[quote author=Polyfoam fanatic link=topic=108.msg22258#msg22258 date=1484322117]Et enfin, « je veux juste un peu de fiction construite, à partager avec des gens pour qui j’ai quelqu’intérêt », je ne vois pas où est le problème. Non pas que t’ai dit qu’il y a un problème, surtout que c’est la partie non barrée de ton post.[/quote]
« juste un peu de fiction »… il n’y a que mon esprit fantasque qui s’y oppose. il a tendance à s’emballer, à partir dans le grand n’importe quoi, je le refrène un max. autrefois, je l’écoutais à loisir et j’ai pu croire qu’on ferait de choses, lui et moi. ensemble. bon, j’ai dû me rendre à l’évidence, lui, tout ce qu’il aime, c’est le blabla, c’est d’s’écouter et d’m’empêcher de dormir. du coup, j’ai essayé d’avoir barre sur lui, on s’entend plus si bien. je l’ai un peu maltraité, c’est possible. mais enfin c’est une sale bête. et puissante. sans égard pour ma personne. et comme je lui refuse les grands espaces, les longues envolées, que je lui tiens la bride vraiment très court, on tourne vachement en rond, on piétine. bon. ça va un peu mieux quand j’écris de petits textes comme celui-ci, ça nous fait du bien, c’est comme de prendre un peu l’air, un petit bol d’air matinal. on fait ça ensemble. on tient précautionneusement chacun un bout de la laisse, on écoute la petite voix, on avance.
enfin.
jusqu’à quel point nous sommes possédés par notre esprit, c’est un truc incroyable. je sais qu’il faut que je parle pour moi, mais. je la ressens dans tout mon corps, cette emprise. cette brûlure, cette tension.
il y a des moyens de le faire taire, je trouve des moyens de le faire taire, mon esprit. se lever, agir, quand c’est possible, essayer de m’insinuer dans des routines quotidiennes. dans les bons jours, entendre de ces routines les airs merveilleux, comme dans le film de Jarmush. écrire, mais ça c’est une question aussi d’espace, de coquille (où se recroqueviller), et de temps, du temps volé, arraché à son cours habituel, soustrait, la nuit s’y prête quand ses monstres ne font pas trop leur grosse voix. la nuit. le petit matin. il y a la relaxation aussi, le taï chi. il y a la voix, la parole. mais prudente, prudente faut-il qu’elle soit la parole, quand, dans des jours comme ces jours-ci, c’est l’angoisse qui a pris ses quartiers. quartiers d’hiver. qu’elle a noué corps et mots. du coup, les mots c’est nitro (glycérine). et quand on les risque hors de soi, qu’ils passent le sas de la bouche, pénètrent le monde, ces ondes qui nous quittent, tandis que nous devenons tout ouïe – tatilleiux et pointillon – à l’accueil qui leur sera fait. à ces bouts de chair qui découvrent la voix, cet éveil qui nous éveille. la vie intérieure qui encore s’accroît. et pour peu que dehors à nos mots l’accueil tourne à l’écueil, dedans c’est tumulte bientôt. jusqu’à ce plus rien n’obéisse et qu’éventuellement ce soit la plus enfouie, la plus sourde d’entre les sombres pensées qui surgisse hors de son antre, hébétée, idiote, et qui au hasard presque s’empare de la voix qu’elle n’a jamais connue (sinon d’ouï-dire) pour surgir hors de la bouche, y rugir des insanités au milieu de la plus totale consternation et la sienne propre. que le silence tombe et que je n’aie moi-même plus rien à écrire (hébétée, idiote, fendue, à terre).
quand pourtant, il y en aurait des choses à dire. sur ce silence. qui tombe. ce qui s’atteint alors. et sur ce qui se contracte, se referme. j’en finirai sur une toute autre note. sur une note chinoise. j’ai, cet été, été prise par de tels accès, stupéfiants, de colère. eh bien, j’en ai été guérie par la médecine traditionnelle chinoise d’internet, qui avait traité cela de la façon la plus plate : il s’agissait d’une crise de foie, de bile. j’ai fait ce qu’il fallait : j’ai cessé tous les excitants, pris des plantes pour me nettoyer le foie et les colères ont disparu.
tout ça peut paraître ne pas tenir debout (mais ça tient couché).