Aujourd’hui, j’ai compris combien c’est ta voix qui me manque
Ce dont tu vois je ne me doutais pas
C’était tous les ans la même chose, à cette époque de la grande fête
Je me trouvais soudain plus seule encore qu’à l’habitude
Des jours durant, agitée, abattue
Malgré moi plongée et replongée dans un passé
Dont l’éclat me revenait par bribes
Celui des papiers brillants
Surtout celui de ta voix riant
Qui s’élançait dans l’escalier traversait la maison envoyait ses ordres s’adressait aux uns et autres et lançait un maelström d’activités pour préparer la fête
Des jours et des jours durant, année après année, les mêmes gestes répétés [...]
La voix de ma tante
Mardi 3 janvier 23 – colère seconde
4 gouttes hier, réveillée vers 6 h, OK. Avais pris psylocybine aussi, parce que m’étais énervée stupidement contre moi-même. Avais travaillé longtemps au calendrier des divers évènements liés à l’inscription de J dans une école d’art, pour finalement m’apercevoir que m’étais trompée dans les dates. Me suis mise à râler exagérément, F était près de moi dans le canapé, mais crains que J également ne m’aie entendue… Le problème c’est que, dès que je râle, je m’en veux de râler, je m’en veux de me mettre en colère et de l’exprimer, et que cette colère seconde s’ajoute à ma colère seconde, ce sont des feux qui s’amplifient tandis que monte une angoisse sourde qui me coupe du monde. C’est un basculement (dans un état autre). C’est de F que je tenais à être entendue. Ce n’est qu’après que je me suis dit que J aussi m’avait peut-être entendue. Il faisait de la peinture. Il était dans sa chambre. Est-ce que sa porte était ouverte ? Quelle idiote! Je suis sortie finalement, faire des courses pour le dîner et acheter une cigarette. [...] Lire la suite >
Subject: LES POÈTES DU SPLEEN « VALSE MÉLANCOLIQUE ET LANGOUREUX VERTIGE ! » (BAUDELAIRE, LES FLEURS DU MAL)
Avant tout vous souhaiter une très bonne année à toutes les deux!
Par rapport au cartel que nous avons envisagé de faire sur la poésie, je vous envoie ce lien sur un article (lu pendant ces vacances) sur le son dans la poésie et en particulier chez Baudelaire, Leopardi et Pessoa.
( article originairement trouvé là, aujourd’hui disparu : https://eduscol.education.fr/odysseum/les-poetes-du-spleen-valse-melancolique-et-langoureux-vertige-baudelaire-les-fleurs-du-mal)
Il y est d’abord question d’abord questions des bruits de la nature, du vent, et même du vent des acouphènes…
Recouvert par le son des feuilles
Le bruit, l’immense bruit du vent
Me dépouille de ma pensée :
je ne suis personne, je crains d’être bon (Pessoa)
Ensuite des bruits de fête, de fête perdue, et de l’enfance. C’était pour moi tout à fait résonnant en cette période de Noël.
Lorsque les enfants jouent
Et que je les entends jouer
Quelque chose en mon âme
Commence à se réjouir (Pessoa)
(Il y a un poème ou un passage aussi chez Duras à propos des voix d’enfants, très beau.)
On passe alors aux voix féminines et à une voix manquante. Là encore je suis obligée de reconnaître la douleur, l’angoisse, l’excitation que je connais aujourd’hui encore à l’approche des fêtes et où j’ai fini par reconnaître le manque poignant de cette voix de ma tante, toujours si joyeuse et enjouée, forte, qui si bien organisait la fête de Noël, des jours durant, tâche à laquelle je l’assistais assidûment.
(Est-ce qu’à vous aussi, la fête dont il est question ici n’évoque pas celle du Grand Meaulnes?)
Et tout de suite, avec Baudelaire, vient poindre, dans la voix de l’aimée, une discordance, une bizarrerie. (Mais vous avais-je déjà avoué combien il m’est DIFFICILE de lire de la poésie?)
Tout à coup, au milieu de l’intimité libre
Eclose à la pâle clarté,
De vous, riche et sonore instrument où ne vibre
Que la radieuse gaîté,
De vous, claire et joyeuse ainsi qu’une fanfare
Dans le matin étincelant
Une note plaintive, une note bizarre
S’échappa tout en chancelant
Et alors, au plus on avance dans le recueil de Spleen, au plus les voix se font effrayantes, jusqu’à ce que domine le chant des « sirènes mangeuses d’homme« . (Et ce poème de Baudelaire où Bataille pense trouver l’origine de sa vocation, et où l’on n’est pas loin d’entendre dans son « Franfra-Cancru-Lon-La-Lira » un petit bout de l’air de la chansonnette lacanienne du symptôme comme événement : « Laissons le symptôme à ce qu’il est : un évènement de corps, lié à ce que : l’on l’a, l’on l’a de l’air, l’on l’aire, de l’on l’a. Ça se chante à l’occasion et Joyce ne s’en prive pas. » )
Étonnamment, il sera alors question de l’ironie (chez Baudelaire et chez Leopardi) qui vient tamponner le trop d’effroi.
Enfin, je m’arrête ici et vous laisse découvrir cet article qui je l’espère vous intéressera!
J’y suis d’autant plus intéressée que j’avais lu un livre sur le renoncement aux vers, à la chanson en poésie, renoncement accompli par Mallarmé qui ouvre alors la poésie à l’espace (de la page), celle-ci n’étant plus confinée par la métrique et le vers, alors que jusque là, « tout » se tenait dans la rime…
J’ai écrit cette lettre il y a plusieurs jours et j’hésitais à vous l’envoyer. Mais enfin le temps passe et laissez moi vous dire que je serais très heureuse de vous revoir, de fêter l’an 23ème gentiment avec vous, avec ou sans cartel, d’ailleurs !
Je vous embrasse,
Véronique
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«
Oui, c’est ça. Il y a, chez Joyce, une sorte de culture de la résonance, et même de la résonance pulsionnelle. Sa phrase ne prend son relief qu’à partir de la respiration, du souffle, de la façon dont cela peut être chanté. [...] Lire la suite >