samedi 2 avril 2005 · 09h33

le goût de la castration

Comment donnerai-je à  mon enfant le « goût de la castration». Si la castration se situe du côté de l’histoire, du tranchant de la date, de la coupure dans le temps. Du côté de la parole, du renoncement à une vérité toute, à une identification ultime, définitive. Comment la rendre suffisamment séduisante qu’il ait le goût la force de sortir du tout à la consommation immédiate, du tout à  l’immédiateté, l’instant ? Il faudrait pour cela que j’aie pour moi-même mieux pu jouir de ces choses que je voudrais lui donner à  mon tour, après qu’elles m’aient été donné par mes parents – l’art, la culture, le goût de la lecture, de la science, du savoir. Que j’apprenne à en jouir plus surtout qu’elles se dégagent de leur vêture d’idéal, à  moins qu’il ne s’agisse de ne plus les prendre comme les moyens du maître, l’instrument qui l’installe, l’établit. Que je puisse apprendre à  me réjouir de la relativité propre à n’importe quel savoir et que mon désir de certitude s’en tienne à  celle-là . Que ce ne soit plus mon être que j’aie à défendre quand la parole je veux prendre, que j’apprenne le courage de défendre ce dont je veux parler. Que je n’aille plus à  vouloir me confondre avec ce dont je voudrais parler. Que j’ose séparer ces choses de moi pour apprendre à elles les défendre et à en apprendre le partage. Comment sortir du silence ? De mon silence et pourquoi m’y contiens-je ? Silence mien depuis l’enfance. Silence de ma mère. Pour partie, silence d’hystérique gardé sur l’inestimable valeur de ce que je vaux comme petit a, comme innommable, comme femme. Et pourquoi faut-il que ça soit si difficile de faire exister ça et malgré tout prendre part au commerce des hommes. Comment cette chose peut-elle être si forte qu’elle me tienne absolument à  l’écart de la culture, si je considère que la culture commence du moment où un discours s’organise et s’adresse. C’est que je m’y veux toute à  cet endroit, toute à cet objet, par où d’ailleurs je le trahis, parce qu’il n’existe qu’en reste, nulle part incarné, d’une division que ma parole, la mienne, seule peut opérer.

dimanche 6 novembre 2005 · 14h58

Freud, Heidegger, notre histoire, par Jean-Luc Nancy

Point de vue

Freud, Heidegger, notre histoire, par Jean-Luc Nancy

LE MONDE | 03.11.05 | 12h57  •  Mis à jour le 03.11.05 | 12h57

Point de vue

Je lis le journal

TO BE OR | 04.11.05 | 12h57  •  Mis à jour le 06.11.05 | 13h09

 

Lorsque les houles médiatiques se calment, le temps vient de poser les questions sérieuses. Heidegger et Freud : pourquoi l’un et l’autre subissent-ils régulièrement le retour d’opérations de dénonciation et de démolition ? Que les pensées de notre héritage soient soumises à relecture, à discussion, à critique et à transformation, c’est la moindre des choses. C’est la vie et le travail de l’esprit, c’est sa praxis.

On peut supposer que JL Nancy se réfère, entre autres, au bouquin, torchon, récemment publié sur Freud, mais vaut-il la peine de le mentionner ici.

 

 

Mais, avec Heidegger et Freud, il s’agit d’autre chose, comme on le voit bien. On ne les discute pas, on les voue aux gémonies. On veut nous exorciser de leur présence pernicieuse. Le rectorat nazi de l’un et l’extraterritorialité de l’autre (ni proprement médecin, ni
psychologue, ni philosophe) sont des motifs très propres aux exécutions sommaires. D’un côté l’infamie politique, de l’autre l’irrespect du protocole positiviste suffisent à mettre en place un a priori de discrédit. A l’abri de ce discrédit, et sans plus d’examen ni de réflexion, on s’acharne sur eux.

« on les voue aux gémonies« , « on s’acharne sur eux« , oui, pas seulement sur Freud, sur Lacan aussi, et la sur psychanalyse dans son ensemble.

 

 

Qu’y a-t-il donc de commun entre Heidegger et Freud qui pourrait expliquer l’analogie de ces acharnements compulsifs ? Les deux cas sont entièrement différents, cela va de soi. Ils sont même aux antipodes l’un de l’autre si l’on
s’en tient au plus visible, au plus manifeste de leurs figures
respectives, tant politiques qu’intellectuelles. Il n’en existe pas
moins entre eux un point de contact, sinon de convergence.

Ce point consiste dans une perception qu’on ne peut dire commune, mais concomitante de l’interruption des visions ou des significations du monde. La question dite « de l’être » d’un côté, celle nommée de « l’inconscient » de l’autre ont une espèce d’asymptote commune : le « sens » n’est plus disponible, ni donné, ni constructible ou projetable, ni par déchiffrement ni par encodage du monde, ni par lutte ni par partage. Le « sens »– de l’homme, de l’histoire, de la culture – n’est plus en acte ni en puissance. Lorsque cette perception s’est
imposée à Freud comme à Heidegger, une continuité s’est interrompue.

Notre tradition a vu s’ouvrir ­ ou a ouvert elle-même ­ un fossé entre elle et son passé, même le plus récent, tout autant qu’entre elle et son avenir. Autour de la première guerre mondiale, et à travers, s’est jouée une déposition générale des représentations et des significations. S’est alors ouvert un suspens de sens ou de monde tel
que l’histoire occidentale n’en avait pas connu – depuis la fin de Rome – ou bien depuis la veille du premier monde grec.

Ca, c’est la partie qui éveille mon intérêt. Ce dont Lacan parle en termes de « disparition, dissolution du Nom-du-Père« . Ce qu’il m’a semblé rencontrer, entre autres, quand j’ai commencé d’écrire ici. Ce pourquoi j’en appelais à la coupure, la coupure alors comme Nom-du-Père, coupure,  interruption dans le flot des significations, le flot, le flux, le flou métonymique ai-je pu dire des significations, l’une ne venant plus que s’ajouter à l’autre, s’enfiler derrière l’autre, dans la présence toujours, est-ce que vous le sentez que je vous parle des blogs, de cette façon dont tous les jours on vient ajouter une petite pierre, et que malgré ces ajouts quotidiens, quelque chose de l’ordre de « l’étincelle du sens » n’apparaît pas. Dans la mesure où, comme le montre Lacan dans le Séminaire V, il n’y a que la métaphore qui opère ce qu’il appelle le « pas-de-sens », qui fasse le saut du sens, soit à l’origine d’un sens nouveau, qui fût à proprement parler créative.

Déjà, qu’il choisisse de parler de « pas-de-sens » pour dire le sens justement, on a le sentiment de rejoindre ce dont nous parle Jean-Luc Nancy ici, quelque chose qu’il m’est difficile de concevoir. Je le sens bien, que je m’essouffle à courir après le sens. Ce sens qu’il n’y aurait pas qu’il n’y aurait plus. Après lequel il n’y aurait plus de sens de courir? (Ce sens qui ne prend son sens que du non-sens même, mais c’est insupportable ce genre de phrase, à force. Ce non-sens auquel on voudrait échapper à tout prix.).

 

Si donc dans un premier temps Lacan aura délinéé la fonction du Nom-du-Père, il sera ensuite revenu sur elle pour promouvoir sa seule fonction d’usage : le Nom-du-Père  : s’en passer, s’en servir. Il fait retour sur le sens également, en dénonce la vacuité la vanité la « jouï-sens ». La chose se ramenant finalement à ça: rien n’échappe à la jouissance, rien qu’elle ne récupère. Et l’avancée de Miller, Jacques-Alain, selon moi, ça sera: si l’on n’y échappe pas, à cette jouissance, comment faire pour en pâtir moins, voire n’en pâtir plus, voire en jouir plus, puisqu’aussi bien elle reste le plus réel. L’éthique selon Lacan : connais ton désir, passe alors à : et penche-toi sur tes « modes de jouissance » (auxquels de toute façon tu ne saurais déroger : apprivoise-les).

Donc, la métaphore, elle qui arrête le sens : s’en servir, à la condition de pouvoir s’en passer. S’en servir, l’utiliser, en connaissance de cause, c’est-à-dire, sachant sa valence de « comme si », de semblant. Sans y croire. Mais elle reste nécessaire si l’on veut faire le moindre « pas », le moindre retour en arrière, retour sur l’arrière, retour sur l’écoulement. Si l’on veut faire autre chose qu’avancer (je pense : avancer à l’aveugle, avancer sourd et muet, avancer, à l’instar de la pulsion, sans queue ni tête, dans la seule propulsion).

Nous sommes toujours dans ce suspens. Pour le pire et pour le meilleur. Le meilleur est que nous sommes avertis des impasses ou des mensonges du « sens », de toute espèce d’accomplissement ou de promesse de sens. Le pire est que notre monde devient capable de n’importe quoi dans la
mesure où il n’a rien d’autre pour se comprendre lui-même que l’équivalence générale – c’est-à-dire l’argent – combinée avec les finalités autoreproductrices – c’est-à-dire la technique : en bref tout se vaut et rien ne mène à rien.

Cette question de l’équivalence générale, équivalence généralisée, tout vaut tout, rien ne vaut rien, depuis longtemps me rappelle le mathème de l’obsessionnel, où les objets ne sont justement ramenés considérés que dans cette équivalence, l’un pouvant sans problème remplacer l’autre. Toujours dans le Séminaire V, Lacan développe l’idée, la montre sur le graphe, que l’obsessionnel, au fond, ce à quoi il n’a pas accès, ce qui le fait tourner en rond dans la partie inférieure du graphe, au niveau des besoins, ceux-là qui peuvent être satisfaits, ne supporte pas la confrontation à l’Autre barré, à grand S de grand A barré. C’est parce qu’il ne supporte pas que le sens soit troué, et c’est ce que notre époque non plus ne supporte, – où il s’avère que c’est justement le trou dans l’Autre qui fera la valeur, la valeur autre, non-équivalente, ce trou de pas de sens -, que l’obsessionnel s’en tient obstinément à des objets interchangeables entre eux, des objets, dont la valeur sera accordée par leur prix, ces fameuses marchandises.

A l’obsessionnel donc la pute, c’est bien connu. Et à l’horizon, intouchable intouchée irréelle la dame, la mère vierge, la toute puissante, à laquelle il ne manque rien. Je dis ici que l’époque s’obsessionnalise.

A quoi les machines également contribuent, qui nous mènent à penser le monde, – ces écrits qui ont lieu ici, dont on nous bassine les oreilles, dont on s’esbaudit -, en termes que par facilité je me contenterai de qualifier de binaires : les machines, je parle de l’ordinateur,   nous donne à nous penser comme elles : doués d’une mémoire où tout s’écrit en 0 et en 1. Où les choses se deletent les bins se trashent et les mots de passe des programmes se crackent. Ordonnancement à tout crin tout va, où moi aussi je trouve à m’appareiller.

Freud et Heidegger ont eu de cette métamorphose une perception aiguë, bouleversée, sans concession.
Ils ont pensé le déplacement : pour l’un, du lieu et de l’enjeu du sens (« l’être ») ; pour l’autre, de son émetteur récepteur (« l’inconscient »). Ni « l’être » ni « l’inconscient » ne sont de nouveaux objets dont l’effectivité serait à vérifier. Ce sont des noms – provisoires, même douteux – qui auront été mis au travail pour nous faire penser la mutation du monde.

   

Les limites et les fourvoiements de l’un et de
l’autre penseur – la tentation de la régénération pour l’un, celle de la scientificité pour l’autre, et, pour les deux, celle d’une efficience– étaient inhérentes aux conditions que leur faisait leur temps, et que presque tous partageaient alors, y compris, bien entendu, les « révolutionnaires ». Depuis ce temps – bientôt un siècle – , leurs pensées ont d’elles-mêmes engendré le travail de leur propre dépassement, critique, déconstruction. Nous n’avons pas fini de comprendre ni l’irruption de ces pensées ni leurs insuffisances et leurs risques, car nous n’en avons pas fini avec la transformation du monde. Et nous n’en finirons pas nous-mêmes, ni nos enfants. Mais nous devons d’autant plus, en toutes nos pensées, penser aussi cela : qu’une mutation est en cours pour laquelle, par définition, nulle forme n’est donnée, ni « nature » ni « histoire », ni « homme » ni « Dieu », ni « machine » ni « vivant ». Les énervés crient au nihilisme : ce qu’ils nomment ainsi porte en réalité le savoir et la responsabilité de ce fait que rien ne nous est donné, sinon d’ouvrir les yeux et de tendre l’oreille.

Rien ne nous est plus donné… Peut-être. Je suis souvent dans un incroyable sentiment de recevoir. Un recevoir dans le voir, oui, dans l’entendre, oui, un voir un entendre ce qui au voir et à l’entendre justement manque, et qui n’est pas monnayable.

 

Ils n’ont en vérité qu’un souci : ignorer notre condition présente et renouer avec le temps où conceptions, représentations et valeurs étaient disponibles. Le sachant ou non, ils se comportent comme s’ils étaient en mesure de savoir à quoi Heidegger et Freud ont dérogé et qu’ils n’auraient jamais dû méconnaître.

   

Sans doute eût-il été préférable que la pensée de l’être et celle de l’inconscient se gardent plus pures et plus assurées, plus décentes et plus secourables aussi. Mais penser ainsi revient à croire que l’histoire aurait pu s’arranger autrement. De même certains Français du XIXe siècle auraient voulu que le gaulois fût reconnu comme langue première de l’homme. C’est de la même inspiration : celle d’un déni de l’histoire et de la vérité.

 

 

Jean-Luc Nancy est philosophe.


Véronique M.

par Jean-Luc Nancy
Article paru dans l’édition du 04.11.05
par Véronique M.
Blog mis en ligne le 06.11.05
mardi 6 octobre 2009 · 09h31

Que nul n’entre dans le XXIe siècle s’il n’est hypomane…

Are Mokkelbost (b-o-r-g.org), Entity 12

La communication immédiate caractérise l’époque, pour le meilleur et pour le pire. Elle a du bon : augmentation de notre puissance d’agir, liberté croissante, agilité, faculté permanente de faire salon, mise en commun des ressources intellectuelles, la vie quotidienne vécue à plusieurs… enfer ou paradis… […]

Le pire ? Pas de doute, c’est une tyrannie. La contemplation, la méditation, la mélancolie, l’acédie, la dépression, l’otium, le loisir, la lenteur, les langueurs, le flâner, le musarder, le baguenauder, le glander, non pas seulement le dimanche de la vie de la triade sacrée Hegel-Kojève-Queneau, mais même le sacro-saint Week-end franchouillard, et, par dessus le marché, « les sanglots longs des violons de l’automne… » – toutes ces institutions augustes de la pensée, et de la sensibilité fléchissent sous les assauts incessants du signifiant toujours dispo. Que nul n’entre dans le XXIe siècle s’il n’est hypomane…

L’appareil dit nomade, ou portable, si serviable, corvéable à merci, jamais un mot plus haut que l’autre, a fait son nid dans notre cervelle, il y a pondu ses oeufs, il y est désormais accroché comme une tique à la peau d’un chien. Alléluia ! un nouvel organe nous est poussé, Notre cher et vieux In-der-Welt-sein s’en trouve chaviré de façon irréversible. Quelque chose du rapport du Dasein à l’espace et au temps, resté intouché depuis l’origine, a été pollué, qu’aucune écologie ne nous rendra pur. Des constantes anthropologiques parmi les plus assurées, ont désormais la danse de Saint-Guy.

Le monde de la longue durée n’a pas disparu, non. Il n’est pas englouti comme l’Atlantide, non. Il est toujours là, oui. Il survit, il vivote, il papote, il tremblote, il est passé au rang de patrimoine. Il fait l’objet de tendres nostalgies, il est le ressort de résistances féroces, mais tout le monde sent bien que c’est une cause perdue, comme la monarchie héréditaire et l’Algérie française. Tout doucement, il sort de l’actualité, il s’efface, fade away… Bientôt, demain, tout à l’heure, il sera hors service, honoré, muséifié. Tel le Roi d’Egypte, c’est « Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui » qui triomphe au son des trompettes d’Aîda.

Rien à voir avec l’éternel présent du « Sonntag des Lebens », où l’on se prélassait aux frais de la princesse. Quelle princesse ? Prinzessin Geschichte, la princesse Histoire, venue à bout de course, et retirée des affaires du monde. La vieille coquette entretenait dans sa thébaïde un gigolo fourbu, Herr Geistes, qui passait son temps à siroter des apéros dans un petit caboulot, en racontant les bobards de ses hauts faits. Enfin Georg Wilhelm Friedrich Hegel vint. Il prit au sérieux le vieux cabot, et se fit son amanuensis, comme le furent pour Socrate, Samuel Johnson et Napoléon, Platon, Boswell et Las Cases. Sur une île déserte, qu’emporterais-je plus volontiers ? La Phénoménologie de l’Esprit, ou Casanova, l’Histoire de ma vie ? Plus de concepts d’un côté, de femmes de l’autre. Au fond, avec la Bible, on a les deux. Voilà pourquoi ce bouquin a tant de fans.

Notre présent à nous est parcouru des secousses instantanées. Valéry disait déjà de Bossuet : « il spécule sur l’attente qu’il crée, tandis que les modernes spéculent sur la surprise ». L’instant impensable, impalpable, et informe, ne règne, ni ne triomphe, car, pour ça, il faudrait encore qu’il durât. Il fulgure. Il n’a pas plus de réalité dans le temps que le point dans l’espace. L’instant est dématérialisé, et, nous qui vivons au rythme du signal instantanée, il nous dématérialise à sa suite. La séance avec Lacan, telle que je l’imagine, n’était pas « courte », elle était instantanée, dématérialisante.

Ah ! mais… voilà pourquoi ce grand appétit de « Journées », de raouts, de fêtes – de rencontres, dit Z* : apporter son corps, trouver des corps…

Jacques-Alain MillerExtrait du Journal des Journées n°32 du mardi 6 octobre

mardi 20 octobre 2009 · 11h11

C’est que l’objet est mouvement malgré qu’il n’y paraisse.

de duve manet courbet moi le monde et le n’importe quoi (suite), et de la perte de l’histoire

Le blog est un symptôme. Il n’y a pas lieu (donc) d’y échapper.

(Non plus mon père, je n’ai jamais compris, comment, dans la vie, il pouvait sembler à ce point hors de son époque tandis que sa peinture y était. Y allait, de son côté. (Il est vrai que lui pensait aller contre, son époque.))

Alors, le n’importe quoi des artistes. Manet, son asperge, Courbet, ses casseurs de pierre. Sont les exemples donnés par Thierry de Duve (( dans, si mon souenir est bon, Résonances du readymade)) . Est-ce à dire que je pense que nous en soyons toujours là. Oui, à certains égards. La petite chose est sortie de, montée sur, s’est extraite. La petite chose, les petites gens. Démocratisation. Extraction. Objet. De la botte sort l’asperge, du jeu tire son épingle. Individualisation.

Je sais que si mon regard s’émerveille se laisse surprendre encore – quand parfois le monde me semble paraît partout beau -, c’est qu’il s’est passé ce qui s’est passé pour que Manet puisse veuille peindre son asperge (sur le bord d’une table). Qui évoque ce que Lacan désigne sous le terme “Y’a d’l’Un” tout seul. Qui allait contre un certain savoir établi, la grande peinture, les tableaux dits d’histoire.

Où nous en serions encore : un monde qui se dégage, s’extrait de l’histoire, de celle même éventuellement avec un grand H. La perd. (Un monde qui trouve cherche comment s’y renouer, à l’histoire. S’y renouer, y renouer sans renier ce qu’il vient de découvrir sans renouer avec ce qu’il vient de lâcher.)

de Duve encore : (Dieu est mort) montée sur la scène de l’objet – et puis pour les artistes en venir à quelque chose de l’ordre de la présentation de l’objet (son exposition Voici) .

de parenthèse en parenthèse, avancer par où se taisent les parents.

Lacan – L’objet est pulsionnel
Lacan – Qu’il s’agit de rejoindre la pulsion. De la dégager du fantasme.
Lacan – Ce qu’il y a d’éthique à la pulsion : c’est que justement elle agisse hors cadre, ne fonctionne pas à l’idéal, affine à la jouissance – le réel donc.

[Il y aurait eu traversée d’un certain fantasme : le père]

Or la pulsion, si on n’y prend garde, aura toujours tendance à faire son chemin toute seule. Parce que c’est sa nature à la jouissance : autiste – auto.
Tandis que le désir appelle à ce qui ne jouit pas.

De la difficulté de conclure.

Parler encore de l’accumulation (les enchaînements) des parenthèses, dans la droite ligne de l’asperge de Manet.

C’est que l’objet est mouvement malgré qu’il n’y paraisse.

9 février 2006 – 11:48 / le n’importe quoi /

mardi 22 novembre 2011 · 03h54

muller & muller

image

rêve, j’entends :
« muller & muller . S1 S2.  l’holophrase!  mais comment séparer ce qui est le même?  »
au réveil  :
  muller et muller
  14 . 18 et 40 . 45
  la guerre et la guerre
  M . U . double L . E .  R
  L . L
comment séparer ce qui est le même
je ne sais pas compter je n’ai pas d’accès à l’histoire
la preuve est là
1 .2 c’est facile
c’est à  trois que les difficultés commencent
l ‘ordinal!

du père le nom est le même, double
le corps non

joie du drame

pour sortir du même il faut et il suffit du zéro : « la place du sujet »
vous le saviez déjà. désir et jouissance s’articulent comme s’articulent ordinal et cardinal.

(pq a-t’il fallu qu’au moment où je dis vouloir m’occuper de mon père _ je me remette me mette à vouloir m’occuper de moi, à écrire?)
22 novembre 3h54
samedi 17 décembre 2011 · 19h07

Ma guerre

  J’ai une assez longue analyse derrière moi, et elle se poursuit.
 
 J’ai eu la chance de trouver sur ma route récemment un groupe de l’ACF, Escapades, mis en place par G. C. J’ai été invitée à y participer, et ma foi, j’y trouve beaucoup de bonheur. Je connaissais un peu les personnes qui en forme le noyau de base pour les avoir rencontrées sur Twitter, l’année où Miller nous y a invités. Je me suis occupée de mettre en place un blog qui reprend quelques un de nos mails, puisque ce groupe est basé sur des rencontres, des visites, des spectacles, autour desquels des mails s’échangent. C’est moi également qui avais l’année dernière repris sur un blog, un autre blog, le cours de Jacques-Alain Miller.
 
Récemment également l’école s’est confrontée à des événements d’une actualité brûlante, Syrie, Libye, BHL, Rafah Nached, et cela ne peut se faire, on le voit, on l’a vu, sans qu’elle ne ne taise cette autre terrible guerre, Israël-Palestine, sans qu’elle ne se souvienne de 40-45 et de l’holocauste, sans qu’elle n’arrive à éviter la question de antisémitisme. Je le dis brièvement, de mon point de vue. je me suis dit : peut-être qu’il n’y a pas moyen de se faire une opinion sur l’actualité sans une remise à plat, sans une confrontation à ces questions-là.
 
 Un mot sur ma guerre.
 
 Elle a sa lettre dans le prénom de ma mère, lut gar de : Lutgarde : l’art de lire G. l’art de lire le point G.
 
 Une mémoire, celle de mon père, qu’il rappelait jour après jour. Sa façon a lui d’aller vers l’autre, de le rencontrer, de sympathiser : lui parler de la guerre. Les gens se rencontrent dans la guerre, dans la conversation autour de la guerre, c’est comme un feu, trouble. Très peu dans sa peinture. Un soldat, peut-être, un tank. Il était jeune. Ils ont caché une famille de juifs. Et c’est le père, Sterling, qui a initié mon père à la peinture. Au départ d’images que mon père lui ramenait. Notre nom était allemand. Mon oncle fou. Ma tante se coupe les tresses à l’entrée des troupes allemandes dans Bruxelles.
 
 Ma guerre pourtant manque absolument d’histoire, ou l’a arrêtée. 40. 14. Deux dates. Comme je m’en suis aperçue à la lecture d’un texte de R. Warschawsky, quand je l’ai traduite de l’anglais pour un numéro de la revue Quarto. 40-45, 14-18, les seules dates que je retienne. L’une, son double. L’une, sa répétition.
 
 Double L de mon nom. L-L. Plus tard, double i. Miller. Müller. à une lettre près, un i, un u, un point, deux points, un tréma.
 
 Un réveil, l’autre nuit : muller et muller. S1 et S2, l’holophrase. Son nom, de mon père. Le mien. Le même, mais comment séparer le même.
 
 J’ai le projet d’écrire un livre sur lui. Jacques Muller, une vie à l’œuvre. 
 
 Je me suis mise en tête de donner un nom à mon père. En manque-t-il. Sans quoi, je ne peux en avoir un. C’est assez logique, non.
 
 

lundi 26 septembre 2016 · 19h17

Silvia Federici, Caliban et la sorcière

Caliban et la sorcière : femmes, corps et accumulation primitive

L’histoire, telle qu’elle est enseignée, apprend rarement qu’au Moyen Âge les femmes exerçaient les mêmes métiers que les hommes… Une histoire de pouvoir ? 
 
Au Moyen Âge, les femmes étaient artisanes, elles avaient leur place dans les corporations. Paysannes, elles produisaient dans les communs une agriculture vivrière. Elles étaient guérisseuses, accouchaient les parturientes et faisaient aussi « passer » les grossesses non désirées. Elles disposaient d’un savoir ancestral transmis de génération en génération. L’histoire omet aussi de rappeler que les paysan-nes d’alors vivaient en lien avec la Nature, instance supérieure à laquelle ils devaient respect et bienveillance.
 
La chasse aux sorcières qui débute alors et persécute les femmes durant deux siècles est historiée comme une période de superstition collective née dans l’Église qui, jetant son dévolu sur les femmes, brûle les impies. Pas si simple.
 

Analyser et comprendre l’histoire capitaliste

L’historienne et féministe Silvia Federici enquête longuement dans une vaste documentation très peu étudiée, avant de poser un tout autre postulat. Elle veut tracer les racines de l’exploitation des femmes dans la société capitaliste et le moment où leur subordination aux hommes est instaurée. Comprendre ce à quoi nous nous confrontons pour trouver des stratégies de lutte et faire en sorte que l’histoire de l’oppression des femmes arrête de se répéter.

À la théorie marxiste qui affirme l’accumulation primitive en tant que précurseure du capitalisme, Silvia Federici pose ladite accumulation comme caractéristique fondamentale d’un système nécessitant un apport permanent de capital exproprié. C’est à l’aune de cette hypothèse qu’elle remonte l’histoire, interpelée par la différence de statut des femmes dans la société féodale du Moyen Âge et celui qui leur est imposé dans les siècles qui s’ensuivent.

Au Moyen Âge, un peuple en lutte

Les 13e et 14e siècles sont pour l’historienne des temps de découverte politique forts. Les fabliaux rapportent des portraits de femmes combattives, exprimant leurs désirs, à mille lieues de l’iconographie suivante de femmes faibles, discrètes et soumises à l’autorité paternelle puis maritale.

Au Moyen Âge se développe le principe d’une société monétaire tournée vers le commerce et l’exportation de denrées. Dans une société rurale, agricole, dont les terres sont cultivées par la communauté — femmes et hommes dans les communs — le peuple est en lien et en lutte : refus de la taxation, de la mise à disposition des denrées…

À la fin du 14e siècle, la peste noire a mis à mal le pays qui connaît de sévères périodes de famine. Le poids des travaux forcés par les seigneurs diminue, les paysans reprennent du pouvoir. Cette période correspond aux débuts de l’hérésie sociale, fabriquée pour contrer les oppositions et assouvir le peuple revendicateur. Vaudois, Cathares…, celles et ceux qui critiquent le pouvoir religieux et monarchique, qui aspirent à une vie différente, autrement que par l’accumulation des richesses, qui refusent de se reproduire pour contrer le besoin d’une main-d’œuvre exploitée au profit des puissants, celles et ceux-là paieront le prix fort pour leur opposition, les femmes en particulier. Le pouvoir dénonce ces sectes, évoque des personnes envoûtées, des sorcières responsables : une période d’éradication peut commencer.

Deux siècles d’oppression féminine

La chasse aux sorcières durera deux siècles. Des milliers de femmes sont accusées d’infanticide, de sexualité avec le diable ou de sexualité libre, elles sont sorcières, jettent des sortilèges… Ces femmes sont torturées — on transperce leur corps de grandes aiguilles pour y trouver la marque du diable, elles sont encagées et longuement immergées dans les rivières — puis brulées vives en place publique… Avant d’expier, elles doivent dénoncer une sorcière de leur connaissance à laquelle le même sort sera réservé.

Des résistances isolées — un mari, un frère, un père — et le cas d’école de tout un village basque, Zugarramurdi.

Pour Silvia Federici, cette période marque le moment où la classe dominante se procure, à l’extérieur, les moyens de développer sa richesse et de réprimer les luttes. Les savoirs ancestraux doivent êtres dénigrés : l’État officialise une connaissance qui se théorise, s’étudie, s’écrit. Les femmes qui soignaient doivent être réprimées au profit des pratiques des médecins et de la science officielle qui se déploient. Les croyances impies en les signes de la nature doivent être méprisées, rendues dangereuses : la croyance culpabilisante et asservissante de la religion prend le pas sur l’animisme et les croyances naturalistes.

En parallèle de ces chasses, les vagabond-es, les mendiant-es et les insoumis-es sont malmené-es. Le peuple doit être convaincu que le travail salarié est le seul moyen de subsistance qui vaille. Le régime communautaire, la solidarité et la charité du village sont anéanties. L’esclavagisme de déploie.

La correspondance entre la période d’accusation de sorcellerie et de changement social ne fait aucun doute pour la chercheuse.

caliban 

 

L’État avilit pour mieux contrôler

Le capitalisme débute au 16e siècle. Dans sa volonté de contrôle, l’État chasse les paysans vers les ateliers, les fabriques puis les usines, et s’arroge les terres. Il met la main sur le corps des femmes réputé « dangereux », inconnu, indomptable, par des années de persécution. Porteur de la main-d’œuvre nécessaire à l’accroissement du travail donc du capital, la maternité est mise au service de la collectivité. « Par amour », une femme se dévoue pour mari et progéniture, ce qui est beaucoup plus rentable que de reconnaître l’exigence et les risques de l’enfantement, de l’éducation, et de les rétribuer à leur juste valeur.

La littérature des Lumières pose la femme comme ontologiquement mauvaise, sans raison, menée par ses pulsions. Il s’agit de la tenir hors du contrat social pour mieux la subordonner aux hommes, à leur autorité comme à leur violence, et à travers eux, soumettre la femme à l’autorité de l’État.

La relation patriarcale est indispensable au capitalisme : elle assure le contrôle des femmes, donc des naissances, c’est-à-dire d’une main-d’œuvre renouvelée. Saper les femmes et leur travail maternel, c’est renoncer à valoriser ledit travail. C’est aussi s’arroger, d’autorité, le corps des femmes.

Imposer de nouvelles normes

Systématiquement déployée à travers le monde, de l’Occident aux colonies, cette répression est venue des classes dominantes. Les interventions violentes et longuement répétées dans la vie sociale ont eu pour conséquence d’imposer de nouvelles normes de discipline sociale.

Au 17e siècle, en Occident, la classe dominante a suffisamment renforcé son pouvoir pour pouvoir relâcher la bride : la chasse aux sorcières peut s’amoindrir.

Les femmes en ont été les douloureuses victimes qui peinent, aujourd’hui encore, à prendre leur place dans la société. Et les États ont, depuis, acquis des outils de division sociale d’une redoutable efficacité.

 

https://blogs.mediapart.fr/helene-duffau/blog/080416/caliban-et-la-sorciere-femmes-corps-et-accumulation-primitive

  • Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive est publié aux éditions Entremonde.
dimanche 28 décembre 2025 · 11h47

j’ai reçu un livre sur Philip Guston

j’ai reçu un livre sur Philip Guston (Philip Guston — A Life Spent Painting) dont je suis certaine que je ne le lirai jamais. comme nous sommes dans cette drôle de période d’entre-deux fêtes où je me trouve un peu égarée (encore un peu plus égarée) par rapport à ce que j’ai ou aurais à faire, je le lis un peu. d’abord, je l’ai vécu agréablement, dans un souvenir plus ou moins inventé de semblables moments passés en famille, à traîner au coin du feu, tantôt à regarder de vieux films à la télévision, tantôt à bouquiner voire à jouer à des jeux de société, ou encore, abondamment couverts, nous échappant au dehors dans un froid qui se fait vivifiant au fur et à mesure de la promenade, récompensée au retour par un chocolat chaud… l’illusion n’a tenu qu’un jour ou deux. je me suis vite demandée ce que je faisais — et ce que je ferais mieux de faire—, ce que je faisais à me donner l’illusion que j’allais lire ou étudier ce livre, ce livre plutôt qu’un autre, rattrapée par le souvenir de ma constante insuffisance, de mon manque d’ancrage, de persistance. 

ce que je faisais, dans quoi j’imaginais m’embarquer et d’ailleurs ce que, pour ce faire, que j’en étais donc à oublier, j’abandonnais.

se résoudre à l’incomplétude : tu as lu quelques jours, quelques pages. puis tu es passée à autre chose. c’était Noël et les cadeaux. puis tu as rangé le livre dans la bibliothèque. (si nombre de livres ici ne sont pas rangés, c’est que je ne m’y résous jamais, à ne les avoir pas lus, et même ceux que j’ai lus, je ne me résous pas à n’en n’avoir rien fait. car en effet, si je les ai lus, c’est qu’ils m’on particulièrement marquée, c’est qu’ils sont arrivés à retenir mon attention.)

je vais tenter de noter ici ce que j’ai retenu de ma lecture, jusqu’à présent.

je le fais aussi, parce que dans mon désoeuvrement depuis la rentrée des vacances, depuis septembre, que je cherche à combler d’une façon ou d’une autre, qui me désespère un peu tous les jours,  j’essaie à nouveau de capter /comprendre ce qui m’a toujours, depuis toujours, empêchée de m’approprier ce que je lisais. empêchée de le posséder, et surtout de le restituer. cela m’a toujours paru énigmatique. ce qui a fait mon manque d’intelligence. dont je comprends mal ce qui l’empêche.

je l’ai longtemps prise comme un symptôme de l’hystérie : laisser le savoir dans l’Autre, fabriquer un Autre détenteur du savoir (un Maître sur qui régner) et rester dans la jalouse protection d’un savoir ou d’une vérité sans nom (petit a). (voir le schéma de l’hystérie, du discours de l’hystérique Sbarré –> S1/ S2 )

si je ne peux plus me considérer comme hystérique depuis que j’ai été diagnostiquée autrement, je trouve que c’est encore valable, même si l’étiquette n’est plus bonne. ce serait encore une façon de me l’expliquer. 

j’ai vu cette inintelligence aussi comme une inintelligence féminine. non pas que les femmes seraient plus bêtes. mais d’une intelligence différente, dont j’aurais toujours aimé pouvoir prendre la défense. dans le travail commencé — puis abandonné — avec A, j’avais lu certains écrits féministes qui m’avaient enthousiasmée, que je découvrais, sur ce sujet. 

tout cela a trait au savoir, à sa nature, au prix qui est accordé dans notre société à un certain type de savoir. on dit : patriarcal. 

s’agissant d’autre chose, plus récemment, je parlais, à propos du ratage, de la « défense du réel », du ratage comme défense du réel, et des manœuvres d’auto-défense du réel en moi particulièrement fortes (c’est la première fois que j’écris « auto-défense » par contre : comme si, en moi, le réel se défendait face à la pose de n’importe quelle étiquette.)

cette défense que le réel m’oppose (que le réel en moi m’oppose) refuse le découpage du temps, la hache de l’histoire et les coups de couteau de tous les noms propres.

je ne retiens donc jamais ni les noms ni les dates.

// je voudrais, très sincèrement, trouver un moyen, un autre moyen, de m’expliquer cela : qu’est-ce qui me manque, depuis si longtemps, depuis toujours, qui fait que je n’arrive pas à sortir du présent, de l’ici et du maintenant? et surtout qui a-t-il de si particulier aux noms propres que je ne les retienne pas, que ça ne veuille pas les retenir.  //

il y a une souffrance. mais la souffrance principale semble être mon incapacité à rester concentrée sur quelque chose, et la contrainte éprouvée de passer d’une chose à l’autre, en oubliant ce que j’abandonne, laisse en plan ou délaisse. la souffrnce, c’est mon manque de persistance; j’avais interrogé chatGPT là-dessus, il avait parlé de TDAH… et avait même parlé d’un médicament (tentant, j’avoue)

bon. je vais donc commencer par écrire ici ce que j’ai pu retenir. je mets des points de suspension aux endroits où j’ai oublié, dans un premier temps. ensuite, j’irai vérifier dans le livre, et je l’ajouterai entre parenthèses. 

Guston est né en… (en 1913, Véronique, à la veille de la guerre 1914) au Canada (plus exactement au Canada à Montreal). Ses deux parents étaient juifs de… (de Russie) qui avaient fui les pogroms de… (sa mère avait fui les pogroms d’Odessa, son père lui avait quitté la Russie un an auparavant) et étaient arrivés au Canada en.. .. Ils avaient alors en.. (1919, le petit Philip a 6 ans) quitté le Canada pour des régions plus chaudes et ils s’installent à… (Los Angeles). là, le père  n’avait pu trouver à exercer d’autre métier que celui de ferrailleur. (« il a subi l’humiliation d’être un ferrailleur indépendant, ramassant les déchets dans une charrette tirée par un cheval qu’il conduisait lentement dans les rues de la ville, à une époque où les autoroutes et les embouteillages n’existaient pas encore.« ). j’ai retenu qu’il était particulièrement grand, fort, silencieux. (« un solitaire, un reclus sombre qui ne venait jamais aux dîners du dimanche… un homme immense et taciturne, qui lui semblait menaçant avec son grand manteau noir et son chapeau mou») Pour le dire rapidement, il tombe alors en dépression et se suicide en… ( en 1923. PG a 10 ans, c’est lui qui trouve son père, qui s’est pendu. « Finalement désespéré, il se pendit en 1923, alors que Philip avait dix ans. Il fut retrouvé sur la véranda arrière de la maison familiale. »)

p g (se met à dessiner sans relâche dès l’âge de 12 ans, entre autres en se cachant dans un placard…) :

« As a boy I would hide in the closet when the older brothers and sisters came with their families to Mama’s apartment for the Sunday afternoon dinner visit. I felt safe. Hearing their talk about illnesses, marriages, and the problems of making a living, I felt my remoteness in the closet with the single light bulb. I read and drew in this private box. Some Sundays I even painted. I had given my dear Mama passionate instructions to lie…. ‘Where is Phillip?’ I could hear them…. ‘Oh, he is away, with friends’ I was happy in my sanctuary…. After a lifetime, I still have never been able to escape…. It is still a struggle to be hidden and feel strange, my favorite mood. » (voir: https://www.philipguston.org/home/chronology )

Il entre en école d’art… (la Manual Arts High School) en… (1927). Il a … (14 ans). il est en classe avec Jackson Pollock.

C’est un enfant très sûr de lui, d’un tempérament plutôt provocateur. Pollock et lui se font virer dès l’année suivante. Après des excuses, Pollock, plus sage que Guston, sera ré-admis.

Il dessine extrêmement bien, beaucoup mieux que Pollock, en fait et il a tendance à camoufler le fait qu’il travaille beaucoup, qu’il dessine constamment.  

Guston toutefois rencontre à nouveau quelqu’un qui s’intéresse à son talent et permet qu’il intègre une autre école ou tout l’enseignement est basé sur le dessin d’après plâtres. Guston se rend compte que c’est une école destinée à fabriquer de parfaits petits portraitistes classiques et s’amuse à empiler tous les plâtres, un peu déjà à la façon dont il empilera plus tard ses objets ou à la façon dont son père probablement empilait  ses objets sur sa carriole de ferrailleur.

il ne se fera pas virer ?

son travail s’inscrit dans la veine néo classique qui trouve alors au lendemain de la guerre 14 un étrange renouveau. chez de nombeux français, mais aussi chez les muralistes sud Américains.

comme si au lendemain du chaos et des horreurs de cette guerre atroce, il fallait retrouver les règles et les lois de cet art, ce qui est vu par certains critiques comme une trahison, en même temps que cette façon de faire se voit subvertie.

en France, on songe à Picasso,… … …

(image mise en avant : thomas leleu, créatif, décembre 2025)

 

 

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