dimanche 11 mars 2018 · 07h49

interlude 1 – j’ai vu des femmes comme des chosettes dans l’avalyse, comme des enfants sans père.

rêve
– les chosettes sont dans l’avalyse, toutes les chosettes.
avertissement
– le baiser de l’osier est un brasier.
rêve (suite)
– les chosettes en fait ce sont des femmes.
il est dit: elles sont rangées dans l’avalyse, comme des chaussettes, comme des enfants sans pair, on ne les entend pas parce que le couvercle est refermé sur elles.
addendum
– l’avalyse est non en cuir mais en osier.
doute : et si on ne les entendait pas uniquement parce qu’elles n’avaient RIEN à dire.
résultat dans la réalité
– grande ire.
va va va vol et nous venge
(longtemps, folle, j’écrivis des lettres sans double.)

rêve, aucun souvenir.

me réveille,
vois image de mon rêve: groupe de femmes. pense : femmes comme posées rangées dans valise, comme des enfants sans père et parce qu’il y a un couvercle on ne les entend pas. 

à donn, valise en osier où j’ai mis linge sale, où autrefois mettais mes chaussettes. encore aujourd’hui range mes chaussettes dans valise, mais dans une autre valise, en cuir. 
femmes comme des enfants sans père, des chaussettes hors paire, sans double, sans pair

osier, oser, baisier, brasier
il me dit baiser, je ne dis brasier.
je n’ai osié.

j’ai pensé hier qu’il fallait que je commence ma valise
mes mots comme des valises.
toujours détesté faire valises.

(va cours vole et nous venge) 

l’avalyse 
les chosetttes 
j’ai vu des femmes comme des chosettes dans l’avalyse, comme des enfants sans père.  

(quel objet est sans double : mes lettres le furent longtemps.)

dimanche 22 décembre 2019 · 13h30

la valise

Tâche : recopier ici tout ce que j’ai pu écrire autour des valises, principalement des rêves.
Toute cette angoisse, ce type d’angoisse-là, la résumer, la chapeauter de ce seul terme : valise.
( Et est-ce qu’il y aura moyen d’écrire l’avalise. L’avalyse ? )

Peut-être écrire à propos du train du livre d’Hélène Bonnaud récemment lu. Le corps, le meuble, le train. Non, ce n’est pas ça qu’elle disait, dont elle parlait, dans son livre, comment s’appelle-t-il, sur l’oubli, non sur l’attente. Monologues de l’attente.

Qui se passe dans des salles d’attentes de psy. Le train des pensées dans les salles d’attente de psy. Dans les gares aussi il y avait des salles d’attente, autrefois. Aujourd’hui, ce sont des halls. Transformés en espaces commerciaux. Plus de place pour l’attente nue.

« Il faut que vous réalisiez que ce que je vous ai dit des rapports de l’homme à son corps, et qui tient tout entier dans le fait que l’homme dit que le corps, son corps, il l’a. Déjà dire son, c’est dire qu’il le possède, comme un meuble, bien entendu. »

J. Lacan, Le séminaire, Livre XXIII, Le sinthome, Paris, Seuil, 2005, p. 154.

« Au nom de quoi peut-il dire qu’il a un corps ? Au nom de ceci qu’il le traite à la va-comme-je-te-pousse, il le traite comme un meuble. Il le met dans des wagons par exemple et là il se laisse trimbaler. C’était quand même vrai aussi, ça commençait à s’amorcer quand il le mettait dans des chariots. »

J. Lacan, Scilicet n 6/7, « Conférences et entretiens dans des universités nord-américaines », 1975, p. 42-45.

Je me suis toujours demandé pourquoi Lacan dit que « le corps, on l’a comme un meuble ». Sans doute qu’avoir un meuble m’est assez étranger, alors qu’avoir un corps m’est très familier. Le meuble a quelque chose d’inerte, de mort, c’est un objet encombrant. Alors que le corps, certes, peut à l’occasion sembler encombrant, mais on le ressent comme vivant, perméable à nos émotions, indocile parfois, et capable de toutes sortes de phénomènes qui, moi, me perturbent et me donnent le sentiment qu’avoir un corps est à l’opposé du corps comme meuble. Le mettre dans des chariots et le trimbaler, le mettre dans des wagons et le laisser trimbaler, ça m’évoque la façon dont les nazis ont traité les corps des juifs et de nombreux autres. Pas seulement comme des meubles qu’on déplace dans des wagons d’ailleurs, mais comme des corps à usages divers et plus ou moins scientistes. Ils ont inventé le tri à dimension inhumaine. Ces corps entassés dans les wagons qu’on conduisait aux camps de la mort, comme des vieux meubles encombrants qu’on entasse, c’est encore très présent dans ma perception de l’histoire familiale.
Bref, c’est une phrase de Lacan qui m’interpelle. Le corps, le meuble, le wagon.
Enfin, je devrais peut-être le dire dans un autre ordre, le meuble, le corps, le wagon. Ça ne me convainc pas non plus. Se retrouver dans un wagon, c’est ce qui est arrivé à plusieurs membres de ma famille. On imagine le pire. Subir le corps des autres, leur odeur, leur laideur, leur angoisse et ce qu’on ne peut pas dire. Alors là, oui, son propre corps devient une présence insupportable, et pourtant il faut le préserver et c’est là que tout à coup, ce corps, le vôtre, le mien se manifeste sournoisement. Il vous vient un mal de ventre terrible, un tord-boyaux de la peur. Votre ventre fait des nœuds, des nœuds de vide, d’effroi, des nœuds de trouille aussi, on appelle ça, la trouille viscérale. Avoir un corps comme un meuble, ce serait génial. Mais là, le corps est trop vivant. Les corps sont tous vivants quand ils rencontrent la peur. Nous voilà réduits à ça, au corps qu’on a, et qu’on doit subir. Car on subit son corps. On peut le trimbaler dans un wagon, mais les wagons de la mort, on préférerait ne pas s’y trouver. Plus jamais. Le corps enfermé perd son sens et surtout, ses droits. Ses droits humains.

Hélène Bonnaud, Monologues de l’attente

Elle se souvient, Hélène Bonnaud, non pas elle, son personnage, l’un de ses personnages, Louise Blanchet, dans une salle d’attente, la salle d’attente 5, d’une réflexion de Lacan sur les corps comme des meubles. Des meubles dans des trains, si je me souviens bien, dans des wagons, quelque chose qui évoque les trains de la mort, les trains des camps de la mort. Elle note ça, comment cette phrase de Lacan évoque les camps. Et elle dit : heureusement que les corps c’est comme des meubles, sinon c’est trop de vie, sinon, c’est la peur. Ce qui est très curieux comme réflexion pour moi. Ce qui se comprend dans le cadre des wagons qu’elle évoque, de l’entassement des corps dans les wagons de la mort, pour elle, les corps ne sont plus que corps, trop corps, trop en vie, trop en peur. Enfin, elle dit plus ou moins : vie =corps=peur. Ou corps=peur=vie. Corps=vie=peur (de la perdre). Et quand elle rentre dans le cabinet de celui qu’elle a choisi comme nouvel analyste, elle dit : il sera mon anti-corps. Je n’ai pu m’empêcher de penser que quand même, je lui souhaiterais qu’il lui fasse connaître un autre corps, un corps en vie qui soit de bienfaits, non de peurs.

Aussi, elle a cette expression : je me trimballe1 mon corps, qui elle aussi vient de Lacan. Train-balle.
Moi, je ne me train-balle pas mon corps — me semble-t-il. Mais je ne supporte pas du tout qu’il le soit, train-ballé.

Quand les vacances arrivent, du déplacement, ce qui m’insupporte, c’est l’impression de le subir. Quelque chose se « métaphorise réellement » d’un insupportable, que je n’arrive pas à cerner.
Et qui résonne avec ce dont il est question dans ce livre, les camps, la mort. L’attente sur les quais. La valise.

La valise posée au sol. Soulevée. Transportée, changée de main. D’une main à l’autre. Lourde, trop lourde. Aujourd’hui, la valise à roulette, tirée. Étiquetée ou pas, qui devrait l’être. Qui pourrait être volée. Égarée, oubliée, perdue. À laquelle de nombreux objets pourraient manquer. As-tu bien fait tes valises. N’as-tu rien oublié ? Que ne contient-elle pas ? La soute à bagage, le compartiment à valise. Le temps de suspens du voyage. Les bagages.
Ce qui se métaphorise ? Quoi, de soi ? De sa vie ? De son être ? De son corps ? Du suspens? Oh! temps suspens ton vol. Du déplacement ? De la vacance ? Vacance à soi ? Arrachement à sa quotidienneté ?
Voyager léger. On voudrait voyager léger. Se voit-on rappelé à son propre poids ? Rappelé à ses propres manques ? Oubli ?
Qu’est-ce qui se dé-fixe ?
S’agit il de souvenirs de vacances enfantines où l’on était subitement transporté ailleurs, dans l’inconnu, l’étranger.
Si c’est cela, précisément, qui m’insupporte, comment, à l’âge que j’ai, ne puis-je le surmonter ?
Transport dans l’inconnu. L’étranger.
Cet étranger, que métaphorise-t-il ?
Oui, mais quand on sait où on va, très bien, quand c’est un lieu où on ne cesse de retourner, pourquoi faut-il que l’angoisse subsiste ?

Qu’est-ce qui veut continuer à se réitérer. S’itérer à nouveau : une nouvelle fois avoir lieu comme si ça n’avait jamais eu lieu, à chaque fois neuf. Itération de l’oubli, de l’oubli de soi.
Alors l’étranger, le transport en wagon, comme un nom de la perte de soi, de grand oubli, de jouissance.
Jouissance, absence, d’autant plus grande si le train est train de la mort.
Tous les trains sont-ils (devenus) de la mort ?

(Une situation de la réalité recoupe quelque chose d’autre écrit à l’intérieur, quelque chose qui appartient au vocabulaire de l »inconscient. Tous les trains pour la mort. Pour toujours et à jamais. Toutes les valises ce qui s’ emporte en ces contrées. Comme disait mon père (un peu avant de mourir, et comme il sortait d’un long coma), Tous juifs. Pardon à eux. De m’être emparée de leur malheur. Je ne l’ai pas choisi. C’est lui qui m’a prise. Et les étoiles sont jaunes de la nativité.)

Légende. Nos légendes.

La jouissance est un arrachement. Dès qu’il y a valise, y a arrachement. Ça s’arrache de ce qui fait l’ordinaire substantifique moëlle : les pensées quotidiennes. La jouissance est une séparation. La séparation veut la plus grande séparation.

En tai chi, j’apprends à m’arracher doucement. J’apprends le détachement lent. C’est peut-être là la danse dont Lacan parle un peu après avoir parlé des wagons dans le Séminaire sur le Sinthome :

« Il y a quelque chose dont on est tout à fait surpris qu’il ne serve pas plus le corps comme tel — c’est la danse. Ca permettrait d’écrire autrement le terme de condensation. »

J. Lacan, Le séminaire, Livre XXIII, Le sinthome, Paris, Seuil, 2005, p. 154.
  1. Lacan et Bonnaud l’écrivent avec un seul L, trimbaler, je préfère d’en mettre 2, les 2 orthographes sont correctes. ↩︎
Top