dimanche 13 août 2023 · 11h42

#03bis 01 | Quatre je peux pas, quatre c’est trop, c’est trop quatre. Qu’est-ce qu’elle dit ? Elle dit que quatre elle peut pas.

Meta pour le 03bis à venir, « Quatre par quatre », que j’arrive pas à écrire. Je publierai bientôt le 03, je crois. Ce 03 bis, je peine. En même temps que je suis tentée d’y céder, d’introduire l’atelier dans le roman, de faire le roman aussi de l’écriture de l’atelier. De lui donner une présence. Comme auteur, ce texte qui s’écrit, je ne pourrai jamais le considérer comme tout à fait mien. Vraiment. Ça n’en diminue pas du tout l’importance à mes yeux, le goût. Mais les auteurs ici sont plusieurs. Peut-être que c’est ce qu’il me faut.
Voir l’atelier sur le site du Tiers Livre : #été2023 #03 | comme je l’avais dit, Gertrude Stein

Quatre je peux pas, quatre c’est trop, c’est trop quatre. Qu’est-ce qu’elle dit ? Elle dit que quatre elle peut pas. Comment ça quatre elle peut pas ? Comment ça quatre elle peut pas ? On est combien là, déjà, on serait pas quatre là des fois ? Par hasard ? Il faut savoir aussi.  Savoir quoi ? Est-ce qu’on pourrait ne pas tous parler à la fois. Elle dit juste. J’ai rien dit. Non, ella rien d’it d’abord. Si t’as dit Quatre je peux pas, t’es arrivée t’as dit Moi, quatre je peux pas. Une conversation à quatre, tu peux pas. On n’a pas dit Conversation, on a dit : Situation à quatre personnages.  C’est ça la consigne. Bon, ben, déjà, c’est arbitraire, ça quatre. Ben oui, c’est le principe, t’arrives ici, c’est arbitraire, y a toujours un moment oùske ça sera arbitraire. Ce qui ne te vient pas de toi ça te vient d’un autre, c’est  arbitraire, ça a pas de rapport avec toi, donc c’est arbitraire. T’as pas déjà réfléchi à tout ça, moi si, tout ce qui te vient de l’autre c’est purement arbitraire. Et ça pourrait te faire du mal. Et ça pourrait t’ébranler. Pour peu que tu sois fragile, un peu, pour peu, ça t’ébranlerait. Si ça trouve. Pourtant, faut quand même pouvoir aller au-delà du schéma cause-effet, hein, pouvoir aller là où y en a pas, de cause, là où  c’est sans  raison,  sortir du cartésianisme un peu.  Faut en finir aussi avec ça, aussi, on peut pas tout expliquer, hein, ça ira, ça ira, ça va aller. Mais t’es fou il est fou, j’en tiens un, msieur, msieur, un fou. Non mais tu le sens pas ça qu’il y a un moment où faut arrêter, où faut pouvoir admettre. Tu sais même pas ce que ça veut dire arbitraire. Choisir arbitrairement, au hasard, tu sais ce que c’est le hasard, tu saurais pas ce que c’est le hasard, toi, par hasard. Oui, mossieur, oui mossieur, oui mossieur, je sais que c’est le hasard. Oui, mossieur. On se calme, ça n’a aucun intérêt cette question d’arbitraire. Si t’es là c’est que t’as décidé d’obéir à une autre loi que la tienne, à une aut’loi que ta loi hors la loi que t’en peux plus d’elle, t’as décidé d’échapper à toi-même, de sortir de tes répétitions, et du coup quoi qu’on te propose ça te paraîtra arbitraire puisque ça sera pas toi. Bon, on arrête, maintenant avec cet arbitraire. Je crois qu’il faut rejoindre l’arbitraire, t’es folle. Maman. Le roman de la connaissance, le roman de l’arbitraire du sens. Elle est folle. L’écoutez pas. On peut pas  se calmer ici, franchement, on se croirait au Kindergarten. Faut savoir, vous voulez un roman ou pas. C’est la question. Il a dit une brassée de personnages. C’est vrai, il a parlé de ça. On est d’accord. Ça m’a fait paniquer un peu. Paniquer ? Et je me rends compte que j’en ai tellement pas envie. Comment ça. Comment ça. Tellement pas envie, déjà un personnage ça me. Déjà un  seul personnage. C’est comme de trop. Moi, c’est le contraire, trop, j’en ai, moi j’en ai trop. Trop de personnages, je sais plus quoi en faire. Je peux pas me diviser, tu voix vois. Ça fait bloc en moi. Le roman de l’indivision. Tu veux un roman oui ou. Bloc de granit. Faudra l’appeler L’incessante invention du personnage. C’est qu’il faudrait savoir, déjà, ce que c’est un roman. Je crois que c’est très ouvert. Il faudra lui demander. Je n’ai rien à demander, un roman, je sais, il me semble, que je reconnaîtrais un roman, il me semble que c’est un roman que j’aurais eu envie d’écrire, mais, là, je peux pas. Moi, je crois que c’est pas le roman qui me fait rêver. On t’a pas. Je crois que c’est la fiction qui me fait rêver. Déjà, est-ce que le roman ça existe encore. Y en a quelques-uns ici, qui sont très méchants. Écoute, nous ce qu’on voudrait on  voudrait bien créer un espace où c’est pas ça, qui compte, où y ait plus de méchants et de gentils, si tu vois ce que je veux dire. On pourrait pas le faire ça ? Tout ce gimmick, du gentil et du méchant. Tu pourrais pas faire un petit effort. Depuis toute petite, y a que ça qui m’intéresse. Faut grandir comme on dit un peu. Qui est méchant, qui est gentil, qui est aimable, ou pas. Les méchants sont souvent fort aimables. Personnage 1 le gentil, Personnage 2, le méchant. Personnage 3 celui qui aime le gentil qui a peur du méchant. Personnage 4, l’avocat, Celui qui montre que le méchant est pas si méchant que ça. C’est pas ça le roman, on devait parler du roman, le roman, moi je vais vous le dire, le roman c’est : t’écris n’importe quoi, t’écris roman dans l’entête, en-dessous du titre, et c’est un roman. Voilà, rien à refaire, rien à redire, t’es l’auteur, tu l’as décidé, c’est ça. C’est comme pour l’art, tu fais n’importe quoi, tu dis c’est de l’art, tu voici l’art, eh bien c’est de l’art, et point. C’est pas pareil du tout. Ça n’a pas la moindre espèce d’intérêt. Du coup, moi, je préférerais écrire fiction sous le titre. T’es toute petite toi, déjà, tu dis rien, t’es minuscule, t’es un petit rien du tout, donc. Mais quelle violence ici, quelle violence. Bah, on s’amuse. Non c’est juste que, je me rends compte que je m’attendais pas à ça. On compte sur la magie, en fait. Ben oui c’est forcé. La magie c’est forcé. On compte sur Demandez et vous recevrez. Ben tu vois parfois tu demandes du pain et tu reçois des grosses pierres, des petits cailloux. Ça se voit, tous les jours, ça se voit. Nan, le coup de la demande, ça marche, ça va marcher parce qu’on demande justement, c’est ça le truc, faut demander. Le truc, il réside dans la demande, tu demandes rien, t’as rien. Faudrait pas qu’on s’aventure par là. En effet ! Parce qu’on va nous ressortir le livre sur rien, ça va pas tarder. On le voit venir de loin. Ça va toujours revenir au même. Rien, quelque chose, y aura toujours rien qui viendra se pointer. Quatre, c’est pas rien, déjà. Déjà, je suis d’accord. Quatre, c’est autre chose que rien. Quatre, ça se laisse pas réduire, à rien. Pourtant, tu réfléchis. Tu te dis. Tu réfléchis rien du tout, tu te dis rien du tout. Quatre ? Comment ça pourrait être rien. Ils pourraient rien se dire. Ou des tas de trucs et que. Rien, c’est aussi le découragement. C’est l’ironie.  Pas forcément, ou alors l’ironie légère, où alors l’ironie bien lourde et qui te ramène à ta vraie condition, ta condition première. Ta condition quatrième. Celle du vide. Du vide et du vent. Du vide du vent de la vie. Quatre ça me fatigue, quatre, j’ai pas d’intérêt à quatre. Ecoute, tu fais ce qu’on te dit, déjà, puis tu verras bien. Ben oui, tu réfléchis aussi, à ce que ce serait, un personnage. Oùske ça commence, oùske ça finit. D’oùske ça parle ou pas, comment que ça agit sur l’action, du roman, sur ce qui se trame. L’essentiel c’est de tramer, trames-tu, si tu trames, c’est bon. Que ça tienne. Tu me dis quoi, là, y en a qui se moque, ici, je trame, c’est bon, c’est ça kim dit. Ils sont où mes quatre. Tu te démerdes, tu trouves une astuce. Tu remets à plus tard ? Tu pourrais remettre à plus tard. Tu réponds pas ? Tu parles et puis tu réponds pas. C’est comme le portrait je peux pas, la galerie de portraits je peux pas. Mais qu’est-ce que tu peux si tu peux pas ça non plus. Il a pas demandé ça, déjà. T’es un schtroumpf, toi hein. T’es le schtroumpf qui vient toujours pour rappeler ce qu’il aurait demandé ou pas. On discute, on dit. Rien à faire, je sais pas, je peux pas. Mais tu fais quoi là alors. Eh bien quoi, sous prétexte que le portrait je fais pas, et j’ai de très bonnes raisons de pas le faire le portrait, je pourrais  pas être là ? T’as pourtant tout le portrait d’une emmerdeuse toi, hein, est-ce qu’elle aurait pas le portrait d’une emmerdeuse, tu pourrais pas nous faire le portrait d’une emmerdeuse ? Mais quelle violence ici, c’est dingue. On arrête, on se calme, on revient sur terre. Le portrait déjà tu pourrais pas pourquoi ? Rien, je me suis dit, je me rends compte, de qui je suis, et ça je me rends compte que. Une brassée de personnages. Y a des tas de façons de faire un portrait. C’est ça qui est intéressant. Y a toujours quelqu’un pour trouver tout intéressant. C’est ça qui est bien (dit-elle en souriant).  Le portrait c’est quand tu fais apparaître quelque chose d’une personne. Et qu’on y croit. Je suis pas tout à fait sûre qu’on soit quatre là. En effet, c’est dur à dire. Olala. Olala. On va chacun rentrer chez soi. Chacune. Chacun, chacune, comme tu veux, on va rentrer et on va réfléchir. Je suis pas là pour. Oh toi. Laisse parler la dame. La dame, à toi. Faut juste trouver une astuce. Oui, mais je veux pas non plus trahir. Ts. Tout de suite les grands mots.  Y a pas  de danger que tu trahisses quoi que ce soit de toi jamais, toi, comme je te vois là, y a pas de danger que ça arrive, y a aucun danger, tu ferais pourtant mieux, crois-moi, des fois on a rien de mieux à faire que d’se trahir. Tu continues d’réfléchir, tu passes à aut’chose, tu oublies tu reviens, tu trouves une astuce. Le quatrième, c’est la fonction poétique, ou c’est l’ironie, ou c’est le vide qui fait tenir le tout ensemble, le vide central. Je crois bien qu’il faut encourager le délire, mais jusqu’à un certain point. Il y aura certainement quelqu’un ici qui saura poser suffisamment rapidement une limite. La limite, c’est la consigne. Oui, mais et Gertrude ? Gertrude ? Gertrude ? Mais oui, Stein. Stein ! Déjà le nom, seulement, rien que ça, déjà, le nom. Stein. Ça te fait frissonner. Tu en voudrais, ça toi, hein, comme d’un nom, pour un personnage. Un personnage dur, un personnage du dur désir de durer. Le quatrième, on parle pas tous à la fois, c’est le quatrième personnage, durassien. On peut pas tous s’appeler Stein, on s’appellera tous Stein tous les personnages, s’appelleront Stein. Ça commence à déconner sévère ici. Tu sais pourquoi tu dis ça ? Je le sais. Tu dis ça parce que tu as envie de la placer cette phrase, de le placer, ce mot, à cause de sa résonance, rien d’autre. Tu le dis parce que ça fait joli.  Ça déconne sévère. C’est joli. Il faut la faire taire. C’est joli, à dire. Ça résonne. C’est marrant, je dirais, à la limite, tout juste. C’est tellement. Oui, non, Stein, Gertrude, la comparaison, virgule, ça me fait du mal. Qu’on en soit si loin, de Gertrude, de Stein, ça me fait du mal. Moi, ça me fait du mal. Keskiteferait pas du mal déjà à toi, tu peux me le dire. Eske tu serais pas tout le temps à chercher ski pourrait te faire du mal ? Pourkoi je ferais ça ? A toi de me répondre. Pourkoi je ferais ça ? Eh ben oui, pose-toi la question.  Sérieusement, je comprends, Gertrude Stein, ce talent. On revient sur terre, on peut revenir à ce qui compte ici. Sérieusement : on nous demanderait pas un peu l’impossible, là. J’avoue. Ah. Ah. Ah. Un peu ! Bah, c’est jamais qu’un jeu. Tu veux qu’on te demande quoi d’autre. Sérieux. On a pas tous, ça en commun ? On en est pas tous, à vouloir ça ? Je mets les  virgules où, je  veux, déjà. Est-ce que c’est pas ça, qu’on veut, est-ce qu’on veut tous, l’impossible. Écoute, déjà, tu te rends compte que t’es pas cap d’inventer un personnage, hein, déjà, c’est pas rien. C’est pas seulement que je suis pas cap. Bon, c’est fini là, on arrête, tout le monde rentre chez soi, on éteint tout, salut à tous. Merci beaucoup. Ce fut très fructueux.

15/08/23 : En panne, assise sur le bord de la route, je rêve, je fais des culbutes, et publie ce texte sur le site du Tiers Livre, sur le blog de l’atelier : https://www.tierslivre.net/ateliers/ete2023-lefaux03bis-avec-ma-gueule-darbitraire/

dimanche 13 août 2023 · 12h36

#03 | Blanche

Écrit à Paris, dans la nuit du 12 au 13 août, en réponse à l’atelier du 25 juin, #03 | comme je l’avais dit, Gertrude Stein

Une autre nuit, une autre nuit parisienne, en trombes la pluie tombe à un mètre de celle qui écrit fenêtres d’été ouvertes. Au bout de la rue s’entendent les battements sourds et répétitifs d’une fête.

Écrire dans la perte de la langue. Écrire dans son bégaiement. Écrire depuis ce qu’il y a, non depuis ce qu’il devrait y avoir. Voir alors ce qu’il y a. Écrire depuis les rives de la perte de ma langue, depuis mon bégaiement. Dire la langue même comme symptôme. L’exposer. La langue d’avant le polissage, la mise au pas. Est-ce que toute langue ne navigue pas sur sa perte. Je parle ici de la langue individuelle, privée, de la langue de chacun.

Si nous ne sommes plus sûrs du nom de celle qui une fois encore écrit dans le noir, nom que je vais vous rappeler, soyons sûrs de son sexe : féminin. Elle, l’autrice, l’auteure, l’auteur, s’appellerait Sonia Delarue. Le sexe, lui, est sûr et certain. Seul lieu de l’absence de doute, son sexe, son être féminin, laissons-le lui. Sonia installée dans un creux de la nuit, au bord de son canapé.

Revenons au lieu précédemment décrit, c’est de lui qu’il convient de dire un mot de plus. Le laboratoire blanc. Où l’autrice fit apparaître une figure dont elle tarde à faire un personnage. La figure d’une petite fille, d’une jeune fille de quatorze ans possiblement, ou de quinze ans plutôt, ou de seize, malheureusement. Il y a tout en elle encore de l’enfant, dans cet indéfini où elle se trouve, cette sorte d’indéfini, dans ce pourtant excessivement féminin, petite fille, jeune fille, même si la jeune fille est plus pénible à évoquer, qui dans son exploration de ce lieu blanc, découvre une trappe au plafond, la soulève, y monte, s’y installe et alors ressent ce terrible désir de rester là, cachée, dans cette soupente, de ne plus réapparaître. Au monde ne reste que ce désir, qui prend tout, et ce désir est blanc, aussi blanc que le laboratoire, il est sans sentiment, sans sensation, sans couleur, neutre, il s’impose à elle, et durant une heure, peut-être plus, elle reste là, assise dans la pénombre, ayant refermé la trappe derrière elle. Et si elle est jeune fille, alors elle se sent, je la sens là très petite fille encore. Dans ce lieu-là, elle est petite fille. Elle redevient, elle retourne. Et ce qu’elle serait comme jeune fille, serait refoulé, complètement. Quelque chose éventuellement comme tout le malheur d’être jeune fille, comme cette sorte d’horreur, ou d’extériorité à soi. Que cela vous arrive, que des choses se soient mises à vous arriver.

Quand elle se mure dans le mur, quand elle se terre sous le toit, elle redevient petite fille. Elle rejoint quelque chose de son être. Et elle a l’idée de ce fantasme qui consisterait à pouvoir voir sans être vue. Cela la prend, cette terrible envie qui consisterait à voir tout son saoul et à n’être pas vue.

Tout ça est neutre, irréel, silencieux. Irréel est le bon mot.

Maintenant, il faudrait arriver à sortir de ce laboratoire. Je ne suis pas sûre que ce soit sa mère à la petite fille, à la jeune fille, à la jeune Blanche, qui soit venue la chercher. Non elle est redescendue de sa cachette, et sera remontée, mine de rien, rejoindre sa famille.

Traversé le dépôt, pris les escaliers, grimpé, passé l’atelier, grimpé, le palier, la porte, sa clenche métallique, ouverte. Et tout de suite, l’impatience du père à son égard, l’exaspération exprimée, c’est bien vrai qu’elle est devenue jeune fille, la petite n’éveillait pas cette exaspération. L’impatience à cause de son retard. Elle ne dit rien, elle traverse le salon, elle les rejoint à table où ils étaient 4 à l’attendre.

Donc, il y a le père dont il va falloir dire quelque chose, et on le tentera, même s’il semble bien que tout son personnage, à lui, tienne dans ce mot : père. Que ce mot-là à lui seul suffirait à le désigner, à le faire apparaître, qui est-il, il est le père, il est d’ailleurs barbu.

Mais il faut d’abord, encore que je vous dise quelque chose de la présence de Blanche, fantôme à elle-même et devenue jeune fille, abondamment, excessivement, toute encombrée de son corps, dont elle maîtrise et jouit pourtant parfaitement de la conduite, de la manipulation intérieure, ce corps qui dit d’elle plus et autre chose qu’elle n’en sait elle-même, ce corps qui de l’intérieur connaît les rôles, les rôles qu’il est à sa portée et à son plaisir d’adopter, ce corps adopte toutes sortes d’attitudes qu’elle n’est pas loin d’observer comme les autres, éberluée, muette. Quel corps joue-t-il, rejoue-t-il? De l’intérieur, il invente. Des attitudes, des postures, qui sont plus fortes qu’elle et qu’elle n’est pas loin d’admirer, elle adopte ce qui s’impose à elle, et qu’il lui est physiquement agréable d’adopter. Une arrogance, disons.

Une arrogance, principalement. Qui lui vient de ce corps de jeune fille. Dont il n’est pas du tout dit qu’elle l’aime. Mais il a toutes sortes de capacité de jeu, de cosplay, et il faut qu’elle se défende. On n’en dira pas plus pour le moment, mais tout ce que son corps est devenu la met sur la défensive, l’y oblige.

Et alors que c’est vraiment en fantôme qu’elle a grimpé les escaliers, dès qu’elle a poussé la porte, qu’elle a entendu les protestations du père, tout le rôle s’est mis en place, a pris possession de son corps en jambes, en fesses, en ventre, en seins, en cou, en yeux, en cheveux. Et par dessus tout, en vêtements extravagants.

Lui, le père, à ce moment-là, c’est comme s’il n’y avait que lui dans la pièce, qui l’attend de tout sa masse d’exaspération, depuis sa place à la table,. C’est comme s’il n’y avait que lui et elle, elle qui s’avance, sur ses talons de quinze centimètres, et qui va prendre sa place à elle, en bout de table, en face de sa mère.

Une arrogance, un zeste de triomphe, habillent un abîme de silence. Elle est montagne d’indifférence.

C’est l’heure pour l’auteure de reboire un café et d’aller se coucher. Vas-y vas-y, ça suffit.

Pourtant, il y a encore quelque chose que je voulais dire, à propos de Blanche dans la soupente, il y a la pensée, le souvenir qui lui revient d’une autre petite fille. Qui fut jeune fille. Aussi dans une soupente, dans un grenier. Dont elle avait lu le livre à l’école. Cétacé.

grandes difficultés à avancer. je retourne tout le temps en arrière, je me relis, pour me lancer à nouveau. là, je me suis forcée, vraiment. il faut en fait, à chaque fois. je viens cette nuit enfin d’écrire et de rater le #03. c’est cette difficulté extrême à accepter le personnage qui, en plus des contraintes extérieures – les travaux à faire avancer qui n’ont pas avancé, ma si chère petite maman, le retour à Paris – , m’a retardée dans l’écriture, m’a empêchée de continuer. après la difficulté de faire apparaître un lieu. la difficulté de faire apparaître un auteur. j’avance dans quelque chose de totalement contre nature.

qui plus est, j’ai loupé la consigne, oubliée, la consigne du « Comme je l’ai dit... » ou bien « Comme je l’avais dit... » liée à la superbe l’autrice, à son superbe livre, découvert dans cet atelier, non connu jusque là, extrait seulement lu, The making of Americans. Gertrude Stein. je regrette beaucoup, ça m’aurait plu de le faire. est-ce que je suis parvenue à le faire un peu. est-ce que quelque chose est resté de ce que je découvrais hier d’elle, émerveillée, que j’aurais voulu avoir connue plus tôt. est-ce qu’il ne faudrait pas le refaire. mais je veux avancer, je dois avancer. le retard que je prends, ce que je ressens comme retard, me déplaît beaucoup.

Américains d’Amérique, à la réflexion, je me demande si mon père n’avait pas ça dans sa bibliothèque.

je vais relire la consigne et relire ce que j’ai écrit.

j’arrive tout de même à un deuxième personnage, à la fin du texte.

Nous, c’est ce déjà qui va devenir la clé de tout. Reprenez votre contribution #02. Isolez le personnage, celui qui est déjà là, à la fin de la #02. Et, puisqu’il est déjà là, même si vous en connaissez bien peu, tellement peu (mais c’est cela, l’enjeu de la fiction, et qui fait de notre cycle un travail du roman), c’est là que vous l’appliquerez, littéralement, humblement, la haute cheville inductrice de Gertrude Stein : « Comme je l’ai dit… » ou bien « Comme je l’avais dit… » Qui, je ? Mais, dans la #01, est-ce qu’on ne l’a pas construit cet écrivain ou cette écrivaine précisément installé·e à sa table à écrire ? Juste pour la cohérence et la boussole (que voulez-vous, c’est comme pour Christophe Colomb : le but ne se révèle que rétrospectivement, et encore, pas forcément du tout où on avait prévu qu’il soit…), mais sans y accorder plus d’importance que cela pour l’instant — sinon que, dans son Making of Americans, la voix narrative de Gertrude Stein est une nappe qui enracine totalement l’ensemble et lui donne son fondement (voir les quelques lignes de son intro en tout début de l’extrait).

Alors, la consigne ? Elle est claire, non ? On reprend le personnage ébauché à la toute fin de la #02, à peine sorti des limbes et de l’opaque, mais on commence par écrire : « Comme je l’ai dit… » ou bien « Comme je l’avais dit… » et c’est ce personnage-là qu’on fouille. Alors la question vient implicitement : quelles sont les quatre personnes les plus immédiatement en lien avec ce personnage ? Et là, on a le défi de Gertrude Stein : le principe d’expansion d’un livre impossible, mais, à quelque endroit qu’on ouvre, qu’on identifie comme tel, et qui continue de se propager de personnage à personnage.

la difficulté, ça reste le nom, c’est l’obstacle. et je me demande si je ne devrais pas renoncer à tous les noms. revenir en arrière, et débaptiser, débaptiser l’auteur.

Blanche comme nom, pour le personnage, pourrait tenir. Du moment que j’arrive à la maintenir à distance. maintenir son étrangeté. Et du personnage même donner la disparité des personnages. comme ce “dépendante indépendante” de la Martha Hersland de Gertrude Stein.

Blanche pourrait tenir aussi parce qu’apparue au laboratoire.

le train la valise le laboratoire la douche la disparition, le blanc. une phrase m’apparaît me parle. mais est-ce que ce n’est déjà pas trop. pas voulu, apparu. la #03bis permettrait de développer quelque chose de l’héritage paternel, de tirer sur ce fil, ou pas.

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