mardi 24 avril 2007 · 10h06

gym

ce serait marrant d’arriver à le faire, quand même, de la gym, tous les jours. je me suis souvent dit que je faisais partie des gens qui n’y arrivaient pas. il y a les gens qui y arrivent, qui le font. je ne sais pas ce qui différencient ces deux types de personnes. ce doit être peu de choses. enfin, après être arrivée à en faire deux jours d’affilée, cela ne laisse vraiment présager de rien. l’expérience passée me rappelle que 2 fois, c’est très peu. très très peu.

piscine : j’y ai renoncé. là aussi, il y a les gens qui y vont, à la piscine.

la gym, pendant toutes ma scolarité, j’ai essayé d’y échapper. à cette époque il s’agissait de timidité, d’une peur atroce d’évoluer, et peu vêtue, devant les autres. s’il n’y avait eu, cette peur d’être vue, j’aurais beaucoup aimé la gym. je n’aimais pas le sport non, le volley, parce que cela se faisait en groupe, et que le groupe me faisait peur. j’observais chez les autres complicité, cris, rire, et je n’en faisait pas partie.

mercredi 28 juillet 2021 · 15h55

timidité – comment je suis devenue seule – qu’est-ce que tu fais dans la vie?

on a été invités. 
j’espère qu’on répondra oui. bien sûr, j’y suis pour quelque chose, dans cette réponse. je puis y être pour quelque chose. or je ne sais ce qui de moi n’ira pas dans le sens de cette invitation, voire travaillera contre. 
je ne pense d’ailleurs  pas qu’il y ait moyen d’en savoir plus. 
d’en savoir plus sur ce qui  veut et ce qui ne veut pas. sur tout l’en même temps. 
« Points de fixation, ce titre est emprunté à Freud. C’est ainsi, en effet, qu’il désignait un arrêt de la pulsion en un ou plusieurs points du développement de la libido. Jacques-Alain Miller – dans son cours du 30 mars 2011 – fait équivaloir ce point de fixation freudien à la conjonction lacanienne du Un et de la jouissanceYad’lun, du Un de la jouissance qui ne laisse pas aller à la métamorphose, au déplacement, qui revient toujours à la même place, reste fixé en un point. » 
https://www.ecf-echoppe.com/produit/points-de-fixation/
point de fixation : je suis toute seule à la cour de récréation. 

ces derniers temps, je contemple ça, je suis fascinée par ça, j’interroge muettement ça, comment je suis seule, et surtout comment je suis seule depuis longtemps, comme si c’était depuis toujours, et sans que je m’en sois même nécessairement rendu compte.

comment ça a commencé, je me suis dit, comment ça s’est fait. comment une petite fille jolie, gentille, qui réussit bien à l’école, ne se fait pas vraiment d’ami, n’appartient jamais à aucun groupe d’ami.e.s. sans en souffrir beaucoup, d’ailleurs, d’abord. la voila qui grandit. adolescente. jeune adulte, il n’y aura jamais que l’une ou l’autre meilleure amie, plus tard l’un ou l’autre ami, amant, amoureux. qui toustes finissent toujours par disparaître.

alors, la cause ? timidité. d’accord, mettons ça sur le dos de la timidité. testons ça un instant. #timidité

ce serait quoi cette timidité. un autre nom de la maladie ? un mot trop vite mis sur certains comportements, qui empêche de voir ce qu’il en est ? #maladie

elle est timide.  je suis timide. combien au monde sommes-nous à être timides ?

comment as-tu été timide, chérie, raconte.

la vérité, c’est que tu ne sais pas.

d’abord, tu ne te sens pas bien dans les groupes, c’est là que tu te sens timide. tu ne supportes que les relations à deux, duelles. une à un.e. un homme ou une femme. et dès que 2 + 1, ça fait trop. tu n’appartiens à aucun club, de sport ou de loisir, tu ne vas à aucune fête, aucun dîner, aucun vernissage, à moins que tu ne sois accompagnée/protégée par une meilleure amie ou un ami/petit ami/amant protecteur. ton double. tu avances dans sa doublure. silencieuse. #double #doublure

(tant et si bien que) tu ne poursuis pas tes études. tu ne poursuis pas tes études. d’abord tu ne sais pas quelles études faire, et ça dure, ce temps, sans savoir. ça te semble durer. puis tu te lances au hasard. tu te trompes. puis tu tentes des écoles qu’enfin tu as choisies et qui ne veulent pas de toi. tu fais alors des métiers, alimentaires comme on dit, dont tu n’es pas fière. tu n‘as pas de métier dont tu sois fière. tu t’enfermes dans les invitations déclinées, dans les évitements. tu fuis ces situations où tu n’arrives pas à faire face. les situations où tu ne parviens pas à répondre de ce que tu fais, qu’est-ce que tu fais ? dans la vie ? où tu esquives, tu ris, tu t’enfonces sous terre. où tu as honte de ce que tu es, de ce que tu n’es pas, où tu n’as plus rien à dire. où une chape de silence fond sur toi. où tu ne peux absolument pas être au même titre que les autres. où ta différence est malêtre de tous les instants. #honte

où ta seule issue, ça aura été la séduction, non pas celle que tu agis, mais celle que tu constates agir sur les autres, sur certains autres, celle que tu connais depuis longtemps, celle qui te donnerait presqu’une identité, de femme, plutôt que rien, où ça te dit femme, elle seule qui te soutient, devient dès lors impérative, pas d’autre être (para être). ce qui te met tout à fait à la merci du regard (de l’autre : tu es vue femme).  #femme

tu t’isoles.

cet isolement passe relativement inaperçu. tu as du travail, travail alimentaire s’il en est, le même travail que ta mère. tu as encore l’une ou l’autre ami.e que tu vois de temps en temps. qui de temps en temps te convoque, pardon, t’invite. souvent, avec l’âge, ce sera plutôt un homme. un homme que tu accompagnes, à l’ombre de qui tu choisis de marcher, où tu t’abrites. tu t’en sors à être la femme de, comme beaucoup plus tard tu t’en sortiras à être la mère de. tu iras t’abriter là. #mère

tu auras beau avoir été informée du féminisme.

et qu’y a-t-il encore qui tienne la main de la timidité et de son rien à dire: le rien à mettre. de tout temps le rien à mettre tient la main du rien à dire, se cache derrière ses jupes, ses longues jupes. le rien à dire a des jupes : nul doute à cela. #rien

rien. n’est-ce toi fille, incomplète, faite à demi ? pas une sans un autre. un représentant, un tenant-lieu. #demi

ta dépendance à cet autre accroît la haine où tu es de toi. tu lis les livres de psychanalyse, tu te forces, tu t’efforces, tu tends vers ça : sortir de l’aliénation, opérer la séparation. aliénation à un autre, séparation d’avec lui. à quoi tu t’acharnes. to stay alone, rester seule, allein bleiben, écris-tu dans une sorte de profession de foi. tu ne tends plus qu’à cela, te construire, séparée, achevée, complétée.

en as-tu souffert plus qu’aujourd’hui, de la solitude ? tu as grandi en elle. tu as fait face à toutes sortes de monstres, aujourd’hui assagis, voire disparus, et c’est maintenant que tu regardes les choses depuis cet angle, jusque-là délaissé, de ton isolement. #isolement

(isolement vs solitude)

depuis qu’on a donné un nouveau nom à ta maladie, tu regardes partout, tu regardes autour, tu regardes en arrière, bientôt tu regarderas en avant et toutes les questions te paraissent posées différemment. #maladie

avoir été seule, avoir été timide, de toujours, aurait été déjà un symptôme de la maladie. toi, tu pensais jusque-là que c’était un symptôme de femme, de l’être à moitié faite. pas tout à fait, il semblerait. la frontière est trouble. ça se chevauche.  #féminisme #êtrefemme

que tu te sois haïe, ne tient pas seulement à la haine (inconsciente) que tu vouerais à ton sexe. ce n’est seulement la femme que tu as haïe en toi. pas à elle seulement que tu ferais porter ton incomplétude. ou dont tu endosserais le rôle, secondaire, socialement imposé. il y a autre chose. de pire. il te semble. #hainedesoi

dont tu portes la faute, la responsabilité inconsciente. #faute

donc, tu voudrais en savoir plus sur la maladie, tu as envie de ce qui se sait de la maladie, dans les livres, et tu as envie de ce que toi tu pourrais en dire de plus, de ce que tu pourrais y ajouter. ça te motive. dire quelque chose de la maladie, dire de toi.  à la fois tu voudrais dire la grandeur de la maladie, à la fois tu voudrais n’en plus pâtir ni faire pâtir les autres. tu voudrais faire aimer la maladie. la maladie plus que toi-même. et tu veux la nouer à ton être de femme, auquel tu as toujours tenu. haï et tenu. tenu énormément. en quoi tu te reconnais. qu’il faut maintenant, vu l’âge, maintenir en vie hors la séduction, la séduction perdue et sans pleurer dessus. il faut lui donner mot, prendre voix. #êtrefemme #maladie

que sont ces riens à dire, riens à mettre de ton isolement, quels sont ces facteurs de la maladie. que tu n’ignorais pas, ces riens, tu les savais au cœur de ton fonctionnement, de tes dysfonctionnements, sans arriver à t’en soustraire, à en tirer ton épingle du jeu.

du rien, tu voyais le lien à la mystique, à la jouissance, sans trouver le moyen de l’approfondir –

pourtant tu seras bientôt seule avec le rien. année après année, tu le vois faire le vide autour de toi, sans que tu y puisses mais, tu le vois manigancer, ignorante de ses secrètes fins : bientôt il n’y a plus rien entre le rien et toi, rien qui vous sépare, on pourrait presque vous confondre, n’était-ce peut-être chez toi le désir perpétué, rené, d’analyse, d’écriture de ce rien.

aujourd’hui, tu n’as plus de travail, plus d’astreinte, plus aucune contrainte, l’angoisse et celle liée à la vie de ta petite famille, s’en sont atténuées largement, tu as recommencé à dormir. une forme d’équilibre est atteint.

tu te sais mue par l’amour du réel. #réel

le réel du symptôme. #symptôme

et tu entrevois qu’il ne s’éteindra pas, que sa source ne s’épuisera pas, que tu trouveras à t’y abreuver sans fin. il y aura toujours quelque chose à écrire.

tu penses que tu es privilégiée. tu penses que tu as fait de ta condamnation un privilège. tu sais que c’est une question de vie ou de mort. qu’il y a d’autres questions. comme celle du temps, que l’on n’arrête pas. mais que celle-là, quoi qu’il en soit, tu ne peux pas y renoncer. ce sera toujours dans la balance. ça n’est pas nécessairement confortable. c’est un choix malgré toi. que tu n’as pas élucidé. dont la maladie est un nom. tu as avancé jusque-là entre les murs formés des vagues relevées de l’angoisse, toujours prêtes à t’engloutir. avancé dans la mer morte.

du rien, tu voyais le lien à la mort, au suicide, à l’échec, au ratage, à l’anonymat obligés. du rien tu craignais les ravages sur ton fils.

du rien, tu voyais l’oubli perpétuellement avançant, grignotant, la perte inéluctable de la langue, de la raison. #oubli

tu as considéré les mots qu’il te restait, et l’estime où tu tiens ce qui avance ne s’ignorant pas seulement mu par la jouissance du parler en dépit du moindre sens.

du rien tu as vu les bouchées qu’il fait de la vie des uns, de la vie des autres. et du peu de poids qu’il accorde jamais à l’opinion où il n’en pèse d’ailleurs aucun, sinon celui-ci : par l’opinion tu trahis ton intelligence, non pas celle de l’Autre, celle de l’Un qui ne s’y laissera pas réduire. aucune opinion ne détermine, ne résout une identité, toutes te mèneront à te trahir, à trahir le flot, le non-identifié. je me dis alors : parle pour toi, c’est bien assez. #opinion

du rien donc, et ça en sera assez pour aujourd’hui, il te reste à trouver le moyen d’entrer dans la grande joie, et si ce n’est pas la grande porte, ce sera par la petite, l’étroite, et trouveras à l’enseigner de sorte qu’à ceux dont il est comme à toi le mot de damnation, tu

… rien

est-ce que j’ai seulement dit quelque chose ?

jeudi 13 août 2026 · 17h48

dans l’ordre de ma mère
— la valeur sentimentale

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rentrés, retour Paris hier après-midi après Donn, un peu paumée, rien (encore de grave). étrange comme tout de suite je reprends le chemin de mes anciennes habitudes, totalement abandonnées, perdues, pourtant tant à Donn qu’à Bruxelles, je m’installe dans mon coin de canapé.

Geneviève Flaven

ma chambre, 14h 56. l’été venu, je consulte quelquefois le blog de l’atelier d’écriture de François Bon et sa session estivale, très tentée, à chaque fois, à chaque été, d’y participer. or, je ne m’y suis finalement pas bien intégrée. ou est-ce ce que je tente de me faire croire ?ou est-ce ce que je tente de me faire croire ? non, je ne me suis jamais intégrée à aucun groupe.

cette fois, arrivée sur le blog, je lis ce texte qui me touche beaucoup, intitulé reliques :  https://www.tierslivre.net/ateliers/chroniques-06/

la narratrice, qui selon moi n’est autre que l’autrice, Geneviève Flaven, y raconte la tristesse qui l’avait envahie lorsque, ayant à vider l’appartement de ses parents décédés, elle réalisa le peu de valeur des choses auxquelles elle avait à faire.

elle se vit face à « l’épreuve d’un héritage invisible à laquelle ce lot modeste de reliques ne rendait pas justice. Qu’y avait-il de concret à sauver ? Rien.
C’est précisément parce que ces objets étaient dérisoires, que je me suis retrouvée plongée dans un profond désespoir. Tout à coup, j’ai été vidée de mes forces, laminée, plombée par une impression de tristesse, de vacuité et d’absurdité.
 « 

je comprends ce qu’elle dit. j’en suis frappée. frappée par ce qu’elle souligne, du peu de valeur de ces objets. quand je suis moi-même tellement attachée à ceux de ma mère, tout comme à ceux de ma belle-mère, qui en sont tout autant dépourvus, qui ne sont pas loin d’avoir pris pour moi une valeur infinie, dont il m’est si difficile de me détacher, défaire, qui continuent de me parler d’elles, en leur absence, dont j’aime tellement à m’envelopper de la présence. il m’a si souvent semblé qu’ils méritaient, mais quoi donc…. (ce que je ne leur ai pas donné, ce que j’ai failli à leur donner. à force de ne pas comprendre cet arrachement attachement même, ou de ne pas me sentir à la hauteur, pas suffisamment artiste —  si j’étais artiste ou écrivain, qu’est-ce ce que je ferais. mais alors pourquoi? vouloir le faire ? vouloir témoigner d’elles? est-ce que c’est ça, la nostalgie, la culture de ce qui s’est perdu, et de ses traces?)

ces objets sont pour moi l’amour même.

(quelle est cette notion de la valeur que j’ai et comment elle se lie à the after-death, à l’après-mort, l’amour qui alors, enfin, qui alors, prend, s’enflamme, s’élève, se gonfle, prend les airs et les profondeurs, s’enracine, m’enracine.)

j’ai cette chance, je l’ai souvent dit, de pouvoir vivre dans la maison de ma mère, à intervalles réguliers, depuis qu’elle est malade, et de m’attacher, autant que de m’en détacher, autant que de préparer mon détachement de ses objets, lentement, avant même sa disparition et la vente de la maison. la chance de vivre dans son monde (maintenant qu’elle est en maison de retraite, et que sa mémoire de sa maison s’est vidée). idem pour la maison de Jacqueline, ma belle-mère, qui elle, par contre, n’est plus. même si F, son fils, a jeté tant d’objets. s’agissant de cette dernière, je pense aussi à ses notes, aux bouts de papier, aux lettres reçues, aux agendas maigrement annotés. cette fois de notre séjour là-bas, à Donn, c’est un carnet de rêves que je ramène… 

la mort rend tout plus sérieux. j’aime bien mieux Frédéric depuis que je nous vois vieillir, mourir. infiniment mieux (même si c’est loin d’être parfait!)

mais enfin, se joue aussi, encore, peut-être, je crois, ce qui constitue la présence de ce qui passe les générations, la succession, l’héritage. (c’est ainsi d’ailleurs que Genevière Flaven nomme cette partie de son texte : succession). ce qui fait l’impalpable substance de cela. qu’alors je palpe dans ces objets. dont je crains bien ne rien pouvoir dire de plus, mais dont la présence me retient dans la fascination, le soulagement. est-ce simplement la mort? non c’est la mort augmentée de la génération et de l’oubli. le passage des générations. la naissance, la mort, un corps qui passe à un autre. la proximité de ce mystère incarné dans le souvenir. est-ce que je fais alors plus de cas des mères? je ne le sais pas. même si cela pourrait être vrai pour ma mère, comme mon père s’est lui-même chargé de laisser des choses qui lui survivent et le représentent, parlent de lui. pour ma mère, il n’y a véritablement que le peu de valeur de ce quelle a laissé, qui est amené à disparaître. et ce que j’ai appelé son ordre. l’ordre apporté à ses objets, l’ordre de sa maison. ordre auquel elle s’est longtemps consacrée, auquel elle s’est longtemps accrochée, par où tenait le souvenir qu’elle avait d’elle-même, de son histoire, dont on l’a arrachée lorsqu’elle a dû rentrer en maison de repos. par où je tiens et suis si bien quand je suis dans sa maison. qui partout ailleurs est perdu. et que je cherche dès lors à entretenir, sans que cela me coûte.

j’ai alors fait le genre de chose que j’ai tendance à faire, je me suis renseignée sur l’autrice, Genevière Flaven. Flaven, entre flamme, flamande, ferveur et raven, me dis-je, et je vois l’image d’un renard, d’une renarde. je le fais, cette enquête Googlesque (Duckduckgoesque), pour retenir quelque chose de ce que je viens de lire d’elle. parce qu’à l’avance je n’en retiens que l’oubli et cherche à en soigner la sédimentation inconsciente, dont je ne sais rien (sinon, espérer pouvoir compter sur elle); d’autant que j’aimerais que ses mots en atteignent d’autres, et, par là, diminuent le non-sens de ma solitude et de mes agissements. non, je ne pose pas des actes, je n’ai que des agissements, il n’est rien de ce que je fais qui ne me soit suspect. ni d’ailleurs suspect aux yeux du monde.

née en 1969, âge de mon frère cadet. beau visage, affirmé. ça me frappe. un peu comme un jour j’ai été frappée (soudain) d’entendre que les femmes, psychanalystes, que j’écoutais, cet après-midi là, étaient des femmes. et qu’elles prenaient la parole. cela m’est arrivé un jour que je sois soudainement consternée de cela. je ne me sens pas capable de faire le tri entre ce qui relèverait de mon « caractère », et ce qui s’indiquerait d’une assimilation, dans mon propre silence, des impératifs de l’époque, impératifs quant aux rôles des uns et des autres sexes. j’ai toujours cru que c’était moi, ma maladie, je le crois encore. cette maladie, cette timidité maladive, si tôt apparue. elle, Geneviève Flaven, née à Paris, vit aujourd’hui à Nice (si je ne me trompe) où elle nage, a passé du temps en chine — après avoir pensé que l’occident c’était fini, raconte-t-elle — , quel tempérament différent du mien. l’énergie, la curiosité, la gourmandise, la capacité d’accomplir. et puis le design. autant de choses avec lesquelles je suis 100% mal à l’aise. alors vint le théâtre aussi, et l’écriture. de (très) beaux projets menés à bien. 

lien sur son blog de shangai : Shanghai Confidential – Chroniques de Chine et d’ailleurs

elle y écrit : « J’ai fait tellement écrire les autres ces derniers temps que je me sens vidée de mes propres récits. Le paradoxe est que j’y ai gagné une paix étonnante. Est ce que je peux parvenir à écrire à partir du calme plat ? Point d’Interrogation. »

sur sa mère, à Flaven, et elle : https://www.tierslivre.net/ateliers/rectoverso-15-elucider/

j’aime beaucoup 
cette écriture très simple 

et ce que j’écris ici, je le souligne, vient en réponse à ce qu’elle écrit, écrivit. je pense qu’il est bon que nous nous lisions les uns les autres.

atelier d’été : que je ne m’y sois pas bien intégrée, c’est possible, que je n’aie pas toujours été satisfaite de ce que j’arrivais à faire, également, mais aussi, qu’iels sont nombreuxses, et qu’il y a ma curiosité, le temps que ça me prend, de m’intéresser à elleseux. et puis d’oublier. alors qu’en fait, je manque tout à fait complètement de temps. au moins cette année.

décidément, j’aime : https://www.tierslivre.net/ateliers/chroniques-01-semaine-1/
écriture étale, calme. elle voyage autant que je ne voyage pas. 

est-ce que je ne devrais pas mettre une image d’elle?

sur le blog des ateliers, je lis presque tout ce qu’elle a écrit cet été et songe que tout cela se tient tout seul et pourrait être envoyé tel quel à un éditeur. je le lirais avec plaisir. mais, ne le lis-je? qu’est-ce que lire?

atelier d’été : et il y a aussi la façon dont je suis happée par les actualités, qui m’empêche de. c’est toujours la même chose. je n’ai pas cru à la littérature. pas suffisamment cru à la littérature. je me souviens avoir été à l’atelier FB, pensant que je m’y accrocherais à leur amour de la littérature. amour et connaissance profonde. ils m’ont semblé y être viscéralement attachés. et que cette croyance les sauve, rassemble, structure, fasse monde. j’y ai été animée par le désir de croire à nouveau, d’échanger la psychanalyse contre la littérature. mais ça ne marche pas comme ça. ou plus à mon âge. il y faut plus de persévérance. ou d’obligation.

Lucy Sante

or avant cela, ce matin, aux petites heures, cette découverte : Lucy Sante.

je retrouve son nom dans l’historique de mes likes sur instagram.

le texte en entier: Lucy Sante: A Thousand Julys Summer only remembers luxury and rage. poetry

quelque part, elle parle des exigences de son travail, écrire, de sa solitude, de son âge, de sa transition. je pense que c’est son âge qui m’a attirée vers elle. son texte sur l’été, son image. la justesse de cette image.

un peu plus tard, dans une vidéo, je regarde ce qu’elle montre de sa façon de travailler avec des fiches, ce qu’elle dit de son travail. elle cite Archimède : « give me a lever and a place to stand, i can move the world. » Et ajoute : «  i guess the lever is the rhythm of a piece, and the place to stand is the accumulation of stuff. » que le levier est le rythme et l’endroit où se tenir debout l’accumulation de matériaux. 

que le levier est le rythme.
l’endroit où se tenir : l’accumulation de stuff, de trucs.

j’ai dû penser au blog, à ce blog. à ce que j’y accumule.

« When I’m working on a big book, for example, the one I’m writing right now, I accumulate for years, sometimes. I’m taking notes on my laptop, and then I’ll print them out—double column, small type—cut them up, and mount them on index cards. And then I organize the index cards into piles. Sometimes it’s easy, and sometimes it’s not. Sometimes the piles are chronological. Sometimes they’re by subject matter, et cetera. But I’m fooling with them all the time… I try to turn it into a game so that I’m following some kind of procedure.” 

et je vois les images, d’elle qui imprime des textes et les colle sur des fiches, et les place et les déplace, et procède à des piles, et tout ça me paraît fascinant et mystérieux, et je ne sais pas pourquoi ça me parle, est-ce que je n’aurais pas passer ma vie à me documenter, non, c’est pas pareil, et je me demande comment je peux m’en servir, de ce qu’elle dit. et je me dis que je dois m’accrocher à cette personne, à ce travail, et je sais que c’est le tout début de la journée, l’entame, que je suis sur instagram, et que j’aurai tout le temps de l’oublier, vite, et que je le regrette, et c’est pour ça que je reste si longtemps, et que je reviens, j’y retourne le soir. il faut commander un livre. en français ou en anglais. que son anglais est merveilleux. 

bon, c’est drôle, elle est belge, au départ. 

est-ce que quand je lis tout ça, je ne lis pas? je ne lis pas, je réponds, je ne lis pas. 

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