dimanche 11 décembre 2005 · 15h16

que le désir d ’écrire puisse contenir ce qui de moi déborde quand _
parce que souvent ça me le fait trop
   ( « envoyée en l’air », je – ce que ça veut

chère laurette,

que le désir d ’écrire puisse contenir ce qui de moi déborde quand _
parce que souvent ça me le fait trop
   ( « envoyée en l’air », je – ce que ça veut

_et que le désir
_d’écrire
_contienne
_fasse contenant
_à  ce qui
_
s’en va (s’envoie)
_
accueille fasse accueil
(voix).

les mots, incriminés, qui t’ont choquée, sous ma plume,
je ne dis pas qu’ils veuillent
dire
grand chose (ce qu’ils veulent voudraient dire je ne le sais pas , le monde mon monde ne serait pas le même s’il n’y étaient pas, si je ne les avais eus (on me disait hier l’âme, ça ne veut plus rien dire, ça n’est pas moderne, je me suis dit, je ne sais, ce que ça veut dire, pour moi, je ne, l’âme, mais, sûre je suis que rien ne pourra faire que ce mot ne joue dans sur ma vie alors que (un de ces mots qui pour moi contient (ce dont il me rassure qu’il soit ( contenu, malgré qu’il en déborde, et probablement seulement pour partie, et évidemment, seulement pour partie (au point que je puisse me dire qu’il vaut mieux, que je ne le sache pas, ce que ça veut dire, pour moi, l’âme, que cela même, fait partie d’elle ( et que je me la laisse seulement tressaillir quand je lis : l’âme, c’est le corps
ces mots-donc, sont un moment,
acquiescement. ils ne sont pas le dire mais ils disent, pour moi, à  lui, à  qui je sais qu’ils parlent, ce qui chez moi, autrement (autrement sombrerait) (autrement sombre) (fais-moi cette chose où nous nous rejoignons depuis que je sais que nous mourrons ensemble

et quand et si je (lui) demande tiens-
moi
prends-
moi
la fesse ( tiens-moi là  bien en main petite ici
le sein (du mien de mon
simplement tu vois, ça aussi, ça me
relocalise, ramène
ce qui autrement s’illimite et me

chère laurette,
malgré mes mots, devenus si laids, j’espère que tu
continueras
de me lire

à  toi,
v

chère laurette,

que le désir d ’écrire puisse contenir ce qui de moi déborde quand
(alors que mes mots tous devenus trop
ou encore trop peu )
parce que souvent ça me le fait
trop (
« envoyée en l’air », je – ce que ça veut
et que le désir
d’écrire
contienne
fasse contenant
à  ce qui
s’en va (s’envoie)
accueille fasse accueil
(voix).

les mots, incriminés, qui t’ont choquée, sous ma plume,
je ne dis pas qu’ils veuillent
dire
grand chose (ce qu’ils veulent voudraient dire je ne le sais pas , le monde mon monde ne serait pas le même s’il n’y étaient pas, si je ne les avais eus (on me disait hier l’âme, ça ne veut plus rien dire, ça n’est pas moderne, je me suis dit, je ne sais, ce que ça veut dire, pour moi, je ne, l’âme, mais, sûre je suis que rien ne pourra faire que ce mot ne joue dans sur ma vie alors que (un de ces mots qui pour moi contient (ce dont il me rassure qu’il soit ( contenu, malgré qu’il en déborde, et probablement seulement pour partie, et évidemment, seulement pour partie ( au point que je puisse me dire qu’il vaut mieux, que je ne le sache pas, ce que ça veut dire, pour moi, l’âme, que cela même, fait partie d’elle ( et que je me la laisse seulement tressaillir quand je lis : l’âme, c’est le corps
ces mots-donc, sont un moment,
d’acquièscement. ils ne sont pas le dire mais ils disent, pour moi, à  lui, à  qui je sais qu’ils parlent, ce qui chez moi, autrement (autrement sombrerait) (autrement sombre) (fais-moi cette chose où nous nous rejoignons depuis que je sais que nous mourrons ensemble

et quand et si je (lui) demande tiens-
moi
prends-
moi
la fesse ( tiens-moi là  bien en main petite ici
le sein (du mien de mon
simplement tu vois, ça aussi, ça me
relocalise, ramène
ce qui autrement s’illimite et me

chère laurette,
malgré mes mots, devenus si laids, j’espère que tu _
continueras
de me lire

à  toi,
v

mercredi 3 août 2011 · 18h33

Jacques-Alain Miller, Lire

« … Et donc, tout bien pesé, j’ai choisi le titre suivant : lire un symptôme, to read a symptom. Ceux qui lisent Lacan ont sans doute ici reconnu un écho de son propos dans son écrit ‘Radiophonie’ que vous trouvez dans le recueil des Autres Écrits, page 428. Il souligne là que le juif est celui qui sait lire. C’est ce savoir lire qu’il s’agira d’interroger en Israël, le savoir lire dans la pratique de la psychanalyse. Je dirais tout de suite que le savoir lire, comme je l’entends, complète le bien dire, qui est devenu parmi nous un slogan. Je soutiendrais volontiers que le bien dire dans la psychanalyse n’est rien sans le savoir lire, que le bien dire propre à la psychanalyse se fonde sur le savoir lire. Si l’on s’en tient au bien dire, on n’atteint que la moitié de ce dont il s’agit. Bien dire et savoir lire sont du côté de l’analyste, c’est son apanage, mais au cours de l’expérience il s’agit que bien dire et savoir lire se transfèrent à l’analysant. En quelque sorte qu’il apprenne, hors de toute pédagogie, à bien dire et aussi à savoir lire. L’art de bien dire, c’est la définition de cette discipline traditionnelle qui s’appelle la rhétorique. Certainement la psychanalyse participe de la rhétorique, mais elle ne s’y réduit pas. Il me semble que c’est le savoir lire qui fait la différence. La psychanalyse n’est pas seulement affaire d’écoute, listening, elle est aussi affaire de lecture, reading. Dans le champ du langage sans doute la psychanalyse prend-elle son départ de la fonction de la parole mais elle la réfère à l’écriture. Il y a un écart entre parler et écrire, speaking and writing. C’est dans cet écart que la psychanalyse opère, c’est cette différence que la psychanalyse exploite.

[…]

Lire un symptôme […] consiste à sevrer le symptôme de sens. C’est pourquoi d’ailleurs à l’appareil à interpréter de Freud – que Lacan lui-même avait formalisé, avait clarifié, c’est-à-dire le ternaire œdipien – Lacan a substitué un ternaire qui ne fait pas sens, celui du Réel, du Symbolique et de l’Imaginaire. Mais à déplacer l’interprétation du cadre œdipien vers le cadre borroméen, c’est le fonctionnement même de l’interprétation qui change et qui passe de l’écoute du sens à la lecture du hors-sens.

Quand on dit que la psychanalyse est une affaire d’écoute, faut s’entendre, c’est le cas de le dire. Ce qu’on écoute en fait c’est toujours le sens, et le sens appelle le sens. Toute psychothérapie se tient à ce niveau-là. Ça débouche toujours en définitive sur ceci que c’est le patient qui doit écouter, écouter le thérapeute. Il s’agit au contraire d’explorer ce qu’est la psychanalyse et ce qu’elle peut au niveau proprement dit de la lecture, quand on prend de la distance avec la sémantique – là je vous renvoie aux indications précieuses qu’il y a sur cette lecture dans l’écrit de Lacan qui s’appelle « l’Etourdit » et que vous trouvez dans les Autres Ecrits page 491 et suivantes, sur les trois points de l’homophonie, de la grammaire et de la logique.

La lecture, le savoir lire, consiste à mettre à distance la parole et le sens qu’elle véhicule à partir de l’écriture comme hors-sens, comme Anzeichen, comme lettre, à partir de sa matérialité. Alors que la parole est toujours spirituelle si je puis dire et que l’interprétation qui se tient purement au niveau de la parole ne fait que gonfler le sens, la discipline de la lecture vise la matérialité de l’écriture, c’est-à-dire la lettre en tant qu’elle produit l’événement de jouissance déterminant la formation des symptômes. Le savoir lire vise ce choc initial, qui est comme un clinamen de la jouissance – clinamen est un terme de la philosophie des stoïciens.

L’interprétation comme savoir lire vise à réduire le symptôme à sa formule initiale, c’est-à-dire à la rencontre matérielle d’un signifiant et du corps, c’est-à-dire au choc pur du langage sur le corps. Alors certes pour traiter le symptôme il faut bien en passer par la dialectique mouvante du désir, mais il faut aussi se déprendre des mirages de la vérité que ce déchiffrage vous apporte et viser au-delà la fixité de la jouissance, l’opacité du réel. Si je voulais le faire parler, ce réel, je lui imputerais ce que dit le dieu d’Israël dans le buisson ardent, avant d’émettre les commandements qui sont l’habillage de son réel : « je suis ce que je suis ». »

→ lire l’intervention de jacques-alain miller au congrès de la NLS en avril 2011 sur le site de l’AMP

samedi 9 janvier 2021 · 09h31

Fr…éronique

Chère Hélène Parker,

Je vous demande de ne plus attendre de moi que j’écrive. De me laisser libre de ça. Je n’arrive pas à le formuler, mais autant cela m’a surprise, cela m’a fait plaisir, cela a été important que vous appréciez ce que j’écrivais, autant, ça ne peut pas devenir impératif (je veux dire que j’ai alors pensé que vous attendriez que j’écrive, que vous seriez déçue si je ne le faisais pas).

Je n’osais pas vous le dire, car j’ai aimé votre appréciation. Vous êtes devenue celle qui a aimé ce que j’écrivais. Ce qui me lie à vous d’une façon très spéciale, car vous avez pu reconnaître quelque chose qui ne l’espérait pas, modifiant l’estime que j’ai de moi, l’améliorant.

Or, et j’ai encore vécu cela durant ces vacances : Il me faut rater. Je dois me décevoir. Je ne peux être satisfaite de moi, fière. Et c’est la déception qui est ensuite très difficile à supporter et que j’entretiens.

Cela rejoint ce que F a appelé l’entretien de ma frustration. Frustrée par lui, déçue par moi. Et alors, quelque chose qui s’apparente au dégoût, à la détestation de moi-même, à la haine de F .

C’est comme ça que j’ai fermé des blogs, dès qu’ils commençaient à avoir du succès. Que j’ai cessé d’écrire, dès que l’on m’a dit combien c’était important que je l’écrive. 

Nous en parlions. Il est une reconnaissance qui ne peut m’être adressée, et que je recueillerais pourtant comme une terre assoiffée la pluie. 

Je ne sais pas si j’arriverai à déjouer cela.

Il m’arrive à nouveau d’avoir des idées, de bonnes idées de travail. Elles se succèdent généreusement et  je n’arrive à en réaliser aucune. Tout se met dans mon chemin. Il ne s’agit pas là de procrastination ordinaire.

Ainsi, ces lettres que je n’arrive plus maintenant à finir, ni à envoyer. Je les oublie, je m’en détache, je les abandonne. Ces lettres à vous.

Peut-être que je dois trouver le moyen de travailler sans en avoir eu l’idée auparavant. Dans la seule nécessité ou urgence. Peut-être que je dois trouver un travail qui puisse se situer en dehors de la valeur. Qui soit d’un lien au réel sûr, sans équivoque.

Me dire que je n’écris que pour survivre. Que pour échapper au pire. Rien d’autre. Prise en compte d’aucun idéal. Juste ça : la menace de la maladie devenant trop grande, alors écrire. Le réel de la maladie. Ne tenir qu’à ça.

Peut-être que ça s’écrirait même entre 2 rôles tout simplement, cet empêchement. Celui de mon père, celui de ma mère. Ou, ou. Entre les 2 : rien, moi. Et dès que je suis dans le rôle du père, du créateur, la jouissance de ma mère me rappelle à l’ordre. 

Ainsi, dès que je veux faire une chose qui soit digne de mon idéal, je suis envahie par tout ce qu’il y a faire du point de vue du ménage. Le ménage me sauve de ce que j’attends de moi, de ce que je veux faire. Que je sacrifie alors tout en m’en faisant l’amer reproche. Et là, la colère et la haine de moi-même me rejoignent.

Je peux, dans certaines circonstances, combattre cette colère. 

C’est ce que j’ai fait ces vacances. 

C’est le fruit d’une longue expérience. 

Il s’agit, aussi, de restituer la dignité à l’indigne. Cela ne peut se passer qu’au niveau du réel. Il s’agit d’un dénudement. Ne garder que le geste, sa sensation corporelle, et la lumière entre des yeux presque clos.

Ça serait un pari possible. 

À la vaisselle, au ménage, à ma mère, restituer la dignité. Dignité de vivre tout aussi bien. 

Freud aura voulu sauver le Père, moi c’est la Mère que je ne lâche pas. 

Ce dont je vous ai parlé, Noël. Je ne suis pas arrivée à l’élucider. Je pensais que ça se ferait en séance. 

J’ai choisi pendant ces vacances d’accomplir Noël, plutôt que le travail. 

Et le souvenir me revenait des Noëls de l’enfance et de ce que j’y donnais. De la grande organisation de Noël à Poperinge, ville de ma mère, dans la maison de ma grand-mère. Je vous ai parlé de ma tante. De Titi. Tante Jo, Jozefa, Jefa. Qui à cette grande organisation présidait. J’adorais sa présence, sa façon de faire. Comment elle transformait tout ça en événement auquel chacun était amené à participer. Elle n’avait aucun problème pour se faire aider. Tellement pas comme ma mère. Qui faisait tout, qui ne demandait rien. C’est là, que j’ai reçu un peu de vie, par cette tante qui me demandait des choses en riant, qui tournait tout en organisation joyeuse, festive. Qui m’incluait. Pour Noël, nous travaillions ensemble, elle et moi, plusieurs jours entiers. Des jours pour moi de grande douceur, d’existence. Où nous fumions nous parlions nous fumions nous parlions nous faisions les courses à  bicyclette allions voir la rebouteuse de la ville le curé décorions la cathédrale. Nous parlions, nous rions.

Ici, F demande peu. Voire rien. Et J lui ressemble assez là-dessus.

Il y a beaucoup de silence. 

Chacun dans son ordinateur ou son téléphone ou son jeu vidéo. 

On s’écrit dans WhatsApp. 

Alors, J et moi, on a fait Noël ensemble. 

Il a voulu cuisiner seul, mais il m’a appelée pour que je l’aide et nous avons travaillé ensemble, côte à côte, tranquillement. Pareil pour le grand ménage. 

De son côté, il m’a quelquefois accompagnée dans les courses cadeaux, m’a aidée à choisir. 

Lui, ce qu’il voulait offrir, c’était ça, le repas, le dessert, et le grand ménage du salon. 

Ce qu’il a préparé était très bon. 

Je voulais vous le dire.

Il faut maintenant que je le libère d’avoir à prévenir mes angoisses. Mais, peut-être aussi que les choses se sont montrées, révélées, modifiées, expliquées au fur et à mesure des années. Car c’est d’années qu’il s’agit. Et qu’il apprenne à cuisiner un peu n’est pas une mauvaise chose. Ou de prendre un peu la poussière.

C’est à moi, de me libérer de mes angoisses.

Je vous ai dit que l’angoisse avait tenu à ce que pour moi, la magie de Noël ne pouvait par moi être reproduite, retrouvée. Et que je ne parviendrais pas à donner quoi que ce soit qui soit à la hauteur de ce qui voulait se donner, de ce que je voulais donner, aux autres. Cette année, l’angoisse est en grande partie tombée. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne se soit pas tous donné du mal. 

Je suis parvenue à donner autre chose que rien, les cadeaux, et j’ai dit à F, affirmé l’importance pour moi de ce moment, dit qu’il s’agissait pour moi de la manifestation, même inadéquate, de quelque chose d’inexprimable. Que Noël permettait d’exprimer de façon symbolique et légère. Dans le semblant, le brillant, la répétition, la reprise, la convention, la fête. Le paquet cadeau. Pas loin du potlach. 

Comment j’ai pourtant craqué avec F.

Est-ce qu’il fallait faire rater ce qui avait réussi?

Ce soir du 25 où j’ai voulu lui faire la lecture. 

Et où il m’a répondu : Je fais du Japonais. 

Je me suis mise à le haïr, quand il m’a dit ça, F.

Et quand je vous l’air raconté hier, voulant dire son nom, à lui, Frédéric, voulant dire ma colère contre lui, j’ai dit Fr…éronique.

J’ai voulu dire Frédéric, et c’est mon prénom qui est sorti. 

« Freud dit que dans la mélancolie, le moi est séparé en deux parties, dont l’une vocifère contre l’autre. Cette deuxième partie est celle qui a été altérée par l’introjection, et qui contient l’objet perdu. La partie qui se comporte cruellement renferme aussi la conscience , une instance critique dans le moi. »

C’est comme si, j’avais voulu faire un pas plus loin dans ce qui est l’amour pour moi, du côté de l’Idéal du moi, et qu’en un coup, j’étais rattrapée par tout ce qui n’en veut pas, de l’idéal, et que F incarne assez bien. F fait ce qui lui plaît.

C’est comme si… ma colère contre F, mes colères contre lui n’avaient jamais été que des colères contre moi.

Cela m’est tombé dessus. Je ne suis jamais fâchée que sur moi. Ce n’est jamais que la haine de moi qui s’exprime. Et c’est devenu comme si c’était plus la peine du tout de se fâcher sur lui. Que ça ne voulait plus rien dire. Que ce n’était jamais que le retour de cette étrange, étrangère haine de moi, étrange et intime, qui tout juste profite d’une occasion pour enfin se manifester à l’extérieur, pour enfin se montrer, s’exprimer, trouver ses mots et surtout déployer sa terrible hargne, s’exprimer physiquement, enfin se hurler.

D’apercevoir cela a comme défait ce lien de dédoublement à Frédéric, un étrange sentiment de la vanité de ça, de cette colère, m’est tombé dessus, pour ne plus me quitter.

Ça a été très douloureux et j’ai été rattrapée par les voix qui disent… Je ne sais pas trop ce qu’elles disent.. Ce qu’elles disent, ce qu’elles répètent, ce qu’elles scandent … « Tu t’es tuée, tu es morte, tue-toi, meurs, tu vas te tuer, et les coups que j’imagine fondre sur la tête… « 

Sinon, F vient juste de faire des manips sur mon ordi, qui a cessé de fonctionner, et tous les mails à P et de P ont disparu.

mercredi 8 janvier 2025 · 04h22

de vocalises silencieuses in the middle of the night et de leurs conséquences

je me suis réveillée vers 3 heures, il est 4h22, je suis dans le canapé du salon, assez fatiguée mais j’ai l’impression que je ne suis pas prête de dormir. je n’ai pas fait d’instagram puisque j’ai désactivé mon compte. un jour, on ne saura plus ce que c’est instagram. à la place j’ai mis de l’ordre dans mes photos sur onedrive. un jour on ne saura plus ce que c’est onedrive.

la pièce est éclairée avec la toute fine guirlande led, si fine qu’elle est un peu indémêlable, que jules avait tout de même un peu démêlée et installée.

j’ai l’impression d’une tension un peu élevée dans mon crâne, dans mon cerveau. je ne sais pas trop ce que ce serait. ça correspond à une forme d’énervement. je l’ai éprouvée hier matin aussi en travaillant sur le site. j’ai travaillé sur le site toute la journée. cette tension dans le crâne est apparue quand j’ai soudainement fait face à quelque chose, me suis trouvée confrontée, à je ne sais plus quoi. je m’en suis éloignée (mentalement, je me suis enfuie, été ailleurs) mais la tension est restée, a monté. c’est de nouveau là. ça m’empêche un peu de penser. ça pourrait précéder une migraine. c’est ce que je pressentais hier, un peu plus tard dans la journée.

je viens de prendre une cuillerée d’huile de nigelle. j’aurais dû le faire plus tôt.

il faut ou je pourrais considérer l’activité d’écrire comme une activité absolument passagère me procurant un plaisir sur le moment-même, et sans plus. et non pas du tout comme une activité qui aurait la moindre noblesse, une quelconque noblesse, une noblesse un peu supérieure à toute autre activité, mais pourquoi est-ce que je parle de noblesse, pourquoi est-ce qu’aucun autre mot ne me vient à l’esprit, valeur aurais-je pu dire. non, je ne peux pas dire ça. je ne dois pas dire ce genre de chose. à tout le moins quand je cherche à écrire, cet exercice me permet-il d’entraîner mon esprit, de retarder sa déchéance, la perte des mots, la perte de l’usage de la langue, la possibilité de réflexion ou de communication. et il y a un certain plaisir, il me semble à tapoter sur le téléphone. et à entendre ma voix, intérieurement, entendre ces phrases que j’écris. il y a un certain plaisir dans le moment de l’écriture-même, dans le fait d’écrire. cet écheveau (je ne sais même pas ce que c’est) déroulé. ça sent mauvais ici, ça a été la première chose que j’ai faite en me levant, à 3 heures, changer le bac du chat, la litière. je ne sais pas bien comment combattre ce sentiment que tout est de même valeur. je le dis ça, je ressens ça, que tout vaut tout, que rien ne vaut rien que tout vaut, démocratie de la valeur, d’où le fait que j’aie voulu parler de noblesse, en même temps que j’ai le sentiment que non, que je n’y crois pas, que c’est du déni de dire que rien n’a plus de valeur que quoique ce soit d’autre. peut-être que dans l’absolu ça n’en n’a pas, mais que de façon relative, relative à moi, ça en a. à moins que je ne parvienne pas à croire ou ne veuille pas croire ou ne veuille pas faire montre que je croirais que je puisse produire quoique ce soit de la moindre valeur, de valeur. dans ce que j’aime de l’écriture, j’aime surtout le rythme. il m’arrive bien souvent de rajouter des mots juste pour le rythme. quand je songe à kafka qui ne songe qu’à alléger, qu’à supprimer, pour qui dans un écrit aucun mot ne devrait être sans raison d’être. je suis tellement loin de ça, de cette science de l’écriture, cette connaissance intime, ce désir, cette volonté. cette idée d’un bien écrit, quand ce qui seulement dans mon plaisir commande, c’est quelque chose de l’ordre du rythme, du bercement. d’un trop trot, petit trot, d’un galop, d’un entraînement, du sacrifice à cet entrainement, sacrifice du sens, d’une surdité, d’une surdité au lieu du tapotement, le frappé est ce qui compte, ce qui prévaut, d’un espoir. le goût de l’éclosion, de voir éclore. de la répétition. du doute. je me suis déjà demandé comment le transcrire, ça, cet éprouvé du rythme, par où ça passe ? le tapoté, le tapotement, régulier, sur le clavier du téléphone, sur celui du Mac, et est-ce que ça ne tient qu’à la longueur de la phrase, à l’emplacement des virgules ou à leur absence. est que ça tient à des sonorités ? il y a le bruit sourd des touches  et ce qui s’entend des sons. autre nappe. est-ce que les différentes voyelles, les diphtongues ou que sais-je, agissent comme des notes ? avec quelle rapidité le cerveau les entend, les ressent, et vous propose vite fait le son qui entre en résonance. ou le plaisir ne tient-il que dans le suspense, le jeu de la possible apparition d’un sens pour moi. comment l’appelait-il cet après-coup du sens au bout de la phrase, Lacan? du nom d’un point de couture. peu importe. point de capiton. le délicieux ou intolérable suspense par rapport au moment de capitonnage du sens. aller voir au dictionnaire (=interroger Google) ce que veut dire le mot diphtongue et chercher d’autres mots de ce style. Voyelle qui change de timbre en cours d’émission. Les diphtongues n’existent plus en français moderne. eh bien zut. alors. qu’est-ce qui existe du coup. les sons phonétiques… les phonèmes. En français, on distingue et reconnaît 36 sons. En phonétique, on va utiliser le terme phonème pour désigner les sons. trente-six sons. trente-six notes. de la disparition des diphtongues en français moderne. (j’ai trouvé sur internet des exemples de corrections appliquées (par des linguistes?) à la langue qui m’ont paru d’une violence extraordinaire, en vue d’y éliminer les diphtongues. pour ce que j’ai pu en repérer, il s’agissait d’y éliminer les accents au nom d’un parler pur, d’un français pur, je n’ai pas poussé mes recherches plus avant, dieu sait d’ailleurs ce que je recherchais). Lorsque l’on parle, plusieurs muscles et organes de l’appareil vocal sont utilisés : poumons, larynx, cordes vocales, langue, lèvres, etc. Selon la disposition de la mâchoire, de la langue et des lèvres, l’être humain est capable de produire différents sons. Certains sons reviennent dans toutes les langues, mais en général, chaque langue a des sons qui lui sont propres. je devrais transcrire en couleurs les phonèmes de ce texte.

je crois que je vais aller me coucher.

*

 

*

 

aimes-tu ton poumon, aimes-tu ton larynx, aimes-tu tes cordes vocales, et ta langue l’aimes-tu, aimes-tu tes lèvres, tes lèvres deux, ton palais l’aimes-tu, le connais-tu ton palais ? connais-tu ton palais ? et son voile tu le connais, et ta trachée ? où en es-tu avec elle, le sais-tu seulement, tu le sais ?

ta salive ? tu y penses à elle ? penses à elle ? et à toutes les voyelles, tu y penses ? et les phonèmes, tu y songes, tu les aimes ? aux résonateurs, tu penses, aux tambours  aux ondes aux rebonds ? les perçois-tu les ondes qui t’inondent, les sons qui te sondent, qui te transpercent ? réponds, dis.

et tes douces dents t’en es où ? tes doigts ? la merveille de tes orteils, tes orteils à toi ? petit cœur, petit roi. et quoi d’autres.

j’ai songé
à l’espace
entre ta
lèvre supérieure
et tes dents de devant
l’espace mouillé
de ce lieu de repos

j’ai songé à tous tes lieux de repos. aux creux habités de tes mains

j’ai ouvert la bouche avalé le ciel noir et ses blanches étoiles voilà qu’elles passent la trachée soulèvent les poumons je me tais j’ai foi je me tais j’ai joie. j’ai trouvé la porte du sommeil et les diphtongues oubliées rejetées

mon verbe ma voix aux mains intérieures cœurs battants

myriades

*

NB : réfléchir à comment faire cette transcription des phonèmes en couleurs (php et petits carrés de couleur,  une couleur par phonème)

/il fo u ʒə puʁɛ kɔ̃sideʁe l‿aktivi̯te d‿ekʁiʁ kɔ̃m yn aktivi̯te apsolymɑ̃ pasɑʒɛʁ mə pʁɔkʁɑ̃ ɛ̃ pleziʁ syʁ lə mɔmɑ̃-mɛm, e sɑ̃ ply. e nɔ̃ pa dy tu kɔm yn aktivi̯te ki ɔʁɛ la mɛ̃dʁ nɔblɛs, yn kɛlkɔ̃k nɔblɛs, yn nɔblɛs ɛ̃ pø syʁpɛʁjœʁ a tut otʁ aktivi̯te, mɛ puʁkʊa ɛs kə ʒə paʁl də nɔblɛs, puʁkʊa ɛs kə o.kœ̃ otʁ mo ne mə vjɛ̃ a l‿espʁi, valœʁ oʁɛʁʒə pu diʁ. nɔ̃, ʒə nə pø pa diʁ sa. ʒə nə dwa pa diʁ sə ʒɑ̃ʁ də ʃoz. a tu lə mwɛ̃ kɑ̃ ʒə ʃɛʁʃ a ekʁiʁ, sɛt ɛɡzɛʁsɪs mə pɛʁmɛt-il d‿ɑ̃tʁene mɔ̃ ɛspʁi, də ʁətɑʁde sa deʃɑ̃s, la pɛʁt de mo, la pɛʁt də l‿yzaʒ də la lɑ̃ɡ, la pɔsibilite də ʁeflɛksjɔ̃ u də kɔmynikɑ̃s. e il ja ɛ̃ sεʁtɛ̃ pleziʁ, il mə sɑ̃bl a tapoteʁ syʁ lə telefɔn. e a ɑ̃tɑ̃dʁ ma vwa, ɛ̃tɛʁjœʁmɑ̃, ɑ̃tɑ̃dʁ se fʁaz kə ʒeʁi. il ja ɛ̃ sεʁtɛ̃ pleziʁ dɑ̃ lə mɔmɑ̃ də l‿ekʁitʁə-mɛm, dɑ̃ lə fɛ də ekʁiʁ. sɛt eʃəvø (ʒə nə sɛ pa mɛm pa sə kə sɛ) deʁule. sa sɑ̃ mɔvɛ ɛsi, sa a ete la pʁəmjɛʁ ʃoz kə ʒe fɛt ɑ̃ mə ləvɑ̃, a tʁwa œʁ, ʃɑ̃ʒe lə bak dy ʃa, la litiɛʁ. ʒə nə sɛ pa bjɛ̃ kɔmɑ̃ kɔ̃batʁ sə sɑ̃timɑ̃ kə tu ɛ də mɛm valœʁ. ʒə lə di sa, ʒə ʁəsɑ̃ sa, kə tu vo tu, kə ʁjɛ̃ nə vo ʁjɛ̃ kə tu vo, deʊmɔkʁasi də la valœʁ, d‿u lə fɛ kə ʒɛ vulu paʁle də nɔblɛs, ɑ̃ mɛm tɑ̃ kə ʒɛ lə sɑ̃timɑ̃ kə nɔ̃, kə ʒə n‿i kʁwa pa, kə sɛ dy deɲi də diʁ kə ʁjɛ̃ na ply də va.lœʁ kə kwa.ik sə swa d.o.tʁ. pø.tɛtʁ kə dɑ̃ l‿ab.sɔ.ly sa nɑ̃ na pa, mɛ kə də fa.sɔ̃ ʁə.la.tiv, ʁə.la.tiv a mwa, sa ɑ̃ a. a mɛ̃ kə ʒə nə paʁ.vjɛn pa a kʁwaʁ u nə vœj pa kʁwaʁ u nə vœj pa fɛʁ mɔ̃tʁ kə ʒə kʁwa.ʁɛ kə ʒə pɥis pʁo.dyʁ kwa.ik sə swa də la mɛ̃dʁ va.lœʁ, də va.lœʁ. dɑ̃ sə kə ʒɛm də l‿e.kʁi.tyʁ, ʒɛm suʁ.tu lə ʁit.mə. il ma.ʁiv bjɛ̃ su.vɑ̃ də ʁa.ʒu.te de mo ʒyst puʁ lə ʁit.mə. kɑ̃ ʒə sɔ̃ʒ a ka.fka ki nə sɔ̃ʒ k‿a le.ʒe, k‿a sy.pʁi.me, puʁ ki dɑ̃ ɛ̃ e.kʁi o.kœ̃ mo nə dʁɛ.vɛt ɛtʁ sɑ̃ ʁe.zɔ̃ d‿ɛtʁ. ʒə sɥi tɛl.mɑ̃ lwɛ̃ də sa, də sɛt si.ɑ̃s də l‿e.kʁi.tyʁ, sɛt kə.nɛ.sɑ̃s ɛ̃.tim, sə de.zir, sɛt volɔ̃.te. sɛt i.de d‿œ̃ bjɛ̃ e.kʁi, kɑ̃ sə ki sœl.mɑ̃ dɑ̃ mɔ̃ ple.zir kɔ.mɑ̃d, sɛ ɛt kɛlkə ʃoz də l‿ɔʁdʁ dy ʁit.mə, dy bɛʁ.sə.mɑ̃. d‿œ̃ tʁo tʁɔt, pəti tʁɔt, d‿œ̃ ga.lɔp, d‿œ̃ ɑ̃.tʁɛ.nə.mɑ̃, dy sa.kʁi.fis a sɛt ɑ̃.tʁɛ.nə.mɑ̃, sa.kʁi.fis dy sɑ̃s, d‿yn syʁ.di.te, d‿yn syʁ.di.te o lɥø dy ta.po.tə.mɑ̃, lə fʁa.pe ɛ sək i kɔ̃t, sək i pʁe.vot, d‿œ̃ ɛs.pwaʁ. lə ɡu də l‿e.klo.zjɔ̃, də vwaʁ e.kloʁ. də la ʁe.pe.ti.sjɔ̃. dy dut. ʒə mə sɥi de.ʒa də.mɑ̃.de kɔ.mɑ̃ lə tʁɑ̃s.kʁiʁ, sa, ɛt ɛpʁu.ve dy ʁit.mə, paʁ u sa pas? lə ta.po.te, lə ta.po.tə.mɑ̃, ʁe.ɡy.lje, syʁ lə kla.vje dy te.le.fɔn, syʁ sə.ly dy mak, e ɛs kə sa nə tjɛ̃ k‿a la lɔ̃ɡœʁ dy la fʁaz, a l‿ɛm.pla.sɑ̃ də viʁ.ɡyl u a lœʁ ap.sɑ̃s. ɛs kə sa tjɛ̃ a de so.no.ʁi.te?

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