06h51 Il est 6h51, j’ai pris une Ricoré et un bout de [mot qui manque]. J’ai regardé des trucs sur Instagram, quelques beaux trucs, de jeunes, des jeunes qui se connaissent, qui sont amis, qui font des trucs ensemble, qui se dessinent, se photographient… quelqu’un qui raconte ses rêves en dessin, c’est vraiment joli, ça donne envie de savoir dessiner, je crois que j’aurais pu avoir des amis comme ça, ça me rend un peu aigrie, ou triste, un peu, en même temps ça, me réconforte, le spectacle de ces amis, de savoir que ça existe. Réveil avant 6h. Inquiète à cause de ce dont on parle trop, la retraite. Hier, J : toi tu ne travailles pas, tu n’auras pas de retraite, tu n’auras rien. Chaque fois, quand je pense à ce genre de choses, je pense suicide, le moment venu. Je ne vois pas comment faire face à ça. Alors, les pensées étaient particulièrement violentes, cette nuit, les fracassemeurs. Il y avait la pensée à la chute aussi. Fracasse-meurs. La chute sur le crâne, l’impact au sol, la temp, la joue, les os. Et alors, ces stupides pensées à Rachel, qui reviennent de nulle part…. Des pensées de vengeance, que je ne mettrai jamais en pratique. La dénonciation ou le mail collectif. Raconter ce qui s’est passé. Tout ce que j’ai perdu. La possibilité aussi d’avoir un métier. Puisque c’est ce à quoi je travaillais. Est-ce que ça s’apparente à de la paranoïa ? Je ne sais pas. Je n’invente rien, ça a eu lieu, les événements. Non, mais, l’entretien de l’aigreur, de la revanche, la personnification de l’ennemi. Quand est-ce que je retourne à ça ? Quand est-ce que j’ai besoin de retourner à ça? Quelle est la fonction de la paranoïa? A quoi me sert-elle ? Quand dois-je y avoir recours ?Elle a abusé. Mais elle était folle, elle est devenue folle. C’est ce que je crois, qu’elle allait très mal. C’est pour ça que je n’ai pas dénoncé. Et puis, je songe à tout ce qu’elle m’a appris. Puis à tout ce qu’elle s’est retenue d’enseigner. Au manque de reconnaissance. À sa jalousie même. À ses abus de pouvoir. À ce qu’elle a pu raconter aux autres. Au désespoir où elle m’a mise. Je n’ai rien dénoncé. J’ai dû abandonner la formation d’enseignante. Tout ça pour quoi ? Pour avoir raconté un souvenir d’enfance. Un terrible souvenir d’enfance. Alors en vrai, je lui souhaite du mal. Et à tous les élèves qui n’ont pas pris contact avec moi. Qui ne ce sont pas souciées de moi. Ni d’A. 8h04. Devrais pas, mais vais me recoucher une heure. J se lève. 8h10. Au lit, fracassemeurs. « Je me hais Je me hais Je me hais ». Je tape sur le téléphone, sous la couette. Tentative de noter. Selkina Padenon.
Soir
Au matin, serai parvenue à ranger quelques objets, ensuite avons mangé à trois. Là, la sorte d’angoisse dont je n’arrivais pas à me débarrasser, à m’extraire m’a poussée à quitter la maison, ce dont j’ai rarement le réflexe, à aller à la bibliothèque ramener des livres en retard, que je n’avais pas lus. J’y ai lu au RDC.
[12/01 à 16:38] Eoik: Je suis à la bibliothèque où je lis et il n’y a que des hommes !
[12/01 à 16:38] Eoik: 11 hommes et une femme, moi
[12/01 à 16:39] Frédéric : Zut
[12/01 à 16:39] Eoik: Incroyable, non ?
[12/01 à 16:40] Eoik: Je crois que c’est parce que c’est le coin journaux et revues. Ces hommes viennent lire le journal.
Moi, je lis un bouquin….
[12/01 à 16:43] Eoik: Peut-être qu’ils voudront me chasser.
[12/01 à 16:44] Frédéric: Tu me tiens au courant si ça arrivait
[12/01 à 16:45] Eoik: OK.
[12/01 à 16:59] Eoik: A bunch of white men over 60. Il y a tout de même un jeune homme avec un béret.
Un béret et une fausse écharpe Burberry.
J’ai fait une recherche sur Burberry et extrême droite. Je lisais Confiscation de Marie-José Mondzain. Je ne suis pas arrivée à lire tout le chapitre que je m’étais proposée de lire, « Radicalisation ». J’essaie de lire plus, d’arriver au moment où mon attention sera vraiment captée. Et je sais que ça ne m’empêchera pas de tout oublier. Ce qui me paraît enlever toute possibilité de sens à mes lectures. Comme à tout ce que je vis. Si je n’en retiens rien, si à aucun moment je n’en restitue rien, comment est-ce que je lui trouve du sens, au fait de lire?
Quelle femme ! Marie-José Mondzain. Il y a Marie, il y a J’ose, il y a Monde, il y a Mondain, il y a Haine. Il y a Mond — de bouche, en flamand. Il y a Zin de zinzin. De saint-sein. Quelle femme ! Je cherche, j’attends ce qu’elle pourrait dire de l’addiction aux images. Elle utilise ce terme. Pour elle aujourd’hui (ne pas me croire, je retiens toujours mal), la radicalisation passe par l’addiction aux images. J’attends qu’elle m’apprenne quelque chose là-dessus. Je l’avais par hasard entendue dans un live de l’école des Beaux-arts sur Instagram, une conférence qu’elle donnait. J’essaie de donner un prolongement à ce qui parfois m’arrête sur internet.
[…] combler un vide, saturer le site intime de la défaillance complète du sens et colmater par des mots, des images et des promesses un désastre de l’imaginaire collectif. (…) Désormais les « conversions » passent par l’accoutumance addictive aux images médiatiques, au spectacle de leur violence et de leur séduction. La conversion à la valeur universelle d’un manichéisme fantasmé, telle que la guerre du bien contre le mal, …. »
— Marie-José Mondzain, Confiscation des mots, des images, du temps, Les Liens qui Libèrent, p. 66.
Il est essentiel d’être à l’écran et devant l’écran. Cet étrange négoce entre le visible et l’invisible est tout entier solidaire d’un investissement massif et addictif dans les gestes producteurs d’images. « Gère ton image» fut la formule que me proposa un jeune homme auquel je demandais de définir d’un mot ce qu’il appelait «le système» […] — Ibid. p. 70


consommation.»






… On attend alors de l’inflammation médiatique la récompense spectaculaire des feux que l’on a allumés. Il est essentiel d’être à l’écran et devant l’écran. Cet étrange négoce entre le visible et l’invisible est tout entier solidaire d’un investissement massif et addictif dans les gestes producteurs d’images. Gère ton image» fut la formule que me proposa un jeune homme auquel je demandais de définir d’un mot ce qu’il appelait «le système », …