Subject: LES POÈTES DU SPLEEN « VALSE MÉLANCOLIQUE ET LANGOUREUX VERTIGE !  » (BAUDELAIRE, LES FLEURS DU MAL)

Publié le Catégorisé comme brouillonne de vie, correspondance, Janvier 2023 Étiqueté , , , , Aucun commentaire sur Subject: LES POÈTES DU SPLEEN « VALSE MÉLANCOLIQUE ET LANGOUREUX VERTIGE !  » (BAUDELAIRE, LES FLEURS DU MAL)

Very dear D and G,

Avant tout vous souhaiter une très bonne année à toutes les deux!
Par rapport au cartel que nous avons envisagé de faire sur la poésie, je vous envoie ce lien sur un article (lu pendant ces vacances) sur le son dans la poésie et en particulier chez Baudelaire, Leopardi et Pessoa.
( article originairement trouvé là, aujourd’hui disparu : https://eduscol.education.fr/odysseum/les-poetes-du-spleen-valse-melancolique-et-langoureux-vertige-baudelaire-les-fleurs-du-mal)

Il y est d’abord question d’abord questions des bruits de la nature, du vent, et même du vent des acouphènes…

Recouvert par le son des feuilles
Le bruit, l’immense bruit du vent
Me dépouille de ma pensée :
je ne suis personne, je crains d’être bon (Pessoa)

Ensuite des bruits de fête, de fête perdue, et de l’enfance. C’était pour moi tout à fait résonnant en cette période de Noël.

Lorsque les enfants jouent
Et que je les entends jouer
Quelque chose en mon âme
Commence à se réjouir (Pessoa)
(Il y a un poème ou un passage aussi chez Duras à propos des voix d’enfants, très beau.)

On passe alors aux voix féminines et à une voix manquante. Là encore je suis obligée de reconnaître la douleur, l’angoisse, l’excitation que je connais aujourd’hui encore à l’approche des fêtes et où j’ai fini par reconnaître le manque poignant de cette voix de ma tante, toujours si joyeuse et enjouée, forte, qui si bien organisait la fête de Noël, des jours durant, tâche à laquelle je l’assistais assidûment.

(Est-ce qu’à vous aussi, la fête dont il est question ici n’évoque pas celle du Grand Meaulnes?)

Et tout de suite, avec Baudelaire, vient poindre, dans la voix de l’aimée, une discordance, une bizarrerie. (Mais vous avais-je déjà avoué combien il m’est DIFFICILE de lire de la poésie?)

Tout à coup, au milieu de l’intimité libre
Eclose à la pâle clarté,
De vous, riche et sonore instrument où ne vibre
Que la radieuse gaîté,

De vous, claire et joyeuse ainsi qu’une fanfare
Dans le matin étincelant
Une note plaintive, une note bizarre
S’échappa tout en chancelant

Et alors, au plus on avance dans le recueil de Spleen, au plus les voix se font effrayantes, jusqu’à ce que domine le chant des « sirènes mangeuses d’homme« . (Et ce poème de Baudelaire où Bataille pense trouver l’origine de sa vocation, et où l’on n’est pas loin d’entendre dans son « Franfra-Cancru-Lon-La-Lira » un petit bout de l’air de la chansonnette lacanienne du symptôme comme événement  : « Laissons le symptôme à ce qu’il est : un évènement de corps, lié à ce que : l’on l’a, l’on l’a de l’air, l’on l’aire, de l’on l’a. Ça se chante à l’occasion et Joyce ne s’en prive pas. » )

Étonnamment, il sera alors question de l’ironie (chez Baudelaire et chez Leopardi) qui vient tamponner  le trop d’effroi.

Enfin, je m’arrête ici et vous laisse découvrir cet article qui je l’espère vous intéressera!

J’y suis d’autant plus intéressée que j’avais lu un livre sur le renoncement aux vers, à la chanson en poésie, renoncement accompli par Mallarmé qui ouvre alors la poésie à l’espace (de la page), celle-ci n’étant plus confinée par la métrique et le vers, alors que jusque là, « tout » se tenait dans la rime…

J’ai écrit cette lettre il y a plusieurs jours et j’hésitais à vous l’envoyer. Mais enfin le temps passe et laissez moi vous dire que je serais très heureuse de vous revoir, de fêter l’an 23ème gentiment avec vous, avec ou sans cartel, d’ailleurs !

Je vous embrasse,

Véronique

« Oui, c’est ça. Il y a, chez Joyce, une sorte de culture de la résonance, et même de la résonance pulsionnelle. Sa phrase ne prend son relief qu’à partir de la respiration, du souffle, de la façon dont cela peut être chanté. Joyce aimait beaucoup chanter. Ça ne va pas du côté du sens, le signifiant est séparé du sens. Joyce écrit des mots, des phrases, parfois inachevées, cassées, brisées, rompues, et ça donne un style très corporel justement.
MP : Est-ce là que nous pouvons entendre le lien vers lequel nous porte J.-A. Miller à faire cette sorte d’équivalence entre le corps parlant et le réel de l’inconscient ?
PN : Oui, parce que c’est d’un autre inconscient dont il est question lorsqu’il s’agit du réel de l’inconscient. »
Pierre Naveau, « Lacan sens dessus dessous » – https://www.lacan-universite.fr/wp-content/uploads/2015/11/LSDD.pdf

Ci dessous, un extrait du livre sur Broodthaers / Mallarmé qui me fait penser à quelque chose dont D m’avait parlé. Mallarmé était un grand défenseur de Banville.

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