jeudi 12 janvier 2023 · 06h51

jeudi 12 janvier 2023
— fracassemeurs + Rachel

06h51 Il est 6h51, j’ai pris une Ricoré et un bout de [mot qui manque]. J’ai regardé des trucs sur Instagram, quelques beaux trucs, de jeunes, des jeunes qui se connaissent, qui sont amis, qui font des trucs ensemble, qui se dessinent, se photographient… quelqu’un qui raconte ses rêves en dessin, c’est vraiment joli, ça donne envie de savoir dessiner, je crois que j’aurais pu avoir des amis comme ça, ça me rend un peu aigrie, ou triste, un peu, en même temps ça, me réconforte, le spectacle de ces amis, de savoir que ça existe. Réveil avant 6h. Inquiète à cause de ce dont on parle trop, la retraite. Hier, J : toi tu ne travailles pas, tu n’auras pas de retraite, tu n’auras rien. Chaque fois, quand je pense à ce genre de choses, je pense suicide, le moment venu. Je ne vois pas comment faire face à ça. Alors, les pensées étaient particulièrement violentes, cette nuit, les fracassemeurs. Il y avait la pensée à la chute aussi. Fracasse-meurs. La chute sur le crâne, l’impact au sol, la temp, la joue, les os. Et alors, ces stupides pensées à Rachel, qui reviennent de nulle part…. Des pensées de vengeance, que je ne mettrai jamais en pratique. La dénonciation ou le mail collectif. Raconter ce qui s’est passé. Tout ce que j’ai perdu. La possibilité aussi d’avoir un métier. Puisque c’est ce à quoi je travaillais. Est-ce que ça s’apparente à de la paranoïa ? Je ne sais pas. Je n’invente rien, ça a eu lieu, les événements. Non, mais, l’entretien de l’aigreur, de la revanche, la personnification de l’ennemi. Quand est-ce que je retourne à ça ? Quand est-ce que j’ai besoin de retourner à ça? Quelle est la fonction de la paranoïa? A quoi me sert-elle ? Quand dois-je y avoir recours ?Elle a abusé. Mais elle était folle, elle est devenue folle. C’est ce que je crois, qu’elle allait très mal. C’est pour ça que je n’ai pas dénoncé. Et puis, je songe à tout ce qu’elle m’a appris. Puis à tout ce qu’elle s’est retenue d’enseigner. Au manque de reconnaissance. À sa jalousie même. À ses abus de pouvoir. À ce qu’elle a pu raconter aux autres. Au désespoir où elle m’a mise. Je n’ai rien dénoncé. J’ai dû abandonner la formation d’enseignante. Tout ça pour quoi ? Pour avoir raconté un souvenir d’enfance. Un terrible souvenir d’enfance. Alors en vrai, je lui souhaite du mal. Et à tous les élèves qui n’ont pas pris contact avec moi. Qui ne ce sont pas souciées de moi. Ni d’A. 8h04. Devrais pas, mais vais me recoucher une heure. J se lève. 8h10. Au lit, fracassemeurs. « Je me hais Je me hais Je me hais ». Je tape sur le téléphone, sous la couette. Tentative de noter. Selkina Padenon.

Soir

Au matin, serai parvenue à ranger quelques objets, ensuite avons mangé à trois. Là, la sorte d’angoisse dont je n’arrivais pas à me débarrasser, à m’extraire m’a poussée à quitter la maison, ce dont j’ai rarement le réflexe, à aller à la bibliothèque ramener des livres en retard, que je n’avais pas lus. J’y ai lu au RDC. 

[12/01 à 16:38] Eoik: Je suis à la  bibliothèque où je lis et il n’y a que des hommes ! 
[12/01 à 16:38] Eoik: 11 hommes et une femme, moi 
[12/01 à 16:39] Frédéric : Zut 
[12/01 à 16:39] Eoik: Incroyable, non ? 
[12/01 à 16:40] Eoik: Je crois que c’est parce que c’est le coin journaux et revues. Ces hommes viennent lire le journal. 
Moi, je lis un bouquin….  
[12/01 à 16:43] Eoik: Peut-être qu’ils voudront me chasser. 
[12/01 à 16:44] Frédéric: Tu me tiens au courant si ça arrivait 
[12/01 à 16:45] Eoik: OK. 
[12/01 à 16:59] Eoik: A bunch of white men over 60. Il y a tout de même un jeune homme avec un béret. 
Un béret et une fausse écharpe Burberry. 

J’ai fait une recherche sur Burberry et extrême droite. Je lisais Confiscation de Marie-José Mondzain.  Je ne suis pas arrivée à lire tout le chapitre que je m’étais proposée de lire,  « Radicalisation ». J’essaie de lire plus, d’arriver au moment où mon attention sera vraiment captée. Et je sais que ça ne m’empêchera pas de tout oublier. Ce qui me paraît enlever toute possibilité de sens à mes lectures. Comme à tout ce que je vis. Si je n’en retiens rien, si à aucun moment je n’en restitue rien, comment est-ce que je lui trouve du sens, au fait de lire?

Quelle femme ! Marie-José Mondzain. Il  y a Marie, il y a J’ose, il y a Monde, il y a Mondain, il y a Haine. Il y a Mond — de bouche, en flamand.  Il y a Zin de zinzin. De saint-sein.  Quelle femme ! Je cherche, j’attends ce qu’elle pourrait dire de l’addiction aux images. Elle utilise ce terme. Pour elle aujourd’hui (ne pas me croire, je retiens toujours mal), la radicalisation passe par l’addiction aux images. J’attends qu’elle m’apprenne quelque chose là-dessus. Je l’avais par hasard entendue dans un live de l’école des Beaux-arts sur Instagram, une conférence qu’elle donnait. J’essaie de donner un prolongement à ce qui parfois m’arrête sur internet. 

[…] combler un vide, saturer le site intime de la défaillance complète du sens et colmater par des mots, des images et des promesses un désastre de l’imaginaire collectif. (…) Désormais les « conversions » passent par l’accoutumance addictive aux images médiatiques, au spectacle de leur violence et de leur séduction. La conversion à la valeur universelle d’un manichéisme fantasmé, telle que la guerre du bien contre le mal, …. »
— Marie-José Mondzain, Confiscation des mots, des images, du temps, Les Liens qui Libèrent, p. 66.

Il est essentiel d’être à l’écran et devant l’écran. Cet étrange négoce entre le visible et l’invisible est tout entier solidaire d’un investissement massif et addictif dans les gestes producteurs d’images. « Gère ton image» fut la formule que me proposa un jeune homme auquel je demandais de définir d’un mot ce qu’il appelait «le système» […] — Ibid. p. 70

… On attend alors de l’inflammation médiatique la récompense spectaculaire des feux que l’on a allumés. Il est essentiel d’être à l’écran et devant l’écran. Cet étrange négoce entre le visible et l’invisible est tout entier solidaire d’un investissement massif et addictif dans les gestes producteurs d’images. Gère ton image» fut la formule que me proposa un jeune homme auquel je demandais de définir d’un mot ce qu’il appelait «le système », …

samedi 14 janvier 2023 · 07h44

Samedi 14 janvier – cette «entreprise de traduction constante de ce qui arrive, de ce qui excède la signification»
— #sur la localisation de la jouissance dans la psychose

7h42.

Au lit, réveillée à l’instant par J qui commence tôt. Ce courage, l’admiration que j’ai pour lui. Il  prend son petit déjeuner seul. Je ne lui prépare rien. Attaque de fracassemeur, mais je ne sais déjà plus lequel. J’ai pris le téléphone uniquement pour noter ça et oups, envolé. Ils sont très difficiles à saisir.

7h48, J sort.

J’éteins la lumière, je ferme les yeux. Saut dans le vide. 

8h42, levée, canapé. Dans la rue un camion lent (camion poubelle ?)

« Le parlêtre adore son corps, dit Lacan, parce qu’il croit qu’il l’a. En réalité, il ne l’a pas, mais son corps est sa seule consistance – consistance mentale, bien entendu, car son corps fout le camp à tout instant. Il est déjà assez miraculeux qu’il subsiste durant le temps de sa consumation. – Lacan J., Le Séminaire, livre xxiii, Le sinthome, Paris, Le Seuil, 2005, p. 66. »

L’énigme du corps, Anne Lisy-Stevens

« L’objet n’est pas extrait », « la jouissance n’est pas localisée », disons-nous souvent à propos de cas de psychose. Extraction de l’objet, localisation de la jouissance, retour de la pulsion dans le réel : autant de notions que nous utilisons fréquemment dans la construction des cas ; de même que d’autres, plus proches du dernier enseignement de Lacan : bricolage, invention, arrangements… Comme le fait J.-A. Miller dans le volume Psychose ordinaireon peut généraliser la fonction « localisation » – elle vaut dans les deux axiomatiques :  

« Le corps comme chair, substance jouissante, se trouve affecté par le langage, et il est par là vidé de libido. La libido doit se trouver localisée, sinon elle se déplace à la dérive. Là, on échappe au clivage qui sépare, d’un côté, les troubles du langage, et de l’autre côté, les troubles du corps. Cette thèse est la base même de la clinique borroméenne. »

(…)

Peut-être, parlons-nous plus fréquemment des « phénomènes corporels » à propos des psychoses. Et il est vrai que ces notions permettent de lire et de traiter les manifestations psychotiques, le mal et son remède, avec beaucoup de pertinence. Si la jouissance n’est pas localisée, il faut trouver des moyens de le faire. Il y a alors les modalités d’extraction « sauvage » de l’objet, par exemple dans la mutilation, dans le passage à l’acte. Ou les tentatives de créer un objet extrait, de localiser la jouissance : cela va des enfants qui se « branchent » sur des objets ou des machines, aux douleurs bizarres inexpliquées, les pps, les addictions, qui peuvent être – à voir au cas par cas – des modes de localisation. Ou bien sûr, l’usage ou la fabrication d’objets : l’objet lui-même (cahiers, tableaux, vêtement…) ou le fait de le fabriquer (coudre, peindre ou même chanter) peuvent servir à extraire l’objet. Mais, n’oublions pas que, comme le rappelle Éric Laurent dans le même volume, conformément à la clinique borroméenne, « la névrose n’est pas un rapport normal au corps » – ce qui est normal, c’est plutôt que le corps ne tient pas[20].

Anne Lisy-Stevens, L’énigme du corps

*

De l’angoisse dans les psychoses, Nicolas Brémaud

L’angoisse est donc du réel (au sens où comme toute angoisse et pour tout sujet, elle a partie liée avec le réel : « L’angoisse part du réel») et reste dans la psychose réel « brut », non encadré. J.-A. Miller précise que lorsqu’on a un fantasme, « même quand on est fou à lier, on arrive quand même à s’en tirer, voyez Schreber ». Le sujet paranoïaque en effet parvient à élaborer un fantasme – délirant – avec toutefois cette dimension très spécifique de la certitude du sujet quant à son savoir, quant à sa place d’exception dans le monde, quant à la mission qu’il a à accomplir, etc. C’est ce que souligne encore J.-A. Miller : « La psychose démontre que la non-extraction de l’objet a va de pair avec l’émergence du tout-savoir[43]. »

(…) 

La jouissance, qui n’a pas de nom, qui échappe au signifiant, se révèle dans la psychose dérégulée, débridée. Donner un nom aux choses innommables qui s’imposent au sujet, aux phénomènes qui le pénètrent, qui le rendent perplexes et l’angoissent, serait ainsi l’une des visées du traitement à opérer avec ces sujets. C’est ce que préconise par exemple E. Laurent lorsqu’il écrit que le traitement des psychoses est dans le fond « une entreprise de traduction constante de ce qui arrive, de ce qui excède la signification». Il faut, poursuit-il, « aider le sujet à nommer cette chose innommable. Ce n’est pas l’aider à délirer […]. C’est choisir dans le travail du délire […] ce qui va vers une nomination possible». C’est également dans ce sens qu’A. Zenoni proposait de « lier l’innommable ou l’insupportable à une dimension symbolique et imaginaire».

Nommer l’innommable

E. Laurent qu’il faut aider le psychotique à nommer cet innommable, à mettre du signifiant sur le réel qui a surgi. En ce sens, il faut rappeler les derniers mots du séminaire L’angoisse, de Lacan : « Il n’y a de surmontement de l’angoisse que quand l’Autre s’est nommé[65]. » C’est ce à quoi parvient le paranoïaque. G. Pommier, par exemple, indique : « En nommant, le sujet se retranche de ce réel, qu’il apprivoise ainsi. Dire un mot, c’est scarifier l’angoisse[66]. » Faire passer le réel de l’angoisse au signifiant, ou à la lettre, c’est ce à quoi s’est employé H.P. Lovecraft[67], dont il faut connaître l’œuvre, dans laquelle le terme même d’« innommable » revient avec une fréquence assez remarquable chez cet auteur qui, sans nul doute, pourrait être considéré aujourd’hui comme relevant d’une psychose non déclenchée. 

De sorte qu’on peut dire que l’angoisse psychotique est une conséquence du phénomène élémentaire – signifiant passé dans le réel –, et que si le sujet ne parvient pas à nommer ce qui lui arrive il n’accédera pas à la dimension pacificatrice de la certitude. Car si la certitude peut amener le sujet psychotique à des actes fous ou à l’élaboration d’un délire, il n’en demeure pas moins que lui, le sujet, vit la réponse inébranlable au phénomène comme un allègement, comme un soulagement de son angoisse. Pour le dire autrement et peut-être plus rigoureusement, citons E. Laurent qui donne ici de façon ramassée sa conception de l’angoisse dans une perspective de diagnostic différentiel : « Ne pourrait-on pas dire que pour le sujet psychotique l’affect vient faire certitude comme humeur ? Contrairement à la névrose, il (l’affect) se produit hors du sujet dans un corps purement extériorisé ou dans un autre de pure extériorité. Le quantum d’affect, lorsque le sujet se trouve dans la position psychotique, renvoie aussi bien au quantum de certitude qui affecte le sujet. On croit, dans la psychose, pouvoir mesurer l’affect ; ce que l’on mesure bien plutôt, c’est le degré de certitude[72]. » Dans le débat qui a suivi cette intervention d’E. Laurent, F. Leguil ajoutait, avec pertinence que : « Dans la psychose, lorsque le degré de certitude est tout à fait avancé, et que le sujet peut vraiment témoigner d’un point dont il est sûr, il y a en général très peu d’affect. » L’on pourrait reformuler : dans la psychose, plus il y a certitude, moins il y a angoisse.

https://www.cairn.info/revue-cliniques-mediterraneennes-2013-2-page-185.htm

*

Hier, travaillé toute l’après-midi au site de F, après-midi et soirée. Fallait que je résolve le prob. C’est le prob avec ce boulot. Je m’y adonne beaucoup trop totalement. A la fin, étais dans drôle d’état physique. Avec cette crispation à la mâchoire. Cette tension.

Pour ça que pris 2 gouttes de cbd + hhc.

16h55

Quand je suis comme ça, j’aurais besoin qu’on me prenne, qu’on me donne un bain qu’on me frotte frotte, frotte, avec un gant, le corps, qu’on me sèche, qu’on m’habille… 

Encore travaillé dans site de F, ensuite impossible en sortir. Addictif. J’ai expliqué ce midi, à table, que ça devait être comme les jeux vidéos. J dit workaholic.

mardi 17 janvier 2023 · 05h00

mardi 17 janvier – tensions
— Balle dans la tête.

05:00 — « Balle dans la tête ». Je finis par prendre mon téléphone pour le noter. Ça fait un moment que ça dure. J’interromps la répétition,  je note : « Balle dans la tête ».  Je me lève. C’est le petit bout de phrase qui se répétait dans ma tête jusqu’à ce que j’allume le téléphone sous la couette pour le noter, avec l’infime sursaut physique qui l’accompagne à chaque fois, d’en accuser l’impact. Une parmi tant et tant d’autres variations qui régulièrement se font entendre de moi. Des phrases très courtes : « Meurs, Tue-toi, Tu es morte, Crève, Tu vas sauter par la fenêtre. » Le plus souvent, dès que j’en sors, je ne me souviens plus des mots exacts. Plus du tout. Quand ça s’arrête.

Ca a commencé il y a plusieurs années. Quand ? C’était en Italie. Sienne.

Les premières fois, ça a été d’une violence incroyable. Les phrases étaient toujours accompagnées de coups de poing, dans la figure, la mâchoire. De balles tirées dans la tête, la trouant de façon variable. Des explosions plus ou moins grosses. Des chutes. Le corps fracassé. Ca se répète. Ça s’arrête. Ca reprend dans une nouvelle variation. D’où le nom donné de « Fracassemeur ».  Plus tard, le nom donné, pas tout de suite. Ils se sont assagis, avec le temps, calmés.. La sensation de coup, ou d’impact au sol,  a souvent disparu. Ne restaient que les mots. C’est pour ça que je n’aimais plus ce nom, de Fracassemeurs.  Je pourrais dire les FM. Ou les FrM…. Ah, seigneur c’est comme les initiales de F. Il a longtemps signé comme ça. Alala.

Il est 5 h. Je me suis levée pour écrire. Pour arrêter les FrM….

J’ai fumé, hier. C’est pour ça. Et il y a toute cette tension du boulot pour F. La difficulté, c’est d’en sortir, la difficulté, c’est l’état de tension physique où ça me met. Tension extrême.

Il faut que j’en parle à la psy tout à l’heure.

Mais je veux aussi parler du « projet » de « mise sur papier », de l’envie. Faire venir dans le monde physique. Sortir de la virtualité de l’internet, de l’ordinateur. 

Hier, j’ai publié plusieurs notes récemment écrites dans One Note sur le blog. 

Puisqu’apparement il n’y a que ces petites notes que j’arrive à faire.

5h54

Dire que j’ai encore envie de fumer.

La tension du boulot sur le site de F.  Je ne trouve pas les mots pour en parler. Redire le mot  d’addiction. Un travail auquel je suis addictée. Qui n’est pas exactement un travail de programmation, puisque je ne travaille plus qu’avec WordPress et des plugins. J’ai de la répugnance à en parler. « Faire tourner la machine. » Être dans l’interface du site, dans le moteur. Passer d’une chose à l’autre. 1Là, comme F voulait supprimer la version française du site, j’ai fait toutes les redirections des pages en français sur les pages en anglais, de chacune des pages (j’ai pu automatiser une partie, mais il y avait toute une série de fichiers dont le nom en français était différent et donc il fallait faire des redirections simples, une à une). Pas mal de tâches « ingrates », dans lesquelles je me jette sans réfléchir, à corps perdu. Méticulosité, fièvre, ingéniosité. Et je travaille au SEO. Comment faire en sorte de vendre son travail quand il est si peu commercial, voire réfractaire. Mais, il y a moyen d’améliorer les pages… Je suis forte à ça. — Ça me passionne malgré moi.  

Je pourrais me plaindre de ce qu’il ne m’écoute pas, F. Mais comment moi-même je ne l’écoute pas! Comment j’ignore ce qu’il fait! Pourquoi suis-je comme ça ? Avec lui ? Il fait des choses tout à fait super. Mais… Est-ce à cause de ça ? Suis-je aussi (mots qui disparaissent, qui s’évanouissent, qui partent en fumée à l’instant où) avec lui qu’avec moi ? Est-ce que c’est ça ? Comment puis-je lui montrer si peu de reconnaissance (phrase boiteuse)? C’est toujours cette idée : suis-je aussi (salope) avec lui qu’avec moi. Et comment le supporte-t-il ? Je ne témoigne d’ailleurs pas plus de reconnaissance au travail de mon frère, que j’aime pourtant tellement. Comment est-ce possible?

Hier, pour arrêter de travailler au site et essayer d’avancer dans quelque chose qui aurait du sens, suis sortie, allée à la bibliothèque avec 2 vieux carnets et l’ordinateur portable. C’était fermé. En rentrant, reporté donc un série de notes sur le site. C’était d’ailleurs ce que j’avais « décidé » de faire au matin. Après, vaisselle et chansons. F était parti à son cours. Et des tas de chansons de mon enfance remontées. Ah oui, à la boulangerie j’avais entendu… Qui, mais qui… J’ai mis du temps hier aussi à retrouver. C’était quoi ? Il ne me restait que l’air. Ce n’était pas Dave. Une chanson que j’entendais à la radio. Qui m’avait fait… Joe Dassin ! À toi… Quand je les retrouvées, hier ! Quel bonheur…  Je devais avoir dans les 13 ans. Comment ces chansons à la radio venaient à la rencontre d’un désir  encore inarticulé,  intime, accompagnait sa naissance.

Il faut que je retourne dormir ! 

Notes en bas de page

  • 1
    Là, comme F voulait supprimer la version française du site, j’ai fait toutes les redirections des pages en français sur les pages en anglais, de chacune des pages (j’ai pu automatiser une partie, mais il y avait toute une série de fichiers dont le nom en français était différent et donc il fallait faire des redirections simples, une à une). ↩︎
samedi 21 janvier 2023 · 07h15

Samedi 21 janvier 2023 – indistinctement

07h15 FrM – Je me tue

07h39 (hier soir 2 gouttes CBD + HHC à cause de la cigarette).

Levée, coin de canapé.

Donc, hier, après être rentrée du café et m’être calmée, j’ai repris le travail sur le blog et malheureusement j’ai cédé, j’ai changé le thème du site, l’habillage ! Fondamentalement, je pense que  je devrais redémarrer, ouvrir une nouvelle page, un nouveau blog. Laisser l’ancien, ne pas venir encore greffer du neuf dans ces vieux vêtements. Mais, c’est précisément ce que je n’arrive pas à faire. J’ai beau me casser la tête, je ne vois pas comment m’en sortir.

Finalement, parvenue à reprendre des places pour Le Louvre. Lundi.

Il fait froid, j’ai vraiment froid. Jules qui commence tôt a allumé une lampe  que je devrais éteindre. Une voiture passe dans la nuit. J’entends le tic tac du réveil. Je crois que je vais retourner me coucher. Mal au ventre, oreilles qui sifflent.

Réfléchir à cette histoire de nouveau blog. Le commencer à la mélancolie, à HP. Ou à janvier de cette année. Mais qu’est-ce que je fais de ce sur quoi j’ai commencé à travailler ? De Titi. L’idée c’était de travailler dessus pour le dégager, pour le sortir du blog, l’extraire. Le coucher sur papier. Rien ne m’empêche de continuer à travailler l’ancien blog et d’écrire ce qu’il faut bien appeler mon journal sur le nouveau. Journal matinal. Reprendre à décembre 2022, d’abord. Éventuellement remonter au début de la cure, des séances avec HP. 

C’est samedi.

Terminé hier lecture d’Orlanda. Jacqueline Harpman est une analyste pour qui une femme n’est barrée de son désir que par sa mère, laquelle la réprime depuis l’enfance. Je ne suis pas sûre qu’elle conçoive une différence des sexes. Non, une petite fille devient une femme en  refoulant  sa part masculine, qui est la part la plus aventurière, courageuse, curieuse, audacieuse, joyeuse, légère, désirante, jouisseuse. C’est donc le travail de la mère, et de la mère seule, de réprimer ces tendances, et d’y parvenir. Mais avant ça, elle est un garçon, elle est comme un garçon, exactement.

Et donc, Orlanda, c’est l’histoire d’une femme, de 35 ans, Aline, dont la part masculine, refoulée au sortir de l’enfance, un jour en a assez, et se barre, quitte le corps d’Aline et emprunte celui d’un jeune homme à l’air éteint, assis non loin d’elle dans une brasserie face à la Gare du Nord à Paris où iels attendent le départ de leur train.
ll et elle rentrent ensuite ensemble à Bruxelles dans des wagons et des corps séparés. A bord, le jeune homme, nommé Orlanda en l’honneur et souvenir de l’Orlando de Virginia Woolf, qu’Aline, la part féminine, s’échine à lire sans l’aimer, Orlanda donc, baise dans les toilettes avec un homme.
Il s’installe à Bruxelles dans l’appartement de celui dont il squatte le corps, où il s’amuse follement multipliant les aventures. De son côté Aline continue son traintrain de vie. Comme elle travaille sur Orlando, elle émet l’hypothèse qu’elle n’a jamais été un petit garçon. C’était une fille, une petite fille avec toutes les qualités d’un garçon, jusqu’à l’avènement de la puberté. Là, elle perd tout ce qui fait son allant, son désir, sa joie de vivre et se transforme en femme.

Et donc le livre est une ré-écriture d’Orlando, pas moins, dans le petit milieu bien pensant  bourgeois bien mis de Bruxelles

Mais, il n’a jamais été un garçon! s’écria-t-elle. Les sept jours au lit, ma mère m’en a-t-elle assez bassiné les oreilles, c’est la puberté! Tout n’est qu’allégorie, et c’est elle-même que Virgina raconte : enfant, elle était forte et ardente, elle jouait à la guerre contre les Maures au grenier, elle avait une amie qu’elle adorait et qui s’est mise à la négliger pour les garçons, alors elle s’est retirée dans l’étude et dans la rêverie, il faut que je demande à Jacqueline si ce n’est pas cela qu’on nome la période latence, elle a appris à se raconter des histoires pour se divertir en secret.

Jacqueline Hartman, Orlanda, p. 64.

Je me demande pourquoi j’ai pris le temps de noter tout ça. J’ai reçu ce livre de mon frère, qui lui l’aimait beaucoup. Cette façon que j’ai de me lancer indistinctement dans n’importe quelle entreprise. Est-ce que je ne pourrais pas me. Contrôler un peu. Et tâcher de décider ce qui a plus ou moins de valeur. Or, je sais ce qui en a de la valeur. Je le sais bien. Et je le sais que si j’en fais trop cas, ça m’en séparera encore davantage. Car le fait est que ce qui dela valeur à mes yeux, c’est ce que je m’empêche de faire car c’est trop difficile, et je ne peux y arriver que…. par hasard. Mine de rien. Il faut que le trésor reste caché, anonyme, dans l’ordure. Ca pourrait être une façon de le dire. Je pense que mon inconscient est bien plus malin que moi. Mal au ventre.

12:43 Pris RV coiffeur !! Aujourd’hui !!

dimanche 22 janvier 2023 · 07h05

dimanche 22 janvier

Lit. Ah, il est 7 heures du mat, j’ouvre un œil et le téléphone, j’écris le fracassemeur du moment: Tu te hais, tu te hais, tu te hais… À quoi je rétorque : Mais pourquoi ? Pourquoi ? Si seulement tu m’expliquais ça. Évidemment, pas de réponse.

Je me lève. Ricoré, salon noir. Dommage qu’il ne le soit pas davantage. La lumière orange qui filtre de la rue est regrettable.

Difficile passage chez le coiffeur hier, et retour à la maison. 

Tellement intimidée sur place. Les lumières si fortes. Le jeune coiffeur très charmant, gentil. Et l’horreur de me voir dans le grand miroir si éclairé. Je vois tout de suite que je n’aurais pas dû mettre de la couleur sur mes yeux. Dès qu’il s’éloigne un moment, le coiffeur, j’essaie d’en enlever. Quand, je parle, je vois mes dents, c’est effrayant. Tout ce qui est affreux dans ce visage. Il me sourit tout le temps. Après que je lui aie parlé de tout ce dont je pourrais vouloir tenter comme coiffure, il se taira. C’est moi qui ajouterai encore l’une ou l’autre bêtise.

Beaucoup de lumières dans le salon, sommes entourés à gauche et à droite par 2 autres coiffeureuses, chacun.e très animé.e, bavard.e, qui discutent avec leurs clients respectifs de films, de séries. À gauche elle raconte les scènes, à droite il les mime, les rejoue, en anglais même, coiffant, face au miroir.  À un moment mon coiffeur se mêle à sa conversation de droite. À un moment, je me demande s’il ne  faudrait plus de miroirs à la maison, pour surveiller, maîtriser, cette image. Enfin je ne vois pas où, comment.

7h33. Je n’ai pas la moindre envie de regarder raconter tout ça.

Nous sourions doucement le coiffeur et moi. Je renonce à rien dire. A un moment, j’ai cherché le titre de la série que nous regardions hier. Rien, je ne m’en souvenais pas. Je ne sais même pas si c’est japonais ou coréen. Je sais que c’est trop violent, que je n’ai pas envie de regarder, mais que J insiste, il dit que c’est pas drôle quand je ne suis pas là. Ils ont envie de regarder cette série. C’est la deuxième saison. Deuxième épisode de la deuxième saison. Tout de suite, j’ai dit non. Mais bon, ils ont insisté. Ca se passe dans une ville, immense et vide. Qui n’est plus qu’un immense terrain de jeu. À mort. Les jeux sont cruels. On ne sait d’où les joueurs sont observés. Quand ils perdent, quelque chose leur tombe dessus, du ciel, les transperce. Je me souviens de tout ça maintenant, mais hier, plus rien. Seulement j’aurais pu dire que ça faisait trop peur. Alice in Borderland. Voilà, ça me revient. Vérification sur Google : c’est japonais. Survival, science fiction, thriller, drame. Le héros (ils écrivent Arisu dans les sous-titres, mais c’est Alice, à cause de le la prononciation des Japonais ) était un amateur de jeux vidéos.

F a acheté des scones, j’aime beaucoup ça — j’adore — j’en mange un morceau.

A un moment la coiffure était finie, les cheveux étaient coupés, ils étaient encore mouillés, nous étions ravis, nous montrions le coiffeur et moi-même des signes de ravissement. Je disais « quel soulagement ». Il disait ça donne un coup de peps. je disais « Quel soulagement, c’est réconfortant, comforting, je me sens moins exposée », mais je ne pense pas qu’il ait tout entendu. Il me demande s’il coupe encore un peu devant et je pense quelque chose comme « Non », il dit qu’on va sécher d’abord, et qu’on verra, il sèche et c’est très bien, c’est très bien, j’en ai une sorte de vertige, mais il dit quand même : « On coupe encore ? » Et je dis, « Bon d’accord, allez y ». Et il coupe, et pour moi, c’est pas bien, il me fait les cheveux hirsutes, mais il a toujours l’air aussi content, alors je ne dis rien. J’ai l’air ahuri de […] dans un film italien de […]… Fellini. Et elle, je ne sais plus, un nez de clown, rouge. Des cheveux très blonds, blancs. Si ce n’est que moi, j’ai bientôt 60 ans. Bah. Je me lève. Je dis « Merci », il dit « Non c’est moi ». Je paie, demande son nom, il est toujours gentil, dit « À bientôt ».

… entre crochets, […], = mot qui manque. J’ai besoin de marquer la présence de ces mots absents.

Dehors, j’ai envie d’un cocktail d’un Spritz, je suis à Bastille, j’aurais peut-être dû, je songe à faire venir F mais il ne viendra pas. On pourrait passer la soirée dehors. Je me dis qu’il faut prendre le métro, que je pourrais lui demander de me rejoindre à Anvers, au square […]… Je pense qu’il ne voudra pas. Ou que j’en parlerai en rentrant. Il fait noir, si je ne suis pas très habillée, je suis maquillée, coiffée, et même si la frange ne me plaisait pas, je dois être un peu bien, j’ai envie de vivre un moment dans cette illusion. Je tourne vers moi la caméra du téléphone en descendant les escaliers du métro, non, c’est une horreur. Arrivée à Gare du Nord, non je ne vais pas à Anvers, au square […], sur la rue […]

Je rentre. Et, F devant jeu. Déjà, le faire sortir de là. Il dit qu’il ne voit pas bien mes cheveux, je ne sais plus ce qu’il me dit, que c’est gonflé, c’est vrai qu’il y a beaucoup de volume, qu’il n’aime pas ça. Je dis que j’ai envie de sortir, F dit que lui non, mais. Je vais à plusieurs reprises me regarder dans le miroir de la salle de bain et directement j’essaie d’arranger. Il y a un produit dans les cheveux, je les mouille. Je regarde s’il y a un film à voir dans le coin, mais rien qui puisse plaire à F. L’envie de sortir me quitte, je suis comme désespérée. F a acheté à manger chez le traiteur de la rue […] J’ai envie de me démaquiller, d’aller au lit. F me demande si je veux sortir, je dis non, non. Je me résigne à passer à table, à manger. Il a gentiment acheté à manger. Il essaie de me parler. Je dis que ça va très mal. Il dit « Je vois ça ». Il essaie de m’interroger. Je cherche à ne pas m’énerver. J’arrive à vaguement dire que je ne supporte pas quand j’ai envie de quelque chose de ne pas y arriver, de renoncer. Ça m’attriste toujours horriblement. Je suis dans cette tristesse-là. Je dois faire l’effort de ne pas retourner ma colère contre lui. Seulement contre moi.

Dans les explications sur la mélancolie, il y a quelque chose de ça. A un moment dans l’enfance l’objet d’amour a déçu, et le sujet s’en est détaché, et a « retourné la présence à l’intérieur de soi », la présence, la personne précédemment aimée, est placée à l’intérieur de soi (pas les bons mots), « introjectée », la libido est ramenée à soi, mais à la fois pour aimer et détester. (toujours pas les bons mots, c’est pas clair). Aussi, quand le mélancolique est fâché contre lui-même, n’est-ce pas contre lui-même, mais contre l’autre « qui a déçu ». F, est comme l’image à l’extérieur de cet autre qui a déçu.

Cette déception, curieusement, je m’en souviens, ce moment dans l’enfance, mais pas de son objet. Je me souviens, marchant dans la rue avec mon frère lui avoir demandé « Tu préfères papa ou maman ? » et lui sidéré, me disant qu’il n’avait pas de préférence, et moi dans ma fureur en fait, ma déception, lui disant « Oh non, moi je préfère […] » — m ot qui manque. Longtemps, je me suis souvenue de cette scène, et de l’identité de la personne que je préférais, et donc de celle que je m’étais mise à haïr. Puis, j’ai oublié. Intellectuellement, j’ai tendance à croire qu’il s’agit de ma mère. Mais je n’en sais rien du tout, et surtout, je ne sais plus pourquoi. Ce qui a motivé ce retournement. Cette haine est vraiment refoulée et ça s’est retourné par contre complètement contre moi.

C’est comme si F tenait lieu de cette personne haïe. 

S’il s’agit de ma mère, je sais aussi combien je l’aime. 

Retour à hier soir.

En finir avec ce récit. 

Je ne suis pas arrivée à parler à F. Mais je suis parvenue à ne pas m’énerver. J’ai fin par accepter de voir un film.

Un beau film. […]

Je cherche les éléments pour retrouver le titre et le sujet du film.

Verboten, je crois. Mais pas de JosephLosey. 

Il a fait aussi White dog, mais beaucoup plus tard, en fin de carrière. Terrible film.

Celui d’hier date des années 50.

Il a énormément tourné et écrit. 

J’étais contente parce que F a dit qu’il fallait qu’on les voie.

Je ne sais pas si j’interroge Google. 

Un cinéaste américain. Qui a tourné à Hollywood et vécu en France. Certains films ont été de très grands succès mais d’autres des scandales absolus.

Il a tourné dans de nombreux films. Dont Pierrot le fou. Et dans ce film vu avant hier. Catherine et Catherine ? Non. De […], un Français cette fois. Que je ne connais pas, dont il passe beaucoup de films sur Mubi en ce moment.

F a dit qu’il allait noter tous les films vus cette année. Je lui ai dit qu’il fallait qu’il fasse un résumé. Il m’a dit que ça non. Je me suis dit que moi je devrais le faire. Exercice de mémoire.

Mais ça ferait beaucoup.

Je vais essayer de retourner  dormir.

8h46.

 

10h1. Me suis pas rendormie, mais toujours au lit. Bon moment dans les bras de F.

Samuel Fuller ! le nom du cinéaste. Je ne vois pas ce que je peux faire pour retenir ce nom. 

J’ai pensé que c’était comme mon nom, à une lettre près.

Je referme les yeux.

Coups de poing coup de poing coup de poing

Décidément.

Je pense que je dois noter tous les FrM en italiques. 

dimanche 22 janvier 2023 · 07h05

coiffeur + la déception essentielle
— Dimanche 22 janvier 23 07:05

Lit. Ah, il est 7 heures du mat, j’ouvre un œil et le téléphone, j’écris le fracassemeur du moment: Tu te hais, tu te hais, tu te hais… À quoi je rétorque : Mais pourquoi ? Pourquoi ? Si seulement tu m’expliquais ça. Évidemment, pas de réponse. 

Je me lève. Ricoré, salon noir. Dommage qu’il ne le soit pas davantage. La lumière orange qui filtre de la rue est regrettable.  

Difficile passage chez le coiffeur hier, et retour à la maison. 

Tellement intimidée sur place. Les lumières si fortes. Le jeune coiffeur très charmant, gentil. Et l’horreur de me voir dans le grand miroir si éclairé. Je vois tout de suite que je n’aurais pas dû mettre de la couleur sur mes yeux. Dès qu’il s’éloigne un moment, le coiffeur, j’essaie d’en enlever. Quand, je parle, je vois mes dents, c’est effrayant. Tout ce qui est affreux dans ce visage. Il me sourit tout le temps. Après que je lui aie parlé de tout ce dont je pourrais vouloir tenter comme coiffure, il se taira. C’est moi qui ajouterai encore l’une ou l’autre bêtise. 

Beaucoup de lumière dans le salon, sommes entourés à gauche et à droite par 2 autres coiffeurs, chacun très animé, bavard, qui discutent avec leur clients de films, de séries. À gauche elle raconte les scènes, à droite il les mime, les rejoue, en anglais même, coiffant, face au miroir.  À un moment mon coiffeur se mêle à sa conversation de droite. À un moment, je me demande s’il ne  faudrait plus de miroirs à la maison, pour surveiller, maîtriser, cette image. Enfin je ne vois pas où, comment. 

7h33. Je n’ai pas la moindre envie de regarder raconter tout ça. 

Nous sourions doucement le coiffeur et moi. Je renonce à rien dire. A un moment, j’ai cherché le titre de la série que nous regardons hier. Rien, je ne m’en souvenais. Je ne sais même pas si c’est japonais ou coréen. Je sais que c’est trop violent, que je n’ai pas envie de regarder, mais que J insiste, il dit que c’est pas drôle quand je ne suis pas là. Ils ont envie de regarder cette série. C’est la deuxième saison. Deuxième épisode de la deuxième saison. Tout de suite, j’ai dit non. Mais bon. Ca se passe dans une ville, immense et vide. Qui n’est plus qu’un immense terrain de jeu. À mort. Les jeux sont cruels. On ne sait d’où les joueurs sont observés. Quand ils perdent, quelque chose leur tombe dessus, du ciel, les transperce. Je me souviens de tout ça maintenant, mais hier, plus rien. Seulement j’aurais pu dire que ça faisait trop peur. Alice in Borderland. Voilà, ça me revient. Vérification sur Google : c’est japonais. Survival, science fiction, thriller, drame. Le héros (ils écrivent Arisu dans les sous titres, mais c’est Alice, à cause de le la prononciation des Japonais ) était un amateur de jeux vidéos. 

F a acheté des scones, j’aime beaucoup ça, j’en mange un morceau. 

A un moment la coiffure était finie, les cheveux étaient coupés, ils étaient encore mouillés, nous étions ravis, nous montrions le coiffeur et moi-même des signes de ravissement. Je disais quel soulagement. Il disait ça donne un coup de peps. je disais quel soulagement, c’est réconfortant comforting, je me sens moins exposée, mais je ne pense pas qu’il ait tout entendu. Il me demande s’il coupe encore un peu devant et je pense quelque chose comme non, il dit qu’on va sécher d’abord, et qu’on verra, il sèche et c’est très bien, c’est très bien, j’en ai une sorte de vertige, mais il dit quand même : on coupe encore ? Et je dis, bon d’accord, allez y. Et il coupe, et pour moi, c’est pas bien, il me fait les cheveux hirsutes, mais il a toujours l’air aussi content, alors je ne dis rien. J’ai l’air ahuri de (…) dans un film italien de (…). Fellini. Et elle, je ne sais plus, un nez de clown, rouge. Des cheveux très blonds, blancs. Si ce n’est que moi, j’ai bientôt 60 ans. Bah. Je me lève. Je dis merci, il dit non c’est moi. Je paie, demande son nom, il est toujours gentil, dit À bientôt. 

Dehors, j’ai envie d’un cocktail, d’un Spritz, je suis à Bastille, j’aurais peut-être dû, je songe à faire venir F mais il ne viendra pas. On pourrait passer la soirée dehors. Je me dis qu’il faut prendre le métro, que je pourrais lui demander de me rejoindre à Anvers, au square (…)… Je pense qu’il ne voudra pas. Ou que j’en parlerai en rentrant. Il fait noir, si je ne suis pas très habillée, je suis maquillée, coiffée, et même si la chienne ne me plaisait pas, je dois être un peu bien, j’ai envie de vivre un moment dans cette illusion. je tourne vers moi la caméra du téléphone en descendant les escaliers du métro, non, c’est une horreur. Arrivée à Gare du Nord, non je ne vais pas à Anvers, au square (…), sur la rue (…) Je rentre. Et lumière de l’appart. F devant jeu. Déjà, le faire sortir de là. Il dit qu’il ne voit pas bien mes cheveux, je ne sais plus ce qu’il me dit, que c’est gonflé. C’est vrai qu’il y a beaucoup de volume, qu’il n’aime pas ça. Je dis que j’ai envie de sortir, F dit que lui non, mais. Je vais à plusieurs reprises me regarder dans le miroir de la salle de bain et directement j’essaie d’arranger. Il y a un produit dans les cheveux je les mouille. Je regarde s’il y a un film à voir dans le coin, mais rien qui puisse plaire à F. L’envie de sortir me quitte, je suis comme désespérée. F acheté à manger chez le traiteur de la rue (…) J’ai envie de me démaquiller, d’aller au lit. F me demande si je veux sortir, je dis non, non. Je me résigne à passer à table, à manger. Il a gentiment acheté à manger. Il essaie de me parler. Je dis que ça va très mal. Il dit Je vois ça. Il essaie de m’interroger. Je cherche à ne pas m’énerver. J’arrive à vaguement dire que je ne supporte pas quand j’ai envie de quelque chose de ne pas y arriver, de renoncer. Ça m’attriste toujours horriblement. Je suis dans cette tristesse-là. Je dois faire l’effort de ne pas retourner ma colère contre lui. Seulement contre moi. 

Dans les explications sur la mélancolie, il y a quelque chose de ça. A un moment dans l’enfance l’objet d’amour a déçu, et le sujet s’en est détaché, et a « retourné présence à l’intérieur de soi », la présence, la personne précédemment aimée, est placée à l’intérieur de soi (pas les bons mots), « introjectée », la libido est ramenée à soi, mais à la fois pour aimer et détester. (toujours pas les bons mots, c’est pas clair). Aussi, quand le mélancolique est fâché contre lui-même, n’est-ce pas contre lui-même, mais contre l’autre « qui a déçu ». F, est comme l’image à l’extérieur de cet autre qui a déçu. 

Cette déception, curieusement, je m’en souviens, ce moment dans l’enfance, mais pas de son objet. Je me souviens, marchant dans la rue avec mon frère lui avoir demandé Tu préfères papa ou maman ? et lui sidéré, me disant qu’il n’avait pas de préférence, et moi dans ma fureur en fait, ma déception, lui disant Oh non, moi je préfère (…) Mot qui manque. Longtemps, je me suis souvenue de cette scène, et de l’identité de la personne que je préférais, et donc de celle que je m’étais mise à haïr. Puis, j’ai oublié. Intellectuellement, j’ai tendance à croire qu’il s’agit de ma mère. Mais je n’en sais rien du tout, et surtout, je ne sais plus pourquoi. Ce qui a motivé ce retournement. Cette haine est vraiment refoulée et ça s’est retourné par contre complètement contre moi. 

C’est comme si F tenait lieu de cette personne haïe. 

S’il s’agit de ma mère, je sais aussi combien je l’aime.  

Retour à hier soir. 

En finir avec ce récit.  

Je ne suis pas arrivée à parler à F. Mais je suis parvenue à ne pas m’énerver. J’ai fini par accepter de voir un film. 

Un beau film. (…) 

Je cherche les éléments pour retrouver le titre et le sujet du film. 

Verboten, je crois. Mais pas de JosephLosey.  

Il a fait aussi White dog, mais beaucoup plus tard, en fin de carrière. Terrible film. 

Celui d’hier date des années 50. 

Il a énormément tourné et écrit.  

J’étais contente parce que F a dit qu’il fallait qu’on les voie. 

Je ne sais pas si j’interroge Google.  

Un cinéaste américain. Qui a tourné à Hollywood et vécu en France. Certains films ont été de très grands succès mais d’autres des scandales absolus. 

Il a tourné dans de nombreux films. Dont Pierrot le fou. Et dans ce film vu avant hier. Catherine et Catherine ? Non. De (…), un Français cette fois. Que je ne connais pas, dont il passe beaucoup de films sur Mubi en ce moment. 

F a dit qu’il allait noter tous les films vus cette année. Je me demande pourquoi. Je lui ai dit qu’il fallait qu’il fasse un résumé. Il m’a dit que ça non. Je me suis dit que moi je devrais le faire. Exercice de mémoire.  

Mais ça ferait beaucoup. 

Je vais essayer de retourner  dormir. 

8h46. 

 

10h1. Me suis pas rendormie, mais toujours au lit. Bon moment dans les bras de F. 

Samuel Fuller ! le nom du cinéaste. Je ne vois pas ce que je peux faire pour retenir ce nom.  

J’ai pensé que c’était comme mon nom, à une lettre près. 

Je referme les yeux. 

Coups de poing coup de poing coup de poing 

Décidément. 

Je pense que je dois noter tous les FrM en italiques.  

 

jeudi 28 mars 2024 · 08h45

Ce qui fera cas

28 mars 24 8h45

Hier donc au matin, cette idée pour le livre d’A, l’idée d’ajouter un personnage qui soit le garant, un personnage inventé qui aurait un diplôme et pourrait dire les chose sans la charge de doute que je suis toujours obligée d’ajouter (ma façon de tout passer au conditionnel). Ce personnage dirait les choses sans précaution. Il aurait mes opinions mais pas ma prudence, pas mon caractère, ma façon de m’effacer. Ce serait un caractère fort. L’introduire de façon un peu drôle. Virginie F. ai-je pensé.

Puis, j’ai repensé aux fracassemeurs et au livre de Gaëlle Obiégly. Je ne sais comment ça s’est mêlé. Mais je me demandais si au fond je ne pourrais pas avancer non plus en mettant en avant le cas, que je suis, en avançant sous sa pancarte, mais en mettant en avant le fonctionnement, la pensée, dans sa singularité.

J’ai pu comprendre ces derniers mois comment je m’étais construite comme cas, dans l’identification à un cas, alors que son livre, Gaëlle Obiégly, elle l’écrit dans la seule description de ce qui est, sans chercher à le caractériser dans une quelconque étiologie. Elle dit voilà les faits, mon intelligence, ma beauté. Je pensais à la façon dont j’avais cherché, depuis le début, depuis le début de mon analyse, depuis qu’avais commencé à lire de la psychanalyse, comment j’avais cherché à faire cas. et tout d’un coup, j’ai entendu comment le fracassemeur s’écrivait comme ça : le « Fera cas » se meurt.

Ce livre de GO a quelque chose d’exemplaire pour moi. Son ton. Ce qu’il s’autorise. De croire à son intelligence, d’y consentir. De consentir à sa nécessité. De n’avoir pas honte.

J’ai pensé alors que que Virginie F pourrait s’appeler Virginie Fracas.

Pour moi, le cas me fait fat tenir. Est-ce qu’i y a « identification imaginaire au cas »? Mais comment sortir de ça. De cet habillage là. Par quoi d’autre le remplacer une fois que je m’aperçois du handicap que cette identification comporte. Handicap par la restriction, handicap par la honte.

Autre chose : ce à quoi je tiens dans cette identification, c’est au livre.

Je lisais de la psychanalyse en me cherchant. En m’attendant à chaque instant à me lire, à tomber sur moi. Particulièrement à ce que Lacan parle de moi.

Le cas. Ce que j’ai fini par comprendre. Le cas est là, se présente à moi dans mes rêves depuis longtemps. C’est de longue date que je l’ai repéré. Mais pas tout de suite comme « cas », plutôt comme « K« . Dans le blog, K est un mot clé. je pourrais l’extraire et en faire un texte à part entière. Comme j’avais commencé à le faire pour « Titi« . Mais c’est un énorme boulot, cette relecture. Je n’ai pas tenu le coup pour Titi. Je n’ai pas terminé. C’est avec la maladie, le Covid, que ça s’est cristallisé pour moi, ce que j’étais comme malade, en quoi je me tenais, avais tenu, à cette identification. Il y a ausii ce désir, le désir que sa particularité, sa différence, ses difficultés soient, par d’autres, dans l’Autre, reconnues « scientifiquement », Et c’est alors aussi la recherche de l’absolution. Ce n’est pas de ma faute. C’est la maladie. Et ça s’explique par le cas, scientifique. C’est chercher/se creuser une place dans l’Autre.

Je pourrais m’appeler Véronique Malade.

Inquiète pour A. et ce qui arrive à R.

lundi 9 décembre 2024 · 06h53

de l’effet de quelques cigarettes (3)

je dois tout à fait renoncer à écrire jamais. et à publier. c’est la conclusion de ces récentes tentatives de travail sur le blog qui m’ont hier complètement démoralisée. j’écris un journal pour moi et basta.

il fallait cependant que j’écrive ceci, si je m’en tiens à ce que je n’écris d’ordinaire pas, à ce qui fait symptôme, c’est déjà bien. je veux écrire comment j’ai été si mal un jour, et pourquoi, et comment le lendemain, tout avait disparu : 

quand je me suis réveillée vendredi, j’étais « mal » – je mets des guillemets parce que je ne sais plus ce que ça recouvre cet « être mal », cet envahissant désagrément dont je n’ai  alors d’autre recours que de me recommander d’avoir la patience d’attendre qu’il passe -, et je ne savais pas pourquoi, mais c’était au point que j’ai eu très envie de fumer, comme si une cigarette allait régler ça, et je pensais que je donnerais le reste du paquet à H, s’il venait au soir, ou à M, ah oui, c’était le jour du concert de F et les membres du groupe devaient venir loger à la maison, les 5 membres, et c’est peut être à cause de ce concert et de cette venue chez nous que j’allais si mal (alors qu’a priori j’aime plutôt ça, a priori ou a posteriori, mais pas quand le moment se rapproche, en vrai). F est parti vers 18h30 pour accueillir les musiciens et préparer la salle,  quand il m’a prévenue qu’ils viendraient ici, les musiciens, avant le concert, je suis sortie m’acheter à manger et des cigarettes.

J’en ai fumé une, j’ai mangé, ils sont passés, ils étaient très sympathiques. les concerts étaient très bien, les gens avenants. H est venu, je lui ai donné le paquet, le contentant. quand tout fini, sommes rentrés tous ensemble, à pied, pas loin, Barbès, les jolies rues vidées et un peu mouillées, luisantes. je discutais avec le bassiste.  tout se passait bien, il aurait fallu s’en douter. il y eut encore la petite discute avant d’aller se coucher en mangeant des chips et le lendemain le petit-déjeuner autour de la table, animé, tout ce que j’aime, en fait. tout ce que j’aime, organisé par F. en plus, j’avais bien dormi  (seule petite anomalie : de la musique en tête au réveil, les Bee Gees, ça n’était pas désagréable). ils sont partis, et ce jour-là, le samedi, j’ai été tout à fait bien, à se demander si je n’étais pas un peu high, comme ça m’arrive quand je fume, d’abord de très bonne humeur et la nuit, ça vire. en post-cig, il n’y eut que des fracassemeurs en tonalité basse, bruit de fond, pas mal de musique dans la tête, et un petit bouton blanc découvert sur l’aile du nez, à gauche. les voix des fracassemeurs articulaient des mots auxquels elles ne croyaient pas elles-mêmes, pour le principe, vidées. 

Il est maintenant 7h22.

Je viens de manger le restant de soupe aux choux-fleurs rôtis faite hier.

Est-ce que j’ai écrit tout ce que je pensais devoir écrire ?

je voulais parler des fracassemeurs encore revenus ce matin, coups de couteau dans la poitrine, accompagnés de musique et de pensées variées,  j’aurais pu ne pas les remarquer.  étonnée qu’ils soient encore là si longtemps après les cigarettes de vendredi, qu’il y ait encore ces effets dans le corps, où est-ce que ça se passe, me demandais-je, en quel endroit du corps ? c’est pour ça que j’ai voulu me lever pour réfléchir à ça, réfléchir à ce que je pouvais faire pour contrecarrer ces effets que j’attribue à la cigarette, comment espérer que ça puisse ne pas laisser de traces, que ça se répare… j’ai l’air d’exagérer, mais – surtout au vu dont ça s’est passé cette fois -, mais. la seule chose à quoi je suis arrivée à penser, c’est « inflammation », « éviter le sucre », « état inflammatoire », « levure, intestin ». d’où aussi la soupe aux légumes. « état inflammatoire » et volonté d’empêcher.

est-ce que je suis ridicule? je le crois.

trouver le descriptif chez Kafka de ses « fracassemeurs » à lui…. parce que oui, pour moi, ce qu’il décrit, certains de ce ses « délires », de choses qu’il voit, ça correpsond à mes « fracassemeurs », en beaucoup plus grave. 

samedi 14 décembre 2024 · 12h44

réfléchir avec la beauté

je me suis levée je suis au salon il fait sombre j’entends le bruit d’un réveil les 4 rideaux sont tirés.

éveillée dans pensées diverses et mauvaises. à propos du grand ratage de me vie . du manque de métier, de travail. d’Annick aussi. et du texte que je n’arrive pas à rattraper, sur les 3 chiens. ou pas suffisamment vite à mon goût.  ce qui  me fait craindre qu’une fois encore je l’abandonne. s’agissant du  texte d’Éric Laurent, sur lequel je retravaillais également hier, il faut que je renonce à y comprendre quelque chose. c’est très étrange, ce texte. il comporte pour moi les plus grandes promesses (de compréhension) et entraîne les plus terribles perplexités.

(par rapport au rêve des chiens. comment se rapprocher du pathétique de ces 2 chiens noirs que je retrouve liés l’un à l’autre et que je détache. le grand chien blanc.)

je suis sidérée par ma façon d’oublier les dates. (en même temps que je réfléchis à la façon d’en faire quelque chose. la façon dont je travaille ici, déjà, c’est en faire quelque chose. mais ça ne suffit pas. la façon dont d’un jour à l’autre, d’une heure à l’autre, je travaille à des textes qui ont des années de distance. aussi bien à du nouveau qu’à des textes d’il y a 20 ans. je pourrais trouver le moyen de le « montrer » dans le blog. (je songe des couleurs différentes selon les époques. une couleur et son dégradé par année. quelque chose à travailler en CSS. pour la page MOD, qui devrait oser devenir page d’index. page MOD ou Atelier ou La pelote. les fils, c’est les années.). )

le rêve des 3 chiens, c’était quand ? c’est pour ça que j’essaie parfois d’ajouter dans le blog des photos. pour situer dans le temps. quand ? 09? 21? je crois que c’est 2021. je m’en suis aperçue hier en écrivant 2 + 1 chiens et ça m’avait fait penser à 2021. c’est peut-être septembre. vérification faite, c’est septembre, le 16. 

et c’est en octobre, en octobre 2020 je m’en rends compte, un an auparavant… que j’envoyais cette lettre à l’analyste à propos de ma tentative renouvelée de lecture du texte d’Éric Laurent sur la mélancolie. à relire ma lettre hier, je retournais à la profonde perplexité où j’avais été à ma première lecture. est-ce que nous étions à Donn? je cherchais des photos et j’en trouvais du chevreuil. que faire de cette perplexité? il y a de si belles choses dans le texte. et des points d’énigme je n’arrive pas à m’approprier. alors ?

/ / /  je me souviens de l’état dans lequel je rentrais – je me souviens de la profondeur du fauteuil de velours ocre – à force d’essayer de pénétrer ce texte . rentrée en état de bêtise . la chose au fond est dite, la chose que je lisais , que je tentais de pénétrer, la chose est dite , elle l’est et ne peut l’être que delafaçon dont elle l’est . une chose est dite . non pas la chose est dite, mais une chose est dite qui se rapproche d’une vérité . qui ne peut être pénétrée plus avant .  il faut se contenter de et habillage, ce voile qui donne seulement à deviner une forme . je me souviens que j’en étais devenue tris t e . c’est au fond que j’avais espéré pouvoir en tirer quelque chose, pour moi , à mon usage . me soigner … ///

et je me dis qu’il s’agisse du rêve ou texte de psychanalyse,  peut-être chercher à en rendre l’image, de ce que je trouve beau , à défaut de parvenir à en d ir e quelque chose.  restituer ou inventer une image du texte du rêve (auquel je ne fais pas justice) et puis aussi des passages  de ce  texte d’EL qui me parviennent et qui sont des énigmes. restituer l’énigme sans sa résolution. faire de l’énigme la beauté . renoncer au sens.

Sin titulo, 2014, Broderie , Amparo de la Sota , née à Madrid en 1963

mais je ne suis pas capable de créer de la beauté.
non, ce n’est pas vraiment ça. c’est réfléchir avec une image que je ne sais pas. c’est mon lien aux images, créer avec des images qui n’est pas un enjeu pour moi. la beauté d’ailleurs est bien moins un enjeu que le sens, fondamentalement. le sens et la parole. quelle spectatrice suis-je dès lors. oh, je peux l’être, je le suis. mais, c’est probablement toujours de sens que je suis affamée et frustrée. un sens fait de mots et de raisonnements. un sens qui fasse lien aux autres. pourquoi est-ce que je veux de ce dont je suis le plus privée ? la parole. la parole comme lien aux autres.

pourquoi faut-il que les mots toujours me manquent ? se détachent de moi.

je ne fais rien d’autre qu’essayer de les rattraper, de les empêcher de disparaître.

réfléchir avec la beauté. s’agit-il de réfléchir, ou de résoudre. résoudre. la beauté résout quelque chose au travers de son énigme. au travers de l’énigme qu’elle continue de poser et qui se résout dans son exposition. bah, je n’ai rien résolu avec le texte d’EL. non, rien. il dit pourtant quelque chose de la beauté de la maladie, est-ce lui ou lacan, peu importe. il y a tout à fait moyen de lire de la psychanalyse à cause de la beauté. il vaut mieux penser très bas à tout ça. penser tout bas. 

le rapport imaginaire (a-a’ du rêve des 2 + 1 chiens). je me sens bien surtout dans un rapport à 2. c’est peut-être pour ça que je repensais à Annick cette nuit. les liens que j’ai créés avec certaines femmes. les meilleures amies. certains hommes aussi. les amours. mon lien aux autres est toujours passé par une seule personne, une personne à la fois. je pourrais dire (reprenant l’erreur de la phrase précédente)  : mon lien aux autres passe par un double (qui me représente). Frédéric aujourd’hui. dans le monde pas-sans-l’autre est ma formule.

il y a eu une époque pas-sans-Jules, quand il était petit. Jules faisait pour moi lien à l’autre. en tant aussi que fils de F, quand il s’agissait de ses amis. il me protégeait (mer permettait de n’avoir pas à parler de moi, la hantise)

Je le vois ça. et je me dis : est-ce encore possible de le changer, de le modifier ? je ne le crois pas. probablement que j’essaie d’écrire quelque chose qui puisse être lu par plus d’un pour compenser cela. pour me donner une consistance qui me permette de faire face à plus d’un, au monde.

ça existe la timidité. (aujourd’hui, ces si amusants memes d’introverts…)  la timidité, l’introversion ou… la haine de soi, le manque à la représentation, dont il m’est arrivé de dire qu’il était refus de la représentation, ce qui en moi se refuse à la représentation, ou à une représentation courante, à une représentation ayant cours. ou la haine de soi pour cause de manque à la représentation en même temps que ce manque est voulu, en dépit de toutes ces conséquences fatales pour moi (isolement , solitude, etc.)

dernière séance avec l’analyste… je parlais de ça, de la façon dont je suis arrivée à me dégager, au fil des ans, de tout ce qui provoquait trop d’angoisse, et de mon lien à Frédéric. du fait que nous vieillissons et que la mort se rapproche.

cette nuit, les fracassemeurs étaient de nouveau là. mais tout perd de son sens, même eux. je ne sais pas s’ils disparaissent pour de bon, s’ils se dissolvent pour de bon, petit à petit et de plus en plus depuis que je les analyse et confronte. d’abord depuis que je leur ai donné ce petit nom ridicule. avant cela, pendant des années ils ont été là sans que je les relève. ni à moi-même ni encore moins aux autres, sinon à F, il est vrai, certainemetn pas à un analyste. jusqu’à ce que F insiste pour que je le fasse. et s’ils disparaissent, ne me manqueront-ils pas pour me confronter à ma la-haine-de-soi, ne fût-ce que comme thermomètre? ces phrases mauvaises que je m’adresse, que j’entends comme des voix extérieures, c’est une manifestation de l’inconscient, de quelque chose qui normalement est inconscient. de la même façon, que j’avais fini par repérer qu’un certain mal de tête (méninges) annonçait la crise d’angoisse, voire parfois la signalait. et le jour où une psy m’a dit, alors que je pleurais sans discontinuer, que c’était de l’angoisse, elle a mis sur ce qui m’arrivait un mot que je n’aurais jamais pensé mettre moi-même, que j’ai tout de suite adopté et qui m’a par la suite été très utile. alors cette haine-de-soi au coeur du texte d’Eric Laurent sur la mélancolie, celle qui vous réduit à vous « traiter vous-même comme un chien qui n’a pas droit à la parole » et dont les « fracassemeurs » trahissent non seulement la cruauté mais l’existence même… cette haine-de-soi que je voudrais parvenir à déjouer… en vérité, je ne voulais pas ce matin me lever et écrire (ce que j’ai fait malgré tout) mais me lever et boire un café et retourner à eux, les réfléchir. 

je n’ai jamais cessé de perdre la parole. extraordinairement. extraordinairement. c’est un mauvais tour de l’inconscient, de mon inconscient. ça n’a jamais été que ça. mon inconscient ne veut pas de l’intelligence. quelque chose de mon inconscient se refuse à l’intelligence. non, refuse que je me montre intelligente. et  refuse que je raconte quoi que ce soit, à ce que je dise quoi que ce soit. c’est très énigmatique. ce que je cherche à en dire ici n’est qu’hypothèses. j’aligne hypothèse sur hypothèse. il institue la faute, le ratage, de sorte qu’il puisse continuer à me rappeler à l’ordre, à son ordre. que je reste en deçà, que je puisse continuer à me faire le reproche de ne pas arriver à dire ce qui ne se dit pas. si ça ne se dit pas c’est pas parce qu’il n’y a rien à dire mais parce que je n’y arrive pas moi, à porter le péché du monde, ainsi je perpétue le ratage qui est sa réussite. mais quand les enjeux sont si grands, quand les enjeux me dépassent, dépassent ma petite personne. il veut que je puisse continuer à me haïr. me faire être dans la haine. mais pourquoi. ou il veut que je continue à chercher comment le dire, lui, ce manque à soi, ce qu’il veut. faire exister ce qui ne se dit pas. eh bien. eh bien. et donc ce n’est pas qu’il tienne à ce que je dise, mais à ce que j’incarne, quoi, que j’incarne ce qui échappe à la représentation. quel con. 

non apte. 

Top