oh mon amour
mon amour mon amour
mon amour
est-ce qu’il ne reste que ces mots, les seuls dont je veux
mon amour, je
ne veux plus qu’une plainte,
de la maison vide elle est sortie presque courant, elle est expulsée, il fait froid tu sais tu n’entends, elle veut aller face
à la plaine elle veut aller face à la peine face à la ronde plaine verte en bord interne de la ville.
sortie presqu’en courant, elle veut le bout d’un monde et qu’il se crée ou s’évide
elle va au bord de la plaine verte elle y va pour voir elle veut s’arrêter face à la plaine elle veut voir l’espace où elle était depuis longtemps appelée, elle veut que quelque chose s’arrête.
cette très improbable plaine dans ces marges de la ville. dis-moi n’étais-je déjà assez seule que je doive que tu doives t’en aller. je t’en vais. froid aux dents, plainte retenue à bout de bras, je chasse tes mots. qui parlera sans toi ?
silhouette empaquetée d’un manteau long qu’elle resserre autour d’elle s’avance rapide dans la rue étroite va vers son but dé-bouche sur le boulevard traverse le boulevard longe le parc
et quand elle arrive au point d’où elle s’était imaginée voir d’où elle s’était vue voir, du bord de l’oeil à peine voit-elle la passante sur sa droite, la mendiante dans des sacs innombrables, et, de l’autre côté de la route devant les palissades l’homme encapuchonné qui d’un bras cherche à arrêter les voitures et qui se tourne maintenant vers elle, la hèle, hé, hé, c’est qu’il le veut, qu’elle lui donne, qu’elle lui donne à lui, quelque chose, elle qui du bout de sa main laisse échapper un petit geste du bout de ses doigts au bout de son bras, du bout de sa peine au bord de la plaine, ses doigts en réflexe s’agitent sans qu’ils n’entraînent ni le poignet ni le bras un geste minuscule qui salue l’homme et l’ écarte à qui elle tourne maintenant résolument le dos, à lui et aux palissades, elle se place face à ce qu’elle voulait regarder :
la plaine et elle ne voit rien
la plaine est verte mouillée surplombée d’un ciel de nuages , liserée tout au fond d’une ligne de jeunes arbres frêles et nus, avant que d’être bordée d’un mur qui épouse sa courbe, recouvert de peintures, de tags, c’est une plaine de pelouses parcourue d’un colimaçon que dessinent de savants surélèvements de terrains soutenus de remblais bas où quelques rares se sont assis, au hasard des cercles, figures esseulées venues ici se poser malgré le froid les nuages, se poser dans la plaine spiralée où elle avait vu l’été des familles installées.
à l’enterrement hier j’étais mal habillée. je l’ai vu sur la photo que l’on m’a déjà envoyée. que veux-tu : tu n’étais pas là.
elle ne peux rester là ,adossée presqu’à la mendiante, de l’extérieur de l’onde elle fait le tour à rebours, elle rentre, déjà, elle longe des arbres aux chaussettes blanches qui pianotent vaillamment l’allée, elle lève les yeux elle voit de l’un les innombrables bras de cris dressés vers le ciel, elle ne pleure pas elle avance, elle rentre, sur une pierre est écrit JUSTICE en lettres capitales, elle passe, elle voit un homme pris au bord de la spirale qui danse un casque sur les oreilles, de la spirale un autre va sortir des sacs au bout des bras, il la traverse, traverse la plaine, revient-il lui aussi des magasins où hier ou avant-hier j’allais, longeant la plaine du parc du ninove, 50°50’58.4″N 4°20’11.6″E. j’entends encore de l’amour à dire et à te dire. j’entends encore ton amour dire.
premier atelier du cycle. « Bailly, rue du Bout du Monde », à partir de Jean-Christophe Bailly, Le dépaysement (Seuil, 2011).




codicille: reprise par ce sentiment d’aller à rebours de la consigne. j’y ai à nouveau fait l’épreuve de ma résistance face à la nomination d’un lieu, face au nom propre. résistance invaincue, qui cherche ses termes de remplacement, en trouve de provisoires ici . il fallait ce recours à l’expulsion de soi pour y parvenir. l’établissement de cette fiction. impossible à relire. insérer peut-être encore la première impression eue lorsque j’y étais, du parc de Blow Up. j’ai pris des photos, toutes ratées, trop sombre, je n’y arrivais pas.
circonstance : il y avait des deuils, du deuil, des larmes qui ne sortaient pas et j’avais eu besoin, j’ai eu envie de risquer l’ouverture d’un espace à moi, espace que trop prise par de multiples obligations, je n’arrivais pas à me créer. c’est la raison pour laquelle je me suis ré-inscrite à l’atelier d’été de François Bon, atelier cette année intitulé BOOST. et alors, tout de suite, l’envie d’une complainte d’amour, tout de suite, le désir de … débusquer le deuil à déplorer, de débusquer un deuil à déplorer. le deuil déploré. me servant artificiellement ce que je venais de vivre, de ce que je vivais.
source : https://www.tierslivre.net/ateliers/boost-00-bailly-rue-du-bout-du-monde/
sur le site de l’atelier du Tiers Livre : https://www.tierslivre.net/ateliers/boost-00-parc/