réveil. au lit, noir de la chambre, je ne sais pas encore qu’il est tard déjà, bon sommeil, cauchemar, chaleur, souvenirs des lectures de la veille.
j’entends : tuuuue…. toi – un très long tue, qui pourrait presque valoir pour tu es ou tue, finalement arrive toi.
je pense à tout ça, ces formules entendues depuis si longtemps, qui reviennent régulièrement. que je ne retiens plus que comme le signal de quelque chose qui ne va pas, qui seraient celui d’une « mélancolie enclenchée ». il faudrait que je raconte quand ça a commencé, ces cruelles pensées, mais pas maintenant. que j’ai un moment appelés les fracassemeurs, quand les injonctions étaient beaucoup plus violentes, puissantes, et alors pleines d’intentions là où aujourd’hui elles interviennent vides de sens.
au milieu de ces réflexions, j’entends, distinctement : je vais me tuer. j’en suis étonnée. c’est ma voix, oui.
je pense à la façon dont le tai chi m’a aidée à faire face. à lancer à mon tour des injonctions contraire : vis, vie.
à nouveau, j’entends : je vais me tuer. distinctement. à nouveau j’en suis surprise. ces trois mots ensemble, cette voix, la décision qui la possède. je pense à diverses choses.
je me lève pour écrire tout autre chose que ce que j’écris là, que j’écris parce que c’est rare que j’aie des souvenirs exacts des formules. d’habitude je sais qu’il y en a, qu’il y en a eu, mais tout de suite j’oublie les mots utilisés. qui me paraissent à chaque fois différents, qui me surprennent à tous les coups, et qui sont toujours les mêmes, interchangeables, possiblement indifférents. au départ, cruels.
que voulais-je écrire, rapidement.?
j’ai repensé hier à Emmanuel Carrère, à cette dernière relecture relatée ici. et la conviction, accompagnée même de dégoût, s’est renforcée que je ne connaîtrais pas de crise aussi grave que celle qu’il a connue.
j’ai eu depuis la révélation de Yoga, le temps de réfléchir à tout ça, de l’interroger, de l’assimiler. je suis ce que je suis depuis très longtemps. si je suis bipolaire, c’est depuis très longtemps. cela fait très longtemps que la calme envie de mourir me possède.
ma vie s’est passée sur une note plutôt basse (sombre, sourde et paradoxalement constante : constante dans l’inconstance, les hauts et les bas tant succédés qu’ils se sont finalement confondus) et plutôt sur le versant de la dépression. dépression qui s’est très vite contingentée, contenue entre les 4 murs du bureau d’1 analyste et par mes lectures sur la psychanalyse.
c’est là que j’ai installé mes défenses. je me suis construite comme cas. ma passion de la psychanalyse était grande. et m’a apporté suffisamment de douceurs, de bonheurs, jouissance, plaisirs, pour que j’en devienne ce que je suis devenue. une bipolaire tranquille. douceurs bonheurs jouissance, etc, toutes liées à la pensée, la pensée à ce que j’allais dire, à ce que j’avais dit. toutes liées à l’analyse (au décorticage, au détricotage, au retricotage), aux délices de l’analyse. c’est un terrain de circonscription. ça vous préserve de l’infini. ça vous fixe. (peut-être parfois trop fixement et s’aperçoit-on qu’on tourne en rond, chèvre autour de son piquet, mais, de nouveau, tourner en rond fait circonscription, le piquet fait arrêt, l’aire délimitée par la corde fait aire de jeux, de jouissance, fait lieu d’appartenance, fait habitat, fait tour de propriétaire. je ne suis pas sûre que ce que je dis parle en faveur de la psychanalyse, mais à tout le moins, cette parole qui trouve son point de butée, ça n’est pas la tachypsychie. )
ce que j’ai lu sur la bipolarité décrit des symptômes. ce que j’ai lu, de psychanalyse, sur la psychose ordinaire, la maniaco-dépression, la mélancolie, décrit des structures, des arcanes, des mondes/modes de fonctionnement.
pour ce qui est des crises maniaques, elles aussi ont été plutôt soft. j’en sortais tout juste d’une. de ce qui rétrospectivement s’éclairait à être considérée telle. juste avant encore, il y eut ce grand amour. si je remonte plus haut dans ma vie, dans l’ensemble, dès que j’ai entrepris quelque chose, dès que j’ai été dans le sens d’un accomplissement, ça s’est pris dans le tapis de la manie. l’échec qui s’en est toujours suivi, m’a valu ces mois, ces années dans les tonalités de la dépression. petit à petit, à force de me cogner à l’angoisse qui n’a été que s’amplifiant, mes velléités d’accomplissement se sont réduites, je suis allée vers cette vie qui est la mienne aujourd’hui dans les limites, les marges étroites, du faire et du non-faire.
et puis, le diagnostic de bipolarité ou de maniaco-dépression, ou celui que j’ai préféré, que je me suis moi-même décerné, de mélancolique, me sauvait du sacro-saint désir lacanien. j’échappais à l’obligation de « débusquer mon désir », je n’avais plus à m’accuser de « lâcheté morale » ou d’avoir « cédé sur mon désir » selon la formule consacrée. non. ça n’était pas à ma portée, point. je ne suis toujours pas sûre de pouvoir parler comme ça, mais, il y avait depuis quelques temps déjà en moi, une forme de suspicion face à cette antienne du désir obligatoire, moi qui n’arrivait à tenir la rampe d’aucun.
j’ai longtemps été arrimée à la psychanalyse. après l’analyse principale, qui a duré 18 ans, il y a eu plusieurs crises, plusieurs reprises. plusieurs changements d’analyste. jusqu’à ce que je m’éloigne complètement de la psychanalyse et me tourne vers le tai chi. ce n’est que récemment, à cause du livre d’Emmanuel Carrère, que j’ai recommencé à lire de la psychanalyse. alors qu’entre-temps, j’avais d’ailleurs repris une analyse, à cause d’une rencontre amoureuse, le grand amour mentionné plus haut.
la logorrhée, ce trouble de la parole lié à l’excitation maniaque, s’est toujours chez moi contenue à la pensée, que j’essayais alors de canaliser par l’écriture. ma parole ne s’y est jamais prise, au contraire. ma parole est d’ailleurs de moins en moins perméable à ma pensée. dès qu’elle veut en passer le seuil, ma pensée, par ma bouche, le seuil de la parole, elle me brûle, me rend malade, m’asphyxie, me fige.
ça doit être la jouissance qui ne passe pas. de la pensée, la jouissance, c’est quand même un truc d’abord autiste, la jouissance. ça n’est pas fait pour être semé à tous vents. il y a de l’impartageable. par l’écrit, ça passe mieux, voire trop. comme un miroir grossissant. l’écrit grossit et dès lors contraint.
non, c’est de la pensée que je suis malade. même s’il m’apparaît à l’instant qu’elle aurait pu primitivement chercher à me guérir de ce qui m’a toujours, en fait, fondamentalement, absolument manqué : la parole justement. du coup, dès lors qu’elle cherche à prendre voix, c’est le vide qu’elle conçoit.
il ne lui manque que la parole.
je suis devenue malade de la pensée, ce que j’ai longtemps considéré sous les auspices de la névrose obsessionnelle. au moins, même s’il s’est agi d’une erreur de diagnostic, cette aire de folie, ce gouffre de jeux, trouvait à être nommé, délimité et sa jouissance pointée. (il s’est toujours agi de faire monde habitable de l’immonde, c’est-à-dire de ce qui n’appartient à aucun monde connu. et le diagnostic, la volonté de diagnostic, m’a permis de vivre dans les livres, a fait identification, plutôt que nulle part. quelle que soit d’ailleurs l’erreur, le réel au cœur de la psychanalyse est ce qui m’y a rivée. le réel, c’est-à-dire l’au-delà du bien et du mal. (qu’il s’agit de rejoindre, dont il s’agit de faire monde (parallèle) habitable. et sinon : avec lequel composer.)
Je connais également le symptôme opposé à la tachypsychie, la bradypsychie, un ralentissement qui va vers le vide.
mes lectures récentes de Millot m’encourage à tenter de m’y laisser aller, au moment où ça m’arrive. lorsque je suis perdue, plutôt que de chercher à boire ou fumer ou à m’écraser dans les réseaux sociaux, m’isoler, me coucher, observer, accepter. j’y ai été amenée hier, et c’était étrange.
le point important dans ces lectures, c’est la façon dans ces états mystiques, et qui sont les états qui interrogent Millot, pointent tendent vers un état de non-jugement, un état où il n’y a plus ni de bien ni de mal. et un état d’acceptation. il faut penser le bien ou le mal pour vouloir que les choses soient autres de ce qu’elles sont. comme le disait N, devenir identique à son destin. où je peux donc échapper à ma constante auto-surveillance, à ma constante dévaluation. dès lors que j’ai trouvé le moyen de m’éloigner de mes pensées par le tai chi, et le bonheur que j’y trouvais, j’ai retrouvé du prix à mes yeux.
oh, seigneur, comment cela sonne niais quand je le dis. je rechercherai l’un ou l’autre de ces textes.
time for a cup of coffee.
tachypsychie, bradypsychie, il y a moyen d’en tirer quelque chose. l’intérêt de ces concepts que je ne connaissais pas jusque là, c’est qu’ils délimitent autrement cela qui vous environne. vous donne le temps l’opportunité d’observer de nouvelles aires de la réalité, aires qui ne sont pas nouvelles mais qu’il est nouveau d’observer de cette façon là. dans cette réalité d’un trop de vitesse ou d’un trop de lenteur. d’un trop de vie, de violence, d’un effacement, d’ un vidage. ce qui manque à la tachypsychie, c’est le point d’arrêt, le point de sens (l’effet rétroactif du point de capiton). la psychanalyse contient une pensée au non-sens. cet horizon du non-sens qui fait la trame de chaque instant peut agir pour moi comme point d’arrêt. tachypsychie. lenteur et gouffre, étrangeté. embarras. vide qui souvent se dérobe (presqu’autant que le sol sous vos pas).
cauchemar ? un enfant, des parents. un enfant, un bébé, un père, une mère. Le père la mère poursuivis, terroristes. le père enfui. grâce, je crois à un policier ou une policière. la mère restée avec bébé. policière lui permet également de s’enfuir. risque son poste car on découvrira que c’est elle qui a facilité cette fuite. le bébé reste là (avec la policière qui a sacrifié sa carrière). les parents ont des pouvoirs de super-héros.