20 octobre 2014

Quelqu’un a voulu (que je sois sans culotte)

Rêve. Recommence à travailler à Emak. Tout est à l’extérieur. B s’occupe beaucoup de moi. Très gentiment. Très, très gentiment. Il me semble que ma mère  est là aussi, gentille aussi. B glisse sa main sous ma jupe ou dans le tuyau de mon pantalon. Je crains qu’il ne sente que je n’ai pas de culotte et que ça ne lui donne de mauvaises indications sur moi. C’est quelqu’un d’autre qui avait voulu cela, que je n’aie pas de culotte. Que j’aie une jupe ou porte une robe et sois sans culotte. J’ai eu un autre rêve où il y avait ça. Et avant ça, un autre rêve encore. Quelqu’un avait voulu que je n’aie pas de culotte. C’est sans doute après le rêve que je pense à ça, directement après le rêve. Je pense au premier rêve comme au rêve primordial, ancestral. Je pense à la construction d’Un enfant est battu. Je pense  au fait qu’il y a déjà eu un rêve où j’étais sans culotte. Ce rêve où je suis comme un paresseux, l’animal, accrochée à une barre, au milieu d’un immense grenier vide, sans culotte. Paresseuse accrochée à une barre, sans culotte. 

B va toucher mes poils. Je crains de sentir mauvais. Je crains qu’il ne sente que je suis réglée, ne sente le fil du tampon. Il faut que j’aille aux toilettes. Je demande où sont les toilettes. Plus tard, je dis à Anne que B est gentil. Elle me dit Mais oui, tu ne voulais pas le croire quand il disait qu’il avait changé. On dirait qu’il a changé, et que c’est pour du vrai. Mais je ne suis toujours pas sûre de pouvoir le croire.

C’est donc au réveil que je me suis demandée qui avait pu vouloir que je sois sans culotte. Que je pense que ce n’est pas possible que quelqu’un aie pu vouloir ça. Je pense que j’ai rêvé ça à cause de ce passage lu la veille, où un homme demande à une petite fille qu’elle ôte son soutien gorge. Dans ce livre, Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine de Vigan. Je pense que c’est peut-être depuis « ça » que je suis comme sans culotte. Il me vient à l’esprit que c’est ça qui me manque, qui m’a été ôté, cette protection, que c’est ça qui fait que je suis si « hyper-sensible », que je puisse me sentir si nue, viande crue, au bord du hrurlement. Qu’il me manque une espace de transition, un lieu intermédiaire, la culotte. Que la culotte ferait office de lieu de préliminaires. Et que ce soit ça, toujours, aujourd’hui, encore.

Jean-Pierre Dupont à qui je racontais le rêve du paresseux dans le grenier m’avait autrefois lancé dans un rire, du haut de son statut de psychanalyste  : Ha ha, oui, le « sans- culotte » de la castration. Castration de quoi, pour les filles, j’avais pensé. Et j’en avais été étonnée, ennuyée que sa parole corresponde si peu à ce que je ressentais. 

Mais une petite fille avait été autrefois conduite à l’école par sa mère sans  culotte. La mère avait ouvert la porte de la classe était apparue, tenant sa petite fille d’une main et de l’autre brandissait sa culotte, qu’elle avait souillée. Elle criait, la mère. Elle racontait que sa petite fille avait sali sa culotte, ou avait fait pipi dans sa culotte, et que maintenant, eh bien voilà, elle viendrait à l’école sans culotte. La petite fille s’appelait Patricia. Patricia Bert. C’était en 2ème année primaire (CE1). Je m’en souviens.

Avant ça, ma tante, ma marraine, Lisbeth comme l’un des personnages de Plus rien ne s’oppose à la nuit, m’avait un jour engueulée, j’étais sur le pot, engueulée parce que j’avais laissé du pipi sur la culotte, et qu’il fallait toujours, après avoir fait pipi, laisser couler les dernières gouttes puis s’essuyer. Et il me semble bien qu’elle aussi m’était apparue, furieuse, folle, dans l’encadrement de la porte d’une chambre sous les combles. Elle, la culotte à la main, comme moi j’étais sur un pot et ne comprenais rien à ce qui arrivait. J’étais en vacances chez elle. Quelques jours. Et grâce au ciel, cela n’est plus jamais arrivé. Méchante femme. Sa petite maison au bord d’un canal à Bruges.

Quand je me suis réveillée cette nuit, j’ai pensé aussi que j’avais rêvé de ça parce que je sentais la lisière de mon slip traverser, sa douce empreinte, le recouvrant transversalement, mon sexe.

Je peux le dire puisque je le sens encore à l’instant où j’écris ces mots, comme je me suis maintenant bien réveillée, mais pas encore levée, et que j’écris au lit.

Lisbeth, on disait d’elle qu’elle pouvait, quand elle était en colère, « plier une barre de fer ». A cause de ça, elle avait été enfermée en asile psychiatrique. Et Jean-Pierre Dupont avait dit qu’elle y avait sans doute été traitée comme une folle, quand elle n’était probablement qu’une grande hystérique. M’assignant, me promettant davantage encore à une identification dont je ne voulais pas.

Tante Lisbeth était ma marraine, que personne n’aimait. A cause de quoi, je devais l’aimer, mais elle était bizarre.  Et je peux bien dire, après coup, qu’elle n’avait vraiment rien d’aimable. Si ce n’est qu’elle m’avait offert une très jolie chaine en or ornée d’une petite croix, que j’avais beaucoup aimée, chérie, mon seul bijoux, unique, perdue ou plutôt, hélas, un jour offerte à une petite compagne de classe dont je devais chercher l’amitié, Renée Avial.

Elle aurait pu avoir ajouté : Est-ce que tes parents ne t’ont donc rien appris?! Ou, je l’aurai pensé. Pourquoi ne m’avaient-ils pas indiqué qu’il fallait attendre la fin des petites gouttes, puis s’essuyer. 

Comment intituler ce rêve? Quelqu’un a voulu que je sois sans culotte. 

Mais qui a voulu finalement ? Dans le livre, un homme cherche à abuser d’une petite fille. Dans ma vie, si j’en crois ce rêve et mon analyse, une mère et une tante sortent de leurs gonds à cause de la saleté de ma culotte. Un abus vient en recouvrir un autre. L’abus sexuel d’un homme, masque ici l’abus de colère d’une femme

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