Dans le monde ancien et tout contracté des « localités », les choses, les discours, les œuvres avaient à croître et à devenir. Ils avaient à se propager de bouche en bouche ou de main en main, et ils se propageaient en étoile, au petit bonheur, se différenciant et se symbolisant toujours davantage, et formant des mondes culturels distincts les uns des autres, avec leur légendes, leurs mythes, leurs rites propres. Dans le monde contemporain de la mondialité, rien ne se propage plus : tout est déjà immédiatement propagé, déjà universel, déjà connu de tous. Un récit, soumis au régime du « mondial » ne se développe pas, ne se transmet pas : il atteint immédiatement sa forme définitive. Aussi n’est-il jamais traité comme discours. Il ne se donne pas comme texte à déchiffrer, mais comme « reportage », bloc de réel à l’état pur. L’événement est trop vite su, figé mondialement dans son « quoi » sans devenir, pour faire germer un récit. (( Cédric Lagandré, Le monde des asphodèles, « Le protocole du sens » , p. 81, 82.)) [...]
Dans le monde ancien et tout contracté des « localités », les choses, les discours, les œuvres avaient à croître et à devenir.
la certitude du réel opposée au doute du symbolique
J’essaie donc de lire Cédric Lagandré (( La plaine des Asphodèles, je le lis très mal, maintenant par bribes, au hasard)). Curieusement facile et difficile à la fois. Ainsi, lorsqu’il cite Descartes (p. 105), attribue-t-il au semblant la certitude (« le fait de cette semblance est quant à lui une certitude inébranlable. La consistance du semblant est sans défaut, sans qu’il soit question d’attendre la sanction de l’existence divine« ) quand je l’aurais moi-même, et sans nul doute, attachée au réel de la lumière, du son, de la chaleur.
« … je vois la lumière, j’ouïs le bruit, je ressens la chaleur. Mais l’on me dira que ces apparences sont fausses et que je dors. Qu’il en soit ainsi ; toutefois, à tout le moins, il est très certain qu’il me semble que je vois, que j’ouïs, et que je m’échauffe. » [...] Lire la suite >
La grand’route et le signifiant « être père » (extraits)
« La route, voilà un signifiant qui mérite d’être pris comme tel – la route, la grand-route sur laquelle vous roulez avec vos divers ustensiles de locomotion, la route qui va par exemple de Mantes à Rouen. Je ne dis pas Paris, qui est un cas particulier.
L’existence d’une grand-route entre Mantes et Rouen est un fait qui à soi tout seul s’offre à la méditation du chercheur.
Supposons que – comme il arrive dans le sud de l’Angleterre, où vous n’avez ces grand-routes que d’une façon excessivement parcimonieuse – vous ayez à passer, pour aller de Mantes à Rouen, par une série de petites routes, comme celle qui va de Mantes à Vernon, puis de Vernon à ce que vous voudrez. Il suffit d’avoir fait cette expérience pour s’apercevoir que ce n’est pas du tout pareil, une succession de petites routes et une grand-route. Nons seulement ça vous ralentit dans la pratique, mais ça change complètement la signification de vos comportements vis-à-vis de ce qui se passe entre le point de départ et le point d’arrivée. A fortiori, si vous imaginez toute une contrée couverte d’un réseau de petits chemins, sans que nulle part n’existe la grand-route. [...] Lire la suite >
de l’autoroute (Lagandré vs Lacan, du nom-du-père à l’usage)
Ils se consacrent à l’aménagement d’une existence confortable, affranchie du besoin de sens, et à laquelle suffit amplement la perspective d’une prolongation indéfinie. (( Cédric Lagandré, La plaine des asphodèles, p.10. ))
[…] s’annonce un « monde » commode à tout point de vue, ajusté sans médiation aux usages humains et réduit de force à ces seuls usages : un monde sans arrière-fond, sans possibilités secrètes, pas même orienté vers un mieux, visant sa seule perpétuation. (( Ibid., p.11))
[…] le monde ne fait plus question, son fait mystérieux ne les concerne plus. L’heure est à son aménagement, à sa rationalisation pour l’usage des hommes. (( Ibid., p. 15. )) [...] Lire la suite >
paris neige
Me réveille, vois film qui est en fait une émission radio, où je vois la lecture d’un livre,
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Avant ça rêve avec analyste YD.
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I. Je vois ce que j’entends
Me réveille, vois film qui est en fait émission radio, où je vois la lecture d’un livre, qui est un classique, un chef d’œuvre, dont j’ai retenu que c’était « Don Quichotte » mais ce n’est pas ça, quelque chose comme ça, je suis émerveillée, au-delà du dicible, transportée, cela apparaît devant mes yeux, le personnage bouge, évolue, jusqu’à ce que je me rende compte que le personnage évolue dans mon propre appartement ! Le truc est le suivant : dans le film, l’image du film, seul le corps du héros est opaque, le reste de l’image est transparente ! j’ai donc l’impression que le film, le personnage du film évolue dans mon appartement qu’il peut voir et dont il prend connaissance, circulant partout. Cela me rend si extraordinairement heureuse que je stoppe l’émission pensant la reprendre plus tard, désireuse de jouir un moment tranquillement de l’état dans lequel je suis. [...] Lire la suite >
où il est question d’argent
Fait donc ce rêve juste avant celui de la danse, dans la même nuit.
J’arrive chez YD, peut-être tout juste à temps. Il me voit, mais fait à ce moment-là entrer quelqu’un dans son cabinet. Il y a énormément de monde dans sa salle d’attente. Il revient et me prend. Je commence à lui parler.
/ je cherche en ce moment un psychanalyste à qui parler de ce dont il m’apparaît que ce pourrait être la dernière chose que j’aurais à régler, la demande avec laquelle je pense que je pourrais arriver, celle de gagner de l’argent. Mais je ne sais plus chez qui aller. / [...] Lire la suite >
Expo d’hier, The museum of Everything, un mot, rapide
Beaucoup de textes affichés, des adresses, des suppliques.
J’ai pensé naïvement que c’était peut-être ça aussi l’art qu’on ne dit plus naïf brut : naïvement écrire et exposer des textes qui comptent pour soi, des pensées que l’on a.
Naïveté de l’art brut, « outsider », qui va directement straight to the point, sans détours.
En quoi consiste les détours de ceux qui en font ? Délices d’interprétations?
Qu’est-ce qui me retient d’écrire des mots et de les mettre au mur ? De figer leur nature d’objet? Une de leurs natures d’objet. Ah non, je n’aimerais pas m’exposer aussi crûment. Je ne pourrais pas. [...] Lire la suite >
De l’art invendable.
En réponse à :
J’en viens parfois à me demander s’il ne faudrait pas se mettre à fabriquer, à créer des objets d’art, de l’art, qui ne puisse pas se vendre. Est-ce possible de créer de l’art invendable. Non pas gratuit mais invendable ? Bon, je sors du sujet mais je poste quand même, je réfléchis tout haut et je partage.
EV
De l’art invendable.
Je me demandais si ça ne serait pas vendu du moment où ça porterait le nom d’art, l’estampillage, la marque.
/ Ce à quoi travaille le Museum of Everything – faire sa marque, but prôné. Mais, s’agit ici de la marque d’un musée, pour, paradoxalement, exposer des gens qui ne se revendiquent pas en tant que tels, artistes. / [...] Lire la suite >
RE: Le fonctionnement des machines
Monde réduit à son fonctionnement. Jouissance de ce fonctionnement.
Réflexion que je me fais probablement en suite à ce que nous nous disions hier soir, F. et moi, en rapport avec le fonctionnement d’internet et de ses applications. Qu’il s’agit essentiellement de faire tourner. Que ça circule. Ainsi me parlait-il d’une interface à son travail, censée fonctionner comme Facebook, dont les utilisateurs ne s’occupent que de chercher comment la faire fonctionner.
Ce pourquoi j’aime les problèmes informatiques : on en vient toujours à bout.
J’ai essayé de mettre ça en rapport avec ce que j’avais lu chez Lagandré, que je n’avais pas bien capté, à cause de quoi je l’ai mal retenu quand il parle du monde réduit à son usage, cet usage lui-même réduit à l’un, à l’unicité (la dosette, la lingette). Exemple qu’il donne de l’autoroute : une fois parcourue, sa consommation est achevée. Son parcours est sa consommation. À l’opposé de la route de campagne dont les usages possibles sont beaucoup plus nombreux, qui ne se laisse donc pas consommer (on peut faire des détours, s’arrêter, etc.) [...] Lire la suite >
Des modes lacaniens
Soit un monde qui « ne cesse pas s’écrire », un monde de la nécessité.
Ne pas cesser de s’écrire(le réel) pour ne pas rencontrer ce qui ne cesse pas de pas s’écrire (le réel)
« ce qui ne cesse pas de s’écrire, le nécessaire, c’est cela même qui nécessite la rencontre de l’impossible, à savoir ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire, qui ne peut s’aborder que par les lettres. « JL
ce qui ne cesse pas de s’écrire :
l’addiction,
l’internet,
la science,
les séries télévisées où ce sont les cadavres qui parlent ( où la police scientifique peut lire dans leur corps la signature de leur assassin; du point de vue de la société scientifique, nous sommes ces cadavres),
la pensée (obsessionnelle),
le marché,
la finance,
les flux,
mes lettres d’amour,
la marque, le branding,
la répétition (névrotique),
la machine,
les listes (de course, de choses à faire),
etc. [...] Lire la suite >
