dimanche 23 septembre 2012 · 11h00

Que le monde aille à sa perte

Suis allée à Bruxelles une semaine pour rendre visite à ma mère. Dans cette pièce, quelques unes des toiles que ma mère a nettoyées après l’accident suie.

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Là, l’atelier, là pièce qui sert de lieu de stockage. Là où l’accident à eu lieu.
Il semblerait maintenant qu’en raison de l’état de santé de ma mère, nous devions vendre cette maison pleine d’escaliers.

jeudi 3 juillet 2025 · 11h11

Visite du mercredi 2 juillet

Ma mère hier, à la salle à manger, à table, m’accueille en me tendant les bras, où je fonds sans délai. Sa joliesse, sa douceur, le ton plus bas, plus calme qu’à l’habitude, les mots qu’elle nous glisse pour dire son contentement de me voir, de nous voir, Frédéric et moi, et les mots qu’elle retrouve pour dire qu’elle n’est pas sûre d’avoir grand-chose à me dire. Je suis prise dans son orbe. Nous nous asseyons. Le repas n’est pas servi, je lui montre les photos que j’ai ramenées. Elle les étale devant elle, en jeu de cartes, me dit d’écrire qui est qui, sinon elle oublie tout.

Plusieurs fois, sur l’une d’elles, elle me montre Frédéric en me demandant qui c’est — alors qu’il est assis juste en face d’elle. Je lui réponds que c’est Frédéric, justement, celui qui est là, avec nous.
Ça lui plaît, cette correspondance entre la photo et « la réalité » — elle sourit, elle approuve —, cette séparation réétablie entre représentation et réalité, qui ont tendance à se confondre pour elle. Les mots la quittent, et au fond tout repasse au réel, à l’en-deçà de la représentation.

Elle s’adresse à moi, alternant entre les « vous », les « Madame », les « Véronique » et les « ma petite fille ».

Elle dévore ses tartines à la confiture d’abricot. Tous, tous les sans-dents, dévorent leurs tartines de confiture… F trouve que c’est abusé, qu’on ne peut pas parler de confiture, tellement il y en a peu. Il nous quitte après le repas, et nous allons à la chambre, maman et moi…

On y lit, à la table, devant la fenêtre, plusieurs livres à la fois : Jacques Muller, Les Dernières peintures, « toujours très bien », mais surtout Quick et Flupke, qu’elle lit et relit. Ou fait mine de lire et relire, à haute voix, en suivant les cases, en disant les mots qu’elle veut, qu’elle invente, en guettant mes regards, mon approbation. 

Vers 20 h, je crois, je m’énerve un peu auprès de l’infirmière de l’étage de ce qu’elle n’ait pas encore été mise au lit. Habituée à être au lit plus tôt, elle commence à montrer des signes de fatigue et je regrette de ce que je vais avoir à l’abandonner dans la salle, où je la vois errer maintenant, après une soirée aussi apaisante. L’infirmière est bien d’accord avec moi, et prend sur elle de la mettre au lit elle-même, comme elle n’est pas arrivée à trouver G, ce qui est bien sympa.

Nous nous embrassons, elle et moi, ma mère et moi : à demain…

NB : G. Je lui avais posé la question du moment où il la mettrait au lit, et il m’avait répondu : « 19 h, 19 h 30, 20h… ça dépend, ça dépend de l’état de la personne, si elle est bien… c’est eux qui décident »… J’avais émis quelques doutes. C’est très souvent très tôt, juste après le repas, vers 18h30, 19h.

vendredi 4 juillet 2025 · 14h32

visite du jeudi 3 juillet 25
— Tu veux qu'on aille quelque part ? Parce que je vais avec toi.

Hier, j’arrive en retard, après qu’elle a mangé… Quelques mots avec G à propos de ce qui s’est passé la veille. Ma mère, elle, est très souriante et demande assez vite à ce qu’on aille à la chambre:
Tu veux qu’on aille quelque part ? Parce que je vais avec toi. On y va ?
— On y va.
G prévient qu’il la mettra au lit très tôt, la première. Je lui dis :
— Tu vois bien, c’est quand toi ça t’arrange.
— Non, non, répond-il, c’est que…
Enfin, blablabla… Et tout à la fois, je m’excuse (je passe ma vie à ça), je sais que je suis trop énervée en ce moment. J’ai juste pas trop envie qu’on me raconte des histoires. En même temps, les histoires… Le sel de la vie…

Dans la chambre, cette fois, c’est les gaufrettes que je trouve là qui l’intéressent beaucoup. Elle est très contente, elle trouve ça très bon. Elle trouve assez fantastique qu’il y ait un paquet aussi et qu’on puisse se servir. Qu’elle puisse m’en proposer.

Je parle de mettre de la musique, elle trouve ça très bien aussi. Elle dit : « Oui, on fait ça ici. » C’est tous les jours très différent, n’est-ce pas, ses réactions.

G arrive, effectivement, tôt, la met au lit.

Et puis, musique. Et nous, ravies. Je l’ai filmée, six minutes. Je trouve que c’est très beau. Mais… Il m’est difficile d’en juger, c’est ma mère. C’est ma mère, et ce qui nous arrive. j’ai essayé de retirer un court extrait et je n’y suis pas arrivée.

Je ne sais pas ce qui fait cette beauté. Elle ne tient peut-être qu’à l’intensité de ce qui nous lie, de nos moments.

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