Comme ce non-lieu (la plaine des Asphodèles) interdit tout perspective commune, qu’elle condamne chacun à trouver en lui seul l’avenir et le sens qui collectivement font défaut, et que par suite chacun à seul en charge son humanité, il est presque impossible de se figurer sous quelle forme collective le monde présent pourrait quitter la plaine. (( Cédric Lagandré, La plaine des Asphodèles, ou Le monde à refaire, p. 12. )) Pour Cédric Lagandré, la plaine des Asphodèles, c'est où nous vivons aujourd'hui. Nous qui ne cherchons, dit-il, plus de sens à nos vies. Que je choisisse de m'attarder à ce livre-là en particulier, c'est un peu au hasard, le désir est d'étude, le…
« La violence du réel est insoutenable pour qui doit la soutenir seul »
Dans le monde ancien et tout contracté des « localités », les choses, les discours, les œuvres avaient à croître et à devenir.
Dans le monde ancien et tout contracté des "localités", les choses, les discours, les œuvres avaient à croître et à devenir. Ils avaient à se propager de bouche en bouche ou de main en main, et ils se propageaient en étoile, au petit bonheur, se différenciant et se symbolisant toujours davantage, et formant des mondes culturels distincts les uns des autres, avec leur légendes, leurs mythes, leurs rites propres. Dans le monde contemporain de la mondialité, rien ne se propage plus : tout est déjà immédiatement propagé, déjà universel, déjà connu de tous. Un récit, soumis au régime du "mondial" ne se développe pas, ne se transmet pas : il atteint immédiatement sa forme définitive. Aussi…
la certitude du réel opposée au doute du symbolique
J'essaie donc de lire Cédric Lagandré (( La plaine des Asphodèles, je le lis très mal, maintenant par bribes, au hasard)). Curieusement facile et difficile à la fois. Ainsi, lorsqu'il cite Descartes (p. 105), attribue-t-il au semblant la certitude ("le fait de cette semblance est quant à lui une certitude inébranlable. La consistance du semblant est sans défaut, sans qu'il soit question d'attendre la sanction de l'existence divine") quand je l'aurais moi-même, et sans nul doute, attachée au réel de la lumière, du son, de la chaleur. "... je vois la lumière, j'ouïs le bruit, je ressens la chaleur. Mais l'on me dira que ces apparences sont fausses et que je dors. Qu'il en soit ainsi ;…
de l’autoroute (Lagandré vs Lacan, du nom-du-père à l’usage)
Ils se consacrent à l'aménagement d'une existence confortable, affranchie du besoin de sens, et à laquelle suffit amplement la perspective d'une prolongation indéfinie. (( Cédric Lagandré, La plaine des asphodèles, p.10. )) [...] s'annonce un "monde" commode à tout point de vue, ajusté sans médiation aux usages humains et réduit de force à ces seuls usages : un monde sans arrière-fond, sans possibilités secrètes, pas même orienté vers un mieux, visant sa seule perpétuation. (( Ibid., p.11)) [...] le monde ne fait plus question, son fait mystérieux ne les concerne plus. L'heure est à son aménagement, à sa rationalisation pour l'usage des hommes. (( Ibid., p. 15. )) Lire, se demander ce qu'il en est de cet "usage" ? Pour s' en expliquer, Cédric…
RE: Le fonctionnement des machines
Monde réduit à son fonctionnement. Jouissance de ce fonctionnement. Réflexion que je me fais probablement en suite à ce que nous nous disions hier soir, F. et moi, en rapport avec le fonctionnement d'internet et de ses applications. Qu'il s'agit essentiellement de faire tourner. Que ça circule. Ainsi me parlait-il d'une interface à son travail, censée fonctionner comme Facebook, dont les utilisateurs ne s'occupent que de chercher comment la faire fonctionner. Ce pourquoi j'aime les problèmes informatiques : on en vient toujours à bout. J'ai essayé de mettre ça en rapport avec ce que j'avais lu chez Lagandré, que je n'avais pas bien capté, à cause de quoi je l'ai mal retenu quand il parle du …
Le niveau de l’usage est pour le dernier Lacan un niveau essentiel
Le savoir-y-faire n’est pas un savoir, au sens du savoir articulé. C’est un connaître, au sens de savoir se débrouiller avec. C’est une notion qui, dans son flou et son approximation, me paraît essentielle de l’ultime Lacan – savoir se débrouiller avec. Nous sommes là au niveau de l’usage, de l’us – vieux mot français que vous retrouvez dans l’expression « les us et coutumes », qui vient directement du latin usus et de uti, se servir de. Le niveau de l’usage est, pour le dernier Lacan, un niveau essentiel. Nous l’avons déjà abordé, ne serait ce que par la disjonction du signifiant et du signifié. Le dernier enseignement de Lacan met en effet l’accent,…
Fer
— (déjà)
Il s'agira également de rapprocher cet usage et son "déjà" de Lagandré, du readymade de Duchamp. Pour Duchamp, la chose est déjà faite, la peinture est déjà en tube, elle n'est plus à faire. Et qu'elle ne soit plus à faire est ce qui rend l'artiste impuissant. Lui rend impossible d'encore faire de l'art. Puisqu'il est fait. Puisque les machines l'ont déjà fait. Les choses ne sont plus à faire. L'industrie s'en occupe. Il n'y a plus rien à faire. Il y a bien des travailleurs spécialisés, encore, des ouvriers. Mais ils ne font que ce qu'ils font, dans le cadre de leur travail, et en dehors de leur travail ils consomment également des objets…
de l’usage à l’Un
Étrange mutisme que celui du réel "mondialisé"; autrefois le mutisme de la matière intriguait, semblait un commencement de parole, faisait énigme: d'être ainsi et pas autrement donnait aux choses un air louche qui regardait les hommes, leur imposait des conduites, des pratiques, des rituels. [....] Mais maintenant que le verrou divin a sauté, que le mot de l'énigme n'est plus qu'un mot, faute d'énigme, la bizarrerie du réel nous est devenue indifférente. La domination technique paraît démystifier à l'avance ce qui reste de mystère (ce qui n'est pas dominé le sera un jour), et l'objectivation de l'existence humaine annule la singularité des destins. [...] Comment le panthéisme a-t-il pu se dissoudre sans reste dans l'athéisme?…
Untitled
5.4, 11.9 - mais quand je lis Lagandré, je suis honteuse. c'est magnifiquement écrit. tout simplement. je n'y comprends d'ailleurs rien. c'est de la poésie.