intéressante conférence hier, en zoom, de psychanalyse, dans le cadre du séminaire décoloniser l’inconscient, je cherche le titre, nom du responsable, de l’invité. noirceur et opacité, fred baitinger, thamy ayouch. très intéressante, passionnante. je craignais d’être trop heurtée par une autre façon de parler de psychanalyse, mais non, ça passe, ça passe bien. et il y a le sentiment de découverte, de défrichage, pas seulement chez moi, chez les intervenants surtout, rien n’est figé, les idées peuvent se confronter, on s’autorise à en avoir.
j’apprends le terme de digénèse, qui provient d’Edouard Glissant, qui vise à penser l’identité dans le relationnel et qui ne croit pas à un retour possible au « pays noir ».
déclin du père, démultiplication des noms-du-père, déjà avec les colonies :
« Filiation et légitimité ont tissé la toile de la durée. Elles ont garanti qu’aucun discontinu ne viendrait rompre la certitude ni corrompre la croyance. Elles ont établi le droit sur le territoire. »
« La notion de digenèse s’oppose chez Glissant à la traditionnelle idée d’une filiation unique, d’une genèse en somme, avec toutes les révérences qu’occasionnait le lien à une matrice une et indivisible. Elle est liée avant tout à la situation même de la culture créole, qui ne peut se penser selon lui qu’au prisme d’une multiplicité des origines, tant pour la communauté que pour les individus. Liée aux critères de filiation et de conception anthropologique de l’héritage, cette manière de déjouer les arcanes des anciennes acceptions du lien à l’origine est au centre de la démarche de Glissant : inquiéter les évidences d’une généalogie linéaire et la mythification d’une pureté originelle supposée, c’est aussi réinstaller l’identité en territoire d’ouverture, conjuguer l’être-au-monde dans ses désinences plurielles. La notion a été particulièrement bien explicitée dans le Traité du Tout-Monde, en 1997. »
« Filiation et légitimité ont tissé la toile de la durée. Elles ont garanti qu’aucun discontinu ne viendrait rompre la certitude ni corrompre la croyance. Elles ont établi le droit sur le territoire. Ce qui faisait tragédie, c’étaient les moments où elles se trouvaient menacées, de l’intérieur ou de l’extérieur, par les fautes de leurs tenants ou par les entreprises des usurpateurs. Les poèmes épiques et les chants tragiques content cela. Mais comment faire désormais ? Le territoire de la puissance est invisible et ne tient à aucune relation particulière avec une terre, un sol, un foyer. Vous pouvez conquérir un lieu sans l’occuper. C’est ce qu’on appelle un marché. Les filles sont à Bamako quand les mères sont à Rio. Les pères conseillent leurs enfants par courrier email. La terre de la communauté est un comble d’errance, où parfois on emporte sa maison avec soi, comme un wagon. La plupart s’obstinent pourtant à cette légitimité dont ils supputent qu’elle assure encore leur privilège. On peut supposer par exemple que l’une des carences des systèmes démocratiques provient de ce que tout élu, fort de sa légitimité acquise, verse comme par un entraînement fatal dans l’arrogance et la suffisance, ne pouvant concevoir que la légitimité puisse être temporaire. Des Etats, des religions, des doctrines, des nations, des tribus, des clans et des familles bâtissent leur irréductible entourement sur une telle certitude. »
http://www.edouardglissant.fr/digenese.html
comment penser la blanchité de la psychanalyse, comment penser la psychanalyse à partir du sud global?
noms à retenir, lire edouard glissant, aimé césaire, sophie mendelsohn, collette guillaumin (racisation / racialisation)