vendredi 8 janvier 2016 · 11h27

musique (comme tu veux)

il faut que j’apprenne à me créer mon espace, il faut que je l’accepte, il faut que je cesse d’être de nulle part, il faut que je me fasse ma place. c’est comme pour la musique. cela fait des années que je n’écoute plus « ma musique ». que je n’écoute plus que la musique de f., la musique de l’autre. ma musique, si je la choisis, si je fais cela, crée un espace qui devient le mien. il faut que je cesse d’attendre tout de l’autre. pourquoi dis-je cela. ce n’est pas de ça qu’il s’agit. je n’attends pas toute la musique de f. je n’ose pas faire exister ma musique. le faire, mettre de la musique en sa présence m’angoisse. cette manifestation de ce que je veux m’angoisse. de ce que j’aime, de ce que je suis. est-ce que je dirais que là aussi, j’ai peur de ne pas être aimée, écoutée, acceptée? c’est étrange. de la même façon que je ne supporte pas bien de choisir le film qu’on regardera. je supporte de faire un choix parmi ce que frédéric propose, mais pas d’avancer mes propres choix. pourquoi est-ce que je n’ai pas avancé plus? comment ai-je pu n’avancer que si peu? il y a cette lâcheté, je ne vois pas comment l’appeler autrement, par rapport à mon propre désir. cette lâcheté morale qui me caractérise. 

(que ta volonté soit faite. je n’ose pas imposer ma volonté. ça n’est pas comme ça partout. je crois pouvoir avoir des aspects tyranniques.) 

j’affiche ici les posts du blog qui contiennent le mot « lâcheté ». le résultat n’est pas très intéressant, sauf peut-être les deux textes d’analystes, Laurent et Marret-Maleval, mon premier texte, sur l’absence de nom, celui sur l’aveu peut-être aussi… mais il me semble que j’y fais un raccourci, un saut, qui ne couvre pas le gap entre la déliaison au nom et la volonté de l’aveu. j’ai eu un éclair, quelque chose m’est apparu.
l’enjeu pour moi, au départ du texte d’Eric Laurent, c’est : lâcheté d’un névrosé ou psychose. quand le diagnostic de psychose est apparu, cela est effleuré dans le texte ci-dessous où je parle de ma rencontre du texte d’Emmanuel Carrère, de sa révélation, je me suis sentie soulagée fondamentalement de l’accusation de lâcheté).
(la question qui me reste – juste à quel point je peux, je dois, je devrais me faire violence.)

extrait de « vouloir l’aveu« 

en attente d’un nom. quel nom me fait trou au cœur. quel nom me manque. que fais-je en cette absence. quel nom puis-je endosser, en quel nom écrire? comment rapprocher ce que j’écris de ma personne, de mon nom (impossible).  cela qui n’est possible que dans une lettre (au bas de laquelle j’écris mon nom).

(ce pourquoi j’écris beaucoup de lettres. ce pourquoi je suis tentée d’écrire beaucoup de lettres. est-ce pourquoi elles sont si souvent d’amour sont si souvent d’adieu. elles seules, le lieu de désir, de l’amour, de mort, etc. )

je me dis que je dois retourner à tenter de penser la lâcheté de ça : je n’assume pas ce que je suis, pense. je me dis ça, ces jours-ci. pourquoi ne pas plutôt penser en terme de lâcheté, en termes de lâcheté morale… plutôt que de psychose, de mélancolie ou de Dieu sait quel « rejet de l’inconscient »(2) :

« Il nous faut distinguer, à partir de Télévisionentre la clinique de la lâcheté morale et celle du rejet de l’inconscient. Il s’agit dans le premier cas d’un sujet défini à partir de la structure du langage, la clef en est le désir. Dans le second cas, le rejet de l’inconscient nous renvoie à un autre registre, celui où la  jouissance mortifère se noue à la naissance du symbole. »
Éric Laurent, « Mélancolie, douleur d’exister, lâcheté morale », Ornicar?47

et c’est là qu’il m’est apparu que je n’aurai jamais rien d’autre à écrire qui ne soit au bord de l’aveu.

(qu’il y s’agit moins de lâcheté morale que d’un vouloir de rachat moral. qui écarte tout le reste?)

toujours au bord de l’aveu. quoi que j’écrive, de cet ordre-là. ce grand désir toujours, qu’on en vienne là, aux faits, à la faute. le souvenir remonté de dostoïevski. l’enthousiasme de ma mère pour dostoïevski, ses grandes scènes d’aveux. je  veux l’aveu. faut du crime, faut que ça saigne pour que ça signe, même faut que ça s’enseigne, le reste balayé, inexistant. comme s’il n’y aurait jamais rien d’autre à écrire : ma faute.  celle reprise à mon compte dont ma mère n’a eu de cesse de s’accuser.

(question stupide : s’agit-il de la sienne de faute que je fais mienne, ou s’agit-il de la même faute. s’agit-il de sa folie que je prends à mon compte, de la mienne que je lui attribue, ou sommes nous aussi folles de la même faute l’une que l’autre…)

il y a une faute qu’aucun nom n’assume. c’est d’elle que ce que je veux écrire voudrais prendre la charge.

aucun nom, seulement la chair. Chère Hélène, Chère Véronique,

n’est-ce pas plutôt de la nature de cette faute qu’il faut se rapprocher. de cet objet de l’écriture. dont j’avais cru lire une interprétation possible dans l’écrit d’Éric Laurent cité plus haut sur la mélancolie. la culpabilité endossée du meurtre de la chose par le symbolique. non, c’était plus dramatique encore que ça. il était question d’incarnation. ne s’agissait-il pas d’incarner ce qui restait du meurtre. ou ce meurtre même et ce qu’il tue.

lundi 28 juin 2021 · 13h45

être le jardin, être la maison

Paris, lundi 28 juin, matin, rentrés hier, dimanche, de Donn, découvert inondation dans le dressing (important dégât des eaux).

de la nuit de vendredi, si importante, je ne sais si j’arriverai à écrire encore quelque chose.

nuit de vendredi 25 à samedi 26

m’étais réveillée très tôt. 3 heures, je crois. mal aux dents, aux oreilles. (avais mangé beaucoup de sucre, je ne peux pas.)

j’écris ce qui me revient, peu : ce sentiment d’être dans les limites du jardin, d’être le jardin.

et alors, au sortir de la nuit, cette impression de savoir.
de savoir quelque chose, d’avoir compris, de mon fonctionnement.

je ne me suis pas écoutée, pas pris le temps d’écrire. en partant seulement pris photo d’un coin du jardin qu’il me semblait que nous avions massacré et dont j’avais souffert la nuit.
comment peut-on souffrir d’un jardin, d’une maison.
jusqu’à quel point était-ce souffrance, je ne le sais plus vraiment. si. littéralement souffert dans ma chair, comme une blessure.

j’ai le lendemain fait un rêve qui continuait de penser tout cela.

la maison, je l’ai aimée, tant qu’elle était la maison des grands-parents, de mes beaux-parents. je l’ai aimée beaucoup. je la savais tenue par ma belle-mère. chaque chose me paraissait être à sa place, avoir trouvé sa place. depuis que nous l’avons reprise, soit que nous ayons fait certains mauvais choix, soit par négligence, par ignorance, par manque de rigueur, elle se transforme, se détériore. il faut dire que nous n’avons plus les jardiniers qui s’en occupaient depuis toujours. l’un a pris sa retraite, l’autre ne faisait plus son boulot et augmentait ses prix. ces dégradations de la maison, je ne le supporte pas. je peux dire que j’en souffre, oui. j’en enrage contre moi-même.

vous enragez?

une maison, un jardin peut-être encore davantage, a ses exigences. je dirais : ce sont les exigences du réel. il y a le moment de couper le lierre. et si cela n’est pas fait à temps, il n’attend pas, il grimpe sur le toit et le détériore. alors, le toit est détérioré. c’est un autre aspect de ce que je vis à Donn. sauvée par le réel, sauvée de la virtualité. et que ma belle-mère ait été à la hauteur de ça. est-ce l’abri que je vais chercher? alors, je pourrais apprendre, comprendre. Donn : aussi y aimer retrouver l’usage de nos mains. mes beaux-parents payaient des ouvriers. n’y allaient pas d’eux mêmes. sinon, pour ce qui est de l’ordre et du rangement, ma chère belle-mère. il faudrait parler du Japon. et de l’Occident. et de la France.

Donn, ça a été l’un des rares endroits au monde où je me sois sentie bien. Et la maison de ma mère.

Quand nous sommes arrivés là, jeudi, Jules nous a annoncé qu’il était décidé à tout changer dans la maison. et qu’il fallait commencer par un rangement pièce par pièce, une à une. hall d’entrée, cuisine, chambre, etc.
F le soutient.
je le soutiens, je veux le soutenir.
il veut pouvoir y inviter ses amis.
je veux pouvoir soutenir son vouloir, son désir, l’aider à le réaliser.
tandis que j’étais saisie par la crainte qu’il ne rentre dans un projet irréalisable. un projet à ma façon : irréalisable. puisque c’est devenu le destin de chacun de mes projets : irréalisable, impossible.
c’est ce qui m’a motivée à faire tout mon possible pour ne pas constituer d’obstacle à ce projet, pour le soutenir.

nous avons commencé par le hall d’entrée.
or tous ces bougés, dans ce qui était si magnifiquement figé, m’insupportent.
j’aimais être dans leur maison, je ne supporte absolument pas d’en faire ma ou notre maison. (je ne pourrais aimer ma ou notre, j’étais dans un donné. je songe parfois que ce sont des sentiments comme les miens qui font le conservatisme. c’est bien en deçà de l’intelligence que ça se passe. je ne m’aime pas, c’est une des expressions de cela, je ne peux croire en ce que je construirais, rien ne peut modifier cela. il faut que je me haïsse. cela ne s’exprime pas partout, mais cela s’exprime là. il faut écrire tout ceci au conditionnel. mais c’est un des coeurs du symptôme. j’aime à être dans un lieu de l’Autre, un donné, où je ne sois pour rien, où rien ne transparaisse de ce que je suis. est-ce que cela peut bouger? tout ceci est grossier.)

j’ai dit à Frédéric : depuis que nous nous connaissons, nous essayons de faire en sorte que je puisse me sentir chez moi, que je puisse m’approprier un lieu d’habitation, sans succès.
je dois donc renoncer à maintenir Donn telle qu’elle était. je l’accepte. pour Jules.

bon, je n’ai pas maintenant le temps d’écrire davantage.

Envoyé le 30 à HP

dimanche 13 avril 2025 · 07h24

13 avril 07h24 // encore encore réfléchir aux valise, juste avant de partir

réveillée vers les quatre heures. beaucoup pensé à l’atelier TL, à ce qui s’y passe, à ce que j’y fais. pas seulement écrire, lire aussi. aux rapports avec les autres, aux zooms du lundi. à ma première expérience des ateliers, qui remonte à l’été 2023, à la façon dont les ateliers étaient alors devenus difficiles pour moi. la façon dont je m’y étais confrontée à des impossibles, à mes impossibles. à certains de mes impossibles. la surprise que ça avait été. l’invention que ça requérait. le temps.

tout ça probablement parce qu’hier, passé la journée à relire dans le blog tout ce que j’avais déjà écrit autour de la valise, tentée que j’étais de trouver le moyen d’éclairer ce qui m’avait paru insaisissable dans l’atelier Moments, pour me rendre compte que j’avais déjà tenté de traiter ça au sein de l’atelier Tiers Livre, en août 23, lors de l’atelier Roman.

j’ai alors relu certains de ces textes et j’avoue être assez gênée d’avoir publié ça… intéressant probablement pour moi, mais rien de publiable, rien de lisible pour une autre.  évidemment, je me suis prise au jeu, j’ai commencé à les retravailler. et je me dis que c’est peut-être le moment de m’y remettre. à les relire, par contre, je suis contente de mes « scholies » ou codicilles, qui me rappellent assez bien les circonstances de l’écriture, les écueils rencontrés, dont je trouvais à l’époque l’exercice d’écriture aussi important que celui de l’atelier proprement dit (il faut dire que c’est l’écriture analytique que j’ai l’habitude de pratiquer). 

aujourd’hui, départ pour Donn. non je n’en fais pas une maladie. plus. je ne fais d’ailleurs plus que bouger en ce moment. valise ne me fait même pas peur. je ne prendrai presque rien. nous ne sortons pas plus à D qu’à Paris. sinon au jardin.

c’est une question que je me suis posée, me relisant hier : est-ce que la valise est difficile parce que je ne sais quel vêtement y mettre. de la même façon que je ne sors pas parce que je ne sais comment m’habiller? partir en vacances, c’est aussi avoir à beaucoup sortir, à ne faire d’ailleurs que ça. et donc à chaque fois avoir à préparer son image pour le dehors. problème d’image donc et la peur de manquer de ce dont je pourrais disposer chz moi pour l’aménager, cette image, le vêtement, l’accessoire.

or, il y aussi le problème de l’interruption. de l’interruption du travail, de l’effort dans lequel je suis constamment et que je décris très bien là, dans ce texte sur l’inhibition. la peur de l’interruption de je-ne-sais-quel travail dans lequel je suis tout le temps. et de l’oubli qui s’ensuivra. il n’est pas rare, il est même constant,  qu’au retour de vac je sois confrontée au problème de ne plus du tout savoir qui je suis. et c’est alors très désespérant. (je devrais apprendre à m’y faire. mais je ne m’y fais pas. enfin, au moins je suis prévenue, je sais ce qui m’attend, et cela s’allège avec le temps.)

— qu’est-ce qui est bon dans ce qui est bon : que cela arrive ou que viennent les mots pour le dire? la photo pour le montrer ? —

je ne supporte pas les changements de lieux. j’ai écrit 1000 choses là dessus, toujours cherchant à le traiter. et la valise « subsume » ça : le sentiment  d’être transportée, arrachée à ce que je suis, déracinée, menée ailleurs. et que ça ne soit jamais de mon plein gré, de ma volonté. bon ce que j’écrivais hier est exagéré, sans doute, sur l’identification au lieu, sur l’arrachement du domicile, sur ce que je deviens hors de chez moi. exagéré, raté et tentant néanmoins de cerner quelque chose. car il est vrai qu’une fois sortie de mon immobilité, une fois sortie de mon domicile, de ma demeure, autre chose advient/surprend/envahit une liberté, disais-je, une vacuité/vacance/joie prise dans le bonheur de voir, la vue, le regard que je retrouve, qui reprend tout. et c’est ce dont je ne reviens pas, dont je mets du temps à revenir. c’est ce qui fait que je me quitte. c’est tout ça que je voyais sans pouvoir le résoudre dans ce texte 08 Moments d’entre-deux. c’est ce que j’espérasis pouvoir confronte à nouveau dans le texte valise que je projetais comme atelier 09 (et que j’ai foiré).

donc non, tous les trains ne sont pas pour les camps, comme j’ai pu l’écrire. pourtant il y a dans l’arrachement vécu, dans l’angoisse qui précède cet arrachement, quelque chose qui rejoint ce qu’elle reprend des termes de Lacan sur le corps réduit à un meuble, poussé dans des wagons, traité à la va-comme-je-te pousse. se voir réduit à ce que l’on est sur pied, à son seul corps, sans aucun autre avoir — se voir réduit à l’être-corps, qu’elle ressent comme effrayant. enfin, je crains d’avoir exagéré le rapprochement. je ne connais pas la peur que décrit Hélène Bonnaud. cependant que mon imaginaire est tel qu’il est plus que probable que je ne puisse voir un wagon ou une valise, une de ces valises à l’ancienne, tenue à bout de bras, sans que la carte « camp » ou « camp de la mort » ne s’allume en moi.

Je ne pense pas que je trouverai jamais la formule qui dise ce qui m’arrive, l’angoisse, quand je dois partir en vacances. qui fait qu’aujourd’hui déjà un coin de ma tête  angoisse, frizze, à l’idée du voyage à faire fin août. 

Sinon. Si je devais réécrire l’atelier Peurs, je pourrais ne garder que la peur de  la mort de F. d’avoir à rester après lui. sans lui. nous nous aimons beaucoup en ce moment. dans le vieillissement. nous le voyons, y assistons. nous nous moquons, nous nous faisons rire.  il me fait beaucoup rire, c’est très délicieux. on se sent seuls, à deux, ensemble. c’est depuis qu’il est à la retraite. ça ne correspond pas tout à fait à la réalité. ça correspond à la réalité de la mise à la retraite. et des gens qui se lèvent dans le métro pour céder la place. ce qui a accru mon amour pour lui, et qui l’accroit encore, c’est d’être face à ça. Le vieillissement, la maladie, la mort. l’un d’entre nous survivra à l’autre. désolée, mais j’espère que ce sera lui. qui survivra. 

je dois arrêter le travail pour l’atelier et passer au travail pour l’expo. est-ce que c’est la peur de ça qui m’a réveillée cette nuit. la peur, l’angoisse. 

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