dimanche 2 décembre 2012 · 23h20

J’aurais tué Nathalie F.

On découvre que Nathalie F. a été tuée. On découvre le cadavre de Nathalie F. dans une cave (la cave de la maison familiale rue Waelhem à Bruxelles). Je sais alors que l’on va tôt ou tard découvrir que c’est moi, que je suis l’auteur de ce crime. Je ne m’en souvenais plus. Je l’avais oublié. C’est arrivé malgré moi. Je me souviens que j’avais alors pensé que je serais un jour découverte et que j’irais en prison, mais que je l’avais oublié.
La police fait des recherches. Elle fouille toutes les maisons à la recherche d’indices. Elle finit par trouver quelque chose. Je ne sais plus quoi. Mais quelque chose qui la mènera immanquablement à moi. Je vais aller en prison. Il va m’arriver ce dont j’étais sûre qu’il m’arriverait un jour. J’irai en prison pour meurtre.
J’habite avec mes parents. Ils disparaissent à l’annonce du crime. Mes parents et mes frères. Je crois qu’ils ne veulent plus me voir.
Mais ma mère vient. Elle me dit quelque chose comme « Mais c’est bien normal, vu la façon dont elle t’a traitée. Ce qu’elle t’a fait. » Je lui dis que je ne m’en souviens pas. Elle dit « Quoi, tu ne t’en souviens pas?! » Je lui dis que non, que j’ai un vague souvenir de la scène. Elle allongée. Moi…
Je lui dis: « Tu crois vraiment que c’est moi, qui l’ai tuée ?» Elle en est sûre. Mais comment expliques-tu alors que Nathalie F. soit toujours en vie? Que je l’ai retrouvée (dans un rêve précédent) même si nous n’étions pas particulièrement amies. (Note de relecture en janvier 2025 : Je ne comprends pas du tout ce que j’écris ici. Je dis dans ce rêve à ma mère que Nathalie F est toujours en vie parce que je l’ai vue dans un rêve récent? )
Elle ne répond pas. Nous passons devant l’atelier de mon père. Je vois d’abord Marc, puis mon père, très jeune. Je passe. Continue à monter les escaliers. Je pensais qu’il n’était pas là et qu’il ne voulait pas me voir, mais il m’appelle, me rejoint. M’exprime sa sympathie. Je me demande si ne vais pas appeler un psy pour lui dire que je ne me souviens de rien du tout et pour me faire conseiller un avocat qui soit sensible à la cause analytique, qui en sache un bout.
Je suis conduite en prison, c’est la fin de la liberté. Je savais que ça arriverait un jour mais j’avais oublié. Je l’avais toujours craint, je le crains encore. Mais je me demande si je ne dois pas le prendre à la Nietzche – « Vouloir ce qui vous arrive » ou Spinoza – Joie.
Je crains tout de même que ce ne soit très douloureux, la prison.

Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ce rêve. J’en ai été très étonnée. Je n’imaginais pas que je puisse me vivre comme quelqu’un qui aurait tué quelqu’un et qui devrait en être punie, qui en serait punie de prison.

Je me vis assurément en prison, et je suis mon seul gardien (ou presque).

Mais.

Nathalie F., ma meilleure amie, mon amie d’enfance. Qui revient régulièrement dans mes rêves. En particulier ceux de « Doutes d’août », dont je ne pense pas qu’il soient sur ce blog, mais sur un autre. Sur Delta, probable. L’heure de nulle part. Ah, le voilà, je l’avais renommé « Août adouci« . (On le trouve maintenant ici aussi : Doutes d’août (août adouci))

Oui, j’aurais pu être amenée à repenser à elle, récemment. Vendredi soir, plus exactement, lorsque j’ai rencontré un jeune homme parlant de Duras et qui se nommait N. Granger1NOTE DE RELECTURE (2025) : Nicolas G, Nicolas Granger ? L’acteur ? Mais comment ai-je pu le rencontrer ? Je n’en n’ai aucun souvenir… C’est incroyable. .  Ce qui m’a fait repenser au fait que j’avais autrefois pris le pseudo de Nathalie Granger, ayant alors oublié le film de Duras, du même nom. Je ne me souviens plus de ce film, en réalité. Et peut-être y a t-il également eu un livre. Je ne m’en souviens que très peu pour la bonne raison que je ne l’ai pas vu, ou pas entièrement. C’était encore à Bruxelles, mais déjà avec F. Nous le regardions un après-midi me semble-t-il, au lit, et nous nous sommes endormis. Ou autre chose.  J’ai retenu qu’il y était question d’une meurtrière. Mais, je peux me tromper.

Ce qui donne Nicolas Granger –> Nathalie Granger (meurtrière de Duras) –> Nathalie F

Et le grand G (de GrandGer), il en a déjà beaucoup été question ici, et ailleurs d’ailleurs, le grand G de l’impossible point G.

Je pourrais prendre Nathalie du côté de double. D’abord parce que  j’ai moi-même un moment utilisé le pseudo de « Nathalie Granger », ensuite parce que j’ai probablement vécu cette amitié avec Nathalie entre mes douze et quatorze ans je dirais, dans cette modalité inconsciente-là. Ce thème du double, il en a également été pas mal question dans mes lectures récentes, celles d’Iris Murdoch dont peu parlé ici,  et celle de Miller, à propos de Lacan, puisqu’il m’a pris de commencer à publier sur le net son cours Vie de Lacan, où il est question de la « paranoïa » de Lacan, sa « paranoïa renoncée », ce qui m’avait autrefois, à l’époque où c’était prononcé, beaucoup impressionnée, et m’impressionne encore.

Paranoïa renoncée, en tant que renoncement, via son enseignement, à la passion d’être seul. Plus tard, cette année-là, Miller parlera de la « paranoïa inversée » de Lacan : en effet, pour lui, Lacan, c’est l’Autre, le grand Autre qui est bon et lui… qui est méchant : « Lui, il assume d’être le méchant de l’affaire, il assume si je puis dire un « je suis méchant » ». 

[Sur la « paranoïa renoncée » de Lacan – cours de Jacques-Alain Miller du 17 février 2010: https://viedelacan.wordpress.com/2010/02/17/iv-lacan-contre-tous-et-contre-lacan/
Sur sa « paranoïa inversée »  – cours du 24 mars :
https://viedelacan.wordpress.com/2010/03/24/vi-lacan-mechant/ ]

Enfin, c’est une parenthèse et je m’égare puisque cette « paranoïa » de Lacan, il ne me semble pas qu’elle m’avance aucunement dans l’analyse de ce rêve. (Si ce n’est que pour ma part je ne renoncerais pas à ma « passion d’être seule » en enseignant, ou je ne le ferais pas jusqu’au bout… Et qu’il faut donc continuer d’analyser ses rêves et de tenir ce blog…)

Alors, ce matin, je repensais à tout ça, à l’appel d’un psychanalyste pour un avocat, à l’analyse que j’ai vécue comme un procès sans en avoir la moindre idée du crime commis (voir Kafka aussi), à mon oncle parano, à son procès à lui, etc.

Ce que je n’ai pas noté du rêve ce matin, c’est que le meurtre se serait passé dans une cave de mon enfance, dont j’ai déjà beaucoup rêvé. Ce que je suis mal arrivée à noter parce que je n’arrivais pas à m’en souvenir dans le rêve non plus, ce sont les circonstances, les raisons de ce meurtre, et le fait que je ne le voulais pas. Je « réfléchis » beaucoup à ce que l’on fait malgré soi en ce moment.  De même, n’ai-je pas noté, parce que ça m’embêtait trop, que ma mère m’avait parlé de la honte que m’avait fait Nathalie, la trop grande honte.

Enfin, Nathalie toujours en vie puisque vue dans un rêve récent (dis-je à ma mère), Nathalie peut-être tuée par moi et moi en prison, mais toujours en vie puisque je rêve toujours d’elle.

Pourquoi est-ce que je rêve de Nathalie? 

Nathalie a été une des seules amies que j’ai quelquefois eues.

J’ai donc noté ce rêve parce qu’il me semblait trop différent de tous les autres. Mais est-ce qu’il n’en n’est pas toujours ainsi.

Jusqu’à présent je me rêvais plutôt tuée que tuant(e).

Notes en bas de page

  • 1
    NOTE DE RELECTURE (2025) : Nicolas G, Nicolas Granger ? L’acteur ? Mais comment ai-je pu le rencontrer ? Je n’en n’ai aucun souvenir… C’est incroyable.
lundi 28 juin 2021 · 15h15

la nature de mon corps

lundi 28 juin, après-midi. je reprends l’écriture des nuits.

nuit du samedi 26 au dimanche 27

éveillée tôt mais plus tard que la veille, vers 5 heures. je me réveille, petit à petit mes pensées se relèvent, se mettent en branle, je rentre dans ce que je connais, un mâchage et rabâchage qui n’en finit pas. dont j’essaie de trouver l’issue de secours. je n’arrivais pas à ne pas penser à Rachel et au tai chi.

s’agissant des pensées vis-à-vis de Rachel, je suis sûre qu’il s’agit, quand j’ai ce genre de pensées revanchardes, accusatrices, « parano », d’une forme d’appui que je recherche, qui s’impose à moi dans certaines circonstances que je ne parviens pas encore à déterminer. c’est une pensée paranoïaque dont j’ignore l’office, qui s’impose au détriment de toute autre. j’ai encore besoin d’en vouloir à Rachel. j’ai encore besoin de souffrir d’elle, de rêver de vengeance, de penser avec peine à tout ce qui s’est passé. probablement face à certaines angoisses, à certain évidement, j’use de ce recours à un Autre méchant. il me semble qu’il y a là une forme de facilité. mais aussi une indéniable contrainte. j’ai beau ne pas vouloir prendre ces pensées au sérieux, je n’ai guère le choix. tous mes efforts se sont alors centrés là-dessus, me détacher de ces pensées accusatrices.

toujours est-il qu’il est également devenu nécessaire de penser à ce que Rachel a été pour moi, avant la rupture d’il y a un an. et c’est maintenant que ça se pense. jusqu’à présent, je l’ai chassé, escamoté. avec Paul, le nouveau professeur, j’ai essayé de donner une prolongation à cette relation, jusqu’à que j’arrive à aujourd’hui, où je me rends compte que ce n’est définitivement plus possible. ce qui s’est précipité avec la lecture de Millot, les douleurs lombaires, la solitude, la fin des cours, le fait que je n’irai pas au stage.

c’est pourquoi, j’essayais de penser au tai chi, à ce qu’avait été son office pendant des années, à ce qu’il en resterait si je n’y suivais plus un maître. que reste-t-il du tai chi, s’il n’est pas pris dans l’écolage et dans l’amour d’un maître.
est-ce qu’il n’en reste rien.
qu’en restait-il, à ce moment-là, d’insomnie.
que pouvais-je encore en retirer.
quelle avait été sa fonction, son apport. indépendamment du confort de « la voix de son maître ».
le tantien, qu’en reste-t-il ? est-il voulu ?
pouvais-je encore agir par lui ?
quel intérêt ?

j’ai fait plusieurs tentatives d’exercices respiratoires et autres. me souvenant combien ils m’avaient déjà aidée lors de nuits d’insomnie.
concentration sur les points, les « repères », tentative de faire ces exercices « d’appui d’inspir sur le tantien » pour faire gonfler, respirer, disparaître un coin du corps. tentative de laisser faire, sans intervenir. pensé à l’expansion du corps. jusqu’où ? je ne me souviens plus. la veille prise dans les limites du jardin. cette nuit… dans des limites reculées bien au-delà, sans qu’il y ait vraiment une sensation d’infini. (non, il n’y a pas eu de point auquel j’ai pensé, je crois, qui n’ait existé, dont les coordonnées n’auraient pu trouver à être écrites. ce qui est idiot, peu probable.)

pensé aux mystiques de Millot. puis-je, dans une voie autre que celle du tai chi, penser  « Dieu », utiliser l’évocation du nom de  Dieu ? dans une tentative magique d’évoquer, dans un nom, le réel que je le suppose recouvrir, réel de ce qui manque au nom, absence même de Dieu? n’ai ressenti aucune révélation, sensation extraordinaire. que puis-je utiliser de Millot, de la pensée de Stefan W ? s’agit-il de rejoindre La Vie comme il disait ? est-ce du bonheur ? y a t il « une pensée du corps », le corps a-t-il quelque chose à me dire ? non, non, non et re-non, répondais-je, m’appuyant d’une pensée critique des propositions de Rachel qui là me paraissaient ridicules. de cet enseignement du tai chi qu’est-ce qui se garde, est à jeter, s’invente, disparaît ? et alors, à un moment, au coeur de ces pensées dont aucune ne se soutenait pas d’une circulation, d’un parcours dans ce corps étendu, à un moment donné, cette certitude atteinte d’un nouage réel / symbolique, de réaliser cela, point par point en mon corps, de façon satisfaisante et rassurante, dans un corps aux limites  fluctuantes, sans qu’elles soient infinies. de façon satisfaisante et rassurante. je me suis donc endormie. 

il y a alors eu deux rêves qui s’occupait de cette proposition, l’exploitait.

du premier, je ne sais plus rien.
du second…

j’étais fâchée que Nathalie (amie d’enfance) soit fâchée sur moi. je lui expliquais qui j’étais. je lui disais (pour m’excuser, pour me faire pardonner) que j’étais bipolaire et je lui parlais de ça, dans quoi je venais de m’endormir, de ce nouage réel / symbolique, dans un corps aux limites variables et tout à fait viable.

ce corps…. il ne s’agit pas de délire. il s’agit, pour échapper aux pensées, d’en augmenter la perception du corps en passant par des techniques apprises en tai chi. perception augmentée. d’augmenter la sensation. sensation augmentée. on rentre alors, je rentre alors, puisque je me suis aperçue que mon ressenti n’est pas universellement partagé, dans une perception autre des limites de mon corps, une perception qui serait plus proche de celle de l’inconscient. parce qu’il y a bien un endroit, au niveau de l’inconscient, où à un moment, je suis le jardin, où je suis la piscine, où je suis la maison de Donn. ce n’est qu’une question de dimension, de passage d’une dimension à l’autre dont je me rends consciente, que je recherche. que je cherche ou que je subis, d’ailleurs, selon. mais, ce matin, avoir la sensation d’être le jardin me donne des limites. c’est différent de ce qui se passe lorsque j’outrepasse ces limites…. à écrire ceci, je m’aperçois que la maison de ma belle-mère m’a offert un abri imaginaire, un repos, jamais ressenti ailleurs et menacé (réellement, pas dans mon imagination paranoïaque, depuis qu’elle n’est plus là pour en prendre soin). cette maison, ça a surtout été son jardin.

un corps non-infini, mais vaste (où cela reste inscriptible, à moins que ce ne soit l’inscription qui n’ordonne l’infinitisation) : c’est ce qui me sépare des mystiques de Millot : l’infini n’est pas atteint (je ne sors pas du lieu d’une écriture possible). au contraire, il s’agit plutôt d’une pensée des limites, même si elles sont hors-limites. je connais l’infini. il n’est pas atteint. éventuellement souhaitable. mais les limites ici outrepassées me préservent d’une impensable dissolution. une façon peut-être d’apprivoiser l’infini.

donc dans le rêve, une fois que pour me faire excuser j’ai « avoué » que j’étais bipolaire, j’exige d’être ramenée « quelque part ». je sens bien qu’il y a une forme de chantage dans l’aveu que je viens de faire, est-ce que bipolaire ça ne veut pas dire : qui peut se suicider à tout instant, chantage qui me permet d’avoir mes exigences, qui me donne un certain pouvoir, mais je voulais le pardon, je voulais récupérer son amitié.

je me retrouve avec elle et ses amis dans un taxi. le chauffeur parle des bipolaires, dit qu’il en a connu, lui aussi. Je pense que Nathalie a dû lui dire : je connais quelqu’un qui est bipolaire sans lui dire que c’était moi (comme quand on dit : j’ai un ami qui… sans dire que c’est soi l’ami….) 

arrivés au lieu dit de la Cage aux ours (une place qui donne sur une rue d’habitation de mon adolescence, dont j’ai souvent rêvé), un incident impose que nous soyons séparés. cette séparation est acceptable et acceptée.

je dois continuer dans un taxi seule.

dans ce « taxi », je suis debout, le chauffeur est dans mon dos, debout lui aussi. c’est très agréable. il me serre. c’est délicieux. je voudrais qu’il me désire, qu’il m’aime. nous roulons dans ma rue

Je me réveille.
je me réveille, je pense au rêve, je me rendors aussitôt profondément.

Eléments d’interprétation

Nathalie : beaucoup rêvé d’elle fâchée. elle qui ne l’a jamais été. l’ai connue à l’école alors que j’avais six, sept ans ans, jusqu’à mes quinze, seize ans.

la dernière fois que j’ai vu l’analyste, Hélène Parker, je lui ai parlé de ce que j’étais arrivée en analyse disant que je voulais être impardonnable. que je voulais rejoindre ce point-là, cet endroit-là. que je le disais sans savoir ce que je voulais dire.

il y a cette plaidoirie pour me faire pardonner, excuser, comprendre, la mise en avant de la maladie, être bipolaire, et alors une fois qu’il n’est plus possible de m’en vouloir, ce n’est pas moi c’est la maladie, une fois que je suis déresponsabilisée (?), et en raison aussi de cette menace en quoi consiste cette maladie, puisqu’elle débouche souvent sur un suicide, profitant, abusant de cette menace, ce risque : j’avance cette exigence d’être ramenée quelque part, sans que l’on sache où.

quelque part. à certains égards, je suis sans lieu, je n’arrive pas à me trouver un lieu actuel. (relire ce que j’écrivais là sur mon absence de lieu) je n’ai de lieu que dans le passé. là, est-ce rue Waelhem que je veux retourner? est-ce là que je roule heureue, debout, avec le chauffeur de taxi? Donn, c’est une forme retrouvée, c’était une forme retrouvée de maison d’enfance, un lieu d’autrefois devenu actuel. une actualité augmentée du jardin, du dehors, de la nature, de la protection du regard. le jardin ayant été totalement fermé au monde extérieur. offrant un abri (pour le corps) exceptionnel, jamais connu, inédit, parfait.

l’incident Cage aux Ours : évoque de très loin un incident de cheval, de carriole, dans le cas de Freud, du petit Hans. quelque chose se soulève, dans la rue, se renverse, saute, explose.

il y eut Cage aux Ours une trahison, par une femme. se peut-il qu’il s’agisse de cela? j’ai déjà écrit ici sur cette femme. comment l’appeler? je l’avais dite « hommasse », je crois. parce qu’elle l’était. comment est-ce que ça pourrait revenir de si loin? j’ajoute trahison comme mot-clé de ce texte. j’ajoute aussi les mots-clés plaidoirie et procès. ça fait beaucoup trop comme mot-clés, mais on verra plus tard comment ça se recoupe et comment ça peut se réduire.

la rue Waelhem où je retourne donne dans la cage aux ours.

(j’ai envoyé une première version de ce texte à l’analyste mercredi 30 juin, à 8h.)

jeudi 12 janvier 2023 · 06h51

jeudi 12 janvier 2023
— fracassemeurs + Rachel

Il est 6h51, j’ai pris une Ricoré et un bout de… (mot qui manque) 

J’ai regardé des trucs sur Instagram. Quelques beaux trucs, de jeunes, des jeunes qui se connaissent, qui sont amis, qui font des trucs ensemble, qui se dessinent, se photographient… Il y a quelqu’un qui raconte ses rêves en dessin, c’est vraiment joli. Ça donne envie de savoir dessiner. Je crois que j’aurais pu avoir des amis comme ça. Ça me rend un peu aigrie, ou triste, un peu, en même temps ça me réconforte, le spectacle de ces amis, de savoir que ça existe.  

Réveil avant 6h. Pensées…  Inquiète à cause de ce dont on parle trop, la retraite. Hier, J : toi tu ne travailles pas, tu n’auras pas de retraite, tu n’auras rien. Chaque fois, quand je pense à ce genre de choses, je pense suicide, le moment venu. Je ne vois pas comment faire face à ça. 

Cellequina Pasdenom 

Selkina Padenon 

Alors, les pensées étaient particulièrement violentes. Au réveil, les fracassemeurs. Il y avait la pensée de la chute aussi. Et puis les pensées à Rachel, les pensées de vengeance, que je n’appliquerai jamais. La dénonciation ou le mail collectif. Raconter ce qui s’est passé. Tout ce que j’ai perdu. La possibilité aussi d’avoir un métier. Puisque c’est ce à quoi je travaillais. Est-ce que ça s’apparente à de la paranoïa ? Je ne sais pas. Je n’invente rien, ça a eu lieu, les événements. Non, mais, l’entretien de l’aigreur, de la revanche, la personnification de l’ennemi. Quand est-ce que je retourne à ça ? Quand est-ce que j’ai besoin de retourner à ça? Quelle est la fonction de la paranoïa? A quoi me sert-elle ? Quand dois-je y avoir recours ?Elle a abusé. Mais elle était folle, elle est devenue folle. C’est ce que je crois, qu’elle allait très mal. C’est pour ça que je n’ai pas dénoncé. Et puis, je songe à tout ce qu’elle m’a appris. Puis à tout ce qu’elle s’est retenue d’enseigner. Au manque de reconnaissance. À sa jalousie même. À ses abus de pouvoir. À ce qu’elle a pu raconter aux autres. Au désespoir où elle m’a mise. Je n’ai rien dénoncé. J’ai dû abandonner la formation d’enseignante. Tout ça pour quoi ? Pour avoir raconté un souvenir d’enfance. Un terrible souvenir d’enfance. Alors en vrai, je lui souhaite du mal. Et à tous les élèves qui n’ont pas pris contact avec moi. Qui ne ce sont pas souciées de moi. Ni d’A. 

8h04 

Devrais pas, mais vais me recoucher 1 heure.  

J se lève. 

 

8h10 

Au lit, FrM 

« Je me hais Je me hais Je me hais »

Tentative de noter

mardi 7 janvier 2025 · 09h30

paranoïa renoncée et paranoïa inversée de Lacan

On le sait, je me relis. Je relis depuis hier un rêve fait en 2012, en décembre 2012, « J’aurais tué Nathalie F ». Dans l’analyse de ce rêve où je vais aller en prison pour avoir tué quelqu’un, je cite rapidement la « paranoïa renoncée » de Lacan :

Et ensuite, il cherchera à donner à la psychanalyse un nouveau fondement avec le langage. Ainsi, je vois la passion de Lacan traverser son enseignement, la passion qu’il subit d’être seul. Et en même temps, son mouvement propre est celui d’échapper à la clinique que promeut la passion d’être seul. Si Lacan a commencé par une clinique de la paranoïa dans sa thèse de psychiatrie, s’il a ensuite, et c’est peut-être le premier concept sur lequel il a enseigné, promut le thème de la connaissance paranoïaque, c’est précisément parce que – s’il a choisi dans Hegel, s’il a donné cette valeur au moment de la reconnaissance -, c’est précisément parce que sa pensée est dressée contre la paranoïa. Je ne dis pas sa passion d’être seul est précisément une paranoïa renoncée, je dis son enseignement – sa doctrine du sujet -, est précisément ce par quoi on peut dire qu’il y a comme une cure de Lacan. Et c’est la valeur que je donne également à la scission qu’il opère du moi et du sujet. Le moi tel qu’il l’a cerné est toujours gros de paranoïa et au contraire le sujet tel qu’il l’a d’abord amené est fonction de l’Autre, est fonction intersubjective. Eh bien j’infère de ça que le débat foncier de Lacan, c’était son débat avec sa passion d’être seul. Et, à cet égard, de la même façon qu’il peut dire de Gide, que Gide s’est accomplit avec le message de Goethe, Lacan s’est accompli avec le message de Hegel, c’est-à-dire avec une dialectique qui lui a permis de renoncer, et dès avant la fondation de l’École freudienne de Paris, de renoncer à la méconnaissance qui va avec la passion d’être seul.
Jacques-Alain Miller, Vie de Lacan, « Lacan contre tous et contre Lacan », cours du mercredi 17 février 2010

Plus tard cette année-là, Jacques-Alain Miller parlera ensuite de « paranoïa inversée de Lacan » : 

Si je prends au sérieux que Lacan quand je l’isolais dans cette posture se reconnaissait comme « parfaitement photographié », je dois dire que sa position foncière comporte que l’Autre, le grand Autre, dans la circonstance, l’ensemble de ceux qui font les spectateurs, l’Autre est bon et on peut dire corrélativement, en même temps qu’il assigne la bonté à l’Autre, qu’il lui assigne le sens commun, qu’il lui assigne la reconnaissance entre des semblables, nous partageons le même savoir, nous rions aux mêmes lapsus de l’Autre, à ses plaisanteries et on sent ainsi cet Autre, la masse de cet Autre à l’occasion parcourue d’ondes, vagues similaires. En regard lui Lacan, en regard de cette bonté de communauté, en regard lui, il est méchant. Et je le montre, au fond, blessant incessamment la sensibilité samaritaine d’une assistance pour une part, pour une grande part, faite de médecins et de psychologues. Lui, il assume d’être le méchant de l’affaire, il assume si je puis dire un « je suis méchant ». Et c’est en quoi non seulement sa position n’est pas paranoïaque mais elle est proprement une paranoïa inversée.
Mettons en regard le cas Jean-Jacques RousseauLui, comme paradigme. Eh bien dans ce paradigme c’est l’Autre qui est méchant, c’est la civilisation qui est nocive et empreinte de méchanceté tandis qu’il revendique pour sa personne un fondamental « je suis bon », et qu’il l’étend, il étend cette déclaration à l’homme primitif. Tandis que Lacan, lui, il étend son « je suis méchant » à la position du sujet, je ne dirais pas de l’inconscient, mais à proprement parler il l’étend au sujet de la pulsion.
Cette inversion de la paranoïa, si on l’isole ainsi, permet de mettre en série nombre d’énoncés de Lacan avec lesquels il jouait à surprendre, scandaliser, émouvoir son auditoire. Par exemple, quand il lui arrive de dire « Je n’ai pas de bonnes intentions »  et même « à la différence de tout le monde », il parade en être méchant. N’oublions pas que les bonnes intentions, on dit que l’enfer en est pavé, on n’a pas attendu Lacan pour s’en méfier de la bonne intention. La bonne intention s’établit sur la supposition que je connais ton bien. C’est en raison de cette supposition gratuite, hasardeuse, cette supposition qui nie l’absolue altérité, c’est en fonction de cette supposition que je peux imaginer que mon intention est bonne, et par-là déployer à l’endroit de cet Autre que je crois connaître comme ma poche, tous les ménagements voire m’offrir à me sacrifier ou du moins au moins à me contraindre. À cet égard, ne pas avoir de bonnes intentions est de l’ordre de la salubrité. Ça veut dire : je ne préjuge pas de ce qu’est ton bien. Et pour l’analyste, il faut bien dire que c’est de tous les instants qu’il a à se méfier de ses bonnes intentions puisqu’on vient lui demander son aide et qu’il est par fonction préposé à faire le bien de l’Autre, il est requis dans cette fonction. C’est le fruit d’une discipline que de ne pas s’autoriser de cette présomption pour commencer par s’abstenir du savoir du sens commun.

mardi 6 mai 2025 · 14h52

Isolement et solitude // travailler à ce que l’Autre ne disparaisse pas complètement

Suite du texte Isolement et solitude

(…)

Élaborer sa solitude et rompre l’isolement

La psychanalyse ne se situe pas du côté de cette empathie. Elle pense, tout d’abord, que cet accès à la douleur ou à la solitude de l’autre est une illusion, mais surtout que ce n’est pas cela dont il s’agit dans la psychanalyse : il ne s’agit pas de rentrer en relation avec l’autre, mais de rentrer en relation avec son inconscient, avec ce qu’il a de plus propre. Pour y accéder il faut savoir accéder à des choses dont on est séparé, des choses cachées. On ne peut acquérir ces choses cachées que dans une certaine solitude. Être analysant n’est pas forcément se rapporter à l’analyste comme à un Autre avec qui on va partager des sentiments, mais aller au plus profond de soi-même dans une certaine solitude, pour fabriquer une nouvelle solitude qui va permettre de constituer une base d’opération solide pour rencontrer les autres. Il ne s’agit donc pas, pour l’analyste, de pénétrer les sentiments de solitude du sujet qui vient le rencontrer, ni de rompre son isolement, mais de prendre place auprès de son isolement pour voir s’il est possible, avec lui, de construire une nouvelle solitude, moins précaire, à partir de laquelle il pourra rompre son isolement.

(…)

Le réel de la solitude

Lorsqu’on rencontre une solitude réelle, on vérifie l’inexistence de l’Autre. Qu’il n’y ait pas d’Autre peut ouvrir la porte à un ennui profond, à une douleur ou à un enthousiasme. Ce n’est pas joué d’avance et les gens que nous rencontrons en général ont surtout eu l’expérience de l’ennui profond, et non de l’enthousiasme que cela suscite. Mais on sent, cela se voit dans certains cas, qu’en très peu de séances les sujets repartent avec le sentiment que, dans leur expérience à eux, quelque chose vaut. Nous avons fait valoir qu’il y a des personnes qui ont des relations sociales et qui pourtant sont terriblement isolés : ce sont ceux qui ne fréquentent que des semblables. Cela produit une forme d’isolement : on est entre soi, c’est-à-dire en compagnie de soi-même et, comme le disait Paul Valéry, « Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie. »

Solitude de l’Un ou de l’Autre

Dans la psychanalyse, le refus de l’Autre est quelque chose qui, au maximum, donne une forme de folie qui s’appelle la paranoïa, et c’est le point de départ de Lacan. Il nous en donne un excellent exemple dans le Misanthrope de Molière, dont il nous dit que c’est un cas où le sujet trouve une satisfaction amèrement jubilatoire dans sa position de victime isolée. L’exemple même de l’isolement subjectif, c’est la position de la victime isolée et incomprise et cette position est commode pour avoir l’impression que l’on a une unité, une unité réelle. C’est pour cette raison que la victime est toujours en train de revendiquer, parce qu’elle veut que soit reconnue, certes sa misère, mais surtout l’unité de cette misère. C’est certainement une chose à ne pas oublier. Chez certains patients, ce statut de victime qui donne au sujet une unité réelle, leur permet parfois de maintenir un Ego, un moi assez solide pour affronter la société. C’est alors quelque chose à respecter, auquel on ne touche pas et qu’on ne met pas en question parce que c’est un appui incommode certes, mais un appui du sujet.

Pourquoi est-ce qu’on tient tant à être Un ? C’est justement pour éviter de rencontrer l’Autre puisque l’Un et l’Autre s’opposent absolument. Ce qu’on ne veut pas rencontrer c’est un Autre qui pourrait disparaître et souvent les sujets disent : « Je ne veux pas aller vers les gens parce que j’ai peur qu’ensuite ils s’en aillent et ce serait terrible » ou, par exemple au féminin : « Je ne veux pas avoir de partenaire parce qu’après, ils sont toujours partis et ils m’ont laissée seule ». En effet, ce qui fait que l’Autre fait peur c’est qu’il pourrait s’en aller, voire qu’il pourrait disparaître. Mais quel est cet Autre qui peut disparaître ? On pourrait penser que c’est d’abord la mère, le père, les parents, l’Autre de l’amour, mais pour certains, ce qui pourrait disparaître c’est le langage en tant que tel. Je me réfère ici au cas d’une patiente qui travaille – elle ne travaille pas depuis des années – mais elle travaille à essayer de reconstituer un langage, c’est-à-dire de faire que les mots restent ensemble et que l’Autre du langage ne disparaisse pas complètement. On peut dire que c’est une activité de réinsertion dans l’Autre du langage.

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Quand le monde s’efface des silences se mettent à parler

Ce qu’il faut viser, c’est que la découverte que l’Autre n’existe pas n’enlève pas au sujet le goût du désir de l’Autre. Ce qui est sensible dans de nombreux cas cliniques c’est que ce désir de l’Autre est là. Le désir de l’Autre est tout autre chose que la recherche de l’unité. À la place de l’Autre qui n’existe pas, l’homme a inventé l’unité et Lacan pense que cette unité, ce culte de l’unité, a donné le chiffrage et avec le chiffrage, la science et, l’homme s’est ainsi trouvé avec un nouveau partenaire. Ce nouveau partenaire ce n’est pas l’Autre, autrui ou Dieu, qui n’est pas autrui, c’est le monde. Le partenaire de l’homme moderne c’est le monde, le monde entier, mais un monde où l’Autre disparaît un peu plus tous les jours, c’est patent et où tout est victime de la mesure, c’est-à-dire de l’effet de l’Un. À l’intérieur de ce monde de l’unité du chiffrage et de la science, il reste ce qui parle. Ce qui parle n’est pas obligatoirement un sujet et ce qui parle n’est pas obligatoirement ce qui parle : ce qui parle se sent chez quelqu’un quand il s’arrête de parler. C’est dans les silences que s’entend ce qui parle le plus. Ce qui parle, dit Lacan dans le Séminaire livre xx, n’a affaire qu’avec la solitude [4].

Cela signifie qu’on parle tous seuls, mais surtout que, dès que l’on se met à parler, on ne rencontre pas seulement le fait que l’Autre est absent, qu’il ne répond pas, mais on découvre aussi quelque chose qui est l’effet de cette absence. Cet effet est que le savoir, ce qu’il est possible de savoir de soi, du monde, de l’inconscient, est rompu, n’a plus d’unité et qu’il y a dans ce savoir quelque chose qu’on ne peut pas savoir et qui est le savoir inconscient. Cela signifie qu’il n’y a pas d’accès à l’Autre : il n’y a accès qu’à des effets du langage ou de l’inconscient, ce qui donne une idée de la vraie solitude. C’est dans un lapsus, dans une parole, dans une énonciation, que l’on rencontre le mieux l’Autre. On rencontre cet Autre comme un autre discours – le discours de l’Autre – qui surprend le sujet même s’il sort de sa bouche et qui, à peine proféré, disparaît. Et dès qu’il a disparu, apparaît le sentiment de solitude. C’est avec beaucoup de petites solitudes de cette sorte que peut se construire une solide solitude, une solitude à soi. À partir de ce moment-là, il est possible de ne plus avoir peur d’aller vers un Autre qui risque de disparaître parce qu’il est toujours possible de se « réfugier » dans cette solitude.

Pour conclure, la psychanalyse d’orientation lacanienne ne vise pas la communication, elle vise la transmission, ce qui n’est pas la même chose. Ce qu’il s’agit de transmettre, pour celui qui parle, c’est la place, pour lui, de ce qui ne parle pas et ce qu’il s’agit d’accueillir, pour celui qui reçoit ce qui est transmis c’est, en effet, ce qui ne parle pas et, par excellence, celui qui ne parle pas. »

https://shs.cairn.info/revue-la-cause-freudienne-2007-2-page-43?lang=fr&tab=texte-integral

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(Je pense qu’il y a une autre face à l’unité dont il est question ici, et qu’il faut faire valoir, c’est une unité qui supporte de s’additionner à d’autres sans leur équivaloir, une unité où un n’est pas égal à un et où les uns s’additionnent pour faire autre chose qu’un. Celle qui se soutire du Yad’lun, du y-a-de-l’un. L’unité qu’il y a dans ce qu’il y a de plus particulier, cette particularité même poursuivie dans l’analyse, ainsi qu’il est souligné ici, par où consiste la séparation d’avec l’Autre, et que l’on peut chercher à transmettre, dont on cherche à témoigner.)

 

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