samedi 1 février 2025 · 07h35

re: votre maman

bonjour, excusez-moi de n’avoir pas pris plus tôt le temps de vous répondre et vous remercier, c’était compliqué. je vois qu’elle va bien. qu’elle est toujours souriante et sociable. elle lit selon moi beaucoup moins bien, elle ne déchiffre plus, ne comprend plus rien. il y a quelques mois, elle me lisait avec intonation, intérêt et commentaires. mais, elle tente encore, ça l’intéresse encore. elle s’accroche. vous avez raison : elle cherche à lire, tant que possible. j’interprète ça comme une volonté de rester dans la communauté humaine, le monde du langage, de produire encore des mots, du sens, même s’il lui échappe. elle ne me reconnaît plus vraiment comme sa fille, elle ne sait plus vraiment ce que c’est, une fille, sa mère. mais le lien est toujours très fort. elle me reconnaît encore. et le lien à ses objets. cela fait plaisir à voir qu’elle connaisse les lieux, de la voir sortir de la chambre de la retrouver avec les autres devant la télé. la mise au lit reste difficile avec certain.e.s. elle se débat, frappe. je suis restée quelquefois pour la persuader qu’elle n’avait pas affaire à de mauvaises personnes. j’ai vu des gens qui s’en sortaient très bien. tout le monde ne sait pas qu’elle sait tenir debout. il est vrai qu’elle obéit difficilement. j’ai vu qu’elle recevait de nouveaux des antipsychotiques, dont j’ai lu qu’ils ne devaient pas être donnés plus de 6 ou 7 semaines et qu’il ne fallait y avoir recours qu’en dernier recours. cela m’a attristée, mais je n’ai plus la force de téléphoner, de chercher à comprendre. le directeur m’avait promis qu’on me préviendrait, qu’on ferait appel à moi en cas de difficultés, mais ça n’est pas le cas. certain.e.s trouvent ma mère difficile d’autres au contraire la trouvent facile et drôle… je trouve cependant que dans l’ensemble l’organisation est meilleure, bien meilleure. les aide-soignantes sont souvent à 2 pour la mise au lit et hier elles étaient même à deux pour le repas du soir: ça change tout.  les pensionnaires semblaient apaisé.e.s, souriant.e.s, satisfait. e. s. 

voilà je ne pense pas que vous m’en demandiez autant…. je suis toujours trop longue, 

amicalement, 

bon week-end, 

v

dimanche 2 février 2025 · 07h10

c’est plus calme pour moi d’être à bruxelles, plus facile dans la maison de ma mère. 

réveillée un peu trop tôt. j’hésite à refermer les yeux.

c’est plus calme pour moi d’être à bruxelles, plus facile dans la maison de ma mère.  il y a cette envie de maintenir son ordre, l’ordre auquel elle s’est accrochée, par où elle traçait les limites de son labyrinthe ou de son terrier, par où elle s’auto-limitait,  échappait à l’angoisse. angoisse sur laquelle je mets mes mots. je dis : angoisse du trop ouvert. une maison comme un corps sûr, avec au mur les toiles de mon père. au mur les portraits d’elle, ce corps encore reçu, le souvenir du logis de son regard. une maison où elle a su donner à chaque chose sa place, d’où elle a évacué les excès,  allant  toujours l’économie.  il y a un conservatisme qui n’est pas nécessairement politique, qui ne le devient pas pour autant, mais qui trouve peut-être sa source dans cette forme d’angoisse, d’instabilité foncière, de délitement perpétuel où il faut redresser toujours des parois de sable, où tout vous transperce. je pense à ceux dont les corps ne tiennent qu’approximativement, qui tendent à s’étendre ou se réduire. qui en retirent joie et difficultés. je ressens la maison de ma mère comme un corps où je suis mieux. un corps stable qu’il vaut la peine de chercher à entretenir, à maintenir. une mémoire vivante. dans la maison de me mère je deviens ma mère et les gestes qu’elles faisaient que je reprends sont les siens. partout ailleurs, ces gestes deviennent sources d’angoisse. ici je me coule en elle. je renonce joyeusement à tout. partout ailleurs nulle part ailleurs cela n’est possible, partout ailleurs je suis rattrapée par une volonté d’être moi-même, de me rejoindre, me construire, ne surtout pas rejoindre ce que je ressens alors comme son sacrifice. elle le répétait : qui n’en n’était pas un. sacrifice au service des autres, dans une organisation où elle où elle trouvait sa place, la creusait (envoyant vers le monde ses pseudopodes d’amour, ses bras d’algues). ce qui pour elle a fait corps logeait dans de savants arrangement gravitationnels (probablement autour d’un vide dont chaque corps prenait sa part) – mon père, son travail d’artiste, voire d’artiste maudit, mon père, sa parole, sa culture, la maison, la famille, les enfants; et dieu, la certitude de l’amour de dieu. les murs en suintent encore, chaque grain de lumière et me couler dans l’amour d’elle, je ne peux le faire qu’ici. en ces temps de maintenant. dans la proximité de la maison de repos. ailleurs, partout ailleurs je ne suis rattrapée que par ses démons : être une mauvaise mère, mal faire, rater. ailleurs, il n’y a plus rien. sable sable et tourbillons. un tout à toujours refaire. une peur de tomber dans son trou, quand il n’y a aucun mur pour me rattraper.

aucun mur, bien sûr j’exagère, si je ne me suis approprié aucune maison, je vis moi aussi au coeur « d’arrangements gravitationnels » (dont les murs restent encore à écrire). 

(Je me demande si je peux donner de l’huile de nigelle à Ches le petit chat malade).

l’ordre auquel on s’applique on s’accroche . la place que l’on donne , les places que l’on donne . les attributions . l’espace extrait du chaos . soi-même extrait.e du chaos . la main mise. les routes tracées par les objets situés . 

publié sur Bluesky : https://bsky.app/profile/disparates.bsky.social/post/3lh6lls5tmk2u

lundi 3 février 2025 · 13h06

3 février 2025, irrémédiable

Bruxelles, 3 février 2025, irrémédiable (l’avancée dans le temps)1.

hier avec J au salon « artists print » (la foire indépendante du livre d’artiste et du multiple organisée par Jeunesse et Arts Plastiques (JAP), à la Maison des Arts de Schaerbeek)
très chouette, surtout la cafet et le jardin
mais les livres et publications aussi
et les personnes
mais tellement
et tellement de choses intéressantes

(en même temps, je n’ai jamais été une bonne acheteuse.)

ça donne d’abord envie de faire soi-même, tout ce qu’on voit là-bas.

ce que je devrais arriver à faire c’est tenir un journal d’autiste.
il y a une peur, pas seulement chez moi, mais dans le monde, un désir de dire brut qui rêverait de s’abriter dans un diag d’autisme. je parle songeant à la quantité de séries avec ce genre de caractère, caractère impossible, qui dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas, qui ne peut dire que la vérité sans notion des conventions. je sais bien qu’il ne s’agit pas là d’autisme véritablement. que c’est du cinéma. mais l’idée plaît semble-t-il au public et aux producteurs. j’ai même vu quelques séries japonaises basées là-dessus, comme l’Extraordinary Attorney Woo.

le sentiment que ce qu’on a à dire est d’une façon ou d’une autre menaçant pour l’autre, que personne ne pourrait en répondre et que ça ne pourrait s’immiscer dans le lien social. d’où un rêve de « franchise autiste » qui n’aurait pas d’idée des sentiments des autres et permettrait de ne pas s’en soucier. et le désir de remettre en cause les conventions sur lesquelles se tisse le lien social. de les dénuder.

de là aussi la prolifération d’écritures. comment faire passer la brutalité, une certaine brutalité de ce qui ne passe pas le contrat social, la convention. (et qui se trouve perpétuellement scruté dans les réseaux sociaux, et donc à lisser, policer. et qui retourne constamment se soumettre au scrutage des RS aussi.) prolifération d’écritures, de travaux d’édition d’éditeurs de toutes sortes. on ne peut que s’en réjouir. je ne peux m’empêcher de m’interroger sur l’excès de l’offre par rapport à la demande. je lisais que les libraires s’en plaignent aussi. je suppose que ça va s’équilibrer. tu trouves excessif parce que tu n’en fais pas partie. écrivant, s’emparant de ses lettres, les dépliant, ployant, le monde se soigne (et accouchera d’une nouvelle forme de marché).

si je m’attriste d’un excès, c’est que je suis aigrie de n’en pas en faire partie, de ne pas moi aussi proposer mon petit truc. peut être moins aigrie que triste. de ne pas faire partie de ce qui fait monde. monde de la petite édition, du livre d’artiste, du multiple, monde fait de multiples petits mondes. qu’est-ce qui compte davantage que ça, l’existence de ces mondes? moins aigrie que (profondément) triste.

je craignais d’ailleurs un peu de croiser A, avec qui je suis fâchée (avec qui j’aurais dû faire un livre, m’immiscer dans le monde). croisé des amis à elle. nous ne nous sommes pas salué.e.s. ils n’ont jamais été mes amis, les siens.
au fond, c’est ce qui me réveille cette nuit. ce qui m’a réveillé. le souvenir d’elle.

je dois trouver le moyen de me faire à mon isolement. ou en faire quelque chose.

  1. publié sur Bluesky https://bsky.app/profile/disparates.bsky.social/post/3lhbh4rbrtk2u ↩︎
samedi 8 février 2025 · 21h24

#boost 00 | parc

premier atelier du cycle. « Bailly, rue du Bout du Monde », à partir de Jean-Christophe Bailly, Le dépaysement (Seuil, 2011).

codicille: reprise par ce sentiment d’aller à rebours de la consigne. j’y ai à nouveau fait l’épreuve de ma résistance face à la nomination d’un lieu, face au nom propre. résistance invaincue, qui cherche ses termes de remplacement, en trouve de provisoires ici . il fallait ce recours à l’expulsion de soi pour y parvenir. l’établissement de cette fiction. impossible à relire. insérer peut-être encore la première impression eue lorsque j’y étais, du parc de Blow Up. j’ai pris des photos, toutes ratées, trop sombre, je n’y arrivais pas.
circonstance : il y avait des deuils, du deuil, des larmes qui ne sortaient pas et j’avais eu besoin, j’ai eu envie de risquer l’ouverture d’un espace à moi, espace que trop prise par de multiples obligations, je n’arrivais pas à me créer. c’est la raison pour laquelle je me suis ré-inscrite à l’atelier d’été de François Bon, atelier cette année intitulé BOOST. et alors, tout de suite, l’envie d’une complainte d’amour, tout de suite, le désir de … débusquer le deuil à déplorer, de débusquer un deuil à déplorer. le deuil déploré. me servant artificiellement ce que je venais de vivre, de ce que je vivais.

source : https://www.tierslivre.net/ateliers/boost-00-bailly-rue-du-bout-du-monde/

sur le site de l’atelier du Tiers Livre : https://www.tierslivre.net/ateliers/boost-00-parc/

dimanche 9 février 2025 · 12h27

#boost 01 | champ de terre

pour le moment je ne connais de terre que celle comme une mer où l’on se noie. 
un champ visqueux de terre retournée abandonné brun sous un ciel bas. un vaste champ de guerre, de deuxième guerre, un champ de terre de guerre, un champ d’hiver, de courtes vagues noires  et brunes que ne ponctue plus aucune écume. grand champ de terre d’une guerre disparue que couvrent aujourd’hui les gravats.

terre de guerre où tu t’enterres 
terre où tout s’enferre 
imagine, de glaise tu te lèves 
ils se lèvent de glaise 
zombies de l’espoir de l’histoire vers le soleil couchant 
leur clin d’œil jeté vers toi
toi qui spectre le tableau

rappelle la mère rappelle le fils
dis-leur que tu viens 
pour le café le gâteau la vaisselle
rappelle le père mort et l’amant ton double
rappelle et dis : voilà, maintenant je suis toute de glaise et levée 
au frère tu glisses : j’apprendrai à m’habiller 
ce corps de terre 
à la mère tu dis de bonne terre à laver
à l’enfant tu dis de bonne terre à jouer
à l’amant tu dis à pétrir à jouir
au ciel à graver à écrire 
à la terre à taire 
et à l’épouvantail les épouvantaux à parler

terre oh terre pourtant terre encore et encore je m’abreuverai de ton eau, je nourrirai ton champ de bruine 
et les syllabes sans orthographe 

lundi 10 février 2025 · 06h56

de retour donc à paris, je me lève et c’est sans chester,

de retour donc à paris, je me lève et c’est sans chester, sans chester le chat. au lit longtemps restée ne sachant pas où j’étais, devant le chercher. m’étant à bruxelles inscrite à l’atelier françois bon, l’atelier boost, prenant ce risque, désireuse de m’offrir à nouveau un espace d’écriture, neuf, où je ne serais pas seule et où je voulais pourtant l’être, autant seule que possible. m’ouvrir un temps de récréation. j’ai alors tout à fait abandonné ce dans quoi j’étais avant le départ à bruxelles, où j’étais pourtant si fort, impliquée. pour le  dernier atelier, l’atelier de la semaine, terre, FB offre de lire tarkos.

samedi 15 février 2025 · 16h40

#boost 01 | nuit d’été

ST2 / liminaire

Dans terreur, il y a terre. Cette nuit-là, j’entends : dans terreur, il y a terre.

ST4

Erre : lieu d’errance. Ton erre favorite. Comme une erreur.

ST2

Vers les trois heures, j’ai ouvert à la terreur des coupables, mon maître. La nuit avançant, à entendre ses jugements sévères, j’ai eu besoin de mordre, de mordre la poussière, et j’ai mordu la terre, sa pomme. Elle était fraîche et boueuse et je me repaissais loin des regards, avilie, les yeux sur la fenêtre ouverte à l’absence des dieux et des pierres des yeux. Dans la chambre flottait les cendres d’une fine lune. Je roulais au sol.

ST4

Atterrer. D’abord, ça a été littéralement « mettre à terre ». C’est petit à petit que s’est insinuée la notion d’abattement psychologique intense proche de l’effroi, de la stupeur, voire de la terreur qui cloue au sol et empêche de bouger. Illustration, dans l’évolution de la langue, d’un passage du concret (renverser physiquement) à l’abstrait (accabler moralement). L’évolution inverse se voit aussi (ainsi ce soir-là, cette nuit-là, le corps écoute la langue.)

ST2

Ce soir-là, cette nuit-là, la langue est de terre. Et la terre se fait langue. Et la terre se souvient de toutes les terres de la terre. Et le corps est pris par ces souvenirs de la terre. Passée à la langue, la terre en perd son orthographe. La terre n’est plus qu’ouïe. Je l’entends entendre, ça fait un grand silence qui agrandit la nuit.

ST1 ST2

Au travers des plafonds et des planchers, au travers des vides, la terre fait son travail et me supporte. Je comptais sur elle, il me semble que je la savais. N’étais-je elle. Il faisait si noir. Je laissai les invocations. Il y avait. Ce qu’il y avait. La forte présence des grands champs retournés à quelques mètres de là. Leur odeur. Les terres éventrées où je me baignais. Les volées de coups de bêche encore en mémoire. Les brèches ouvertes. Lait noir jusqu’à la nausée. Tout suintait et mes aisselles. Les cuisses de presque quel corps je dirais collaient et je tirais à moi une couverture inutile et rêche. Ne méritant plus rien, vers les cinq heures, la terre m’avait rapatriée à sa version sale de la cave, version noire humide obscure propice peut-être aux rats que je n’avais pas vus. Mais au matin tout a changé. Vous savez le changement du matin. L’astre se levait, de nulle part, du fond de la fatigue, je revenais à moi dans la douceur de la chambre aux murs roses, sous les fenêtres blanches, la juste terreur conçue de mon crime s’étant évanouie, emportée par les brumes de l’aube naissante. Dans le chant des oiseaux, je regardais la lumière arriver. Lait blanc du jour.

ST3

Quand tout l’or du monde fut installé, j’ai coulé dans les escaliers toute ma masse molle, coulée marche à marche, c’est un chat qui m’avait enseignée, vers la porte et le dehors, les escaliers encore puis la terre, enfin, la terre, la terre, enfin, dont je ne sais encore que dire tant j’étais encore moi, je dis tant j’étais encore moi-même, vous comprenez, me décidant cependant – comme me saisissaient sa fraîcheur sa dureté son étrangeté – à prendre possession d’elle, la terre, à me glisser sous le masque de son altérité. Ici, tout est difficile à dire, car la terre à cet endroit est parcourue de plantounettes fines, je les appelle ici ainsi faute de connaître leurs noms, de milliards de plantounettes où trainaient également feuilles et branches sèches, coques abandonnées de noisettes. J’étais arrivée à ce que j’avais voulu, l’oubli, sans plus, mes doigts agrippés dans la terre, j’y coulais. Vous savez bien comment on fait, on y va un os à la fois, où quelques os à la fois, et puis les muscles, les muscles par paquet, les faisceaux de muscles, le seau de la peau, sa nasse, on les confie au grave, à la gravité de la terre et on s’enfonce, on s’étale. Bref.

ST4

Se terrer  : « Être terré, être couvert de terre.  Se terrer, se cacher sous terre, en parlant de certains animaux.  Se cacher à l’abri du danger ou vivre hors du contact avec autrui ». Mais encore : « Se mettre à couvert du feu de l’ennemi par des travaux de terre ».

ST1

Les travaux de la nuit portèrent. Je ne basculerais ce jour-là dans aucune tranchée. Je resterais beaucoup allongée assistant depuis le sol à de nombreuses joutes de lumière, de véritables tournois. Mais aucune tranchée de terre ce jour-là ne me prendrait, je ne serais alourdie d’aucun casque ni barda, j’écrirais au soleil dans le sable du bord de l’étang. Il n’y aurait  ni ennui ni guerre où m’enfoncer ni ver à mâchonner. Aucun cauchemar vivant. De quelques vêtements allégée, j’aurais regardé à travers les roseaux, le chêne ployer. Aurèle aurait dit : c’est la terre à l’envers, aujourd’hui. C’était la terre à l’envers. Non que je tienne à tout prix à terminer sur une note gaie. Pour ce jour-là, c’était assez.

*

Codicille : Ma 2ème proposition pour l’atelier « Tarkos, 4 strates ». Premier jet écrit lisant Tarkos. Écrit au départ de ce bout de phrase qui me revenait « Dans terreur, il y a terre » que j’attribuais de façon en partie erronée à Lacan dans le séminaire 2, son travail autour du « famillionnaire », qui m’a amenée à rechercher les étymologies d’atterer. Voir : https://www.littre.org/definition/atterrer  Ces recherches ont fait mes S4, qui ont guidé l’ensemble, jusqu’au bout. Je voulais de l’état de terre, me laisser guider par le « ter » de terre, de terreur et d’atterré, le ter qui résonne aussi avec le taire. Et quand j’ai visité la page de la terreur dans le Littré et que je suis tombée sur : « Il est la terreur des coupables, se dit d’un juge sévère« , le texte était lancé. (J’avoue j’avais aimé aussi : « Il y a des maladies qui atterrent jusques à nos desirs et nostre cognoissance« .) Au bout de quelques jours, une nuit, je me suis effrayée du manque de la terre, de l’artificialité de ce que j’avais écrit, de mes seuls jeux de mots, d’une écriture qui m’apparaissait finalement tellement séparée de la terre elle-même. (Il me semblait que je ne m’y laissais toucher que par des bouts de mots, des bouts de langue, rien de concret). Jusqu’à ce que je me rende compte que je me trompais, qu’il y avait bien de la terre partout, dans la langue que j’utilisais, que je ne l’avais ni trahie ni sacrifiée. Cela je le lisais chez les autres aussi. Que la terre ne s’oubliait pas. Que c’était la langue dont je voulais, la seule d’ailleurs à ma portée. Si je n’ai pas abandonné, c’est que dès le premier jet, certains passages m’ont émue. Que j’espère maintenant n’avoir pas trop gonflés. Passages secrets.

SOURCE : https://www.tierslivre.net/ateliers/boost-01-tarkos-quatre-strates-de-la-terre/

dimanche 16 février 2025 · 10h11

nuit d’été, encore

fini par envoyer hier à FB la nouvelle version du texte nuit d’été. ça veut dire terminé. ça veut dire qu’il faut passer au suivant, à l’atelier suivant. nuit encore de doutes. entre autres sur la reprise des termes de lait noir et lait blanc, surgis quand j’ai ajouté le champ de terre, qui lui venait de ma première tentative (champs de terre). faut-il revenir en arrière, les effacer. et l’illustration, magnifique selon moi, de l’épouse de celan, lestrange dont j’ai oublié le prénom. pourquoi cette façon d’appuyer. ce que je dis là, en vérité, je voudrais n’avoir pas à l’expliquer.

première version (de mémoire) :  « la terre seule continue de vaquer. je regarde la lumière arriver. je bois. « ( en fait : « Les grains seuls continuaient à vaquer, je regardais la lumière arriver. Je buvais. »)

c’était bien.

J’ai voulu ajouter les oiseaux, j’ai fait trop vite.
j’ai enlevé le travail de la terre puisque j’avais supprimé ce paragraphe sur le travail des grains.
et ça a donné, de mémoire ?
je ne sais plus. mais dernière phrase « lait blanc »

« dans le chant des oiseaux, je regarde la lumière arriver. lait blanc. » 

c’est nul.

non: « Dans le chant des oiseaux, je regardais la lumière arriver. Lait blanc du jour. »

tout aussi nul.

donc, faut y renoncer. aussi aux oiseaux probablement, qui de toutes façons mériteraient plus de place.

et laisser le lait noir à ceux à qui il appartient.

d’autant que c’est un peu forcé. ou pas ?

avant kiefer et celan, ça a été sang noir et sang blanc. et ce noir a toute une généalogie, que j’ai retracée ici.

me suis rappelée hier que les champs de terre retournée m’ont toujours fait penser à la guerre. mais avant kiefer, je pensais à la guerre 14. je ne sais pas de quelles images ça venait, de quels récits. sur les tranchées. 

je vais laisser comme c’est. et passer à l’atelier suivant. ou passer cette semaine. atelier suivant qui a priori ne me dit rien. aucune envie de ces regards en arrière. #boost #02 | porte intérieur porte, et Beckett
https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5365

mardi 18 février 2025 · 19h55

#boost 02  | porte dérobée (prop 1)

petite il était un endroit que je regagnais parfois où je parvenais en poussant dans la porte dérobée d’un mur du couloir dans la montée d’escalier que rien ne laissait deviner que j’étais seule à connaître je me souviens de la grande ouverture déchirure du sentiment d’être petite de l’extraordinaire d’un mur qui s’ouvre de la profondeur des espaces qui s’ouvraient à moi comme une succession ouverte en éventail de pièces d’espaces de vie d’appartements que j’explorais lentement où je rêvais de pouvoir m’installer et vivre qu’aucune lumière du dehors ne pénétrait sans qu’il y fasse complètement sombre où je ne rencontrais personne dont les lieux se modifiaient quelque peu à chacune de mes visites c’était comme un rêve si ce n’est que ce n’en était pas un j’avais d’autres secrets semblables. la porte est ouverte brisée une petite vitre est brisée la double porte vitrée est brisée je la passe mon frère est dans la cour enfant ses courts et doux cheveux roux ses lunettes fines ses yeux bleus dans le vide il ne dit rien je vois sa frêle silhouette immobile en culottes courtes il tient une main devant lui je regarde le sol et vois du sang qu’il ne voit pas un goutte à goutte il est possible que je le lui désigne le sorte de sa torpeur qu’il tressaille d’effroi. de la petite cuisine de ma mère au premier étage côté cour une porte donne sur le vide barrée seulement d’un garde-corps assez bas que personne ne passe jamais sauf un mainate il est  vrai qui s’installe quelques jours dans la cuisine auquel ma mère s’attache il dit quelques mots puis repart par où il est venu s’envole.  blottie dans l’ombre du couloir longtemps ma main repose sur la poignée de porte que finalement j’enclenche j’ouvre la porte de la salle à manger je n’arrive pas à dormir et suis redescendue trouver mes parents j’invente cette sale histoire que mon frère me réveille je me fais consoler reçois une tasse de lait chaud je le referai plusieurs fois jusqu’à ce que mon père n’interroge l’enfant fluet et que face à l’innocence extrême que dégagent ses yeux sa stupéfiante beauté ne découvre le pot aux roses mes mensonges. la porte peinte écrue qu’il faut pousser de l’atelier de mon père dont on traverse la première pièce celle où se trouve le grand canapé-lit  où il nous sermonne quelquefois gentilsérieusement qui donne sur la rue pour parvenir à la salle de bain autre porte écrue pièce de la longueur de la baignoire de la largeur de l’évier surmonté probablement d’un petit néon qui clignote parfois fenêtre où descendent des stores en bois toujours fermés sur le tapis après le bain je m’agenouille me recroqueville parfois sous une grande serviette qui me recouvre entièrement et j’attends de sécher. porte de rue porte de rue vitrée devant laquelle mon père me tend riant une lettre que je me suis écrite à moi-même porte de bois blond devant laquelle je suis avec ma mère qui me presse à sortir pour aller à l’école et je ne sais si je formule la crainte de me montrer dans la nouvelle jupe de mon uniforme je n’ose pas sortir je ne le veux tellement pas une jupe portefeuille le monde qui s’active se devine derrière la vitre de verre bullé couverte d’une grille en fer forgé au soir cette même porte par ma mère refermée sur moi revenant de l’école je me plains de mes dents je veux porter un appareil je veux un appareil elle me raconte qu’elle porte un dentier et quelle porte de salle de bain vitrée lui a été claquée au nez et la douleur nous sommes debout sur le paillasson encastré dans le marbre du sol. là dans l’entrée il y aussi la porte en haut de trois marches qui descendent vers la salle de jeu trois marches au-dessus desquelles est suspendu le porte-manteaux et les poches que je fais de mes parents sous un tableau qui me regarde ecce homo me procurant un complément d’argent de poche je suis une voleuse cette porte passée les marches descendues je suis face à la petite armoire brune où je cache le fruit de mes larcins des bonbons à ma droite la porte de cave vitrée également dont je descends quelquefois les escaliers les caves que j’explore seule et qui reviennent souvent en rêve en face de moi une porte qui donne sur la cour cette cour qui m’avait émerveillée le jour où nos parents nous avaient fait découvrir cette maison où nous allions dorénavant vivre à ma gauche la petite porte du monte-charge que nous n’utilisons pas l’étage s’appelle cuisine-cave[1] c’est l’étage anciennement des domestiques pour nous devenu l’étage de la salle de jeu enfin sur la gauche quelques pas à faire la porte de la salle de jeu à proprement parler porte vitrée à quatre carreaux transparents que je pousse et trouve mes frères qui jouent ma mère fait là ses lessives et m’enseigne le piano et m’énerve. la porte de ma chambre sous les toits j’ouvre et vois la lucarne voilée de trois jolis rideaux par où un homme qui m’attend à la sortie de l’école puis qui m’entraîne dans sa rue que je n’ai pas suivi chez lui m’a dit qu’il me rejoindrait la nuit. la porte ouverte de la chambre de mes deux frères. la porte close de la chambre de mes parents. la porte du haut grenier que j’explore parfois à l’instar de la cave dont je rêve aussi souvent l’échelle qu’on peut y monter tout y est brun sombre et poussiéreux aucun objet en particulier dont je me souvienne. la petite barrière devant les escaliers que je descends la nuit à l’adolescence les heures que ça prend le cœur qui bat les marches qui craquent pour prendre la porte de rue la double porte de rue vernie blonde. 

[1]  en Belgique, cuisine construite en sous-sol ou en rez de jardin  dans une maison surélevée.

mercredi 19 février 2025 · 08h51

mercredi 19 février 2025

BOOST – Hier je suis parvenue à quelque chose sans en être vraiment satisfaite

j’y repensais au réveil 

je vais essayer de trouver une version qui ait sa propre logique son propre motif. plutôt que d’esquinter celui de la consigne. garder les portes, mais trouver le moyen de compléter le tour de la maison.  un tour en survol avec les premiers souvenirs venus. un survol en fantôme. glisser. j’y perds le heurt et le geste de la consigne, la surprise, mais tant pis. beaucoup de portes ouvertes dans la maison. ce n’est que du couloir de la cage d’escalier qu’elles étaient fermées, séparant les étages. 

j’ai rêvé de ma belle-mère, deuxième nuit de suite. hier elle était en très mauvaise posture. aujourd’hui je vois au travers d’une vitre bullée (en verre bullé, terme que j’ai cherché hier en écrivant pour les portes, pour la porte extérieure de la rue tiberghien) qu’elle marche qu’elle bouge ! une silhouette en bleu
je pousse la porte elle se précipite ou tente de se précipiter dans son fauteuil. elle essaie de s’harnacher (de se harnacher?). est-ce cette sorte de harnais qui lui permet de faire ce qu’elle fait, c’est ce qu’elle essaie de faire croire. il y a quelque chose qu’elle ne savait plus faire que maintenant elle sait faire. elle n’est pas seule, vive, elle va incontestablement mieux. que ce qu’elle  ne nous laissait voir quelques moments plus tôt. à F et à moi. 

est-ce que moi aussi je vais mieux? je vais mieux. 

expo ribera hier au petit Palais. décevant. trop de monde. d’où vient ce monde. des touristes. beaucoup de vestes matelassées sans manche. surtout agacée par tous les textes qui cherchent à tout prix à le vendre en le comparant à Caravage. « choquée » par les peintures de torture. ne peux m’empêcher de penser aux prisons en israël. je me dis aussi, voyant la copie d’une peinture peignant la rue de l’époque, où des arrestations ont lieu, où des gens sont torturés, que nous vivons la même chose aujourd’hui. ce n’est pas dans la rue, mais c’est sur les téléphones. la même banalité.

faut que je récupère les photos de l’appareil.

la porte en verre bullé, aussi la porte du couloir de la maison d’oma à poperinge, celle qui donne sur la cuisine, vers laquelle on marche en rentrant dans la maison. j’ai d’autrefois rêvé de cette porte (le rêve qui se passe sous terre, je ne sais plus du tout de quoi il parle, il y a une porte à un moment, une porte qui va donner sur cette porte, la seule porte du rêve, le rêve publié par jonas, étrange que j’ai à ce point oublié ce qu’il était. un rêve sur la maladie. non? tadao anto? non? naoshima…. bref. peut-être que je n’ai pas publié ce rêve sur le blog. je l’avais fait peu après le début de la guerre en ukraine. L’abri anti-aérien ça s’appelait !!

jeudi 20 février 2025 · 11h48

jeudi 20 février 2025
— i did it my k way

dormi jusqu’à 8 heures, levée, couloir, de nouveau pas de chat, pas sa présence qui trotte à mes pieds,  en revanche mal au ventre,

hier nigelle, encore 20 gouttes. beaucoup de rêves.

ventre gonflé sans que je sache pourquoi, je me demande. je sais qu’autrefois j’aurais cru à une cause psychologique. « il te gonfle » m’avait dit en riant l’ami psychanalyste. j’avais très souvent alors le ventre gonflé, douloureux.  aujourd’hui, je ne crois plus ça. ça peut arriver, ça arrive, les causes psy, mais  les causes physiologiques existent aussi.  en l’occurrence je me demande si ce n’est pas quelque chose que je mange et que je ne devrais pas manger. pain ? sucres au pluriel ? glucides ? ou un manque de légumes, de fibres. c’est Olga qui m’a mis la puce à l’oreille, parlant d’une copine allergique au gluten, ventre très gonflé

dans le dernier, je revois A.
passons du temps ensemble, dans un certain malaise.
comme elle va partir je lui dis que ce n’était pas parce que nous avions passé du temps ensemble qu’il n’y avait pas un problème (qui est exactement ce qu’elle m’avait dit la première fois que nous avions eu un grave problème ensemble). elle ne me demande pas lequel.
elle me demande s’il y a quelque chose qu’elle peut faire pour moi.
je lui dis que je ne sais pas comment m’habiller pour aller je ne sais où. je lui montre des robes. elle me dit celles que je dois porter. ce sont les plus « originales », des robes sacs dans des matières spéciales, façon vêtements pour sportifs, en matière synthétique, des sortes de nylon, de k ways. il y a des superpositions.
je perds d’abord un haut blanc que j’ai enfilé, qui a déjà été trop porté, qui est plein de sueur et qui lui est très ajusté, qui s’effiloche, se réduit en poussières, disparaît.
il y a une  robe dessous ou que j’enfile. qui elle est très sac, toute droite, sans forme et plutôt courte et ample. en rentrant chez moi, je vois la cousine qui est sportive, Roosje, nous sommes d’accord pour dire que ce sont des vêtements sportifs, beaucoup portés en ce moment.
je me réveille. les robes sacs : les robes de cette actrice américaine qui me plaît de la série qui se passe au japon (série japonaise??)

Je ne sais pas si je retravaillerai le Boost portes. j’imagine. aujourd’hui. sans envie.

je pensais avoir envoyer mail à llv. mais peut-être pas, peut-être fausse adresse.

conversation téléphonique agréable hier avec hh. juste avant la conf Décoloniser l’inconscient. après, on est arrivés au bout de la série avec cette actrice qui me plaît

 

jeudi 20 février 2025 · 17h17

séminaire décoloniser l’inconscient

intéressante conférence hier, en zoom, de psychanalyse, dans le cadre du séminaire décoloniser l’inconscient, je cherche le titre, nom du responsable, de l’invité. noirceur et opacité, fred baitinger, thamy ayouch. très intéressante, passionnante. je craignais d’être trop heurtée par une autre façon de parler de psychanalyse, mais non, ça passe, ça passe bien. et il y a le sentiment de découverte, de défrichage, pas seulement chez moi, chez les intervenants surtout, rien n’est figé, les idées peuvent se confronter, on s’autorise à en avoir. 

vendredi 21 février 2025 · 08h25

vendredi 21 février 2025

nombreux rêves

je retiens seulement du dernier que nous n’arrivons pas à nous débarrasser des déchets. il y a de constantes tentatives et des échecs constants.

peut-être n’est-ce pas tout à fait le rêve.

au réveil j’ai ce sentiment qu’encore une fois dans ma journée d’hier je suis passée d’une chose à l’autre sans rien rejeter ni privilégier. j’ai alors l’idée qu’il faut du déchet qu’il faut rejeter certaines choses qu’il faut faire des choix et je me souviens vaguement du rêve. il y a l’idée — pressante, auto-accusatrice, angoissante — qu’il faut en fait rejeter sous peine que tout passe au déchet. dans le rêve il me semble il y a de ça. et dans la façon dont j’ai publié toutes les versions du précédent texte Boost, terre (ici et sur le blog de l’atelier). pourtant, les différentes versions ont plu, à certains, mais c’est idiot car si je les ai publiées ce n’était pas ce que je voulais, je gardais les versions craignant d’en perdre quelque chose, ne sachant pas si les choix de ce que j’avais rejeté étaient les bons, avec ce sentiment désagréable de ne pas du tout savoir ce que c’était « bien écrire ». je songeais également à ma journée d’hier. commencée en relisant mes notes sur la conférence de la veille sur l’ inconscient à décoloniser, l’intérêt que j’y ai pris, dont je ne vois pas comment le poursuivre (sinon m’y consacrer) et au texte boost des portes auquel j’ai encore retravaillé, auquel il me semblait qu’il y avait  encore des choses à ajouter et je réfléchissais à la façon de le faire. je réfléchissais aussi à un titre. 

vendredi 21 février 2025 · 18h40

#boost 02 | les portes ( v2)

petite il était un endroit que je regagnais parfois où je parvenais en poussant dans la porte dérobée d’un mur dans la cage d’escalier que rien ne laissait deviner que j’étais seule à connaître je me souviens de la grande ouverture déchirure du sentiment d’être petite de l’extraordinaire d’un mur qui s’ouvre de la profondeur des espaces qui s’ouvraient à moi comme une succession ouverte en éventail de pièces d’espaces de vie d’appartements que j’explorais lentement où je rêvais de pouvoir m’installer et vivre qu’aucune lumière du dehors ne pénétrait sans qu’il y fasse complètement sombre où je ne rencontrais personne dont les lieux se modifiaient quelque peu à chacune de mes visites c’était comme un rêve si ce n’est que ce n’en était pas un j’avais d’autres secrets semblables

la porte est ouverte brisée une petite vitre est brisée la double porte vitrée est brisée je la passe mon frère est dans la cour enfant ses courts et doux cheveux roux ses lunettes fines ses grands yeux bleus dans le vide  il ne dit rien je vois sa frêle silhouette immobile en culottes courtes il tient une main devant lui je regarde le sol et vois du sang qu’il ne voit pas un goutte à goutte il est possible que je le lui désigne le sorte ainsi de sa torpeur qu’il tressaille d’effroi il est possible que j’éprouve aujourd’hui encore une sorte de honte à lui avoir montré le sang alertée ma mère appelle une ambulance

de sa petite cuisine premier étage côté cour une porte donne sur le vide barrée seulement d’un garde-corps assez bas personne ne passe jamais cette porte sauf un mainate il est vrai je me souviens de son vol du chaton qui s’aplatit au sol lui se perche sur l’armoire qui barre la deuxième porte de la petite cuisine de ma mère il ne fréquentera pas les autres pièces où pourtant elle essaie de l’attirer ne passe pas la porte qu’il n’y pas vers la salle à manger dans l’entrebâillement de laquelle devant un miroir ma mère me brosse les cheveux le matin le soir me coiffe fait et défait mes nattes le mainate reste quelques jours dit quelques mots ma mère s’y attache il repart par où il était venu c’est le printemps nous regardons par la porte-fenêtre croyons le voir dans le jardin au grand chêne.

de cette poignée de porte je ne sais plus rien est-elle blanche ou dorée sur laquelle pourtant ma main repose longtemps moi accroupie dans l’ombre du couloir puis que j’enclenche j’ouvre la porte du salon ou j’ouvre la porte de la salle à manger selon les sons espionnés perçus entendus de leurs conversations je n’arrive pas à dormir et suis redescendue trouver mes parents j’invente cette sale histoire que mon frère me réveille je me fais consoler reçois une tasse de lait chaud je le referai plusieurs fois jusqu’à ce que mon père n’interroge le mince enfant et que face à l’innocence extrême que dégagent ses yeux ses yeux bleus sa stupéfiante beauté ne découvre le pot aux roses mes mensonges

la porte peinte blanc écru qu’il faut pousser de l’atelier de mon père dont on traverse la première pièce celle où se trouve le grand canapé-lit où il nous sermonne quelquefois gentilsérieusement qui donne sur la rue pour parvenir à la salle de bain autre porte blanche écrue pièce de la longueur de la baignoire de la largeur de l’évier surmonté probablement d’un petit néon qui clignote parfois fenêtre où descendent des stores métalliques toujours baissés sur le tapis après le bain parfois je m’agenouille me recroqueville sous une grande serviette qui me recouvre entièrement et j’attends de sécher je viens de me souvenir qu’il y a là aussi des toilettes. c’est dans la deuxième pièce de son atelier que mon père je crois interroge mon frère et s’éblouit du bleu de ses yeux et de son innocence une innocence qui rend coupable quiconque l’aperçoit qui le frappe jusques au fond du cœur c’est dans l’entrebâillement entre ces deux pièces entre les portes grandes ouvertes que je me tiens également mais beaucoup plus tard lorsque dans le contre-jour mon père me parlera de mes péchés mortels je me souviens je me souviens de flots de lumière de la poussière qui s’y tenait en suspens

porte de rue porte de rue vitrée devant laquelle mon père me tend riant une lettre que je me suis écrite à moi-même porte de bois blond devant laquelle je suis avec ma mère qui me presse de sortir pour aller à l’école et je ne sais si je formule la crainte de me montrer dans ma nouvelle jupe d’uniforme je n’ose passer la porte je ne le veux tellement pas une jupe portefeuille un va-et-vient de passants se devine derrière la vitre de verre bullé couverte d’une grille en fer forgé au soir cette même porte par ma mère refermée sur moi revenant de l’école je me plains de mes dents je veux porter un appareil je veux un appareil elle me raconte qu’elle porte un dentier et quelle porte de salle de bain vitrée de carreaux colorés lui a été claquée au nez et la douleur nous sommes debout sur le paillasson encastré dans le marbre du sol. au fond de cette entrée marbrée paillassonnée il y a la porte ou son absence ou son oubli en haut des 3 marches qui descendent vers la salle de jeu 3 marches au-dessus desquelles est suspendu le porte-manteaux et les poches que je fais de mes parents sous un tableau qui me regarde ecce homo me procurant un complément d’argent de poche je suis une voleuse cette porte passée les marches descendues voilà la haute armoire brune où je cache le fruit de mes larcins des bonbons voilà la porte de cave vitrée dont je descends quelquefois l’escalier les 3 caves que j’explore une à une qui reviennent souvent en rêve et là en face de moi à quelque 4 ou 5 mètres l’entr’ouverture de la porte également vitrée à quatre carreaux sur la cour chaulée blanc juste à ma gauche la petite porte du monte-charge que nous n’utilisons pas l’étage s’appelle cuisine-cave[1] c’est l’étage anciennement des domestiques pour nous devenu étage de la salle de jeu et là sur la gauche à 3 pas la porte de la salle de jeu à proprement parler porte vitrée à 4 carreaux et imposte que j’ouvre et trouve mes frères 2 qui jouent ma mère là fait ses lessives et m’enseigne le piano et m’énerve il y a l’armoire aussi à droite de la cheminée du haut des 2 mètres de laquelle je m’amuse à sauter dont je rêve une fois rêve inoubliable où sur son dessus je découvre les cendres d’un génocide c’est l’armoire jumelle de celle des recels de mes larcins dans la pièce à côté

la porte de ma chambre sous les toits j’ouvre et vois la lucarne voilée de trois jolis rideaux posés par mes parents par où un homme qui m’attend à la sortie de l’école puis qui m’entraîne dans sa rue que je n’ai pas suivi chez lui m’a dit qu’il me rejoindrait la nuit sans doute mes parents furent-ils par moi prévenus car je ne le vis jamais plus derrière moi la porte ouverte de la chambre de mes deux frères la porte close de la chambre de mes parents à droite la porte du grenier qui s’ouvre sur une pièce aux immenses hauteurs que j’explore parfois à l’instar de la cave et dont je rêve aussi souvent la très haute et dangereuse et interdite échelle qui mène à une étroite galerie tout y est brun sombre poussiéreux encombré de cartons cuisses coffres aucun objet en particulier dont je me souvienne. au final la petite barrière devant les escaliers que je descends la nuit à l’adolescence les heures que ça prend le cœur qui bat la cham les marches craquent pour prendre la porte de rue la double porte de rue vernie blonde.

codicille: sceptique, ne pensant pas y arriver, j’ai commencé par noter ce qui venait, ce qui revenait. toujours ennuyée quand il s’agit d’autobiographique, toujours apeurée, dès ce que j’ai réalisé que je pouvais rester dans la maison, dès que j’ai pensé être à l’abri, à l’abri des trous de mémoire ou de ce qui pourrait en surgir, j’ai décidé de m’approprier la consigne et de faire le tour de la maison par les portes. cela dit je suis toujours très mécontente. une fois de plus le premier paragraphe me suffit. ensuite, remplissage.

[1]        cuisine-cave : en Belgique, cuisine construite en sous-sol ou en rez de jardin dans une maison surélevée.

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