dimanche 2 juillet 2023 · 14h58

#04-00 | le train vers Noirtier

Je voudrais qu’on la voie, je voudrais vraiment qu’on la voie dans un train, et qu’on voie d’elle l’image qu’elle ne voit pas d’elle-même, cette image que l’auteur, Sonia, n’a pas plus les moyens que moi de décrire.  

Je voudrais qu’on la voie, Blanche dans son compartiment de train, elle dont à vrai dire l’auteure ne possède pas grand chose de plus que le nom. Qui pourtant aimerait l’écrire ce personnage de Blanche, mais qui ne peut le faire qu’en creuxQui a cette faiblesse de vouloir écrire le creux et qui en fait trop.  

On arriverait seulement à dire d’elle, de Blanche, qu’elle est une enfant, on ajouterait avec empressement qu’elle est une petite fille.  

Je voudrais qu’on en voie l’image aussi bien que l’image qui manque. L’image qui lui manque à elle.  

Blanche à ce moment là n’est pas seule. Elle n’est pas encore seule. 

Sonia qui écrit, écrit depuis cette absence de Blanche à l’image, depuis l’intérieur de Blanche, où il y a probablement une voix, de conscience, et un grand nombre de particules, une densité sombre, mouvante. Il est possible que Blanche n’ait alors pas de regard sur elle-même. Aucun. 

Dans le compartiment où ils sont cette fois à cinq, où ils sont tous les cinq, il y a son père sa mère ses 2 frères. Elle a une place près de la fenêtre, son autorité d’aînée. Les enfants volèteront d’une place à l’autre, s’échangeront. 

Autorité d’aînée, exception féminine. Elle, les deux garçons. 

C’est dingue ce que ne rien dire peut prendre de mots et  rapidement trop. 

Je ne ferai pas semblant que c’est facile, cela je ne le ferai pas, en effet.  

Je disais donc qu’il était possible que Blanche n’ait alors aucun regard sur elle-même. Il y aura probablement le regard du père, et le regard de la mère, et qu’elle se tienne là, dans leur regard, de l’un ou de l’autre ou de l’un et l’autre confondus, que ce soit là sa consistance principale. Vous ne l’auriez pas vu, si vous aviez été là.   Vous, vous auriez vu le jeune corps long, les cheveux bouclés, on lui dit blond vénitien souvent,  les yeux bleus. C’est  à Sonia qui écrit de le montrer.  Il est possible qu’il y ait son regard à elle, Blanche, son regard sur ses frères, ses frères aussi sous le regard de leurs parents. Il est aussi possible qu’on se situe dans une sorte d’avant, qui serait celui de l’enfance. L’avant de l’enfance de Blanche. Quand Blanche est dans le regard. Le regard qui va se défaire, qui va s’éloigner. S’effilocher. Ce qui se passe pendant les vacances. 

Il est certain qu’il y eut un moment où Blanche l’a vécu ce moment, s’y trouva, y était. Qu’elle tînt un conversation, qu’elle bavarda, qu’elle rit, qu’elle fit rire, qu’elle bouda, qu’elle se tourna tantôt vers son père, tantôt vers sa mère. Qu’elle le fit tout ça, qu’elle inventa des jeux avec ses frères, pour ses frères, qu’elle commandait. Qu’elle ferma les yeux.  

Nous ne vivons pas tous dans le même rapport au temps. Celui de Blanche est difficile à ponctuer.  A préciser, à nommer. Le temps de Blanche a tendance à se superposer. Une tranche se pose sur une autre, une feuille de temps sur l’autre, les feuilles sont fines et ne sont pas numérotées. Les étés se superposent, bientôt ne font qu’un seul été, de plus en plus rapide.

Les parents ce jour-là  conduisent les enfants au château de  Noirtier où ils resteront tout l’été. Cela est sans souvenir, cela a eu lieu. Aussi sûrement que Sonia écrit ceci aujourd’hui, cette quantité excessive pour étoffer le manque, qui n’a d’ailleurs pas plus que ça besoin d’être étoffé, mais pourquoi alors tant dire, broder. S’il arrivait par inadvertance que quelque chose se dise, se dise de cette entité, familiale, de cet amour, de ce qui est sur le point de se défaire, et qui touche à ce que Sonia à pu dire de l’être-dans-le-regard de Blanche, où elle était jusque là sans interrogation.  

L’extraordinaire, c’est que ce moment où Sonia écrit, destiné à l’oubli, est, a été, aussi sûrement que l’est, que ne l’a été ce voyage à cinq vers Noirtier.  

Blanche retournera à Noirtier, au château de Noirtier. Ceci se répétera, avec d’infimes glissements qui lentement, précautionneusement se superposent. Une année venant creuser l’écart de l’autre. Ceci se répète dans le même et dans la différence. Les parents qui les conduisaient, accompagnaient, la mère qui y alla seule, les conduire là-bas, les laisser. Et enfin Blanche seule avec les garçons pour ce long voyage vers les Ardennes belges, qui durait 4 heures, qu’il lui arriva d’ailleurs de faire seule. Avec toutes ces angoisses concernant les changements, les changements de train.  

Une chose ici est inventée : qu’il y ait eu Blanche dans le regard, avant, et puis qu’il y ait eu Blanche après. Un après qui vient lentement dans un corps qui se transforme lentement. Grandir. 

(On peut reprocher Duras à Sonia, on le peut. Les phrases courtes. La solennité. C’est que littéralement Sonia la reçut, cette solennité, nulle part ailleurs existante, de Duras. La solennité par la phrase. La ponctuation par la phrase. Pour celle en passe de perdre ce lieu  de consistance, du regard, la solennité d’une phrase, la certitude qui s’y lie, l’équivoque explosée, peut sortir de l’insigne, de l’indigne. Sonia qui retrace un fragment d’enfance, est rattrapée par ce style si souvent imité, jamais égalé de Duras. Que Blanche découvrira quelques années plus tard. ) 

Blanche est une petite fille normale, jolie, et qui ne remarque pas qu’elle est solitaire, que dès qu’elle sort du giron familial elle est seule. Blanche ne le remarque longtemps pas, tant qu’elle est dans une absence de regard sur elle-même, une inconscience. 

Heureusement à Noirtier, il y a Albane, tante Albane. Qui n’est d’ailleurs pas vraiment une tante. 

Ecrit et publié au matin du samedi 19 août à Donn, publié à la date du 2 juillet, en réponse à la propositions #04 | superposer les temps
Bien sûr, j’ai complètement foiré, puisque je n’ai pas le deuxième temps. Enfin, j’ai rempli la première moitié du contrat. Je pourrais, plus tard, faire le parcours répété.

mercredi 5 juillet 2023 · 06h51

#04bis-00 | l’auteure participe à un atelier d’écriture

l’auteure ma foi ne s’en sort pas. elle participe à un atelier d’écriture et les consignes qu’elle se coltine… cette fois, n’en pouvant plus, elle décide d’en inventer une nouvelle, plutôt elle décide d’adapter l’existante, d’adapter la consigne existante. on n’attend rien d’autre de toi. rien, personne, dit Sonia, n’attend rien de moi, qu’on n’essaye pas de me faire croire. elle est seule à attendre quelque chose d’elle, elle dit. cela dit, la galère de c’t’atelier. en fait, c’est une débutante.

« dans la nuit de samedi à dimanche » sera votre guide, votre mantra, et par sept fois, vous l’écrirez, et par sept fois, quoiqu’il vous passe par la tête, vous l’écrirez, vous voyagerez de nuit de samedi à dimanche en nuit de samedi à dimanche, sans vous soucier d’aucune chronologie, d’aucun passé, d’aucun présent, d’aucun futur. sans vous souciez de votre totale absence de mémoire, si c’était le cas. si c’était le cas, si la mémoire vous manquait, si la mémoire venait à vous manquer, si vous n’aviez jamais eu le sens du temps, eh bien, cette fois, c’est voulu, c’est l’atelier pour vous : la liberté par rapport au temps est totale. non, ça n’est pas nouveau ce que l’on fait, ça a même pris des appellations diverses, c’est historiquement daté, peu importe, on le fait à nouveau, on le refait. la seule contrainte vient de l’antienne, dans la nuit de samedi à dimanche, avec laquelle vous pourriez aussi bien ne chercher, n’entretenir qu’un rapport de rime. vous écrivez avec ce que vous êtes quand le sens du temps vous échappe, depuis l’enfermement où vous êtes dans un temps présent. et vous vous permettrez des sauts dans le temps, ou vous vous obligerez à des sauts, qui appartiennent aux sauts habituels de la conscience quand elle se laisse à dériver, quand elle laisse l’inconscient tenir la barre.  ce n’est pas nouveau ce qu’on fait, simplement on le fait. vous veillerez juste à rester conscients qu’il s’agit seulement  de la tentative de mise au monde d’un objet d’écriture, d’un jeu, de ce qui se fait avec la langue, d’une fiction avouée et donc en  rapport avec la vérité. avec une vérité, la seule qui vaille, la non-universelle et absolument ponctuelle. vous espérerez seulement la présenter d’une façon telle qu’elle puisse, au moins pour un temps, contaminer quelques lecteurs. autrement dit, vous tenez la vérité comme une maladie, vous en vantez les qualités. 

ça ne serait néanmoins pas mal que l’on ressente quelque chose de la grande hache de l’histoire de l’inexorabilité absolue de la flèche vers la fin et de la mélancolie que ça entraîne ou de la terreur (ou de la joie). l’ombre ou le motif. et c’est d’ailleurs de cela qui s’agira dans cet exercice. mais par la bande, de biais. comment on fait pour y faire face.  face à la hache.  

si vous aviez la moindre intuition que pour s’en sortir c’est au cœur de la hache qu’il faut se tenir, vous irez là, sur le fil du rasoir, comme vous savez faire. comme vous savez le faire, j’ai toute confiance en vous.

on attendrait donc de chacun qu’il donne une idée de sa mesure, de son traitement de la mesure. la mesure aussi comme la vérité, une maladie. face à la démesure de la mort, aucune mesure qui ne se conçoive au bout du compte que comme une mesurette, une dérisoire, et pourtant dans cette mesurette, on peut aller s’enfermer, trouver refuge, abri. la mesure est une fiction qui permet de battre le temps, d’en jouer, d’en jouir. enfin là c’est moi qui délire et vous m’en excuserez. 

on le fait aussi pour vous permettre de trouver votre mesure, votre tempo particulier, votre façon particulière de faire battre le temps, votre mesure et vous permettre d’échapper un moment à la mesure des autres, à la commune mesure. de faire vos propres recoupements. parce qu’enfin, l’histoire, même avec un grand H, n’est jamais qu’un traitement de l’oubli, de la perte. cette perte qui nous frappe les uns et les autres diversement, laissant certains plus longtemps sur le carreau. et quand on n’a pas l’histoire, on a la durée. ou quand on n’a plus l’histoire, on a la durée.  

ah oui donc, je disais par sept fois. ça aurait pu être par trois fois. mais par 7 fois c’est bien, c’est un tout petit peu trop long. surtout c’est arbitraire, sept, en même temps, ça n’est pas rien, non plus, comme chiffre, je ne vais pas m’embarquer par là. mais vous pourriez vous y fier, avant envie d’y croire à la magie du chiffre, à la magie du chiffre sept, à la magie tout court d’ ailleurs, comme je l’ai déjà dit. donc vous le faites, vous numérotez, vous écrivez les numéros, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, et puis vous y allez. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7 à la bicyclette pouèt pouèt, comme disait ma mère du temps qu’elle mourrait lentement.  

à corriger : il faudra dans le futur  tout réécrire et dire qu’il s’agit de la reprise d’un atelier de François Bon, à l’été 2023, un atelier dont simplement on modifie un peu la consigne.  

à corriger 2 : il faudra dans le futur tout ré-écrire de façon à ce que tout soit CLAIR.

atelier François Bon du 2 juillet #04 | superposer les temps, publié ici le 23 août et écrit le 21 matin à Donn

mercredi 5 juillet 2023 · 07h05

#04bis-01 | dans la nuit de samedi à dimanche

Brouillon, les tentatives de Sonia pour répondre aux consignes.

  1. dans la nuit de samedi à dimanche, Sonia se figura qu’elle n’aurait rien à écrire sur aucune nuit jamais d’aucun samedi à aucun dimanche 
  2. dans la nuit de samedi à dimanche, Sonia admire la nuit, songe à la place de l’insomnie dans sa vie, se lève sans bruit, la nuit lui appartient, n’attend rien du matin 
  3. dans cette autre nuit de samedi à dimanche, à Paris, à songer au calvaire de sa mère eut peur de devenir folle, se rapprocha de Félix, eut envie de l’éveiller, que ses bras l’apaisent. se lève, apaisement par les  pieds dès qu’ils se posent au sol, les gestes lents, les gestes ralentis, écrira 
  4. dans une nuit de samedi à dimanche, se questionna une fois de plus sur ce qui en elle était de si mauvaise volonté, s’adressa calmement à l’entité inconnue. 
  5. dans la nuit de s à d, rêva, par 2 fois rêva, dormit. au réveil remercie le ciel des rêves reçus, les écrit.
    comment dire comment ces nuits toujours uniques toujours différentes, toujours tellement uniques, pourtant se ressemblent, s’assemblent, se superposent, se confondent, connaissent cependant une progression. s’apprivoisent. tout en restant chacune tellement une, tellement terriblement une, unique. et dans la perte déjà d’elle-même, une fois passés les somptueux moments d’éternité, ou désespérés, selon, aucune nuit qui ne soit éternelle, sinon. l’ennui, par ailleurs, de ces nuits qu’elle écrit, qu’elle décrit, nuit après nuit. un temps, elle a fait ça, Sonia.
  6. dans la nuit de samedi à dimanche, à Outrée, se prit par l’intérieur du ventre, sortit dans la nuit noire, s’éclaira d’abord de son téléphone, s’habitua, fit les mouvements de tai chi. caresser la nuit. splendeur de l’indifférence et de la vie. Sonia vit au loin le jour arriver, la rejoindre au bord du bassin.  
  7. dans une autre nuit de samedi à dimanche, elle ne comprend rien. elle voit que simplement une nuit se superpose à l’autre et que ça ne fait aucune sens. sa vie comme une longue nuit, qui pourtant lui est précieuse. appartenir à la nuit. cette réciprocité d’appartenance, cette identité, ce temps volé, ce temps reçu, ce temps d’exclusion, d’écriture. de silence. présence de la nuit. sans qu’il faille dormir à la belle étoile, présence perpétuelle du  ciel et son immensité, conscience sourde de la terre, de ses silences et des astres, de l’autre dimension, du hors-mesure. soi entre la gravité et la nuit des temps.

de sam à dim, les nuits de Blanche

  1. Dans la nuit de samedi à dimanche, Blanche dans une chambre avec Yann et Theo, ses frères, le papier peint observé, parcouru au matin des doigts, quelques chambres plus loin, les parents 
  2. Dans la nuit de samedi à dimanche. Blanche au grenier du château avec tous les autres enfants le dortoir, au milieu du dortoir, le trapèze suspendu  
  3. Dans la nuit de s à d, Donat et les autres arrivent en retard les roues sur le gravier, les voix, revenaient d’un pays chaud. Le garçon Donat.
  4. Dans la nuit de sam à di, au dortoir Blanche et quelques autres se sont silencieusement rhabillés, relevés, les marches descendues, le gravier à la queue leu leu vers l’orée du bois, ont décidé de dormir dans la grange. Cela plaît beaucoup  à Blanche, l’odeur, la clandestinité, la nuit. elle dort, ça pique, et au matin, si drôle, de raconte l’escapade à Albane, le petit déjeuner dehors sur la grande table en bois.
  5. Cette année, Blanche a une chambre seule, dans la nuit de samedi à dimanche, vers la salle de bain quand elle se lève, le plancher grince, l’odeur pourtant forte de la cire, l’image aperçue d’elle dans le miroir, quand elle pousse la porte de la sdb. Poignée de porcelaine. Et le dimanche, cette chambre où elle est remontée, qu’elle pénètre en plein jour, grandeur étrange du lit ouvert et blanc, les oreillers, comme une solitude neuve et belle et folle dans la vastitude des fenêtres ouvertes sur la prairie qui descend vers le village, conversations entendues sur la terrasse. On y parle de l’intelligence de ses frères et de l’Allemagne.
  6. Une autre nuit de sam à dim, Blanche s’est trouvée dehors un endroit sous les rhododendrons où elle ira dormir seule 
  7. Dans la nuit de samedi à dimanche, Blanche ne dort toujours pas, redoute la rentrée, ne dort pas 

On ne dit rien ici des inquiétudes de Sonia quant à, pense-t-elle, la multiplication des instances d’énonciation, là où, pense-t-elle, elle n’en voudrait qu’une et une seule. A la limite 2. L’auteur et le personnage. Qu’il n’y en ait qu’une, d’instance, n’empêcherait pas qu’elle ait plusieurs voix, que du contraire. Une à voix multiples. Comment alors les nommer ces voix. On constatera cependant déjà qu’il y a chez Sonia une grande attirance pour l’un et l’un seul, l’un tout seul, c’est qu’elle n’a pas grand chose de plus et que cet un peut facilement contenir le monde, c’est un est la marque une de l’illimité. le monde s’occupe pour elle de la diversité. Et les vaches seront bien gardées.

atelier François Bon du 2 juillet #04 | superposer les temps, publié ici le 23 août et écrit le 22 matin à Donn

mardi 11 juillet 2023 · 12h03

Un objet La pensée glisse
— Atelier Laura L Vazquez (avec François Durif et Gaëlle Obiégly)

Prends un objet au hasard
Je prends mon corps et la nuit et leur mauvaise rencontre
Prends un objet au hasard
Je prends l’œil qui s’ouvre et le désespoir
Fenêtre ouverte sur la nuit et l’absolue nécessité de ne plus penser à rien
 
Fermer l’oeil, vider l’angoisse dans le silence de la nuit, constituer son épaisseur, s’y loger. Penser : lourd, rejoindre la gravité, s’enfoncer dans le matelas. Se couler dans l’étendue du corps qui devient Un et infiniment divisible, extensible en et hors lui. Dedans, à l’intérieur, naviguer d’un lieu à l’autre, d’une cuisse à la hanche, de la hanche à la main proxime, couler dans les tubes du bras, etc. La matière de ton attention circule en toi, une nuée d’attention, une onde t’explore, souple se glisse, se gonfle, te gonfle, se rétracte, soudainement s’amplifie, s’attarde, animale, intime. Par dessus tout taire, n‘entendre que cette volonté de dissolution dans la pesanteur, tu t’appesantis, en toi.
 
Se tourner sur le côté :
– A-t-elle encore sa diarrhée ?
– Lui ont-ils redonné des antidépresseurs ?
– Aurais-je encore des nouvelles d’elle ?
 
S’endormir (couler, disparaître
dimanche 23 juillet 2023 · 14h31

par le geste

Cela faisait longtemps que tu pensais retrouver la sainteté par le geste
La sainteté, le repos
(Or un saint dût-il être tranquille ? Bah, tu lui offrirais ça, un instant)
Or ce geste n’est pas toujours à portée
Ce geste qui entraîne le silence la beauté
C’est à la cuisine que quelquefois il revient
S’offre le plus sûrement
Dans son espace exigu
La proximité d’un fenêtre
En coupant un légume
En faisant la vaisselle
Ton corps alors en résonance avec le silence du monde, s’y étend, s’y entend
L’accord parfait
L’unisson
Le suspens
Tu vibres
Tu souris
Palpites
Ce serait sans cause. Cela naît surgit d’un désir de taire de s’extraire de faire un pas de côté dans une pièce inhabitée. D’une pause. De la joie d’être debout d’entendre ce désir du corps d’être mouvements. De la joie du corps. Muscles et algues. Et l’émerveillement continu du voir, de la lumière.
C’est un état de grâce dans le geste le plus quotidien et où cette quotidienneté même est bénie. Son anonymat. Une danse.
Cela ne cherche même pas ses mots.
dimanche 23 juillet 2023 · 19h27

il y a celle qui ne sait pas
— atelier foule

J’ai mal
Je n’ai pas mal
J’ai mal
Je n’ai pas mal

Il y a celle qui ne sait pas
Qui ne sait plus
Celle qui n’a jamais su
Je ne sais pas
Celle qui dit je sais mais je ne sais pas
Je n’ai jamais su
Écoute je ne sais plus
Tu sais toi
Y a celle qui oublie
Y a celle qui retient
Celle qui retient tous les chiffres
Toutes les dates
Celle qui trébuche
Celle qui retient tous les noms
Y a celle qui se maquille
Celle qui s’habille
L’ autre, celle qui fait tache
Celle qui fait trou
L’absente
Et l’éléphante de tous les magasins de porcelaine
La cochonne
Celle si hors les mots qu’elle espère en les ondes
Y a celle au lit
Y a la séparée
Y a la suspension improbable des phrases
Qui en dénonce l’inanité
Y a celle qui se hait
Celle qui ne se hait pas, qui se lèche
Celle qui se déleste de tout ce qu’elle aime sur le pont du néant
Celle qui te voit la voir
Celle qui n’a rien
Qui court
Qui erre
Qui rue
Y a la rue
Y a celle qui n’a pas de nom
Celle qui perd ses mots
Qui ne finit pas ses phrases
Celle qui pense trop
Y a la lourde
L’évaporée
Celle qui dit
L’histoire s’accroche aux noms propres
L’histoire s’agrippe à la grille et je lâche
Celle qui retombe sur ses pieds
Celle qui crache dans ses mains
Celle qui est seule avec ce qu’elle sait
Celle qui croupit
Celle qui coud
Celle qui vieillit
Et l’autre dans l’insolence de la jeunesse
La solitude, la splendeur
Il y a celle qui dit que fait-on de ce qu’on sait et qui ne trouve pas à rentrer dans le savoir du monde
Il y a celle qui voudrait dé-savoir
Celle qui perd son sac
Dé-savoir le monde
Qui perd son téléphone
Celle qui meurt
Celle qui meurt tout le temps
Celle qui est déjà morte
Celle qui voudrait mieux savoir ce qu’elle sait et qu’elle ne sait pas encore
Celle qui ne pleure plus
L’enfant
Dont les joues s’inondent de larmes
Qui dit c’est rien, c’est de l’eau
Des rivières, des rigoles
Celle qui se cache
Celle qui se montre
Y a la nue
Des nues de nues
Y a l’habillée
Très habillée
La court vêtue
L’énervée
La douce
Y a la muette
La trouée
La débordée
La figée
Celle qui baisse les yeux
De désir
Ou qui rit
Qui parle fort
Héroïque
Pour vaincre le silence
L’absence de sens
La réponse évasive
Y a la peur

dimanche 23 juillet 2023 · 23h06

geste
— Atelier Geste

Cela faisait longtemps que tu pensais retrouver la sainteté par le geste
La sainteté, le repos
(Or un saint dût-il être tranquille ? Bah, tu lui offrirais ça, un instant)
Or ce geste n’est pas toujours à portée
Ce geste qui entraîne le silence la beauté
C’est à la cuisine que quelquefois il revient
S’offre le plus sûrement
Dans son espace exigu
La proximité d’un fenêtre
En coupant un légume
En faisant la vaisselle
Ton corps alors en résonance avec le silence du monde, s’y étend, s’y entend
L’accord parfait
L’unisson
Le suspens
Tu vibres
Tu souris
Palpites

Ce serait sans cause. Cela naît surgit d’un désir de taire de s’extraire de faire un pas de côté dans une pièce inhabitée. D’une pause. De la joie d’être debout d’entendre ce désir du corps d’être mouvement. De la joie du corps. Muscles et algues. Et l’émerveillement continu du voir. De la lumière.

C’est un état de grâce dans le geste le plus quotidien et où cette quotidienneté même est bénie. Son anonymat. Une danse.

Cela ne cherche même pas ses mots.

lundi 24 juillet 2023 · 00h19

#07 | de la préparation du corps – le cheval

Longtemps il y a eu un corps
Longtemps il y a eu l’image
Et c’était séparé
C’était comme un cheval à la tête arrachée et qui continue d’avancer
Un demi-trait

Je me tenais principalement parmi les déchirures
Dans le cercle des peaux déchiquetées
Au bord du noir de l’horreur, entre les deux épaules
Mais je me tenais aussi dans les jambes, 4, l’échine souple, la croupe, le fouet de la longue queue
Je n’étais pas dans la tête et le cou absents
Dans la merveille des yeux noirs, de la bouche douce, des oreilles soyeuses et intelligentes, je n’étais pas
Mais dans les sabots, les 4 sabots séparés, la corne rugueuse, l’ongle, si
(Les fers, eux, absents
Tous fers absents
Comme tous feux éteints)

C’est ainsi que je dirais après coup la séparation du corps et de l’image. Je vois que c’était comme ça. Et d’inconfort je roulais sur moi-même dans les rues en pente de l’enfance et aux pieds des foules adolescentes dans les parties, les fêtes, ne suscitant jamais qu’indifférence

C’était au commencement il y a longtemps, c’est sans souvenir puisque ça ne trouve ses mots qu’aujourd’hui

Il devait bien y avoir un sexe quelque part dans la masse susdite, l’animal extraordinaire, quelque part pas à sa place, je parie, qui naviguait qui s’échappait dans les replis de ce corps mouvant.

et qu’on ne s’étonnât pas que je fis montre de quelque exaspération.
on s’étonnait cependant.
je ruais.

Personne n’a vraiment envie de savoir comment réellement ça se vivait, ladite séparation du corps et de l’image. Personne n’en n’a envie parce que personne n’en n’a la moindre idée.

C’est pourquoi je me demande si je ne pourrais pas encore parler de certains aléas que vécut ce grand corps blessé. Mais je ne le ferai pas, je sens que je dois dire autre chose, sans encore savoir quoi.

Le corps tel qu’il est connu aujourd’hui mit du temps à se faire. On l’aura compris.

Ce corps qui était seul pourtant ne l’était pas, la terre est finalement parsemée de corps fort semblables. C’est là que s’insère l’image : je vois des tas de corps qui me voient sans jamais me voir comme je les vois ni comme il me voient. Alors que de ce corps même me parvient une foultitude d’informations non-informées dont nul ne sait rien, n’imagine rien, si ce n’est au départ de ce qu’il vit de son propre corps.

On peut dire que le corps était grand. Comme tu es grande. Dira-t-on qu’il était joli. On ne le dira pas puisqu’elle ne la jamais cru, pas faute qu’on le lui ait répété pourtant. L’autre drame du corps pouvant bien être d’être et ne pas être ce qu’on dit de lui. De n’être que ce que l’on dit et définitivement pas. L’autre schize ici bien mal affirmée.

Il faut alors aller vers la foule d’informations non-informées susdite. La sensation, dira-t-on. Et au-delà. De quel au-delà parle-t-on. De là où se situe le sentiment de soi, nulle part ailleurs repris, qui correspondrait au « je », nulle part repris, par la pensée toujours reprisé, et profondément ancré dans le corps non-vu, trouvant une limite dans l’image imaginée seulement de soi et reflétée par les miroirs et reflétée par les regards et les paroles en commentaires. Parfois les attouchements. Voilà. C’est quelque part là aussi que se trouve le collier d’épaule susdit, chevalin. Celui où je fondamentalement me tiens.

La somme d’informations non-informées par où on se sent soi, le faut-il qu’elles le soient ? A priori c’est soi aussi d’être non-informé. Je me comprends. C’est d’être le lieu de la vie. La vie ! Remballe-moi ça tout de suite. On appellerait ça la conscience de soi. Globalement. Le lieu de l’inquiétude.

C’est poinçonné par le nom qui tiendrait tout ça ensemble ? C’est ce qui se dit. C’est sujet à caution (… )

 

*
*     *

Voir la page de l’atelier de François Bon – un cycle sur les outils de l’élaboration et de l’invention du roman#été2023 #07 | de la préparation du corps, Francesca Woodman

Ce texte publié sur la page de l’atelier auquel je me suis inscrite  : https://www.tierslivre.net/ateliers/de-la-preparation-du-corps-0-1-schizes-1-et-2-cheval/#comment-43480

lundi 24 juillet 2023 · 10h01

#07 | 0=de la préparation du corps, Francesca Woodman

C’est le texte par lequel tout a commencé. J’avais, l’après-midi, faisant la vaisselle, écouté la proposition de François Bon sur YouTube, et je m’étais promise de la réécouter en prenant des notes. Dès la nuit venue, dans le creux du noir, cette image est venue vers moi d’un cheval sans tête que j’ai écrite sur mon téléphone. Au réveil, cela voulait continuer, je me suis inscrite à l’atelier. Le soir, je reprenais l’écriture.
Cette proposition de partir du corps, de la sensation, plutôt que du sujet, de partir de ce qui avait mis effectivement du temps à se faire, de ce qui avait déjà eu plusieurs vies, et des moments d’abimes, des épiphanies, cela m’a paru absolument fécond.
« A partir d’Antonin Artaud, dit François Bon, qu’est-ce qui peut remplacer l’énonciation par le sujet si on utilise le corps, la matérialité des intuitions, des perceptions, des sensations »
Il y avait aussi cette idée de l’émergence du corps par l’accident ou la maladie. Du lien de ça à l’écriture.
C’est un texte auquel je tiens, dont je me suis demandé lorsqu’il a commencé, si je ne faisais pas mieux d’en poursuivre l’écriture seule, tant ça poussait au portillon pour sortir; mais j’ai choisi de m’inscrire à l’atelier, curieuse de ce que les propositions de FB pourraient encore provoquer en moi. Et puis, je l’avais déjà repéré cet atelier et c’est surtout faute de temps que je ne m’étais pas inscrite. Là, il commençait à devenir important que je prenne du temps pour moi. Du temps qui compte.

Ce texte publié sur la site de l’atelier du Tiers Livre auquel je me suis inscrite :  https://www.tierslivre.net/ateliers/de-la-preparation-du-corps-0-1-schizes-1-et-2-cheval/

Voir l’ensemble des participations : https://www.disparates.org/iota/category/ateliers-decriture/atelier-francois-bon/ete-2023-le-roman/

Voir la page de l’atelier d’été de François Bon : un cycle sur les outils de l’élaboration et de l’invention du roman :  #été2023 #07 | de la préparation du corps, Francesca Woodman

mercredi 26 juillet 2023 · 16h22

Un cheval à la tête arrachée et qui continue d’avancer – le demi-trait

Longtemps il y a eu un corps
Longtemps il y a eu l’image
Et c’était séparé
C’était comme un cheval à la tête arrachée et qui continue d’avancer
Un demi-trait

Principalement, je me tenais parmi les déchirures
Dans l’encolure du désastre
Dans le cercle des peaux arrachées, des poils, de la colle du sang et l’odeur
Mais aussi, je me tenais dans les jambes, 4
Je me tenais dans l’échine souple, la vaste croupe rousse. Le fouet de la longue queue
Je n’étais ni dans la tête ni dans le cou, absents
Dans la merveille des yeux noirs, de la bouche douce à périr, des oreilles soyeuses et intelligentes, je n’étais pas
Mais dans les sabots, les 4 sabots séparés, la corne rugueuse, l’ongle, si.
(Les fers, eux, absents
Tous fers absents
Comme tous feux éteints.)

C’est ainsi que je dirais, après coup, la séparation du corps et de l’image.
Je vois que c’était comme ça.
Et d’inconfort, je roulais sur moi-même dans les rues en pente de l’enfance.
Aux pieds des foules adolescentes dans les fêtes, ne rencontrant qu’indifférence, abritant bouche mordue, effroi.

C’était au commencement, il y a longtemps
C’est sans souvenir : ça ne trouve ses mots qu’aujourd’hui.

C’était au commencement, il y a longtemps
C’est sans souvenir, ça ne trouve ses mots qu’aujourd’hui.

Il devait bien y avoir un sexe quelque part dans la masse susdite, de l’animal extraordinaire et aimé, quelque part pas à sa place, je parie, qui naviguait, qui s’échappait dans les replis
De ce corps mouvant.

Et qu’on ne s’étonnât pas que je fis montre de quelque exaspération
On s’étonnait cependant
Je ruais.

Dans les rues, je ruais
Dans les roues, je ruais
Ce serait ici que commence la solitude
Le chant adressé à Dieu dans les vapeurs à hauteur des yeux
Comme l’image est nette, celle-là
De cette vision brouillée
De cette absence comblée
Son corps de rue roué avance
Jour après jour
Renouvellement. Demeure de joie

Je me demande si je ne pourrais pas encore parler de certains aléas que vécut ce corps distrait parcourant les rues. Mais je ne le ferai pas, je sens que je dois dire autre chose, sans encore savoir quoi.

Le corps tel qu’il est connu aujourd’hui mit du temps à se faire. On l’aura compris.

Ce corps qui était seul pourtant ne l’était pas
N’est-elle la terre parsemée de corps qui me voient sans que je ne voie ce qu’ils voient (et réciproquement)
C’est l’image du corps qu’on a qu’on ne voit pas et qui renvoie foultitude d’informations non-informées dont nul ne sait rien, si ce n’est au départ de ce qu’il vit de son propre corps.

Du cheval la tête arrachée : le visage arraché à l’image.

On peut dire que le mien de corps était grand. Comme tu es grande. Dira-t-on qu’il était joli. On ne le dira pas puisqu’elle ne l’a jamais cru, pas faute qu’on le lui ait répété pourtant. Ou qu’elle ne s’aperçût des effets qu’il causait (parfois). L’autre drame du corps pouvant bien être d’être et ne pas être ce qu’on dit de lui. De n’être que ce que l’on dit, définitivement pas. L’autre schize ici bien mal affirmée. Après celle susdite du regard.

Ré-examinons la foule d’informations non-informées: la sensation, dira-t-on. Et au-delà. De quel au-delà parle-t-on. De là où se situe le sentiment de soi, nulle part ailleurs repris, qui correspondrait au « je », nulle part repris, par la pensée toujours reprisé, et profondément ancré dans le corps non-vu, trouvant ou ne trouvant pas de limite dans l’image imaginée seulement de soi et reflétée par les miroirs et reflétée par les regards et les paroles en commentaires. Parfois les attouchements. Parfois les attouchements et ce qu’ils provoquent d’éclipses. Voilà. C’est quelque part là aussi que se trouve le collier d’épaule susdit, chevalin. Celui où je fondamentalement me tiens. Lisière de l’absent visage, du gouffre.

La somme d’informations non-informées par où on se sent soi, le faut-il qu’elles le soient ? A priori c’est soi aussi d’être non-informé. Je me comprends. C’est d’être le lieu de la vie. La vie ! Remballe-moi ça tout de suite. On appellerait ça la conscience de soi. Globalement. Le lieu de l’inquiétude.

C’est poinçonné par le nom que tout ça tiendrait ensemble ? C’est ce qui se dit. C’est ce qui se dit. Sujet à caution (…)

*
*     *

Texte du 25 juillet 2023, lors de l’atelier de François Bon sur le roman, retravaillé ce jour, 26 juillet 25 et publié sur Instagram : https://www.instagram.com/p/DMm-1Zstg8u/?img_index=1 .

Voir texte original sur la page de l’atelier : https://www.tierslivre.net/ateliers/de-la-preparation-du-corps-0-1-schizes-1-et-2-cheval/

Voir la page de l’atelier de François Bon – un cycle sur les outils de l’élaboration et de l’invention du roman#été2023 #07 | de la préparation du corps, Francesca Woodman

jeudi 27 juillet 2023 · 05h29

#07bis | Je me rends compte que je n’ai pas assez parlé de l’odeur

Le corps est moite et étalé.
La nuit est longue sans l’être jamais vraiment assez.
Est-ce qu’il ne faudrait pas que tout s’arrête.

Est-ce ce que tout ne s’arrête jamais assez.
Est-ce que la nuit ne manque pas toujours d’être noire.

Le corps est moite dense et étalé.

Je me rends compte que je n’ai pas assez parlé de l’odeur. De cette odeur, comme ce cœur, comme ce corps perdu. Je n’ai pas assez parlé du corps comme odeur. Pas assez. De ce qui s’en perd, et sans que je sache finalement si c’est de mon fait ou de celui du monde. Du corps comme volatilité, comme humeur. Du corps comme convoquant l’attrait immédiat ou le dégoût définitif. Comme le font les odeurs.

Pas plus je ne vous ai dit déjà que je perdais tout. (Et, je m’en aperçois à l’instant, que la perte des mots suit peut-être, plutôt qu’elle ne la précède, la perte des sens. Mais, ça, serait encore une autre histoire.)

Que l’odorat est un sens qui se laisse éteindre. Dont la perte, qui pourrait s’apparenter à un refoulement, remonte à la toute petite enfance.

C’est que je n’ai encore parlé de rien. Peut-être d’ailleurs ne s’agit-il pas tant de l’odeur, même si celle qui règne ici est particulière, que du nez.

De cet organe de l’olfaction qui concourt grandement à la respiration ainsi d’ailleurs qu’à la phonation. De cet organe subtil, filtre du dehors et du dedans. De cet organe de la subtilité et de la discrétion.

(Je ne parle plus du tout du corps cheval d’hier. Je suis dans une autre nuit. Je parle, je veux parler maintenant d’un corps plus récent, d’un corps acquis.)

C’est un organe qui ne cesse de fonctionner mais qui peut fonctionner moins bien. Qui ne requiert nullement notre attention pour fonctionner, comme souvent d’ailleurs quand il s’agit du corps. Dont les filtres peuvent s’encrasser, se boucher. Et c’est un organe qui sait se restreindre, s’empêcher. On dit que les oiseaux dans les villes sont obligés de chanter plus fort. Je crois que le nez est obligé lui de sentir moins fort, de respirer moins fort. Et ça ne serait pas seulement la puanteur des gaz des villes qui l’y obligent, mais également une méfiance un mépris un déni du corps dans nos sociétés. De longue date. C’est de longue date que nous avons opté pour la mesure. Tandis que l’odorat est certainement primitivement lié à l’amour au désir au sexe. L’odeur est une manifestation du corps qui le dépasse, qui l’excède, qui empiète sur le corps de l’autre, qui le pénètre. Qui remet en cause son statut d’enveloppe, de nasse, de sac, qui le troue. C’est instantanément qu’une odeur provoque enchantement ou dégoût. Ça paraît très peu dialectique. Émanant d’un corps ça s’adresse au corps y provoquant un affect immédiat. C’est j’aime ou j’aime pas.

Alors tout de même, je voudrais évoquer une odeur particulière, celle du « parfum subtil de la rose », qui n’est pas celle qui règne ici mais que je propose à l’imagination de votre nez. Rejoignez-moi dans le noir, soyez allongé, que ce soit le cœur de la nuit, et respirez comme si vous respiriez le « parfum subtil d’une rose ». C’est mieux d’avoir les yeux fermés. Et observez ce qui se passe dans votre nez à l’évocation de ce parfum subtil, dans ce type d’inspiration. Observez comment vos cavités nasales se contractent, en même temps qu’elles sont parcourues d’un gonflement léger qui accompagne le passager nuageux de l’air. Respirez ainsi quelquefois, en étant attentif à la remontée de l’air jusqu’à la racine du nez, et puis ressortir. La respiration ralentit et l’on explore véritablement ces grottes du nez qui deviennent immenses en même temps que ça résonne dans tout le corps. Et ce sont ces résonances, le transport intérieur de cet air, de ce nuage, qui est extraordinaire. Enfin, je doute bien sûr que ceci puisse se communiquer par écrit. Cet apprentissage qui fut celui d’un maître pas très vieux ni très chinois, c’est ce qui m’a permis de sortir de la schize susdite celle de l’image du corps et du corps, qui m’a permis de détacher le corps de l’image et de lui donner une dimension propre, habitable, réelle, ainsi que de traiter la schize du gouffre entre les nominations, les qualificatifs du corps et le corps même. Ce qui est dit ici s’adresse directement au corps, l’affectant. Je suis bien consciente que j’en dis ici trop peu, mais j’aurai peut-être l’occasion d’y revenir. Penser au parfum subtil de la rose à un effet réel immédiat sur le corps. Les effets alors observés, appartiennent à la sensation et pénètrent un corps jusque-là opaque. L’intérieur du corps n’est plus celui de l’horreur qu’évoque la tête arrachée du cheval, au bord de l’absence de laquelle j’ai dit que je vivais, comme au bord d’un volcan empli d’une lave noire et silencieuse.

Par le parfum subtil, sa seule évocation, je suis rentrée dans le volcan. Et tout s’est apaisé. J’avais trouvé un lieu où vivre (et/ou passer mes nuits).

Ce qui s’est observé, vous le retrouverez sautant d’un bus en haut d’une montagne, vous sautez, vous êtes face au panaroma, face au panorama, et ça vous saute au nez, le corps passe à autre chose, ralentit, les veines gonflent, ça jubile. C’est surtout que vous avez rouvert nos narines, ça s’est répercuté partout dans le corps, ces petites bulles d’air, champagne, on n’y prête pas attention, mais dès qu’on y prête attention, elles se multiplient, le corps est attentif aux attentions qu’on lui porte.

Dans l’amour aussi, le désir. Observez la palpitation du nez. Ou la colère, et sa moutarde qui monte au nez.

samedi 29 juillet 2023 · 09h47

#-1 | L’atelier d’été François Bon : Présentation

Atelier François Bon – Été 2023 : Un cycle sur les outils d’invention et d’élaboration du roman 

Je participe en ce moment à l’atelier d’été de François Bon consacré cette année roman. C’est la première fois que je participe à un tel atelier, et j’espère que je tiendrai jusqu’au bout. Je l’ai pris en cours de route, démarré au #07, au septième atelier, un atelier sur la « préparation du corps » que j’avais entendu sur YouTube et qui poussa en moi, dans la nuit qui suivit, un texte dont il m’avait semblé qu’il demandait une suite, un développement, ce qui m’avait poussée à m’inscrire à l’atelier. C’était le 24 juillet, l’atelier avait commencé le 11 juin. J’ai fait l’atelier #07 et dans la foulée le #07bis qui le complète, et suis ensuite passée au début. Depuis lors, j’essaye de rattraper mon retard. Ces essais sont publiés sur le site des ateliers du Tiers Livre, avec tous les autres contributeurs. Je les publie également :

On trouvera le texte en cours sur les page Matières d’oubli (texte complet) , Matières d’oubli (extraits).

samedi 29 juillet 2023 · 11h01

#00 | 0 le prologue

Donn. Ce texte aurait dû constituer le prologue. « Ce qu’on attend du roman ». J’ai l’impression d’avoir triché. Il aurait fallu parler d’un roman sous le nommer, sans en donner ni le titre, ni l’auteur : j’ai parlé d’un roman qui m’est cher, mais dont j’avais oublié aussi bien le titre que le nom de l’auteur, ainsi qu’il en est d’ailleurs pour tous les livres que je lis. C’est ce qui m’a mise sur le track, la voie de l’oubli. J’espère que ce ne sera pas une dead end, au pire, une ornière, au mieux. Mais j’aime que cela m’ait conduit à ce qui est mon dada du moment, ma secrète ambition. J’y parle donc de l’oubli des noms, des noms propres en particulier. J’y parle de la fiction aussi. Et du point de vue de ce qui se passe par en dessous, souterrain. J’y parle de ma façon d’aimer les livres, de ce que Duras m’a appris, sur le pouvoir de la simple articulation d’un nom. Bien sûr, le texte est démesurément long.

Texte source : Atelier François Bon #été2023 #00 | le prologue ( 2 juin)

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