incroyable difficulté donc à sortir, toujours elle, plus éclatante en ce moment que l’été revient et qu’il est question que nous partions en vacances. ce que je ne souhaite pas, redoute, peut-être, probablement, certainement, uniquement parce que je ne sais vraiment pas quoi prendre dans la valise, quels vêtements, aucun ne me semble convenir, pas le moindre, et alors comment faire, puisqu’en vacances, on n’est jamais chez soi, où l’on ne peut pas se retrancher quand on ne sait comment s’habiller, se montrer, sortir.
impossible sort i e • impos si ble va li se
pas de muguet dans la valise
toute la famille (le père, la mère, les frères). nous devons faire nos bagages, peu de temps avant le départ de l’avion ou du train que nous devons prendre. nous sommes probablement sur un lieu de villégiature ( mer ou/et Ardennes). c’est moi qui prépare les bagages, inquiète et désireuse de prendre de l’avance. les autres ne sont pas là. Il y a deux valises à remplir (la grande noire, la petite blanche).
ex-analyste (celui de Brux.) assis/enfoncé dans un fauteuil, raconte quelque chose, en fait c’est à la radio qu’il parle. il parle de lui, raconte sa vie. à la fin de l’émission, il annonce l’émission suivante, et parle d’une chose qu’il ne racontera pas avec un sourire malicieux.
l’émission terminée, il reçoit un bouquet de fleurs, blanches. le bouquet comprend deux sortes de fleurs : une sorte de muguet ainsi qu’une autre sorte que je n’en connais pas, qui ressemble plutôt à une longue herbe. les muguets ont cette particularité que leurs clochettes longent toute la tige, depuis la base.
toutes les plantes sont rassemblées, car elles ne seront pas emportées dans le voyage. analyste retire une paire de fleurs de son bouquet, je lui dis que j’en veux bien moi aussi. il me donne celle qu’il tient.
aucune possibilité d’interpréter ce rêve, me semble-t-il. lié certainement à ce que j’ai écrit récemment, et il m’en a coûté, à propos de ma première séance d’analyse.
il n’y a que le muguet auquel je pourrais m’arrêter. muguet, qui résonne un peu avec mon nom. muguet aussi de la fête du travail. muguet qui évoquerait le lys, fleur préférée de mon père. ou encore muguet/lys que Gabriel tend à Marie quand il lui annonce qu’elle va porter un fils. ou encore cette maladie de la bouche dont j’ai déjà dû souffrir?
—-
edit 11 avril 25 : … c’est quoi cet analyste qui parle à la radio et que reçoit des fleurs…. nimp….
interlude 1 – j’ai vu des femmes comme des chosettes dans l’avalyse, comme des enfants sans père.
rêve
– les chosettes sont dans l’avalyse, toutes les chosettes.
avertissement
– le baiser de l’osier est un brasier.
rêve (suite)
– les chosettes en fait ce sont des femmes.
il est dit: elles sont rangées dans l’avalyse, comme des chaussettes, comme des enfants sans pair, on ne les entend pas parce que le couvercle est refermé sur elles.
addendum
– l’avalyse est non en cuir mais en osier.
doute : et si on ne les entendait pas uniquement parce qu’elles n’avaient RIEN à dire.
résultat dans la réalité
– grande ire.
va va va vol et nous venge
(longtemps, folle, j’écrivis des lettres sans double.)
rêve, aucun souvenir.
me réveille,
vois image de mon rêve: groupe de femmes. pense : femmes comme posées rangées dans valise, comme des enfants sans père et parce qu’il y a un couvercle on ne les entend pas.
à donn, valise en osier où j’ai mis linge sale, où autrefois mettais mes chaussettes. encore aujourd’hui range mes chaussettes dans valise, mais dans une autre valise, en cuir.
femmes comme des enfants sans père, des chaussettes hors paire, sans double, sans pair
osier, oser, baisier, brasier
il me dit baiser, je ne dis brasier.
je n’ai osié.
j’ai pensé hier qu’il fallait que je commence ma valise
mes mots comme des valises.
toujours détesté faire valises.
(va cours vole et nous venge)
l’avalyse
les chosetttes
j’ai vu des femmes comme des chosettes dans l’avalyse, comme des enfants sans père.
(quel objet est sans double : mes lettres le furent longtemps.)
la valise
Tâche : recopier ici tout ce que j’ai pu écrire autour des valises, principalement des rêves.
Toute cette angoisse, ce type d’angoisse-là, la résumer, la chapeauter de ce seul terme : valise.
( Et est-ce qu’il y aura moyen d’écrire l’avalise. L’avalyse ? )
Peut-être écrire à propos du train du livre d’Hélène Bonnaud récemment lu. Le corps, le meuble, le train. Non, ce n’est pas ça qu’elle disait, dont elle parlait, dans son livre, comment s’appelle-t-il, sur l’oubli, non sur l’attente. Monologues de l’attente.
Qui se passe dans des salles d’attentes de psy. Le train des pensées dans les salles d’attente de psy. Dans les gares aussi il y avait des salles d’attente, autrefois. Aujourd’hui, ce sont des halls. Transformés en espaces commerciaux. Plus de place pour l’attente nue.
« Il faut que vous réalisiez que ce que je vous ai dit des rapports de l’homme à son corps, et qui tient tout entier dans le fait que l’homme dit que le corps, son corps, il l’a. Déjà dire son, c’est dire qu’il le possède, comme un meuble, bien entendu. »
J. Lacan, Le séminaire, Livre XXIII, Le sinthome, Paris, Seuil, 2005, p. 154.
« Au nom de quoi peut-il dire qu’il a un corps ? Au nom de ceci qu’il le traite à la va-comme-je-te-pousse, il le traite comme un meuble. Il le met dans des wagons par exemple et là il se laisse trimbaler. C’était quand même vrai aussi, ça commençait à s’amorcer quand il le mettait dans des chariots. »
J. Lacan, Scilicet n 6/7, « Conférences et entretiens dans des universités nord-américaines », 1975, p. 42-45.
Je me suis toujours demandé pourquoi Lacan dit que « le corps, on l’a comme un meuble ». Sans doute qu’avoir un meuble m’est assez étranger, alors qu’avoir un corps m’est très familier. Le meuble a quelque chose d’inerte, de mort, c’est un objet encombrant. Alors que le corps, certes, peut à l’occasion sembler encombrant, mais on le ressent comme vivant, perméable à nos émotions, indocile parfois, et capable de toutes sortes de phénomènes qui, moi, me perturbent et me donnent le sentiment qu’avoir un corps est à l’opposé du corps comme meuble. Le mettre dans des chariots et le trimbaler, le mettre dans des wagons et le laisser trimbaler, ça m’évoque la façon dont les nazis ont traité les corps des juifs et de nombreux autres. Pas seulement comme des meubles qu’on déplace dans des wagons d’ailleurs, mais comme des corps à usages divers et plus ou moins scientistes. Ils ont inventé le tri à dimension inhumaine. Ces corps entassés dans les wagons qu’on conduisait aux camps de la mort, comme des vieux meubles encombrants qu’on entasse, c’est encore très présent dans ma perception de l’histoire familiale.
Hélène Bonnaud, Monologues de l’attente
Bref, c’est une phrase de Lacan qui m’interpelle. Le corps, le meuble, le wagon.
Enfin, je devrais peut-être le dire dans un autre ordre, le meuble, le corps, le wagon. Ça ne me convainc pas non plus. Se retrouver dans un wagon, c’est ce qui est arrivé à plusieurs membres de ma famille. On imagine le pire. Subir le corps des autres, leur odeur, leur laideur, leur angoisse et ce qu’on ne peut pas dire. Alors là, oui, son propre corps devient une présence insupportable, et pourtant il faut le préserver et c’est là que tout à coup, ce corps, le vôtre, le mien se manifeste sournoisement. Il vous vient un mal de ventre terrible, un tord-boyaux de la peur. Votre ventre fait des nœuds, des nœuds de vide, d’effroi, des nœuds de trouille aussi, on appelle ça, la trouille viscérale. Avoir un corps comme un meuble, ce serait génial. Mais là, le corps est trop vivant. Les corps sont tous vivants quand ils rencontrent la peur. Nous voilà réduits à ça, au corps qu’on a, et qu’on doit subir. Car on subit son corps. On peut le trimbaler dans un wagon, mais les wagons de la mort, on préférerait ne pas s’y trouver. Plus jamais. Le corps enfermé perd son sens et surtout, ses droits. Ses droits humains.
Elle se souvient, Hélène Bonnaud, non pas elle, son personnage, l’un de ses personnages, Louise Blanchet, dans une salle d’attente, la salle d’attente 5, d’une réflexion de Lacan sur les corps comme des meubles. Des meubles dans des trains, si je me souviens bien, dans des wagons, quelque chose qui évoque les trains de la mort, les trains des camps de la mort. Elle note ça, comment cette phrase de Lacan évoque les camps. Et elle dit : heureusement que les corps c’est comme des meubles, sinon c’est trop de vie, sinon, c’est la peur. Ce qui est très curieux comme réflexion pour moi. Ce qui se comprend dans le cadre des wagons qu’elle évoque, de l’entassement des corps dans les wagons de la mort, pour elle, les corps ne sont plus que corps, trop corps, trop en vie, trop en peur. Enfin, elle dit plus ou moins : vie =corps=peur. Ou corps=peur=vie. Corps=vie=peur (de la perdre). Et quand elle rentre dans le cabinet de celui qu’elle a choisi comme nouvel analyste, elle dit : il sera mon anti-corps. Je n’ai pu m’empêcher de penser que quand même, je lui souhaiterais qu’il lui fasse connaître un autre corps, un corps en vie qui soit de bienfaits, non de peurs.
Aussi, elle a cette expression : je me trimballe1 mon corps, qui elle aussi vient de Lacan. Train-balle.
Moi, je ne me train-balle pas mon corps — me semble-t-il. Mais je ne supporte pas du tout qu’il le soit, train-ballé.
Quand les vacances arrivent, du déplacement, ce qui m’insupporte, c’est l’impression de le subir. Quelque chose se « métaphorise réellement » d’un insupportable, que je n’arrive pas à cerner.
Et qui résonne avec ce dont il est question dans ce livre, les camps, la mort. L’attente sur les quais. La valise.
La valise posée au sol. Soulevée. Transportée, changée de main. D’une main à l’autre. Lourde, trop lourde. Aujourd’hui, la valise à roulette, tirée. Étiquetée ou pas, qui devrait l’être. Qui pourrait être volée. Égarée, oubliée, perdue. À laquelle de nombreux objets pourraient manquer. As-tu bien fait tes valises. N’as-tu rien oublié ? Que ne contient-elle pas ? La soute à bagage, le compartiment à valise. Le temps de suspens du voyage. Les bagages.
Ce qui se métaphorise ? Quoi, de soi ? De sa vie ? De son être ? De son corps ? Du suspens? Oh! temps suspens ton vol. Du déplacement ? De la vacance ? Vacance à soi ? Arrachement à sa quotidienneté ?
Voyager léger. On voudrait voyager léger. Se voit-on rappelé à son propre poids ? Rappelé à ses propres manques ? Oubli ?
Qu’est-ce qui se dé-fixe ?
S’agit il de souvenirs de vacances enfantines où l’on était subitement transporté ailleurs, dans l’inconnu, l’étranger.
Si c’est cela, précisément, qui m’insupporte, comment, à l’âge que j’ai, ne puis-je le surmonter ?
Transport dans l’inconnu. L’étranger.
Cet étranger, que métaphorise-t-il ?
Oui, mais quand on sait où on va, très bien, quand c’est un lieu où on ne cesse de retourner, pourquoi faut-il que l’angoisse subsiste ?
Qu’est-ce qui veut continuer à se réitérer. S’itérer à nouveau : une nouvelle fois avoir lieu comme si ça n’avait jamais eu lieu, à chaque fois neuf. Itération de l’oubli, de l’oubli de soi.
Alors l’étranger, le transport en wagon, comme un nom de la perte de soi, de grand oubli, de jouissance.
Jouissance, absence, d’autant plus grande si le train est train de la mort.
Tous les trains sont-ils (devenus) de la mort ?
(Une situation de la réalité recoupe quelque chose d’autre écrit à l’intérieur, quelque chose qui appartient au vocabulaire de l »inconscient. Tous les trains pour la mort. Pour toujours et à jamais. Toutes les valises ce qui s’ emporte en ces contrées. Comme disait mon père (un peu avant de mourir, et comme il sortait d’un long coma), Tous juifs. Pardon à eux. De m’être emparée de leur malheur. Je ne l’ai pas choisi. C’est lui qui m’a prise. Et les étoiles sont jaunes de la nativité.)
Légende. Nos légendes.
La jouissance est un arrachement. Dès qu’il y a valise, y a arrachement. Ça s’arrache de ce qui fait l’ordinaire substantifique moëlle : les pensées quotidiennes. La jouissance est une séparation. La séparation veut la plus grande séparation.
En tai chi, j’apprends à m’arracher doucement. J’apprends le détachement lent. C’est peut-être là la danse dont Lacan parle un peu après avoir parlé des wagons dans le Séminaire sur le Sinthome :
« Il y a quelque chose dont on est tout à fait surpris qu’il ne serve pas plus le corps comme tel — c’est la danse. Ca permettrait d’écrire autrement le terme de condensation. »
J. Lacan, Le séminaire, Livre XXIII, Le sinthome, Paris, Seuil, 2005, p. 154.
- Lacan et Bonnaud l’écrivent avec un seul L, trimbaler, je préfère d’en mettre 2, les 2 orthographes sont correctes. ↩︎
mardi 28.9.21
Hier, j’ai fermé le blog.
Après-midi Paris, après matinée parc chi
avec Alain Re
qui m’avait in
S’agissant du fait que je n’ai plus en
que je n’ai plus en vie
de voir l’analyste, eu
l’idée que
Je vais mal. Hier, j’ai fermé le blog.
S’agissant de cet été, du fait que je n’aie plus en vie
de
plus envie
de
voir l’analyste, dont je n’ai même plus
en
de citer le nom, eu l’idée que
Quelle idée
Cet été
Que cela était lié aussi aux
vacances.
Puisqu’également a
rrêté
faire tai. Cela qui probablement tous ans se ré
pète et qu’oublie j’ensuite, ridiculement. Je ne supporte pas l’ar
rêt des cours, de l’analyse. Et je combats, préviens ce
cette perte, en décidant d’a
rrêter
d’a
rrêter l’été
Cette année,
j’ai très tranquillement rrêté le tai chi. Et aussi tranquillement rrêté l’analyse d’ailleurs. Décidé d’a
A la rentrée, j’ai cependant fini par me réinscrire à un cours de tai, puis deux. Et j’ai revu l’analyste, une, puis deux.
Le problème avec l’a était cependant ré, ce serait posé indépendamment des cances, me suis a dressée, de ma plus belle
plume, à un autre a. Qui ne m’a pas ré, d’où, nant, jetzt, déprime forte.
Je ne sais quels mots mettre sur cette déprime.
Il est dû aussi à ce que ça m’enrage de voir F. jouer à des jeux vidéos toute la journée…
Samedi 28 janvier 23
— l'inhibition due à un simili travail de deuil // ce qui tient à l'ombre, tient à l'ombre avec force
samedi 28 janvier 2023
9:25 Hier, 3 gouttes + hhc (trop fort)
Dans le noir de la chambre
Étranges pensées cette nuit. Et sentiment de corps délocalisé. Je ne m’en suis pas rendue compte tout de suite, seulement quand j’ai décidé de m’éloigner de mes pensées en me concentrant sur corps. Mon corps n’était pas là où je m’attendais qu’il soit. Je voulais faire l’exercice de relaxation « lourd », lequel consiste à penser « lourd » et à envoyer cette pensée dans le corps, dans chacune de ses parties, une à une, en essayant de n’en oublier aucune, en le remontant par exemple, depuis les pieds jusqu’à la tête – orteils, pieds, mollets, genoux, cuisses, etc. Et là, je me suis rendue compte qu’il me fallait chercher chacune de ces parties. Déjà, ayant commencé par « fesses », la sensation s’est avérée très étrange. Ample, creuse, étendue, profonde, comme emplie d’un liquide foncé. L’exercice que je tentais de faire était probablement utile, par rapport aux pensées, mais cela ressemblait déjà à un état de relaxation avancé. Je me suis alors concentrée sur les parties du corps qui touchaient le matelas. Mais, lorsque j’ai voulu trouver le dessus du corps, les parties du dessus, je ne le trouvais pas, ça ne correspondait pas. Le dessus de la cuisse n’était pas en face du dessous. Et c’est sans parler de ce en quoi aurait pu consister l’intérieur. J’ai continué cependant. En me raccrochant au tantien, le centre du corps, que je sentais précisément. J’essayais soit de retrouver sensation « normale », soit de me laisser aller dans la sensation anormale.
Je suis alors allée vers des pensées assez raisonnables, il me semble.
Je pensais à la solitude, et je me demandais ce que je pouvais y faire. Sans trouver.
Je me demandais comment sortir de mon fauteuil (du coin de canapé où je passe mes journées).
J’avais eu des pensées inquiétantes quant à l’avenir et à la pension, puisque c’est d’actualité en ce moment, et au fait que je pourrais me retrouver seule et sans argent et à la rue. (En temps normal, je ne peux penser qu’au suicide comme recours, au suicide in due time.)
Je pensais à ce qu’il m’est impossible de faire, tout ce qu’il m’est impossible de faire.
Je pensais à ce qu’il m’est impossible de faire parce que j’attendrais de ma mère qu’elle le fasse pour moi (le maintien nécessaire de cette dépendance) et l’angoisse qui me prend dès que je prends son rôle. Et la peur de rater.
Cette relation de dépendance est (au fond) désangoissante pour moi.
Sortir de ce rôle, de ce schéma, c’est l’angoisse absolue.
Il arrive pourtant que j’y arrive.
Mais c’est peut-être plutôt quand F n’est pas là.
Comme lorsqu’il était à la clinique.
l’inhibition due à un simili travail de deuil
Dans le deuil, nous trouvions que l’inhibition et l’absence d’intérêt étaient complètement expliquées par le travail du deuil qui absorbe le moi. La perte inconnue qui se produit dans la mélancolie aura pour conséquence un travail intérieur semblable, et sera, de ce fait, responsable de l’inhibition de la mélancolie. La seule différence, c’est que l’inhibition du mélancolique nous fait l’impression d’une énigme, parce que nous ne pouvons pas voir ce qui absorbe si complètement les malades.
Sigmund Freud, Deuil et mélancolie
Je pensais à l’inhibition, à ce que j’avais lu hier dans Freud sur la nature inconnue de ce qui mobilise tellement le mélancolique dans son « travail de deuil », travail qui évoque la façon que j’ai de me consacrer à ma maladie, d’une certaine façon. Je me consacre à quelque chose, mais à quoi ? Qui paraît vital. Et dès que je m’éloigne de cet effort, de construction peut-être, comme lors des vacances, des voyages, l’angoisse me prend (m’avale). La certitude est que je ne dois pas me relâcher, que je dois me maintenir dans un effort, d’analyse, et ce que je fais en ce moment en écrivant le matin, ou plus récemment dans le blog, ce que j’aurais fait si j’avais été artiste, évoque ce travail de deuil. Être artiste m’aurait offert une identité, et cette identité est inacceptable (apparemment, inacceptable, quelque chose en moi n’en veut pas, contre quoi je sans recours).
Il s’agirait de trouver son identité à l’intérieur de cette identité manquante, absente, de trouver son identité dans cet effort-là. Et dès que je sors de cette quête, angoisse. De trouver son identité dans cette quête : ce que je fais, mais pour moi seule, une identité sans reconnaissance, secrète. Une identité aussi de malade, de cas (K), dont j’espère trouver un jour (pendant longtemps j’ai espéré) la description du fonctionnement dans un livre.
En quoi consiste cette identité absente : en l’impossibilité d’accoler mon nom à tout le reste de moi, de ma personne (corps, voix, etc.) et à tout cet effort, d’assumer en mon nom, cet effort, ce travail, qui est travail de soute, de souterrain, je suis souterraine. Qui est travail de soute et doit le rester. Je suis rate. Travailleuse de l’ombre, rate. Rat au féminin. L’affamera. La femme rat. C’est en cet effort que consiste mon identité. My true identity.
(Imaginaire.
Je suis, comme mélancolique, censée être en manque de consistance/d’identité imaginaire. Mais je ne comprends pas ce que ça veut dire, enfin je comprends que chez moi quelque chose tente de faire tenir ensemble le réel et le symbolique, sans la possibilité du recours à l’imaginaire (qui offrirait la structure, la structure en 3D). (L’imaginaire – L’image – Le corps – L’habit.) Ce blog, de par son épaisseur, sa monstruosité même, m’offre un semblant de structure imaginaire, avec ses couloirs, ses détours, sa toute écriture, sa partout écriture, mais illisible, sinon pour moi seule). L’identité manquante, ce que j’ai à forger pour y pallier, c’est de ce côté là que ça se trouve. Autre exemple : le tai chi m’a fourni un moment corps imaginaire par sa façon d’aller toucher directement le corps, d’y tracer par la sensation des circuits symboliques (circuits remontant à des temps immémoriaux) et de le recréer « littéralement », de le recréer en 3D, et en ne le limitant pas au sac de la peau, en incluant, à l’envi, la possibilité de l’infini, et de lui prêter une conscience, aussi, une conscience-à-soi, et de le donner comme source de bonheur, de plaisir.)
Mais quel rapport avec ma mère? Et l’identité trouvée dans ma dépendance à elle?
Cette identité la maintient à distance, nous met dans un rapport. Qui vaut mieux que l’absence de rapport, que l’identité, l’identique, le même.
Donc, il y aurait le travail de maintenir cette dépendance, afin de n’être pas engloutie par l’identité à elle, l’être elle, qui serait un trou. Puisque la dépendance nous donne un rôle à elle et à moi.
Tout en cherchant à trouver une identité viable qui me permette de sortir de son sillage.
Or ma mère prit en charge tout ce qui concerne le nécessaire, le besoin, le réel en deçà de sa sublimation ou de son idéal. C’est une tentation une tentative de le dire. Elle a dédié le sublime à mon père et a pris en charge tout son deçà. D’où ma tentation de restituer ou d’apporter à cet en-deçà sa lettre sublimatoire, sa place du côté de l’idéal. De sorte que je puisse à mon tour l’assumer, tout en me distinguant d’elle. (Non pas y chercher l’indigne (mais l’insigne)). Ce que je fais, je veux faire, l’histoire de l’art, l’histoire tout court, l’a pourtant fait, déjà, avant moi. Mais il semble bien, que ce soit toujours à refaire. Qu’il y aura toujours de l’un peu plus sublime pour faire de l’ombre à ce qui ne vit que de cette ombre faite. Et dans cet effort, j’y perds beaucoup. Dans ce combat avec moi-même. Car ce qui tient, à l’ombre, tient à l’ombre, avec force. Et je pense que c’est cette force-là qui me précipite dans l’oubli des événements aussi bien que des mots. C’est une force anti-idéal. Une forte force. Or, là même, en cet instant-même, elle ne s’énerve pas, elle me laisse l’écrire. Jusqu’à un certain point, elle se laisse passer à la métaphore. Tout va bien tant que je ne parle que pour moi. (Quel rapprochement possible avec la féminité et le féminisme (et le Japon, et la Chine, et les arts martiaux)? )
J’élucubre ça maintenant. Et cette nuit, par rapport au fait que je ne pouvais pas être ma mère et donc faire ce qu’elle faisait, et par rapport au fait que ce qu’elle avait fait dans une sorte de sentiment de service à l’autre, de sacrifice, et dans un mépris intégral de sa propre personne, il y avait l’idée que je pouvais en sortir, peut-être, puisque telle se dessine ma volonté, en poursuivant et consacrant ce travail de restitution de valeur et de dignité aux tâches à raz du réel auxquelles elle se consacrait. C’est-à-dire de consacrer la grandeur de ces tâches. Et donc abandonner l’idée de désidentification d’une mère, pour se maintenir uniquement à la hauteur du réel. Je vois bien qu’il faudrait pouvoir préciser davantage, mais pas pour le moment. Choisir le raz du réel, s’y tenir, c’est n’avoir pas d’autre choix, c’est choisir d’attribuer une valeur à ce réel.
Faut-il qu’il y ait (encore) de la grandeur ? Qu’il n’y ait plus la jouissance de l’indigne (au moins, à tout le moins). Et puis, pouvoir survivre (à tout le moins).
Et ce sacrifice de ma mère, curieusement, paradoxalement, me dégoute à un point, m’angoisse à un point, que j’en suis définitivement préservée – me semble-t-il. N’être pas elle. Malgré que je sois poursuivie par la culpabilité de ne pas le faire, ce sacrifice. Et malgré qu’il trouve d’autres guises, ce sacrifice, pour se faufiler, s’incarner dans ma vie. (Ainsi, il m’est de plus en plus difficile d’imposer un choix à moi, comme par exemple choisir un film, mais c’est, me semble-t-il, je l’espère, superficiel, et c’est pourquoi j’ai tellement besoin d’être seule.) Par ailleurs, je sais, je sens bien, que tout cela pourrait trouver encore à s’inscrire dans une histoire féministe. Or, il me semble que pour le coup j’y sacrifierais quelque chose de ce que je tente d’écrire ici. (Pour moi ce qui s’impose, de se conformer à un rôle, à un rôle dans la soumission, dans l’effacement, ne tient pas, ne peut tenir uniquement au patriarcat, à moins que je ne méconnaisse complètement la nature de ce patriarcat. Pour ce qui est de ma mère : elle a été angoissée, mais elle a été heureuse, vraiment, elle n’a jamais cessé de nous aimer, elle nous a toujours aimés, nous, ses enfants, son mari.) (et ce qui en moi tient à l’ombre, dont j’ai parlé plus haut, n’est pas un rôle acquis, n’est pas l’assimilation de la place des femmes dans la société, c’est autre chose, cela j’en suis convaincue.)
J’ai déjà écrit ça.
L’idée, cette nuit, était de trouver à me dégager de l’angoisse où me plonge n’importe quel faire. et la reconnaissance qui pourrait s’ensuivre. (reconnaissance où ce qui ne supporterait aucune reconnaissance sauf à être reconnu comme méconnaissable ou infâme ne s’y retrouverait pas et combat fortement.)
Je n’ai de solution que par ce que j’appelle le réel. De toutes façons. Je n’ai que le raz du réel. C’est-à-dire chercher à faire le ménage dans la nudité du geste, dans l’oubli du passé, et dans une volonté de consacrer ce qui simplement va vous permettre de continuer à vivre, assumer votre subsistance.
C’est ma limite possible à moi. Ce serait.
Je ne suis pas, jamais, sortie d’une certaine famille. Je n’ai pas grandi. Je suis toujours ramenée en arrière.
Me lever, saluer Jules.
#02 | de la préparation du lieu
Atelier François Bon #02 | du lieu au personnage, via Jane Sautière et les cartes postales de Balzac (18 juin) . Ecrit à Brux, le 5 août.
Nous aimerions qu’il y ait un lieu
Pour aller vers le récit, allons d’abord vers le lieu.
Tout d’abord, il n’y en n’a pas. Au départ. Il n’y a pas de lieu.
Nul lieu qui soit identifiable.
Au départ, il n’y a nul autre lieu que celui de la présence et de la sensation.
De la présence et de la sensation corporelles.
Il y a la pensée aussi, comme lieu, comme lieu d’habitation.
Comme lieu de sensations.
Plus largement, le langage.
Le langage est lieu d’habitation.
Autour et en dedans du corps de la présence, il y a la possibilité du silence.
Même au cœur de la rumeur, de la rumeur de la ville.
A parler de la rumeur de la ville, voilà que commence à se fixer le lieu, à l’arrêter.
Dans le lieu, il y a l’habitation d’un bruit quand il traverse le ciel ou une rue au loin, et que cela est rugueux ou métallique ou sourd.
Les lieux dépassent toujours un peu. Dépassent toujours un peu complètement. Les lieux sont aussi ceux de la douleur ou du cri. Les lieux sont aussi ceux qu’elle quitte, dont elle claque la porte.
Il y aurait bien cependant quelques lieux mieux circonscrits, des lieux comme des territoires habités par des chats.
Oui, c’est cela, d’abord occupons-nous des lieux des chats. Des lieux animaux.
Et il y a la circulation entre les lieux. Impossible (chuchoté). Il y a le transport entre les lieux. Les déplacements. Les valises et les trains. Il y a le passage d’un lieu à un autre. La perte de soi. A chaque déplacement, la perte de soi. Les murs quittés comme sa propre peau quittée.
Il y a les valises que l’on fait à la hâte et dans un temps qui paraît infini, les chaussettes jetées dans la valise, les maisons que l’on ferme. L’angoisse extraordinaire qui s’y lie. Le voyage toujours involontaire, toujours vécu comme un arrachement.
Elle est dans cette valise au bout d’un bras que l’on transporte au-dessus du vide. Elle est chosette dans la valise. La délocalisation.
Et puis, le moment de suspens, extraordinaire, une fois dans le train ou l’avion. Ou le tram. Ou simplement à marcher, entre deux points. La soudaine liberté alors.
C’est alors comme si elle était tenue ? Tu dirais ? Tu dirais, c’est comme si elle était tenue, là, entre deux points, dans un compartiment de train. Elle s’est quittée, elle s’est libérée d’elle-même. Et alors ? Je voudrais dire : l’abandon. Et alors ? Je voudrais dire : la vue. Voir. Elle voit ? Hors de chez soi, dans l’étranger, soudainement elle voit. Et chaque moment de sa vision est caresse qu’elle reçoit de toute elle. Tu sais bien, le vent, les jambes, la générosité ressentie du monde. Avoir un corps ? Elle n’est plus elle. Elle n’est plus elle-même. Alors, l’abandon, la possibilité d’abandonner ? Mais quoi ? La vigilance, la construction, le travail, la défense. Tout ce qu’elle construit dans son nid.
Oui, l’angoisse précède le départ, l’angoisse est celle de la valise, du déracinement, de l’abandon de soi. Une fois arrachée à la terre : elle flotte, elle est dans une autre immobilité, c’est autour d’elle que cela bouge, son visage qui se reflète dans la vitre du train où il est appuyé. Elle est le lieu où elle habite. Là-bas, les murs, le sol, étendent son corps. Ici, c’est ce qu’il y a de l’autre côté de la fenêtre qui étend son corps. La pluie, de l’autre côté de la fenêtre, qui tombe en paquets silencieux : son corps, sa vue (la bienfaisance).
Écrire depuis un lieu de retrait. Où les lieux peuvent être sans nom. Où la vue est réception, où l’on met parfois des virgules et des majuscules, où le temps passe lentement. Écrire pour dresser les termes de ce lieu. Pour parler à quelqu’un.
Ce constat fait, il faudra cependant y revenir, ouvrir. Faire une brèche dans l’opacité du tout. Étendre, encore. Risquer autre chose. Au hasard. Trouer, s’avancer. Faire une brèche dans la lumière, qui contienne la lumière même, qui l’étende, la tire à l’intérieur d’elle-même. Pénétrer le dehors pour y créer du dedans emportant le dehors à sa suite. Peut-elle le faire ? Elle peut le faire.
Soi comme dehors, comme ouverture. Ouvrir l’ouvert en un point, en un point du partout plein, le pénétrer, créer dans le dehors qui est soi, du dedans entraînant le soi de dehors à sa suite.
Ça n’est pas très important. –
Faire l’exercice de consentement, nommer, y consentir.
Trouver le moyen de consentir. Invoquer la magie.
Ou juste écrire.
On le fera.
Plus tard. On nommera la maison, celle qui est déjà là, dont les images appellent, rappellent. On nommera la maison dans cette rue. On verra si on y trouve encore quelqu’un. Dire un peu plus de cette présence, féminine.
On verra si l’on peut consentir à nommer.
Délires / Souffle
Bruxelles, bout de la nuit d’insomnie, agenouillée au pied du canapé.
Encore un atelier où j’aurai dû commencer par ruser. Où j’aurai dû commencer par nier. Nier la possibilité d’un lieu. Nier le lieu. Cela s’est imposé. Après des jours d’élucubrations inabouties, de mâchonnages.
Peut-être qu’il n’y a pas de lieu au corps qui n’a pas nom.
Ou de lieu qui ne soit de l’étendue de son corps. Ou encore, et c’est moi qui découvre : qu’il n’y ait à ce corps d’autre lieu que celui du langage, tant qu’il est à portée de corps. Ou d’autre lieu que celui de la pensée. Ça serait à cause de la précédence de la sensation sur le nom, la sensation sans nom. C’est une hypothèse.
Avant l’annonce de tout lieu, il avait fallu poser cela. Un écart du monde.
Ce n’est pas qu’il n’aura pas de nom, le personnage, il en a.
Si ce n’est que ce nom lui aurait été posé dessus comme l’étiquette du boucher sur le bout de viande de son étal. Quand bien même ça serait son préféré, au boucher, quand bien même il n’est pas loin de s’en montrer jaloux, lorsqu’il le pose son bout de bidoche, qu’il y appose son étiquette, il omet de la lui enfoncer et donc du bout préféré l’étiquette tient mal et à la première porte claquée – cette porte du boucher ne claque pas, au premier vent engouffré, bourrasque… Hélas. Avait t il craint de la blesser, le boucher ? A moins, qu’il ne l’ait juste pas du tout mise l’étiquette du bout de bidoche précautionneusement posé sur le marbre, caresse rapide filée de sa poilue paluche, qu’il se soit dit Ma foi si ça ne se trouve point besoin d’étiquette, chacun reconnaîtra bien ma bavette, mon tendron, mon alouette, ma fausse araignée. Si ça se trouve…
Et donc à un corps précairement nommé, il faut commencer par dire quelle sorte de lieu est encore possible. Il faut prendre le temps de cette énonciation d’un lieu possible, d’un lieu existant. Celui du corps à sensations.
En vérité, peu de noms de lieux ne l’ont jamais fait rêver. Ledéplacementa toujours fait obstacle. Et c’est pourquoi, comme je l’ai déjà dit, je pars peu en vacances. L’autrice ne part pas en vacances. Ou pas volontiers. Donc dire la possibilité, dire la permission, au monde, de l’a-géographie, de l’être a-géographique, c’est un objectif, à l’autrice. Dire l’adhérence à soi, à son lieu.
Comment dire l’immobile. Qu’est-ce qui dit l’immobile ?
Évoquer pour le personnage la possibilité de sortir de lui-même.
De rentrer dans le monde.
C’est donc un texte aussi sur le dedans et le dehors, et c’est un texte qui doit être relu, parce qu’il a trop de mots. Il faut sabrer là-dedans, épurer.
Encore une fois, la consigne m’a confrontée à quelque chose que j’ai ressenti comme impossible, il faut des jours et des jours pour se confronter à ça. Et finalement foncer tête baissée, au petit matin d’une nuit d’insomnie, sans avoir jamais réussi à penser la chose. Et ce qui est sorti, c’est ce texte, donc, encore une fois, il s’agissait d’une invention.
Et l’apparition de quel personnage déjà là ? Selon la consigne : non pas description, mais déambulation d’une conscience, d’un regard caméra, vers un lieu, et, dans l’arrivée au lieu : découverte d’un ou plusieurs personnage(s) déjà là.
13 avril 07h24 // encore encore réfléchir aux valise, juste avant de partir
réveillée vers les quatre heures. beaucoup pensé à l’atelier TL, à ce qui s’y passe, à ce que j’y fais. pas seulement écrire, lire aussi. aux rapports avec les autres, aux zooms du lundi. à ma première expérience des ateliers, qui remonte à l’été 2023, à la façon dont les ateliers étaient alors devenus difficiles pour moi. la façon dont je m’y étais confrontée à des impossibles, à mes impossibles. à certains de mes impossibles. la surprise que ça avait été. l’invention que ça requérait. le temps.
tout ça probablement parce qu’hier, passé la journée à relire dans le blog tout ce que j’avais déjà écrit autour de la valise, tentée que j’étais de trouver le moyen d’éclairer ce qui m’avait paru insaisissable dans l’atelier Moments, pour me rendre compte que j’avais déjà tenté de traiter ça au sein de l’atelier Tiers Livre, en août 23, lors de l’atelier Roman.
j’ai alors relu certains de ces textes et j’avoue être assez gênée d’avoir publié ça… intéressant probablement pour moi, mais rien de publiable, rien de lisible pour une autre. évidemment, je me suis prise au jeu, j’ai commencé à les retravailler. et je me dis que c’est peut-être le moment de m’y remettre. à les relire, par contre, je suis contente de mes « scholies » ou codicilles, qui me rappellent assez bien les circonstances de l’écriture, les écueils rencontrés, dont je trouvais à l’époque l’exercice d’écriture aussi important que celui de l’atelier proprement dit (il faut dire que c’est l’écriture analytique que j’ai l’habitude de pratiquer).
aujourd’hui, départ pour Donn. non je n’en fais pas une maladie. plus. je ne fais d’ailleurs plus que bouger en ce moment. valise ne me fait même pas peur. je ne prendrai presque rien. nous ne sortons pas plus à D qu’à Paris. sinon au jardin.
c’est une question que je me suis posée, me relisant hier : est-ce que la valise est difficile parce que je ne sais quel vêtement y mettre. de la même façon que je ne sors pas parce que je ne sais comment m’habiller? partir en vacances, c’est aussi avoir à beaucoup sortir, à ne faire d’ailleurs que ça. et donc à chaque fois avoir à préparer son image pour le dehors. problème d’image donc et la peur de manquer de ce dont je pourrais disposer chz moi pour l’aménager, cette image, le vêtement, l’accessoire.
or, il y aussi le problème de l’interruption. de l’interruption du travail, de l’effort dans lequel je suis constamment et que je décris très bien là, dans ce texte sur l’inhibition. la peur de l’interruption de je-ne-sais-quel travail dans lequel je suis tout le temps. et de l’oubli qui s’ensuivra. il n’est pas rare, il est même constant, qu’au retour de vac je sois confrontée au problème de ne plus du tout savoir qui je suis. et c’est alors très désespérant. (je devrais apprendre à m’y faire. mais je ne m’y fais pas. enfin, au moins je suis prévenue, je sais ce qui m’attend, et cela s’allège avec le temps.)
— qu’est-ce qui est bon dans ce qui est bon : que cela arrive ou que viennent les mots pour le dire? la photo pour le montrer ? —
je ne supporte pas les changements de lieux. j’ai écrit 1000 choses là dessus, toujours cherchant à le traiter. et la valise « subsume » ça : le sentiment d’être transportée, arrachée à ce que je suis, déracinée, menée ailleurs. et que ça ne soit jamais de mon plein gré, de ma volonté. bon ce que j’écrivais hier est exagéré, sans doute, sur l’identification au lieu, sur l’arrachement du domicile, sur ce que je deviens hors de chez moi. exagéré, raté et tentant néanmoins de cerner quelque chose. car il est vrai qu’une fois sortie de mon immobilité, une fois sortie de mon domicile, de ma demeure, autre chose advient/surprend/envahit une liberté, disais-je, une vacuité/vacance/joie prise dans le bonheur de voir, la vue, le regard que je retrouve, qui reprend tout. et c’est ce dont je ne reviens pas, dont je mets du temps à revenir. c’est ce qui fait que je me quitte. c’est tout ça que je voyais sans pouvoir le résoudre dans ce texte 08 Moments d’entre-deux. c’est ce que j’espérasis pouvoir confronte à nouveau dans le texte valise que je projetais comme atelier 09 (et que j’ai foiré).
donc non, tous les trains ne sont pas pour les camps, comme j’ai pu l’écrire. pourtant il y a dans l’arrachement vécu, dans l’angoisse qui précède cet arrachement, quelque chose qui rejoint ce qu’elle reprend des termes de Lacan sur le corps réduit à un meuble, poussé dans des wagons, traité à la va-comme-je-te pousse. se voir réduit à ce que l’on est sur pied, à son seul corps, sans aucun autre avoir — se voir réduit à l’être-corps, qu’elle ressent comme effrayant. enfin, je crains d’avoir exagéré le rapprochement. je ne connais pas la peur que décrit Hélène Bonnaud. cependant que mon imaginaire est tel qu’il est plus que probable que je ne puisse voir un wagon ou une valise, une de ces valises à l’ancienne, tenue à bout de bras, sans que la carte « camp » ou « camp de la mort » ne s’allume en moi.
Je ne pense pas que je trouverai jamais la formule qui dise ce qui m’arrive, l’angoisse, quand je dois partir en vacances. qui fait qu’aujourd’hui déjà un coin de ma tête angoisse, frizze, à l’idée du voyage à faire fin août.
Sinon. Si je devais réécrire l’atelier Peurs, je pourrais ne garder que la peur de la mort de F. d’avoir à rester après lui. sans lui. nous nous aimons beaucoup en ce moment. dans le vieillissement. nous le voyons, y assistons. nous nous moquons, nous nous faisons rire. il me fait beaucoup rire, c’est très délicieux. on se sent seuls, à deux, ensemble. c’est depuis qu’il est à la retraite. ça ne correspond pas tout à fait à la réalité. ça correspond à la réalité de la mise à la retraite. et des gens qui se lèvent dans le métro pour céder la place. ce qui a accru mon amour pour lui, et qui l’accroit encore, c’est d’être face à ça. Le vieillissement, la maladie, la mort. l’un d’entre nous survivra à l’autre. désolée, mais j’espère que ce sera lui. qui survivra.
je dois arrêter le travail pour l’atelier et passer au travail pour l’expo. est-ce que c’est la peur de ça qui m’a réveillée cette nuit. la peur, l’angoisse.
#boost 09 | moment valise — I try to be another dancer
le haut de pijama déjà plié et déposé sur le lit ouvert encore, devant lequel debout je me tiens, dos à la fenêtre matin gris parisien. il fait froid, un peu, il fera beau paraît-il. la veste à peluches de chez Uniqlo qui n’est plus douce, je la ferme, je la plie, ok, pour la valise. je la pose à côté du haut de pij. elle appartient à ma mère (à qui je dois la rendre, je la lui dois, devoir quelque chose à sa maman, ma fille est une voleuse, une veste de type « polaire » que je n’aurais jamais cru porter un jour, que je porte maintenant, par amour peut-être ou autre chose, depuis que je l’ai empruntée à ma mère un soir où dans sa chambre j’avais froid, qui ne me quitte plus, que F n’aime pas, qui a peut-être été fabriquée par des enfants ouïghours, que ma mère avait reçue de ma belle-sœur qui lui en a offert deux, on en porte chacune une ma mère et moi, elle la verte, moi la violette, sauf que la sienne la verte a disparu. parfois je suis habillée tout en Uniqlo et mes valises sont devenues plus faciles à faire. passer à l’uniforme. fin de la parenthèse.) je compte les jours. quel jour sommes-nous mais quel jour sommes-nous. consulter le téléphone. 2025, avril, 13, dimanche. jusqu’à mercredi on a dit. lundi, mardi, mercredi. trois slips / chaussettes. je prends celles un peu brillantes. eh bien, non, d’angoisse pas la moindre trace. réveil à 4 heures cependant. mais, Donn, c’est facile. on y vit comme à Paris. on ne sort qu’au jardin et au supermarché du coin. on y est plus sauvage encore qu’ici. j’y fais plus de ménage. je ferai du tai chi. est-ce que je m’angoisserai encore pour le jardin. (tout ce là-bas que nous n’arrivons pas à entretenir, faute d’argent ou à force d’aimer nos ordis. ce legs par moi privilégié de ma belle-maman, ses meubles, ses murs, les histoires qu’elle m’en a dites, le jardin et ses hectares qui offrent tant de travail. ce domaine/corps. ce fabuleux domaine/corps, l’abri où y est du regard.) je m’habille, là, je veux dire ici, à l’instant. vérifier la météo. hm. moyen. et orages mercredi. livres ? Durif et Kafka vie, tome 2. trousse de toilette, chargeurs. Mac, carnets de mon père. vernis à ongles pour la voiture. (je mets toujours tellement de choses en réserve pour la voiture: livres, ordi, vernis, vidéos que je voudrais écouter, plus l’attention que je voudrais donner à f, etc.) quel nouveau carnet? le précédent est terminé. le tee-shirt I try to be another dancer. le tee-shirt Rio de Janeiro. ce tee-shirt de mon beau-père est si plein de cette façon que j’ai de me débarrasser des choses auxquelles je tiens le plus, que j’ai le plus voulues. de la valise, je deviens une vraie pro. est-il un vêtement que j’ai envie de mettre ? eh bien oui, bizarrement. le pantalon de sport bleu marine en matière synthétique un peu bruyante, trop léger d’ailleurs et que je ne mettrai pas. je m’imagine dedans, je vois, je sens : trop grosse. comment réorienter mes pensées vers l’amaigrissement. quel poids pesai-je, quel poids puis-je bien peser. pas la tête à ça, pas l’espace mental. ça sera pour quand vraiment j’en pourrai plus, qu’il faudra tout éliminer (je parle des pensées), le recours alors à l’obsession du poids pour tout dégager, le recours à la mesure, retourner au modèle de base (pour un corps). quelles gouttes, quelles potions ? ou aucune ? je trouve un vieux carnet abandonné à la moitié, un carnet blanc acheté à Tokyo, que je trouvais si joli que je n’osais l’utiliser, où j’ai finalement écrit au crayon-papier. où sont les crayons, j’ai perdu tous mes crayons, ils ont tous disparu. me brosser les dents. je me suis vue dans le miroir de la porte de la salle de bains : ça allait. drôle de bruit du jeu vidéo de F. je prends le livre sur Ed Atkins. les écouteurs. je me rince les dents. je réfléchis. ma valise est finie. ma bouche s’ouvre, ça chante : laisse un peu dormir ta peine. je vais chercher la valise, je l’ouvre au salon. voilà ma moitié, voilà la sienne. quelques trajets, salon-chambre. je pousse des petits cris rauques, je souffle. plus qu’à faire la vaisselle et le sac de bouffe.

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photos toutes floues dans le bas, bizarre. et mal cadrées…
codicille : pas trouvé le moyen de me rapporcher de la consigne. pa sans avoir cherché. c’est trop long en plus. enfin, j’ai essayé.