samedi 12 février 2011 · 20h57

blanche et le non au père

Suis au château. Beaucoup de monde. Devons partir, prendre train, rentrer à Bruxelles. Rencontre Nathalie F. Elle me demande de rester quelques jours encore à Assenois, qu’on puisse étudier, réviser ensemble pour… l’examen. Je pense que je n’ai aucune envie d’étudier, que je ne me sens pas du tout en état d’étudier, mais que je resterais volontiers là quelques jours.

Elle me dit de l’accompagner pour le petit-déjeuner, avant le départ. Je la suis, nous descendons au village. En chemin, nous fumons un joint.

C’est un drôle d’endroit où nous arrivons. Très grand, plusieurs niveaux, du monde. Je ne me sens pas bien (joint). Je repère la table du petit-déjeuner. Mon père arrive. Il s’y assied, en bout de table. Je m’en vais. Je dois chercher mon petit-déjeuner, et surtout, je voudrais appeler ma mère pour lui dire que je ne rentrerai pas tout de suite. Mais je n’arrive pas à faire son numéro. Je ne me sens vraiment pas bien.  Je retourne finalement à la table du petit-déjeuner, je sais que je les ai fait beaucoup attendre. Mes deux frères sont là assis, assis côte à  côte . Mon père fait une réflexion sur mon retard. Il dit : « Je déteste … » Je pourrais lui expliquer, lui dire que j’ai fumé, que je ne me sens pas bien du tout, mais je ne le fais pas. Je me lève. Je m’en vais, c’est définitif.

J’essaie peut-être encore de  téléphoner à ma mère.

Au travers d’une vitre, je vois l’intérieur d’une sorte de sauna, pour femmes. Nathalie et Irène sont là. Irène surtout. Elles sont toutes très bronzées. Je pense que ça a l’air agréable. Couchée sur une banquette, nue, peut-être recouverte d’une serviette blanche, Irène est comme envahie par des vagues, qui la prennent, la contournent. On sort Irène, sur sa civière, nue, élevée dans les airs, à bout de bras, son visage radieux.

Je m’étais demandée si je pourrais y aller moi aussi, mais j’avais pensé que je n’étais pas assez  bronzée. J’avais regardé toutes les femmes, il y en avait bien qui étaient moins belles, normales, mais toutes étaient bronzées.

*

Au réveil, je me rends compte que le numéro que j’essayais de faire n’était pas celui de ma mère, mais le mien. A un moment donné, je m’était même dit – mais c’est bien normal que je ne sois pas arrivée à faire ce numéro, je n’ai même pas fait « l’international » (j’habite aujourd’hui en France).

A l’analyste, je parle du fait que les autres fait sont bronzées. Mais j’ajoute surtout, à mon grand étonnement, que moi je suis blanche, blanche, blanche.

Je parle aussi de « semblant de mer » – pour la vague qui enveloppe, enroule Irène.

Au docteur G, que j’avais vu le même jour, je raconte « la sensation« , il me dit, « Mais oui, vous êtes une usurpatrice ».

 

mercredi 25 septembre 2013 · 11h54

Nue, Jean-Philippe Toussaint

Il y a la « disposition océanique » aussi, de Marie,  son goût pour la nudité. Sa facilité à faire une, nue, avec la nature, dont aurait répondu le défilé en robe de miel, révélant, pourtant, avérant, questionnant la possible face d’horreur (de la nue dans la nature). Comme s’il avait fallu, pour elle, Marie, que la haute couture repondît de la grandeur, de la beauté de ce « sentiment océanique » que le narrateur dit donc observer chez elle. Et que ce soit au départ de la faille, de la faillite, alors de cette correspondance, du recouvrement « nature/culture » pour le dire très grossièrement – peut-être on aurait pu dire aussi « femme /robe », « nue/non-nue, vêtue », « une nue/une vêtue »- que quelque chose se révèle de la raison du travail de la jeune femme, et de leur couple.

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Moi, je déteste m’habiller. Je n’habille pas la nue. Je laisse nue la nue. Dois laisser nue la nue.

Comme si…. la nuée d’abeilles, la robe de miel, cherchaient à répondre de la nue Marie (semblant réel).

C’est le semblant qui m’est impossible.

Quelque chose n’est pas recouvert.

Pauvre F, qui déteste la nudité (dit-il).

 

Le croyant et la dupe alors ?

Là où l’obsessionnel se porte caution de l’Autre, c’est le Sans-Foi qui caractérise l’intrigue de l’hystérique, c’est-à-dire un « ne pas y croire ». A faire d’elle-même le point de référence, le lieu de la Vérité, elle déstabilise toute croyance dans la parole du Maître. …

Alors, les femmes sont-elles dupes d’elles-mêmes ? Sont-elles dupes de rester pour elles-mêmes leur seule vérité ? Sont-elles dupes de cette jouissance qu’elles éprouvent mais dont elles ne savent rien et ne peuvent rien dire ? Sont-elles dupes de l’amour dont le discours et la lettre les entraînent au-delà de l’aimé ? Sont-elles dupes de l’homme par l’inconscient duquel elles sont choisies ? Là, c’est ce que donnerait à penser le ravage que peut à l’occasion devenir la relation avec un homme.

 Nous mettrons ici le même écart entre « être dupe » et « se faire la dupe » qu’il y a entre être l’objet du fantasme d’un homme et accepter de s’en faire l’objet cause du désir. Cet écart est celui de l’accès à une place de semblant

Se faire l’objet du fantasme masculin conduit une femme à cette relation de « ravage » qui caractérise aussi bien la relation mère-fille quand, enfant, elle se fait objet du désir « pervers » de la mère. Tandis qu’accepter de se faire l’objet cause du désir pour un homme, accepter de se prêter à la perversion masculine, souligne l’accès à une place de semblant.  Adopter cette place est une façon pour une femme de se faire la dupe du choix de l’inconscient.

Le croyant et la dupe, Marie-Françoise De Munck

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