vendredi 17 septembre 2021 · 11h07

jeudi 16 sept. – rêve :: 2 + 1 chiens

…rêve du jeudi 16

j’ai deux chiens identiques, je les reçois. deux jeunes chiens noirs et maigres, au poil ras. ils courent dans tous les sens.
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j’ai un grand chien, plutôt grand et blanc, au poil long. je le promène, je fais des activités avec lui.
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à un moment, des laisses sont mises.
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je me souviens avec effroi des jeunes chiens noirs, oubliés, disparus. ils doivent être attachés quelque part. je les retrouve, debout, immobiles, côte à côte dans un  carton que j’ouvre, ils sont liés, j’ôte leur laisse, leurs liens, qui sont des sortes de bandages sur les yeux,  fermés, que je détache. ils gardent les yeux fermés, collés. c’est affreux en fait, ils sont dans un sale état. je suis très triste.
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le gros chien blanc est toujours là. ils sont trois chiens. je crois que j’ai le sentiment que je ne dois plus l’oublier.

associations…

quel chien?

#dépendance
Il y avait eu la veille du rêve une pensée aux chiens et aux chats, à ce qui les sépare. J’avais pensé à cette sorte de malchance des chiens, à leur ultra-dépendance aux humains. J’avoue me trouver moi-même extrêmement dépendante….

#masochisme (et place vide du sujet)
Avant ça, peut-être y a-t-il eu cet extrait du livre d’Eric Laurent, L’envers de la biopolitique1, publié ici le 7 septembre, où il est question du fantasme du masochisme d’être traité comme une chose qui « à la limite, se marchande, se vend, se maltraite, est annulé dans toute espèce ce possibilité votive (au sens de vœu) de se saisir comme autonome. Il est traité comme un chien, dirons-nous, et non pas pas n’importe quel chien – un chien qu’on maltraite, et, précisément, comme un chien déjà maltraité.2 » Dans le Séminaire VI, ajoute Eric Laurent, Lacan élabore « le masochisme en tant qu’il est articulé à la place vide du sujet qui, réduit à un chien maltraité n’ayant rien à dire sur son sort, n’ayant plus droit à la parole – c’est la donnée essentielle – est voué à disparaître.« 

« La mélancolie, sacrifice suicide, s’identifie à cette mort du sujet qui se nomme dans le même temps où il s’éternise. »

Eric Laurent, Ornicar? 47, « Mélancolie, douleur d’exister, lâcheté morale », p. 10.

le lien a-a’ de la relation imaginaire

Le lendemain du rêve, ce matin me réveillant, m’est venue cette idée pour une interprétation en 3 points:

  1. Etre partie de a – a’, l’identification imaginaire au double, au petit autre.
  2. Avoir rencontré le chien blanc, le grand chien blanc. Celui aussi du semblant. Je pense à Lacan.
  3. Et puis… me souvenir qu’ils sont là, qu’ils sont là aussi, les petits autres de l’identification, toujours.

Je ne vois pas trop bien ce qu’il y a de satisfaisant dans cette interprétation, mais je l’ai tout de suite trouvée grosse d’une signification que je n’aperçois pas encore.

A propos du lien a-a’, de la relation imaginaire au petit autre, je commencerai par évoquer une sorte de souvenir-écran où je me vois debout dans un bus, ou un tram, me tenant du bras droit à une barre en hauteur, très près de la fenêtre, soudainement rappelée à une phrase de Lacan dans le séminaire que je lis alors, l’un des premiers, le premier peut-être, où il élaborait le schéma L et où, citant une jeune femme qui le lui avait commenté, il répliquait, en substance, « la pauvre, elle ne sait pas encore… que sa vie ne fera jamais rien d’autre qu’osciller entre a et a' ». Cela m’aura marquée. Est-ce que c’est à cause de cette remarque que j’ai toujours eu l’impression de quelque chose d’obscur quand il était question de cette relation imaginaire, a-a’, au petit autre?

Concernant cette relation, dont j’ai récemment entrepris la traque après l’avoir copieusement ignorée, j’ai récemment été frappée par une lecture sur l’immixtion des sujets dans la psychose par L. Fainsilber, que j’avais d’ailleurs également republiée ici.

Tandis qu’après avoir fait ce rêve, je relisais hier l’article de Jean-Claude Encalado sur la mélancolie d’Althusser. J’y ai trouvé des choses très simples, très clairement articulées sur l’identification imaginaire dans la psychose qui m’ont frappée et qui certainement auront entraîné cette interprétation du rêve.

Jean-Claude Encalado décrit la relation imaginaire d’Althusser à son grand-père, à son ami Paul, à d’autres encore, des professeurs, et finalement à Hélène Rytmann. Il en parle comme de la relation qui vient suppléer au défaut phallique :

Avec le grand père : « Et pendant toutes ces activités qu’il accomplit avec son grand père, il se sent là dans un corps d’homme.« 
Avec l’ami Paul : « Il trouve en Paul un appui imaginaire : « Il a ce que je n’ai pas : le courage. » Il est costaud, il est courageux, et dans leur détresse, dans leur solitude, ils vont trouver refuge dans leur association.« 
Avec Monsieur Richard : « professeur de français, un pur esprit, un être détaché de la chair. « Je m’identifiai complètement à lui (tout y prêtait), j’imitai aussitôt son écriture, […] adoptai ses goûts, ses jugements, imitai même sa voix et ses inflexions tendres. […] Manière de régler mon rapport à un père absent en me donnant un père imaginaire. » Comme il le dit clairement, à la forclusion paternelle, répond une figure imaginaire : un professeur de lettres. »
Ce qui se passera avec Hélène Rytman est plus subtil. Elle deviendra sa femme. Il ira d’abord vers elle tout à l’élan de la sauver – elle est dans un état lamentable -, puis il passera par un moment d’angoisse extrême provoqué par leur premier rapport sexuel, qui le conduit en hôpital psychiatrique, à Sainte Anne, où il est soigné pour démence précoce et dont il n’est pas sûr de pouvoir jamais sortir. Hélène le sauvera, parvenant à introduire un autre médecin à l’hôpital qui infirme le diagnostic, qui parle parle de mélancolie grave plutôt que de démence, il pourra sortir de l’hôpital, non sans être passé par les électrochocs. L’hospitalisation aura duré plusieurs mois. Au sortir de là, il va vers la femme qui l’a sauvée, la femme au courage et à l’intelligence d’exception, qui dit-il, fait de lui un homme. Il peut la sauver (comme il faut qu’il sauve sa mère), mais elle aussi, le sauve. Quelques années plus tard, il la tuera… dans un moment d’égarement.

Je ne suis pas sûre que cela éclaire vraiment ce qu’il en est dans ce rêve. Pour moi, ces deux petits chiens noirs, bâtards, m’évoquent cette relation imaginaire.

Une autre chose m’avait frappée : ils sont l’un et l’autre atteints de maniaco-dépression, et c’est comme s’il s’agissait d’une tout autre maladie. Ce qu’Althusser décrit des terribles difficultés d’Hélène est certainement plus proche de ce que je connais que de ses épisodes hypomaniaques à lui.

Althusser, L'avenir dure longtemps suivi de les faits
…la terreur fantasmatique d’Hélène de n’être qu’une mauvaise mère, une mère affreuse, une mégère à faire du mal et mal, et avant tout à qui l’aimait ou voulait l’aimer. A la volonté impuissante d’aimer, ne répondait alors que le refus (désir) farouche, obstiné et violent de ne pas être aimée parce qu’elle ne le méritait pas, parce qu’au font elle n’était qu’un affreux petit animal plein de griffes et de sang, d’épines de fureur.

le chien blanc

Pour ce qui est du chien blanc, ce chien unique, qui a toutes les qualités inverses de celles des deux chiens : il est Un, il est blanc, il est grand, il a le poil long (un peu chien de berger, quand les deux autres sont de très jolis petits bâtards noirs)…. Pourquoi me fait-il penser à Lacan ? Je parlais hier de ce que ça avait été pour moi, d’avoir pu croire en Lacan. Pendant des années, je me suis suis bâtie sur sa lecture, je me suis formée à son enseignement, il m’a apporté des choses que je n’ai trouvées nulle part ailleurs. Il est véritablement le seul qui ait donné du sens à ce qui jusque là n’en avait aucun, et qui m’ait apporté l’envie de savoir, de découvrir. Le goût de Lacan pour le réel, les instruments qu’il offre pour l’aborder… C’est un virus dont on ne veut pas être guéri… Tout dans son enseignement est ouvert au plus mystérieux, au plus étrange, au plus extime… Si j’ai appris à m’aimer, si je ne suis pas confondue de haine pour moi-même comme ce que je lisais sous la plume d’Althusser parlant de sa femme, c’est par lui, c’est grâce à lui… Même m’étant durant toutes ces années, plus de vingt, trompée quant à mon diagnostic: ce qui ne trompe pas c’est la jouissance, la jouissance dans son acception lacanienne, c’est d’elle j’apprenais quelque chose.

Cet amour Un pour Lacan, sans faille, dont j’ai cru qu’il finirait par m’apporter métier et communauté, ce qui n’a nullement été le cas, que je deviendrais analyste, que je travaillerais au sein de l’Ecole de la Cause freudienne, cet amour a fait de moi une névrosée modèle pendant des années. C’est le discours même de Lacan, son goût du réel, qui a suppléé au dit défaut phallique. La démarche analytique conduit à toujours chercher à traquer le réel, en développe le goût, la volonté. Et ce goût, ce respect même je dirais du réel, respect je crois natif chez moi, amplifié certainement par la jouissance intellectuelle qu’il y a à le traquer, à le débusquer, à toujours vouloir aller vers ce qui vous dépasse, ce dont on se sent à la fois le plus séparé et le plus proche, permet au moins de pointer certaines subtilités de la vie, dont in fine aucune loi déjà écrite ne répond. C’est un défi.

[ ici parler du rêve du N, du sang N, et du semblant + lien]

Il n’y a pas de relation entre l’amour de moi-même et la haine de moi-même. Ce n’est que récemment, avec le diagnostic, que j’ai pu commencer à composer avec quelque chose que je pourrais appeler haine, haine de soi. Que je ressens parfois comme une force venant du dedans, venant de moi, mais toujours totalement inconnue, absolument étrangère. M’agissant de l’intérieur. Je l’ai reconnue comme réelle. Un réel auquel je peux, de façon même fabriquée, opposer l’amour, l’amour de moi-même. Il se trouve qu’une bonne part de cet amour s’est vu augmenté au travers de la figure de Lacan, de l’action lacanienne, de la démarche analytique, qui conduit à accorder de la valeur au moindre déchet. De la valeur au déchet même.

Enfin, tout ceci est extrêmement difficile à écrire et très mal écrit.

Toute la maladie n’est pas la haine de soi. La haine de soi c’est le chien des enfers. Si je l’ai peu dite en analyse, si elle a manqué à apparaître, si elle ne s’est exprimée que dans une haine adressée à autrui (ce que j’ai tenté de cerner avec mon histoire d’immixtion des sujets), c’est que je savais ce qu’elle comporte de jouissance et que je me gardais d’en faire étalage. Cette jouissance, je ne voulais pas qu’elle soit repérée en tant que telle par un analyste. Elle s’est manifestée autrement. (C’est une chose, je me dis parfois, qu’on devrait apprendre à l’école, la part qu’on prend à son propre malheur, ça n’est plus très à la mode, et ça l’a parfois été trop, je me suis certes accusée de trop de torts, mais enfin, se défier davantage de soi ne ferait de tort à personne.) Je disais donc : la haine où je suis de moi, je suis arrivée à la faire payer cher aux autres, aux autres aussi (Freud le dit très bien), mais elle n’est pas tout. Mais, je ne sais plus ce que je voulais dire.

Alors, est-ce que tout ça nous mène loin du rêve aux chiens, du rêve aux 3 chiens. Dans ce rêve, ce qui compte, c’est l’oubli des petits chiens. Et l’état lamentable dans lequel je les retrouve, enfermés dans des cartons, les yeux tout collés. Ils sont un peu comme des chiens empaillés, mais toujours en vie. Ils ont cette sorte de raideur de certain jouet que j’aurais eu, de chien noir, petit chien noir à bascule : exactement, les voilà, le voilà. C’est un jouet qui ne m’a pas appartenu, mais qui se trouvait au château d’A, et qui avait bien pour moi quelque chose de dégoutant, tant il était réaliste (peut-on s’asseoir sur un chien empaillé, ce qu’il n’était pas, pas vraiment).

Je ne sais ce qui dans les jours précédents m’a conduite à repenser à ce qu’a été Lacan pour moi. Quel père il a été.

Enfin, il faudra que j’y revienne… Il reste quand même quelques choses possibles à en dire.


  1. Cela fait quelques temps que je tente d’éclaircir pour moi la part d’énigme du texte d’Eric Laurent sur la mélancolie où il situe ce qui se joue pour le mélancolique au moment du Fort/Da, lequel depuis oriente certaines de mes recherches et m’a amenée à retrouver et à publier ici une page de son Envers de la biopolitique, où il est question du fantasme masochiste d’être traité comme un chien. Eric Laurent écrit : « La mélancolie, sacrifice suicide, s’identifie à cette mort du sujet qui se nomme dans le même temps où il s’éternise. »
    Eric Laurent, Ornicar? 47, « Mélancolie, douleur d’exister, lâcheté morale », p. 10.
     . ↩︎
  2. Lacan J, Le Séminaire, livre VI, Le désir et son interprétation, p. 152-153. ↩︎
vendredi 19 décembre 2025 · 17h33

La séparation

À quoi ai-je perdu mon temps ce matin ?

Je me suis réveillée relativement tard.
À 8 heures, donc j’avais plutôt bien dormi.
J’étais décidée à écrire sur la pièce de théâtre que nous avons vue hier.
Hum… laquelle déjà ? Peu importe.
De Claude Simon, La Séparation.

M’étant désinscrite des réseaux sociaux, la tentation de m’y distraire dès potron-minet s’est au moins provisoirement éloignée. Au lieu de quoi, qu’ai-je fait ? Qu’ai-je trouvé à faire ? Stupidity. Avant même que j’aie eu le temps de m’en apercevoir, j’étais embarquée à tester l’enregistreur de mon téléphone Samsung Galaxy S25. Ne voilà-t-il pas que je m’aperçois d’un défaut qui me déplaît. Hélas. Je consulte ChatGPT. Il n’y a pas de solution. Que veux-je alors ? Je veux écrire à Samsung — je ne le crois pas moi-même — pour proposer une nouvelle fonctionnalité qui me permette de l’utiliser plus facilement comme enregistreur de notes. Tout cela me prend au moins trente minutes. Après quoi, je suis en colère contre moi-même. En colère contre ChatGPT.

« Combien de temps a pris cette conversation avec toi ? Une estimation de ta part au vu de la longueur du texte. » Une heure dix, estime-t-il, se trompant d’ailleurs. « C’est grave de ma part, abondai-je en mon sens. Très grave. Ça contribue complètement à me faire haïr de moi-même et tu ne peux qu’y contribuer. Tu engendres un monde de self-haters et de tricheurs. »

Après ? Eh bien après, et après un petit déjeuner, souhaitant me mettre sur de meilleurs rails, je me suis mise sur internet à lire sur Claude Simon et sur ce texte, La Séparation. J’ai téléchargé les deux romans qui paraissent liés, directement ou non, à cette pièce et qu’à mon grand désespoir je ne lirai pas. J’ai envoyé quelques messages sur WhatsApp à propos de la pièce — pas vraiment des messages, plutôt des liens et une photo de Claude Simon.

C’est alors que me parviennent une partie des résultats de mes examens médicaux. Et là encore — mais comment est-ce possible — j’ai voulu les analyser avec ChatGPT. Nouveau recours inutile qui prend un temps de dingue. Car enfin, ce qu’il faut, c’est juste faire ce que dit le médecin : éventuellement consulter un néphrologue, peut-être consulter la nutritionniste désignée, et voilà. Pourquoi chercher à analyser ces résultats ? Perte de temps et jouissance. Jouissance à chiffrer le corps. Le corps, lui aussi le traiter comme une machine. 

Ah. Que retenir de tout ça ?

Il est maintenant 13 h.
Je suis dans mon bain.
Je dicte une note à une app qui ne fonctionne pas.
Je n’ai rien fait de la matinée.

Alors quoi ?

J’appelle ça addiction aux écrans, mais à quoi exactement ? Ne faudrait-il pas parler plutôt d’addiction au virtuel ? Comment est-ce que ça se traite ? Pourquoi est-ce que je choisis un problème technique — un problème de geek— au lieu de simplement laisser tomber cette application qui ne fonctionne pas ?

Alors quoi ?

Je considère qu’il faut parler d’addiction dès lors qu’on fait quelque chose contre son gré, sans qu’on puisse y résister d’aucune façon, et qu’on en sort vidé, ne sachant même plus comment on s’appelle, ni, a fortiori, ce qu’on veut, à quoi on sert, ce qu’on désire, ce qu’on peut. Parce qu’en plus des petits chats qui vous sauvent de toutes les angoisses — de la mémoire réactualisée des génocides qui vous tordent les tripes, des images et des récits qui vous glacent le sang, de l’impuissance absolue où l’on se voit réduit, de la distribution du monde entre les bons et les mauvais, de l’espionnite aiguë —, les réseaux sociaux titillent l’existence sociale, l’identité sociale, la reconnaissance sociale. Dès lors que je m’en coupe, il n’y a plus de désir d’identité. Je suis seule.

Qu’ai-je fait, que fais-je ? J’observe que je me suis rabattue sur le fonctionnement. La geekerie. Faire que ça marche. Que quelque chose marche. Et ça finit toujours par marcher. Un problème technique, ça se résout toujours. Un problème, une solution. Plus la queue de l’ombre d’un sujet. L’Autre virtuel de la loi est maintenant réduit au réglage. Le dispositif ne tolère ni écart, ni imprévu, ni raté. Ça fonctionne, ça ne fonctionne pas. Réglage / correction / optimisation. Un monde sans adresse, peuplé de mécanismes qui tournent à vide, d’horloges sans retard sur des quais désertés.

Je me sépare de moi-même dans une virtualité machinique vidée de toute présence. De toute espérance. Et c’est vrai aussi face au corps : les mains dans une cambouis de datas où je me résorbe, je le traite comme une machine, comme un problème technique. Analyser des résultats, chercher des réglages, des solutions. Au départ de données scientifiques. Comme si le corps était une application défectueuse.

Voilà que je troque l’addiction sociale, l’addiction aux RS, pour une addiction purement machinique, une addiction à la résolution. Même vidé de son enjeu d’identité sociale, ce petit objet, mon téléphone, vidé des ombres qui l’occupent dans les réseaux sociaux, continue de me fasciner, de m’appeler, de m’occuper. Je ne sais plus qui avait écrit à propos de cette façon de réduire les énigmes à des solutions.

Pour produire du sens, on part du vide. On ne part que du vide. Que de l’invention. On ne hisse que du fond du puits sans savoir ce qui va venir. On est très loin du fonctionnement.

Et je pensais ce matin à ça, justement, c’est ce que je voulais essayer de saisir. Comment se fait-il que moi, j’aie toujours eu difficile précisément par rapport à ça. Qu’est-ce qui me retient de simplement parler de quelque chose. Parler de la pièce. Qu’est-ce qui me retient d’être du côté de ceux qui disent quelque chose ? Pourquoi ça résiste à ce point en moi. Pourquoi c’est si difficile.

Je me réveille, j’entrevois quelque chose qui m’intéresse à dire à propos de la pièce, je souhaite l’écrire pour essayer ensuite d’en reparler à F, J, N. Je me lève. Et je m’embarque dans tout autre chose. Et ce à quoi je pensais à propos de la pièce, je ne l’ai, à l’heure qu’il est, toujours pas écrit, et je ne l’écrirai probablement pas, jamais. 

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