mardi 1 août 2023 · 11h18

#01 | 0 Annie Dillard, le roman commence par en inventer l’auteur

Atelier François Bon:  #01 | Annie Dillard, le roman commence par en inventer l’auteur (11 juin 23), publié sur le site du Tiers Livre le 1er août.

Paris. Ça a été, jusque là, le texte le plus « artificiel », qui participait du pari, un pari forcé pour avancer sinon point de texte, je crois. Il est possible cependant que je doive trouver le moyen de retourner en arrière, que le pari soit perdu. Ça n’était pas tout à fait confortable. J’y procédais à une nomination qui m’a parue tout à fait artificielle, à laquelle il est vrai j’avais choisi d’avoir recours en raison de croyances accumulées qui peut-être pourront se briser ou trouver à s’accomplir. En même temps qu’à l’exercice je me suis prêtée volontiers, toujours amusée : le risque n’est pas mortel. Et je n’y étais pas seule. Il y a l’atelier. Sinon, ce nom que je donne à mon auteur ne semble pas devoir tenir. Quelle colle à son étiquette utiliser. Comment moi pourrais-je la faire tenir cette étiquette ? J’arrive peut-être dans le meilleur atelier pour moi, le plus vraiment impossible. Suffira-t-il d’établir son impossibilité pour la dépasser. Ou écrire le roman de cette impossibilité, est-ce que je saurais le faire? J’étais d’abord venue pour écrire le roman du corps, je crois. Le roman d’un corps. Enfin, l’idée m’en avait été insufflée par l’atelier corps (le #07) avec lequel j’ai en fait commencé cet exercice.

Enfin, tout de même, ce nom : Sonia Delarue. Véritablement impossible, n’est-il pas. Comment rendre cette personne, ce personnage aimable ? Plus tard, je reviens sur le nom, le modifie encore : Sonia Ruhe. Je n’arrive pas à me décider.

J’ajoute : J’avais écrit ceci plutôt que de passer au #08 (après les deux premiers textes, les #07 et #07bis), parce qu’il me semblait que je n’avais pas produit assez de textes que pour passer déjà au #08 et que cela m’inquiétait. A priori, j’aurais préféré écrire en même temps que les autres. Aussi l’ai-je écrit sans même avoir lu Annie Dillard, lue après-coup, dans un sentiment d’urgence qui persiste, que je ne déteste pas, qui me permet pour le moment de ne pas trop juger de ce que je fais, de ne pas trop regarder en arrière, d’avancer.

Annie Dillard écrit:

« Il y avait le long bureau blond et sa chaise et, sur ce bureau, une douzaine de stylos de couleurs différentes, quelques grands bristols soigneusement classés en piles biseautées et mes calepins jaunes remplis de notes brouillonnes. Dès que je voyais ce bureau, je me souvenais de ma tâche : le chapitre, ses problèmes, ses tournures, ses enjeux.. »

Annie Dillard, En vivant, en écrivant

Arriver sur le site de cet atelier, ça me fait le même effet.

J’ajoute encore : ce qui était amusant, très amusant : l’invention de l’auteur après l’invention du corps. Je prends quant à moi ces inventions très au sérieux.

(Ici, le « je » du roman au titre oublié du chapitre précédent passe au elle et prend nom. // à nouveau texte trop long. Il faut attendre qu’il retombe, et alors couper dedans.)

jeudi 3 août 2023 · 11h44

#01bis | 0 une scène originelle de l’écriture

Bruxelles. La scène originelle….. qui aurait perdu tant d’aura pour s’être avérée si décevante. Qui n’aurait tenu aucune de ses promesses. En vérité, j’ai déjà si souvent renoncé à l’écriture et le livre, l’objet livre, s’est suffisamment désacralisé pour moi qu’il n’agisse plus en soleil noir. Une méfiance enfin traversée et une distance nouvellement acquise à l’œuvre, à l’écriture, au roman, au livre. Au nom, au nom d’auteur. Distance acquise par une forme de relativisation : aujourd’hui à écrire n’aller que pour guérir.

Plaisir de retrouver ce bloc brouillon.

Ce que j’ai manqué de dire : la constante inadéquation à un nom, à une profession, à ce par quoi il est attendu qu’on se fasse un trou (dans le monde). Le manque de garant dans l’autre et l’impossibilité d’être mon propre juge. La trop haute idée et cruelle idée de l’œuvre. L’œuvre comme surmoi.

Ce qu’il y aurait à dire : ce qui s’est perdu de l’écriture à rentrer en analyse. Perdu, gagné?

Il aurait fallu n’écrire que cette première scène, encore une fois j’ai trop écrit.

https://www.disparates.org/iota/2023/07/2023-1bis-premier-roman/

Source : Atelier François Bon  #01bis | une scène originelle de l’écriture (atelier du 14 juin), écrit et publié ici dans la nuit du 2 au 3 août.

samedi 5 août 2023 · 15h16

#02  |  de la préparation du lieu

Atelier François Bon #02 | du lieu au personnage, via Jane Sautière et les cartes postales de Balzac (18 juin) . Ecrit à Brux, le 5 août.

Nous aimerions qu’il y ait un lieu

Pour aller vers le récit, allons d’abord vers le lieu.

Tout d’abord, il n’y en n’a pas. Au départ. Il n’y a pas de lieu.

Nul lieu qui soit identifiable.

Au départ, il n’y a nul autre lieu que celui de la présence et de la sensation.

De la présence et de la sensation corporelles.

Il y a la pensée aussi, comme lieu, comme lieu d’habitation.

Comme lieu de sensations.

Plus largement, le langage.

Le langage est lieu d’habitation.

Autour et en dedans du corps de la présence, il y a la possibilité du silence.

Même au cœur de la rumeur, de la rumeur de la ville.

A parler de la rumeur de la ville, voilà que commence à se fixer le lieu, à l’arrêter.

Dans le lieu, il y a l’habitation d’un bruit quand il traverse le ciel ou une rue au loin, et que cela est rugueux ou métallique ou sourd.

Les lieux dépassent toujours un peu. Dépassent toujours un peu complètement. Les lieux sont aussi ceux de la douleur ou du cri. Les lieux sont aussi ceux qu’elle quitte, dont elle claque la porte. 

Il y aurait bien cependant quelques lieux mieux circonscrits, des lieux comme des territoires habités par des chats.

Oui, c’est cela, d’abord occupons-nous des lieux des chats. Des lieux animaux.

Et il y a la circulation entre les lieux. Impossible (chuchoté). Il y a le transport entre les lieux. Les déplacements. Les valises et les trains. Il y a le passage d’un lieu à un autre. La perte de soi. A chaque déplacement, la perte de soi. Les murs quittés comme sa propre peau quittée.

Il y a les valises que l’on fait à la hâte et dans un temps qui paraît infini, les chaussettes jetées dans la valise, les maisons que l’on ferme. L’angoisse extraordinaire qui s’y lie. Le voyage toujours involontaire, toujours vécu comme un arrachement.

Elle est dans cette valise au bout d’un bras que l’on transporte au-dessus du vide. Elle est chosette dans la valise. La délocalisation.

Et puis, le moment de suspens, extraordinaire, une fois dans le train ou l’avion. Ou le tram. Ou simplement à marcher, entre deux points. La soudaine liberté alors.

C’est alors comme si elle était tenue ? Tu dirais ? Tu dirais, c’est comme si elle était tenue, là, entre deux points, dans un compartiment de train. Elle s’est quittée, elle s’est libérée d’elle-même. Et alors ? Je voudrais dire : l’abandon. Et alors ? Je voudrais dire : la vue. Voir. Elle voit ? Hors de chez soi, dans l’étranger, soudainement elle voit. Et chaque moment de sa vision est caresse qu’elle reçoit de toute elle. Tu sais bien, le vent, les jambes, la générosité ressentie du monde. Avoir un corps ? Elle n’est plus elle. Elle n’est plus elle-même. Alors, l’abandon, la possibilité d’abandonner ? Mais quoi ? La vigilance, la construction, le travail, la défense. Tout ce qu’elle construit dans son nid.

Oui, l’angoisse précède le départ, l’angoisse est celle de la valise, du déracinement, de l’abandon de soi. Une fois arrachée à la terre : elle flotte, elle est dans une autre immobilité, c’est autour d’elle que cela bouge, son visage qui se reflète dans la vitre du train où il est appuyé. Elle est le lieu où elle habite. Là-bas, les murs, le sol, étendent son corps. Ici, c’est ce qu’il y a de l’autre côté de la fenêtre qui étend son corps. La pluie, de l’autre côté de la fenêtre, qui tombe en paquets silencieux : son corps, sa vue (la bienfaisance). 

Écrire depuis un lieu de retrait. Où les lieux peuvent être sans nom. Où la vue est réception, où l’on met parfois des virgules et des majuscules, où le temps passe lentement. Écrire pour dresser les termes de ce lieu. Pour parler à quelqu’un.  

Ce constat fait, il faudra cependant y revenir, ouvrir. Faire une brèche dans l’opacité du tout. Étendre, encore. Risquer autre chose. Au hasard. Trouer, s’avancer. Faire une brèche dans la lumière, qui contienne la lumière même, qui l’étende, la tire à l’intérieur d’elle-même. Pénétrer le dehors pour y créer du dedans emportant le dehors à sa suite.  Peut-elle le faire ? Elle peut le faire.

Soi comme dehors, comme ouverture. Ouvrir l’ouvert en un point, en un point du partout plein, le pénétrer, créer dans le dehors qui est soi, du dedans entraînant le soi de dehors à sa suite.

Ça n’est pas très important.

Faire l’exercice de consentement, nommer, y consentir. 

Trouver le moyen de consentir. Invoquer la magie.  

Ou juste écrire.  

On le fera.  

Plus tard. On nommera la maison, celle qui est déjà là, dont les images appellent, rappellent.  On nommera la maison dans cette rue. On verra si on y trouve encore quelqu’un. Dire un peu plus de cette présence, féminine.

On verra si l’on peut consentir à nommer.

Délires / Souffle

Bruxelles, bout de la nuit d’insomnie, agenouillée au pied du canapé. 

Encore un atelier où j’aurai dû commencer par ruser. Où j’aurai dû commencer par nier. Nier la possibilité d’un lieu. Nier le lieu. Cela s’est imposé. Après des jours d’élucubrations inabouties, de mâchonnages.

Peut-être qu’il n’y a pas de lieu au corps qui n’a pas nom.

Ou de lieu qui ne soit de l’étendue de son corps. Ou encore, et c’est moi qui découvre : qu’il n’y ait à ce corps d’autre lieu que celui du langage, tant qu’il est à portée de corps. Ou d’autre lieu que celui de la pensée. Ça serait à cause de la précédence de la sensation sur le nom, la sensation sans nom. C’est une hypothèse.

Avant l’annonce de tout lieu, il avait fallu poser cela. Un écart du monde.

Ce n’est pas qu’il n’aura pas de nom, le personnage, il en a.

Si ce n’est que ce nom lui aurait été posé dessus comme l’étiquette du boucher sur le bout de viande de son étal. Quand bien même ça serait son préféré, au boucher, quand bien même il n’est pas loin de s’en montrer jaloux, lorsqu’il le pose son bout de bidoche, qu’il y appose son étiquette, il omet de la lui enfoncer et donc du bout préféré l’étiquette tient mal et à la première porte claquée – cette porte du boucher ne claque pas, au premier vent engouffré, bourrasque… Hélas. Avait t il craint de la blesser, le boucher ? A moins, qu’il ne l’ait juste pas du tout mise l’étiquette du bout de bidoche précautionneusement posé sur le marbre, caresse rapide filée de sa poilue paluche, qu’il se soit dit Ma foi si ça ne se trouve point besoin d’étiquette, chacun reconnaîtra bien ma bavette, mon tendron, mon alouette, ma fausse araignée. Si ça se trouve…

Et donc à un corps précairement nommé, il faut commencer par dire quelle sorte de lieu est encore possible. Il faut prendre le temps de cette énonciation d’un lieu possible, d’un lieu existant. Celui du corps à sensations.

En vérité, peu de noms de lieux ne l’ont jamais fait rêver. Ledéplacementa toujours fait obstacle. Et c’est pourquoi, comme je l’ai déjà dit, je pars peu en vacances. L’autrice ne part pas en vacances. Ou pas volontiers. Donc dire la possibilité, dire la permission, au monde, de l’a-géographie, de l’être a-géographique, c’est un objectif, à l’autrice. Dire l’adhérence à soi, à son lieu.

Comment dire l’immobile. Qu’est-ce qui dit l’immobile ?

Évoquer pour le personnage la possibilité de sortir de lui-même.

De rentrer dans le monde.

C’est donc un texte aussi sur le dedans et le dehors, et c’est un texte qui doit être relu, parce qu’il a trop de mots. Il faut sabrer là-dedans, épurer.

Encore une fois, la consigne m’a confrontée à quelque chose que j’ai ressenti comme impossible, il faut des jours et des jours pour se confronter à ça. Et finalement foncer tête baissée, au petit matin d’une nuit d’insomnie, sans avoir jamais réussi à penser la chose. Et ce qui est sorti, c’est ce texte, donc, encore une fois, il s’agissait d’une invention.

Et l’apparition de quel personnage déjà là ? Selon la consigne : non pas description, mais déambulation d’une conscience, d’un regard caméra, vers un lieu, et, dans l’arrivée au lieu : découverte d’un ou plusieurs personnage(s) déjà là.

samedi 5 août 2023 · 19h46

#02 | 0=du lieu au personnage, via Jane Sautière et les cartes postales de Balzac

Atelier François Bon #02 | du lieu au personnage, via Jane Sautière et les cartes postales de Balzac (18 juin)

Délires / Souffle

Bruxelles, bout de la nuit d’insomnie, agenouillée au pied du canapé. Encore un atelier où j’aurai dû commencer par ruser. Où j’aurai dû commencer par nier. Nier la possibilité d’un lieu. Nier le lieu. Cela s’est imposé. Après des jours d’élucubrations inabouties, de mâchonnages. C’est qu’il n’y a pas de lieu au corps qui n’a pas nom. Ou de lieu qui ne soit de l’étendue de son corps. Ou encore, et c’est moi qui découvre : qu’il n’y ait à ce corps d’autre lieu que celui, imaginaire, du langage, tant qu’il est à portée de corps. Ou d’autre lieu que celui de la pensée. Ca serait à cause de la précédence de la sensation sur le nom, la sensation sans nom. C’est une hypothèse. Bien sûr, j’ai parlé des images aussi. Mais, les images sont une extension du corps. Juste, on n’y pense pas.

Avant l’annonce de tout lieu, il avait fallu poser cela. Un écart du monde.

Ce n’est pas qu’il n’aura pas de nom, le personnage, il en a. Si ce n’est que ce nom lui aurait été posé dessus comme l’étiquette du boucher sur le bout de viande de son étal. Quand bien même ça serait son préféré, au boucher, quand bien même il n’est pas loin de s’en montrer jaloux, lorsqu’il le pose son bout de bidoche, qu’il y appose son étiquette, il omet de la lui enfoncer et donc du bout préféré l’étiquette tient mal et à la première porte claquée – cette porte du boucher ne claque pas, au premier vent engouffré, bourrasque… Hélas. Avait t il craint de la blesser, le boucher. A moins, qu’il ne l’ait juste pas du tout mise l’étiquette du bout de bidoche précautionneusement posé sur le marbre, caresse rapide filée de sa poilue paluche, qu’il se soit dit Ma foi si ça se trouve point besoin d’étiquette, chacun reconnaîtra bien ma bavette, mon tendron, mon alouette, ma fausse araignée. Si ça se trouve…

Et donc à un corps précairement nommé, il faut commencer par dire quelle sorte de lieu est encore possible. Il faut prendre le temps de cette énonciation d’un lieu possible, d’un lieu existant. Celui du corps à sensations.

En vérité, peu de noms de lieux l’ont jamais fait rêver. Le déplacement a toujours fait obstacle. Et c’est pourquoi, comme je l’ai déjà dit, je pars peux en vacances. L’autrice ne part pas en vacances. Ou pas volontiers. Donc dire la possibilité, dire la permission, au monde, de l’a-géographie, de l’être a-géographique, c’est un objectif, à l’autrice. Dire l’adhérence à soi, à son lieu.

Comment dire l’immobile. Qu’est-ce qui dit l’immobile?

Evoquer pour le personnage la possibilité de sortir de lui-même.

De rentrer dans le monde.

C’est donc un texte aussi sur le dedans et le dehors, et c’est un texte qui doit être relu, parce qu’il a trop de mots. Il faut sabrer là-dedans, épurer.

Encore une fois, la consigne m’a confrontée à quelque chose que j’ai ressenti comme impossible, il faut des jours et des jours pour se confronter à ça. Et finalement foncer tête baissée, au petit matin d’une nuit d’insomnie, sans avoir jamais réussi à penser la chose. Et ce qui est sorti, c’est ce texte, donc, encore une fois, il s’agissait d’une invention.

Et l’apparition de quel personnage déjà là ? Selon la consigne : non pas description, mais déambulation d’une conscience, d’un regard caméra, vers un lieu, et, dans l’arrivée au lieu : découverte d’un ou plusieurs personnage(s) déjà là.

dimanche 6 août 2023 · 10h49

#02bis | 0 jokari

Ecrit dans la nuit du 5 au 6 août. pour répondre à la proposition 2bis de l’atelier du 21 juin, https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5245

C’est peut-être la proposition que j’ai écrite le plus à contrecoeur, mais toujours avec amusement et paresse. Il me semble que je suis très loin de la proposition, faute d’avoir correctement suivi la précédente.
Je réfléchis encore au moyen d’imposer le mouvement de jokari à ce texte 2bis et je ne pense pas que je puisse y arriver.
Une fois encore, j’ai l’impression de tricher.
Dans le précédent texte, le 2, je m’étais surprise à dire qu’il me fallait passer de l’extérieur à l’intérieur. Il me semble que je décrivais le possible projet comme celui d’enfoncer un doigt dans une boule compacte d’extérieur, d’y creuser du dedans (en usant du sang de l’extérieur). Et que cela passerait par le consentement à la nomination, accepter de nommer un lieu.
Et je n’ai pas développé l’idée qui pointait que j’étais dans un espace ou intérieur et extérieur se confondait.
Je sens bien que j’écris des choses auxquelles je ne comprendrai plus rien moi-même dans 6 mois, ce qui m’embête et me donne l’envie d’être dans 6 mois et d’effacer tout ça.
Maintenant, que les exercices ont été tentés, je vois que l’intérieur ne sera pas atteint et que ce n’est pas l’objet de ce que je cherche à écrire.
L’intérieur est le vide et le restera.
Je pense : il faut respecter le vide central.
Même si je fais l’effort de nomination, même si je fais l’effort de localisation géographique, en passant par l’usage des noms propres, je resterai toujours à l’extérieur. Si ce n’est que je suis peut-être entrée dans la fiction de façon plus caractérisée, plus romanesque.

Dans ce 2bis, qui est plus un 2.2 qu’un 2.bis, une suite du 2, que le 2bis proposé, je commence en disant que je vais distinguer l’intérieur et l’extérieur. Et la vérité c’est que je dessine encore une forme d’extériorité, une autre. En ce sens, c’est réussi. Mais je le fais de l’intérieur de l’extérieur.
Je pense que je ferais mieux de renoncer à obéir aux consignes, de façon à m’éviter ces délires.
Cela dit, si je désobéis, c’est que je me sens pressée par le temps, pressée d’avancer.

Sinon, j’aurais fait de ce texte un 2.2, une prolongation du premier deux, un mouvement du général au particulier. du lieu en général à un lieu en particulier, nommé, et qui existe géographiquement. Et non pas le 2bis en jokari, le mouvement de l’extérieur depuis l’intérieur pénétré. Or, j’ai tout de même fait une excursion en extérieur, me tenant à ce que j’avais développé en 2. Donc, je peux me rassurer comme ça.

Ce n’est pas que ça m’inquiète tant. Mais je sens que je peux faire confiance aux propositions.

samedi 12 août 2023 · 07h06

#03 | 0 d’un personnage à l’autre avec Gertrude Stein

En réponse à #03 | comme je l’avais dit, Gertrude Stein, atelier du 25 juin

https://www.disparates.org/iota/2023/06/03-blanche/

grandes difficultés à avancer. je retourne tout le temps en arrière, je me relis, pour me lancer à nouveau. là, je me suis forcée, vraiment. il faut en fait, à chaque fois. je viens cette nuit enfin d’écrire et de rater le #03. c’est cette difficulté extrême à accepter le personnage qui, en plus des contraintes extérieures – les travaux à faire avancer qui n’ont pas avancé, ma si chère petite maman, le retour à Paris – , m’a retardée dans l’écriture, m’a empêchée de continuer. après la difficulté de faire apparaître un lieu. la difficulté de faire apparaître un auteur. j’avance dans quelque chose de totalement contre nature.

qui plus est, j’ai loupé la consigne, oubliée, la consigne du « Comme je l’ai dit... » ou bien « Comme je l’avais dit... » liée à la superbe l’autrice, à son superbe livre, découvert dans cet atelier, non connu jusque là, extrait seulement lu, The making of Americans. Gertrude Stein. je regrette beaucoup, ça m’aurait plu de le faire. est-ce que je suis parvenue à le faire un peu. est-ce que quelque chose est resté de ce que je découvrais hier d’elle, émerveillée, que j’aurais voulu avoir connue plus tôt. est-ce qu’il ne faudrait pas le refaire. mais je veux avancer, je dois avancer. le retard que je prends, ce que je ressens comme retard, me déplaît beaucoup.

Américains d’Amérique, à la réflexion, je me demande si mon père n’avait pas ça dans sa bibliothèque.

je vais relire la consigne et relire ce que j’ai écrit.

j’arrive tout de même à un deuxième personnage, à la fin du texte.

Nous, c’est ce déjà qui va devenir la clé de tout. Reprenez votre contribution #02. Isolez le personnage, celui qui est déjà là, à la fin de la #02. Et, puisqu’il est déjà là, même si vous en connaissez bien peu, tellement peu (mais c’est cela, l’enjeu de la fiction, et qui fait de notre cycle un travail du roman), c’est là que vous l’appliquerez, littéralement, humblement, la haute cheville inductrice de Gertrude Stein : « Comme je l’ai dit… » ou bien « Comme je l’avais dit… » Qui, je ? Mais, dans la #01, est-ce qu’on ne l’a pas construit cet écrivain ou cette écrivaine précisément installé·e à sa table à écrire ? Juste pour la cohérence et la boussole (que voulez-vous, c’est comme pour Christophe Colomb : le but ne se révèle que rétrospectivement, et encore, pas forcément du tout où on avait prévu qu’il soit…), mais sans y accorder plus d’importance que cela pour l’instant — sinon que, dans son Making of Americans, la voix narrative de Gertrude Stein est une nappe qui enracine totalement l’ensemble et lui donne son fondement (voir les quelques lignes de son intro en tout début de l’extrait).

Alors, la consigne ? Elle est claire, non ? On reprend le personnage ébauché à la toute fin de la #02, à peine sorti des limbes et de l’opaque, mais on commence par écrire : « Comme je l’ai dit… » ou bien « Comme je l’avais dit… » et c’est ce personnage-là qu’on fouille. Alors la question vient implicitement : quelles sont les quatre personnes les plus immédiatement en lien avec ce personnage ? Et là, on a le défi de Gertrude Stein : le principe d’expansion d’un livre impossible, mais, à quelque endroit qu’on ouvre, qu’on identifie comme tel, et qui continue de se propager de personnage à personnage.

la difficulté, ça reste le nom, c’est l’obstacle. et je me demande si je ne devrais pas renoncer à tous les noms. revenir en arrière, et débaptiser, débaptiser l’auteur.

Blanche comme nom, pour le personnage, pourrait tenir. Du moment que j’arrive à la maintenir à distance. maintenir son étrangeté. Et du personnage même donner la disparité des personnages. comme ce « dépendante indépendante » de la Martha Hersland de Gertrude Stein.

Blanche pourrait tenir aussi parce qu’apparue au laboratoire.

le train la valise le laboratoire la douche la disparition, le blanc. une phrase m’apparaît me parle. mais est-ce que ce n’est déjà pas trop. pas voulu, apparu. la #03bis permettrait de développer quelque chose de l’héritage paternel, de tirer sur ce fil, ou pas.

dimanche 13 août 2023 · 11h42

#03bis 01 | Quatre je peux pas, quatre c’est trop, c’est trop quatre. Qu’est-ce qu’elle dit ? Elle dit que quatre elle peut pas.

Meta pour le 03bis à venir, « Quatre par quatre », que j’arrive pas à écrire. Je publierai bientôt le 03, je crois. Ce 03 bis, je peine. En même temps que je suis tentée d’y céder, d’introduire l’atelier dans le roman, de faire le roman aussi de l’écriture de l’atelier. De lui donner une présence. Comme auteur, ce texte qui s’écrit, je ne pourrai jamais le considérer comme tout à fait mien. Vraiment. Ça n’en diminue pas du tout l’importance à mes yeux, le goût. Mais les auteurs ici sont plusieurs. Peut-être que c’est ce qu’il me faut.
Voir l’atelier sur le site du Tiers Livre : #été2023 #03 | comme je l’avais dit, Gertrude Stein

Quatre je peux pas, quatre c’est trop, c’est trop quatre. Qu’est-ce qu’elle dit ? Elle dit que quatre elle peut pas. Comment ça quatre elle peut pas ? Comment ça quatre elle peut pas ? On est combien là, déjà, on serait pas quatre là des fois ? Par hasard ? Il faut savoir aussi.  Savoir quoi ? Est-ce qu’on pourrait ne pas tous parler à la fois. Elle dit juste. J’ai rien dit. Non, ella rien d’it d’abord. Si t’as dit Quatre je peux pas, t’es arrivée t’as dit Moi, quatre je peux pas. Une conversation à quatre, tu peux pas. On n’a pas dit Conversation, on a dit : Situation à quatre personnages.  C’est ça la consigne. Bon, ben, déjà, c’est arbitraire, ça quatre. Ben oui, c’est le principe, t’arrives ici, c’est arbitraire, y a toujours un moment oùske ça sera arbitraire. Ce qui ne te vient pas de toi ça te vient d’un autre, c’est  arbitraire, ça a pas de rapport avec toi, donc c’est arbitraire. T’as pas déjà réfléchi à tout ça, moi si, tout ce qui te vient de l’autre c’est purement arbitraire. Et ça pourrait te faire du mal. Et ça pourrait t’ébranler. Pour peu que tu sois fragile, un peu, pour peu, ça t’ébranlerait. Si ça trouve. Pourtant, faut quand même pouvoir aller au-delà du schéma cause-effet, hein, pouvoir aller là où y en a pas, de cause, là où  c’est sans  raison,  sortir du cartésianisme un peu.  Faut en finir aussi avec ça, aussi, on peut pas tout expliquer, hein, ça ira, ça ira, ça va aller. Mais t’es fou il est fou, j’en tiens un, msieur, msieur, un fou. Non mais tu le sens pas ça qu’il y a un moment où faut arrêter, où faut pouvoir admettre. Tu sais même pas ce que ça veut dire arbitraire. Choisir arbitrairement, au hasard, tu sais ce que c’est le hasard, tu saurais pas ce que c’est le hasard, toi, par hasard. Oui, mossieur, oui mossieur, oui mossieur, je sais que c’est le hasard. Oui, mossieur. On se calme, ça n’a aucun intérêt cette question d’arbitraire. Si t’es là c’est que t’as décidé d’obéir à une autre loi que la tienne, à une aut’loi que ta loi hors la loi que t’en peux plus d’elle, t’as décidé d’échapper à toi-même, de sortir de tes répétitions, et du coup quoi qu’on te propose ça te paraîtra arbitraire puisque ça sera pas toi. Bon, on arrête, maintenant avec cet arbitraire. Je crois qu’il faut rejoindre l’arbitraire, t’es folle. Maman. Le roman de la connaissance, le roman de l’arbitraire du sens. Elle est folle. L’écoutez pas. On peut pas  se calmer ici, franchement, on se croirait au Kindergarten. Faut savoir, vous voulez un roman ou pas. C’est la question. Il a dit une brassée de personnages. C’est vrai, il a parlé de ça. On est d’accord. Ça m’a fait paniquer un peu. Paniquer ? Et je me rends compte que j’en ai tellement pas envie. Comment ça. Comment ça. Tellement pas envie, déjà un personnage ça me. Déjà un  seul personnage. C’est comme de trop. Moi, c’est le contraire, trop, j’en ai, moi j’en ai trop. Trop de personnages, je sais plus quoi en faire. Je peux pas me diviser, tu voix vois. Ça fait bloc en moi. Le roman de l’indivision. Tu veux un roman oui ou. Bloc de granit. Faudra l’appeler L’incessante invention du personnage. C’est qu’il faudrait savoir, déjà, ce que c’est un roman. Je crois que c’est très ouvert. Il faudra lui demander. Je n’ai rien à demander, un roman, je sais, il me semble, que je reconnaîtrais un roman, il me semble que c’est un roman que j’aurais eu envie d’écrire, mais, là, je peux pas. Moi, je crois que c’est pas le roman qui me fait rêver. On t’a pas. Je crois que c’est la fiction qui me fait rêver. Déjà, est-ce que le roman ça existe encore. Y en a quelques-uns ici, qui sont très méchants. Écoute, nous ce qu’on voudrait on  voudrait bien créer un espace où c’est pas ça, qui compte, où y ait plus de méchants et de gentils, si tu vois ce que je veux dire. On pourrait pas le faire ça ? Tout ce gimmick, du gentil et du méchant. Tu pourrais pas faire un petit effort. Depuis toute petite, y a que ça qui m’intéresse. Faut grandir comme on dit un peu. Qui est méchant, qui est gentil, qui est aimable, ou pas. Les méchants sont souvent fort aimables. Personnage 1 le gentil, Personnage 2, le méchant. Personnage 3 celui qui aime le gentil qui a peur du méchant. Personnage 4, l’avocat, Celui qui montre que le méchant est pas si méchant que ça. C’est pas ça le roman, on devait parler du roman, le roman, moi je vais vous le dire, le roman c’est : t’écris n’importe quoi, t’écris roman dans l’entête, en-dessous du titre, et c’est un roman. Voilà, rien à refaire, rien à redire, t’es l’auteur, tu l’as décidé, c’est ça. C’est comme pour l’art, tu fais n’importe quoi, tu dis c’est de l’art, tu voici l’art, eh bien c’est de l’art, et point. C’est pas pareil du tout. Ça n’a pas la moindre espèce d’intérêt. Du coup, moi, je préférerais écrire fiction sous le titre. T’es toute petite toi, déjà, tu dis rien, t’es minuscule, t’es un petit rien du tout, donc. Mais quelle violence ici, quelle violence. Bah, on s’amuse. Non c’est juste que, je me rends compte que je m’attendais pas à ça. On compte sur la magie, en fait. Ben oui c’est forcé. La magie c’est forcé. On compte sur Demandez et vous recevrez. Ben tu vois parfois tu demandes du pain et tu reçois des grosses pierres, des petits cailloux. Ça se voit, tous les jours, ça se voit. Nan, le coup de la demande, ça marche, ça va marcher parce qu’on demande justement, c’est ça le truc, faut demander. Le truc, il réside dans la demande, tu demandes rien, t’as rien. Faudrait pas qu’on s’aventure par là. En effet ! Parce qu’on va nous ressortir le livre sur rien, ça va pas tarder. On le voit venir de loin. Ça va toujours revenir au même. Rien, quelque chose, y aura toujours rien qui viendra se pointer. Quatre, c’est pas rien, déjà. Déjà, je suis d’accord. Quatre, c’est autre chose que rien. Quatre, ça se laisse pas réduire, à rien. Pourtant, tu réfléchis. Tu te dis. Tu réfléchis rien du tout, tu te dis rien du tout. Quatre ? Comment ça pourrait être rien. Ils pourraient rien se dire. Ou des tas de trucs et que. Rien, c’est aussi le découragement. C’est l’ironie.  Pas forcément, ou alors l’ironie légère, où alors l’ironie bien lourde et qui te ramène à ta vraie condition, ta condition première. Ta condition quatrième. Celle du vide. Du vide et du vent. Du vide du vent de la vie. Quatre ça me fatigue, quatre, j’ai pas d’intérêt à quatre. Ecoute, tu fais ce qu’on te dit, déjà, puis tu verras bien. Ben oui, tu réfléchis aussi, à ce que ce serait, un personnage. Oùske ça commence, oùske ça finit. D’oùske ça parle ou pas, comment que ça agit sur l’action, du roman, sur ce qui se trame. L’essentiel c’est de tramer, trames-tu, si tu trames, c’est bon. Que ça tienne. Tu me dis quoi, là, y en a qui se moque, ici, je trame, c’est bon, c’est ça kim dit. Ils sont où mes quatre. Tu te démerdes, tu trouves une astuce. Tu remets à plus tard ? Tu pourrais remettre à plus tard. Tu réponds pas ? Tu parles et puis tu réponds pas. C’est comme le portrait je peux pas, la galerie de portraits je peux pas. Mais qu’est-ce que tu peux si tu peux pas ça non plus. Il a pas demandé ça, déjà. T’es un schtroumpf, toi hein. T’es le schtroumpf qui vient toujours pour rappeler ce qu’il aurait demandé ou pas. On discute, on dit. Rien à faire, je sais pas, je peux pas. Mais tu fais quoi là alors. Eh bien quoi, sous prétexte que le portrait je fais pas, et j’ai de très bonnes raisons de pas le faire le portrait, je pourrais  pas être là ? T’as pourtant tout le portrait d’une emmerdeuse toi, hein, est-ce qu’elle aurait pas le portrait d’une emmerdeuse, tu pourrais pas nous faire le portrait d’une emmerdeuse ? Mais quelle violence ici, c’est dingue. On arrête, on se calme, on revient sur terre. Le portrait déjà tu pourrais pas pourquoi ? Rien, je me suis dit, je me rends compte, de qui je suis, et ça je me rends compte que. Une brassée de personnages. Y a des tas de façons de faire un portrait. C’est ça qui est intéressant. Y a toujours quelqu’un pour trouver tout intéressant. C’est ça qui est bien (dit-elle en souriant).  Le portrait c’est quand tu fais apparaître quelque chose d’une personne. Et qu’on y croit. Je suis pas tout à fait sûre qu’on soit quatre là. En effet, c’est dur à dire. Olala. Olala. On va chacun rentrer chez soi. Chacune. Chacun, chacune, comme tu veux, on va rentrer et on va réfléchir. Je suis pas là pour. Oh toi. Laisse parler la dame. La dame, à toi. Faut juste trouver une astuce. Oui, mais je veux pas non plus trahir. Ts. Tout de suite les grands mots.  Y a pas  de danger que tu trahisses quoi que ce soit de toi jamais, toi, comme je te vois là, y a pas de danger que ça arrive, y a aucun danger, tu ferais pourtant mieux, crois-moi, des fois on a rien de mieux à faire que d’se trahir. Tu continues d’réfléchir, tu passes à aut’chose, tu oublies tu reviens, tu trouves une astuce. Le quatrième, c’est la fonction poétique, ou c’est l’ironie, ou c’est le vide qui fait tenir le tout ensemble, le vide central. Je crois bien qu’il faut encourager le délire, mais jusqu’à un certain point. Il y aura certainement quelqu’un ici qui saura poser suffisamment rapidement une limite. La limite, c’est la consigne. Oui, mais et Gertrude ? Gertrude ? Gertrude ? Mais oui, Stein. Stein ! Déjà le nom, seulement, rien que ça, déjà, le nom. Stein. Ça te fait frissonner. Tu en voudrais, ça toi, hein, comme d’un nom, pour un personnage. Un personnage dur, un personnage du dur désir de durer. Le quatrième, on parle pas tous à la fois, c’est le quatrième personnage, durassien. On peut pas tous s’appeler Stein, on s’appellera tous Stein tous les personnages, s’appelleront Stein. Ça commence à déconner sévère ici. Tu sais pourquoi tu dis ça ? Je le sais. Tu dis ça parce que tu as envie de la placer cette phrase, de le placer, ce mot, à cause de sa résonance, rien d’autre. Tu le dis parce que ça fait joli.  Ça déconne sévère. C’est joli. Il faut la faire taire. C’est joli, à dire. Ça résonne. C’est marrant, je dirais, à la limite, tout juste. C’est tellement. Oui, non, Stein, Gertrude, la comparaison, virgule, ça me fait du mal. Qu’on en soit si loin, de Gertrude, de Stein, ça me fait du mal. Moi, ça me fait du mal. Keskiteferait pas du mal déjà à toi, tu peux me le dire. Eske tu serais pas tout le temps à chercher ski pourrait te faire du mal ? Pourkoi je ferais ça ? A toi de me répondre. Pourkoi je ferais ça ? Eh ben oui, pose-toi la question.  Sérieusement, je comprends, Gertrude Stein, ce talent. On revient sur terre, on peut revenir à ce qui compte ici. Sérieusement : on nous demanderait pas un peu l’impossible, là. J’avoue. Ah. Ah. Ah. Un peu ! Bah, c’est jamais qu’un jeu. Tu veux qu’on te demande quoi d’autre. Sérieux. On a pas tous, ça en commun ? On en est pas tous, à vouloir ça ? Je mets les  virgules où, je  veux, déjà. Est-ce que c’est pas ça, qu’on veut, est-ce qu’on veut tous, l’impossible. Écoute, déjà, tu te rends compte que t’es pas cap d’inventer un personnage, hein, déjà, c’est pas rien. C’est pas seulement que je suis pas cap. Bon, c’est fini là, on arrête, tout le monde rentre chez soi, on éteint tout, salut à tous. Merci beaucoup. Ce fut très fructueux.

15/08/23 : En panne, assise sur le bord de la route, je rêve, je fais des culbutes, et publie ce texte sur le site du Tiers Livre, sur le blog de l’atelier : https://www.tierslivre.net/ateliers/ete2023-lefaux03bis-avec-ma-gueule-darbitraire/

dimanche 13 août 2023 · 12h36

#03 | Blanche

Écrit à Paris, dans la nuit du 12 au 13 août, en réponse à l’atelier du 25 juin, #03 | comme je l’avais dit, Gertrude Stein

Une autre nuit, une autre nuit parisienne, en trombes la pluie tombe à un mètre de celle qui écrit fenêtres d’été ouvertes. Au bout de la rue s’entendent les battements sourds et répétitifs d’une fête.

Écrire dans la perte de la langue. Écrire dans son bégaiement. Écrire depuis ce qu’il y a, non depuis ce qu’il devrait y avoir. Voir alors ce qu’il y a. Écrire depuis les rives de la perte de ma langue, depuis mon bégaiement. Dire la langue même comme symptôme. L’exposer. La langue d’avant le polissage, la mise au pas. Est-ce que toute langue ne navigue pas sur sa perte. Je parle ici de la langue individuelle, privée, de la langue de chacun.

Si nous ne sommes plus sûrs du nom de celle qui une fois encore écrit dans le noir, nom que je vais vous rappeler, soyons sûrs de son sexe : féminin. Elle, l’autrice, l’auteure, l’auteur, s’appellerait Sonia Delarue. Le sexe, lui, est sûr et certain. Seul lieu de l’absence de doute, son sexe, son être féminin, laissons-le lui. Sonia installée dans un creux de la nuit, au bord de son canapé.

Revenons au lieu précédemment décrit, c’est de lui qu’il convient de dire un mot de plus. Le laboratoire blanc. Où l’autrice fit apparaître une figure dont elle tarde à faire un personnage. La figure d’une petite fille, d’une jeune fille de quatorze ans possiblement, ou de quinze ans plutôt, ou de seize, malheureusement. Il y a tout en elle encore de l’enfant, dans cet indéfini où elle se trouve, cette sorte d’indéfini, dans ce pourtant excessivement féminin, petite fille, jeune fille, même si la jeune fille est plus pénible à évoquer, qui dans son exploration de ce lieu blanc, découvre une trappe au plafond, la soulève, y monte, s’y installe et alors ressent ce terrible désir de rester là, cachée, dans cette soupente, de ne plus réapparaître. Au monde ne reste que ce désir, qui prend tout, et ce désir est blanc, aussi blanc que le laboratoire, il est sans sentiment, sans sensation, sans couleur, neutre, il s’impose à elle, et durant une heure, peut-être plus, elle reste là, assise dans la pénombre, ayant refermé la trappe derrière elle. Et si elle est jeune fille, alors elle se sent, je la sens là très petite fille encore. Dans ce lieu-là, elle est petite fille. Elle redevient, elle retourne. Et ce qu’elle serait comme jeune fille, serait refoulé, complètement. Quelque chose éventuellement comme tout le malheur d’être jeune fille, comme cette sorte d’horreur, ou d’extériorité à soi. Que cela vous arrive, que des choses se soient mises à vous arriver.

Quand elle se mure dans le mur, quand elle se terre sous le toit, elle redevient petite fille. Elle rejoint quelque chose de son être. Et elle a l’idée de ce fantasme qui consisterait à pouvoir voir sans être vue. Cela la prend, cette terrible envie qui consisterait à voir tout son saoul et à n’être pas vue.

Tout ça est neutre, irréel, silencieux. Irréel est le bon mot.

Maintenant, il faudrait arriver à sortir de ce laboratoire. Je ne suis pas sûre que ce soit sa mère à la petite fille, à la jeune fille, à la jeune Blanche, qui soit venue la chercher. Non elle est redescendue de sa cachette, et sera remontée, mine de rien, rejoindre sa famille.

Traversé le dépôt, pris les escaliers, grimpé, passé l’atelier, grimpé, le palier, la porte, sa clenche métallique, ouverte. Et tout de suite, l’impatience du père à son égard, l’exaspération exprimée, c’est bien vrai qu’elle est devenue jeune fille, la petite n’éveillait pas cette exaspération. L’impatience à cause de son retard. Elle ne dit rien, elle traverse le salon, elle les rejoint à table où ils étaient 4 à l’attendre.

Donc, il y a le père dont il va falloir dire quelque chose, et on le tentera, même s’il semble bien que tout son personnage, à lui, tienne dans ce mot : père. Que ce mot-là à lui seul suffirait à le désigner, à le faire apparaître, qui est-il, il est le père, il est d’ailleurs barbu.

Mais il faut d’abord, encore que je vous dise quelque chose de la présence de Blanche, fantôme à elle-même et devenue jeune fille, abondamment, excessivement, toute encombrée de son corps, dont elle maîtrise et jouit pourtant parfaitement de la conduite, de la manipulation intérieure, ce corps qui dit d’elle plus et autre chose qu’elle n’en sait elle-même, ce corps qui de l’intérieur connaît les rôles, les rôles qu’il est à sa portée et à son plaisir d’adopter, ce corps adopte toutes sortes d’attitudes qu’elle n’est pas loin d’observer comme les autres, éberluée, muette. Quel corps joue-t-il, rejoue-t-il? De l’intérieur, il invente. Des attitudes, des postures, qui sont plus fortes qu’elle et qu’elle n’est pas loin d’admirer, elle adopte ce qui s’impose à elle, et qu’il lui est physiquement agréable d’adopter. Une arrogance, disons.

Une arrogance, principalement. Qui lui vient de ce corps de jeune fille. Dont il n’est pas du tout dit qu’elle l’aime. Mais il a toutes sortes de capacité de jeu, de cosplay, et il faut qu’elle se défende. On n’en dira pas plus pour le moment, mais tout ce que son corps est devenu la met sur la défensive, l’y oblige.

Et alors que c’est vraiment en fantôme qu’elle a grimpé les escaliers, dès qu’elle a poussé la porte, qu’elle a entendu les protestations du père, tout le rôle s’est mis en place, a pris possession de son corps en jambes, en fesses, en ventre, en seins, en cou, en yeux, en cheveux. Et par dessus tout, en vêtements extravagants.

Lui, le père, à ce moment-là, c’est comme s’il n’y avait que lui dans la pièce, qui l’attend de tout sa masse d’exaspération, depuis sa place à la table,. C’est comme s’il n’y avait que lui et elle, elle qui s’avance, sur ses talons de quinze centimètres, et qui va prendre sa place à elle, en bout de table, en face de sa mère.

Une arrogance, un zeste de triomphe, habillent un abîme de silence. Elle est montagne d’indifférence.

C’est l’heure pour l’auteure de reboire un café et d’aller se coucher. Vas-y vas-y, ça suffit.

Pourtant, il y a encore quelque chose que je voulais dire, à propos de Blanche dans la soupente, il y a la pensée, le souvenir qui lui revient d’une autre petite fille. Qui fut jeune fille. Aussi dans une soupente, dans un grenier. Dont elle avait lu le livre à l’école. Cétacé.

grandes difficultés à avancer. je retourne tout le temps en arrière, je me relis, pour me lancer à nouveau. là, je me suis forcée, vraiment. il faut en fait, à chaque fois. je viens cette nuit enfin d’écrire et de rater le #03. c’est cette difficulté extrême à accepter le personnage qui, en plus des contraintes extérieures – les travaux à faire avancer qui n’ont pas avancé, ma si chère petite maman, le retour à Paris – , m’a retardée dans l’écriture, m’a empêchée de continuer. après la difficulté de faire apparaître un lieu. la difficulté de faire apparaître un auteur. j’avance dans quelque chose de totalement contre nature.

qui plus est, j’ai loupé la consigne, oubliée, la consigne du « Comme je l’ai dit... » ou bien « Comme je l’avais dit... » liée à la superbe l’autrice, à son superbe livre, découvert dans cet atelier, non connu jusque là, extrait seulement lu, The making of Americans. Gertrude Stein. je regrette beaucoup, ça m’aurait plu de le faire. est-ce que je suis parvenue à le faire un peu. est-ce que quelque chose est resté de ce que je découvrais hier d’elle, émerveillée, que j’aurais voulu avoir connue plus tôt. est-ce qu’il ne faudrait pas le refaire. mais je veux avancer, je dois avancer. le retard que je prends, ce que je ressens comme retard, me déplaît beaucoup.

Américains d’Amérique, à la réflexion, je me demande si mon père n’avait pas ça dans sa bibliothèque.

je vais relire la consigne et relire ce que j’ai écrit.

j’arrive tout de même à un deuxième personnage, à la fin du texte.

Nous, c’est ce déjà qui va devenir la clé de tout. Reprenez votre contribution #02. Isolez le personnage, celui qui est déjà là, à la fin de la #02. Et, puisqu’il est déjà là, même si vous en connaissez bien peu, tellement peu (mais c’est cela, l’enjeu de la fiction, et qui fait de notre cycle un travail du roman), c’est là que vous l’appliquerez, littéralement, humblement, la haute cheville inductrice de Gertrude Stein : « Comme je l’ai dit… » ou bien « Comme je l’avais dit… » Qui, je ? Mais, dans la #01, est-ce qu’on ne l’a pas construit cet écrivain ou cette écrivaine précisément installé·e à sa table à écrire ? Juste pour la cohérence et la boussole (que voulez-vous, c’est comme pour Christophe Colomb : le but ne se révèle que rétrospectivement, et encore, pas forcément du tout où on avait prévu qu’il soit…), mais sans y accorder plus d’importance que cela pour l’instant — sinon que, dans son Making of Americans, la voix narrative de Gertrude Stein est une nappe qui enracine totalement l’ensemble et lui donne son fondement (voir les quelques lignes de son intro en tout début de l’extrait).

Alors, la consigne ? Elle est claire, non ? On reprend le personnage ébauché à la toute fin de la #02, à peine sorti des limbes et de l’opaque, mais on commence par écrire : « Comme je l’ai dit… » ou bien « Comme je l’avais dit… » et c’est ce personnage-là qu’on fouille. Alors la question vient implicitement : quelles sont les quatre personnes les plus immédiatement en lien avec ce personnage ? Et là, on a le défi de Gertrude Stein : le principe d’expansion d’un livre impossible, mais, à quelque endroit qu’on ouvre, qu’on identifie comme tel, et qui continue de se propager de personnage à personnage.

la difficulté, ça reste le nom, c’est l’obstacle. et je me demande si je ne devrais pas renoncer à tous les noms. revenir en arrière, et débaptiser, débaptiser l’auteur.

Blanche comme nom, pour le personnage, pourrait tenir. Du moment que j’arrive à la maintenir à distance. maintenir son étrangeté. Et du personnage même donner la disparité des personnages. comme ce “dépendante indépendante” de la Martha Hersland de Gertrude Stein.

Blanche pourrait tenir aussi parce qu’apparue au laboratoire.

le train la valise le laboratoire la douche la disparition, le blanc. une phrase m’apparaît me parle. mais est-ce que ce n’est déjà pas trop. pas voulu, apparu. la #03bis permettrait de développer quelque chose de l’héritage paternel, de tirer sur ce fil, ou pas.

jeudi 17 août 2023 · 07h15

#03bis 02 – Que fallait-il, il fallait, Une situation à quatre. A quatre personnages, un quatuor. Et tout en moi qui y résistait,

C’est fait, je l’ai sorti cette nuit le #03bis, ça ne me plaît pas du tout, mais enfin, il fallait. Bien avancer. Que fallait-il, il fallait, Une situation à quatre. A quatre personnages, un quatuor. Et tout en moi qui y résistait, qui y répugnait. Je m’en rends compte : il n’ y a pas, il n’y a plus d’autres personnages dont je veuille que le mien. Bon sang. Quel. Narcissime. Prête, je ne suis plus du tout alors alors à écrire un roman? C’est fini pour moi, le roman? A ces autres personnages, quelle utilité trouver? Bien sûr, il y a la possibilité de l’invention. C’est-à-dire, il n’y a pas. Il n’y a plus pour moi. Comme je l’ai déjà dit. A moins que ça ne me vienne, me revienne. Ce que je ne vois toujours pas venir. Je fais l’atelier pour donner la chance à ça. Ici, la scène que j’ai écrite, je la crois bien absolument inutile. Je ne vois absolument pas ce qu’elle pourrait apporter. J’ai juste fait ce qu’il fallait pour avoir une scène à quatre. J’ai cherché, cherché, j’ai d’ailleurs eu d’autres idées. Mais rien qui me. Enfin, très franchement, je ne pense pas que je vais garder ce texte. Qu’est-ce que j’y aimerais dans ce texte : la pluie par la fenêtre que je ne suis par arrivée pourtant à dire. C’est la fenêtre que je ne suis pas arrivée à dire, les fenêtres. La mère qui met les plats sur la table en disant : C’est raté. Pour le reste, je pourrais tenter de régulièrement d’y revenir, et gonfler les personnages de davantage de sang, de fièvre, de paroles, de corps, d’histoire, que sais-je. Je vais essayer. Je vais essayer, d’écrire d’autres frères que ceux que j’ai écrits. Mais quel autre frère serait possible. Comment affiner les portraits. Quelle petite touche? Que sais-je de ces deux enfants? Attendre que vienne cela qui m’entraînera autre part. Je ne pense pas que je vais garder ce texte. Vraiment, ce n’est pas ce que je veux faire. Se rendre compte, qu’au fond, un roman, peut-être pas… Ou apprendre à prendre plus de liberté avec les consignes. Ou…. Ne pas trop se poser de questions, continuer….J’ai pourtant a priori confiance en ce qui s’écrit, comme j’aurais confiance dans un rêve. Qui plus est, évidemment, c’est loin, très loin de la consigne Gertrude Stein… Y a pas à dire. Gertrude Stein fit des portraits. En relire alors, l’un ou l’autre. Je suis complètement enfermée en moi-même. Altos que l’envie de faire des portraits, pour justement me rapprocher des autres, pour aller vers eux, pourrait me tenter.

Aussi, plutôt découragée par moment. J’écris trop long et la vie, les contingences, sont trop prenantes. En même temps, que je voudrais lui donner du temps, aussi, à la vie : faire à manger, courir, se promener, errer. Et je me relis plus que je ne devrais, épouvantée alors par une virgule mal placée, tentée de passer au je un texte écrit au elle, etc, je ne devrais pas tant regarder en arrière, avancer. Avancer, avancer. Qu’est-ce qui m’attend pour le #04. Boire un café, me coucher, et réfléchir à ce que j’aurais pu faire d’autre, comme #03bis. Cette scène, par exemple, à laquelle je pense également, l’écrire? Dans la nuit de demain? L’affreuse scène du bar du Zodiac ? Faire une #3bis bis? Et le rêve? « Blanche ou le non au père », Le réécrire? Un #3bis Ter?

Sur le site du Tiers Livre, dans le blog de l’atelier : #été2023 #03bis | crème à la vanille

samedi 19 août 2023 · 15h35

#04 | 0 superposer les temps

Ecrit et publié au matin du samedi 19 août à Donn, publié à la date du 2 juillet, en réponse à la propositions #04 | superposer les temps


J’ai écrit, enfin, beaucoup plus que ce que je n’aurais cru. Je suis partie de l’idée du train, de Blanche dans le train. Bien sûr, j’ai complètement foiré, puisque je n’ai pas le deuxième temps (consigne : 2 voyages en train à des années de distance, avec les mêmes personnages ; alterner de paragraphe en paragraphe les 2 années et les distinguer en usant d’italiques). Enfin, j’ai rempli la première moitié du contrat. Et ceci s’est écrit tout entier tendu dans l’idée d’en écrire la répétition. Je pourrais, plus tard, faire le parcours répété – Blanche et dans le wagon à côté, une conversation écoutée. Mais, il faut que j’avance.

Il faut que je me souvienne que j’ai enregistré ce texte.

Et que je publie ici une photo d’un extrait de Ann je-ne-sais-qui que je lis en ce moment, une américaine. Sur ce que chacun est persuadé d’avoir à faire, à propos de quoi il n’a rien lu nulle part.

Il fait beau maintenant, je vais prendre un bain, je vais manger une glace, je regrette de ne pas faire de tai chi. C’est l’été, c’est l’été. J a demandé à ce qu’on joue un jeu de société. Ches dort. Je suis contente d’avoir enfin écrit. Tant pis si c’est raté. Je dois me dépêcher.

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