Ecrit dans la nuit du 5 au 6 août. pour répondre à la proposition 2bis de l’atelier du 21 juin, https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5245
On essaiera d’être ailleurs que nulle part. Ailleurs qu’à l’heure de nulle part.
On séparera le dehors et le dedans, on dressera la porte battante. On le fera artificiellement, par jeu. On se fiera une fois de plus au hasard, sachant qu’il n’y a pas de hasard personnel. Le hasard personnel est reprise, toujours. On quittera cet insupportable ton emphatique. On y ira, on recréera le passé. On partira dans l’inconnu.
On utilisera des lignes, des passages à la ligne, des paragraphes, des phrases. On écoutera la voix, on entendra son rythme, le rythme de ses syllabes, on galopera avec les doigts, petit trot sur les touches du clavier, petit rebond à chaque lettre, tu as vu comment ça se vit, l’écrit, de lettre à lettre, de petit bruit à petit bruit à petit bruit, le rythme battra, le corps vivra, l’auteur, si ça trouve, s’inventera.
Le jour étant venu, on tirera les rideaux, accueille le jour, te voilà, seul, me voilà seule, à nous mon chou, et les vitres sont bien sales qui me séparent de la maison d’en face et de ses fenêtres qui ne me regardent pas, endormies encore.
A moins que je ne remonte me coucher.
J’éteins la lumière inutile, je n’effacerai pas ces mots inutiles, j’agis en témoin de l’inanité. Je donne le nom, non, je donne son initiale : W, rue W. Voilà, je peux aller me coucher maintenant. Non. Le labo de la rue W. Le grand laboratoire vide et de blanc carrelé de la rue W. L’un de ses quatre murs, celui sur la droite en rentrant, recouvert sur toute sa moitié supérieure d’une grande fenêtre divisée en meneaux qui s’ouvraient verticalement, quelques uns, pas tous, quelques uns disposaient d’une poignée horizontale, qu’on abaissait pour ouvrir le carreau qu’on tirait vers soi, quelques uns, un seul peut-être, était doté d’un ventilateur. Tout le long des quatre murs courrait la paillasse, une table carrelée de blanc elle aussi, encastrée dans le mur, par endroits trouée de profonds lavabos rectangulaires de faïence blanche, et abritant des placards dont les portes de bois peintes en blanc s’ouvraient d’un petit coup sec accompagné d’un bruit bref caractéristique par une poignée métallique verticale, dont le design fuselé rappelait les années 60. Dans l’un des 4 coins de la pièce, le plan de travail s’interrompait, et, alors que ça paraît tout à fait improbable, il me semble me souvenir qu’il y avait une douche, ou deux, je ne sais plus sous quelle forme, et que le sol à cet endroit, toujours carrelé, était abaissé, formait une sorte de pédiluve de piscine, équipé d’ailleurs d’un grille métallique carrée d’évacuation d’eau. L’espace du laboratoire était clair, nécessitant rarement la lumière des néons pendus au plafond. Cet endroit avait dû être très occupé, je veux dire, je les vois, les laborantins en blouse blanche, tous assis sur des tabourets, il en restait d’ailleurs 2, penchés sur leurs tubes et leurs petites affaires à faire quoi? Nul ne le sait plus. Tandis qu’au dessus du coin à la douche qu’il n’y avait probablement pas, j’avais fini par remarquer une petite trappe surélevée dans le plafond. Qu’un jour je ne sais comment j’étais arrivée à soulever, à me hisser alors dans ce grenier caché pour y découvrir, sous une hauteur trop basse de plafond pour s’y tenir debout, quelques tonneaux vides. Je m’étais alors installée là, assise au sol, en tailleur, avec cette idée, saugrenue, de ne plus en ressortir. Il va de soi que ça n’avait pas longtemps tenu, que j’étais ressortie de mon abri, ma cachette, personne probablement ne s’étant aperçu de ma disparition. De cet endroit, je n’avais révélé l’existence à personne.
(Le laboratoire était attenant à l’arrière de la maison, son toit plat se penchant de toutes les fenêtres côté cour. Il n’avait aucune utilité. Mes frères y ont joué au ping pong. Pour atteindre aux parties occupées de la maison, il fallait traverser le dépôt de toiles du rez-de-chaussée, ne trouver personne dans la salle de télé et grimper les escaliers. Moi, je jouais au jokari, seule, sur les pavés de l’allée qui longeait la maison, où l’on parvenait par le laboratoire.)
Je crois que ça ira bien comme ça.
Ecrit dans la nuit du 5 au 6 août, pour répondre à la proposition 2bis de l’atelier du 21 juin, https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5245
C’est peut-être la proposition que j’ai écrite le plus à contrecoeur, mais toujours avec amusement et paresse. Il me semble que je suis très loin de la proposition, faute d’avoir correctement suivi la précédente.
Je réfléchis encore au moyen d’imposer le mouvement de jokari à ce texte 2bis et je ne pense pas que je puisse y arriver.
Une fois encore, j’ai l’impression de tricher.
Dans le précédent texte, le 2, je m’étais surprise à dire qu’il me fallait passer de l’extérieur à l’intérieur. Il me semble que je décrivais le possible projet comme celui d’enfoncer un doigt dans une boule compacte d’extérieur, d’y creuser du dedans (en usant du sang de l’extérieur). Et que cela passerait par le consentement à la nomination, accepter de nommer un lieu.
Et je n’ai pas développé l’idée qui pointait que j’étais dans un espace ou intérieur et extérieur se confondait.
Je sens bien que j’écris des choses auxquelles je ne comprendrai plus rien moi-même dans 6 mois, ce qui m’embête et me donne l’envie d’être dans 6 mois et d’effacer tout ça.
Maintenant, que les exercices ont été tentés, je vois que l’intérieur ne sera pas atteint et que ce n’est pas l’objet de ce que je cherche à écrire.
L’intérieur est le vide et le restera.
Je pense : il faut respecter le vide central.
Même si je fais l’effort de nomination, même si je fais l’effort de localisation géographique, en passant par l’usage des noms propres, je resterai toujours à l’extérieur. Si ce n’est que je suis peut-être entrée dans la fiction de façon plus caractérisée, plus romanesque.
Dans ce 2bis, qui est plus un 2.2 qu’un 2.bis, une suite du 2, que le 2bis proposé, je commence en disant que je vais distinguer l’intérieur et l’extérieur. Et la vérité c’est que je dessine encore une forme d’extériorité, une autre. En ce sens, c’est réussi. Mais je le fais de l’intérieur de l’extérieur.
Je pense que je ferais mieux de renoncer à obéir aux consignes, de façon à m’éviter ces délires.
Cela dit, si je désobéis, c’est que je me sens pressée par le temps, pressée d’avancer.
Sinon, j’aurais fait de ce texte un 2.2, une prolongation du premier deux, un mouvement du général au particulier. du lieu en général à un lieu en particulier, nommé, et qui existe géographiquement. Et non pas le 2bis en jokari, le mouvement de l’extérieur depuis l’intérieur pénétré. Or, j’ai tout de même fait une excursion en extérieur, me tenant à ce que j’avais développé en 2. Donc, je peux me rassurer comme ça.
Ce n’est pas que ça m’inquiète tant. Mais je sens que je peux faire confiance aux propositions.