le problème et le temps

« Tout problème en un certain sens en est un d’emploi du temps. »
G. Bataille, Méthode de méditation (1947)

Sans titre

(car quand je chipote, je ne doute plus)

dernière scène

Hier, voulant ajouter quelques précisions au premier billet de cette série, la dernière image du rêve m’évoqua ce tableau bien connu de Leonard, La dernière cène.1

La dernière image du rêve rappelle cette image, si ce n’est que nous y sommes assis en face des fenêtres, qui ne sont vraiment pas loin d’avoir l’aspect de celle de La cène et que je ne sais si elles sont 2 ou 3.  je crois qu’elles sont 2, tandis que de l’1 d’entre elles, je ne sais si elle est unique ou coupée, double. Je veux dire que dans le rêve même je me demande  s’il s’agit d’1 ou 2 fenêtres, le paysage à l’intérieur de l’une des fenêtres me paraissant barré d’une séparation invisible, comme composée de deux images, deux tableaux offrant l’apparence de la continuité mais s’en distançant légèrement – sans que j’aie pu déterminer ce qui causait cette différence – c’est quelque chose qui se passe dans la matière, l’air de la surface de l’image, une surface non sans épaisseur.  Il y aurait donc 2 fenêtres. L’une étant 2 fois plus large que l’autre (proportions : 2/3 et 1/3). Dans la scène de mon rêve nous sommes « dos au spectateur » et face à ces fenêtres, que j’admire.

il faut que je retrouve les notes d’Alberti sur la peinture.

// qu’on n’aille pas croire que j’aime à écrire ici, en vérité, je déteste. c’est un travail. ce que j’aime, c’est ne pas le faire. //

«La peinture n’est autre qu’une idée des choses incorporelles»
Nicolas Poussin

dans mes pérégrinations à la recherche de la dernière cène, je suis également tombée sur celle-ci, que je ne connaissais pas du tout, de poussin – dont simplement les fenêtres sont absentes. Elle s’intitule « Sacrement Eucharistique ». C’est Judas qui prend la porte.

Notes:
  1. Comme j’en cherchais  une reproduction sur le net, j’ai découvert cette copie, contemporaine de l’époque de Leonard, de l ‘abbaye de Tongerlo en Belgique,    peut-être visitée autrefois, que j’ai utilisée alors en illustration de ce premier billet. []
Mercredi 4 janvier

CBD, 4 gouttes hier; quand j’ai regardé l’heure au réveil, il était 08h01. Ce soir, j’essaie de passer à 3 gouttes.

F est toujours au lit, dort. Cela veut dire qu’il n’ira pas au travail aujourd’hui, contrairement à ce qu’il avait dit hier et avant-hier. Ce n’est pas aujourd’hui que j’aurai ma journée seule, ce sera demain, où je ne serai pas seule puisque vient la femme de ménage, M.

Cette nuit, rêve, peu de souvenirs. D’abord au premier jour d’un week-end des Journées de l’École de la Cause freudienne.

Quelqu’un, je crois, est amoureux de moi. Pas d’autre souvenir. Si ce n’est peut-être celui d’être habillée.

2ème jour, le matin, avant d’y aller, dans un grand espace clair, une maison à étages (maison de mon frère, JP ?) .Un homme va être amoureux de moi, on  me le dit, va m’aimer, je vais le rencontrer. Il y a mes frères, enfants, il y a Jean-Claude, on s’apprête. Ma mère aussi. Je crois qu’elle dit qu’elle va m’accompagner. On se dispute, une dispute terrible, qui fait un trou, au moins dans mon souvenir. Je continue à m’apprêter, vêtements, maquillage, ça traîne, c’est difficile. Il y a des contraintes au niveau des vêtements. Je crains qu’ on arrive en retard.  A un moment, je suis prête,  J-C dit qu’il n’est pas pressé. Il dit qu’il pourrait travailler encore à un travail qu’il a à faire, qu’il devra faire le soir  et  que ça  lui prendra trop de temps parce qu’il a des problèmes avec les titres, en Word, le traitement de texte, avec la hiérarchisation des titres. Il n’y arrive pas. Je dis que je pourrais lui montrer. Il y a un doute sur la possibilité qu’il comprenne ce que je lui montre, que ça lui facilite le travail.

Je crois que nous partons. 

Nous arrivons aux Journées.

Grand espace clair, hall. 

Ma mère arrive.

Mais elle ne vient que pour dire qu’elle ne viendra pas, qu’elle ne m’accompagnera pas. Il y a quelque chose de très triste (à mourir).

Je disparais. Non : elle disparaît. Je me réveille.

08:50,décidément, tout le monde dort.

Je vais me faire encore un café.

Je suis dans la grande salle rideaux rouges encore tirés couchée sur le canapé avec la couverture.

Hier soir, pensais à J-C, me disais que devais lui envoyer ce que hier finalement envoyé à D et G. Et me disais, je crois, que n’aurais jamais dû quitter l’ECF, ou que je n’aurais jamais dû renoncer à être psychanalyste. Qu’il y avait un avant et après ce moment là. Après qui avait mené à la conscience d’être folle, d’être psychotique. À cet « être avec ma mère ». « Être en ma mère. »

Au réveil, je pensais à sa mort, je crois. À la façon qu’elle avait eu de faire tout ce qu’il fallait, de tellement bien s’occuper de tout. La mère exemplaire qu’elle avait été.

Maintenant qu’elle va mourir, sa présence ne m’angoisse plus. A un moment dans l’analyse, je suis arrivée à ce point d’intraitable : l’angoisse d’elle. Enfin, je dis ça. Mais qu’est-ce que j’en sais.

C’est sa parole qui m’a manquée. Celle de ma tante est venue soulager cela. 

14:16

Fait une soupe au (non pas potimarron, c’est pas si rond, c’est plus oblong, avec un petit cul, il est vrai, plus rond, ça a une jolie couleur d’œuf, ça se pèle, la chair est orangée, il y a des (autre mot qui manque) (pépins ? Non) dans le petit cul rond, que certains sèchent et mangent). Et une salade de chicons (endive) + pomme + huile de noix +

(je passe à la ligne pour mettre un blanc, à cause du temps d’hésitation) vinaigre de cidre +cumin + pincée de sel + poivre + grains de fenouil.

Abécédaire. À O, l’oubli des mots.

G ne souhaite plus faire le cartel, quel dommage. Écrire à J-C.

Je ne sais plus ce que j’étais venue écrire ici.

F joue. Il a fait les lessives.

de l’holocauste au sinthome

Je donne ici renvoie ici à un texte dont je suis absolument sûre qu’il a un rapport avec mes interrogations actuelles sur le temps et l’espace, la jouissance, la répétition, la possibilité de passer du cardinal à l’ordinal, le désir de la mère et le désir de l’analyste, l’objet de l’angoisse et le trauma, l’acte de parole. Ce texte magnifique a été publié dans Quarto n° 66, Des conditions d’une transmission, en novembre 1998.

modification du 23 mars 2011 : Rivka Warshawsky m’ayant autorisé à le re-publier sur Empreintes digitales, après l’avoir relu, on le trouvera donc là.

 

Sans titre
Sans titre

mes nuits seules comptent

plus-un (en moins)

long rêve  – Rêvé que JC, à qui j’ai proposé d’être +1 1 du blog escapcult, avait « récupéré » l’appartement dans lequel j’avais déjà beaucoup travaillé, commencé à peindre les murs en vert (le vert de notre appartement en fait), que j’avais commencé à repeindre mais pleine de doutes, qui était face à la mer, grande fenêtre sur la mer, mais que j’avais dû abandonner… raisons oubliées , était occupé par lui et… sa femme, lui nouvellement marié. Ils avaient terminé les travaux, c’était magnifique. Mais l’appartement était vide, quand je l’avais laissé plutôt encombré de meubles. Le prix de l’appartement n’avait pas été augmenté. Comme je l’avais fermé en le quittant, je me demandais un peu comment ils s’y étaient introduits.

Notes:
  1. « La juste mesure pour un cartel, c’est quatre ou cinq personnes qui se choisissent un plus-un. Il n’y a pas dans les textes de Lacan d’indication sur les modalités de choix. Pas de règles strictes, pas de formalisme.

    En 1964, dans son « Acte de fondation », Lacan dira que c’est autour du plus-un que se fait la conjonction des quatre.

    En 1980, à la fondation de l’ECF, Lacan précisera : « La conjonction des 4 se fait autour d’un plus-un qui, s’il est quelconque doit être quelqu’un ». Quelqu’un qui a la charge « de veiller aux effets internes de l’entreprise, et d’en provoquer l’élaboration. » Voilà la fonction essentielle du plus-un : inciter à l’élaboration, sélectionner, discuter l’issue à réserver au travail de chacun. C’est ce que nous rappelle Jacques-Alain Miller dans un article intitulé : «L’élaboration provoquée ». (Lettre Mensuelle n°61).

    […]

    En 1975, aux Journées des cartels, Lacan nous rappelait que la psychologie du groupe nécessite un leader « mais pour qu’il en subvertisse la fonction… Au lieu de gonfler le leader, il faut au contraire l’amincir, le réduire au minimum, en faire une fonction permutative, qui plus est » précisera-t-il. Il peut en effet être l’un quelconque des quatre. Il suffit qu’il s’ajoute aux quatre, sans faire nombre.

    La fonction du plus-un est de conduire le travail de ses membres jusqu’au produit propre à chacun. Ce terme de «produit» ne préjuge d’aucune évaluation, produit n’est pas forcément œuvre, il n’est pas forcément destiné à la publication. L’important est que cela fasse progresser celui qui écrit. C’est une nécessité d’aboutir à ce qu’une mise en forme même minimale se dépose sur un papier. C’est à cela que le plus-un s’attelle : inciter, stimuler, provoquer, soutenir l’élaboration, réveiller du sommeil dogmatique, du dire tous pareil, du sens comme Un… Encore faut-il y consentir et ne pas refuser son opération… »

    Claude Quénardel sur le site de l’Ecole de la Cause freudienne : http://www.causefreudienne.net/index.php/etudier/cartels/comment-faire-bon-usage-du-cartel []

un père à faire

rêvé il y a deux nuits que mon père n’était pas mon père.

je rencontre mon « vrai » père. lui parlant de mon père (du vrai dans la « réalité »), je dis « mon père » et m’en excuse auprès de lui : c’est lui qui toute ma vie a fait pour moi office de père, qui a été un père pour moi, non pas celui qui aujourd’hui se présente comme étant mon père. il ne m’en veut pas, il sait que mon père, qui s’avère donc n’être pas mon père, est mort.

ce nouveau père est physiquement assez massif. plutôt muet. il ressemble à  un personnage du téléfilm dont j’avais vu la veille la fin où il s’avérait être un homme d’affaires, plutôt que l’agrégé de lettres qu’on avait essayé de le faire passer. qu’il fût un homme d’affaires, tout de suite je le pense un peu mafieux, véreux, pas clair.

dans la réalité, j’ai sur mon père un travail à  faire, pour mon père. c’est à  ce travail que je suis coincée. ce travail. qui m’angoisse.

ce père qu’éventuellement mon rêve désidéalise. « d’affaires » plutôt que « de lettres ». et dès lors « moins clair ».

je n’en sais rien.

pour faire ce travail il vaut mieux être « d’affaires », plutôt que « de lettres ». plutôt être soi-même d’affaire (femme d’a), plutôt que de lettres (comme le vrai père). d’où l’angoisse. et le changement de père.

le père à  faire. à  faire le père.

(l’angoisse, la mauvaise humeur vient de là : quand il s’agit de prendre une place à  lui réservée jusque là . un « faire comme », voire un « faire mieux » que le père (souvenir de la mauvaise humeur de freud sur l’acropole, liée à  la culpabilité qui l’envahit d’être arrivé si loin, d’avoir accompli son rêve d’enfant (celui de voyager) et de se trouver maintenant face à  qq chose, l’acropole, que son père, vague petit homme d’affaire, n’aurait pas même rêvé de voir, faute de culture. enfin, je ne suis pas sûre que son père fût homme d’affaire, disons homme de petit métier.))

évidemment,comme à  chaque fois, j’accuse l’autre de m’empêcher de faire ce que j’ai à  faire.

je veux dire que dans la réalité il y a « ce père à faire », l’angoisse, je rumine; j’ai mes humeurs, et j’accuse f de m’empêcher.

Artistes sans œuvres de Jean-Yves Jouannais,
— I would prefer not to

On trouvera ici des extraits du livre de J-Y Jouannais (les italiques [entre crochets, souvent]  indiquent mes propres annotations) que je note au fil de ma lecture, pour m’en souvenir.  Les numéros que l’on rencontre çà et là correspondent aux numéros de page.  Il arrive aussi que je me renseigne sur internet à propos des personnes ou des textes cités et que j’inclue ici ce que je découvre.

Artistes sans œuvres

1. Publier ou non son cerveau

« L’homme parfait est sans moi, l’homme inspiré est sans œuvre, l’homme saint ne laisse pas de nom. » Tchouang-Tseu

p. 9
« Pendant un siècle, les Wittgenstein ont produit des armes et des machines, puis, pour couronner le tout, ils ont fini par produire Ludwig et Paul, le célèbre philosophe d’importance historique, et le fou non moins célèbre (…) et qui, au fond, était tout aussi philosophe que son oncle Ludwig, tout comme à l’inverse, Ludwig le philosophe était tout aussi fou que son neveu Paul, l’un Ludwig, c’est sa philosophie qui l’a rendu célèbre, l’autre, Paul, sa folie.
Tous deux étaient des êtres extraordinaires, l’un a publié son cerveau, l’autre pas. J’oserais même dire que l’un a publié son cerveau, et que l’autre a mis son cerveau en pratique.« 
(Thomas Bernhard, Le Neveu de Wittgenstein, éd. Gallimard, Paris, 1982.)

Cette ligne qui partage la famille Wittgenstein traverse également l’histoire de l’art. Celle-ci, telle qu’elle s’écrit, se limite par convention à deux paramètres : les artefacts, les signatures.  p. 10 Elle se satisfait d’être une chronologie des objets produits et un index des noms propres.  Elle omet la chronique que rendraient lisible d’autres critères, à savoir une relation des phénomènes artistiques selon l’idée, selon le geste, selon l’énergie. Cette chronique discrète relaterait les Vies peu illustres d’artistes qui n’ont pas produit d’objets, mais n’en ont pas moins exercé une influence majeure sur leur époque. 

Une chronique qui, ne se départissant pas de la confiance accordée à l’art, s’énoncerait à partir d’une certitude, celle de l’inestimable bonheur de regarder des tableaux, de lire des livres, de voir des films.

Herboriser les obsessions

10 Combien de songes, de systèmes de pensée, d’intuitions et de phrases véritablement neuves ont échappé à l’écrit? Combien d’intelligences sont-elles demeurées libres, simplement attachées à nourrir et embellir une vie, sans fréquenter jamais le projet de l’asservissement à une stratégie de reconnaissance, de publicité et de production? Nombre de créateurs ont opté pour la non-création, ou plus précisément, peu séduits par l’idée d’avoir à donner des preuves de leur statut d’artiste, se sont contentés d’assumer celui-ci, de le vivre pour eux-mêmes, pour leur entourage, soit dans le pur éther conceptuel, soit dans l’esthétique vécue et partagée du quotidien, laquelle esthétique rassemble le geste dandy, la dérive situationniste,  l’infini éventail des poésies non écrites, l’apparente gratuité des congrès de banalise, ou encore, l’activisme des disciples d’Antisthène, le silence de Marcel Duchamp, l’art sans objet de Jacques Vaché, les romans inécrits de Félicien Marboeuf, le Musée des Obsessions d’Harald Szeemann, l’écriture introvertie de Joseph Joubert, les scandales d’Arthur Cravan, les gesta fondatrices évoquées par Pline1

Simplement pour vitales qu’elles soient, ces sommes immatérielles, ces idées inécrites, ces poésies vécues ne peuvent parier que sur la mémoire, le mythe, pour traverser les époques, ayant refusé, avec violence, ironie ou innocence, la logique industrielle et mortifère du musée comme de la bibliothèque.

… L’immense majorité de ces auteurs, de fait, à l’image des femmes et hommes infâmes dont Michel Foucault rêva d’écrire l’histoire*, n’ont guère connu que l’ombre de l’anonymat… 12 D’être connu leur fait défaut pour être reconnu. Or ce défaut même, ils le cultivent. C’est leur passion, la caution de leur indépendance. 

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* « La vie des hommes infâmes », texte publié dans Les Cahiers du chemin n° 29, 15 janvier 1977, devait être l’introduction d’une anthologie de textes administratifs du XVIII° siècle issus des archives de l’enfermement de l’Hôpital général et de la Bastille…..

« C’est une anthologie d’existences. (…) J’étais parti à la recherche de ces sortes de particules dotées d’une énergie d’autant plus grande qu’elle sont elles-mêmes plus petites et difficiles à discerner. »

Sur « La vie des hommes infâmes », lire absolument : http://michel-foucault-archives.org/?La-vie-des-hommes-infames

 

«les héros de l’art brut »

13 Il faudra couvrir du même regard… ceux que Dubuffet appelle «les héros de l’art brut » …

…  précédent ouvrage (de Jean-Yves Jouannais), «Infamie», lequel interrogeait l’ensemble des pratiques à caractère non héroïque, antiprométhéennes en marge de l’histoire de l’art traditionnelle. Où l’infamie renvoyait précisément à son étymologie : tout ce qui, volontairement ou non contrarie, jusqu’à la condamner, la notoriété, la renommée, la gloire, la fama. « Ou comment des artistes, ne se contentant pas de commenter la fin du monument, de dénoncer l’illusion du chef d’œuvre, ont pris le risque de l’infamie, ont réalisé ou incarné cette fin du sublime dans le champ miné du fiasco, du ridicule, de l’ignominie, du grotesque, de la dérision, de l’incohérent, du mauvais goût. » Infamie, Éditions Hazan, Paris, 1995

14 « Les célébrateurs de la culture ne pensent pas assez au grand nombre  des humains et au caractère innombrable de productions de la pensée. (…) Ils devraient surtout avoir bien présent à l‘esprit le très petit nombre de personnes qui écrivent par rapport à celles qui n’en écrivent pas et dont les pensées seraient de ce fait vainement cherchées dans les fiches de bibliothèques. L’idée de l’Occidental, que la culture est affaire de livres, de peintures et de monuments, est enfantine…. » 

Francis Picabia, Jésus-Christ rastaquouère, page 34
Francis Picabia, Jésus-Christ rastaquouère, page 34

Picabia

« Tous les peintres qui figurent dans nos musées sont des ratés de la peinture; on ne parle jamais que des ratés; le monde se divise en deux catégories d’hommes; les ratés et les inconnus », Francis Picabia, Jésus-Christ Rastaquouère, éditions Au Sans Pareil, Paris, 1920.

Jacques Vaché « A part cela – qui est peu – Rien »

mort jeune ; écrivit à Fraenkel, Breton, Aragon

breton publia Lettres de guerre

p.19 « En effet, l’époque n’aurait pas suffi à faire de Breton un héros d’avant-garde, il lui fallut, pour cela, les leçons de Vaché : « Le premier, (…) il insista sur l’importance des gestes (…) » Ce sont ces gestes, cette attention portée au comportement, cette pratique d’une « totale indifférence ornée d’une paisible fumisterie» qui, les premiers, renseigneront Breton sur la possibilité d’un retrait par rapport à l’objet d’art. »  

« L’objet d’art, c’est l’ennemi. « 

Armand Robin

21 « Après avoir fait un art d’apprendre la musique, on devrait bien en faire un de l’écouter » Diderot, Traité du beau.

24 « Cette déségotisation forcenée se trouve formulée maintes fois, que ce soit dans un recueil au titre significatif Ma vie sans moi ou dans Quatre poètes russes ou Robin remercie Blog, Essenine, Maïakovski et Pasternak pour « l’avoir défendu contre sa propre poésie » (Christian Moncelet). Contre sa propre poésie, ou contre la propagande de celle-ci ? Car il y eut poésie, un parcours intense dans le langage lui-même, un étourdissement des langues, no pas subi, mais recherché, architecturé. Elle consiste en la jubilation propre à l’écoute des mots, en la composition, dans les circuits discrets de la mémoire, de poésies inédites dédiées au plaisir de l’instant .


D’après J-Y Jouannais, il n’y eut pas chez Armand Robin volonté de faire œuvre écrite mais œuvre d’écouteur. A lire Françoise Morvan, on découvre que la vérité de cela était moins simple que ce qu’il n’en laisse entendre :  http://francoisemorvan.com/recherche/edition/armand-robin/ :

Armand Robin « Je pourrais me reprocher cette naïveté, et l’outrecuidance, en plus de ça, de mes espoirs, mais ce n’était pas qu’illusion. Le travail de Robin sur les propagandes, travail qu’il a évoqué dans un essai publié aux éditions de Minuit en 1953 sous le titre de La Fausse Parole, est intéressant, et d’autant plus tenant compte du conformisme stalinien qui était alors de mise. Lire les bulletins d’écoute comme le roman de Robin passé par la planète, pris et repris par les ondes des propagandes, achevant de s’y perdre pour retrouver des lambeaux de soi dans les poèmes de Mao ou les pauses musicales de Radio Moscou peut être fascinant. Encore faut-il faire une croix sur l’image si séduisante du poète se sacrifiant à l’écoute des propagandes staliniennes à la suite d’un voyage en URSS en 1933, s’achetant un énorme poste de radio et s’inventant un curieux métier en chambre, le métier d’écouteur, pour lutter contre le totalitarisme, puis distribuant clandestinement ses bulletins d’écoute à la Résistance et poursuivant, contre vents et marée, son dur combat libertaire.
Cette vision enthousiasmante, j’y ai d’abord cru puisque ma première publication a été, en 1979, aux éditions Le Temps qu’il fait (ainsi nommées en hommage au roman de Robin) une réédition de La Fausse Parole, avec bulletins d’écoute inclus sous un rabat.

Pour que la biographie se fendille, il suffisait d’un tout petit fait, mais hélas indéniable : Robin ne s’est pas installé comme écouteur à son compte pour lutter contre les propagandes totalitaires mais a été engagé en 1941 par le ministère de l’Information sous Vichy au service des écoutes radiophoniques. Cela signifie qu’il a d’abord choisi de mettre son prodigieux don des langues au service de l’un des ministères les plus étroitement engagés dans la collaboration : il a donc dépendu de Laval et à partir de 1944 du sinistre Henriot, secrétaire d’État à l’Information imposé par les SS.

Les litanies désastreuses des Poèmes indésirables, je les comprends maintenant comme une manière de se condamner. Se mettre en marge, s’installer, après guerre, écouteur à son compte, en poursuivant ses traductions de poèmes après la grande rupture avec tous, avec soi, voilà qui peut se lire dans les fragments laissés après sa mort, voilà qui explique la présence dans un même volume — mais qui n’était pas du tout le même — de poèmes écrits pour soi, rayonnants, puis de litanies politiques pseudo-prolétariennes, puis, le seuil franchi, de poèmes badins, ne disant plus rien que cette parodie d’existence heureuse, cette parodie d’existence, heureuse ou pas, cette béance : et les traductions elles-mêmes deviennent les traces d’un effort de plus en plus vain pour revenir à soi. »

Françoise Morgan, « Pourquoi Robin », http://remue.net/spip.php?article4338


 

24 « Miracle secret » de Borges

 

Félix Fénéon

Notes:
  1. Livres XXXIV, XXXV, XXXVI de l’Histoire naturelle. []

addict est le nom de symptôme de la jouissance

Lacan annonçait en 1946 une montée en force du surmoi, que plus tard dans son enseignement il définira, en le différenciant de l’Idéal du moi, par l’impératif de jouissance : «Jouis». La généralisation du terme «addiction» est le symptôme qui réalise l’accomplissement de cette montée. Addict est donc le nom de symptôme de la jouissance, et le succès du terme rend manifeste le triomphe de cette dernière sur le désir, enraciné qu’il est dans une division du sujet que, précisément, l’addiction à quelque substance que ce soit fait s’évanouir. Ledit «manque» est, lui, d’un tout autre ordre que le désir. Il relève de la volonté, entendez la volonté de jouissance que Sade mit en scène.

L’Expérience des addicts ou le surmoi dans tous ses états, MARIE-HÉLÈNE BROUSSE

Frédéric Lordon – La révolution n’est pas un pique-nique

[e t Frédéric Lordon1 de sous-titrer son exposé : »Analytique du dégrisement » — Or ça, je ne lui trouve rien de dégrisant à son analyse : que du contraire : pour ma part ça m’a bien COMPLÈTEMENT grisée…]

j’ai trouvé là, http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/la-revolution-n-est-pas-un-pique-153918 , le texte complet.

 Notes :

Notes:
  1. Frédéric Lordon est Directeur de recherche au CNRS, économiste passé chez les philosophes. Développe un programme de recherche spinoziste en économie politique et en sciences sociales. A récemment publié Capitalisme, désir et servitude (La Fabrique, 2010), D’un retournement l’autre, comédie sérieuse sur la crise financière (Seuil, 2011) et La société des affects (Seuil, 2013)   []

le saisissement moelleux des corps

Bz0GsPZCUAAlAX2ce… « saisissement moelleux des corps » de Frédéric Lordon, comme il dit bien comment le capitalisme nous fait jouir . consommer est jouissance ( ça -pense , ça jouit) . nous cantonne au régime du chacun pour soi . et nos désirs se réduisent à ce que nous dictent nos addictions – l’addiction qui concerne la jouissance possible, celle du besoin rassasié (ce besoin que Lacan oppose au désir) . le capitalisme joue de ça, produire un discours qui nous autorise=pousse à jouir en dépit du désir (parce que le désir lui n’a rien à voir avec ça, le désir ne veut pas jouir . )

capitalisme appareille nos corps aux objets qu’il produit (autan tde machines gadgets à jouir) .

>nos corps bien a p p a reillés

apparentés à des machines, et que fait une machine d’autre que
ron ronner

machines nos corps ron-ronnent

machine n’a d’autre cause que sa fonction

.

.

(puis, oui, je crois que la petite communauté est aujourd’hui plus à même de soigner/ panser le désir ( (aussi par l’amour) (car l’amour est ce qui fait que la jouissance condescend au désir))

à une plus grande échelle / la ville ses anonymes/ la jouissance ne peut se réguler que par le droit (et la police) : c’est cap au pire on le voit

l’heure est au dire et à l’entendre, ce qui se bruisse. c’est pourquoi il faut prendre l’addiction comme symptôme

dans l’éclipse du croire

L’ironie, que lui opposer sinon une forme du croire. Et la certitude. Or, la certitude n’est pas communicable. N’est pas un sentiment sur lequel on peut compter, est capricieuse. Les conditions de son apparition ne sont pas connues. En son absence, la croyance peut faire fonction. Emportant le doute avec elle.

La certitude ne se révèlera jamais plus longtemps qu’un moment (dans un déchirement). Elle fonde l’acte de l’artiste. A l’occasion, fond sur le regardeur.

L’ironiste, lui, connaît bien la certitude mais ne supporte pas les semblants du croire.

La certitude n’est pas loin d’offrir les caractères de l’hallucination.

Du croire, aujourd’hui, Dieu ne s’offre plus comme garant de la certitude.

Quelqu’un a voulu (que je sois sans culotte)

Rêve. Recommence à travailler à Emak. Tout est à l’extérieur. B s’occupe beaucoup de moi. Très gentiment. Très, très gentiment. Il me semble que ma mère  est là aussi, gentille aussi. B glisse sa main sous ma jupe ou dans le tuyau de mon pantalon. Je crains qu’il ne sente que je n’ai pas de culotte et que ça ne lui donne de mauvaises indications sur moi. C’est quelqu’un d’autre qui avait voulu cela, que je n’aie pas de culotte. Que j’aie une jupe ou porte une robe et sois sans culotte. J’ai eu un autre rêve où il y avait ça. Et avant ça, un autre rêve encore. Quelqu’un avait voulu que je n’aie pas de culotte. C’est sans doute après le rêve que je pense à ça, directement après le rêve. Je pense au premier rêve comme au rêve primordial, ancestral. Je pense à la construction d’Un enfant est battu. Je pense  au fait qu’il y a déjà eu un rêve où j’étais sans culotte. Ce rêve où je suis comme un paresseux, l’animal, accrochée à une barre, au milieu d’un immense grenier vide, sans culotte. Paresseuse accrochée à une barre, sans culotte. 

Mehdi Belhaj Kacem et la théorie du complot

extraits:

que la thématique du complot se confond peut-être bien avec la littérature elle-même… identité du littéraire moderne et de la persécution… théorie oblique du complot

la question de la phrase… je suis obsédé par cette question de la phrase. et plus exactement à ce qu’à mes risques et périls j »appellerais les phrases héroïques… questionnement sur l’héroïsme venu à la lecture de Philippe Lacoue-Labarthe… espèce d’antonin artaud de l’université  … héroïsme qui est celui de baudelaire ou de benjamin … « qu’on peut soutenir que la littérature moderne ne naît non pas avec le roman mais avec l’auto-biographie…  » la question autobiographique s’est mêlée à un délire du complot … héroïsme moderne … lien entre héroïsme autobiographique et thématique du complot … Benjamin : la modernité doit se placer sous le signe du suicide ; suicide n’est pas un renoncement mais une passion héroïque … c’est la conquête de la modernité dans le domaine des passions et c’est vers cette époque que l’idée du suicide a pu pénétrer les masses laborieuses … on se dispute une gravure qui représente le suicide d’un ouvrier anglais par désespoir de ne pouvoir gagner sa vie… 

tous ces littérateurs ont été pauvres…

« DES PHRASES QUI SAUVENT LA PEAU » : ENTRETIEN AVEC MEHDI BELHAJ KACEM

Re: livres du moment / Artistes sans oeuvres et Rien ne s’oppose à la nuit

j’ai terminé, il y a quelques temps, la lecture de jean-yves jouannais, Artistes sans œuvres, aussitôt reprise pour ne pas le perdre de suite, ce livre que j’avais aimé. je l’ai perdu quand même, je suis faite de sable.

cette nuit j’ai pensé, parce que je pense à n’importe quoi, pendant que dorine faisait voyage en ritaline, que le livre aurait aussi bien pu s’appeler Artistes sans noms, puisque c’est d’eux aussi bien qu’il est question dans ce livre, des noms que ne se font pas toujours les artistes. livre qui m’a soutenue le temps de sa lecture, car il absout, ou le tente, tant de l’œuvre que du nom. c’est-à-dire de l’absence d’œuvre que de l’absence de nom.

« L’homme parfait est sans moi, l’homme inspiré est sans œuvre, l’homme saint ne laisse pas de nom. »

jouannais rêve d’une histoire de l’art qui s’attacherait à des « immatériaux« , dit-il, a l’idée, au geste, à l’énergie (mais comment l’écrire sans l’écrire une idée qui n’est encore qu’idée et qui deviendra autre chose dès lors qu’elle sera écrite? parce que c’est ça son idée, enfin l’une de ses idées, tenir compte de toutes les idées non-écrites, désigner comme artiste celui qui encore n’a que l’idée, seulement n’aura jamais que l’idée.)

« Combien de songes, de systèmes de pensée, d’intuitions et de phrases véritablement neuves ont échappé à l’écrit? Combien d’intelligences sont-elles demeurées libres, simplement attachées à nourrir et embellir une vie, sans fréquenter jamais le projet de l’asservissement à une stratégie de reconnaissance, de publicité et de production? »

« … Simplement pour vitales qu’elles soient, ces sommes immatérielles, ces idées inécrites, ces poésies vécues ne peuvent parier que sur la mémoire, le mythe, pour traverser les époques, ayant refusé, avec violence, ironie ou innocence, la logique industrielle et mortifère du musée comme de la bibliothèque. »

ce que je voudrais c’est renoncer, renoncer tranquille à la mémoire et au mythe, à la traversée des époques; ne plus souffrir de ce désir; de la mort et de l’oubli. mais j’ai eu beau lire ce livre, eu beau le lire et relire, ce qu’il tente de soulager, l’espoir dont il dit si bien qu’il gonfle, retombe aussitôt le livre refermé.

j’ai eu la chance d’ouvrir alors un autre livre, si beau, si terrible, si triste. dont je dois déjà rechercher le titre et le nom de l’auteur. [un temps assez long] . Delphine de Vigan : Rien ne s’oppose à la nuit. un ravage. une écriture où l’auteur va à la rencontre de la descente en folie de sa mère, de son suicide inéluctable.

 

 

malade de pensée / l’impression est toujours forte

Malade de pensée.
Cherche en ce moment à quoi me raccrocher. L’impression que me font mes lectures1  est toujours forte. Mais je ne sais que faire de cette force ni ce qu’elle signifie.
De quoi s’agit-il de quoi s’agit-il ? Que fais-je ? Peut-être cherchai-je seulement à me raccrocher au monde.
S’il me fallait parler / témoigner de ce qui
M’affecte
Torture
Le plus
Il s’agirait probablement de mes pensées
Elles qui me sont le plus familières
Elles qui sont la matière de mon malheur
Lequel ne doit pas être si grand dira-t-on dès lors
C’est que j’y suis enfermée
Et un peu plus de jour en jour
De jouir en jouir
Une forêt de pensées forêt vierge dont j’espère probablement pouvoir extraire l’une ou l’autre liane que je puisse alors tendre à un autre, autre être humain
AUTRE ÊTRE HUMAIN
Et que ferions nous alors une fois que nous serions à deux voire plus la main sur ma liane
Et la liane trahit la pensée trahit la forêt vierge

« Combien de songes, de systèmes de pensée, d’intuitions et de phrases véritablement neuves ont échappé à l’écrit? « 

C’est ce à quoi je pensais ce matin. Les pensées, elle s’abattent sur moi comme des boules de neige
Aucune ne se laisse entendre tout à fait
Toutes sont incomplètes
Me. Bombardent
Alors, cette pensée-là, en particulier, le hasard veut, ou autre chose que le hasard, le fait qu’elle se sustente de la pensée d’un autre, du résidu de la pensée d’un autre, aura voulu que je la saisisse mieux qu’une autre, à cause de son sentiment d’étrangeté ; l’étrangeté me sauve de ma mêmeté, j’aurai pu la saisir, ses mots me seront apparus plus distinctement parce qu’ils étaient d’un autre,
non totalement encore recouverts par la boue des miens, non assimilés, ces mots donc de Jouannais, que je reprenais hier ici, je m’ en suis saisie, j’ai pensé
À cela, que l’écrit est une liane, et ma pensée une forêt vierge, en 3D
Et ce passage de la 3D à la linéarité, c’est le travail justement où un artiste un auteur se distingue.

Évidemment, quiconque rendrait compte de la forêt vierge

Or, il ne s’agit pas non plus uniquement de 3D et de couches successives se superposant
Mais de bombardement de boules de neige et peut-être cette image-là me vient-elle à l’esprit à cause de ce titre d’un film Le bombardement de boulettes géantes, que je n’ai pas vu.

Et j’ai pensé que j’étais malade. Et que s’il y avait quelque chose dont je devais témoigner, peut-être, c’était de cette ma maladie.

Songeant à la 3D et aux couches successives
Me demandant comment
M’est revenu en mémoire cette installation de Bill Viola, regardée au Grand Palais l’année dernière

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Et revoyant ces photos sur Google Images, à Bill Viola, j’ai pensé que celles-ci disaient bien la sensation physique de ces pensées dans ma tête, et de ce qu’elles font à tout mon corps (dont je pourrais aussi bien ne pas sortir) (mais l’écrire vous l’écrire à un TRUMAIN est la luette est la lucarne d’où la lueur touche dans ma cellule) :

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Et celles-ci, pouvaient rendre compte de leur bombardement

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Or ici on voit que pour rendre compte de la pensée, de ma pensée, j’use d’images qui en élimine la matière tout en la lui accordant, car elle est de matière justement défaite, inconnue, cette matière des mots, où les couches seraient constituées de phrases ou de bribes de phrases, non point prises dans la linéarité qui pourtant les caractérise mais dans la planéité d’un voile léger qui en recouvrirait d’autres et seraient recouverts par d’autres, voilà l’image que celle de Viola inventait dans mon esprit pour rendre compte justement de mon état d’esprit, de ces pensées mouvantes, logeant toujours au bord du sens comme au bord du gouffre.

Et au travers de tout cela l’appel de la mort, comme la voix des loups. Mais pourquoi. C’est l’appel, comme celui des sirènes. C’est que le chant est si beau des loups, si terrible. Et que j’aime les choses terribles. Ici, se situe l’aveu. Les choses terribles et terriblement aimables n’ont pas leur place dans le monde extérieur. La pensée seule leur offre logis.
Mais cela ne suffit pas. Il faut connaître l’origine et la matière de ces chants des loups.

Notes:
  1. aussi bien que les conférences que j’écoute, dont je poste les vidéos ici. []
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