mardi 18 février 2025 · 19h55

#boost 02  | porte dérobée (prop 1)

petite il était un endroit que je regagnais parfois où je parvenais en poussant dans la porte dérobée d’un mur du couloir dans la montée d’escalier que rien ne laissait deviner que j’étais seule à connaître je me souviens de la grande ouverture déchirure du sentiment d’être petite de l’extraordinaire d’un mur qui s’ouvre de la profondeur des espaces qui s’ouvraient à moi comme une succession ouverte en éventail de pièces d’espaces de vie d’appartements que j’explorais lentement où je rêvais de pouvoir m’installer et vivre qu’aucune lumière du dehors ne pénétrait sans qu’il y fasse complètement sombre où je ne rencontrais personne dont les lieux se modifiaient quelque peu à chacune de mes visites c’était comme un rêve si ce n’est que ce n’en était pas un j’avais d’autres secrets semblables. la porte est ouverte brisée une petite vitre est brisée la double porte vitrée est brisée je la passe mon frère est dans la cour enfant ses courts et doux cheveux roux ses lunettes fines ses yeux bleus dans le vide il ne dit rien je vois sa frêle silhouette immobile en culottes courtes il tient une main devant lui je regarde le sol et vois du sang qu’il ne voit pas un goutte à goutte il est possible que je le lui désigne le sorte de sa torpeur qu’il tressaille d’effroi. de la petite cuisine de ma mère au premier étage côté cour une porte donne sur le vide barrée seulement d’un garde-corps assez bas que personne ne passe jamais sauf un mainate il est  vrai qui s’installe quelques jours dans la cuisine auquel ma mère s’attache il dit quelques mots puis repart par où il est venu s’envole.  blottie dans l’ombre du couloir longtemps ma main repose sur la poignée de porte que finalement j’enclenche j’ouvre la porte de la salle à manger je n’arrive pas à dormir et suis redescendue trouver mes parents j’invente cette sale histoire que mon frère me réveille je me fais consoler reçois une tasse de lait chaud je le referai plusieurs fois jusqu’à ce que mon père n’interroge l’enfant fluet et que face à l’innocence extrême que dégagent ses yeux sa stupéfiante beauté ne découvre le pot aux roses mes mensonges. la porte peinte écrue qu’il faut pousser de l’atelier de mon père dont on traverse la première pièce celle où se trouve le grand canapé-lit  où il nous sermonne quelquefois gentilsérieusement qui donne sur la rue pour parvenir à la salle de bain autre porte écrue pièce de la longueur de la baignoire de la largeur de l’évier surmonté probablement d’un petit néon qui clignote parfois fenêtre où descendent des stores en bois toujours fermés sur le tapis après le bain je m’agenouille me recroqueville parfois sous une grande serviette qui me recouvre entièrement et j’attends de sécher. porte de rue porte de rue vitrée devant laquelle mon père me tend riant une lettre que je me suis écrite à moi-même porte de bois blond devant laquelle je suis avec ma mère qui me presse à sortir pour aller à l’école et je ne sais si je formule la crainte de me montrer dans la nouvelle jupe de mon uniforme je n’ose pas sortir je ne le veux tellement pas une jupe portefeuille le monde qui s’active se devine derrière la vitre de verre bullé couverte d’une grille en fer forgé au soir cette même porte par ma mère refermée sur moi revenant de l’école je me plains de mes dents je veux porter un appareil je veux un appareil elle me raconte qu’elle porte un dentier et quelle porte de salle de bain vitrée lui a été claquée au nez et la douleur nous sommes debout sur le paillasson encastré dans le marbre du sol. là dans l’entrée il y aussi la porte en haut de trois marches qui descendent vers la salle de jeu trois marches au-dessus desquelles est suspendu le porte-manteaux et les poches que je fais de mes parents sous un tableau qui me regarde ecce homo me procurant un complément d’argent de poche je suis une voleuse cette porte passée les marches descendues je suis face à la petite armoire brune où je cache le fruit de mes larcins des bonbons à ma droite la porte de cave vitrée également dont je descends quelquefois les escaliers les caves que j’explore seule et qui reviennent souvent en rêve en face de moi une porte qui donne sur la cour cette cour qui m’avait émerveillée le jour où nos parents nous avaient fait découvrir cette maison où nous allions dorénavant vivre à ma gauche la petite porte du monte-charge que nous n’utilisons pas l’étage s’appelle cuisine-cave[1] c’est l’étage anciennement des domestiques pour nous devenu l’étage de la salle de jeu enfin sur la gauche quelques pas à faire la porte de la salle de jeu à proprement parler porte vitrée à quatre carreaux transparents que je pousse et trouve mes frères qui jouent ma mère fait là ses lessives et m’enseigne le piano et m’énerve. la porte de ma chambre sous les toits j’ouvre et vois la lucarne voilée de trois jolis rideaux par où un homme qui m’attend à la sortie de l’école puis qui m’entraîne dans sa rue que je n’ai pas suivi chez lui m’a dit qu’il me rejoindrait la nuit. la porte ouverte de la chambre de mes deux frères. la porte close de la chambre de mes parents. la porte du haut grenier que j’explore parfois à l’instar de la cave dont je rêve aussi souvent l’échelle qu’on peut y monter tout y est brun sombre et poussiéreux aucun objet en particulier dont je me souvienne. la petite barrière devant les escaliers que je descends la nuit à l’adolescence les heures que ça prend le cœur qui bat les marches qui craquent pour prendre la porte de rue la double porte de rue vernie blonde. 

[1]  en Belgique, cuisine construite en sous-sol ou en rez de jardin  dans une maison surélevée.

mercredi 19 février 2025 · 08h51

mercredi 19 février 2025

BOOST – Hier je suis parvenue à quelque chose sans en être vraiment satisfaite

j’y repensais au réveil 

je vais essayer de trouver une version qui ait sa propre logique son propre motif. plutôt que d’esquinter celui de la consigne. garder les portes, mais trouver le moyen de compléter le tour de la maison.  un tour en survol avec les premiers souvenirs venus. un survol en fantôme. glisser. j’y perds le heurt et le geste de la consigne, la surprise, mais tant pis. beaucoup de portes ouvertes dans la maison. ce n’est que du couloir de la cage d’escalier qu’elles étaient fermées, séparant les étages. 

j’ai rêvé de ma belle-mère, deuxième nuit de suite. hier elle était en très mauvaise posture. aujourd’hui je vois au travers d’une vitre bullée (en verre bullé, terme que j’ai cherché hier en écrivant pour les portes, pour la porte extérieure de la rue tiberghien) qu’elle marche qu’elle bouge ! une silhouette en bleu
je pousse la porte elle se précipite ou tente de se précipiter dans son fauteuil. elle essaie de s’harnacher (de se harnacher?). est-ce cette sorte de harnais qui lui permet de faire ce qu’elle fait, c’est ce qu’elle essaie de faire croire. il y a quelque chose qu’elle ne savait plus faire que maintenant elle sait faire. elle n’est pas seule, vive, elle va incontestablement mieux. que ce qu’elle  ne nous laissait voir quelques moments plus tôt. à F et à moi. 

est-ce que moi aussi je vais mieux? je vais mieux. 

expo ribera hier au petit Palais. décevant. trop de monde. d’où vient ce monde. des touristes. beaucoup de vestes matelassées sans manche. surtout agacée par tous les textes qui cherchent à tout prix à le vendre en le comparant à Caravage. « choquée » par les peintures de torture. ne peux m’empêcher de penser aux prisons en israël. je me dis aussi, voyant la copie d’une peinture peignant la rue de l’époque, où des arrestations ont lieu, où des gens sont torturés, que nous vivons la même chose aujourd’hui. ce n’est pas dans la rue, mais c’est sur les téléphones. la même banalité.

faut que je récupère les photos de l’appareil.

la porte en verre bullé, aussi la porte du couloir de la maison d’oma à poperinge, celle qui donne sur la cuisine, vers laquelle on marche en rentrant dans la maison. j’ai d’autrefois rêvé de cette porte (le rêve qui se passe sous terre, je ne sais plus du tout de quoi il parle, il y a une porte à un moment, une porte qui va donner sur cette porte, la seule porte du rêve, le rêve publié par jonas, étrange que j’ai à ce point oublié ce qu’il était. un rêve sur la maladie. non? tadao anto? non? naoshima…. bref. peut-être que je n’ai pas publié ce rêve sur le blog. je l’avais fait peu après le début de la guerre en ukraine. L’abri anti-aérien ça s’appelait !!

vendredi 21 février 2025 · 18h40

#boost 02 | les portes ( v2)

petite il était un endroit que je regagnais parfois où je parvenais en poussant dans la porte dérobée d’un mur dans la cage d’escalier que rien ne laissait deviner que j’étais seule à connaître je me souviens de la grande ouverture déchirure du sentiment d’être petite de l’extraordinaire d’un mur qui s’ouvre de la profondeur des espaces qui s’ouvraient à moi comme une succession ouverte en éventail de pièces d’espaces de vie d’appartements que j’explorais lentement où je rêvais de pouvoir m’installer et vivre qu’aucune lumière du dehors ne pénétrait sans qu’il y fasse complètement sombre où je ne rencontrais personne dont les lieux se modifiaient quelque peu à chacune de mes visites c’était comme un rêve si ce n’est que ce n’en était pas un j’avais d’autres secrets semblables

la porte est ouverte brisée une petite vitre est brisée la double porte vitrée est brisée je la passe mon frère est dans la cour enfant ses courts et doux cheveux roux ses lunettes fines ses grands yeux bleus dans le vide  il ne dit rien je vois sa frêle silhouette immobile en culottes courtes il tient une main devant lui je regarde le sol et vois du sang qu’il ne voit pas un goutte à goutte il est possible que je le lui désigne le sorte ainsi de sa torpeur qu’il tressaille d’effroi il est possible que j’éprouve aujourd’hui encore une sorte de honte à lui avoir montré le sang alertée ma mère appelle une ambulance

de sa petite cuisine premier étage côté cour une porte donne sur le vide barrée seulement d’un garde-corps assez bas personne ne passe jamais cette porte sauf un mainate il est vrai je me souviens de son vol du chaton qui s’aplatit au sol lui se perche sur l’armoire qui barre la deuxième porte de la petite cuisine de ma mère il ne fréquentera pas les autres pièces où pourtant elle essaie de l’attirer ne passe pas la porte qu’il n’y pas vers la salle à manger dans l’entrebâillement de laquelle devant un miroir ma mère me brosse les cheveux le matin le soir me coiffe fait et défait mes nattes le mainate reste quelques jours dit quelques mots ma mère s’y attache il repart par où il était venu c’est le printemps nous regardons par la porte-fenêtre croyons le voir dans le jardin au grand chêne.

de cette poignée de porte je ne sais plus rien est-elle blanche ou dorée sur laquelle pourtant ma main repose longtemps moi accroupie dans l’ombre du couloir puis que j’enclenche j’ouvre la porte du salon ou j’ouvre la porte de la salle à manger selon les sons espionnés perçus entendus de leurs conversations je n’arrive pas à dormir et suis redescendue trouver mes parents j’invente cette sale histoire que mon frère me réveille je me fais consoler reçois une tasse de lait chaud je le referai plusieurs fois jusqu’à ce que mon père n’interroge le mince enfant et que face à l’innocence extrême que dégagent ses yeux ses yeux bleus sa stupéfiante beauté ne découvre le pot aux roses mes mensonges

la porte peinte blanc écru qu’il faut pousser de l’atelier de mon père dont on traverse la première pièce celle où se trouve le grand canapé-lit où il nous sermonne quelquefois gentilsérieusement qui donne sur la rue pour parvenir à la salle de bain autre porte blanche écrue pièce de la longueur de la baignoire de la largeur de l’évier surmonté probablement d’un petit néon qui clignote parfois fenêtre où descendent des stores métalliques toujours baissés sur le tapis après le bain parfois je m’agenouille me recroqueville sous une grande serviette qui me recouvre entièrement et j’attends de sécher je viens de me souvenir qu’il y a là aussi des toilettes. c’est dans la deuxième pièce de son atelier que mon père je crois interroge mon frère et s’éblouit du bleu de ses yeux et de son innocence une innocence qui rend coupable quiconque l’aperçoit qui le frappe jusques au fond du cœur c’est dans l’entrebâillement entre ces deux pièces entre les portes grandes ouvertes que je me tiens également mais beaucoup plus tard lorsque dans le contre-jour mon père me parlera de mes péchés mortels je me souviens je me souviens de flots de lumière de la poussière qui s’y tenait en suspens

porte de rue porte de rue vitrée devant laquelle mon père me tend riant une lettre que je me suis écrite à moi-même porte de bois blond devant laquelle je suis avec ma mère qui me presse de sortir pour aller à l’école et je ne sais si je formule la crainte de me montrer dans ma nouvelle jupe d’uniforme je n’ose passer la porte je ne le veux tellement pas une jupe portefeuille un va-et-vient de passants se devine derrière la vitre de verre bullé couverte d’une grille en fer forgé au soir cette même porte par ma mère refermée sur moi revenant de l’école je me plains de mes dents je veux porter un appareil je veux un appareil elle me raconte qu’elle porte un dentier et quelle porte de salle de bain vitrée de carreaux colorés lui a été claquée au nez et la douleur nous sommes debout sur le paillasson encastré dans le marbre du sol. au fond de cette entrée marbrée paillassonnée il y a la porte ou son absence ou son oubli en haut des 3 marches qui descendent vers la salle de jeu 3 marches au-dessus desquelles est suspendu le porte-manteaux et les poches que je fais de mes parents sous un tableau qui me regarde ecce homo me procurant un complément d’argent de poche je suis une voleuse cette porte passée les marches descendues voilà la haute armoire brune où je cache le fruit de mes larcins des bonbons voilà la porte de cave vitrée dont je descends quelquefois l’escalier les 3 caves que j’explore une à une qui reviennent souvent en rêve et là en face de moi à quelque 4 ou 5 mètres l’entr’ouverture de la porte également vitrée à quatre carreaux sur la cour chaulée blanc juste à ma gauche la petite porte du monte-charge que nous n’utilisons pas l’étage s’appelle cuisine-cave[1] c’est l’étage anciennement des domestiques pour nous devenu étage de la salle de jeu et là sur la gauche à 3 pas la porte de la salle de jeu à proprement parler porte vitrée à 4 carreaux et imposte que j’ouvre et trouve mes frères 2 qui jouent ma mère là fait ses lessives et m’enseigne le piano et m’énerve il y a l’armoire aussi à droite de la cheminée du haut des 2 mètres de laquelle je m’amuse à sauter dont je rêve une fois rêve inoubliable où sur son dessus je découvre les cendres d’un génocide c’est l’armoire jumelle de celle des recels de mes larcins dans la pièce à côté

la porte de ma chambre sous les toits j’ouvre et vois la lucarne voilée de trois jolis rideaux posés par mes parents par où un homme qui m’attend à la sortie de l’école puis qui m’entraîne dans sa rue que je n’ai pas suivi chez lui m’a dit qu’il me rejoindrait la nuit sans doute mes parents furent-ils par moi prévenus car je ne le vis jamais plus derrière moi la porte ouverte de la chambre de mes deux frères la porte close de la chambre de mes parents à droite la porte du grenier qui s’ouvre sur une pièce aux immenses hauteurs que j’explore parfois à l’instar de la cave et dont je rêve aussi souvent la très haute et dangereuse et interdite échelle qui mène à une étroite galerie tout y est brun sombre poussiéreux encombré de cartons cuisses coffres aucun objet en particulier dont je me souvienne. au final la petite barrière devant les escaliers que je descends la nuit à l’adolescence les heures que ça prend le cœur qui bat la cham les marches craquent pour prendre la porte de rue la double porte de rue vernie blonde.

codicille: sceptique, ne pensant pas y arriver, j’ai commencé par noter ce qui venait, ce qui revenait. toujours ennuyée quand il s’agit d’autobiographique, toujours apeurée, dès ce que j’ai réalisé que je pouvais rester dans la maison, dès que j’ai pensé être à l’abri, à l’abri des trous de mémoire ou de ce qui pourrait en surgir, j’ai décidé de m’approprier la consigne et de faire le tour de la maison par les portes. cela dit je suis toujours très mécontente. une fois de plus le premier paragraphe me suffit. ensuite, remplissage.

[1]        cuisine-cave : en Belgique, cuisine construite en sous-sol ou en rez de jardin dans une maison surélevée.

Top