samedi 8 février 2025 · 21h24

#boost 00 | parc

premier atelier du cycle. « Bailly, rue du Bout du Monde », à partir de Jean-Christophe Bailly, Le dépaysement (Seuil, 2011).

codicille: reprise par ce sentiment d’aller à rebours de la consigne. j’y ai à nouveau fait l’épreuve de ma résistance face à la nomination d’un lieu, face au nom propre. résistance invaincue, qui cherche ses termes de remplacement, en trouve de provisoires ici . il fallait ce recours à l’expulsion de soi pour y parvenir. l’établissement de cette fiction. impossible à relire. insérer peut-être encore la première impression eue lorsque j’y étais, du parc de Blow Up. j’ai pris des photos, toutes ratées, trop sombre, je n’y arrivais pas.
circonstance : il y avait des deuils, du deuil, des larmes qui ne sortaient pas et j’avais eu besoin, j’ai eu envie de risquer l’ouverture d’un espace à moi, espace que trop prise par de multiples obligations, je n’arrivais pas à me créer. c’est la raison pour laquelle je me suis ré-inscrite à l’atelier d’été de François Bon, atelier cette année intitulé BOOST. et alors, tout de suite, l’envie d’une complainte d’amour, tout de suite, le désir de … débusquer le deuil à déplorer, de débusquer un deuil à déplorer. le deuil déploré. me servant artificiellement ce que je venais de vivre, de ce que je vivais.

source : https://www.tierslivre.net/ateliers/boost-00-bailly-rue-du-bout-du-monde/

sur le site de l’atelier du Tiers Livre : https://www.tierslivre.net/ateliers/boost-00-parc/

dimanche 9 février 2025 · 12h27

#boost 01 | champ de terre

pour le moment je ne connais de terre que celle comme une mer où l’on se noie. 
un champ visqueux de terre retournée abandonné brun sous un ciel bas. un vaste champ de guerre, de deuxième guerre, un champ de terre de guerre, un champ d’hiver, de courtes vagues noires  et brunes que ne ponctue plus aucune écume. grand champ de terre d’une guerre disparue que couvrent aujourd’hui les gravats.

terre de guerre où tu t’enterres 
terre où tout s’enferre 
imagine, de glaise tu te lèves 
ils se lèvent de glaise 
zombies de l’espoir de l’histoire vers le soleil couchant 
leur clin d’œil jeté vers toi
toi qui spectre le tableau

rappelle la mère rappelle le fils
dis-leur que tu viens 
pour le café le gâteau la vaisselle
rappelle le père mort et l’amant ton double
rappelle et dis : voilà, maintenant je suis toute de glaise et levée 
au frère tu glisses : j’apprendrai à m’habiller 
ce corps de terre 
à la mère tu dis de bonne terre à laver
à l’enfant tu dis de bonne terre à jouer
à l’amant tu dis à pétrir à jouir
au ciel à graver à écrire 
à la terre à taire 
et à l’épouvantail les épouvantaux à parler

terre oh terre pourtant terre encore et encore je m’abreuverai de ton eau, je nourrirai ton champ de bruine 
et les syllabes sans orthographe 

samedi 15 février 2025 · 16h40

#boost 01 | nuit d’été

ST2 / liminaire

Dans terreur, il y a terre. Cette nuit-là, j’entends : dans terreur, il y a terre.

ST4

Erre : lieu d’errance. Ton erre favorite. Comme une erreur.

ST2

Vers les trois heures, j’ai ouvert à la terreur des coupables, mon maître. La nuit avançant, à entendre ses jugements sévères, j’ai eu besoin de mordre, de mordre la poussière, et j’ai mordu la terre, sa pomme. Elle était fraîche et boueuse et je me repaissais loin des regards, avilie, les yeux sur la fenêtre ouverte à l’absence des dieux et des pierres des yeux. Dans la chambre flottait les cendres d’une fine lune. Je roulais au sol.

ST4

Atterrer. D’abord, ça a été littéralement « mettre à terre ». C’est petit à petit que s’est insinuée la notion d’abattement psychologique intense proche de l’effroi, de la stupeur, voire de la terreur qui cloue au sol et empêche de bouger. Illustration, dans l’évolution de la langue, d’un passage du concret (renverser physiquement) à l’abstrait (accabler moralement). L’évolution inverse se voit aussi (ainsi ce soir-là, cette nuit-là, le corps écoute la langue.)

ST2

Ce soir-là, cette nuit-là, la langue est de terre. Et la terre se fait langue. Et la terre se souvient de toutes les terres de la terre. Et le corps est pris par ces souvenirs de la terre. Passée à la langue, la terre en perd son orthographe. La terre n’est plus qu’ouïe. Je l’entends entendre, ça fait un grand silence qui agrandit la nuit.

ST1 ST2

Au travers des plafonds et des planchers, au travers des vides, la terre fait son travail et me supporte. Je comptais sur elle, il me semble que je la savais. N’étais-je elle. Il faisait si noir. Je laissai les invocations. Il y avait. Ce qu’il y avait. La forte présence des grands champs retournés à quelques mètres de là. Leur odeur. Les terres éventrées où je me baignais. Les volées de coups de bêche encore en mémoire. Les brèches ouvertes. Lait noir jusqu’à la nausée. Tout suintait et mes aisselles. Les cuisses de presque quel corps je dirais collaient et je tirais à moi une couverture inutile et rêche. Ne méritant plus rien, vers les cinq heures, la terre m’avait rapatriée à sa version sale de la cave, version noire humide obscure propice peut-être aux rats que je n’avais pas vus. Mais au matin tout a changé. Vous savez le changement du matin. L’astre se levait, de nulle part, du fond de la fatigue, je revenais à moi dans la douceur de la chambre aux murs roses, sous les fenêtres blanches, la juste terreur conçue de mon crime s’étant évanouie, emportée par les brumes de l’aube naissante. Dans le chant des oiseaux, je regardais la lumière arriver. Lait blanc du jour.

ST3

Quand tout l’or du monde fut installé, j’ai coulé dans les escaliers toute ma masse molle, coulée marche à marche, c’est un chat qui m’avait enseignée, vers la porte et le dehors, les escaliers encore puis la terre, enfin, la terre, la terre, enfin, dont je ne sais encore que dire tant j’étais encore moi, je dis tant j’étais encore moi-même, vous comprenez, me décidant cependant – comme me saisissaient sa fraîcheur sa dureté son étrangeté – à prendre possession d’elle, la terre, à me glisser sous le masque de son altérité. Ici, tout est difficile à dire, car la terre à cet endroit est parcourue de plantounettes fines, je les appelle ici ainsi faute de connaître leurs noms, de milliards de plantounettes où trainaient également feuilles et branches sèches, coques abandonnées de noisettes. J’étais arrivée à ce que j’avais voulu, l’oubli, sans plus, mes doigts agrippés dans la terre, j’y coulais. Vous savez bien comment on fait, on y va un os à la fois, où quelques os à la fois, et puis les muscles, les muscles par paquet, les faisceaux de muscles, le seau de la peau, sa nasse, on les confie au grave, à la gravité de la terre et on s’enfonce, on s’étale. Bref.

ST4

Se terrer  : « Être terré, être couvert de terre.  Se terrer, se cacher sous terre, en parlant de certains animaux.  Se cacher à l’abri du danger ou vivre hors du contact avec autrui ». Mais encore : « Se mettre à couvert du feu de l’ennemi par des travaux de terre ».

ST1

Les travaux de la nuit portèrent. Je ne basculerais ce jour-là dans aucune tranchée. Je resterais beaucoup allongée assistant depuis le sol à de nombreuses joutes de lumière, de véritables tournois. Mais aucune tranchée de terre ce jour-là ne me prendrait, je ne serais alourdie d’aucun casque ni barda, j’écrirais au soleil dans le sable du bord de l’étang. Il n’y aurait  ni ennui ni guerre où m’enfoncer ni ver à mâchonner. Aucun cauchemar vivant. De quelques vêtements allégée, j’aurais regardé à travers les roseaux, le chêne ployer. Aurèle aurait dit : c’est la terre à l’envers, aujourd’hui. C’était la terre à l’envers. Non que je tienne à tout prix à terminer sur une note gaie. Pour ce jour-là, c’était assez.

*

Codicille : Ma 2ème proposition pour l’atelier « Tarkos, 4 strates ». Premier jet écrit lisant Tarkos. Écrit au départ de ce bout de phrase qui me revenait « Dans terreur, il y a terre » que j’attribuais de façon en partie erronée à Lacan dans le séminaire 2, son travail autour du « famillionnaire », qui m’a amenée à rechercher les étymologies d’atterer. Voir : https://www.littre.org/definition/atterrer  Ces recherches ont fait mes S4, qui ont guidé l’ensemble, jusqu’au bout. Je voulais de l’état de terre, me laisser guider par le « ter » de terre, de terreur et d’atterré, le ter qui résonne aussi avec le taire. Et quand j’ai visité la page de la terreur dans le Littré et que je suis tombée sur : « Il est la terreur des coupables, se dit d’un juge sévère« , le texte était lancé. (J’avoue j’avais aimé aussi : « Il y a des maladies qui atterrent jusques à nos desirs et nostre cognoissance« .) Au bout de quelques jours, une nuit, je me suis effrayée du manque de la terre, de l’artificialité de ce que j’avais écrit, de mes seuls jeux de mots, d’une écriture qui m’apparaissait finalement tellement séparée de la terre elle-même. (Il me semblait que je ne m’y laissais toucher que par des bouts de mots, des bouts de langue, rien de concret). Jusqu’à ce que je me rende compte que je me trompais, qu’il y avait bien de la terre partout, dans la langue que j’utilisais, que je ne l’avais ni trahie ni sacrifiée. Cela je le lisais chez les autres aussi. Que la terre ne s’oubliait pas. Que c’était la langue dont je voulais, la seule d’ailleurs à ma portée. Si je n’ai pas abandonné, c’est que dès le premier jet, certains passages m’ont émue. Que j’espère maintenant n’avoir pas trop gonflés. Passages secrets.

SOURCE : https://www.tierslivre.net/ateliers/boost-01-tarkos-quatre-strates-de-la-terre/

dimanche 16 février 2025 · 10h11

nuit d’été, encore

fini par envoyer hier à FB la nouvelle version du texte nuit d’été. ça veut dire terminé. ça veut dire qu’il faut passer au suivant, à l’atelier suivant. nuit encore de doutes. entre autres sur la reprise des termes de lait noir et lait blanc, surgis quand j’ai ajouté le champ de terre, qui lui venait de ma première tentative (champs de terre). faut-il revenir en arrière, les effacer. et l’illustration, magnifique selon moi, de l’épouse de celan, lestrange dont j’ai oublié le prénom. pourquoi cette façon d’appuyer. ce que je dis là, en vérité, je voudrais n’avoir pas à l’expliquer.

première version (de mémoire) :  « la terre seule continue de vaquer. je regarde la lumière arriver. je bois. « ( en fait : « Les grains seuls continuaient à vaquer, je regardais la lumière arriver. Je buvais. »)

c’était bien.

J’ai voulu ajouter les oiseaux, j’ai fait trop vite.
j’ai enlevé le travail de la terre puisque j’avais supprimé ce paragraphe sur le travail des grains.
et ça a donné, de mémoire ?
je ne sais plus. mais dernière phrase « lait blanc »

« dans le chant des oiseaux, je regarde la lumière arriver. lait blanc. » 

c’est nul.

non: « Dans le chant des oiseaux, je regardais la lumière arriver. Lait blanc du jour. »

tout aussi nul.

donc, faut y renoncer. aussi aux oiseaux probablement, qui de toutes façons mériteraient plus de place.

et laisser le lait noir à ceux à qui il appartient.

d’autant que c’est un peu forcé. ou pas ?

avant kiefer et celan, ça a été sang noir et sang blanc. et ce noir a toute une généalogie, que j’ai retracée ici.

me suis rappelée hier que les champs de terre retournée m’ont toujours fait penser à la guerre. mais avant kiefer, je pensais à la guerre 14. je ne sais pas de quelles images ça venait, de quels récits. sur les tranchées. 

je vais laisser comme c’est. et passer à l’atelier suivant. ou passer cette semaine. atelier suivant qui a priori ne me dit rien. aucune envie de ces regards en arrière. #boost #02 | porte intérieur porte, et Beckett
https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5365

mardi 18 février 2025 · 19h55

#boost 02  | porte dérobée (prop 1)

petite il était un endroit que je regagnais parfois où je parvenais en poussant dans la porte dérobée d’un mur du couloir dans la montée d’escalier que rien ne laissait deviner que j’étais seule à connaître je me souviens de la grande ouverture déchirure du sentiment d’être petite de l’extraordinaire d’un mur qui s’ouvre de la profondeur des espaces qui s’ouvraient à moi comme une succession ouverte en éventail de pièces d’espaces de vie d’appartements que j’explorais lentement où je rêvais de pouvoir m’installer et vivre qu’aucune lumière du dehors ne pénétrait sans qu’il y fasse complètement sombre où je ne rencontrais personne dont les lieux se modifiaient quelque peu à chacune de mes visites c’était comme un rêve si ce n’est que ce n’en était pas un j’avais d’autres secrets semblables. la porte est ouverte brisée une petite vitre est brisée la double porte vitrée est brisée je la passe mon frère est dans la cour enfant ses courts et doux cheveux roux ses lunettes fines ses yeux bleus dans le vide il ne dit rien je vois sa frêle silhouette immobile en culottes courtes il tient une main devant lui je regarde le sol et vois du sang qu’il ne voit pas un goutte à goutte il est possible que je le lui désigne le sorte de sa torpeur qu’il tressaille d’effroi. de la petite cuisine de ma mère au premier étage côté cour une porte donne sur le vide barrée seulement d’un garde-corps assez bas que personne ne passe jamais sauf un mainate il est  vrai qui s’installe quelques jours dans la cuisine auquel ma mère s’attache il dit quelques mots puis repart par où il est venu s’envole.  blottie dans l’ombre du couloir longtemps ma main repose sur la poignée de porte que finalement j’enclenche j’ouvre la porte de la salle à manger je n’arrive pas à dormir et suis redescendue trouver mes parents j’invente cette sale histoire que mon frère me réveille je me fais consoler reçois une tasse de lait chaud je le referai plusieurs fois jusqu’à ce que mon père n’interroge l’enfant fluet et que face à l’innocence extrême que dégagent ses yeux sa stupéfiante beauté ne découvre le pot aux roses mes mensonges. la porte peinte écrue qu’il faut pousser de l’atelier de mon père dont on traverse la première pièce celle où se trouve le grand canapé-lit  où il nous sermonne quelquefois gentilsérieusement qui donne sur la rue pour parvenir à la salle de bain autre porte écrue pièce de la longueur de la baignoire de la largeur de l’évier surmonté probablement d’un petit néon qui clignote parfois fenêtre où descendent des stores en bois toujours fermés sur le tapis après le bain je m’agenouille me recroqueville parfois sous une grande serviette qui me recouvre entièrement et j’attends de sécher. porte de rue porte de rue vitrée devant laquelle mon père me tend riant une lettre que je me suis écrite à moi-même porte de bois blond devant laquelle je suis avec ma mère qui me presse à sortir pour aller à l’école et je ne sais si je formule la crainte de me montrer dans la nouvelle jupe de mon uniforme je n’ose pas sortir je ne le veux tellement pas une jupe portefeuille le monde qui s’active se devine derrière la vitre de verre bullé couverte d’une grille en fer forgé au soir cette même porte par ma mère refermée sur moi revenant de l’école je me plains de mes dents je veux porter un appareil je veux un appareil elle me raconte qu’elle porte un dentier et quelle porte de salle de bain vitrée lui a été claquée au nez et la douleur nous sommes debout sur le paillasson encastré dans le marbre du sol. là dans l’entrée il y aussi la porte en haut de trois marches qui descendent vers la salle de jeu trois marches au-dessus desquelles est suspendu le porte-manteaux et les poches que je fais de mes parents sous un tableau qui me regarde ecce homo me procurant un complément d’argent de poche je suis une voleuse cette porte passée les marches descendues je suis face à la petite armoire brune où je cache le fruit de mes larcins des bonbons à ma droite la porte de cave vitrée également dont je descends quelquefois les escaliers les caves que j’explore seule et qui reviennent souvent en rêve en face de moi une porte qui donne sur la cour cette cour qui m’avait émerveillée le jour où nos parents nous avaient fait découvrir cette maison où nous allions dorénavant vivre à ma gauche la petite porte du monte-charge que nous n’utilisons pas l’étage s’appelle cuisine-cave[1] c’est l’étage anciennement des domestiques pour nous devenu l’étage de la salle de jeu enfin sur la gauche quelques pas à faire la porte de la salle de jeu à proprement parler porte vitrée à quatre carreaux transparents que je pousse et trouve mes frères qui jouent ma mère fait là ses lessives et m’enseigne le piano et m’énerve. la porte de ma chambre sous les toits j’ouvre et vois la lucarne voilée de trois jolis rideaux par où un homme qui m’attend à la sortie de l’école puis qui m’entraîne dans sa rue que je n’ai pas suivi chez lui m’a dit qu’il me rejoindrait la nuit. la porte ouverte de la chambre de mes deux frères. la porte close de la chambre de mes parents. la porte du haut grenier que j’explore parfois à l’instar de la cave dont je rêve aussi souvent l’échelle qu’on peut y monter tout y est brun sombre et poussiéreux aucun objet en particulier dont je me souvienne. la petite barrière devant les escaliers que je descends la nuit à l’adolescence les heures que ça prend le cœur qui bat les marches qui craquent pour prendre la porte de rue la double porte de rue vernie blonde. 

[1]  en Belgique, cuisine construite en sous-sol ou en rez de jardin  dans une maison surélevée.

mercredi 19 février 2025 · 08h51

mercredi 19 février 2025

BOOST – Hier je suis parvenue à quelque chose sans en être vraiment satisfaite

j’y repensais au réveil 

je vais essayer de trouver une version qui ait sa propre logique son propre motif. plutôt que d’esquinter celui de la consigne. garder les portes, mais trouver le moyen de compléter le tour de la maison.  un tour en survol avec les premiers souvenirs venus. un survol en fantôme. glisser. j’y perds le heurt et le geste de la consigne, la surprise, mais tant pis. beaucoup de portes ouvertes dans la maison. ce n’est que du couloir de la cage d’escalier qu’elles étaient fermées, séparant les étages. 

j’ai rêvé de ma belle-mère, deuxième nuit de suite. hier elle était en très mauvaise posture. aujourd’hui je vois au travers d’une vitre bullée (en verre bullé, terme que j’ai cherché hier en écrivant pour les portes, pour la porte extérieure de la rue tiberghien) qu’elle marche qu’elle bouge ! une silhouette en bleu
je pousse la porte elle se précipite ou tente de se précipiter dans son fauteuil. elle essaie de s’harnacher (de se harnacher?). est-ce cette sorte de harnais qui lui permet de faire ce qu’elle fait, c’est ce qu’elle essaie de faire croire. il y a quelque chose qu’elle ne savait plus faire que maintenant elle sait faire. elle n’est pas seule, vive, elle va incontestablement mieux. que ce qu’elle  ne nous laissait voir quelques moments plus tôt. à F et à moi. 

est-ce que moi aussi je vais mieux? je vais mieux. 

expo ribera hier au petit Palais. décevant. trop de monde. d’où vient ce monde. des touristes. beaucoup de vestes matelassées sans manche. surtout agacée par tous les textes qui cherchent à tout prix à le vendre en le comparant à Caravage. « choquée » par les peintures de torture. ne peux m’empêcher de penser aux prisons en israël. je me dis aussi, voyant la copie d’une peinture peignant la rue de l’époque, où des arrestations ont lieu, où des gens sont torturés, que nous vivons la même chose aujourd’hui. ce n’est pas dans la rue, mais c’est sur les téléphones. la même banalité.

faut que je récupère les photos de l’appareil.

la porte en verre bullé, aussi la porte du couloir de la maison d’oma à poperinge, celle qui donne sur la cuisine, vers laquelle on marche en rentrant dans la maison. j’ai d’autrefois rêvé de cette porte (le rêve qui se passe sous terre, je ne sais plus du tout de quoi il parle, il y a une porte à un moment, une porte qui va donner sur cette porte, la seule porte du rêve, le rêve publié par jonas, étrange que j’ai à ce point oublié ce qu’il était. un rêve sur la maladie. non? tadao anto? non? naoshima…. bref. peut-être que je n’ai pas publié ce rêve sur le blog. je l’avais fait peu après le début de la guerre en ukraine. L’abri anti-aérien ça s’appelait !!

vendredi 21 février 2025 · 08h25

vendredi 21 février 2025

nombreux rêves

je retiens seulement du dernier que nous n’arrivons pas à nous débarrasser des déchets. il y a de constantes tentatives et des échecs constants.

peut-être n’est-ce pas tout à fait le rêve.

au réveil j’ai ce sentiment qu’encore une fois dans ma journée d’hier je suis passée d’une chose à l’autre sans rien rejeter ni privilégier. j’ai alors l’idée qu’il faut du déchet qu’il faut rejeter certaines choses qu’il faut faire des choix et je me souviens vaguement du rêve. il y a l’idée — pressante, auto-accusatrice, angoissante — qu’il faut en fait rejeter sous peine que tout passe au déchet. dans le rêve il me semble il y a de ça. et dans la façon dont j’ai publié toutes les versions du précédent texte Boost, terre (ici et sur le blog de l’atelier). pourtant, les différentes versions ont plu, à certains, mais c’est idiot car si je les ai publiées ce n’était pas ce que je voulais, je gardais les versions craignant d’en perdre quelque chose, ne sachant pas si les choix de ce que j’avais rejeté étaient les bons, avec ce sentiment désagréable de ne pas du tout savoir ce que c’était « bien écrire ». je songeais également à ma journée d’hier. commencée en relisant mes notes sur la conférence de la veille sur l’ inconscient à décoloniser, l’intérêt que j’y ai pris, dont je ne vois pas comment le poursuivre (sinon m’y consacrer) et au texte boost des portes auquel j’ai encore retravaillé, auquel il me semblait qu’il y avait  encore des choses à ajouter et je réfléchissais à la façon de le faire. je réfléchissais aussi à un titre. 

vendredi 21 février 2025 · 18h40

#boost 02 | les portes ( v2)

petite il était un endroit que je regagnais parfois où je parvenais en poussant dans la porte dérobée d’un mur dans la cage d’escalier que rien ne laissait deviner que j’étais seule à connaître je me souviens de la grande ouverture déchirure du sentiment d’être petite de l’extraordinaire d’un mur qui s’ouvre de la profondeur des espaces qui s’ouvraient à moi comme une succession ouverte en éventail de pièces d’espaces de vie d’appartements que j’explorais lentement où je rêvais de pouvoir m’installer et vivre qu’aucune lumière du dehors ne pénétrait sans qu’il y fasse complètement sombre où je ne rencontrais personne dont les lieux se modifiaient quelque peu à chacune de mes visites c’était comme un rêve si ce n’est que ce n’en était pas un j’avais d’autres secrets semblables

la porte est ouverte brisée une petite vitre est brisée la double porte vitrée est brisée je la passe mon frère est dans la cour enfant ses courts et doux cheveux roux ses lunettes fines ses grands yeux bleus dans le vide  il ne dit rien je vois sa frêle silhouette immobile en culottes courtes il tient une main devant lui je regarde le sol et vois du sang qu’il ne voit pas un goutte à goutte il est possible que je le lui désigne le sorte ainsi de sa torpeur qu’il tressaille d’effroi il est possible que j’éprouve aujourd’hui encore une sorte de honte à lui avoir montré le sang alertée ma mère appelle une ambulance

de sa petite cuisine premier étage côté cour une porte donne sur le vide barrée seulement d’un garde-corps assez bas personne ne passe jamais cette porte sauf un mainate il est vrai je me souviens de son vol du chaton qui s’aplatit au sol lui se perche sur l’armoire qui barre la deuxième porte de la petite cuisine de ma mère il ne fréquentera pas les autres pièces où pourtant elle essaie de l’attirer ne passe pas la porte qu’il n’y pas vers la salle à manger dans l’entrebâillement de laquelle devant un miroir ma mère me brosse les cheveux le matin le soir me coiffe fait et défait mes nattes le mainate reste quelques jours dit quelques mots ma mère s’y attache il repart par où il était venu c’est le printemps nous regardons par la porte-fenêtre croyons le voir dans le jardin au grand chêne.

de cette poignée de porte je ne sais plus rien est-elle blanche ou dorée sur laquelle pourtant ma main repose longtemps moi accroupie dans l’ombre du couloir puis que j’enclenche j’ouvre la porte du salon ou j’ouvre la porte de la salle à manger selon les sons espionnés perçus entendus de leurs conversations je n’arrive pas à dormir et suis redescendue trouver mes parents j’invente cette sale histoire que mon frère me réveille je me fais consoler reçois une tasse de lait chaud je le referai plusieurs fois jusqu’à ce que mon père n’interroge le mince enfant et que face à l’innocence extrême que dégagent ses yeux ses yeux bleus sa stupéfiante beauté ne découvre le pot aux roses mes mensonges

la porte peinte blanc écru qu’il faut pousser de l’atelier de mon père dont on traverse la première pièce celle où se trouve le grand canapé-lit où il nous sermonne quelquefois gentilsérieusement qui donne sur la rue pour parvenir à la salle de bain autre porte blanche écrue pièce de la longueur de la baignoire de la largeur de l’évier surmonté probablement d’un petit néon qui clignote parfois fenêtre où descendent des stores métalliques toujours baissés sur le tapis après le bain parfois je m’agenouille me recroqueville sous une grande serviette qui me recouvre entièrement et j’attends de sécher je viens de me souvenir qu’il y a là aussi des toilettes. c’est dans la deuxième pièce de son atelier que mon père je crois interroge mon frère et s’éblouit du bleu de ses yeux et de son innocence une innocence qui rend coupable quiconque l’aperçoit qui le frappe jusques au fond du cœur c’est dans l’entrebâillement entre ces deux pièces entre les portes grandes ouvertes que je me tiens également mais beaucoup plus tard lorsque dans le contre-jour mon père me parlera de mes péchés mortels je me souviens je me souviens de flots de lumière de la poussière qui s’y tenait en suspens

porte de rue porte de rue vitrée devant laquelle mon père me tend riant une lettre que je me suis écrite à moi-même porte de bois blond devant laquelle je suis avec ma mère qui me presse de sortir pour aller à l’école et je ne sais si je formule la crainte de me montrer dans ma nouvelle jupe d’uniforme je n’ose passer la porte je ne le veux tellement pas une jupe portefeuille un va-et-vient de passants se devine derrière la vitre de verre bullé couverte d’une grille en fer forgé au soir cette même porte par ma mère refermée sur moi revenant de l’école je me plains de mes dents je veux porter un appareil je veux un appareil elle me raconte qu’elle porte un dentier et quelle porte de salle de bain vitrée de carreaux colorés lui a été claquée au nez et la douleur nous sommes debout sur le paillasson encastré dans le marbre du sol. au fond de cette entrée marbrée paillassonnée il y a la porte ou son absence ou son oubli en haut des 3 marches qui descendent vers la salle de jeu 3 marches au-dessus desquelles est suspendu le porte-manteaux et les poches que je fais de mes parents sous un tableau qui me regarde ecce homo me procurant un complément d’argent de poche je suis une voleuse cette porte passée les marches descendues voilà la haute armoire brune où je cache le fruit de mes larcins des bonbons voilà la porte de cave vitrée dont je descends quelquefois l’escalier les 3 caves que j’explore une à une qui reviennent souvent en rêve et là en face de moi à quelque 4 ou 5 mètres l’entr’ouverture de la porte également vitrée à quatre carreaux sur la cour chaulée blanc juste à ma gauche la petite porte du monte-charge que nous n’utilisons pas l’étage s’appelle cuisine-cave[1] c’est l’étage anciennement des domestiques pour nous devenu étage de la salle de jeu et là sur la gauche à 3 pas la porte de la salle de jeu à proprement parler porte vitrée à 4 carreaux et imposte que j’ouvre et trouve mes frères 2 qui jouent ma mère là fait ses lessives et m’enseigne le piano et m’énerve il y a l’armoire aussi à droite de la cheminée du haut des 2 mètres de laquelle je m’amuse à sauter dont je rêve une fois rêve inoubliable où sur son dessus je découvre les cendres d’un génocide c’est l’armoire jumelle de celle des recels de mes larcins dans la pièce à côté

la porte de ma chambre sous les toits j’ouvre et vois la lucarne voilée de trois jolis rideaux posés par mes parents par où un homme qui m’attend à la sortie de l’école puis qui m’entraîne dans sa rue que je n’ai pas suivi chez lui m’a dit qu’il me rejoindrait la nuit sans doute mes parents furent-ils par moi prévenus car je ne le vis jamais plus derrière moi la porte ouverte de la chambre de mes deux frères la porte close de la chambre de mes parents à droite la porte du grenier qui s’ouvre sur une pièce aux immenses hauteurs que j’explore parfois à l’instar de la cave et dont je rêve aussi souvent la très haute et dangereuse et interdite échelle qui mène à une étroite galerie tout y est brun sombre poussiéreux encombré de cartons cuisses coffres aucun objet en particulier dont je me souvienne. au final la petite barrière devant les escaliers que je descends la nuit à l’adolescence les heures que ça prend le cœur qui bat la cham les marches craquent pour prendre la porte de rue la double porte de rue vernie blonde.

codicille: sceptique, ne pensant pas y arriver, j’ai commencé par noter ce qui venait, ce qui revenait. toujours ennuyée quand il s’agit d’autobiographique, toujours apeurée, dès ce que j’ai réalisé que je pouvais rester dans la maison, dès que j’ai pensé être à l’abri, à l’abri des trous de mémoire ou de ce qui pourrait en surgir, j’ai décidé de m’approprier la consigne et de faire le tour de la maison par les portes. cela dit je suis toujours très mécontente. une fois de plus le premier paragraphe me suffit. ensuite, remplissage.

[1]        cuisine-cave : en Belgique, cuisine construite en sous-sol ou en rez de jardin dans une maison surélevée.

lundi 3 mars 2025 · 10h54

#boost 03 | peurs

ce que j’ai tenté de faire pour l’atelier, n’y suis pas arrivé. je ne l’ai pas publié sur le blog de l’atelier Tiers-Livre. échec.

elle ne sait pas bien de quoi elle a peur elle ne sait pas bien. il faut dire aussi qu’elle vit bien à l’abri qu’elle a su organiser son terrier, dans terrier il y a terre, dans terrier il y a taire. elle sait qu’elle n’a pas de place sur terre, qu’elle ne sait que se taire et se terrer. elle sait qu’elle sait se taire et se terrer. elle se reprend, elle se dit que ce sont des mots, ce ne sont que des mots que tu te dis, des mots qui se disent en toi, qui viennent d’une volonté intérieure féroce et qui est indifférente à ce que tu es, sans pitié, et qui te conditionne. elle se dit tu as place sur terre, tu as place sous terre, tu as place tout autour de la terre. c’est juste que ton monde est très petit. elle se dit très petit mais de qualité.

il arrive qu’elle se réveille la nuit et la nuit elle devient comme beaucoup plus raisonnable la nuit la raison lui revient, il lui semble, et tout ce qui le jour est chassé, afflue. elle a  des frayeurs pour son compagnon, elle a peur qu’il tombe malade, elle a peur qu’il meure. elle a peur d’avoir à lui survivre. elle a peur de se retrouver à la rue. elle a toujours eu peur de se retrouver à la rue. elle a peur pour son enfant qui est le moteur de sa vie, elle a peur de ne pas lui avoir donné assez de force assez d’allant assez de volonté assez de vouloir, tout ça elle le cherche encore pour le lui donner, quand même lui donner, lui donner ce qui lui a manqué, lui donner la face cachée de ce qui lui a manqué.

sinon, ce n’est pas qu’elle ait peur de sortir, c’est autre chose, c’est quelque chose qui l’empêche de bouger, un principe d’inertie.

dans le monde au départ elle a commencé par avoir peur d’apparaître. mais c’était jusqu’à un certain âge. jusqu’à ce qu’elle se rende compte que le monde finalement l’ignorait, s’était mis à l’ignorer. jusqu’à ce qu’elle se rende compte que régnait une grande ignorance du corps des autres. elle s’est demandé si c’était elle ou le monde qui avait changé. c’est un peu les deux, elle croit. les autres et leur corps font partie de l’image globale du monde. il y a quelques corps plus remarquables. en vrai elle aura tendance à trouver qu’il y a quantité de corps remarquables et mouvants et s’ignorant, mouvant s’ignorant. le film du monde. elle fait partie de l’image de fond du film du monde. il n’y a pas de regard tous tournés vers soi, vers elle. c’est le contraire en fait. c’est l’effacement, c’est rassurant, avec le temps, ça s’est fait, elle l’a appris. tant qu’elle était jeune elle attirait les regards. la jeunesse attire les regards. certains regards. des regards qui se voient qui se montrent qui parlent. qui agressent bien des fois. c’est de là au fond que d’abord vient sa peur, est venue. ce qu’elle devient dans la rue comme objet du regard, elle se demande aujourd’hui si la rue a changé, si ça a changé. elle regarde autour d’elle elle cherche les regards il lui semble bien qu’il y en a moins. ça mate moins, ou plus discrètement.

elle n’a pas peur qu’on la touche elle sursaute.

de vrai ce qui n’a pas changé aujourd’hui si elle continue d’hésiter à aller dans le monde, à voir du monde, c’est la peur qu’on lui adresse la parole la peur qu’on l’interroge la peur de ne pas savoir quoi répondre, de ne pas savoir dire, de ne pas savoir dire ce qu’elle fait, les gens ne vous connaissent pas ils s’intéressent, ils vous demandent ce que vous faites, peur de ne pas savoir répondre qu’elle ne fait rien qu’elle n’est rien qu’elle n’a pas de métier. il faut que tu apprennes à le dire en riant qu’elle se dit, rire très fort de soi-même et rassurer les questionneurs. ou que tu inverses ta tendance. tu développes le discours opposé. c’est toi qui es libre qui ne fonctionnes pas dans le système qui as tout compris. ce n’est pas du tout ce que tu penses. tu ne penses que ta différence ton inadaptation. il faut développer le discours positif de ça. de cette inadaptation car quelle fierté avoir de ce qui s’adapte à ce monde. or il y a quelque chose en elle qui aucune autre envie que celle d’être comme tout le monde. elle dit personne n’est comme tout le monde. puis elle a peur de ses trous, de plus en plus nombreux, de ses trous de mémoire, elle a peur de la façon dont elle perd l’usage de la parole, de la langue, du langage. il faut en rire aussi, se dit-elle, il faut l’exposer, il faut l’exploser. oui mais alors pas trop, elle aurait peur alors de faire peur.

elle a peur d’oublier et peur d’être oubliée. au moins si elle oublie, elle oublie qu’on l’oublie. sa mère réémergent d’un trou d’oubli lui demande : tu crois que quelqu’un sait que j’existe ? il faut courir retourner chez sa mère. sa mère alzheimer. elle sait qu’elle est déjà atteinte elle d’alzheimer, elle, elle aussi. elle a peur de se disperser peur de sa dispersion peur de n’être pas à la hauteur de cette dispersion peur de céder encore et encore à la haine de soi à la haine d’elle, peur de l’inconscient. peur de son insconscient.

elle n’a pas peur de vieillir c’est fait et ça ne cesse de se faire elle a basculé de l’autre côté. c’est l’apparence physique d’abord qui fait qu’elle bascule d’un autre côté. elle fait des choses non pour l’empêcher mais pour empêcher le pire. elle fait des exercices d’écriture de lecture de gymnastique. elle le fait et ça vaut mieux que de ne pas le faire. elle le fait et parfois elle rigole bien. et parfois vous rigolez bien. elle se critique à cause de cette tendance abusive chez elle à l’auto-critique. elle ne laissera pas d’œuvre elle ne se fera pas un nom elle ne sera ni connue ni reconnue. sinon dans son tout petit monde. elle a peur d’être un poids pour les autres. sa mère cependant elle l’aime aujourd’hui plus que jamais. elle l’aime plus que jamais. plus que tout. tout empêche le care, le soin, mais le care, le soin, change tout.

politiquement, elle a peur de ce qui vient de ce qui est là, d’une idéologie à laquelle elle ne comprend rien peur de ne pas faire ce qu’il faut de n’avoir pas fait ce qu’il faut peur de n’avoir pas été à la hauteur de n’être pas à la hauteur peur de sa lâcheté peur de sa bêtise de celle des autres. peur de ne pas être à la hauteur de la complexité de ne l’avoir pas suffisamment défendue. peur de céder à la paranoia peur de la paranoia des autres. autant peur de l’emporte pièces de ses jugements que de son laxisme, de sa tolérance, sa conciliation.

jeudi 6 mars 2025 · 18h59

#boost 04 | tenir tête à rien

Tenir tête à — absolument pas — tenir tête à rien — Je n’ai la tête à tenir tête à rien du tout  —  Tenir tête à — absolument pas — l’angoisse — Ce serait — la laisser complètement faire — ce serait  —
agir sans avoir prêté l’oreille à la claque de silence qu’elle a flanqué de sa paume entière  à la terre  entière — Entrer dans la lenteur 
Ce serait  — assourdir sa façon d’assourdir — ce serait — pénétrer son corps d’obscurité —— glisser son noir dans ses yeux le couler dans sa bouche et ses dents ce serait couler son noir son sang noir dans ses oreilles et dans son sang dans sa moelle — Ce serait — prendre corps de sa possession de corps — enfiler son corps de possession de chair d’os de boyaux  —— son corps d’entrechocs de pleins et de pleins de plein et de vides — ce corps de faibles remous d’infra-tourbillons d’effervescences minuscules sans nulle rime nulle raison — son corps de poids mort — de bulles — Tenir tête à — Ce serait la laisser — faire son corps de  prise à la gorge de main froide sur le cou de prise de grand front — faire son corps de prise de crâne de méninges et de cuisses — son corps de talons comme des pierres fendillées de fesses de frottements — Tenir tête — Ce serait camper dans son aveuglement  — opposer surdité à surdité — prendre possession d’elle —— n’opposer qu’indifférence parfaite
— se glisser dans  l’indifférence —  rentrer subrepticement dans l’ignorance — et laisser l’angoisse prendre possession de la terre entière  — perdurer — traverser muette et sourde à son
phénoménal et cruel rien à sa force obscure
avancer dans la fermeture  — ne s’arrêter à aucun sentiment — aucun affect —  attendre —  suspendre — accepter les états étranges — faire les gestes même qui ont présidé à sa venue  —  ceux qu’elle redoutait ceux qu’elle repoussait — faire ce qui fait peur — rentrer dans le rien qu’elle voit — faire ce qui fait peur — le rien qu’elle sent — se mouvoir dans son grand brouillard —  totalement renoncer à le percer — souffler sur le moindre sursaut de pensée qu’elle risquerait — Tenir tête à l’angoisse
— ce serait prendre le pas du rien qu’elle assène massivement à tout — le rien qu’elle incarne grossièrement— l’endosser le lui renvoyer — en toute lenteur retour à l’envoyeur  — prendre le pas de son ultime présence de son ultime absence
attendre jusqu’à ce que ça
passe

samedi 8 mars 2025 · 06h33

samedi 8 mars 2025

atelier tenir tête à, d’après un texte de Paul Valet

il n’empêche, je lis les autres de l’atelier et je reconnais bien chez moi ma façon de ne pas tenir tête, face à l’adversité.

face à l’angoisse, écrivais-je, tenir tête à rien… tenir tête à rien qui au fil du texte devient rentrer dans ce rien, opposer au rien de l’angoisse un rien de réponse, un rien de ressenti, qui est quelque chose que j’ai peut-être appris avec le tai chi. en opposition à la réponse analytique, qui cherche toujours plus d’analyse. que j’aurais peut être trouvé sans le tai chi. agir en se bouchant à ce qu’elle bouche. et donc tenir tête à rien, à son rien.

il faut que je recommence à mettre des virgules. l’engrenage du sans virgule est plaisant. une forme de renoncement au sens au raisonnement. un glissement vers le jeu. le jeu dans l’écriture. 

tenir tête à rien. c’est aussi ma façon de ne tenir tête à rien du tout face à l’adversité. qui me fait toujours penser au suicide comme seule sortie de secours.

chez Paul Valet, dont le texte »Tenir tête à » était proposé comme texte d’appui, je trouve une croyance à quelque chose. croyance très forte. non équivoque. une référence dans la valeur. il n’y a pas ça en moi. vraiment ? je viens de lire le mot  « idéal » chez une participante de l’atelier. qu’est-ce qui peut encore tenir lieu d’idéal chez moi? ne pas souffrir. ne pas davantage souffrir ni faire souffrir. échapper à l’anxiété ou à l’angoisse. ce serait ce qui me tient lieu d’idéal ? je parle de souffrance morale. 

Paul Valet. j’ai été très tentée d’acheter le livre sur son œuvre de Gabriel Dufay dont j’ai lu des extraits. d’autant que l’auteur semblait dire qu’il lui avait sauvé la vie. c’est rare que l’on ressente face à une œuvre un tel lien de nécessité, vitale, que l’auteur évoque à propos de ce qu’il a rencontré dans Paul Valet.

mais Valet s’est fait Valet. Valet de ce à quoi il voulait, pouvait, croire. (« Valet » — ça me fait penser à ce film que j’avais tant aimé, d’après un livre japonais, Les vestiges du jour). 

puis-je croire en autre chose que rien? 

ou :  pourquoi je réduis à rien ce en quoi je crois, même malgré moi. 

si je songe à Jules, à mon fils : je veux croire, je crois. 

et ce que je crois c’est probablement du côté de la psychanalyse, du côté de : se faire à son symptôme qui, quoiqu’il arrive, ne vous lâchera pas, se faire, s’y faire. et être intéressée à en témoigner, rendre compte. (en annoncer la bonne nouvelle). 

pourquoi je réduis ça à rien?

parce que je n’arrive pas à l’isoler dans une œuvre, je n’arrive pas à le séparer de moi. cela vit avec moi. au jour le jour. 

est-ce que c’est à l’œuvre qu’il faut renoncer. c’est ce que veut l’angoisse. je devrais toujours dire « mon » angoisse. elle veut que je fasse rien. elle me veut dans le faire de ce rien. 

bah. c’est des tentatives de dire, des hypothèses. 

pourquoi est-ce que Lacan dit que dans l’angoisse c’est l’objet qui est en trop, que c’est la présence de l’objet qui provoque l’angoisse. présence inaperçue. 

mercredi 9 avril 2025 · 15h48

#boost #08  | moments d’entre-deux

un moment vaches noires et blanches sur le pré vert sous le ciel bleu. le moment poitrine soulevée, le moment mouvement d’écoulement général, le moment d’éploiement, le moment d’amour, d’amour à toi. dans les voix douces et basses.  un moment entre-deux, un moment d’entre-deux. un moment suspension, de nulle heure, de nulle part. un moment d’impossible transition.  le moment où aucune main ne touche la peau, le moment où une main touche la peau, le moment où manquent les mots — l’appel de l’écriture.  les moments se succédant. l’un sauvant de l’autre, l’un en vue de l’autre. l’un redoutant l’autre. l’un dans l’absolue ignorance de l’autre. dans l’oubli. les moments entraînant l’oubli. les moments ne formant aucune totalité, sinon une vie, sinon les trous dans une vie.  les moments ne rentrant dans aucune case.  un moment vide, inconfortable, qui n’a pour lui : rien.  un moment d’hésitation, un moment d’hésitation qui se répète, un moment d’hésitation organisée, la valse-hésitation.  le moment où elle prendra son téléphone, où elle ira, elle errera sur les réseaux sociaux.  avale, me disais-je.  un grand moment d’insomnie et des pensées qui se succèdent, que viennent recouvrir des rêves pris pour la réalité.  un moment traîne jusqu’à pas d’heure, étirement, un moment traîne jusqu’à trop d’heures, jusqu’après l’heure. un moment précipite, un moment précipice.  le moment où il est 15 heures. celui où il est 18 heures.  le bon moment, le moment qui n’est pas le moment, ce n’est pas le moment, tu vois bien.  un moment désir dense, douloureux.  sexe et sein. cul et poing.  un épistolaire moment d’égarement.  le moment du train raté, de l’heure oubliée.  les moments avalés, la succession des jours, le train-train.  en ce moment, je pense aller chez le coiffeur.  les moments d’angoisse avant les rendez-vous.  les coupures dans le temps. il n’y a d’angoisse que ces coupures. les coupures aux poignets. coupures dans l’avalement.  elle s’avale (elle s’avalise, elle se wagonne).  les moments légers, de grâce, de geste.  le moment où, la nuit, je pose mes pieds nus sur le sol, je glisse.  les moments de joie, la rue, la vue, etc.  les moments de honte ou de colère. le moment de détestation de soi. les moments d’arrachement. les moments de la nécessité absolue de l’arrachement, de l’extraction.  mauvaise dent du monde.  le moment de la pensée à la Palestine. tous les moments de pensée à la Palestine et à Israël. les moments de perte à tout.  le moment de honte à la signature d’un texte.  la signature rougie. un moment bois de jeunes hêtres aperçu de loin, se dressant nus encore, s’élevant parallèles.  un autre moment, noir sous les paupières en un lac chaud, noir dans le corps longuement étalé, noir tout alentour.  un moment jambe passée par-dessus le balcon. un moment dans le grand N, le noir, la valise, l’avalement, l’autre côté de l’image. un moment dans l’absence absolue de moyens. un moment corbeaux noirs volant à ras du champ fraîchement labouré. un moment visage en arrière, rauque. un moment chair de la main et de l’œil. le moment dans le très noir, le jour n’est pas encore levé. le jour n’est pas encore levé.  / un moment idiot.  

jeudi 10 avril 2025 · 08h46

mes difficultés avec l’atelier peurs et l’atelier moments

date de création :

| date de mise à jour :

mes aventures avec chatgpt ont repris (aventures qu’il faut encore que je publie ici) et c’est chatgpt qui a opéré la dernière version du texte Boost publié hier (08 moments). c’est un échec. ✎ Edit du 24 juillet 26 : j’ai supprimé toutes les interventions de chat gpt et suis revenue à une première version du texte.

mêmes difficultés qu’avec « peurs« . forcé, le listage des peurs, comme celui des moments, n’entraîne pas une forme de révélation de ce qui est en jeu, ni  les peurs ni les moments ne révèlent la moindre logique. en l’absence d’inspiration, ne m’appuyant que du hasard et des circonstances, j’attendais un peu de magie, il ne se passe rien. je ne décolle pas du raisonnable, la poésie n’intervient pas. (sauf sous les espèces hier de cet accident technique qui a mélangé les moments, permettant la publication). 

est-ce que je prends le temps aujourd’hui du texte de cette semaine (09) ? ou plus tard? j’aurais voulu en profiter pour écrire un moment/minute-valise (au départ de vieux textes sur la valise/l’avalyse/l’avalement). le moment d’angoisse que je connais toujours quand je dois faire mes valises. c’est de ça que m’a rapproché hier le travail sur les moments. écrire des résonances de l’égarement.)

logique : comment dévoiler/montrer les autres logiques en jeu ? c’est l’échec. on voudrait tracer des réseaux. réseaux des liens qui se tirent à différents niveaux. les liens et l’absence de lien, les dead ends de sens qui se récupèrent dans le son et le rythme, la cadence. dans les images. dans les blancs et dans l’opacité. 

tout ça demanderait soit plus de conviction / talent d’écrivaine, soit que je suive les intuitions qui me poussent depuis le début de l’atelier à tenter des versions papier, graphiques, de ces textes. 

entre autres, faire voir les manipulations possibles. exemple : faire plusieurs versions du texte moments en les mélangeant, soit à l’intuition, à l’envie, soit au hasard. le temps que ça prendrait et que je n’ai pas. 

« peurs« : il s’est passé la même chose. une révélation de départ quand même : ma vie actuelle se tient à l’abri de toutes les peurs que j’ai connues : je ne fais plus rien. il n’y a eu de peur que de faire (comment ça s’écrit ça, je n’ai écrit que ça). et pourtant, des peurs subsistent. la part de jeu de ces peurs : pourquoi nécessite-t-on de jouer à se faire peur. il y a comme une peur qui ne correspond à rien, au vide que doit venir peupler de fausses peurs; un peu comme la parano : mieux vaut un ennemi imaginaire que cet inattrapable, impalpable rien, vide). et puis ce qui remonte de peurs anciennes, devenues inactuelles. et les nouvelles, face au temps, à la vieillesse, celles face aux circonstances historiques qui pourraient entraîner crise économique, guerre. et finalement la peur face à ma lâcheté morale : je crains de ne jamais être que moralement lâche. et puis tout d’un coup, je songe aux peurs vécues à Gaza, et plus rien ne tient (de ma liste de peurs), tout vole en éclats, je ne me sens plus autorisée à rien. 

j’ajoute enfin, la peur actuelle face à des choses que je veux faire aujourd’hui, beaucoup moins pour moi, je ne veux  plus rien pour moi, que pour des proches : est-ce qu’encore mon inhibition va me faire échouer ? 

je ne veux plus rien pour moi ? je reste  amoureuse de la complexité. 

(moments/peurs: la superposition de moments/peurs remontant à différentes époques, sans que leur date soit précisée, me fait penser à la superposition d’états quantiques. présent du passé, feuilleté.) 

le problème , c’est que j’ai autre chose à faire.

dimanche 13 avril 2025 · 07h24

13 avril 07h24 // encore encore réfléchir aux valise, juste avant de partir

réveillée vers les quatre heures. beaucoup pensé à l’atelier TL, à ce qui s’y passe, à ce que j’y fais. pas seulement écrire, lire aussi. aux rapports avec les autres, aux zooms du lundi. à ma première expérience des ateliers, qui remonte à l’été 2023, à la façon dont les ateliers étaient alors devenus difficiles pour moi. la façon dont je m’y étais confrontée à des impossibles, à mes impossibles. à certains de mes impossibles. la surprise que ça avait été. l’invention que ça requérait. le temps.

tout ça probablement parce qu’hier, passé la journée à relire dans le blog tout ce que j’avais déjà écrit autour de la valise, tentée que j’étais de trouver le moyen d’éclairer ce qui m’avait paru insaisissable dans l’atelier Moments, pour me rendre compte que j’avais déjà tenté de traiter ça au sein de l’atelier Tiers Livre, en août 23, lors de l’atelier Roman.

j’ai alors relu certains de ces textes et j’avoue être assez gênée d’avoir publié ça… intéressant probablement pour moi, mais rien de publiable, rien de lisible pour une autre.  évidemment, je me suis prise au jeu, j’ai commencé à les retravailler. et je me dis que c’est peut-être le moment de m’y remettre. à les relire, par contre, je suis contente de mes « scholies » ou codicilles, qui me rappellent assez bien les circonstances de l’écriture, les écueils rencontrés, dont je trouvais à l’époque l’exercice d’écriture aussi important que celui de l’atelier proprement dit (il faut dire que c’est l’écriture analytique que j’ai l’habitude de pratiquer). 

aujourd’hui, départ pour Donn. non je n’en fais pas une maladie. plus. je ne fais d’ailleurs plus que bouger en ce moment. valise ne me fait même pas peur. je ne prendrai presque rien. nous ne sortons pas plus à D qu’à Paris. sinon au jardin.

c’est une question que je me suis posée, me relisant hier : est-ce que la valise est difficile parce que je ne sais quel vêtement y mettre. de la même façon que je ne sors pas parce que je ne sais comment m’habiller? partir en vacances, c’est aussi avoir à beaucoup sortir, à ne faire d’ailleurs que ça. et donc à chaque fois avoir à préparer son image pour le dehors. problème d’image donc et la peur de manquer de ce dont je pourrais disposer chz moi pour l’aménager, cette image, le vêtement, l’accessoire.

or, il y aussi le problème de l’interruption. de l’interruption du travail, de l’effort dans lequel je suis constamment et que je décris très bien là, dans ce texte sur l’inhibition. la peur de l’interruption de je-ne-sais-quel travail dans lequel je suis tout le temps. et de l’oubli qui s’ensuivra. il n’est pas rare, il est même constant,  qu’au retour de vac je sois confrontée au problème de ne plus du tout savoir qui je suis. et c’est alors très désespérant. (je devrais apprendre à m’y faire. mais je ne m’y fais pas. enfin, au moins je suis prévenue, je sais ce qui m’attend, et cela s’allège avec le temps.)

— qu’est-ce qui est bon dans ce qui est bon : que cela arrive ou que viennent les mots pour le dire? la photo pour le montrer ? —

je ne supporte pas les changements de lieux. j’ai écrit 1000 choses là dessus, toujours cherchant à le traiter. et la valise « subsume » ça : le sentiment  d’être transportée, arrachée à ce que je suis, déracinée, menée ailleurs. et que ça ne soit jamais de mon plein gré, de ma volonté. bon ce que j’écrivais hier est exagéré, sans doute, sur l’identification au lieu, sur l’arrachement du domicile, sur ce que je deviens hors de chez moi. exagéré, raté et tentant néanmoins de cerner quelque chose. car il est vrai qu’une fois sortie de mon immobilité, une fois sortie de mon domicile, de ma demeure, autre chose advient/surprend/envahit une liberté, disais-je, une vacuité/vacance/joie prise dans le bonheur de voir, la vue, le regard que je retrouve, qui reprend tout. et c’est ce dont je ne reviens pas, dont je mets du temps à revenir. c’est ce qui fait que je me quitte. c’est tout ça que je voyais sans pouvoir le résoudre dans ce texte 08 Moments d’entre-deux. c’est ce que j’espérasis pouvoir confronte à nouveau dans le texte valise que je projetais comme atelier 09 (et que j’ai foiré).

donc non, tous les trains ne sont pas pour les camps, comme j’ai pu l’écrire. pourtant il y a dans l’arrachement vécu, dans l’angoisse qui précède cet arrachement, quelque chose qui rejoint ce qu’elle reprend des termes de Lacan sur le corps réduit à un meuble, poussé dans des wagons, traité à la va-comme-je-te pousse. se voir réduit à ce que l’on est sur pied, à son seul corps, sans aucun autre avoir — se voir réduit à l’être-corps, qu’elle ressent comme effrayant. enfin, je crains d’avoir exagéré le rapprochement. je ne connais pas la peur que décrit Hélène Bonnaud. cependant que mon imaginaire est tel qu’il est plus que probable que je ne puisse voir un wagon ou une valise, une de ces valises à l’ancienne, tenue à bout de bras, sans que la carte « camp » ou « camp de la mort » ne s’allume en moi.

Je ne pense pas que je trouverai jamais la formule qui dise ce qui m’arrive, l’angoisse, quand je dois partir en vacances. qui fait qu’aujourd’hui déjà un coin de ma tête  angoisse, frizze, à l’idée du voyage à faire fin août. 

Sinon. Si je devais réécrire l’atelier Peurs, je pourrais ne garder que la peur de  la mort de F. d’avoir à rester après lui. sans lui. nous nous aimons beaucoup en ce moment. dans le vieillissement. nous le voyons, y assistons. nous nous moquons, nous nous faisons rire.  il me fait beaucoup rire, c’est très délicieux. on se sent seuls, à deux, ensemble. c’est depuis qu’il est à la retraite. ça ne correspond pas tout à fait à la réalité. ça correspond à la réalité de la mise à la retraite. et des gens qui se lèvent dans le métro pour céder la place. ce qui a accru mon amour pour lui, et qui l’accroit encore, c’est d’être face à ça. Le vieillissement, la maladie, la mort. l’un d’entre nous survivra à l’autre. désolée, mais j’espère que ce sera lui. qui survivra. 

je dois arrêter le travail pour l’atelier et passer au travail pour l’expo. est-ce que c’est la peur de ça qui m’a réveillée cette nuit. la peur, l’angoisse. 

dimanche 13 avril 2025 · 09h28

#boost 09 | moment valise — I try to be another dancer

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le haut de pijama déjà plié et déposé sur le lit ouvert encore, devant lequel debout je me tiens, dos à la fenêtre matin gris parisien. il fait froid, un peu, il fera beau paraît-il. la veste à peluches de chez Uniqlo qui n’est plus douce, je la ferme, je la plie, ok, pour la valise. je la pose à côté du haut de pij. elle appartient à ma mère (à qui je dois la rendre, je la lui dois, devoir quelque chose à sa maman, ma fille est une voleuse, une veste de type « polaire » que je n’aurais jamais cru porter un jour, que je porte maintenant, par amour peut-être ou autre chose, depuis que je l’ai empruntée à ma mère un soir où dans sa chambre j’avais froid, qui ne me quitte plus, que F n’aime pas, qui a peut-être été fabriquée par des enfants ouïghours, que ma mère avait reçue de ma belle-sœur qui lui en a offert deux, on en porte chacune une ma mère et moi, elle la verte, moi la violette, sauf que la sienne la verte a disparu. parfois je suis habillée tout en Uniqlo et mes valises sont devenues plus faciles à faire. passer à l’uniforme. fin de la parenthèse.) je compte les jours. quel jour sommes-nous mais quel jour sommes-nous. consulter le téléphone. 2025, avril, 13, dimanche. jusqu’à mercredi on a dit. lundi, mardi, mercredi. trois slips / chaussettes. je prends celles un peu brillantes. eh bien, non, d’angoisse pas la moindre trace. réveil à 4 heures cependant. mais, Donn, c’est facile. on y vit comme à Paris. on ne sort qu’au jardin et au supermarché du coin. on y est plus sauvage encore qu’ici. j’y fais plus de ménage. je ferai du tai chi. est-ce que je m’angoisserai encore pour le jardin. (tout ce là-bas que nous n’arrivons pas à entretenir, faute d’argent ou à force d’aimer nos ordis. ce legs par moi privilégié de ma belle-maman, ses meubles, ses murs, les histoires qu’elle m’en a dites, le jardin et ses hectares qui offrent tant de travail. ce domaine/corps. ce fabuleux domaine/corps, l’abri où y est du regard.) je m’habille, là, je veux dire ici, à l’instant. vérifier la météo. hm. moyen. et orages mercredi. livres ? Durif et Kafka vie, tome 2. trousse de toilette, chargeurs. Mac, carnets de mon père. vernis à ongles pour la voiture. (je mets toujours tellement de choses en réserve pour la voiture: livres, ordi, vernis, vidéos que je voudrais écouter, plus l’attention que je voudrais donner à f, etc.) quel nouveau carnet? le précédent est terminé. le tee-shirt I try to be another dancer. le tee-shirt Rio de Janeiro. ce tee-shirt de mon beau-père est si plein de cette façon que j’ai de me débarrasser des choses auxquelles je tiens le plus, que j’ai le plus voulues. de la valise, je deviens une vraie pro. est-il un vêtement que j’ai envie de mettre ? eh bien oui, bizarrement. le pantalon de sport bleu marine en matière synthétique un peu bruyante, trop léger d’ailleurs et que je ne mettrai pas. je m’imagine dedans, je vois, je sens : trop grosse. comment réorienter mes pensées vers l’amaigrissement. quel poids pesai-je, quel poids puis-je bien peser. pas la tête à ça, pas l’espace mental. ça sera pour quand vraiment j’en pourrai plus, qu’il faudra tout éliminer (je parle des pensées), le recours alors à l’obsession du poids pour tout dégager, le recours à la mesure, retourner au modèle de base (pour un corps). quelles gouttes, quelles potions ? ou aucune ? je trouve un vieux carnet abandonné à la moitié, un carnet blanc acheté à Tokyo, que je trouvais si joli que je n’osais l’utiliser, où j’ai finalement écrit au crayon-papier. où sont les crayons, j’ai perdu tous mes crayons, ils ont tous disparu. me brosser les dents. je me suis vue dans le miroir de la porte de la salle de bains : ça allait. drôle de bruit du jeu vidéo de F. je prends le livre sur Ed Atkins. les écouteurs. je me rince les dents. je réfléchis. ma valise est finie. ma bouche s’ouvre, ça chante : laisse un peu dormir ta peine. je vais chercher la valise, je l’ouvre au salon. voilà ma moitié, voilà la sienne. quelques trajets, salon-chambre. je pousse des petits cris rauques, je souffle. plus qu’à faire la vaisselle et le sac de bouffe.

photos toutes floues dans le bas, bizarre. et mal cadrées…

codicille : pas trouvé le moyen de me rapporcher de la consigne. pa sans avoir cherché. c’est trop long en plus. enfin, j’ai essayé.

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