ce pari sur la réciprocité de l’amour, l’existence du désir, le réel de la jouissance

22 octobre, c’est mon anniversaire…

ce que ça serait l’amour réciproque.  « l’amour, disait Lacan, est toujours réciproque ».  d’autant qu’on aime sans le savoir et qu’on déteste sans le savoir davantage, ce que j’ai lu dans Freud, qui m’a accrochée à lui.

aussi mon amour s’est-il bâti sur le pari que j’aimais sans le savoir celui qui m’aimait le sachant et me le faisant savoir. j’ai parié que cet amour était réciproque même s’il n’y paraissait  pas. et, grâce au ciel,  j’ai dû m’exprimer par endroits suffisamment clairement pour que ce soit également entendu par celui à qui j’ai trop souvent affirmé le contraire, qui à mon pari parfois douteux opposa au moins en apparence une lente certitude. et avons-nous petit à petit appris à connaître et déjouer l’étrange tournure de mes déclarations d’amour. aucune grande explication n’y servît, bien plutôt de nombreuses crises, des matins chauds, son calme, le souvenir du pari, la foi qui me revenait, une fois les méandres de l’angoisse oubliés, laissés derrière moi.

je vous demanderai également de vous souvenir que la jouissance, l’orgasme et l’angoisse ont plus d’une maille à partir.

le pari, pari aussi sur le désir, sur la jouissance aussi bien, qu’ils devinssent conscients. que ça cesse de jouir sans me tenir au courant ou alors seulement dans un grand courant bousculant, nauséeux, tenant à l’horreur. que mon désir se fît moins timide, se départisse de l’amour d’Un qui l’interdit, s’en passe. de cet amour-là qui n’est que foi chaude, jaune, une croyance triste.

moi : je ne sais pas si je l’aime.

ma mère : quand tu aimeras, tu ne te poseras plus la question.

que je n’ai plus cessé de me poser : l’aimai-je?

cela doit-il être, cela est. cela naît.

je connus,  dis-je à l’analyste,  un amour réciproque, idéalement réciproque.  une flambée courte et puissante d’amour réciproque. un mois, peut-être deux. de désir joyeux sans que nous ne fîmes l’amour : la réciprocité de mon désir le lui interdit (il ne sut pas que je m’en trouvai ravie). souvenir aujourd’hui. et pourquoi pas, avoir connu ça. au moins ça m’a donné le goût de ce que ça pourrait être si j’avais été moins névrosée. l’amour est toujours réciproque, bien sûr, tant que ça ne baise pas.

or il y a toujours un endroit où ça ne baise pas, où l’amour peut naître.

(et la réciprocité de l’amour de l’analyste, faut-il continuer à la poser en ces termes, ou se mettre à parler de transfert, et renoncer à y croire. comme chose strictement non nécessaire. contingente, accidentelle, en tant que tel, à saluer, à remercier.)

Je me disais : «Honneur, honneur, où dit-il cela?»

On le trouve par exemple d’emblée lorsqu’il fait le compte rendu d’un de ses derniers Séminaires, «… ou pire» : «D’autres s’… oupirent. Je mets à ne pas le faire mon honneur. » Ce mot «honneur» consonne avec toute cette configuration que j’ai dessinée. Ce n’est pas seulement l’honneur de Lacan Jacques puisqu’il ajoute : «Il s’agit du sens d’une pratique qui est la psychanalyse.» Le sens de cette pratique n’est pas pensable sans l’honneur, n’est pas pensable si ne fonctionne pas l’envers de la psychanalyse qui est le discours du maître et le signifiant-maître qui est installé à sa place. Pour le faire recracher au sujet, il faut d’abord qu’il en ait été marqué. Et l’honneur de la psychanalyse tient au lien maintenu du sujet avec le signifiant-maître.
Extrait de la « Note sur la honte » de Jacques-Alain Miller (5 juin 2002)

avant/après, séance – de l’intime

abominable rêve cette nuit.

j’ai peine à m’en souvenir. je sais seulement que mon père me demande si… certaines caresses. en fait il ne dit rien, mais je comprends. il a son air plaintif, malade. je m’enfuis. je me dis tout de suite que je ne dirai rien à ma mère. puis quand je la vois, je le lui dis aussitôt. elle me pose des questions, je lui dis que ça s’est déjà passé auparavant, elle me dit qu’elle s’en doutait. c’est tout. 

en me réveillant je me demande si ça s’est vraiment passé, mais je sais bien que non, je me demande à quoi ça correspond, pourquoi ce rêve-là, et si ça n’expliquerait pas « tous mes problèmes ». j’attends de pouvoir le raconter en séance, tout en doutant qu’il puisse en ressortir quelque chose – du moins dans l’immédiat. tandis que je vis une sorte de contentement de ce qu’arrive là quelque chose qui tranche, n’a pas sa place dans mes élucubrations actuelles. ce rêve comporte une certaine honte, honte pour père. l’air de rien, ce rêve bouscule tout. enfin, c’est un grand mot. crée un point de discontinuité dans le courant continu dans lequel je pensais être.

maintenant, c’est juste l’ennui, la fatigue. je sais que j’ai du boulot, un boulot qui me fait un peu peur, parce qu’il prend trop de temps, que j’ai l’impression de mal le faire. je sais qu’il faudrait que je m’y remette une heure aujourd’hui, et je ne suis pas sûre d’en venir à bout. je ne sais pas pourquoi ça coince. techniquement, il y a un problème que je n’arrive pas à résoudre.

la dernière fois que j’avais vu l’analyste, j’avais fait une sorte de résumé/condensé de la situation, partant d’un post que j’avais relu ici, autour de ce qui me réveillait la nuit : le travail et la colère. m’étant apparu que cette deuxième découlait du premier. le travail me servant de prison et la colère venant de la révolte contre celui qui me tenait enfermé.

et curieusement pendant toute la semaine qui a suivi, il me semble m’être éveillée la nuit avec l’idée que ce n’était pas du tout ça, que c’était bien plus vaste, que je me réveillais pour « résoudre les problèmes du monde ».

endormie hier soir en lisant robert walser, que je découvre.

à propos du rêve, peut-être l’ai-je fait suite à ce dont j’ai parlé hier ici, le problème de « l’intime », cet « intime » qu’il m’intéressait d’écrire, mais que je ne pouvais pas dans la mesure où je ne voulais pas y impliquer mes proches. et voilà que je fais un rêve dont immédiatement je me dis que je ne peux pas l’écrire sur le blog.

pendant longtemps, je me suis intéressée aux écritures dites d’autofiction, parce qu’elles étaient à ma portée, aussi parce que s’y disait ce que moi-même il m’intéressait de dire. fascinée de ce que les différents auteurs n’hésitent pas à parler de leurs proches, d’aller même jusqu’à les nommer. petit à petit je m’en suis détournée, m’étant convaincue que je ne pourrais pas, quant à moi, faire de même, que ce « n’était pas ma voie ».

qu’il y ait eu ici la semaine dernière des choses que j’ai pu écrire, mais que je ne me sois pas autorisée à publier, m’a étrangement soulagée, soulagée du « tout écrire ». enfin, je ne suis pas sûre que ce soit de ça qu’il s’agisse, mais il y a eu un soulagement, et cela m’a changée, modifiée. changé, modifié mon rapport à l’écriture. la solution que j’ai trouvée, probablement temporaire, me satisfait. ce plugin de wordpress qui me permet de marquer de façon spécifique du texte que je voudrais réservé à moi seule et qui signale cette réserve au lecteur me convient. qui montre des trous dans l’écriture, et que ces trous soient de mon fait, d’y avoir consenti. j’aurais cependant dû m’en trouver angoissée, puisque j’y prenais d’autant plus de distance avec ce que j’aimerais écrire, avec ce que j’aimerais trouver les moyens d’écrire.

c’est tout la faute à la psychanalyse

la fiction, hélas, n’est pas à ma portée. la solution de la fiction. d’ailleurs, même pas sûr que j’en veuille.

les liens de l’écriture, la pensée, la parole.

la pensée est ce qui donne l’idée, le mirage de la possibilité d’un tout écrire. si de cet attrait je pouvais me détacher, le désir d’écrire peut-être me quitterait. et parler fatigue.

le rêve de cette nuit, rêve freudien du « fantasme de séduction » ?

c’est la pensée, cette nuit, de mon incroyable solitude qui m’a réveillée.

alors ,

croire qu’il n’y aurait que le semblant qui permette d’en découdre avec la jouissance?

Sans titre

– et toi, bois-tu quand tu as soif?

l’insavoir

rêvé cette nuit que je n’en n’avais pas le droit, pas le droit de dire, parce que   je ne suis pas diplômée. mon étonnement, ma stupéfaction.
 de cela pourtant dont il est question pour moi.  trouver comment dire ce qu’il est  à  ma portée de dire.   depuis mon inintelligence même, mon ignorance, dire  depuis ce qui me retient de savoir à  la façon universitaire, la culture que je n’ai   pas, mon histoire & ma géographie que je n’arrive pas à  retenir, malgré mes efforts nombreux.

 m’étais endormie hier, pensant que si ma mère, elle nous angoissait tant, c’est qu’elle est une femme, elle aura beau eu, recouvrir ce trou, de son silence, de sa bonté, du don d’elle-même, rien n’y fait. chez nous, ça a été ça, les hommes parlaient.
l’horror feminae.
inventer une autre parole. ne pas faire à  l’instar. 
de la difficulté-même, se réjouir.

 

Sans titre

chocolat bleu pâle.

“La sensation”

souvenir m’en est revenu dimanche soir – j’avais passé le week-end à la retranscription du cours de jacques-alain miller. J’étais un peu vidée. Contente, mais dans le doute, comme je peux l’être à chaque fois que j’ai passé « trop » de temps à quelque chose, « trop » de temps à un ordinateur. Je voulais me remettre à la séance du lendemain, retourner, réinvestir ça, l’analyse. J’ai pensé aux derniers mots du dernier cours de Jacques-Alain Miller sur la jouissance féminine. Et au débat lors de la Journée de l’intranquillité (in-tranquillité) du psychanalyste – débat qui n’a d’ailleurs pas vraiment un lieu – entre F.  Hugo Freda et Patricia Bosquin-Caroz.*

Ca m’a ramenée à cette sensation que j’avais décrite à G* (précédent analyste lorsque je suis arrivée à paris), probablement parce que ce que je vivais en analyse à ce moment-là m’y avait ramenée), et sur le bord de laquelle je me sentais arriver. L’analyste m’avait dit « C’est un très exemple, une très belle description de jouissance féminine, ce que dont vous me parlez là ». Je n’avais pas été vraiment convaincue, pensant que la jouissance féminine, c’était ce dont, justement,  on ne pouvait pas parler.

Ce dont il s’agit. Quand j’étais enfant, j’ai beaucoup manqué l’école. Je simulais la maladie en faisant augmenter artificiellement la température du thermomètre. Des otites m’étaient à chaque fois diagnostiquées -et, maintenant que j’y pense des angines (blanches). Je pouvais alors rester à la maison – en général une semaine. J’étais alors autorisée à m’installer, à m’aliter,  dans le lit de mes parents, à la place de ma mère.

Parfois, tout d’un coup, ça venait. Ca s’annonçait par une sorte de sensation de ralentissement du temps. Il me semblait que j’entendais le temps ralentir. Tout me semblait aller plus lentement. Rien ne bougeait dans la chambre, mais le temps même des objets inertes m’apparaissait. je l’entendais, ralenti. Le son de la présence des choses m’apparaissait, lent. Alors, couchée sur le dos, les yeux fermés ou ouverts,  des parties de mon corps s’allongeaient, s’éloignaient de moi, allaient loin, très loin, et gonflaient. La sensation était si curieuse que je me suis souvent risquée à la vérifier, à la tester – me disant qu’elle disparaîtrait alors, mais non, je pouvais, presque à volonté, en faire l’épreuve, sur une partie au choix de mon corps. Mes pensées se poursuivaient, au ralenti, j’observais, j’étais dans l’infini, calme, dans un espace noir et infini.

J’avais demandé à ma mère si elle connaissait ça, elle m’avait répondu que c’était probablement dû à la fièvre. Comme je savais que je n’en n’avais pas, j’en avais conclu qu’elle ne connaissait pas. Lors de la dernière séance, lundi, quand je raconte ça, je me souviens, je me rends compte que j’étais alors dans la chambre de mes parents – au même niveau donc que celui de la chambre, de la pièce blanche dont il était question dans un précédent rêve – blanche, vidée et devant être maintenue vide… pour devenir un cabinet d’analyste.

Comme je racontais cette / la sensation au docteur G, il me dit, lui  « c’est ça, vous êtes une usurpatrice ». Oui, cela fait partie du rapport à ma mère, ce sentiment d’avoir été trop aimée par mon père. Mais, dis-je à l’analyste, ce n’est pas de ça dont je voulais parler. Ce dont je voulais parler c’est, sans être à proprement parler de l’amour, ou n’était-ce pas non plus de ce l’amour que je voulais parler – mais de cette identification, ce collage, cette répétition d’elle. Le mot du docteur G était juste. Je ne trouve pas ma place de penser que je l’usurpe. C’est l’histoire de ma vie. Mais ça n’explique pas l’angoisse qui m’étreint aujourd’hui dès que je suis en présence de ma mère ( ravage?).

Une autre chose m’est revenue – mon père était toujours en vie -, je parlais avec ma mère en voiture, j’étais seule avec elle, elle conduisait, j’étais à ladite place du mort et j’ai pensé  « ça devrait toujours être comme ça » (seule avec ma mère).

* en bref,  j’avais surtout pensé que Hugo Freda parlait en homme, d’une façon un peu guerrière, tandis que la parole de Patricia Bosquin pouvait bien venir « d’ailleurs ». il ne me semblait pas qu’elle doive être attaquée, ce qui n’a d’ailleurs pas été le cas, sur la tranquillité qu’elle avait dite avoir éprouvée à la fin de son analyse, et, de façon plus ou moins claire, s’était alors évoquée à moi, la jouissance féminine, ainsi qu’une capacité d’absence que je dirais féminine. j’avais également pensé à ce que lacan dit de la position d’analyste comme position féminine. l’analyste n’est pas analyste tout le temps, il l’est dans le temps de son acte… il me semble qu’il aurait fallu préciser le moment de ladite intranquillité qui si bien parlait à chacun des analystes qui s’est exprimé. et donc j’aurais finalement plutôt parlé en terme d’a-tranquillité. quoi qu’il en soit, l’intranquilllité m’a parue loin de pouvoir prendre place parmi les concepts (fondamentaux) de la psychanalyse – du moins en l’état des travaux au moment de la journée, pratiquement chacun ayant eu à se référer au dictionnaire pour la trouver, commencer de la cerner.  mais elle est bien affaire d’analyste. (éventuellement quelque chose me semblerait n’avoir pas été dit de la difficulté du métier d’analyste, de la façon dont chacun arrivait à se dépatouiller avec ça – mais peut-être est-ce moi qui me suis montrée, dans mon écoute, à certains endroits, de mauvaise volonté.) (et est-ce qu’il est interdit de parler de la « jouissance de l’analyste »? lui est-il interdit de jouir? ils disent, pourtant, aimer, leur métier). bah….

l’agence yves, dimitri et l’amour réciproque

[interrogations sur le transfert : texte à venir]

– éléments de la veille : ma gencive et l’ex a

— l’ex a, l’amour, les marques sur le corps (corps fendu par 3 fois + la mèche blanche)

— dimitri et l’amour réciproque; l’ex a et l’amour réciproque ?


la distance à elle

en observation d’elle.

« elle la donne à qui la prend. » 1

il y a un rapprochement que je ne peux pas opérer, entre nous, une distance que je dois maintenir. c’est la distance à elle. je nous maintiens à distance d’elle. en observation d’elle. et je t’observe, te débrouiller avec elle, moi qui n’ait plus le moindre avantage sur toi, tandis que tu conserves celui de n’avoir pas, pour m’atteindre, à traverser mes pensées, elles qui sont seulement le faux mur de moi à elle (où je cherche son esquisse), elles qui seulement matérialisent la perte où je suis de moi, ce moment où ça ne pense plus, qui dès lors, d’ailleurs, ne s’opère pas, se dressant comme un mur entre moi et une distance abolie.

ah bêtises, que tout cela, faux mur ça c’est sûr, mais cet elle, encore, ça ne veut rien dire.

faux mur aussi de mes souvenirs qui me viennent quand. pourquoi est-ce que j’y tiens tant, que je les évoque, ainsi. toutes sortes de souvenirs, dont certains pires. qui me reviennent quand. ça a été quoi, mon adolescence. pourquoi est-ce que j’en reste, à cette marque? non, mes premiers pas dans la sexualité non pas été spécialement drôles, mais franchement, je n’en suis plus là. alors quoi? et celui d’hier, de souvenir, n’était pas spécialement triste, étrange, peut-être, insistant probablement, mais qu’est-ce qui y insiste, que ça veuille continuer à revenir (sur la scène). peut-être seulement, justement, parce que ça fait histoire, ça fait scène, scène pour ce qui aujourd’hui souffrirait d’en manquer. conjectures, conjectures, conjectures. en finir. en finir. en finir. (il y a 15 jours, j’ai repris une analyse.)

Notes:
  1. duras marguerite, je ne sais plus où []

symptôme femme, symptôme d’un autre corps

ça continue:

Le symptôme femme par contraste, c’est d’être symptôme d’un autre corps.  […] C’est par ce tour de s’accomplir comme symptôme et de s’offrir que Lacan peut dire de Joyce qu’il se tient pour femme à l’occasion, tout en sachant bien qu’il ne choisit pas la voie du “pousse à la femme” comme “Le président Schreber”, il n’est pas femme de Dieu. Il choisit “le dire à la pointe de l’inintelligible”.
La morale de l’histoire, de Joyce avec Lacan, c’est de savoir le poids du corps propre, une jouissance de la langue à exclure le sens.
« LOM du XXI siècle », Marie-Hélène Roch, Onicar? digital

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