dim, 25 oct. dernières heures avant l’envol vers la Chine

Publié le Catégorisé comme brouillonne de vie

passés en heure d’hiver. 5h46. ma valise n’est pas tout à fait finie. et j’aurais voulu ranger encore avant de partir, mais ça ne sera pas possible. F et J dorment. j’ai trouvé que la pluie faisait une bruit métallique, mais ce n’est possible. elle se calme. comme des gouttes éparses et lentes.
je me suis levée à cause de cette idée qu’il nous arriverait quelque chose à l’étranger, à F et moi, en Chine ou au Japon, et que nous ne reviendrions pas, imaginais mon testament, surtout des lettres à faire parvenir aux uns et autres, qu’ils soient tranquillisés. mes frères, Jules. mais je ne vois pas comment les leur faire parvenir. je me suis alors levée.  j’ai eu le sentiment que cela à quoi je venais de penser était très fantasmatique. ce fantasme de la lettre d’adieu. me tenir  là, que mes paroles aient sur les autres l’impact de celui, celle, qui parle alors qu’elle va mourir. prendre la mort comme garant, garante, en quelque sorte. ou encore : avoir le dernier mot. me faire pardonner.
je ne dis pas qu’il ne me semble pas avoir encore des tonnes de  choses à dire à Jules, et que je voudrais encore l’entendre, je ne dis pas que je ne sache pas jusqu à quel point il a encore d’autres choses à me dire, à me dire des choses autres. et que nous n’ayons pas à trouver le moyen de faire vivre tout ce qui ne trouvera pas à se dire. je voulais dire encore : que l’on me laisse n’avoir pas de talent, pas de vocation, pas d’accomplissement à accomplir, d’œuvre, qu’on me laisse ne rien laisser, qu’on ne s’en offusque pas. qu’on ne mette pas ça sur le compte du ratage. mais de la différence, du hasard. qu’on cesse d’attendre pour les uns et les autres le standard de cette réussite. qu’on me laisse mourir et couler dans l’oubli et l’anonymat, comme tant d’autres. que ça n’est pas une obligation de laisser derrière soi une œuvre qui nous survive.  mais, je crains de ne pas y arriver. (je sens bien que quelque chose du modèle en moi de ma mère prévaut. or, pour moi, aujourd’hui, ce qui compte le plus, la seule chose, c’est l’amour que nous avons l’une pour l’autre. jusqu’à sa maladie, cet amour a été angoisse. depuis… enfin cela que j’expliquais a Jules le 22 au soir, le jour de mon anniversaire.) me levant, je voyais comment j’étais toujours tellement pleine de moi-même et je désespérais de jamais à trouver comment me vider de moi. je ne comprends même pas que ce soit une souffrance, mais il semble que ce le soit.
je dois combattre ces mauvaises pensées. trouver le moyen.
elles n’ont rien de plus légitime qu’aucune autre.
j’écris sur mon téléphone. depuis longtemps. c’est ce qui me fait avoir ces courtes phrases. quand je les relis sur le Mac, j’enlève des points que je remplace par des virgules.
hier, valise et Jules et Stan à la manif, sous la pluie.
de la porte d’Italie à je ne sais quelle autre Porte.
ils se sont ennuyés. il y avait énormément de monde. les flics ont chargé à la fin. ils sont sortis avant. peu d’écho de ce qui s’est passé ailleurs. la brav m rue du Faubourg Saint-Antoine avant la manif. enfin. je n’ai pas passé l’après midi suspendue à mon téléphone. je me suis juste inquiétée à la fin, parce que je n’avais plus de nouvelle.
hier, par deux fois, je suis restée longtemps perplexe face à l’orthographe d’un mot. il faut que je refasse les tests Alzheimer. ça s’est abîmé. je ne voyais plus comment écrire le s apostrophe. et un autre mot, que j’ai dû chercher au dictionnaire. marseillaise. 
maintenant, je ne sais plus quoi dire. il y a encore quelques gouttes de pluie.
je vais me recoucher, je dois bientôt me relever.
je pensais aussi à mes privilèges.

06:43. mon réveil sonne. je ne me recoucherai pas. 6h45. les fascistes qu’on a laissé parader hier, encore.

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