« écrire… le fixe à une jouissance mortifère dont il ne peut se défaire.«
il est certain que ce qui me pousse à fermer le blog, à arrêter d’écrire, ce qui a causé cette brutale dépression, c’est la redécouverte du rêve de frites, dont je n’ai pas envoyé l’enregistrement à Annick (pas terminé le sous-titrage de la vidéo), et dont je n’ai pas poursuivi l’analyse, jusqu’à un point que je puisse considérer de clôture, sans que je prétende d’ailleurs en résoudre l’énigme. il y a ce lourd sentiment de poursuivre dans l’abandon de projets. cette damnation, cette aggravation. mais c’est aussi la (re-)lecture, saisissante pour moi, de cet article de M-H Blancard, sur l’escabeau de l’écriture.
saisissante tant il m’a paru y lire ma propre histoire, sans que je sois par contre arrivée à la conclusion qui est là tirée, et dont la fermeture du blog serait la mise en acte. j’y resongeais encore ce matin, cette nuit. je songeais aux encouragements à écrire de mes deux analystes, je leur en voulais. il me semblait que c’était bien quelque chose de l’ordre d’une « jouissance mortifère de l’écriture » qui ne s’était pas laissée saisir. et je pensais à la nécessité de renoncer à l’écriture passionnée de mes échecs. j’aurai beau faire, de la façon dont je m’y prends, ça ne peut que rater (réussissant par là encore, et encore).
Écrire des livres ne faisait pas de lui un sujet désirant, même si cela l’avait maintenu en vie. Il lui fallait la parole adressée à l’Autre du transfert pour sortir de l’autisme de sa jouissance et trouver un accès au désir vivant, en dehors même de cette sublimation dont il avait fait son escabeau, d’autant qu’elle sustentait son narcissisme mortifère. De la sublimation, il devait faire symptôme.
Dans la cure, il cerne ce qu’il nomme sa « jouissance de n’être rien », véritable passion de l’être qui l’expose à la lâcheté morale et le rend étranger aux choses de la vie. Ce mode de jouir fait pièce à la jubilation narcissique qu’il éprouve lorsqu’il envoie un manuscrit à son éditeur : « Tout juste si je ne me vois pas avec le prix Nobel ! », avoue-t-il confus. Il se voit beau, il s’y croit, et sur le divan il trouve cela ridicule.
La position de l’analyste consiste à miser sur l’écriture du symptôme dans la cure pour contrer ce qui, dans cet escabeau écriture, le fixe à la pulsion de mort : « Je n’écris pas, dit-il, pour m’exprimer mais pour me taire ».
Se taire, se terrer, s’enterrer, est la série signifiante qui oriente son mode de jouir ; ce qui suppose de sacrifier à l’Autre l’objet cause de son désir, la voix.
Après un accident spectaculaire, la coupure de l’acte analytique l’a amené à se passer de l’escabeau. A partir du moment où il ne s’est plus contraint à ce travail de forçat qu’était l’écriture, il a pu interroger son choix de jouissance en ces termes : « L’écriture est ce qui m’a permis d’être, sans jamais avoir à exister. »
« Retirer l’escabeau pour accéder au sinthome » – Marie-Hélène Blancard
« Se taire, se terrer, s’enterrer« , série signifiante que je peux certainement reprendre à mon compte/conte, ainsi que je l’écrivais là, entre autres, en 2025 :