
13h46
Et, réflexion faite, très intéressant sur le devenir possible d’un symptôme.
S’agissant d’un symptôme obsessionnel (hypothèse que je pose pour pouvoir en examiner les conséquences), il serait même réjouissant qu’il en vienne à découvrir l’envers de son postulat de départ : là où tout était le même, où tout se valait, tirer au jour la petit différence, et même faire en sorte que cette différence vous saute à la figure.
Si le collectionneur est celui qui espère au travers de sa collection atteindre à un tout qui soit sans faille, s’il s’agit de l’exercice d’un comblement de ce qui serait sinon insupportablement manquant, troué, de sorte que l’un (ou l’une) en plus ne soit jamais que l’un (ou l’une) en plus dont l’addition participe de la construction de l’inatteignable tout, alors ce misérable un, quand bien même marqué du chiffre de la sériation (son numéro de série, marque (infâme) de l’objet industriel), prend une jolie revanche. Ici le tout rend les armes face au narcissisme de la petite différence dont la grandeur éclate. Le mysticisme à l’oeuvre au départ de la démarche de Roman Opalka se récupère du bout des doigts dans les gestes de manipulation des disques dont aucun n’est semblable à l’autre et où ce sont les flétrissures, les défauts, les marques de l’usage, les marques de leurs propriétaires, de leurs appropriations qui font le prix. C’est, à mon sens, un très joli détournement, retournement.
Si je retourne maintenant au symptôme obsessionnel, symptôme contemporain s’il en est, d’un désir maintenu secret afin d’échapper à l’interdiction venue d’un Autre dont il s’agit de préserver l’existence (quand l’annonce de sa mort est chroniquée de toutes parts) et d’une jouissance consommatrice et destructrice d’objets faciles, conformant une ironie de mise, alors cette exposition dans un magasin où les objets ne sont pas à vendre me renforce dans l’idée que le symptôme n’est pas à combattre mais au contraire à déployer. Déploiement en l’occurrence rendu possible par la décision de l’artiste d’en faire une œuvre d’art, de lui donner ce statut. De l’extraire de sa souffrance quotidienne – sans déconner, parlant de symptôme, c’est le plus souvent de passion (au sens de pâtir de) qu’il est question – et d’en révéler la face drôle, légère, jouissive.
je ne dis tout cela que partant de mon symptôme à moi, qui est terrible, qui s’appelle la psychanalyse.