mardi 17 janvier 2023 · 05h00

tensions
— Balle dans la tête.

« Balle dans la tête ». Je prends mon téléphone pour le noter. Ça fait un moment que ça dure. J’interromps la répétition,  je note : « Balle dans la tête ».

C’est le petit bout de phrase qui se répétait dans ma tête, jusqu’à ce que j’allume le téléphone sous la couette, avec l’infime sursaut physique qui l’accompagne à chaque fois, d’en accuser l’impact. Une parmi tant et tant d’autres variations qui régulièrement se font entendre de moi. Des phrases très courtes : Meurs, Tue-toi, Tu es morte, Crève, Tu vas sauter par la fenêtre. Le plus souvent, dès que j’en sors, je ne me souviens plus des mots exacts. Plus du tout. Quand ça s’arrête.

Ca a commencé il y a plusieurs années. Quand ? 

Les premières fois, ça a été d’une violence incroyable. Les phrases étaient toujours accompagnées des coups de poing, dans la figure, la mâchoire. Des balles tirées dans la tête, la trouant de façon variable. Des explosions plus ou moins grosses. Des chutes. Le corps fracassé. Ca se répète. Ça s’arrête. Ca reprend dans une nouvelle variation. D’où le nom alors donné de « Fracassemeur ». Ils se sont assagis, avec le temps. La sensation de coup, ou d’impact au sol,  a souvent disparu ou s’est atténuée. Ne restaient que les mots. C’est pour ça que je n’aimais plus ce nom, de Fracassemeurs.  Je pourrais dire les FM. Ou les FrM…. Ah, seigneur c’est comme les initiales de F. Il a longtemps signé comme ça. Alala. 

Il est 5 h. Je me suis levée pour écrire. Pour arrêter les FrM…. 

J’ai fumé, hier. C’est pour ça. Et il y a toute cette tension du boulot pour F. La difficulté, c’est d’en sortir, la difficulté, c’est l’état de tension physique où ça me met. Tension extrême. 

Il faut que j’en parle à la psy tout à l’heure. 

Mais je veux aussi parler du « projet » de « mise sur papier », de l’envie. Faire venir dans le monde physique. Sortir de la virtualité de l’internet, de l’ordinateur. 

Hier, j’ai publié plusieurs notes récemment écrites dans One Note sur le blog.  

Puisqu’apparement il n’y a que ces petites notes que j’arrive à faire. 

5h54

Dire que j’ai encore envie de fumer 

La tension du boulot sur le site de F.  Je ne trouve pas les mots pour en parler. Redire le mot  d’addiction. Un travail auquel je suis addictée. Qui n’est pas exactement un travail de programmation, puisque je ne travaille plus qu’avec WordPress et des plugins. J’ai de la répugnance à en parler. « Faire tourner la machine. » Être dans l’interface du site, dans le moteur. Passer d’une chose à l’autre.1 Là, comme il voulait supprimer la version française du site, j’ai fait toutes les redirections des pages en français sur les pages en anglais, de chacune des pages (j’ai pu automatiser une partie, mais il y avait toute une série de fichiers dont le nom en français était différent et donc il fallait faire des redirections simples, une à une).  Pas mal de tâches « ingrates » dans lesquelles je me jette sans réfléchir, à corps perdu. Méticulosité, fièvre, ingéniosité. Et je travaille au SEO. Comment faire en sorte de vendre son travail quand il est si peu commercial, voire réfractaire. Mais, il y a moyen d’améliorer les pages… Je suis forte à ça. — Ça me passionne malgré moi.  

Je pourrais me plaindre de ce qu’il ne m’écoute pas, F. Mais comment moi-même je ne l’écoute pas! Comment j’ignore ce qu’il fait! Pourquoi suis-je comme ça ? Avec lui ? Il fait des choses bien. Et… Est-ce parce que c’est bien ? Suis-je aussi (mots qui disparaissent, qui s’évanouissent, qui partent en fumée à l’instant où) avec lui qu’avec moi ? Est-ce que c’est ça ? Comment puis-je lui montrer si peu de reconnaissance (phrase boiteuse)? C’est toujours cette idée : suis-je aussi (salope) avec lui qu’avec moi. Et comment le supporte-t-il ? Je ne témoigne d’ailleurs pas plus de reconnaissance au travail de mon frère, que j’aime pourtant tellement. Comment est-ce possible? 

Je fais le site pour F, oui. Mais, c’est parce que ça me plaît. Trop d’ailleurs. 

Hier, pour arrêter d’y travailler et essayer d’avancer dans quelque chose qui aurait du sens, suis sortie, allée à la bibliothèque avec 2 vieux carnets et l’ordinateur portable. C’était fermé. En rentrant, reporté donc série de notes sur le site. C’était d’ailleurs ce que j’avais « décidé » de faire au matin. Après, vaisselle et chansons. F était parti à son cours. Et des tas de chansons de mon enfance remontées. Ah oui, à la boulangerie j’avais entendu… Qui, mais qui… J’ai mis du temps hier aussi à retrouver. C’était quoi ? Il ne me restait que l’air. C’était pas Dave. Une chanson que j’entendais à la radio. Qui m’avait fait… Joe Dassin ! À toi… Quand je les retrouvée, hier ! Quel bonheur…  Je devais avoir dans les 13 ans. Comment ces chansons à la radio venaient à la rencontre d’un désir  encore inarticulé,  intime, accompagnait sa naissance. 

Il faut que je retourne dormir !  

Notes en bas de page

  • 1
    Là, comme il voulait supprimer la version française du site, j’ai fait toutes les redirections des pages en français sur les pages en anglais, de chacune des pages (j’ai pu automatiser une partie, mais il y avait toute une série de fichiers dont le nom en français était différent et donc il fallait faire des redirections simples, une à une). 
dimanche 22 janvier 2023 · 07h05

coiffeur + la déception essentielle
— Dimanche 22 janvier 23 07:05

Lit. Ah, il est 7 heures du mat, j’ouvre un œil et le téléphone, j’écris le fracassemeur du moment: Tu te hais, tu te hais, tu te hais… À quoi je rétorque : Mais pourquoi ? Pourquoi ? Si seulement tu m’expliquais ça. Évidemment, pas de réponse. 

Je me lève. Ricoré, salon noir. Dommage qu’il ne le soit pas davantage. La lumière orange qui filtre de la rue est regrettable.  

Difficile passage chez le coiffeur hier, et retour à la maison. 

Tellement intimidée sur place. Les lumières si fortes. Le jeune coiffeur très charmant, gentil. Et l’horreur de me voir dans le grand miroir si éclairé. Je vois tout de suite que je n’aurais pas dû mettre de la couleur sur mes yeux. Dès qu’il s’éloigne un moment, le coiffeur, j’essaie d’en enlever. Quand, je parle, je vois mes dents, c’est effrayant. Tout ce qui est affreux dans ce visage. Il me sourit tout le temps. Après que je lui aie parlé de tout ce dont je pourrais vouloir tenter comme coiffure, il se taira. C’est moi qui ajouterai encore l’une ou l’autre bêtise. 

Beaucoup de lumière dans le salon, sommes entourés à gauche et à droite par 2 autres coiffeurs, chacun très animé, bavard, qui discutent avec leur clients de films, de séries. À gauche elle raconte les scènes, à droite il les mime, les rejoue, en anglais même, coiffant, face au miroir.  À un moment mon coiffeur se mêle à sa conversation de droite. À un moment, je me demande s’il ne  faudrait plus de miroirs à la maison, pour surveiller, maîtriser, cette image. Enfin je ne vois pas où, comment. 

7h33. Je n’ai pas la moindre envie de regarder raconter tout ça. 

Nous sourions doucement le coiffeur et moi. Je renonce à rien dire. A un moment, j’ai cherché le titre de la série que nous regardons hier. Rien, je ne m’en souvenais. Je ne sais même pas si c’est japonais ou coréen. Je sais que c’est trop violent, que je n’ai pas envie de regarder, mais que J insiste, il dit que c’est pas drôle quand je ne suis pas là. Ils ont envie de regarder cette série. C’est la deuxième saison. Deuxième épisode de la deuxième saison. Tout de suite, j’ai dit non. Mais bon. Ca se passe dans une ville, immense et vide. Qui n’est plus qu’un immense terrain de jeu. À mort. Les jeux sont cruels. On ne sait d’où les joueurs sont observés. Quand ils perdent, quelque chose leur tombe dessus, du ciel, les transperce. Je me souviens de tout ça maintenant, mais hier, plus rien. Seulement j’aurais pu dire que ça faisait trop peur. Alice in Borderland. Voilà, ça me revient. Vérification sur Google : c’est japonais. Survival, science fiction, thriller, drame. Le héros (ils écrivent Arisu dans les sous titres, mais c’est Alice, à cause de le la prononciation des Japonais ) était un amateur de jeux vidéos. 

F a acheté des scones, j’aime beaucoup ça, j’en mange un morceau. 

A un moment la coiffure était finie, les cheveux étaient coupés, ils étaient encore mouillés, nous étions ravis, nous montrions le coiffeur et moi-même des signes de ravissement. Je disais quel soulagement. Il disait ça donne un coup de peps. je disais quel soulagement, c’est réconfortant comforting, je me sens moins exposée, mais je ne pense pas qu’il ait tout entendu. Il me demande s’il coupe encore un peu devant et je pense quelque chose comme non, il dit qu’on va sécher d’abord, et qu’on verra, il sèche et c’est très bien, c’est très bien, j’en ai une sorte de vertige, mais il dit quand même : on coupe encore ? Et je dis, bon d’accord, allez y. Et il coupe, et pour moi, c’est pas bien, il me fait les cheveux hirsutes, mais il a toujours l’air aussi content, alors je ne dis rien. J’ai l’air ahuri de (…) dans un film italien de (…). Fellini. Et elle, je ne sais plus, un nez de clown, rouge. Des cheveux très blonds, blancs. Si ce n’est que moi, j’ai bientôt 60 ans. Bah. Je me lève. Je dis merci, il dit non c’est moi. Je paie, demande son nom, il est toujours gentil, dit À bientôt. 

Dehors, j’ai envie d’un cocktail, d’un Spritz, je suis à Bastille, j’aurais peut-être dû, je songe à faire venir F mais il ne viendra pas. On pourrait passer la soirée dehors. Je me dis qu’il faut prendre le métro, que je pourrais lui demander de me rejoindre à Anvers, au square (…)… Je pense qu’il ne voudra pas. Ou que j’en parlerai en rentrant. Il fait noir, si je ne suis pas très habillée, je suis maquillée, coiffée, et même si la chienne ne me plaisait pas, je dois être un peu bien, j’ai envie de vivre un moment dans cette illusion. je tourne vers moi la caméra du téléphone en descendant les escaliers du métro, non, c’est une horreur. Arrivée à Gare du Nord, non je ne vais pas à Anvers, au square (…), sur la rue (…) Je rentre. Et lumière de l’appart. F devant jeu. Déjà, le faire sortir de là. Il dit qu’il ne voit pas bien mes cheveux, je ne sais plus ce qu’il me dit, que c’est gonflé. C’est vrai qu’il y a beaucoup de volume, qu’il n’aime pas ça. Je dis que j’ai envie de sortir, F dit que lui non, mais. Je vais à plusieurs reprises me regarder dans le miroir de la salle de bain et directement j’essaie d’arranger. Il y a un produit dans les cheveux je les mouille. Je regarde s’il y a un film à voir dans le coin, mais rien qui puisse plaire à F. L’envie de sortir me quitte, je suis comme désespérée. F acheté à manger chez le traiteur de la rue (…) J’ai envie de me démaquiller, d’aller au lit. F me demande si je veux sortir, je dis non, non. Je me résigne à passer à table, à manger. Il a gentiment acheté à manger. Il essaie de me parler. Je dis que ça va très mal. Il dit Je vois ça. Il essaie de m’interroger. Je cherche à ne pas m’énerver. J’arrive à vaguement dire que je ne supporte pas quand j’ai envie de quelque chose de ne pas y arriver, de renoncer. Ça m’attriste toujours horriblement. Je suis dans cette tristesse-là. Je dois faire l’effort de ne pas retourner ma colère contre lui. Seulement contre moi. 

Dans les explications sur la mélancolie, il y a quelque chose de ça. A un moment dans l’enfance l’objet d’amour a déçu, et le sujet s’en est détaché, et a « retourné présence à l’intérieur de soi », la présence, la personne précédemment aimée, est placée à l’intérieur de soi (pas les bons mots), « introjectée », la libido est ramenée à soi, mais à la fois pour aimer et détester. (toujours pas les bons mots, c’est pas clair). Aussi, quand le mélancolique est fâché contre lui-même, n’est-ce pas contre lui-même, mais contre l’autre « qui a déçu ». F, est comme l’image à l’extérieur de cet autre qui a déçu. 

Cette déception, curieusement, je m’en souviens, ce moment dans l’enfance, mais pas de son objet. Je me souviens, marchant dans la rue avec mon frère lui avoir demandé Tu préfères papa ou maman ? et lui sidéré, me disant qu’il n’avait pas de préférence, et moi dans ma fureur en fait, ma déception, lui disant Oh non, moi je préfère (…) Mot qui manque. Longtemps, je me suis souvenue de cette scène, et de l’identité de la personne que je préférais, et donc de celle que je m’étais mise à haïr. Puis, j’ai oublié. Intellectuellement, j’ai tendance à croire qu’il s’agit de ma mère. Mais je n’en sais rien du tout, et surtout, je ne sais plus pourquoi. Ce qui a motivé ce retournement. Cette haine est vraiment refoulée et ça s’est retourné par contre complètement contre moi. 

C’est comme si F tenait lieu de cette personne haïe. 

S’il s’agit de ma mère, je sais aussi combien je l’aime.  

Retour à hier soir. 

En finir avec ce récit.  

Je ne suis pas arrivée à parler à F. Mais je suis parvenue à ne pas m’énerver. J’ai fini par accepter de voir un film. 

Un beau film. (…) 

Je cherche les éléments pour retrouver le titre et le sujet du film. 

Verboten, je crois. Mais pas de JosephLosey.  

Il a fait aussi White dog, mais beaucoup plus tard, en fin de carrière. Terrible film. 

Celui d’hier date des années 50. 

Il a énormément tourné et écrit.  

J’étais contente parce que F a dit qu’il fallait qu’on les voie. 

Je ne sais pas si j’interroge Google.  

Un cinéaste américain. Qui a tourné à Hollywood et vécu en France. Certains films ont été de très grands succès mais d’autres des scandales absolus. 

Il a tourné dans de nombreux films. Dont Pierrot le fou. Et dans ce film vu avant hier. Catherine et Catherine ? Non. De (…), un Français cette fois. Que je ne connais pas, dont il passe beaucoup de films sur Mubi en ce moment. 

F a dit qu’il allait noter tous les films vus cette année. Je me demande pourquoi. Je lui ai dit qu’il fallait qu’il fasse un résumé. Il m’a dit que ça non. Je me suis dit que moi je devrais le faire. Exercice de mémoire.  

Mais ça ferait beaucoup. 

Je vais essayer de retourner  dormir. 

8h46. 

 

10h1. Me suis pas rendormie, mais toujours au lit. Bon moment dans les bras de F. 

Samuel Fuller ! le nom du cinéaste. Je ne vois pas ce que je peux faire pour retenir ce nom.  

J’ai pensé que c’était comme mon nom, à une lettre près. 

Je referme les yeux. 

Coups de poing coup de poing coup de poing 

Décidément. 

Je pense que je dois noter tous les FrM en italiques.  

 

jeudi 28 mars 2024 · 08h45

Ce qui fera cas

28 mars 24 8h45

Hier donc au matin, cette idée pour le livre d’A, l’idée d’ajouter un personnage qui soit le garant, un personnage inventé qui aurait un diplôme et pourrait dire les chose sans la charge de doute que je suis toujours obligée d’ajouter (ma façon de tout passer au conditionnel). Ce personnage dirait les choses sans précaution. Il aurait mes opinions mais pas ma prudence, pas mon caractère, ma façon de m’effacer. Ce serait un caractère fort. L’introduire de façon un peu drôle. Virginie F. ai-je pensé.

Puis, j’ai repensé aux fracassemeurs et au livre de Gaëlle Obiégly. Je ne sais comment ça s’est mêlé. Mais je me demandais si au fond je ne pourrais pas avancer non plus en mettant en avant le cas, que je suis, en avançant sous sa pancarte, mais en mettant en avant le fonctionnement, la pensée, dans sa singularité.

J’ai pu comprendre ces derniers mois comment je m’étais construite comme cas, dans l’identification à un cas, alors que son livre, Gaëlle Obiégly, elle l’écrit dans la seule description de ce qui est, sans chercher à le caractériser dans une quelconque étiologie. Elle dit voilà les faits, mon intelligence, ma beauté. Je pensais à la façon dont j’avais cherché, depuis le début, depuis le début de mon analyse, depuis qu’avais commencé à lire de la psychanalyse, comment j’avais cherché à faire cas. et tout d’un coup, j’ai entendu comment le fracassemeur s’écrivait comme ça : le « Fera cas » se meurt.

Ce livre de GO a quelque chose d’exemplaire pour moi. Son ton. Ce qu’il s’autorise. De croire à son intelligence, d’y consentir. De consentir à sa nécessité. De n’avoir pas honte.

J’ai pensé alors que que Virginie F pourrait s’appeler Virginie Fracas.

Pour moi, le cas me fait fat tenir. Est-ce qu’i y a « identification imaginaire au cas »? Mais comment sortir de ça. De cet habillage là. Par quoi d’autre le remplacer une fois que je m’aperçois du handicap que cette identification comporte. Handicap par la restriction, handicap par la honte.

Autre chose : ce à quoi je tiens dans cette identification, c’est au livre.

Je lisais de la psychanalyse en me cherchant. En m’attendant à chaque instant à me lire, à tomber sur moi. Particulièrement à ce que Lacan parle de moi.

Le cas. Ce que j’ai fini par comprendre. Le cas est là, se présente à moi dans mes rêves depuis longtemps. C’est de longue date que je l’ai repéré. Mais pas tout de suite comme « cas », plutôt comme « K« . Dans le blog, K est un mot clé. je pourrais l’extraire et en faire un texte à part entière. Comme j’avais commencé à le faire pour « Titi« . Mais c’est un énorme boulot, cette relecture. Je n’ai pas tenu le coup pour Titi. Je n’ai pas terminé. C’est avec la maladie, le Covid, que ça s’est cristallisé pour moi, ce que j’étais comme malade, en quoi je me tenais, avais tenu, à cette identification. Il y a ausii ce désir, le désir que sa particularité, sa différence, ses difficultés soient, par d’autres, dans l’Autre, reconnues « scientifiquement », Et c’est alors aussi la recherche de l’absolution. Ce n’est pas de ma faute. C’est la maladie. Et ça s’explique par le cas, scientifique. C’est chercher/se creuser une place dans l’Autre.

Je pourrais m’appeler Véronique Malade.

Inquiète pour A. et ce qui arrive à R.

lundi 9 décembre 2024 · 06h53

de l’effet de quelques cigarettes (3)

je dois tout à fait renoncer à écrire jamais. et à publier. c’est la conclusion de ces récentes tentatives de travail sur le blog qui m’ont hier complètement démoralisée. j’écris un journal pour moi et basta.

il fallait cependant que j’écrive ceci, si je m’en tiens à ce que je n’écris d’ordinaire pas, à ce qui fait symptôme, c’est déjà bien. je veux écrire comment j’ai été si mal un jour, et pourquoi, et comment le lendemain, tout avait disparu : 

quand je me suis réveillée vendredi, j’étais « mal » – je mets des guillemets parce que je ne sais plus ce que ça recouvre cet « être mal », cet envahissant désagrément dont je n’ai  alors d’autre recours que de me recommander d’avoir la patience d’attendre qu’il passe -, et je ne savais pas pourquoi, mais c’était au point que j’ai eu très envie de fumer, comme si une cigarette allait régler ça, et je pensais que je donnerais le reste du paquet à H, s’il venait au soir, ou à M, ah oui, c’était le jour du concert de F et les membres du groupe devaient venir loger à la maison, les 5 membres, et c’est peut être à cause de ce concert et de cette venue chez nous que j’allais si mal (alors qu’a priori j’aime plutôt ça, a priori ou a posteriori, mais pas quand le moment se rapproche, en vrai). F est parti vers 18h30 pour accueillir les musiciens et préparer la salle,  quand il m’a prévenue qu’ils viendraient ici, les musiciens, avant le concert, je suis sortie m’acheter à manger et des cigarettes.

J’en ai fumé une, j’ai mangé, ils sont passés, ils étaient très sympathiques. les concerts étaient très bien, les gens avenants. H est venu, je lui ai donné le paquet, le contentant. quand tout fini, sommes rentrés tous ensemble, à pied, pas loin, Barbès, les jolies rues vidées et un peu mouillées, luisantes. je discutais avec le bassiste.  tout se passait bien, il aurait fallu s’en douter. il y eut encore la petite discute avant d’aller se coucher en mangeant des chips et le lendemain le petit-déjeuner autour de la table, animé, tout ce que j’aime, en fait. tout ce que j’aime, organisé par F. en plus, j’avais bien dormi  (seule petite anomalie : de la musique en tête au réveil, les Bee Gees, ça n’était pas désagréable). ils sont partis, et ce jour-là, le samedi, j’ai été tout à fait bien, à se demander si je n’étais pas un peu high, comme ça m’arrive quand je fume, d’abord de très bonne humeur et la nuit, ça vire. en post-cig, il n’y eut que des fracassemeurs en tonalité basse, bruit de fond, pas mal de musique dans la tête, et un petit bouton blanc découvert sur l’aile du nez, à gauche. les voix des fracassemeurs articulaient des mots auxquels elles ne croyaient pas elles-mêmes, pour le principe, vidées. 

Il est maintenant 7h22.

Je viens de manger le restant de soupe aux choux-fleurs rôtis faite hier.

Est-ce que j’ai écrit tout ce que je pensais devoir écrire ?

je voulais parler des fracassemeurs encore revenus ce matin, coups de couteau dans la poitrine, accompagnés de musique et de pensées variées,  j’aurais pu ne pas les remarquer.  étonnée qu’ils soient encore là si longtemps après les cigarettes de vendredi, qu’il y ait encore ces effets dans le corps, où est-ce que ça se passe, me demandais-je, en quel endroit du corps ? c’est pour ça que j’ai voulu me lever pour réfléchir à ça, réfléchir à ce que je pouvais faire pour contrecarrer ces effets que j’attribue à la cigarette, comment espérer que ça puisse ne pas laisser de traces, que ça se répare… j’ai l’air d’exagérer, mais – surtout au vu dont ça s’est passé cette fois -, mais. la seule chose à quoi je suis arrivée à penser, c’est « inflammation », « éviter le sucre », « état inflammatoire », « levure, intestin ». d’où aussi la soupe aux légumes. « état inflammatoire » et volonté d’empêcher.

est-ce que je suis ridicule? je le crois.

trouver le descriptif chez Kafka de ses « fracassemeurs » à lui…. parce que oui, pour moi, ce qu’il décrit, certains de ce ses « délires », de choses qu’il voit, ça correpsond à mes « fracassemeurs », en beaucoup plus grave. 

samedi 14 décembre 2024 · 12h44

réfléchir avec la beauté

je me suis levée je suis au salon il fait sombre j’entends le bruit d’un réveil les 4 rideaux sont tirés.

éveillée dans pensées diverses et mauvaises. à propos du grand ratage de me vie . du manque de métier, de travail. d’Annick aussi. et du texte que je n’arrive pas à rattraper, sur les 3 chiens. ou pas suffisamment vite à mon goût.  ce qui  me fait craindre qu’une fois encore je l’abandonne. s’agissant du  texte d’Éric Laurent, sur lequel je retravaillais également hier, il faut que je renonce à y comprendre quelque chose. c’est très étrange, ce texte. il comporte pour moi les plus grandes promesses (de compréhension) et entraîne les plus terribles perplexités.

(par rapport au rêve des chiens. comment se rapprocher du pathétique de ces 2 chiens noirs que je retrouve liés l’un à l’autre et que je détache. le grand chien blanc.)

je suis sidérée par ma façon d’oublier les dates. (en même temps que je réfléchis à la façon d’en faire quelque chose. la façon dont je travaille ici, déjà, c’est en faire quelque chose. mais ça ne suffit pas. la façon dont d’un jour à l’autre, d’une heure à l’autre, je travaille à des textes qui ont des années de distance. aussi bien à du nouveau qu’à des textes d’il y a 20 ans. je pourrais trouver le moyen de le « montrer » dans le blog. (je songe des couleurs différentes selon les époques. une couleur et son dégradé par année. quelque chose à travailler en CSS. pour la page MOD, qui devrait oser devenir page d’index. page MOD ou Atelier ou La pelote. les fils, c’est les années.). )

le rêve des 3 chiens, c’était quand ? c’est pour ça que j’essaie parfois d’ajouter dans le blog des photos. pour situer dans le temps. quand ? 09? 21? je crois que c’est 2021. je m’en suis aperçue hier en écrivant 2 + 1 chiens et ça m’avait fait penser à 2021. c’est peut-être septembre. vérification faite, c’est septembre, le 16. 

et c’est en octobre, en octobre 2020 je m’en rends compte, un an auparavant… que j’envoyais cette lettre à l’analyste à propos de ma tentative renouvelée de lecture du texte d’Éric Laurent sur la mélancolie. à relire ma lettre hier, je retournais à la profonde perplexité où j’avais été à ma première lecture. est-ce que nous étions à Donn? je cherchais des photos et j’en trouvais du chevreuil. que faire de cette perplexité? il y a de si belles choses dans le texte. et des points d’énigme je n’arrive pas à m’approprier. alors ?

/ / /  je me souviens de l’état dans lequel je rentrais – je me souviens de la profondeur du fauteuil de velours ocre – à force d’essayer de pénétrer ce texte . rentrée en état de bêtise . la chose au fond est dite, la chose que je lisais , que je tentais de pénétrer, la chose est dite , elle l’est et ne peut l’être que delafaçon dont elle l’est . une chose est dite . non pas la chose est dite, mais une chose est dite qui se rapproche d’une vérité . qui ne peut être pénétrée plus avant .  il faut se contenter de et habillage, ce voile qui donne seulement à deviner une forme . je me souviens que j’en étais devenue tris t e . c’est au fond que j’avais espéré pouvoir en tirer quelque chose, pour moi , à mon usage . me soigner … ///

et je me dis qu’il s’agisse du rêve ou texte de psychanalyse,  peut-être chercher à en rendre l’image, de ce que je trouve beau , à défaut de parvenir à en d ir e quelque chose.  restituer ou inventer une image du texte du rêve (auquel je ne fais pas justice) et puis aussi des passages  de ce  texte d’EL qui me parviennent et qui sont des énigmes. restituer l’énigme sans sa résolution. faire de l’énigme la beauté . renoncer au sens.

Sin titulo, 2014, Broderie , Amparo de la Sota , née à Madrid en 1963

mais je ne suis pas capable de créer de la beauté.
non, ce n’est pas vraiment ça. c’est réfléchir avec une image que je ne sais pas. c’est mon lien aux images, créer avec des images qui n’est pas un enjeu pour moi. la beauté d’ailleurs est bien moins un enjeu que le sens, fondamentalement. le sens et la parole. quelle spectatrice suis-je dès lors. oh, je peux l’être, je le suis. mais, c’est probablement toujours de sens que je suis affamée et frustrée. un sens fait de mots et de raisonnements. un sens qui fasse lien aux autres. pourquoi est-ce que je veux de ce dont je suis le plus privée ? la parole. la parole comme lien aux autres.

pourquoi faut-il que les mots toujours me manquent ? se détachent de moi.

je ne fais rien d’autre qu’essayer de les rattraper, de les empêcher de disparaître.

réfléchir avec la beauté. s’agit-il de réfléchir, ou de résoudre. résoudre. la beauté résout quelque chose au travers de son énigme. au travers de l’énigme qu’elle continue de poser et qui se résout dans son exposition. bah, je n’ai rien résolu avec le texte d’EL. non, rien. il dit pourtant quelque chose de la beauté de la maladie, est-ce lui ou lacan, peu importe. il y a tout à fait moyen de lire de la psychanalyse à cause de la beauté. il vaut mieux penser très bas à tout ça. penser tout bas. 

le rapport imaginaire (a-a’ du rêve des 2 + 1 chiens). je me sens bien surtout dans un rapport à 2. c’est peut-être pour ça que je repensais à Annick cette nuit. les liens que j’ai créés avec certaines femmes. les meilleures amies. certains hommes aussi. les amours. mon lien aux autres est toujours passé par une seule personne, une personne à la fois. je pourrais dire (reprenant l’erreur de la phrase précédente)  : mon lien aux autres passe par un double (qui me représente). Frédéric aujourd’hui. dans le monde pas-sans-l’autre est ma formule.

il y a eu une époque pas-sans-Jules, quand il était petit. Jules faisait pour moi lien à l’autre. en tant aussi que fils de F, quand il s’agissait de ses amis. il me protégeait (mer permettait de n’avoir pas à parler de moi, la hantise)

Je le vois ça. et je me dis : est-ce encore possible de le changer, de le modifier ? je ne le crois pas. probablement que j’essaie d’écrire quelque chose qui puisse être lu par plus d’un pour compenser cela. pour me donner une consistance qui me permette de faire face à plus d’un, au monde.

ça existe la timidité. (aujourd’hui, ces si amusants memes d’introverts…)  la timidité, l’introversion ou… la haine de soi, le manque à la représentation, dont il m’est arrivé de dire qu’il était refus de la représentation, ce qui en moi se refuse à la représentation, ou à une représentation courante, à une représentation ayant cours. ou la haine de soi pour cause de manque à la représentation en même temps que ce manque est voulu, en dépit de toutes ces conséquences fatales pour moi (isolement , solitude, etc.)

dernière séance avec l’analyste… je parlais de ça, de la façon dont je suis arrivée à me dégager, au fil des ans, de tout ce qui provoquait trop d’angoisse, et de mon lien à Frédéric. du fait que nous vieillissons et que la mort se rapproche.

cette nuit, les fracassemeurs étaient de nouveau là. mais tout perd de son sens, même eux. je ne sais pas s’ils disparaissent pour de bon, s’ils se dissolvent pour de bon, petit à petit et de plus en plus depuis que je les analyse et confronte. d’abord depuis que je leur ai donné ce petit nom ridicule. avant cela, pendant des années ils ont été là sans que je les relève. ni à moi-même ni encore moins aux autres, sinon à F, il est vrai, certainemetn pas à un analyste. jusqu’à ce que F insiste pour que je le fasse. et s’ils disparaissent, ne me manqueront-ils pas pour me confronter à ma la-haine-de-soi, ne fût-ce que comme thermomètre? ces phrases mauvaises que je m’adresse, que j’entends comme des voix extérieures, c’est une manifestation de l’inconscient, de quelque chose qui normalement est inconscient. de la même façon, que j’avais fini par repérer qu’un certain mal de tête (méninges) annonçait la crise d’angoisse, voire parfois la signalait. et le jour où une psy m’a dit, alors que je pleurais sans discontinuer, que c’était de l’angoisse, elle a mis sur ce qui m’arrivait un mot que je n’aurais jamais pensé mettre moi-même, que j’ai tout de suite adopté et qui m’a par la suite été très utile. alors cette haine-de-soi au coeur du texte d’Eric Laurent sur la mélancolie, celle qui vous réduit à vous « traiter vous-même comme un chien qui n’a pas droit à la parole » et dont les « fracassemeurs » trahissent non seulement la cruauté mais l’existence même… cette haine-de-soi que je voudrais parvenir à déjouer… en vérité, je ne voulais pas ce matin me lever et écrire (ce que j’ai fait malgré tout) mais me lever et boire un café et retourner à eux, les réfléchir. 

je n’ai jamais cessé de perdre la parole. extraordinairement. extraordinairement. c’est un mauvais tour de l’inconscient, de mon inconscient. ça n’a jamais été que ça. mon inconscient ne veut pas de l’intelligence. quelque chose de mon inconscient se refuse à l’intelligence. non, refuse que je me montre intelligente. et  refuse que je raconte quoi que ce soit, à ce que je dise quoi que ce soit. c’est très énigmatique. ce que je cherche à en dire ici n’est qu’hypothèses. j’aligne hypothèse sur hypothèse. il institue la faute, le ratage, de sorte qu’il puisse continuer à me rappeler à l’ordre, à son ordre. que je reste en deçà, que je puisse continuer à me faire le reproche de ne pas arriver à dire ce qui ne se dit pas. si ça ne se dit pas c’est pas parce qu’il n’y a rien à dire mais parce que je n’y arrive pas moi, à porter le péché du monde, ainsi je perpétue le ratage qui est sa réussite. mais quand les enjeux sont si grands, quand les enjeux me dépassent, dépassent ma petite personne. il veut que je puisse continuer à me haïr. me faire être dans la haine. mais pourquoi. ou il veut que je continue à chercher comment le dire, lui, ce manque à soi, ce qu’il veut. faire exister ce qui ne se dit pas. eh bien. eh bien. et donc ce n’est pas qu’il tienne à ce que je dise, mais à ce que j’incarne, quoi, que j’incarne ce qui échappe à la représentation. quel con. 

non apte. 

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