Bruxelles, 3 février 2025, irrémédiable (l’avancée dans le temps)1.
hier avec J au salon « artists print » (la foire indépendante du livre d’artiste et du multiple organisée par Jeunesse et Arts Plastiques (JAP), à la Maison des Arts de Schaerbeek)
très chouette, surtout la cafet et le jardin
mais les livres et publications aussi
et les personnes
mais tellement
et tellement de choses intéressantes
(en même temps, je n’ai jamais été une bonne acheteuse.)
ça donne d’abord envie de faire soi-même, tout ce qu’on voit là-bas.
ce que je devrais arriver à faire c’est tenir un journal d’autiste.
il y a une peur, pas seulement chez moi, mais dans le monde, un désir de dire brut qui rêverait de s’abriter dans un diag d’autisme. je parle songeant à la quantité de séries avec ce genre de caractère, caractère impossible, qui dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas, qui ne peut dire que la vérité sans notion des conventions. je sais bien qu’il ne s’agit pas là d’autisme véritablement. que c’est du cinéma. mais l’idée plaît semble-t-il au public et aux producteurs. j’ai même vu quelques séries japonaises basées là-dessus, comme l’Extraordinary Attorney Woo.
le sentiment que ce qu’on a à dire est d’une façon ou d’une autre menaçant pour l’autre, que personne ne pourrait en répondre et que ça ne pourrait s’immiscer dans le lien social. d’où un rêve de « franchise autiste » qui n’aurait pas d’idée des sentiments des autres et permettrait de ne pas s’en soucier. et le désir de remettre en cause les conventions sur lesquelles se tisse le lien social. de les dénuder.
de là aussi la prolifération d’écritures. comment faire passer la brutalité, une certaine brutalité de ce qui ne passe pas le contrat social, la convention. (et qui se trouve perpétuellement scruté dans les réseaux sociaux, et donc à lisser, policer. et qui retourne constamment se soumettre au scrutage des RS aussi.) prolifération d’écritures, de travaux d’édition d’éditeurs de toutes sortes. on ne peut que s’en réjouir. je ne peux m’empêcher de m’interroger sur l’excès de l’offre par rapport à la demande. je lisais que les libraires s’en plaignent aussi. je suppose que ça va s’équilibrer. tu trouves excessif parce que tu n’en fais pas partie. écrivant, s’emparant de ses lettres, les dépliant, ployant, le monde se soigne (et accouchera d’une nouvelle forme de marché).
si je m’attriste d’un excès, c’est que je suis aigrie de n’en pas en faire partie, de ne pas moi aussi proposer mon petit truc. peut être moins aigrie que triste. de ne pas faire partie de ce qui fait monde. monde de la petite édition, du livre d’artiste, du multiple, monde fait de multiples petits mondes. qu’est-ce qui compte davantage que ça, l’existence de ces mondes? moins aigrie que (profondément) triste.
je craignais d’ailleurs un peu de croiser A, avec qui je suis fâchée (avec qui j’aurais dû faire un livre, m’immiscer dans le monde). croisé des amis à elle. nous ne nous sommes pas salué.e.s. ils n’ont jamais été mes amis, les siens.
au fond, c’est ce qui me réveille cette nuit. ce qui m’a réveillé. le souvenir d’elle.
je dois trouver le moyen de me faire à mon isolement. ou en faire quelque chose.
- publié sur Bluesky https://bsky.app/profile/disparates.bsky.social/post/3lhbh4rbrtk2u ↩︎