«Le secret du désir est le secret de toute noblesse»

Lancé dans cette voie, je donnerai toute sa valeur à ce que Lacan dit au passage de son texte sur Gide, que «s’intéresser à sa singularité, c’est la chance de l’aristocratie». Voilà un terme que nous n’avons pas coutume de faire résonner et qui pourtant s’impose lorsqu’on reprend la position de Lacan devant ce fait de civilisation qu’a été Vincennes. Tout indique que ce qu’il a rencontré là, il l’a classé dans le registre de l’ignoble, et qu’il a eu, devant cette émergence d’un lieu où la honte avait disparu, une réaction aristocrate. Cette aristocratie est pour lui justifiée parce que le désir a partie liée avec le signifiant-maître, c’est-à-dire avec la noblesse. Ce pourquoi il peut dire dans son texte sur Gide «Le secret du désir est le secret de toute noblesse». Votre S1, contingent, et si chétif que vous soyez, vous met à part. Et la condition pour être analysant est d’avoir le sens de ce qui vous met à part.
Extrait de « Note sur la honte », Jacques-Alain Miller (5 juin 2002)

je sors d’un rêve si long si bon

Sors d’un rêve si long, comment l’écrire, si long si bon. Tout à l’heure psychanalyste, on est  lundi, cette envie de lui donner une toile de mon père, apparue claire au sortir du rêve. Cette question aussi : pourquoi l’inconscient me ferait-il pareil « cadeau » – ce tableau d’une boucle bouclée, d’un parcours de mon analyse. cadeau.tableau.o.o.ca.ta.

Comment  écrire, par quoi commencer. Comment ne pas oublier.

D’abord la dernière image/cène (nous sommes plusieurs assis à longue table) :  assise à côté du propriétaire du lieu, châtelain, lui dis  « Oh! regardez comme c’est beau chaque fenêtre, on dirait une peinture différente » (hier expo photo) – grands paysages, très verts (comme les haricots, petits pois surgelés de la veille).

Avant ça, F venu me chercher. Avais passé la nuit dehors, avec Jules aussi, dans ce château, qui n’avait pas été pas tout de suite un château mais l’est devenu, en cours de route.

Passé la nuit là,  à perdre mon sac, un paquet de feuilles, un classeur. 3 choses, 3 objets. Jules aussi perd ses affaires. Les cherchons. C’est ce qui nous a empêché de partir, les cherchons, les retrouvons, les reperdons. Ou, je perds Jules. Jules.chose.

J’arrive là parce que je sors de chez mes parents, parce que je cherche un parodontologue, parce que j’ai une maladie des gencives, mon … (mot manque), ma couronne a sauté, je risque quelque chose de très grave, je veux aller chez le parodonto ou le dentiste mais je m’aperçois en sortant de chez mes parents, qu’au lieu de me diriger vers chez lui, je me dirige vers l’appartement de Dimitri (qui était d’ailleurs déjà là avant ça dans le rêve). Je me rends compte que je ne sais pas du tout où il habite.

Bon, faut que j’y aille.

les 3 coups

ma gencive c’est ma gencive, et l’ex-a, c’est mon ex analyste.

j’ai une maladie des gencives qui n’a été diagnostiquée en tant que telle que récemment malheureusement, mais qui dure depuis très longtemps. j’ai été soignée, mais il semblerait que ce soit une maladie qu’on traîne à vie. comme elle m’ennuie, comme à cause d’elle je suis obligée d’arrêter de fumer pour ne pas perdre davantage de dents, j’avais la veille du rêve pensé à la possibilité de la traiter (soigner, curer) en la mettant sur le dos de ma première analyse, de mon premier analyste, comme marque dans le corps de cet de mon (impossible incroyable) amour pour lui. je me doute qu’il conviendrait peut-être de parler de transfert, mais, à ce stade, je préfère parler d’amour, ça me paraît plus proche de ce qu’il en était et de ce que je peux en dire. ça rend une chaleur que le terme de transfert ne répercute pas nécessairement. sauf peut-être aux oreilles averties.

il se trouve que mon ex-a se prénommait yves. et que dans ma recherche d’un nom pour mon EURL j’avais été très tentée d’utiliser le terme « agence ». « Agence gamma », « agence muller », « agence parflam »… ce terme m’est très sympathique, je le trouve drôle jovial sexy. il me rappelle également une  chanson que chantait parfois R*, mon premier amoureux :

« … A  l’agence
des amants
de madame muller!  »1

qui plus est, il fait immanquablement penser à une agence de détective quand le travail de l’analyse n’est pas sans ressembler à celui d’un détective. cela faisait donc marque aussi de mon amour, de mon amusement, de ma prise dans l’analyse.

bien. au cours de mon analyse donc, ma gencive s’est fendue, verticalement, sur toute la hauteur. la dentiste s’en était étonnée, n’avait jamais vu ça, m’avait dit : « vous aurez probablement eu un coup dont vous ne vous serez pas rendu compte ». reprenant à son insu, par hasard, les termes qui avait été ceux d’un dermatologue découvrant une fente que je lui montrais dans mon ongle, l’ongle du medium de ma main droite, après m’avoir expliqué, pour le coup, qu’il devait s’être agi d’un coup à la « matrice longitudinale de l’ongle ». comme j’étais très intéressée, à cette époque-là de mon analyse, à mon oncle, je n’avais pu m’empêcher de penser au coup porté à mon « ongle ». s’agissant de ce coup, ses conséquences également sont incurables. je ne l’avais pas mal pris. je l’avais pris comme une marque. et cette marque, pour l’avoir travaillée en analyse, je l’acceptais, comme étant de moi. non pas me signant, mais faisant signe de moi, d’une particularité inscrite, secrète, insigne, un signe aussi de l’analyse. une fêlure douce soignée indélébile. une marque aussi de mon travail. de quelque chose qui avait « marché ». acte pris par mon corps, léger accord trouvé.

le hasard veut, encore lui, qu’une troisième fois il m’a fallu entendre dans la bouche d’un médecin que j’avais dû recevoir un coup dont je ne m’étais pas rendu compte, il s’agissait cette fois-là  de l’une de mes cervicales, mais je ne m’y suis pas attardée, s’il est une chose dont je refuse de pâtir, c’est bien du dos.

voilà, je ne sais pas quant à moi départager ce qu’il en du hasard et des répercussions possibles de mon analyse sur mon corps. je ne tranche pas. mais je sais que cela n’est pas indifférent de raconter cela en analyse ou de ne pas le raconter. et mon inconscient aura apprécié que je veuille penser à ma maladie de gencive comme à une marque de ma maladie d’amour pour mon ex-a., un reste. il a dû l’apprécier puisqu’il m’a aussitôt sorti ce rêve.

Notes:
  1. ah si j’osais, vraiment, je prendrais ce nom-là, d’EURL. but it doesn’t really make sense… pour mon genre de travail []
éléments d’interprétation : le voisin et le coiffeur


1. élément de la veille1

La veille au soir du rêve comme je pénétrais dans la chambre sombre, j’ai surpris un voisin d’en face,  pas celui que nous avons l’habitude de voir, un autre, que je voyais pour la première fois accoudé sa fenêtre qui fumait et me regardait. Je me lavais les dents. J’ai pensé qu’il avait une vue directe sur le lit. Je me suis plus tard approchée de la fenêtre, et alors qu’il était encore en face de moi, l’air de rien, j’ai tiré les rideaux. J’ai dû plus ou moins consciemment pensé que j’aurais pu lui plaire.


2. dans le rêve : voisin qui était en face ferme et s’installe à côté



2. 1. fermeture de l’eurl

Le voisin qui  autrefois était en face s’établit maintenant à côté, après avoir fermé son premier établissement. dans l’immédiat, ça ne m’évoque rien , sinon, peut-être que j’ai dû moi-même « fermer » mon eurl pour pouvoir l’ouvrir à la nouvelle adresse – suite au déménagement.
voisin = moi ? En tout cas quelque chose se ferme ou est voulu fermé.


2. 2. à côté vs en face // disparition du regard

en face : On se  voit (nous avons effectivement un voisin en face qui passe beaucoup de temps à sa fenêtre)

à côté : On ne se voit pas, on ne se voit plus. Je ne le vois pas, il ne me voit pas.



2.3. En analyse aussi, on peut passer du face à face (entretiens préliminaires, d’ordinaire) au « sur le côté » = le divan.


2.4. Par ailleurs, la rue disparaît qui nous séparait le voisin et moi,  qu’empruntaient les regards. Le lien se fera maintenant par la voix (téléphone)


3. le coiffeur


3.1. C’est la deuxième fois que je rêve récemment d’un coiffeur. d’un salon de coiffure.


Comme je passais devant chez le coiffeur du coin de la rue le samedi, la veille du rêve2, j’ai pensé à ce à quoi j’avais auparavant pensé, et d’ailleurs noté ici, à propos du premier rêve, qu’il me faudrait aller chez le coiffeur à chaque fois que j’irais en visite quelque part – et même lorsque nous irions chez mes beaux-parents (ce qui n’est pas tellement étonnant finalement, puisque c’est certainement l’une des seules visites que nous rendions couramment… c’est dire!) Or ça donc, nous avions justement à les voir le lendemain, je pensais donc qu’il faudrait que j’y aille chez ce coiffeur devant lequel je passais, mais ne passais pas seule et tirant un caddie plein d’une lessive encore à faire  à la laverie où nous allions, jules et moi, un peu plus bas dans la rue.


Et dans le rêve je me disais « non, non, non, certainement pas aujourd’hui, samedi » et je m’étonnais de ce que le coiffeur me propose de venir alors que nous étions samedi, jour selon moi d’affluence dans les salons. Ensuite j’avais pensé que peut-être, comme c’était son premier jour, l’inauguration, il n’avait pas beaucoup de clients.


3.2. « Le coiffeur est très malheureux.  Je lui dis que je peux l’écouter. Il me parle.  Ça a un rapport avec sa femme. « 

La veille3 dans Lost, un homme marié (Goodwin) dit à une femme qui pleure (Juliet) qu’il est là, qu’il peut l’écouter. La femme de cet homme est son psy, le psy de la femme qui pleure. Ils deviendront amants. La femme qui pleure deviendra l’amante du mari de son psy. L’épisode est intitulé « L’autre femme ».


4. être vu / se faire voir


être vu (passif) –> se faire voir (actif)


être vu : position où je suis quand le voisin est en face.

se faire voir : position où je me mettrais si j’allais chez le coiffeur pour // me faire voir …


Etre vu, passif, on y est pour rien, c’est l’autre qui voit.

Se faire voir, c’est faire ce qu’il faut en sorte qu’on soit vu (de façon à supporter de l’être) – c’est assumer ce désir-là, d’être l’objet du regard. Dans l’être vu, c’est l’autre qui assume, dans le se faire voir, l’autre n’est plus là, on va vers lui.


Donc, quand le coiffeur passe à côté c’est cessé d’être vu (par le voisin d’en face) et chercher (activement) à se faire voir (en se faisant arranger chez le coiffeur, en participant à la fabrique de son image).


Je ne crois pas que ce soit de cela qu’il s’agisse dans la lecture par Lacan de la pulsion freudienne, de la pulsion de voir, du « voir / être vu » à quoi il préfère  la formule, la traduction : « voir / se faire voir ».  je ne pense pas qu’il pense alors à l’implication active du sujet dans la pulsion – enfin si :  » le sujet, il se donne un mal de chien pour chercher à … se faire…  » ( faut que je retrouve la citation exacte. c’est dans le séminaire XI) et moi-même, j’avais déjà noté à l’époque de cette lecture : je supporte d’être lue – d’être l’objet lu – le livre lu // mais je ne fais pas ce qu’il faut pour me « faire lire »


dans les 2 cas
voir/ être vu
voir / se faire voir


la pulsion accomplit son tour complet, le tour de l’objet ; mais dans les exemples que je donne, un désir apparaît, un sujet se détache de son objet. Freud disait : un sujet apparaît, dans la pulsion un nouveau sujet apparaît. ça m’avait beaucoup frappée.


être l’objet du regard

être l’objet de la lecture

l’Autre est là, c’est lui qui regarde, assume le désir, veut voir


se faire (être) l’objet du regard

se faire (être) l’objet de la lecture

l’Autre n’est plus là (voisin d’en face), il faut aller le chercher. il faut chercher à se faire voir, lire de lui. Le désir de l’Autre devient celui de l’un.


on peut noter aussi que l’être est ici « tombé » comme l’a été  la rue / le lieu du regard /


l’être ici se pare (« se parare ») . enfin, c’est ce dont il est question dans cette histoire de voisin et de coiffeur. et encore, le coiffeur est passé à côté, le voisin n’est plus en face, mais moi, je ne suis pas passée chez le coiffeur.


bon, faut que je retrouve mes notes.





Notes:
  1. comment est-ce qu’il les appelle, Freud, encore, ces éléments de la veille?? []
  2. 2è élément de la veille []
  3. 3° élément de la veille. []
Sans titre

mes nuits seules comptent

Sans titre
addicted to shame ?

Evénement Lacan (3) – le camp scientifique des travailleurs, suivi de l’esthétique jouet

Réfléchir aussi : le camp scientifique des travailleurs,  suivi de l’esthétique  jouet : PATATE, patate jules, l’enfant en uniforme, le rose – j’ai oublié de parler des jouets.

a-matière

le surmoi et l’a-matière de la parole pensée.

Sans titre

« Nous disposons des moyens d’exercer un contrôle sur nous-mêmes. Nous sommes observés par tout écran, et ceci résonne avec le sentiment que Dieu nous regarde.».

 Entretien avec Éric Laurent, par Or Ezrati, publié dans Haaretz le 20 Juillet 2012*

Que le monde aille à sa perte

Suis allée à Bruxelles une semaine pour rendre visite à ma mère. Dans cette pièce, quelques unes des toiles que ma mère a nettoyées après l’accident suie.

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Là, l’atelier, là pièce qui sert de lieu de stockage. Là où l’accident à eu lieu.
Il semblerait maintenant qu’en raison de l’état de santé de ma mère, nous devions vendre cette maison pleine d’escaliers.

La postérité

J’ai été forcée d’approcher cette idée que j’aurai toujours vécu croyant à une postérité de mon père, à une survivance de son œuvre au travers des siècles, et que je lui aurai supposé avoir peint dans cette optique, ce dessein – maintenant que la possibilité existe que cette œuvre disparaisse, se détruise – et même si je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que cela n’arrive pas.
Qu’en est-il de ce désir de postérité que j’ai supposé à mon père. Que puis-je en savoir de plus. Qu’est-ce que cela a impliqué pour moi, dans ma façon de vivre.
Je me souviens avoir pensé n’écrire que pour la mort, que pour après, que dans un futur antérieur. Dans un discours sur la tombe. Aujourd’hui, je peux seulement dire qu’il n’en est plus rien.
L’héritage de mon père nous est apparu comme un fardeau, pour une grande part… quelle injustice.
Il a vécu, nous avons vécu ensemble, il faut bien qu’il y ait eu un présent, ce présent a eu lieu, le supposé désir de postérité ne peut pas avoir tout phagocyté. Il faut bien qu’il y ait eu, qu’il puisse y avoir un désir de présent, de présence, dans son désir de peindre.
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Lundi matin

Je suis à la laverie. Je tape sur mon smartphone. Frédéric est à la maison jusqu’à 14h. Je ne sais pas très bien par quoi commencer, au niveau des choses à faire. Ni quelle est la meilleure façon de m’organiser. Écrire ici, d’abord?
Hier nous avons tout bougé dans l’appartement. Enfin moi, je n’ai pas fait grand chose. Au prétexte probablement de toutes ces.histoires à Bruxelles. La dispute avec mon frère. À propos des toilettes qu’il a fait installer dans le salon. La maison qu’il faudrait vendre…
Appeler l’assureur. Lui parler des éléments auxquels il ne me semble pas que l’expert aie voulu prêter attention. Appeler ou écrire? Écrire, il ne lira pas. Prendre un rv pour la semaine du 8 octobre.

vie d’intérieur : de la cire sur un meuble en bois

l’amour passe par la beauté. la beauté passe par l’entretien. l’entretien passe par l’usage des produits ad hoc. l’entretien donne à l’objet et à sa matière le temps de son appréciation. son appréciation est tactile, gestuelle, visuelle, odorante. etc.

(ainsi en va-t-il probablement du travail de restaurateur d’œuvre d’art.)

et cela ne s’applique-t-il qu’aux objets qui vous sont proches, qui sont les vôtres.  il ne saurait en aller de même pour les objets dont dont doit s’occuper une femme de ménage. 

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la loque passée sur un objet le caresse.  l’objet alors soigneusement replacé, ajusté. certaines femmes de ménage apportent d’ailleurs à vos objets un ordre qui n’auraient jamais été le vôtre, nouveau, mais que vous appréciz (une jeune fille d’origine polonaise rangeait toujours mes produits de salle de bain par ordre de grandeur apportant à ma salle de bain une note d’humour dont elle était sinon  bien dépourvue. d’autres bien sûr peuvent les déplacer d’une façon qui peut s’avérer irritante pour certains, mais que des gens comme moi, trop plein de compassions, n’osent faire remarquer.)

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écrit optimistiquement un dimanche matin ensoleillé.

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