J’ai fumé. Hier et avant-hier. À chaque fois, une cigarette. J’ai acheté un paquet de cigarettes, l’ai planqué au rez-de-chaussée, dans le couloir, sous la première marche de l’escalier de service, et j’y descends à chaque fois que je veux m’en griller une. C’est comme ça que je fais quand je craque. Je craque toujours aux mêmes heures, en début de soirée, vers 18h. Moment où je ressens le plus mon désœuvrement.
Là, il est 6h48, je suis dans le canapé fuchsia, j’écris dans le noir sur mon téléphone, enfoncée dans un coin, le coin gauche, le meilleur, un coussin sous le coude gauche et Chester venu sur mes genoux faire ses papattes (( « Faire ses papattes » : c’est l’expression de Frédéric pour désigner ce que font les chats lorsqu’ils s’installent sur vous, et vous pétrissent du bout de leurs pattes (papattes) antérieures. )). Je bois du thé dans une toute petite tasse, il fait très noir encore, Chester en a fini avec les pattes, s’installe sur mon ventre, douce chaleur.
Donc. Je disais cigarette, oui. Je ne sais comment en finir avec ces craquages, qui pourraient paraître bien inoffensifs et qui ne le sont pas du tout. Je réagis terriblement à la moindre cigarette. Si je pouvais m’en tenir à une bouffée peut-être, mais enfin, non, c’est n’importe quoi, quelle perte de temps d’avoir écrit ça.
Je me suis levée pour écrire à propos de ça, pour parler de ça.
D’abord, je suis assez sûre que les cigarettes me réveillent la nuit (4h). Je ne dirais pas qu’elles soient toujours les seules responsables, mais c’est systématique. Fumer entraîne des insomnies. L’autre chose dont elles sont responsables, à coup sûr, ce sont les « mauvaises pensées », plus précisément « les mauvaises pensées avec injonctions aux suicide ( » Tue-toi », par exemple (dans lequel j’entendais hier Tu es toi »)), et toutes sortes d’insultes désagréables que je m’adresse de façon haineuse, toujours en pensée, et que je n’ai pas envie de reporter ici. Je me donne des coups de poing, aussi – toujours en pensée, je précise. Je les imagine, leur impact dans la mâchoire, sur le crâne, dans les os, des coups de poing, des coups de couteau. C’est assez affreux.
Ca s’est passé en Italie, pendant les vacances, je ne fumais plus, mais j’ai dû craquer et alors fumer, certainement jamais plus d’une cigarette. Non, là ça ne pouvait pas être dû au désoeuvrement. Probablement aux angoisses habituelles liées au voyage, toujours. Et ça a commencé, la nuit, à chaque fois que j’avais craqué, je subissais en pensées ces coups, si violents, des coups dans la mâchoire, ces chutes de haut sur le menton, comme passée à travers une fenêtre, balancée, ramassée sur le menton, les os qui craquent, tout ça imaginé, ces coups aussi, répétés, au visage, avec une méchanceté dedans. C’était très violent, je le subissais complètement, j’en étais malade, de tristesse, d’incompréhension. A chaque fois que je craquais, je m’auto-infligeais la nuit, ces coups, ces craquages d’os.
Plus tard, j’ai pu remarquer le lien des cigarettes avec les envies de suicide. Enfin, il s’agit moins d’envies que d’injonctions que je subis, que j’entends dans ma tête.
Et finalement, il y a les sifflements dans les oreilles, les gencives qui saignent, les mâchoires serrées (celle du bas relevée contre celle du haut), les petits boutons à pustule sur le nez ou le menton. A quoi ajouter encore les douleurs aux oreilles. Oui, c’est quand je fume que j’ai des boutons d’acné rosacée et que ma parodontite se réveille.
Le problème aussi, c’est qu’à chaque fois que je craque, je retombe dans la dépendance. Et c’est alors à partir de 18h, que je me mets à ressentir un sentiment de malaise, de vacuité, d’ennui, de mauvaise humeur. Je me mets à tourner en rond. J’éprouve le désœuvrement de ma vie et cela m’est insupportable. Comme s’il fallait que je commence à faire quelque chose sans savoir quoi. On me dira que ça pourrait n’être pas lié à la cigarette, à l’envie de cigarette, et je suis tout à fait d’accord. Complètement. Mais, sans que je le fasse à chaque fois, je peux me débarrasser de ce sentiment en fumant une cigarette ! Ah, et encore, comme suites aux cigarette, plus classiques : toux et maux de gorge. Muguet buccal et aphtes. Inconfortables douleurs au ventre, ballonnements.
(Peut-être est-ce pour moi la seule façon d’écrire possible, la seule qui me reste, la nuit, sur mon téléphone)
Bien, le téléphone (=réveil) va sonner d’ici 5 minutes, j’arrête là.
J’ai prévu d’appeler HP, l’analyste, tout à l’heure, pour prendre un RV.
(sensation d’être désœuvrée peut-être toujours quand F et J sont là).