vendredi 29 décembre 2006 · 11h04

les muettes voix des pensées

réveillée une fois de plus à 4h30. furieuse, j’avais peur. je me suis levée, allée au salon, me suis dit voilà, je ne le saurai pas, jamais, le pourquoi de mes réveils, il fallait m’y résoudre, à ça. c’est alors que j’ai eu l’idée de la voix. je me réveille, j’écoute. je me réveille, j’entends. je me suis dit, c’est ça, ce serait pour ça que je me réveille, pour entendre cette voix. la voix de mes pensées.

j’avais un ami poète qui disait que quand il écrivait, il entendait une certaine voix, qu’il écrivait pour entendre cette voix-là. moi, ce serait pareil, alors, point d’interrogation, ce serait pareil, j’écrirais pour entendre cette voix, ma voix, pensée, ma voix qui dans ma tête résonne. qu’a-t-elle donc de si attrayant? que de vouloir l’entendre, je me gâche le sommeil, le sommeil, la vie.

et s’agirait-il vraiment de ma voix, est-ce ma voix qui importe, n’importe quelle voix n’y conviendrait-il pas ? qu’une phrase résonne. une phrase ou la parole? que ça ne cesse, de parler. ne cesse. (que ça parle. (d’1 voix sanx voix)).

et s’agit-il aussi, encore de cette/ma voix douce dont j’ai pu écrire ici qu’elle me manquait quand j’écrivais? que je continuerais d’entendre sous le martèlement des touches, dans le ralentissement du débit, cette voix qui, fût-elle transformée, appauvrie, à l’écrit ne passe pas. je le sais, ne passe plus.

on me disait autrefois, quelquefois, on m’a dit, ah quand je te lis, je t’entends. c’était un temps, où je faisais nettement plus d’efforts, pour écrire. où je me relisais, où je passais un temps fou, à me relire, à réécrire, à écrire, jusqu’à ce que j’entende. jusqu’à ce que la voix sonne, différente. mais trêve de nostalgie, si je n’écris plus comme ça, c’est que ça n’était pas ma voie.

pour noël, jules a reçu beaucoup de jouets, trop peut-être, me disais-je hier, ce sont des jouets qui parlent, il a une chaise qui parle, des livres qui parlent et une grenouille qui parle; parfois, il les actionne tous à la fois, y ajoute encore les mélodies de son petit synthétiseur ; j’observais ça, hier, et je me disais que c’était peut-être triste, ces jouets d’enfants solitaires. je m’étais alors vaguement demandée s’il s’agissait déjà d’un certain besoin d’entendre de la voix. allez savoir.

un moment, j’aurai également pensé, plus tôt dans la journée, que les femmes peut-être, les mères, s’entendaient avec les enfants, à cause de ça justement aussi, qu’elles aimaient ça, être dans la voix, simplement, loin du sens – ce n’est que maintenant que j’écris, que toutes ces rapprochements viennent à se faire. je veux dire que moi, ça me plaît, les chansonnettes, les ritournelles de jules. enfin, ces voix-là, sont elles loin d’être muettes.

(et puis, il y a « la haine », ces 2 mots, que j’entends souvent. « la haine ».) et jules se lève qui va mettre un disque.

vendredi 22 novembre 2013 · 12h45

Gravité

« Car dans Gravity, les hommes ont perdu ce qui leur donnait leur lest. Les corps sont déjetés dans l’apesanteur, les voix ne portent plus, rien de ce qui faisait l’étoffe d’un sujet n’existe plus. Objets parmi les objets de consommation, les corps chutent dans le tout-à-l’égout de l’espace.
Ce qui ordinairement leste un sujet n’est pas l’objet du commerce ou de la technologie, mais autre chose de plus insaisissable et qui fait la cause de son désir, ce que Lacan nomme objet a.« 

Sur l’objet-voix qui fait cordon ombilical relie à terre mère, sauvant Pierre, Stone – elle se retrouve à hurler doucement comme loup comme chien puis cris du bébé, Inuit, voix qui l’accouchent,  d’où, me dis-je, l’on déduit que c’est l’objet a, l’objet  chu, en l’occurrence ici l’objet-voix, qui permet d’éprouver la gravité, et donc de tomber, mais tomber quelque part. Qui nous offre le sol, la terre, l’atterrissage.  L’erre, la limite. Sans lui,  sans objet a, c’est apesanteur, zero-gravity, dérive dans le vide.

Et. La gravité, c’est l’objet a;  L’apesanteur, c’est l’objet commun.

L’ESPACE-TEMPS

arrime-toi à ton petit a

 la voix de l’autre côté

jeudi 29 décembre 2022 · 07h54

Jeudi 29 décembre

7h58, hier soir 4 gouttes de cbd 20.

Là au lit, 20% batterie de mon téléphone, dans le noir. Réveil.

Je ne sais pas comment, quand ça a commencé, les idées de suicide, très jeune. Je ne sais pas ce qui les a provoquées. Il n’y en n’avait pas rue Tiberghien, je crois. C’est rue Waelhem. Donc plus tard, mais quand ?  Lors de la troisième année d’études secondaires ? Quel âge avais-je ? Tu vois, V, tu ne connais plus l’âge, ce qui ne t’étonne pas, te connaissant, mais il y a cette phrase amusante, en échange : Quel âge avais-je ? Mes premiers souvenirs de pensée au suicide remontent à la table de cuisine de cette maison-là. La table en bois dont j’ai toujours la nostalgie. Je ne pensais pas alors, crois-je, déjà, au suicide pour moi-même, mais pour les autres. Je ne comprenais pas que les gens ne se suicident pas plus. Il était question des difficultés que traversait je ne sais plus qui, tante N. peut-être, qui vit toujours aujourd’hui, ou de son fils, qui est mort, et je me disais : mais pourquoi est-ce qu’il ne se tuent pas. Je n’ai jamais compris que les gens fassent face aux difficultés.

C’est une sorte de souvenir-écran.

Nous étions à table et nous parlions des difficultés des uns et des autres, j’aimais ça, ça j’aimais. Ma mère certainement était dans la conversation. Des difficultés psychologiques, c’était mon truc. Ma mère aussi probablement. Là, j’ai le souvenir  qu’il était question de difficultés psychologiques qui s’accumulaient. Et alors cette pensée : pourquoi ne se tuent-ils pas, plutôt.

J’aime écrire au chaud, dans le noir, mais j’ai dû me lever, 8 % de batterie à recharger au salon.

8h48. Il faut donner à boire à cette plante-là. La pauvre.

Hier, aussi,  à propos d’une autre plante, sur le balcon, je me disais : la pauvre – peut-être l’ai-je dit tout haut – et j’ai pensé que dans la traque au symptôme, il me faudrait l’écrire, ça, aussi, cette façon que je pourrais avoir de souligner mon degré de létalité. Comment  j’aime à le dire, force m’est de l’admettre, qu’avec moi, même les plantes meurent. J’aime à le dire, inconsciemment. J’aime inconsciemment à le dire. Non sans une certaine dose d’agressivité. Bizarrement tournée contre celui à qui je le dis, qui déjà se défendrait, Mais non, tu n’es pas si nocive que ça. Ils ne s’en rendent pas toujours bien compte.

Enfin, cette plante, à qui j’ai connu de meilleurs jours, devrait recevoir de l’eau.

Je me suis levée pour me faire un autre café et fumer la cigarette achetée hier.

Je vais arrêter d’écrire maintenant, je crois.

Hier soir, je lisais des articles sur les auto-reproches dans la mélancolie.

Dans le premier article, je lisais quelque chose qui avait trait au sentiment d’incurabilité, d’irrémédiable, dans la mélancolie, quelque chose que Lacan avait noté, et qui raisonnait en moi. Il faudrait que je retrouve ce texte. Le voilà : Le problème de la mélancolie anxieuse

« La pensée négative de Leopardi arrive à un lieu où la seule certitude est l’incertitude, où la mélancolie peut être totale : à ce moment-là, pleurer serait encore un signe d’espoir, mais rire est le signe de l’acceptation du désastre. Le rire peut être angélique ou satanique : angélique lorsque c’est le rire des oiseaux lorsqu’ils se sentent heureux, comme l’écrit Leopardi dans Éloge des oiseaux, abandon à la vie et à l’oubli de ceux qui n’ont rien à oublier. Satanique est le rire de l’homme, abandonné des dieux, irrémédiablement mélancolique, et qui sait regarder au fond du gouffre de sa propre perte… »

11:48

« Mais que sa voix s’apaise ou gronde
Elle est toujours riche et profonde
C’est là son charme et son secret.
Cette voix qui perle et qui filtre
Dans mon fonds le plus ténébreux 
Me remplit comme un vers nombreux
et me réjouit comme un philtre

Elle endort les plus cruels maux
Et contient toutes les extases ;
Pour dire les plus longues phrases,
Elle n’a pas besoin de mots.

Non, il n’est pas d’archet qui morde
Sur mon cœur, parfait instrument,
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde

Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout est, comme en un ange
Aussi subtil qu’harmonieux ! »

« Et c’est bien cette voix « de l’autre » qui manque au mélancolique, le hante et qui initie l’acte poétique. »

18:02

A 17h30 je me suis demandée quelle pourrait être une raison de sortir.

19:15

Cela fait des jours et des jours que je ne fais plus à manger. J’ai fait un peu de ménage aujourd’hui. Je suis comme une convalescente. Je suis toujours comme une convalescente. Et traitée comme telle, ici.

Qu’est-ce qui me fait dire ça.

Qu’est-ce qui se passerait si F n’était pas là.

Parfois je pense que simplement je ferais à manger.

Je lis Malcom Lowry sans rien y comprendre. Lunar caustic – Caustique lunaire.

F fait de la manette (de jeu).

23:35

Extrait de la Terre de glace (2018). YUICHI YOKOYAMA.ÉDITION MATIÈRE

Je ne suis pas sortie aujourd’hui. J’ai lu aujourd’hui, je crois, un article sur le son dans la poésie de 3 poètes (dont j’ai oublié le nom et que je ne connais pas beaucoup) et la mélancolie. Un très bel article (de lui qu’est issu les extraits de poèmes plus haut). Il y était même question des acouphènes. L’écriture des sons. Ça m’a fait penser à un manga que je lisais hier, dont l’auteur, Yuichi Yokoyama, prend un grand plaisir, lui aussi a écrire des sons, en japonais, il répète ces sons parfois sur plusieurs pages. Cela l’excite, dit-il.

«Je m’attache à décrire le temps qui passe avec des moyens visuels figés. Je rapporte le bruit du son avec l’écriture, que je rends de manière très visuelle avec les onomatopées. Et je module l’évolution des situations par la taille des cases et leur densité. Ici, par exemple, les cases font la même taille parce que je fais en sorte que le temps s’écoule de manière constante. Entre cette case et cette case, il y a théoriquement deux secondes qui passent. C’est pour des raisons techniques que je m’abstiens de faire du cinéma ou du dessin animé. D’un, je ne saurais pas comment m’y prendre. Deux, je n’aime pas être encombré.»

«Ce n’est pas un commentaire en creux sur la société actuelle qui serait hyperactive ou infernale. En remplissant des pages et des pages de bruit, je me rends compte que ça m’excite. Ce livre sur lequel je travaille est carrément assourdissant. Il casse les oreilles. C’est comme du punk rock : toujours le même volume, la même intensité, il n’y a aucun decrescendo.»

– Yuichi Yokoyama interviewé par Oliver Lamm dans Libération : https://www.liberation.fr/images/2018/07/09/yuichi-yokoyama-le-bruit-et-l-auteur_1665275/

 

 

 

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