vendredi 1 juillet 2005 · 17h11

ce qui ne cesse (pas de s’écrire) et cyberculture

la « cyberculture » fonctionne sur un mode pulsionnel, où « ça ne cesse pas de s’écrire », à l’instar de l’inconscient qui ne calcule ni ne juge et qui ignore le temps. « ça jouit et ça sait rien », cette démultiplication de sens perdus, qui vont à la dérive, ne saurait recouvrir l’absence de sens du sens.

ce qui se trouve nié, dans cette éternisation, c’est le réel. la prolifération des écrits sur internet, témoigne de cette volonté de croire que le symbolique recouvrira, à force d’approximations, totalement le réel. alors que de celui du corps, de la mort et du sexe, elle ne veut rien savoir. ce réel-là exige le passage à la limite, exige qu’un saut par-dessus le vide soit fait. le symptôme ne cesse de refaire ce saut. et s’il ne cesse, de parler à l’encan, c’est qu’il lui faudrait, pour cesser, que sa cause soit entendue. que vienne à se savoir sa cause, sa raison d’être. ce à quoi il a affaire. il lui faudrait la présence de l’autre (« ce mystère de la présence »). il lui faut la rencontre.

or, si la « cyberculture » croit au copier-coller, à la répétition du même, à l’interprétation, elle ne veut pas de la coupure, de l’arrêt. il faut que ça soit fluide, que les connexions soient permanentes. l’amour pourtant, celui qu’il faut pour que « la jouissance condescende au désir », exige le nom, et même le nom propre. enfin, c’est ce qu’il me semble et ce qui s’entend dans les écrits de duras par exemple. le nom, la folie du nom dit, est au plus proche, dans l’étrangeté, de celle de symptôme.

jeudi 14 juillet 2005 · 14h49

se faire honte

jarrivenchantéelaveillej’ai
luterminédanslavoiture
la
note de miller sur la honte

(je ne dis pas que ce n’est pas pénible d’écrire tout ça, ça l’est)

à l’analyste mardi je dis :
« le problème, ça a toujours été de signer. comme si…»
là, j’hésite presque longuement.
je crois que je lui ai dit « …comme si rien n’était à la hauteur, ne pourrait être à la hauteur de ce nom».

surprise, pas convaincue, j’ajoute que non, ce n’est pas ça.

je parle de la note de miller, sur la honte. je n’en dis pas vraiment grand chose. mais ça me mène tout de même à dire que je crois que maintenant je pourrais signer de mon nom.
il se lève, se dirige vers la porte, me demande comment va mon fils. je lui dis qu’il dit « maman. mam… maman».

c’est comme ça.


souvenir de la note de miller

un jour lacan dit: « je veux vous faire honte» (certains s’en seraient scandalisés).

lisant, je me dis, est-ce que c’est ça que je me fais, quand j’écris, quand je me fais lire :
est-ce que je me fais honte ? est-ce que c’est ça ? et pourquoi ça serait bien, ça serait mieux, vaudrait mieux ? se faire honte, plutôt que pas.

lacan dit (moi, je dis toujours ce que dit lacan), ça ne sont pas ses mots, exacts, il dit
« … ça n’est pas si courant que ça mourir de honte ».

il lacan dit, « ça s’est perdu, la honte». est-ce qu’il dit que ça s’est perdu avec le capitalisme, je ne sais plus – pour le coup j’ai peur d’avoir mal retenu : passons.

la honte, l’honneur – ça s’est perdu.

tout cela qui vous vient de ce que vous êtes liés à un S1, explique miller. je lis un « S1 », je pense « nom du père ». je pense « nom de mon père ». je pense « mon nom».
le S1, le nom propre. c’est une lecture, il y en a d’autres. (un S1, pas un autre, d’aucun autre.)

s’est perdu. la honte, l’honneur. ce qui fait qu’il y a quelque chose dans le nom, votre nom, le nom propre, qui serait au-delà de vous. dont il faille se montrer digne. pour quoi, à l’occasion, on doive mourir. miller dit, dans le S1, c’est l’être-pour-la-mort.

pour tout vous dire, jusqu’à là, jusqu’à cette lecture, je pensais que le S1, il fallait le laisser tomber. que du S1 identificatoire, s’agissait de se désidentifier.

je crois que ce à quoi j’ai pensé, en séance, et que je n’ai pas dit, c’est « le nom, mon nom, ça n’existe pas. »

« ça n’existe pas », ça n’ex-siste pas, ça indique bien, jusqu’à quel point j’ai maintenu ça comme un réel : ça n’ex-siste pas au symbolique. c’est un nom, c’est un signifiant, mais mon « ça n’existe pas » indique bien qu’il n’est pas pour moi un signifiant comme les autres. il ne rentre pas dans la danse, le  commerce, je l’ai installé en position d’exception, dont aucune signification n’est digne – ce qui pourrait même valoir comme définition du phallus. « je le suis », ou plutôt « il m’est ». il me « m’êtrise ». et se faire « m’êtriser » par « l’être-pour-la-mort », ça explique peut-être certaines de mes tendances. la honte, encore, dit lacan quelque part, c’est affaire d’« hontologie ».

le nom, il ne s’agit pas de l’être. et pourtant de le porter.

ça me rappelle un texte de cet allemand, écrivain allemand, dont j’oublie le nom (toujours j’oublie les noms propres, les nom d’auteurs) qui disait « faites gaffe à porter la croix si vous ne voulez finir porté par elle ». je crois, en ce moment, que c’est de ça dont il s’agit, le nom, aussi pénible que ça soit, il faut le porter, tout en faisant gaffe à ne pas finir mourir en croix sur lui.

il n’est pas allemand, l’écrivain, c’est tournier, michel, et le bouquin c’est « le roi des aulnes ». (toute une histoire d’ailleurs où il n’est question que de porter. de la passion du portage.)

il faut le porter et il faut s’en montrer digne. mon nom, ça a toujours été le nom de mon père. je n’ai jamais pu le faire mien.

l’« hontologie », comme toute affaire d’être, c’est affaire de jouissance. donc miller dit, le S1, il faut s’en séparer bien sûr, le « désêtre », mais il ne faut pas ignorer qu’il est là, faire comme s’il n’y était pas. le S1, c’est le signifiant de ce qui vous est le plus intime, de la jouissance la plus inconnue.

et puis, pour les autres, pris parmi les autres, il redevient un signifiant quelconque (même si, à coup de savoir-faire, il leur imprime sa signature). donc, si je signe… un texte, il parlera de ce que je suis, de mes limites, erreurs, errements, etcétéra. à mes yeux, il tombe de son piédestal, la statue bascule. ce que je n’ai pas dit non plus, en séance, je ne sais pas pourquoi ce n’est pas sorti, mais c’était l’idée que si je signais, on saurait, on allait savoir qq chose de mon désir. comme si le désir, à tout prix, devait rester le plus secret. et moi aussi.

j’ai fait ces recherches sur la honte, à cause de celle qui m’envahit quand j’écris. plus précisément, quand je signe. quand j’écris mon nom. quand j’assume la paternité d’un texte.

mardi 19 décembre 2006 · 12h00

avant/après, séance – de l’intime

abominable rêve cette nuit.

j’ai peine à m’en souvenir. je sais seulement que mon père me demande si… certaines caresses. en fait il ne dit rien, mais je comprends. il a son air plaintif, malade. je m’enfuis. je me dis tout de suite que je ne dirai rien à ma mère. puis quand je la vois, je le lui dis aussitôt. elle me pose des questions, je lui dis que ça s’est déjà passé auparavant, elle me dit qu’elle s’en doutait. c’est tout. 

en me réveillant je me demande si ça s’est vraiment passé, mais je sais bien que non, je me demande à quoi ça correspond, pourquoi ce rêve-là, et si ça n’expliquerait pas « tous mes problèmes ». j’attends de pouvoir le raconter en séance, tout en doutant qu’il puisse en ressortir quelque chose – du moins dans l’immédiat. tandis que je vis une sorte de contentement de ce qu’arrive là quelque chose qui tranche, n’a pas sa place dans mes élucubrations actuelles. ce rêve comporte une certaine honte, honte pour père. l’air de rien, ce rêve bouscule tout. enfin, c’est un grand mot. crée un point de discontinuité dans le courant continu dans lequel je pensais être.

maintenant, c’est juste l’ennui, la fatigue. je sais que j’ai du boulot, un boulot qui me fait un peu peur, parce qu’il prend trop de temps, que j’ai l’impression de mal le faire. je sais qu’il faudrait que je m’y remette une heure aujourd’hui, et je ne suis pas sûre d’en venir à bout. je ne sais pas pourquoi ça coince. techniquement, il y a un problème que je n’arrive pas à résoudre.

la dernière fois que j’avais vu l’analyste, j’avais fait une sorte de résumé/condensé de la situation, partant d’un post que j’avais relu ici, autour de ce qui me réveillait la nuit : le travail et la colère. m’étant apparu que cette deuxième découlait du premier. le travail me servant de prison et la colère venant de la révolte contre celui qui me tenait enfermé.

et curieusement pendant toute la semaine qui a suivi, il me semble m’être éveillée la nuit avec l’idée que ce n’était pas du tout ça, que c’était bien plus vaste, que je me réveillais pour « résoudre les problèmes du monde ».

endormie hier soir en lisant robert walser, que je découvre.

à propos du rêve, peut-être l’ai-je fait suite à ce dont j’ai parlé hier ici, le problème de « l’intime », cet « intime » qu’il m’intéressait d’écrire, mais que je ne pouvais pas dans la mesure où je ne voulais pas y impliquer mes proches. et voilà que je fais un rêve dont immédiatement je me dis que je ne peux pas l’écrire sur le blog.

pendant longtemps, je me suis intéressée aux écritures dites d’autofiction, parce qu’elles étaient à ma portée, aussi parce que s’y disait ce que moi-même il m’intéressait de dire. fascinée de ce que les différents auteurs n’hésitent pas à parler de leurs proches, d’aller même jusqu’à les nommer. petit à petit je m’en suis détournée, m’étant convaincue que je ne pourrais pas, quant à moi, faire de même, que ce « n’était pas ma voie ».

qu’il y ait eu ici la semaine dernière des choses que j’ai pu écrire, mais que je ne me sois pas autorisée à publier, m’a étrangement soulagée, soulagée du « tout écrire ». enfin, je ne suis pas sûre que ce soit de ça qu’il s’agisse, mais il y a eu un soulagement, et cela m’a changée, modifiée. changé, modifié mon rapport à l’écriture. la solution que j’ai trouvée, probablement temporaire, me satisfait. ce plugin de wordpress qui me permet de marquer de façon spécifique du texte que je voudrais réservé à moi seule et qui signale cette réserve au lecteur me convient. qui montre des trous dans l’écriture, et que ces trous soient de mon fait, d’y avoir consenti. j’aurais cependant dû m’en trouver angoissée, puisque j’y prenais d’autant plus de distance avec ce que j’aimerais écrire, avec ce que j’aimerais trouver les moyens d’écrire.

c’est tout la faute à la psychanalyse

la fiction, hélas, n’est pas à ma portée. la solution de la fiction. d’ailleurs, même pas sûr que j’en veuille.

les liens de l’écriture, la pensée, la parole.

la pensée est ce qui donne l’idée, le mirage de la possibilité d’un tout écrire. si de cet attrait je pouvais me détacher, le désir d’écrire peut-être me quitterait. et parler fatigue.

le rêve de cette nuit, rêve freudien du « fantasme de séduction » ?

c’est la pensée, cette nuit, de mon incroyable solitude qui m’a réveillée.

mardi 7 juillet 2009 · 08h43

(où il est question de l’abjection)

la journée d’hier s’est extrêmement bien terminée (une fois que j’ai eu fini d’écrire ici, et que je sois allée à mon rendez-vous psy).

réveillée ce matin en sursaut à quatre heures et demi en pensant à « l’abject ».  à « l’abjection » dont parle miller   dans son dernier cours de cette année, comme d’un concept auquel lacan tenait particulièrement. à cette lecture je m’étais demandée où se se situerait l’abject dans ma vie, où je situerais l’abject dans ma vie…

« Jadis, c’était en 1966, je lui disais, ayant sous les yeux et compulsant les épreuves, comme on dit, de ses Ecrits, qu’il aurait fallu faire un « Index des concepts » de son enseignement. Il me répondit : « Faites le ! » […] Il me le laissa faire à mon gré et ne me fit qu’une seule recommandation : ‘Ça doit commencer par le mot abjection’. […] Lacan voulait que ce soit l’alpha sinon l’oméga de son enseignement. […] dans la mesure où le psychanalyste, pour ou contre Lacan, est, par lui, assigné à la position de l’objet dit petit a, et cet objet, comme il lui est arrivé de le dire plus tard, est aussi bien un abjet. D’une façon générale, la jouissance a ses racines, plonge dans l’abjection. Quels sont les antonymes de ce mot? La dignité. L’honneur. […] Dans l’expérience analytique, ce qui concerne le plus intime de la jouissance prend toujours la forme de l’aveu de ce qui mérite d’attirer mépris, opprobre, comme l’indique le dictionnaire, l’abjection étant l’extrême degré de l’abaissement. Le sujet du signifiant, celui de la parole, n’y touche, ne consent à s’avouer son rapport avec qu’en témoignant que la répulsion accompagne, est inséparable de l’attirance invincible qu’il éprouve dans ce rapport. » Jacques-Alain Miller, cours du 10 juin 2009

dimanche 2 décembre 2012 · 23h20

J’aurais tué Nathalie F.

On découvre que Nathalie F. a été tuée. On découvre le cadavre de Nathalie F. dans une cave (la cave de la maison familiale rue Waelhem à Bruxelles). Je sais alors que l’on va tôt ou tard découvrir que c’est moi, que je suis l’auteur de ce crime. Je ne m’en souvenais plus. Je l’avais oublié. C’est arrivé malgré moi. Je me souviens que j’avais alors pensé que je serais un jour découverte et que j’irais en prison, mais que je l’avais oublié.
La police fait des recherches. Elle fouille toutes les maisons à la recherche d’indices. Elle finit par trouver quelque chose. Je ne sais plus quoi. Mais quelque chose qui la mènera immanquablement à moi. Je vais aller en prison. Il va m’arriver ce dont j’étais sûre qu’il m’arriverait un jour. J’irai en prison pour meurtre.
J’habite avec mes parents. Ils disparaissent à l’annonce du crime. Mes parents et mes frères. Je crois qu’ils ne veulent plus me voir.
Mais ma mère vient. Elle me dit quelque chose comme « Mais c’est bien normal, vu la façon dont elle t’a traitée. Ce qu’elle t’a fait. » Je lui dis que je ne m’en souviens pas. Elle dit « Quoi, tu ne t’en souviens pas?! » Je lui dis que non, que j’ai un vague souvenir de la scène. Elle allongée. Moi…
Je lui dis: « Tu crois vraiment que c’est moi, qui l’ai tuée ?» Elle en est sûre. Mais comment expliques-tu alors que Nathalie F. soit toujours en vie? Que je l’ai retrouvée (dans un rêve précédent) même si nous n’étions pas particulièrement amies. (Note de relecture en janvier 2025 : Je ne comprends pas du tout ce que j’écris ici. Je dis dans ce rêve à ma mère que Nathalie F est toujours en vie parce que je l’ai vue dans un rêve récent? )
Elle ne répond pas. Nous passons devant l’atelier de mon père. Je vois d’abord Marc, puis mon père, très jeune. Je passe. Continue à monter les escaliers. Je pensais qu’il n’était pas là et qu’il ne voulait pas me voir, mais il m’appelle, me rejoint. M’exprime sa sympathie. Je me demande si ne vais pas appeler un psy pour lui dire que je ne me souviens de rien du tout et pour me faire conseiller un avocat qui soit sensible à la cause analytique, qui en sache un bout.
Je suis conduite en prison, c’est la fin de la liberté. Je savais que ça arriverait un jour mais j’avais oublié. Je l’avais toujours craint, je le crains encore. Mais je me demande si je ne dois pas le prendre à la Nietzche – « Vouloir ce qui vous arrive » ou Spinoza – Joie.
Je crains tout de même que ce ne soit très douloureux, la prison.

Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ce rêve. J’en ai été très étonnée. Je n’imaginais pas que je puisse me vivre comme quelqu’un qui aurait tué quelqu’un et qui devrait en être punie, qui en serait punie de prison.

Je me vis assurément en prison, et je suis mon seul gardien (ou presque).

Mais.

Nathalie F., ma meilleure amie, mon amie d’enfance. Qui revient régulièrement dans mes rêves. En particulier ceux de « Doutes d’août », dont je ne pense pas qu’il soient sur ce blog, mais sur un autre. Sur Delta, probable. L’heure de nulle part. Ah, le voilà, je l’avais renommé « Août adouci« . (On le trouve maintenant ici aussi : Doutes d’août (août adouci))

Oui, j’aurais pu être amenée à repenser à elle, récemment. Vendredi soir, plus exactement, lorsque j’ai rencontré un jeune homme parlant de Duras et qui se nommait N. Granger1NOTE DE RELECTURE (2025) : Nicolas G, Nicolas Granger ? L’acteur ? Mais comment ai-je pu le rencontrer ? Je n’en n’ai aucun souvenir… C’est incroyable. .  Ce qui m’a fait repenser au fait que j’avais autrefois pris le pseudo de Nathalie Granger, ayant alors oublié le film de Duras, du même nom. Je ne me souviens plus de ce film, en réalité. Et peut-être y a t-il également eu un livre. Je ne m’en souviens que très peu pour la bonne raison que je ne l’ai pas vu, ou pas entièrement. C’était encore à Bruxelles, mais déjà avec F. Nous le regardions un après-midi me semble-t-il, au lit, et nous nous sommes endormis. Ou autre chose.  J’ai retenu qu’il y était question d’une meurtrière. Mais, je peux me tromper.

Ce qui donne Nicolas Granger –> Nathalie Granger (meurtrière de Duras) –> Nathalie F

Et le grand G (de GrandGer), il en a déjà beaucoup été question ici, et ailleurs d’ailleurs, le grand G de l’impossible point G.

Je pourrais prendre Nathalie du côté de double. D’abord parce que  j’ai moi-même un moment utilisé le pseudo de « Nathalie Granger », ensuite parce que j’ai probablement vécu cette amitié avec Nathalie entre mes douze et quatorze ans je dirais, dans cette modalité inconsciente-là. Ce thème du double, il en a également été pas mal question dans mes lectures récentes, celles d’Iris Murdoch dont peu parlé ici,  et celle de Miller, à propos de Lacan, puisqu’il m’a pris de commencer à publier sur le net son cours Vie de Lacan, où il est question de la « paranoïa » de Lacan, sa « paranoïa renoncée », ce qui m’avait autrefois, à l’époque où c’était prononcé, beaucoup impressionnée, et m’impressionne encore.

Paranoïa renoncée, en tant que renoncement, via son enseignement, à la passion d’être seul. Plus tard, cette année-là, Miller parlera de la « paranoïa inversée » de Lacan : en effet, pour lui, Lacan, c’est l’Autre, le grand Autre qui est bon et lui… qui est méchant : « Lui, il assume d’être le méchant de l’affaire, il assume si je puis dire un « je suis méchant » ». 

[Sur la « paranoïa renoncée » de Lacan – cours de Jacques-Alain Miller du 17 février 2010: https://viedelacan.wordpress.com/2010/02/17/iv-lacan-contre-tous-et-contre-lacan/
Sur sa « paranoïa inversée »  – cours du 24 mars :
https://viedelacan.wordpress.com/2010/03/24/vi-lacan-mechant/ ]

Enfin, c’est une parenthèse et je m’égare puisque cette « paranoïa » de Lacan, il ne me semble pas qu’elle m’avance aucunement dans l’analyse de ce rêve. (Si ce n’est que pour ma part je ne renoncerais pas à ma « passion d’être seule » en enseignant, ou je ne le ferais pas jusqu’au bout… Et qu’il faut donc continuer d’analyser ses rêves et de tenir ce blog…)

Alors, ce matin, je repensais à tout ça, à l’appel d’un psychanalyste pour un avocat, à l’analyse que j’ai vécue comme un procès sans en avoir la moindre idée du crime commis (voir Kafka aussi), à mon oncle parano, à son procès à lui, etc.

Ce que je n’ai pas noté du rêve ce matin, c’est que le meurtre se serait passé dans une cave de mon enfance, dont j’ai déjà beaucoup rêvé. Ce que je suis mal arrivée à noter parce que je n’arrivais pas à m’en souvenir dans le rêve non plus, ce sont les circonstances, les raisons de ce meurtre, et le fait que je ne le voulais pas. Je « réfléchis » beaucoup à ce que l’on fait malgré soi en ce moment.  De même, n’ai-je pas noté, parce que ça m’embêtait trop, que ma mère m’avait parlé de la honte que m’avait fait Nathalie, la trop grande honte.

Enfin, Nathalie toujours en vie puisque vue dans un rêve récent (dis-je à ma mère), Nathalie peut-être tuée par moi et moi en prison, mais toujours en vie puisque je rêve toujours d’elle.

Pourquoi est-ce que je rêve de Nathalie? 

Nathalie a été une des seules amies que j’ai quelquefois eues.

J’ai donc noté ce rêve parce qu’il me semblait trop différent de tous les autres. Mais est-ce qu’il n’en n’est pas toujours ainsi.

Jusqu’à présent je me rêvais plutôt tuée que tuant(e).

Notes en bas de page

  • 1
    NOTE DE RELECTURE (2025) : Nicolas G, Nicolas Granger ? L’acteur ? Mais comment ai-je pu le rencontrer ? Je n’en n’ai aucun souvenir… C’est incroyable.
vendredi 22 janvier 2016 · 10h24

vendredi 22 / le plat de tout, l’extraction

Voilà je considère que c’est fini, pour l’Anafranil, plus rien de notable, d’intéressant, ça fait quelques jours d’ailleurs que ça traînait. Je fais un plat de tout,  que je déguste et entre-temps, je ne fais rien d’autre,  et surtout, je ne fais pas ce que je dois faire.

≡ Toujours dans ma vie un plat à faire,
un plat de tout, 
grâce à/à cause duquel je ne fais pas ce que je dois faire,
je m’envoie en l’air,
je m’extracte (je m’extrais), je me hors compte,
j’ai honte.

Il faut que je trouve le moyen de me concentrer sur ce qui est vraiment important, que je re-détermine cela pour moi. il faut que j’arrête de traîner. Je prends tout trop à la cool, je me donne trop d’excuses.

Taï chi
Psychanalyse
Écriture
Le livre de JC
Gagner de l’argent

Ah,  je rêve d’être super organisée, de plannings hebdomadaires méticuleusement suivis,  de discipline. Mais comme je ne crois pas à la discipline (je ne crois plus),  je veux compter (sur la pulsion), sur la nécessité (faire symptôme, créer le symptôme nécessaire à mes ambitions, accommoder les symptômes existants). Pour cela, je commence à croire qu’il y aura tout de même quelques jouissances à sacrifier. J’aurais voulu que non. Parce que je crois qu’il n’y a de voie que de jouissance. Que combattre la jouissance fait la part trop belle à l’idéal pour n’entraîner qu’inhibitions.

Ce que je crois.

mardi 8 mars 2016 · 13h13

où l’on touchera un mot de la jouissance afférente à la honte et à la culpabilité (avec du Dostoïevski dedans)

MARDI MATIN, huit mars 2016, 10 h 53 minutes. F bureau, J école.

Malheur de malheur, j’ai craqué avant-hier et j’ai acheté un paquet de cigarettes.

Venions de rentrer de Donn, c’était le début de soirée déjà avancé, nous n’allions pas déballer les valises plus avant, elles resteraient probablement ouvertes au sol jusqu’à jeudi. Assis dans le canapé, Jules jouait à Portal 2. Dans son fauteuil, F faisait ses trucs sur ordi.

J’errais.

Soudain, j’ai vu sur la table du salon ce livre qui y traîne depuis un certain temps, probablement par moi sorti de la bibliothèque pour des raisons oubliées, Le sous-sol de Dostoïevski ! J’ai dit alors à J. que j’allais me servir un verre de vin, m’installer à côté de lui et le lui lire pendant qu’il jouait.

Faire la lecture à Jules, ça n’arrive bien sûr plus qu’à de rares occasions. Là, c’était autre chose. Énervée par l’ennui, j’avais eu cette idée de lire à autre hautre haute voix un livre que j’avais aimé, qui avait compté, dont j’avais partagé l’amour avec ma mère qui me l’avait fait découvrir. Et qui parle de sujets qui me sont chers, auxquels il m’avait d’ailleurs fastueusement initiée : la honte et la joie qui s’y lie, l’aveu et sa brûlure, la culpabilité et son triomphe sirupeux, épais. Autant de matières qui ne s’abordent pas nécessairement de front.  Qu’elles parviennent aux oreilles de Jules sans qu’il aie à les  écouter, distraitement, me paraissait –  pour moi lectrice également -,  finalement particulièrement adéquat. Approprié également à mon état nerveux, mon envie d’autre chose, d’un plus quelconque, oserais-je dire « cruel » – Comme une envie de mordre.

Donc, je me suis mise à lire… Ce livre est d’une force… Ah ! Je m’y suis pas mal laissé prendre. Il me manquait même, rétrospectivement, de n’y être pas retournée plus souvent, à ce livre, cet auteur, sa matière, sa grandeur, son humour, sa bonté, mais aussi au jeu et à l’interprétation. Donc, mon degré d’hypersensibilité a augmenté d’un cran et j’ai embrayé dans le mode susceptible, comme à chaque fois que j’aborde, que je fais état de ce à quoi je tiens.

Aussi, lorsque F. a mis de la musique sur son petit ordi, de son petit Facebook, grogniasse, bitch, j’ai pris la mouche, me suis trouvée heurtée, cognée. J’ai bien essayé de me retenir, mais il a fallu que j’arrête. Calmement, j’ai annoncé que je sortais, que j’allais boire un verre, qu’ils pouvaient manger sans moi.

C’est donc ainsi que je me suis retrouvée au tabac du coin, une bière buvant et… fumant une cigarette. Celle qui me faisait envie depuis que nous étions rentrés, qu’exigeait mon état de nerfs.

Mots-clés : honte, culpabilité, jouissance.

que c’est au plus intime que se lie la honte,  à la jointure du corps et de l’être.

Ma mère. Il faut et il suffit que je la laisse jouir tranquillement. Pour elle, son attitude, c’est jeu, c’est comédie. Pour moi, c’est drame. Peut-être parce que je ne peux m’empêcher d’y considérer le désir sacrifié (et que je sacrifierais à sa suite).

Et si j’avais tort.

D’une part parce qu’à ne pas supporter l’acharnement qu’elle met à se dénigrer, que je ressens dans ma propre chair, ce n’est en fait que sa jouissance que je ne supporte pas (et ça, Lacan nous l’a enseigné à tous : c’est NORMAL : que l’Autre jouisse, ce sera toujours à nos dépens, ce sera toujours menaçant (voir Télévision sur le racisme) ) ; ensuite, parce que le désir… paraît bien peu fiable par rapport à la jouissance (et ce serait là son moindre défaut)… à bien des égards n’apparaît guère comme un moyen compliqué, industrieux, de se défendre de la jouissance quand elle s’avère par trop létale.

mercredi 28 juillet 2021 · 15h55

timidité – comment je suis devenue seule – qu’est-ce que tu fais dans la vie?

on a été invités. 
j’espère qu’on répondra oui. bien sûr, j’y suis pour quelque chose, dans cette réponse. je puis y être pour quelque chose. or je ne sais ce qui de moi n’ira pas dans le sens de cette invitation, voire travaillera contre. 
je ne pense d’ailleurs  pas qu’il y ait moyen d’en savoir plus. 
d’en savoir plus sur ce qui  veut et ce qui ne veut pas. sur tout l’en même temps. 
« Points de fixation, ce titre est emprunté à Freud. C’est ainsi, en effet, qu’il désignait un arrêt de la pulsion en un ou plusieurs points du développement de la libido. Jacques-Alain Miller – dans son cours du 30 mars 2011 – fait équivaloir ce point de fixation freudien à la conjonction lacanienne du Un et de la jouissanceYad’lun, du Un de la jouissance qui ne laisse pas aller à la métamorphose, au déplacement, qui revient toujours à la même place, reste fixé en un point. » 
https://www.ecf-echoppe.com/produit/points-de-fixation/
point de fixation : je suis toute seule à la cour de récréation. 

ces derniers temps, je contemple ça, je suis fascinée par ça, j’interroge muettement ça, comment je suis seule, et surtout comment je suis seule depuis longtemps, comme si c’était depuis toujours, et sans que je m’en sois même nécessairement rendu compte.

comment ça a commencé, je me suis dit, comment ça s’est fait. comment une petite fille jolie, gentille, qui réussit bien à l’école, ne se fait pas vraiment d’ami, n’appartient jamais à aucun groupe d’ami.e.s. sans en souffrir beaucoup, d’ailleurs, d’abord. la voila qui grandit. adolescente. jeune adulte, il n’y aura jamais que l’une ou l’autre meilleure amie, plus tard l’un ou l’autre ami, amant, amoureux. qui toustes finissent toujours par disparaître.

alors, la cause ? timidité. d’accord, mettons ça sur le dos de la timidité. testons ça un instant. #timidité

ce serait quoi cette timidité. un autre nom de la maladie ? un mot trop vite mis sur certains comportements, qui empêche de voir ce qu’il en est ? #maladie

elle est timide.  je suis timide. combien au monde sommes-nous à être timides ?

comment as-tu été timide, chérie, raconte.

la vérité, c’est que tu ne sais pas.

d’abord, tu ne te sens pas bien dans les groupes, c’est là que tu te sens timide. tu ne supportes que les relations à deux, duelles. une à un.e. un homme ou une femme. et dès que 2 + 1, ça fait trop. tu n’appartiens à aucun club, de sport ou de loisir, tu ne vas à aucune fête, aucun dîner, aucun vernissage, à moins que tu ne sois accompagnée/protégée par une meilleure amie ou un ami/petit ami/amant protecteur. ton double. tu avances dans sa doublure. silencieuse. #double #doublure

(tant et si bien que) tu ne poursuis pas tes études. tu ne poursuis pas tes études. d’abord tu ne sais pas quelles études faire, et ça dure, ce temps, sans savoir. ça te semble durer. puis tu te lances au hasard. tu te trompes. puis tu tentes des écoles qu’enfin tu as choisies et qui ne veulent pas de toi. tu fais alors des métiers, alimentaires comme on dit, dont tu n’es pas fière. tu n‘as pas de métier dont tu sois fière. tu t’enfermes dans les invitations déclinées, dans les évitements. tu fuis ces situations où tu n’arrives pas à faire face. les situations où tu ne parviens pas à répondre de ce que tu fais, qu’est-ce que tu fais ? dans la vie ? où tu esquives, tu ris, tu t’enfonces sous terre. où tu as honte de ce que tu es, de ce que tu n’es pas, où tu n’as plus rien à dire. où une chape de silence fond sur toi. où tu ne peux absolument pas être au même titre que les autres. où ta différence est malêtre de tous les instants. #honte

où ta seule issue, ça aura été la séduction, non pas celle que tu agis, mais celle que tu constates agir sur les autres, sur certains autres, celle que tu connais depuis longtemps, celle qui te donnerait presqu’une identité, de femme, plutôt que rien, où ça te dit femme, elle seule qui te soutient, devient dès lors impérative, pas d’autre être (para être). ce qui te met tout à fait à la merci du regard (de l’autre : tu es vue femme).  #femme

tu t’isoles.

cet isolement passe relativement inaperçu. tu as du travail, travail alimentaire s’il en est, le même travail que ta mère. tu as encore l’une ou l’autre ami.e que tu vois de temps en temps. qui de temps en temps te convoque, pardon, t’invite. souvent, avec l’âge, ce sera plutôt un homme. un homme que tu accompagnes, à l’ombre de qui tu choisis de marcher, où tu t’abrites. tu t’en sors à être la femme de, comme beaucoup plus tard tu t’en sortiras à être la mère de. tu iras t’abriter là. #mère

tu auras beau avoir été informée du féminisme.

et qu’y a-t-il encore qui tienne la main de la timidité et de son rien à dire: le rien à mettre. de tout temps le rien à mettre tient la main du rien à dire, se cache derrière ses jupes, ses longues jupes. le rien à dire a des jupes : nul doute à cela. #rien

rien. n’est-ce toi fille, incomplète, faite à demi ? pas une sans un autre. un représentant, un tenant-lieu. #demi

ta dépendance à cet autre accroît la haine où tu es de toi. tu lis les livres de psychanalyse, tu te forces, tu t’efforces, tu tends vers ça : sortir de l’aliénation, opérer la séparation. aliénation à un autre, séparation d’avec lui. à quoi tu t’acharnes. to stay alone, rester seule, allein bleiben, écris-tu dans une sorte de profession de foi. tu ne tends plus qu’à cela, te construire, séparée, achevée, complétée.

en as-tu souffert plus qu’aujourd’hui, de la solitude ? tu as grandi en elle. tu as fait face à toutes sortes de monstres, aujourd’hui assagis, voire disparus, et c’est maintenant que tu regardes les choses depuis cet angle, jusque-là délaissé, de ton isolement. #isolement

(isolement vs solitude)

depuis qu’on a donné un nouveau nom à ta maladie, tu regardes partout, tu regardes autour, tu regardes en arrière, bientôt tu regarderas en avant et toutes les questions te paraissent posées différemment. #maladie

avoir été seule, avoir été timide, de toujours, aurait été déjà un symptôme de la maladie. toi, tu pensais jusque-là que c’était un symptôme de femme, de l’être à moitié faite. pas tout à fait, il semblerait. la frontière est trouble. ça se chevauche.  #féminisme #êtrefemme

que tu te sois haïe, ne tient pas seulement à la haine (inconsciente) que tu vouerais à ton sexe. ce n’est seulement la femme que tu as haïe en toi. pas à elle seulement que tu ferais porter ton incomplétude. ou dont tu endosserais le rôle, secondaire, socialement imposé. il y a autre chose. de pire. il te semble. #hainedesoi

dont tu portes la faute, la responsabilité inconsciente. #faute

donc, tu voudrais en savoir plus sur la maladie, tu as envie de ce qui se sait de la maladie, dans les livres, et tu as envie de ce que toi tu pourrais en dire de plus, de ce que tu pourrais y ajouter. ça te motive. dire quelque chose de la maladie, dire de toi.  à la fois tu voudrais dire la grandeur de la maladie, à la fois tu voudrais n’en plus pâtir ni faire pâtir les autres. tu voudrais faire aimer la maladie. la maladie plus que toi-même. et tu veux la nouer à ton être de femme, auquel tu as toujours tenu. haï et tenu. tenu énormément. en quoi tu te reconnais. qu’il faut maintenant, vu l’âge, maintenir en vie hors la séduction, la séduction perdue et sans pleurer dessus. il faut lui donner mot, prendre voix. #êtrefemme #maladie

que sont ces riens à dire, riens à mettre de ton isolement, quels sont ces facteurs de la maladie. que tu n’ignorais pas, ces riens, tu les savais au cœur de ton fonctionnement, de tes dysfonctionnements, sans arriver à t’en soustraire, à en tirer ton épingle du jeu.

du rien, tu voyais le lien à la mystique, à la jouissance, sans trouver le moyen de l’approfondir –

pourtant tu seras bientôt seule avec le rien. année après année, tu le vois faire le vide autour de toi, sans que tu y puisses mais, tu le vois manigancer, ignorante de ses secrètes fins : bientôt il n’y a plus rien entre le rien et toi, rien qui vous sépare, on pourrait presque vous confondre, n’était-ce peut-être chez toi le désir perpétué, rené, d’analyse, d’écriture de ce rien.

aujourd’hui, tu n’as plus de travail, plus d’astreinte, plus aucune contrainte, l’angoisse et celle liée à la vie de ta petite famille, s’en sont atténuées largement, tu as recommencé à dormir. une forme d’équilibre est atteint.

tu te sais mue par l’amour du réel. #réel

le réel du symptôme. #symptôme

et tu entrevois qu’il ne s’éteindra pas, que sa source ne s’épuisera pas, que tu trouveras à t’y abreuver sans fin. il y aura toujours quelque chose à écrire.

tu penses que tu es privilégiée. tu penses que tu as fait de ta condamnation un privilège. tu sais que c’est une question de vie ou de mort. qu’il y a d’autres questions. comme celle du temps, que l’on n’arrête pas. mais que celle-là, quoi qu’il en soit, tu ne peux pas y renoncer. ce sera toujours dans la balance. ça n’est pas nécessairement confortable. c’est un choix malgré toi. que tu n’as pas élucidé. dont la maladie est un nom. tu as avancé jusque-là entre les murs formés des vagues relevées de l’angoisse, toujours prêtes à t’engloutir. avancé dans la mer morte.

du rien, tu voyais le lien à la mort, au suicide, à l’échec, au ratage, à l’anonymat obligés. du rien tu craignais les ravages sur ton fils.

du rien, tu voyais l’oubli perpétuellement avançant, grignotant, la perte inéluctable de la langue, de la raison. #oubli

tu as considéré les mots qu’il te restait, et l’estime où tu tiens ce qui avance ne s’ignorant pas seulement mu par la jouissance du parler en dépit du moindre sens.

du rien tu as vu les bouchées qu’il fait de la vie des uns, de la vie des autres. et du peu de poids qu’il accorde jamais à l’opinion où il n’en pèse d’ailleurs aucun, sinon celui-ci : par l’opinion tu trahis ton intelligence, non pas celle de l’Autre, celle de l’Un qui ne s’y laissera pas réduire. aucune opinion ne détermine, ne résout une identité, toutes te mèneront à te trahir, à trahir le flot, le non-identifié. je me dis alors : parle pour toi, c’est bien assez. #opinion

du rien donc, et ça en sera assez pour aujourd’hui, il te reste à trouver le moyen d’entrer dans la grande joie, et si ce n’est pas la grande porte, ce sera par la petite, l’étroite, et trouveras à l’enseigner de sorte qu’à ceux dont il est comme à toi le mot de damnation, tu

… rien

est-ce que j’ai seulement dit quelque chose ?

vendredi 13 décembre 2024 · 07h24

que tu puisses ne pas avoir honte de moi

au lit dans le noir dans la chambre
j’essaie de faire en sorte que tu puisses ne pas avoir honte de moi et dernière l’échec apparent, percevoir la réussite.

quel échec ?
la honte de ne pas avoir de métier, d’œuvre, de nom
quelle réussite ?
mince, réussite mince. celle en tout cas d’avoir su – comme je m’en suis rendu compte récemment – me dégager de toutes les situations trop anxiogènes pour moi, me permettant finalement, sans que ça puisse hélas jamais d’aucune façon être universalisable, recommandable, de vivre de façon vraiment privilégiée, à l’abri et souvent bien. (qu’est-ce que je pourrais, de ce que j’ai vécu, faire passer à l’universel? il y a une passion du symptôme. mieux: trouver à se dégager du tout, opter pour le pas-tout.)

de ces privilèges, il me reste encore à me justifier. j’ai pris l’excuse de la maladie. la maladie, un vêtement comme un autre. 

Je me suis dégagée de toutes les situations trop angoissantes. mais j’aimerais arriver à supporter le petit peu de reconnaissance qui me permette de me consacrer à d’autres choses qu’à mon maintien en vie, hors angoisse, qu’à ce travail constant et inopérant de trouver les mots pour justifier mon existence parasitaire aux yeux des autres. (s’agit-il seulement de ça? je m’en tiens là à ça.) 

supporter une reconnaissance, c’est-à-dire, personnellement, supporter d’exister en mon nom, propre, (supporter d’avoir un nom), et donc comme personne appartenant au monde. 

Je ne pense pas que je dise quoique ce soit de compréhensible.

la maladie, la maladie mentale. cette honte-là.

la réussite d’avoir survécu, la réussite d’être sortie du désespoir.

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