris à fond chaque mot, chaque cas, chaque détail de grammaire. »

Au commencement fut le verbe. Amo, Amas, amat me servit de Sésame, ouvre-toi: « apprendre ces verbes d’ici vendredi » fut l’essence de mon éducation; peut-être que cela constitue d’ailleurs, mutatis mutandis, l’essence de toute éducation. J’appris aussi, bien entendu, ma propre langue, demeurée jusque-là idiome étranger dans une certaine mesure. J’appris de M. Osmand comment écrire la meilleure langue du monde avec précision, clarté et, pour finir, une élégance sans faiblesse. Je découvris les mots, et les mots firent mon salut. Je n’étais pas un enfant de l’amour, sinon dans une acception très altérée de ce terme ambigu. Je fus un enfant du verbe. ( p. 32)  [...]  Lire la suite >

samedi 8 décembre 2012 · 12h08

Le temps d’émerger j’essaie le matin de m’accrocher à une petite routine qui n’est toujours pas bien certaine, mais enfin suffisamment pour que Jules arrive à l’heure à l’école.

Théorie : les angoisses et dangers suscités par la pensée abstraite sont une forte raison pour laquelle nous aimons être si occupés et bombardés de stimuli en permanence. La pensée abstraite tend le plus souvent à frapper durant les moments de rêverie. Comme par exemple tôt le matin, surtout si vous vous réveillez juste avant que votre réveil se mette à sonner, et c’est alors que vous pouvez subitement et sans raison vous rendre compte que vous vous êtes toujours levé du lit chaque matin sans le moindre doute que le sol vous supporterait. Allongé là, considérant la matière, il vous apparaît au moins théoriquement possible que quelque défaut dans la construction du sol ou dans son intégrité moléculaire pourrait le faire se gondoler, ou même qu’une portion aberrante de flux quantique ou un truc comme ça pourrait vous faire passer au travers. C’est-à-dire que ce n’est pas comme si vous aviez réellement peur que le sol puisse se dérober, dans un instant, quand vous sortirez effectivement du lit. C’est simplement que certaines humeurs, certains fils de pensée sont…
David Foster Wallace, Tout et plus encore – Une histoire compacte de l’infini [...]  Lire la suite >

vendredi 28 décembre 2012 · 11h58

« La violence du réel est insoutenable pour qui doit la soutenir seul »

Cédric Lagandré, La plaine des Asphodèles ou Le monde à refaire

Comme ce non-lieu (la plaine des Asphodèles) interdit tout perspective commune, qu’elle condamne chacun à trouver en lui seul l’avenir et le sens qui collectivement font défaut, et que par suite chacun à seul en charge son humanité, il est presque impossible de se figurer sous quelle forme collective le monde présent pourrait quitter la plaine. (( Cédric Lagandré, La plaine des Asphodèles, ou Le monde à refaire, p. 12. ))

 

Pour Cédric Lagandré, la plaine des Asphodèles, c’est où nous vivons aujourd’hui. Nous qui ne cherchons, dit-il, plus de sens à nos vies. [...]  Lire la suite >

mercredi 3 avril 2013 · 11h19

Les écrivains, les lecteurs et les médias – Prose et poésie chez Houellebecq

03-04-2013 15-39-40

Rien ne pourra faire que Houellebecq en couverture de Libération,  son portrait pleine page + les 4 pages qui lui sont consacrées  ne fassent partie de la lecture qu’on a de lui ni d’ailleurs de sa propre écriture. Et c’est comme ça.

On en sait beaucoup trop des écrivains aujourd’hui. Ainsi par exemple, ce que dévoile Houellebecq de sa sexualité dans La possibilité d’une île, me déplaît-il souverainement. Ce n’est pas son écriture qui est en cause,  c’est lui,  sa petite personne. Qu’on me rétorque que c’est de la fiction, je n’en crois rien. Houellebecq aime les petites jeunes, les jolis corps fermes, c’est la beauté pour lui.  Et il ne me donne pas l’impression de pouvoir imaginer qu’il puisse en être autrement. On se situe de l’ennuyant côté de ce qui ne peut être pris que comme une opinion (d’autant plus qu’il s’agit de sexualité. Jusqu’à un certain point,  n’y a-til  de sexualité que d’opinion,  elle qui ne connaît pas d’universel). Par contre, j’aime d’autres aspects du livre, les endroits où il ne sait pas où il va. J’ai besoin que les choses restent un peu inconnues pour l’écrivain lui-même. Quand il en sait trop, ça m’ennuie (d’autant qu’évidemment, c’est tout ce qu’il ne sait pas qui crie alors).  Donc, je n’aime pas tout de cet écrivain, je dois supporter ça, l’accepter. Par contre,  j’adore sa poésie. Je la trouve  géniale. Peut-être est-ce parce qu’il y est moins présent.  Il me faut des livres qui soient détachés, qui puissent être détachés de ceux qui les ont écrits. Ça,  c’est très difficile avec la médiatisation, avec la starification. La médiatisation va toujours s’intéresser aux personnes. Ce sont les œuvres qui en pâtissent. [...]  Lire la suite >

dimanche 15 septembre 2013 · 14h25

lu ausi

Quote from: dulce coniglio on September 09, 2013, 11:55:06 am
« c c’est super mais tellement dense
donc j’ai pris ça en parallèle »

– ah oui, moi j’ai pareil avec Proust, sa Recherche, que j’ai lue pendant les vacances, dense donc en parallèle ce livre, Love&Pop, parmi d’autres, mais je ne me souviens plus de cette histoire du mec qui a le sida, de toutes façons j’ai aucune mémoire, à la place je me souviens d’un film que j’avais vu, japonais, dont je ne me souviens bien sûr pas du titre, en deux parties, le film, j’ai vu que la première partie et je suis pas sûre d’avoir aimé – parce que je n’ai pas de goût; comme personne, je n’ai pas de goût. bon, le film parlait d’un type qui se marie et qui veut seulement regarder sa femme de temps en temps, sa femme habillée d’une certaine tenue, dans leur chambre, le soir, rien de plus, quelques instants, pour le reste il devient assez brutal je crois avec elle, il ne veut pas qu’elle sorte de chez eux, qu’elle rencontre qui que ce soit, etc. la fille a eu un traumatisme quand elle était petite, une fille a été tuée et des poupées volées, voilà, il est peut-être le voleur de poupées, il est riche, le film c’est Celles qui ne voulaient pas se souvenir ou quelque chose comme ça. j’écoute seulement le cliquetis du clavier. en fait j’aimais pas fort ce film, ça m’a rien apporté, mais une amie aimait beaucoup était même pressée de voir la deuxième partie, du coup, je savais plus. je me rends compte que je n’écris plussouvent à l’ordinateur (remplacé par smarthone).
j’ai lu aussi le Monsieur Proust de Céleste Albaret et c’était super. C’était au mois de juillet. Ca a participé à la beauté et la bonté de mon mois de juillet. c’est un livre que j’ai pris à la bibliothèque, et je ne sais pas si je dois l’acheter ou pas, ça fait partie des livres que j’aimerais lire tout le temps, qu’il ne me quitte pas, mais j’ai ça avec beaucoup de livres, après, je les oublie quand même et je ne les relis plus. en ce moment je songe à jeter tous mes livres à ne lire plus que des livres de la bibliothèque à n’acheter que ce qu’il n’y a pas à la bibliothèque et puis les jeter ou les donner; d’abord parce que ça prend beaucoup de place puis on doit faire des économies, mais bon
j’ai aussi lu Darrieusecq, Clèves, parce que quelqu’un dans une soirée en avait parlé, je ne sais plus comment s’appelait cette personne qui se disait très contente de me rencontrer, c’était le jour où j’avais coupé mes cheveux ou quelques jours après, Élise aussi était là, elle avait aussi dit quelque chose de Clèves, et il y c’était le soir de l’événement du bouquin de Dulce.  moi, Clèves, j’ai trouvé ça horrible, pas formidable, horrible, d’ailleurs aussi le Love&Pop, horrible. Clèves m’a permis quand même de comprendre quelque chose et m’a rappelé une phrase de je ne sais plus qui sur son blog qui disait approximativement : toutes les filles ont un truc horrible à vous raconter de leur enfance ou de leur jeunesse une expérience sexuelle tordue, pas cool.
Je ne pense pas avoir lu d’autre livre que j’aie trouvé horrible pendant ces vacances, non. il y en a eu un très mignon, que j’ai lu à Jules aussi, La Cybériade de Stanislas Lem. je ne sais pas si j’ai lu d’autres livres, ah oui, le séminaire nouvellement sorti sur le désir, de Lacan. pardon, comme les noms et les titres me manquent tout le temps m’échappent, je suis obligée de faire beaucoup de périphrases. se taire convient aussi. mais j’ai passé de bons moments, de bonnes vacances avec ces livres que l’ai lus, et je voulais essayer de m’en souvenir avant de les avoir complètement oubliés pour de bon. je ne sais pas s’il y a eu d’autres livres. 1, au moins, mais qui n’est pas worth mentionning here.  [...]  Lire la suite >

mercredi 25 septembre 2013 · 11h54

Nue, Jean-Philippe Toussaint

Il y a la « disposition océanique » aussi, de Marie,  son goût pour la nudité. Sa facilité à faire une, nue, avec la nature, dont aurait répondu le défilé en robe de miel, révélant, pourtant, avérant, questionnant la possible face d’horreur (de la nue dans la nature). Comme s’il avait fallu, pour elle, Marie, que la haute couture repondît de la grandeur, de la beauté de ce « sentiment océanique » que le narrateur dit donc observer chez elle. Et que ce soit au départ de la faille, de la faillite, alors de cette correspondance, du recouvrement « nature/culture » pour le dire très grossièrement – peut-être on aurait pu dire aussi « femme /robe », « nue/non-nue, vêtue », « une nue/une vêtue »- que quelque chose se révèle de la raison du travail de la jeune femme, et de leur couple. [...]  Lire la suite >

mardi 1 octobre 2013 · 11h52

Surfaces de l’Intérieur de Thomas Clerc, livre

C’est un intérieur tout en surface que nous invite à visiter Tomas Clerc. Le choix qu’il a fait (de méthodiquement décrire son appartement) lui permet de glisser sur quantités de choses (qui le concernent de près)  sans s’y s’appesantir  – exemple : incidemment apprend-on la date de la ruine de son père et donc sa ruine, au détour de je ne sais plus quel objet, de je ne sais plus quelle pièce.

Les cinquante mètres carrés de son appartement, dont il déplore par ailleurs l’étroitesse, dès lors qu’ils doivent être décrits objet après objet et avec un talent  indéniable de manipulateur de mots, manipulateur et connoisseur, prennent des allures d’infini, au moins ont-ils dû le prendre pour lui,  c’est ce que je suppute, un infini qui ne tiendra finalement jamais que dans 400 (386) pages et qu’il aura fallu 3 ans à notre Ulysse pour l’épuiser. [...]  Lire la suite >

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