pour le moment je ne connais de terre que celle comme une mer où l’on se noie.
un champ visqueux de terre retournée abandonné brun sous un ciel bas. un vaste champ de guerre, de deuxième guerre, un champ de terre de guerre, un champ d’hiver, de courtes vagues noires et brunes que ne ponctue plus aucune écume. grand champ de terre d’une guerre disparue que couvrent aujourd’hui les gravats.
terre de guerre où tu t’enterres
terre où tout s’enferre
imagine, de glaise tu te lèves
ils se lèvent de glaise
zombies de l’espoir de l’histoire vers le soleil couchant
leur clin d’œil jeté vers toi
toi qui spectre le tableau
rappelle la mère rappelle le fils
dis-leur que tu viens
pour le café le gâteau la vaisselle
rappelle le père mort et l’amant ton double
rappelle et dis : voilà, maintenant je suis toute de glaise et levée
au frère tu glisses : j’apprendrai à m’habiller
ce corps de terre
à la mère tu dis de bonne terre à laver
à l’enfant tu dis de bonne terre à jouer
à l’amant tu dis à pétrir à jouir
au ciel à graver à écrire
à la terre à taire
et à l’épouvantail les épouvantaux à parler
terre oh terre pourtant terre encore et encore je m’abreuverai de ton eau, je nourrirai ton champ de bruine
et les syllabes sans orthographe